Mémoires de Djembéfola

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Description

Dans cet ouvrage, le lecteur découvrira l'origine, la fonction et l'évolution d'un instrument de musique : le tambour djembé. L'auteur propose ici une descrption détaillée des ryhtmes du Mali et présente chaque groupe ethnique pratiquant le djembé au Mali afin d'appréhender cette musique traditionnelle dans son contexte historique, géographique et socioculturel. Ce livre est accompagné d'un CD qui présente dix rythmes du répertoire proposant une approche pédagogique de l'instrument.

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Publié par
Date de parution 01 mai 2012
Nombre de visites sur la page 108
EAN13 9782296489714
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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MÉMOIRES DE
DJEMBÉFOLA

Essai sur le tambour djembé au Mali

Méthode d’apprentissage du djembé
(avec partitions et CD)

© L’Harmattan, 2012
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-96702-1
EAN : 9782296967021

Julien COMTET

MÉMOIRES DE
DJEMBÉFOLA

Essai sur le tambour djembé au Mali

Méthode d’apprentissage du djembé
(avec partitions et CD)

L’Harmattan

Études africaines
Collection dirigée par Denis Pryen et François Manga Akoa

Dernières parutions
Juan AVILA,Développement et lutte contre la pauvreté, Le cas du
Mozambique, 2012.
Jean-Serge MASSAMBA-MAKOUMBOU,Politiques de la mémoire et
résolution des conflits, 2012.
Apollinaire-Sam SIMANTOTO MAFUTA,La face occulte du Dieu des
Congolais, 2012.
e
Toavina RALAMBOMAHAY,Madagascar dans une crise interminableéd.,, 2
2012.
Alphonse Zozime TAMEKAMTA, Eric Wilson FOFACK (dir.),Les urgences
africaines, Réécrire l’histoire, réinventer l’Etat, 2012.
Henri-Pensée MPERENG (avec la collab. de Jerry MPERENG),Histoire du
Congo Kinshasa indépendant. Politique économique, 2012.
Julien BOKILO,La Chine au Congo-Brazzaville. Stratégie de l’enracinement et
conséquences sur le développement en Afrique, 2012.
Bouyo Kwin Jim NAREM,Microfinance et réduction de la pauvreté de la
femme rurale en Afrique. Comprendre la dérive vers le monde urbain, 2012.
Kanel ENGENDJA-NGOULOU,Le développement des industries culturelles
au Gabon, 2012.
Francis NKEA NDZIGUE,La procédure pénale au Gabon, 2012.
Moussa BOUREIMA,L’économie agricole au Niger, 2012.
Yaya SY,Mémoires d’ancêtres,2012.
Essé AMOUZOU,Mouammar Kadhafi et la réalisation de l’Union africaine, 2012.
Jean-Pierre LEHMANN,Prophètes-guérisseurs dans le sud de la Côte d’Ivoire,
2012.
Melchior MBONIMPA,Guérison et religion en Afrique,2012.
Jean-Alexis MFOUTOU,La Langue de la politique au Congo-Brazzaville, 2012.
Alhassane CHERIF,Le sens de la maladie en Afrique et dans la migration.
Diagnostic, pronostic, prise en charge, 2012.
Mahamadou MAÏGA,Les peuples malien et africains : 50 ans d’indépendance
ou de dépendance ?, 2012.
Sylvain Tshikoji MBUMBA,Le pouvoir de la paix en Afrique en quête du
développement, 2012.
Hygin Didace AMBOULOU,Traité congolais de procédure civile,
commerciale, administrative, financière et des voies d’exécution, 2012.
Jean-Nazaire TAMA,Droit international et africain des droits de l’homme,
2012.
Khalifa Ababacar KANE,Droit portuaire en Afrique. Aspects juridiques de la
gestion et de l’exploitation portuaires au Sénégal,2012.

• PREFACE

TABLE DES MATIERES

• LE MALI
1. CARTE D’IDENTITE
2. GEOGRAPHIE ET ECONOMIE
3. LES LANGUES
4. LES GROUPES ETHNIQUES
5. HISTOIRE GENERALE

• BIOGRAPHIE D’UN DJEMBEFOLA: François S.DEMBÉLÉ

• LE TAMBOUR DJEMBE
1. L’ORIGINE
2. LA TRADITION
a) Evolution de l’instrument
b) La danse, les danses
c) Le djembéfola
d) La « parole » du tambour
e) La place du village
f) Lestambours dounoun
3. LA FACTURE
4. LES CINQ MAITRES
5. LES BALLETS
6. LE JEU DES VILLES
a) Le style « bamakois »
b) Les différentes inluences
c) Le déroulementd’un jeu
d) Liste des rythmes joués à Bamako
7. LE CONTACT AVEC L’OCCIDENT

• LES ETHNIES ET LEURS RYTHMES
1. LES MALINKé
Généralités
Histoire
Organisation sociale
Ressources, économie etalimentation

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13
13
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15
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27
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39
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44
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51
51
52
55
56

7

8

Musique
Liste des rythmes malinké
Liste des rythmes des Peul du Fladougou
Description des rythmes etdes danses :
- Région de Kangaba
- Région de Siby
- Région de Kéniéba
- Région de Kita : 1) Kita
2) Le Fladougou
2. LES BAMANAN
Généralités
Histoire :
1) Le royaume de Ségou
2) Le royaume duKharta
Organisation sociale
Ressources, économie etalimentation
Rites, confréries et théâtre
Musique
Liste des rythmes bamanan
Description des rythmes etdes danses
- Région duKharta
- Région duDjongoloni
- Région duMéguétan
- Région duDjitoumou
- Région duBanimounoutié
- Région duBanan
- Région duTiendougou
- Région duGanadougou
3. LES WASSOULOUNKé
Généralités : 1) Les Peul en général
2) Les Peul duWassoulou
Histoire
Société
Musique : 1) La musique des Peul de la boucle duNiger
2) La musique des Peul duWassoulou
Liste des rythmeswassoulounké
Description des rythmes etdes danses

57
60
65
66
66
93
99
107
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119
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123
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124
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138
138
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147
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157
158
162
165
165
166
167
168
169
169
171
172

4. LES KHASSONKé
Généralités
Histoire
Organisation sociale
Ressources, économie etalimentation
Musique
Liste des rythmes khassonké
Description des rythmes etdes danses
5. LES SONINKé
Généralités
Histoire
Organisation administrative etsociale
Ressources, économie etalimentation
Traits caractéristiques
Musique
Liste des rythmes soninké
Description des rythmes etdes danses

• LA METHODE
1) Description des frappes etdes sons
2) La notation rythmique
3) Le compactdisc
4) Les rythmes

• LISTE ALPHABETIQUE DES RYTHMES

• DISCOGRAPHIE

• BIBLIOGRAPHIE

• REMERCIEMENTS

• LEXIQUE

183
183
184
184
185
186
189
191
209
209
210
211
212
213
213
217
219

229
229
230
232
233

245

253

269

275

279

9

10

La ville depuis la colline de Sikoroni
(J.Comtet, Bamako2010)

PREFACE

Dès 1998, à l’occasion de mon premier séjour auMali, je commençais à
répertorier etdécrire les différents rythmes etdanses car il me semblaitindispensable de
pouvoir les placer dans leur contexte socioculturel ain de donnerune couleur et un
sens à ces phrases de percussion.
Puis, en constatantle manque d’ouvrages concernantledjembé, j’ai décidé
d’entreprendre la réalisation de cetessai, entraîné parune seule motivation : promouvoir le
djembémalien. Jevoulais effectivementmettre en avantcetinstrument, le faire
connaître etdonner envie auxgens d’apprendre à jouer les rythmes duMali, car j’estime que
ce pays, dontla culture musicale estsi riche, esten retard auniveaude la représentation
internationale.
J’ai également voulusituer l’instrumentdans sa réalité géographique etpar
là-même présenter les ethnies qui le pratiquentsur leterritoire malien, à savoir
les différents groupes malinké, les Wassoulounké,une partie des Khassonké, des
Soninké etdes Bambara ainsi que les Peul duFladougouetduBirgo.

Les informations contenues dans ce livre constituentdoncune synthèse entre le
fruitde mes investigations ausein de nombreux villages représentatifs des différentes
ethnies pratiquantledjembé- ce qui correspond à septannées passées sur leterrain
- etde nombreuses interviews réalisées auprès de maîtresdjembéfolaw.Ces
déplacements me permirentdonc de séjourner notammentdans le Wassoulou(Yanfolila,
Komissana), le Mandé (Kangaba, Kéla,Déguéla, Balanzan, Siby, Djélibani,
Djoliba, Naréna, Bankoumana…), le Solon (Makono), le Baya (Sélingué, Kangaré),
le Bambouk (Kéniéba), la région de Kita, le Fladougou(Sorotabougou), le Khasso
(Kayes, Sambaga, Sautoucoulé, Kakoulou, Séroumé…), le Kharta
(DiangountéCamara, Sogan), le Méguétan (Sirakoro, Koulikoro), leDjitoumou(Ouéléssébougou,
Ténémanbougou), le Banimounoutié (Bougouni) ouencore le Tiendougou(Niamala,
Koumantou).
Je considère donc que ces recherches représentent untravail d’ethnomusicologie
de « débroussaillage », car il faudrait, pour obtenirun
résultatscientiiquementcomplet, passer aumoinsune année entière dans chacune des régions citées, or letemps
etle budgetdontje disposais ne me le permettaientpas.
Cetouvrage estdoncune proposition,un essai non exhaustif concernantles
rythmes dudjembé; ceuxqui ontfaitle même genre de recherches saventque même si l’on
séjourneun bon momentdansunvillage, ilyatoujoursun oudeuxrythmes donton
oublie devous parler…De plus, latradition originelle estdificile à mettre à jour car
il arrive que les musiciens respectifs de deux villagesvoisins se contredisent, ce qui
rend parfois la «vérité » plurielle etinsaisissable… Toutcomplémentd’information
et toute critique de la partdes lecteurs serontdonc les bienvenus.
Il fautégalementpréciser que nous ne pouvons pas ici nous permettre de donner
des explications concernantcertains rythmes liés à des rites sacrés ou tabous, etce
par respectdes choses qui doiventrester mystérieuses etconnues des seuls initiés.

11

Jetiens à remerciertoutparticulièrementmon ami etmaître François S.
DEMBÉLÉ pour son soutien etses informations nécessaires à la rédaction du
chapitreBiographie d’un djembéfola : François Souleymane DEMBÉLÉ.

Le livre estcomplété d’unCD qui présente dixrythmes durépertoire malien
proposant une approche pédagogique de l’instrument, qui devraitconvenir
auxnéophytes comme auxpassionnés.

Je souhaite àtousune bonne lecture et un bon apprentissage, en espérantque ce
travail apporteraune pierre, si modeste soit-elle, à l’édiice de la connaissance de la
musique africaine.

Cetouvrage estdédié à feuKhalifa BERETHÉ dit« Mao » età feuMamadou
SYLLA dit« Faraba ». Que laterre leur soitdouce etlégère.

12

Julien COMTET

1. CARTE D’IDENTITé

LE MALI

La République duMali est un étatintérieur de l’Afrique occidentale. Sa supericie
estde 1240 000km2etsa populationtotale estd’environ 11,2millions d’habitants.
Elle a pourvilles principales Bamako (la capitale ; 1.300.000d’habitants recensés
auxquelsviennents’ajouter près d’un million de personnes), Sikasso (145.000hab.),
Mopti (109.000hab.), Koutiala (100.000hab.), Kayes (98.000hab.) etSégou
(93.000hab.)*. Le Mali a pour paysvoisins la Mauritanie etl’Algérie aunord,
le Niger à l’est, le Burkina Faso etla Côte d’Ivoire ausud etle Sénégal etla Guinée
à l’ouest(il fautsouligner que les frontièrestracées « à la règle » par les anciens
colons partagentsouventles ethnies en deux,voiretrois nationalités…).
Le pays appartientà l’Union Monétaire des Etats d’Afrique de l’Ouesteta donc
pour monnaie le franc CFA.
La religion principale estl’Islam (89,8%) qui itson apparitionvers l’an 900après
J-C avec les commerçants nomadesvenus d’Afrique duNord. Les
religionstraditionnelles etle Christianisme représententrespectivement9,2% et1% des croyants (de
nombreuxmonothéistes n’ontpas rejeté l’animisme qu’ils pratiquentconjointement
par le biais des féticheurs).

2. GéOGRAPHIE ET éCONOMIE

Leterritoire duMali comprend le cours supérieur duSénégal, le cours moyen
duNiger avec le grand coude que forme le leuve, etaunord, dessinant un angle
dontle sommetestau-delà du tropique duCancer,unvaste espace désertique
appartenantauSahara méridional. Celui-ci setrouve prolongé aucentre par
le Sahel,zonetropicale steppique à longue saison sèche. Ces régions d’élevage
nomade des bovins etdes ovins souffrentdepuis les années 70de la sécheresse.
Les seuls accidents notables durelief sontl’Adrar des Iforas, lointain prolongement
des massifs duAhaggar, etles monts Hombori (1155 m) qui bordentla cuvette
nigérienne.
Le sud dupays, plus peuplé, jouitd’un climat tropical, de savanes etde forêts
claires, avecune saison humide de juin à octobre et une saison sèche de novembre
à mai. Les moyennes detempérature sontélevées : de24 à29°C etlesvariations
diurnes sontconsidérables. En direction dunord, la saison humideva en se
raccourcissantjusqu’à disparaître, les écarts detempérature s’accentuent, etlavégétation
passe de la savane à bouquets d’arbres à la savane auxarbustes épineux, puis à la
steppe etenin audésert.

*recensement 2005

13

Les zones de cultures (mil, sorgho, riz, maïs, patate, manioc, arachide etcoton)
ontété étendues par l’irrigation dans lesvallées des leuves Niger etSénégal, ainsi
que dans le Macina (jusqu’en2000, le Mali étaitle premier producteur de coton
d’Afrique). Avec 74,4% de population rurale, l’agriculture représente la principale
ressource dupays.
Les gisements miniers (or, diamant, bauxite, manganèse) ne sontencore quetrop
peuexploités etce sontsouventdes entreprises privées étrangères quitirentproitdu
sol malien. Si l’artisanatest très développé, le Mali ne possède que quelques industries
alimentaires et textiles, etcomptetoujours parmi les pays les moins avancés sur le
plan industriel… Si les puissances occidentales avaientréellementl’intention d’aider
les pays duSahel à progresser età accéder àun développementdurable, ils l’auraient
faitdepuis longtemps… (à ce sujet, nousvous conseillons de lire l’indispensable
ouvrage de François-Xavier VERSHAVE,La Françafrique, le plus long scandale de la
République, Stock, 1998).

3. LES LANGUES

La langue oficielle auMali estle français etla principale languevéhiculaire estle
bambara (oubamanan). Viennentensuite enterme de locuteurs le songhaï, le peul et
le soninké, les autres langues nationales étantle malinké, le bobo, le bozo, le dogon
le khassonké, le maure, le minianka, le sénoufo etletamachek. En réalité, cestreize
langues nationales correspondentauxgrandes aires culturelles dupays etplusieurs
d’entre elles se déclinenten différents dialectes. Cetétatde faitest tributaire de la
politique linguistique développée depuis l’indépendance en 1960qui consistaità ne
pas favoriserune culture plus qu’une autre dansun pays composé de multiples
communautés ethniques qui cohabitentparticulièrementbien aujourd’hui.
«Si le bambara demeure la langue la plus parlée, il partage le pays en deux avec le
songhaï à la hauteur de la ville historique de Djenné. Le sud de cette ligne est occupé par les
bambaraphones bien que n’étant pas tousBambara. C’est dans cette partie que se situe Bamako
et c’est probablement parce que cette ville concentre la quasi-totalité des activités économiques
et administratives que l’ensemble des populations s’yretrouve. Or, l’un des premiers critères
d’intégration est de parler sa langue. De ce fait le bambara, langue de Bamako, devient
la langue de la ville, de la science, et des évolutions sociales (fonction d’ailleurs qu’elle
partage avec le français). Il est donc aisé de comprendre que les populations qui se veulent
porteuses de ces valeurs veuillent toutes le parler…. Pour ce qui est du cas du français,
il occupe le statut de langue oficielle bien qu’étant connu par moins de la moitié de la
population. C’est la langue du travail, de l’administration, de l’enseignement, de la promotion
sociale et du prestige. » (IsmaëlMAÏGA,Parlons bambara, L’Harmattan,2001).

14

4. LES GROUPES ETHNIQUES

Les groupes ethniques auMali sontgénéralementrassemblés en plusieurs familles
distinctes, à savoir :

- legroupe « mandingue » ou« ouangaran », comprenantles Malinké, les
Bamanan, les Khassonké etles Dioula, ainsi que les groupes qui leur
sontassimiléstels que les Peul duWassoulou, duFladougououduBirgo, ouencore
les Diallonké.

- le groupe « soudanien », comprenantles Songhoï (ouKoroboro), les Soninké,
les Kakolo, les Bozo (ouSorko) etles Somono, les Dogon (ouHabbé en langue
peul ; Kado ausingulier), les Bela, les Oulé, les Samo, les Natioro, les Ouara,
les Sembla, les Sia, les Boron, les Huela etles Ligbi.

- le groupe «voltaïque », comprenantles Minianka (ouMamara), les Sénoufo et
les Bobo (dontles Bobo Fing etles Bobo Oulé ouBwa).

- le groupe des « blancs », comprenantles Peul (ouFla ; ouFoulbé) etles
Toucouleur, les Maures (ouSouraka) etles Touareg (dontla langue estletamashek)

Carte n°1 :Les principales ethnies au Mali

15

5. HISTOIRE GéNéRALE

Le Malitel qu’il estdéini aujourd’hui dans ses limites géographiques, estau
cœur d’unterritoire quivitl’avènementdes plus anciennes civilisations noires.
Pendantplus d’un millénaire, différents royaumes etempires se sontsuccédés dans
cette région, dominantl’histoire de l’Afrique de l’Ouest.

Les ancêtres des peuples mandingo-soudanais seraientoriginaires d’Egypte ou
duSoudan etauraientatteintl’Afrique de l’Ouestquelques2700ans avantJ-C.
Ilsy trouvèrent une population autochtone - des pygmées d’après certaines sources
etles chassèrent. Il s’organisèrentpetità petitetfondèrentquelques siècles avantJ-C
un étatfédéraliste appelé Oudouma qui futensuite absorbé par le premiervéritable
ème ème
empire ouest-africain : le Gana, extension duroyaume duWagadou(II -XIs.).
ème
Aul’empire dX siècle,uGana (à ne pas confondre avec l’actuelle République
duGhana) fondé par les Soninké atteintson apogée. Le souverain de Koumbi,
capitale de l’empire, a alors sous sa domination les royaumes duTekkrour, du
Bambouk etduMandé (voir carte n°2p.17). Le Gana éclate après la prise de
Koumbi (Koumbi-Saleh) par les Almoravides en 1077.
Le Sosso, royaume resté idèle à la religiontraditionnelle animiste, prend son
indépendance etlutte contre les Musulmans. Il ne peutcependants’imposer
complètementauMandé (oupays mandingue) dontles suzerains sontconvertis à
ème
l’Islam depuis le milieuduXI siècle.
En 1235, les Malinké (habitants duMandé) se révoltentcontre le roi duSosso
Soumaoro KANTÉ ; ils renversentce dernier en ralliantSoundiata KEÏTAvenu
de Nema (actuelle Mauritanie) pour défendre son pays. C’estle débutde l’empire
duMali dontl’apogée sera atteinte sous le règne de KankouMoussa (1307-1332)
qui faitconnaître le Mali hors de l’Afrique en faisant un pèlerinage mémorable à
la Mecque (Niani estalors la capitale de l’empire ;voir carte n°3p 18). Mais au
ème
XV sièclele royaume ne résiste pas auxraids des Mossi ausud, auxattaques des
Touareg aunord etauxrévoltes des Songhaï à l’est.
Vassal duMali, le royaume songhaï reprend son indépendance, édiieun immense
empire sous l’autoritéDe Sonni Ali Ber en 1464 etatteintson paroxysme sous l’askia*
Mohammed (1495-1528). Gao en estla capitale politique etadministrative alors
que Tombouctous’impose comme la capitale marchande, religieuse etintellectuelle
ème
(de nombreuxArabesyrésident). L’empire s’effrite à la in duXVI sièclesuite aux
assauts des Marocains etauxrivalités internes.
ème
AuXVII siècle,les Bamanan (ouBambara) qui étaient une fraction des
Mandingues demeurés idèles à l’animisme etfarouchementopposés à l’Islam,
s’affranchissentde l’autorité des rois malinké. Sous l’égide des COULIBALY
puis des DIARRA, ils créentle puissantempire de Ségou, etdeviennentles
souverains duroyaume duKharta que gouvernerontles COULIBALY Massassi.

* chef religieux

16

Carte N° 2 :Empire du Gana au XIème siècle.

Leur économie estbasée sur latraite des esclaves (prisonniers de guerre) qu’ils
vendentaux traiquants africains qui les emmènentsur la côte pour lesvendre aux
négriers européens. Entre 1440et1880des millions d’Africains sontdéportésvers
les îles des Caraïbes oule continentaméricain…
ème
AuXIX siècle,c’estle Toucouleur el Hadj Oumar TALL qui metin au
royaume bambara et yimpose l’Islam. Son empire englobe des populationsvariées :
Khassonké, Malinké, Peul, Bamanan, Songhaï, Touareg etToucouleur.
Mais les luttes intestines - notammententre Toucouleur etPeul duMacina
facilitentla conquête française. Celle-ci débutevéritablementen 1854 avec la
nomination ducolonel FAIDHERBE à latête de la colonie duSénégal etla construction
dufortde Médine (à côté de Kayes) en 1855. Lestroupes françaises sevoientdans
un premiertemps freinées par el Hadj Oumar, puis par l’AlmamySamoryTOURÉ.
Grand stratège militaire, ce dernier conquiert unvaste empire sur les pays du
Haut- Niger etconstitueune puissante armée detype moderne. De 1882à 1898
il lutte inlassablementcontre la pénétration française puis meurten captivité en
1900. Laville de Sikasso, capitale duKénédougou, estprise en 1898. Vers 1914,
la conquête coloniale estachevée.

17

Appelé HautSénégal-Niger puis Soudan Français, le Mali reste colonie française
jusqu’en 1956. En 1958, il entre dans la Communauté Française d’Afrique de l’Ouest.
République soudanaise en 1959, iltenteune fédération avec le Sénégal, mais celle-ci
échoue. Le Mali acquiertson indépendance le22septembre 1960, eta pour premier
présidentle socialiste ModiboKEÏTA. Ce dernier estrenversé en 1968 par Moussa
TRAORÉ, qui està sontour renversé parun coup d’Etatsur fond de révolte populaire
le26 mars 1991. Le multipartisme estinstauré etAlpha Oumar KONARÉ devient
ème
le présidentde la IIIRépublique en avril 1992. Il estrééluen 1997 puis cède son
fauteuil présidentiel à AmadouToumani TOURÉ en2002qui brigue etobtient un
deuxième mandaten2007.

Les quelques lignes quevousvenezde parcourir constituent un aperçu très
global de l’histoire duMali.Des descriptions plus détaillées concernantl’histoire et
les mœurs socioculturelles des ethnies pratiquantletambourdjembésontproposées
dans les chapitres suivants.

18

Carte N° 3 :Situation géographique des Malinké à travers les siècles.

Féticheur
(Amélie Macé, Samaya2007)

19

BIOGRAPHIE D’UN DJEMBEFOLA :

François Souleymane DEMBÉLÉ

François Souleymane DEMBÉLÉ estnéuntrois février 1957 à Bamako, de père
Zoumana DEMBÉLÉ etde mère Coura Marie DIARRA. C’est un enfantdupays des
« hommes droits », ceuxqui aujourd’hui encore refusentl’humiliation etpréfèrentla
mortà la honte : les Bobo (ethnie répartie entre le Mali etle Burkina Faso).
Le destin de François sera scellé parun petitdjembéque lui apportaun jour sa
mère, de retour dumarché de Médina-coura (quartier de Bamako). Ilvenaitd’avoir
septans ets’apprêtaità rejoindre les bancs de l’école française. Cetinstrument,
que sa mère considéraitcommeun simple divertissement, allaitorienter le jeune
Françoisvers la musique. Il pritsa nouvelle passiontrès ausérieux: de retour de
l’école il se ruaitsur sontambour ets’entraînaitseul,tellementacharné qu’il en
oubliaitde manger etd’apprendre ses leçons.
C’estainsi qu’en 1966, il futamené à accompagner latroupethéâtrale de son
école, participantainsi auxcompétitions interscolaires, malgré la désapprobation de
ses parents. Latroupe remporta la première place etFrançois
futélumeilleurdjembéfoladetous les établissements de premier cycle de Bamako. Un an plustard il reçut
à nouveaucette gratiication de meilleur batteur à l’occasion des compétitions
interquartiers.
C’esten 1968 que le destin plaça François sur le chemin d’un maître incontesté
duWassoulou: Karamoko SIDIBÉ, qui le priten estime à cause de son amour
exacerbé pour ledjembé. Un matin, alors que le jeune François se rendaità l’école,
il croisaun groupe dedjembéfolawqui allaitàun mariage. Il futinterpellé par l’un des
percussionnistes,un certain Toumani SIDIBÉ qui lui proposa de les suivre. Oubliant
qu’il devaitaller à l’école, il accompagna les musiciens jusqu’aulieude l’animation.
Toumani intervintauprès de Karamoko pour qu’il intègre François ausein de son
groupe. Le maître accepta mais à condition que son nouvel élève continue
d’aller à l’école. Ce dernier poursuivitdonc ses études etcommença son initiation.
La formation d’un apprentidjembéfolacommence généralementpar l’observation :
le jeune suitle groupe, démonte lesdounounetfaitlethé, sans recevoir de cours à
proprementparler ; il se doitdonc d’écouter etde mémoriser les phrases dumaître.
Avant une animation, les apprentis jouentpour avertir les invités que legombo
va commencer etpeuventainsi se faire remarquer par leur professeur. Un beau
jour, Karamoko conia lekongoniaujeune François qui s’imposa
rapidementcomme membre dugroupe à partentière, suscitantdéjà la jalousie de ses camarades.
Pour récompenser sontalent, le maître lui conia ledounoumba, instrumentdont
le jeunécessite précision etconnaissance desvariations liées à la danse. Quelque
temps plustard, Karamoko permitaujeune artiste de s’essayer audjembécomme
premier accompagnateur, dernier palier à franchir pour accéder aurang de soliste.
C’estainsi que François fut un jour désigné par son maître pour le remplacer en

21

tantque soliste lors de l’animation d’une fête de mariage. Duhautde son mètre
dix, l’élèvetenaità relever le déi ain de mériter la coniance de celui quivenaitde
l’honorer. La peur au ventre mais fortde sa ierté congénitale, il remplitson contrat
etce jour futpour lui le débutd’une carrière mouvementée, contestée
etdificilementconciliable avec ses études.
Ce premier succès arriva commeunetraînée de poudre auxoreilles de sa famille
qui commença à prendre les choses auxsérieux. Alors que le jeune
instrumentistevenaitd’être sélectionné par la Troupe Régionale de Bamako pour la Semaine Nationale
de la Jeunesse, son père décida de l’envoyer poursuivre ses études au village.
François se retrouva donc à San dans la famille, oùil étaitcensétrouver de
bonnes conditions pour étudier etoublier ledjembé. Mais la passion qu’ilvouaità cet
instrumentétaitgrande... Un jour, interpellé par le son des percussions, il se rendit
sur le lieude l’animation. A la pause, il s’adressa à l’un des apprentis, lui
expliquantqu’il étaitlui-mêmedjembéfolaà Bamako etqu’il avaitété envoyé à San ain
de poursuivre ses études. Lorsque le jeureprit, le maître -un certain Mamoutou
KOUYATÉ - l’invita à jouer ain de le «tester ». Après la fête, ils se rendirent tous
dans la cour dumaître pour boire lethé. Celui-citendit undjembéà François ain
d’entendre certains rythmes etla manière d’enchaîner certaines phrases. Tous les
batteurs furentimpressionnés : l’élève qu’étaitFrançois dépassaitdéjà le maître
qu’étaitMamoutou.
C’estainsi que letambour rattrapa le jeune écolierune fois de plus. Les
animations (mariages, baptêmes, iançailles, circoncision…) avaientlieules jeudi, samedi
etdimanche. Les congés scolaires étantles jeudi etdimanche, François ne manquait
pasune occasion d’aller jouer etil permità son maître d’être reconnut«superfolila»
de San, face à son principal rival,un certain Moriké DIABATÉ.
La famille de François futévidemment trèsvite informée de ses activités
artistiques. Il futcorrigé et un de ses oncles, le plus jeune, se renditchezMamoutoupour le
menacer, lui interdisantd’accepter François dans son groupe. Malgré les nombreuses
réprimandes, le jeune ne putse résoudre à abandonner l’instrument, contraignantainsi
son grand frère à le renvoyer chezses parents, impuissantface àuntel acharnement.
Le retour à Bamako futdificile. Son père, exaspéré, qui avait utilisétous les
moyens pour le détourner de la percussion, le somma de choisir entre la famille et
la musique. L’enfantde douze ans qu’il étaitchoisitnaturellementla famille. Mais
il ne putrésister à l’appel dudestin etrepritletambour, ce qui raviva la colère de
son père qui le renvoya déinitivementde la maison.
Celui-civoulutégalementrenvoyer la mère de François qu’iltenaitpour responsable de la situation etc’estgrâce
à l’intervention des amis etde la famille que la séparation n’eutpas lieu. C’étaità
François de quitter le cercle familial etd’assumer son choixdevie. Le jeunevirtuose
dutégalementabandonner les bancs ain de se prendre en charge inancièrement;
c’étaiten 1971 etil avaitquatorze ans. Ainsi commença pour Françoisunevie
véritablementprofessionnelle.
Il rejoignitlatroupe de Karamoko SIDIBÉ etcontinua à jouer dans les
diverses animations bamakoises. Quatre mois après son retour chezle maître etaprès
un courtpassage auBalletdes Chemins de Fer, il futde nouveausélectionné par

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la Troupe Régionale duDistrictde Bamako pour participer à la Biennale Artistique
etCulturelle duMali. Cette participation lui permitd’être élumeilleurdjembéfola
de ladite compétition. Cetitre attira sur lui l’attention des recruteurs duBallet
National (alors nommé Troupe Folklorique Nationale duMali) qui le
convoquèrentquelques mois plustard. Cetévénements’avératrès importantdans la carrière
de François car il avait, à la suite de la biennale, abandonné la musique, réalisant
que ce métier n’étaitpas assezrentable. Il futdonc convoqué ausein duBallet
pour être auditionné, il joua lesandiaetfutsélectionné. Impressionné par les
personnages etla renommée de la Troupe Folklorique Nationale, François s’enfuitau
village de son maître (qui avaitlui aussi cessé de jouer) ain de lui demander conseil.
Celui-ci, convaincudes capacités de son élève, l’encouragea à poursuivre sa carrière.
C’estainsi qu’il futrecruté début73ausein duBalletNational duMali ; ilvenait
d’avoir dix-septans.

Le BalletMalien est une école oùl’on cultive l’excellence etseuls les meilleurs
danseurs etinstrumentistes dupaysyontleur place. François intégra donc l’équipe
desdjembéfolaw, alors composée de grandstels que MamadouSYLLA dit«Faraba » et
Maré SANOGO,tous deuxsolistes, ainsi que Brahima DIAKITÉ, Balla SAMAKÉ,
Zani DIABATÉ, Djelimadi KOUYATÉ, Adama DIAKITÉ etMoussa SIDIBÉ, les
accompagnateurs duBallet. Cette panoplie dedjembéfolawtous maîtres de leurs
villages respectifs effraya le jeune François. Mais à cœurvaillantrien n’estimpossible.
Il releva le déitetse mitau travail patiemmentetassidûment. Chaque erreur, chaque
faute était vécue commeun drame personnel etil essuya beaucoup de coups bas.
Regonlé par les bénédictions de son maître il ne se décourageaitpas etrestait« collé »
à sondjembé, répétantchaque note, chaque rythme. Il investitson premier salaire
de fonctionnaire dansun petitmagnétophone pour enregistrer etmémoriser chaque
phrase musicale. François s’afirmaitpetità petit, confortantsa place
d’accompagnateur. Il devintensuitetroisième soliste après deuxannées de labeur, puis deuxième
soliste pour enin accéder aurang de premier soliste septans après son arrivée,
succédantainsi à Faraba età Maré qui avaient tous deuxquitté le Ballet. Il occupa
cette place jusqu’en 1990, date à laquelle il futadmis auprogramme de départ
volontaire à la retraite. Ces quelques dix-huitannées detravail furentsans aucun
doute pour luiune expérienceunique ainsi qu’une chance remarquable puisqu’il
parcourutle monde entier avec le grand BalletNational duMali, s’ouvrantainsi à
d’autres cultures etétablissantdes contacts intéressants pour les années suivantes.

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CARNET DE VOYAGE AVEC LES BALLETS MALIENS

1973:

1974 :
1975 :
1976 :
1977 :

1978 :
1982:
1983:
1984 :
1985 :
1986 :
1987 :
1988 :
1989 :

1990:

Algérie (festival)
Hongrie (échange culturel)
France (échange culturel)
France, Italie, RFA, Pays-Bas, Suisse (tournée européenne)
Maroc, Nigeria, Tunisie, Kenya, Ghana, Cameroun (échange culturel)
USA (tournée dans les 52états)
Cuba (festival de La Havane)
Nigeria (festival)
ex-Yougoslavie (échange culturel)
Libye (festival)
Chine, Corée duSud, Japon (échange culturel)
Guinée (festival Zone2)
ex-URSS (festival à Moscou)
France (tournée)
France (tournée)
Maroc (festival de la francophonie)
Martinique, Guadeloupe (festival)
Finlande, Suède, Danemark (tournée)
France (tournée), puis départ volontaire à la retraite

A partir de 1990François futdésormais libre detoutengagementavec le
gouvernement. L’expérience acquise lui permitde façonner sa personnalité etle poussa
à être créatif, à se frayerun chemin dans la jungle dusecteur privé oùle salaire se
gagne « jour après jour ».
Dès 1986, il avaitfondé satroupe Percussion2000qui deviendra par la suite
San Toro Percussions. Il créa aussi sa propreunité de fabrication dedjembéetautres
instrumentstraditionnels, d’abord basée à l’Artisanat, puis à la Maison des Jeunes de
Bamako. Iltrouvaitdes petits contrats avec les studios d’enregistrementetouvrit une
école de formation musicale accueillantdes élèvesvenantde la France, duJapon, des
USA etd’autres pays d’Europe. En 1994, il obtintson premier contratde formation
auC.A.K d’Oslo en Norvège, poste qu’il occupa plusieurs années avantdevenir
s’installer quelques années à Melun (région parisienne). C’esten2000que François
a enregistré son premier album intituléSan Toro.
Aujourd’hui, le jeune batteur qu’il étaitestdevenu un homme mûr, expérimenté
etrespecté, considéré partous commeun des plus grands maîtres de sa génération.
Il s’estpar ailleurs réconcilié avec sa famille qui a compris que le destin
estimplacable. Marié etdéinitivementétabli à Bamako, il mène entre deux voyages lavie
tranquille de père de famille.

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CARNET DE VOYAGE DE 1991 A 2012

1991 :

1992:
1993:
1994 - 1998 :
1998 :
1999 -2000:
2001 :
2002:
2003-2009 :
2010-2012:

USA (tournée etenseignementà NewYork)
France (festival Africolor)
Burkina Faso, Côte d’Ivoire (tournée avec Percussion2000)
Sénégal, Bénin (tournée avec Percussion2000)
Norvège (enseignementauC.A.K d’ Oslo)
Belgique, Pays Bas, France
Norvège (C.A.K), France (festival Africolor)
France
France (tournée avec San Toro)
France (enseignementà Melun), Mali
Mali

Jean DEMBÉLÉ etJulien COMTET

François DEMBÉLÉ avec son ils Ibrahim
(J.Comtet, Bamako2011)

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Carte n°4 :Régions d’origine et de pratique dudjembéau Mali

1. L’ORIGINE

LE TAMBOUR DJEMBé

Tambour dupays mandingue, ledjembéa pour origineune région située de part
etd’autre de la frontière qui sépare le Mali de la Guinée Conakry(voir carte n°4
p.26). Les ethnies qui pratiquentcetinstrumentdepuis le plus longtemps sont
les Malinké (auxquels on attribue généralementla paternité de cetambour), les
Wassoulounké, les « Bamanan dusud » (voir : « Musique » p.129) etles Soninké.
Les Khassonké etles Bamanan duKharta, ainsi que d’autres groupes ethniques
duMali oudes pays avoisinants l’ont vraisemblablementadoptéultérieurement,
à des époques plus oumoins reculées, certains d’entre euxne le jouantque depuis
quelques décennies. D’après la plupartdes percussionnistes, l’apparition dudjembé
ème ème
ne semble pas remonter au-delà duXVII ,voire dubien qXVI siècle,ue d’autres
ème
la situentautour duXIII sciècle.
Le nom de l’instrumentest une déformation dumotdimméqui signiie «tambour »
en langue soninké. Par ailleurs, letambourdjembéétaitautrefois appelé «djimbé» etce,
jusque dans les années soixante dix.
Selon la légende, le premierdjembéauraitétéun mortierusagé sur lequel on
auraiteul’idée detendreune peau… On peuteffectivementavancer l’hypothèse
selon laquelle letambourdjembéserait une évolution destambours-mortiersutilisés
à l’époque de l’empire duWagadou(voir : « Histoire » p.210) que l’on retrouve
aujourd’hui sous la forme dusolidounounbamanan etautres petitstambours-mortiers
frappés avec les mains.

2. LA TRADITION

a) Evolution de l’instrument

Il auraitété audébutl’apanage des seuls forgerons qui ne le jouaientqu’à
l’occasion de la fonte duminerai de fer. Il étaitalors plus petitetse jouaitavec les deux
indexde manière discrète.
Par la suite, sa pratique se démocratisa etn’importe quel individu(de la gent
masculine) puten jouer, qu’il soitagriculteur, griotouforgeron, mais c’était
toujours le forgeron qui le sculptait. Ledjembéestd’ailleurs l’un des seuls instruments
qui ne soitpas rattaché àune caste ou une corporation chezles Malinké ; lakora,
lebala, len’tama, ledjeli n’gonietlebolonne sontjoués que par les griots, lesimbi
ouledonso n’goniétantles instruments des chasseurs. Même ledounounqui
accompagne ledjembéaujourd’hui n’étaitpratiqué que par les griots dans le passé (chezles
Khassonké, cetambour estappelé «djelidounoun», litt. : « letambour des griots »).
Par ailleurs, si on consulte le livretdudisque enregistré par GilbertROUGET
en 1952dans la région de Kankan (Collection musée de l’homme-CNRS,Guinée :
musique des Malinké, le chant du monde), on constate avec étonnementque les musiciens

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utilisentle mot«bara» pour désigner ledjembé(bara ba=djembé baousolo ;bara
den=djembé denouaccompagnement). Il seraitintéressantde faire des recherches à ce
sujetmais cela représenterait un autreterrain d’ethnomusicologie…
Avantde devenir l’instrumentsoliste éclatantque l’on connaîtaujourd’hui,
ledjembéfutdonc dansun deuxièmetempsun instrumentd’accompagnement;
il servaiteffectivementà soutenir le chantetla danse aumêmetitre que les autres
instruments,tels quevariablementlebala, len’tama, ledounounouledjidounoun.
On chantaitpresquetoutle long de la manifestation, letempo étaitmoins rapide
etlevolume sonore maîtrisé, ain que l’on puisse entendre les paroles chantées ou
déclamées.

b) La danse, les danses

Ledjembédevintdonc l’instrumentpréféré des femmes, synonyme pour elles
de danse, de divertissementetd’exutoire, puisque ces dernières proitaientdes jeux
detambour pour libérer leur énergie. Dans ces sociétés mandingues oùla femme est
souventcantonnée à son rôle de femme aufoyer,toujours occupée à ses innombrables
tâches ménagères etsoumise à l’autorité sans partage des hommes, la danse est un des
rares moments oùelle peuts’exprimer, se défouler etinalementexercerun pouvoir
directif sur des membres dusexe opposé, les percussionnistes devantse plier à leurs
exigences en jouant tel ou tel rythme, àtelle ou tellevitesse, etc. Paradoxalement,
le jeudetambour - lorsqu’il n’estqu’un simple divertissementprofane - représente
pour les femmesun momentimportantetprivilégié, etgare aupercussionniste qui
joueraitmal ouqui ne joueraitpas comme elles l’entendent…
La danse estaussiun moyen de s’adonner aujeude séduction, car elle révèle aux
batteurs ouauxgarçons qui regardentdepuis l’extérieur ducercle, les charmes etles
aptitudes des jeunes illes qui la pratiquent…

Les dansestraditionnelles héritées des générations précédentes constituentle
patrimoine artistique etculturel de chaque groupe ethnique ;témoignage dupassé
etduprésent, elles laissent transparaître les mœurs etcoutumes, les croyances,
les mythes etexprimentles états d’âme de la société. Au-delà dusimple
divertissement, la musique etla danse sontempreintes d’une signiication sociale et
inluencentde manière positive lavie des membres de la société.

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Nous avons classiié ces danses en quatre catégories distinctes :

-Les danses profanes: elles peuventêtre pratiquées partous les membres de
la société mais sontle plus souventles femmes oules enfants qui
s’yadonnent. Organisées entoutes circonstances lors des baptêmes, mariages etautres
« jeuxd’enfants », les danses profanes ne sontgénéralementpas rattachées à
un événementdéini etne fontl’objetd’aucun interditparticulier.