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Mémoires de Djembéfola

De
284 pages
Dans cet ouvrage, le lecteur découvrira l'origine, la fonction et l'évolution d'un instrument de musique : le tambour djembé. L'auteur propose ici une descrption détaillée des ryhtmes du Mali et présente chaque groupe ethnique pratiquant le djembé au Mali afin d'appréhender cette musique traditionnelle dans son contexte historique, géographique et socioculturel. Ce livre est accompagné d'un CD qui présente dix rythmes du répertoire proposant une approche pédagogique de l'instrument.
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Mémoires.indd 1 7/04/12 23:58:22Mémoires.indd 2 7/04/12 23:58:22MéMOIRES DE
DJEMBéFOLA
EssaisurletambourdjembéauMali
Méthoded’apprentissagedudjembé
(avecpartitionsetCD)
Mémoires.indd 3 7/04/12 23:58:22© L’Harmattan, 2012
5-7, rue del’Ecole-Polytechnique, 75005Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-96702-1
EAN : 9782296967021Julien COMTET
MéMOIRES DE
DJEMBéFOLA
EssaisurletambourdjembéauMali
Méthoded’apprentissagedudjembé
(avecpartitionsetCD)
L’Harmattan
Mémoires.indd 5 7/04/12 23:58:22Étudesafricaines
Collection dirigée parDenis Pryen etFrançois MangaAkoa
Dernières parutions
Juan AVILA, Développement et lutte contre la pauvreté, Le cas du
Mozambique,2012.
Jean-Serge MASSAMBA-MAKOUMBOU, Politiques de la mémoire et
résolution des conflits,2012.
Apollinaire-Sam SIMANTOTO MAFUTA, La face occulte du Dieu des
Congolais, 2012.
eToavina RALAMBOMAHAY, Madagascar dans une crise interminable, 2éd.,
2012.
Alphonse Zozime TAMEKAMTA, Eric Wilson FOFACK (dir.), Les urgences
africaines, Réécrire l’histoire, réinventer l’Etat, 2012.
Henri-Pensée MPERENG (avec la collab. de Jerry MPERENG), Histoire du
Congo Kinshasa indépendant. Politique économique,2012.
JulienBOKILO, LaChine auCongo-Brazzaville. Stratégie de l’enracinement et
conséquences sur le développement enAfrique,2012.
Bouyo Kwin Jim NAREM, Microfinance et réduction de la pauvreté de la
femme rurale enAfrique.Comprendre la dérive vers le monde urbain, 2012.
Kanel ENGENDJA-NGOULOU, Le développement des industries culturelles
auGabon, 2012.
FrancisNKEANDZIGUE, La procédure pénale auGabon,2012.
MoussaBOUREIMA, L’économie agricole au Niger,2012.
YayaSY, Mémoires d’ancêtres,2012.
EsséAMOUZOU,MouammarKadhafietlaréalisationdel’Unionafricaine,2012.
Jean-Pierre LEHMANN, Prophètes-guérisseurs dans le sud de laCôte d’Ivoire,
2012.
Melchior MBONIMPA,Guérison et religion enAfrique,2012.
Jean-AlexisMFOUTOU, La Langue de la politiqueauCongo-Brazzaville,2012.
Alhassane CHERIF, Le sens de la maladie en Afrique et dans la migration.
Diagnostic, pronostic, prise en charge,2012.
Mahamadou MAÏGA, Les peuples malien et africains : 50 ans d’indépendance
ou de dépendance ?,2012.
Sylvain Tshikoji MBUMBA, Le pouvoir de la paix en Afrique en quête du
développement,2012.
Hygin Didace AMBOULOU, Traité congolais de procédure civile,
commerciale, administrative, financière et des voies d’exécution, 2012.
Jean-Nazaire TAMA, Droit international et africain des droits de l’homme,
2012.
Khalifa Ababacar KANE, Droit portuaire en Afrique. Aspects juridiques de la
gestion et de l’exploitation portuaires au Sénégal,2012.TABLEDESMATIERES
•PREFACE11
•LEMALI 13
1.CARTED’IDENTITE 13
2.GEOGRAPHIEETECONOMIE 13
3.LESLANGUES 14
4.LESGROUPESETHNIQUES 15
5.HISTOIREGENERALE 16
•BIOGRAPHIED’UNDJEMBEFOLA : François S. DEMBÉLÉ 21
•LE TAMBOURDJEMBE 27
1. L’ORIGINE 27
2.LATRADITION 27
a) Evolution de l’instrument27
b) La danse, les danses 28
c) Le djembéfola 30
d) La«parole » du tambour 31
e) La place du village 31
f)Les tambours dounoun 31
3.LA FACTURE 33
4.LESCINQMAITRES 34
5.LESBALLETS 36
6.LEJEUDESVILLES 39
a) Le style«bamakois» 39
b) Les différentesinfuences 40
c) Le déroulement d’un jeu 42
d) Liste des rythmes joués à Bamako 44
7.LECONTACT AVEC L’OCCIDENT 48
•LESETHNIESETLEURS RYTHMES 51
1.LESMALINKé 51
Généralités 51
Histoire 52
Organisation sociale 55
Ressources, économie et alimentation 56
7
Mémoires.indd 7 7/04/12 23:58:22Musique57
Liste des rythmes malinké 60
Liste des rythmes des Peul du Fladougou 65
Description des rythmes et des danses:66
- Région de Kangaba 66
- Région de Siby 93
- Région de Kéniéba 99
- Région de Kita: 1) Kita107
2) Le Fladougou 112
2.LESBAMANAN 119
Généralités 119
Histoire:121
1) Le royaume de Ségou 122
2) Le royaume du Kharta123
Organisation sociale 124
Ressources, économie et alimentation 124
Rites, confrérieset théâtre 125
Musique127
Liste des rythmes bamanan 131
Description des rythmes et des danses 138
- Région du Kharta138
- Région du Djongoloni 144
- Région du Méguétan 146
- Région du Djitoumou 147
- Région du Banimounoutié 152
- Région du Banan 157
- Région du Tiendougou 158
- Région du Ganadougou 162
3.LES WASSOULOUNKé 165
Généralités : 1) Les Peul en général 165
2) Les Peul du Wassoulou 166
Histoire 167
Société168
Musique: 1) La musique des Peul de la boucle du Niger 169
2) La musique des Peul du Wassoulou 169
Liste des rythmes wassoulounké 171
Description des rythmes et des danses 172
8
Mémoires.indd 8 7/04/12 23:58:224.LESKHASSONKé 183
Généralités 183
Histoire 184
Organisation sociale 184
Ressources, économie et alimentation 185
Musique186
Liste des rythmes khassonké 189
Description des rythmes et des danses 191
5.LESSONINKé 209
Généralités 209
Histoire 210
Organisation administrative et sociale 211
Ressources, économie et alimentation 212
Traits caractéristiques 213
Musique 213
Liste des rythmes soninké 217
Description des rythmes et des danses 219
•LAMETHODE 229
1) Description des frappeset des sons 229
2) La notation rythmique 230
3) Le compact disc 232
4) Les rythmes 233
•LISTEALPHABETIQUEDES RYTHMES 245
•DISCOGRAPHIE 253
•BIBLIOGRAPHIE 269
•REMERCIEMENTS 275
•LEXIQUE 279
9
Mémoires.indd 9 7/04/12 23:58:22LavilledepuislacollinedeSikoroni
(J.Comtet, Bamako 2010)
10
Mémoires.indd 10 7/04/12 23:58:23PREFACE
Dès 1998, à l’occasion de mon premier séjour au Mali, je commençais à
répertorier et décrire les différentsrythmes et danses car il me semblait indispensable de
pouvoir les placer dans leur contexte socioculturel afn de donner une couleur et un
sens à ces phrases de percussion.
Puis, en constatant le manque d’ouvrages concernant le djembé, j’ai décidé
d’entreprendre la réalisation de cet essai, entraîné par une seule motivation : promouvoir
le
djembémalien.Jevoulaiseffectivementmettreenavantcetinstrument,lefaireconnaître et donner envie aux gens d’apprendre à jouer les rythmes du Mali, car j’estime que
cepays,dontlaculturemusicaleestsiriche,estenretardauniveaudelareprésentation
internationale.
J’ai également voulu situer l’instrument dans sa réalité géographique et par
là-même présenter les ethnies qui le pratiquent sur le territoire malien, à savoir
les différentsgroupes malinké, les Wassoulounké, une partie des Khassonké, des
Soninké et des Bambara ainsi que les Peul du Fladougou et du Birgo.
Les informationscontenues dans ce livre constituent donc une synthèse entre le
fruitdemesinvestigationsauseindenombreuxvillagesreprésentatifsdesdifférentes
ethnies pratiquant le djembé - ce qui correspond à sept années passées sur le terrain
- et de nombreuses interviews réalisées auprès de maîtres djembéfolaw. Ces
déplacements me permirent donc de séjourner notamment dans le Wassoulou (Yanfolila,
Komissana), le Mandé (Kangaba, Kéla, Déguéla, Balanzan, Siby, Djélibani,
Djoliba, Naréna, Bankoumana…), le Solon (Makono), le Baya (Sélingué, Kangaré),
le Bambouk (Kéniéba), la région de Kita, le Fladougou (Sorotabougou), le Khasso
(Kayes, Sambaga, Sautoucoulé, Kakoulou, Séroumé…), le Kharta
(DiangountéCamara,Sogan),leMéguétan(Sirakoro,Koulikoro),leDjitoumou(Ouéléssébougou,
Ténémanbougou),leBanimounoutié(Bougouni)ouencorele Tiendougou(Niamala,
Koumantou).
Je considère donc que ces recherches représentent un travail
d’ethnomusicologie
de«débroussaillage»,carilfaudrait,pourobtenirunrésultatscientifquementcomplet, passer au moins une année entière dans chacune des régions citées, or le temps
et le budget dont je disposais ne me le permettaient pas.
Cetouvrage est donc une proposition, un essainon exhaustifconcernant
lesrythmesdudjembé;ceuxquiontfaitlemêmegenrederecherchessaventquemêmesil’on
séjourneunbonmomentdansunvillage,ilyatoujoursunoudeuxrythmesdonton
oubliedevousparler…Deplus,latraditionoriginelleestdiffcileàmettreàjourcar
il arrive que les musiciens respectifsde deux villages voisins se contredisent, ce qui
rendparfoisla« vérité»plurielleetinsaisissable… Toutcomplémentd’information
et toute critique de la part des lecteurs seront donc les bienvenus.
Ilfautégalementpréciserquenousnepouvonspasicinouspermettrededonner
des explications concernant certains rythmes liés à des rites sacrés ou tabous, et ce
par respect des choses qui doivent rester mystérieuses et connues des seuls initiés.
11
Mémoires.indd 11 7/04/12 23:58:23Je tiens à remercier tout particulièrement mon ami et maître François S.
DEMBÉLÉ pour son soutien et ses informationsnécessaires à la rédaction du
chapitre Biographie d’un djembéfola: François Souleymane DEMBÉLÉ.
Le livre est complété d’un CD qui présente dix rythmes du répertoire malien
proposant une approche pédagogique de l’instrument, qui devrait convenir aux
néophytes comme aux passionnés.
Je souhaite à tous une bonne lecture et un bon apprentissage, en espérant que ce
travail apportera une pierre, si modeste soit-elle, à l’édifce de la connaissance de la
musique africaine.
Cet ouvrage est dédié à feuKhalifaBERETHÉ dit«Mao » et à feuMamadou
SYLLA dit«Faraba ». Que la terre leur soit douce et légère.
Julien COMTET
12
Mémoires.indd 12 7/04/12 23:58:23LEMALI
1.CARTED’IDENTITé
LaRépubliqueduMaliestunétatintérieurdel’Afriqueoccidentale.Sasuperfcie
estde1240000km2etsapopulationtotaleestd’environ11,2millionsd’habitants.
Elle a pour villes principales Bamako (la capitale ; 1.300.000 d’habitants recensés
auxquels viennent s’ajouter près d’un million de personnes), Sikasso (145.000 hab.),
Mopti (109.000 hab.), Koutiala (100.000 hab.), Kayes (98.000 hab.) et Ségou
(93.000 hab.)*. Le Mali a pour pays voisins la Mauritanie et l’Algérie au nord,
le Niger à l’est, le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire au sud et le Sénégal et la Guinée
à l’ouest (il fautsouligner que les frontièrestracées«à la règle » par les anciens
colons partagent souvent les ethnies en deux, voire trois nationalités…).
Le pays appartient à l’Union Monétaire des Etats d’Afriquede l’Ouest et a donc
pour monnaie le
francCFA.
Lareligionprincipaleestl’Islam(89,8%)quiftsonapparitionversl’an900après
J-Caveclescommerçantsnomadesvenusd’AfriqueduNord.Lesreligionstraditionnelles et le Christianisme représentent respectivement 9,2% et 1% des croyants (de
nombreux monothéistes n’ont pas rejeté l’animisme qu’ils pratiquent conjointement
par le biais des féticheurs).
2.GéOGRAPHIEETéCONOMIE
Le territoire du Mali comprend le cours supérieur du Sénégal, le cours moyen
du Niger avec le grand coude que formele feuve, et au nord, dessinant un angle
dont le sommet est au-delà du tropique du Cancer, un vaste espace désertique
appartenant au Sahara méridional. Celui-ci se trouve prolongé au centre par
le Sahel, zone tropicale steppique à longue saison sèche. Ces régions d’élevage
nomade des bovins et des ovins souffrentdepuis les années 70 de la sécheresse.
Les seuls accidents notables du reliefsont l’Adrar des Iforas,lointain prolongement
des massifsdu Ahaggar, et les monts Hombori (1155 m) qui bordent la cuvette
nigérienne.
Le sud du pays, plus peuplé, jouit d’un climat tropical, de savanes et de forêts
claires, avec une saison humide de juin à octobre et une saison sèche de novembre
à mai. Les moyennes de température sont élevées : de 24 à 29°C et les
variations
diurnessontconsidérables.Endirectiondunord,lasaisonhumidevaenseraccourcissant jusqu’à disparaître, les écarts de température s’accentuent, et la végétation
passe de la savane à bouquets d’arbres à la savane aux arbustes épineux, puis à la
steppe et enfn au désert.
* recensement 2005
13
Mémoires.indd 13 7/04/12 23:58:23Les zones de cultures (mil, sorgho, riz, maïs, patate, manioc, arachide et coton)
ont été étendues par l’irrigation dans les vallées des feuves Niger et Sénégal, ainsi
que dans le Macina (jusqu’en 2000, le Mali était le premier producteur de coton
d’Afrique).Avec 74,4% de population rurale, l’agriculture représente la principale
ressource du pays.
Les gisements miniers (or, diamant, bauxite, manganèse) ne sont encore que trop
peuexploitésetcesontsouventdesentreprisesprivéesétrangèresquitirentproftdu
solmalien.Sil’artisanatesttrèsdéveloppé,leMalinepossèdequequelquesindustries
alimentaires et textiles, et compte toujours parmi les pays les moins avancés sur le
planindustriel…Silespuissancesoccidentalesavaientréellementl’intentiond’aider
les pays du Sahel à progresser et à accéder à un développement durable, ils l’auraient
faitdepuis longtemps… (à ce sujet, nous vous conseillons de lire l’indispensable
ouvrage de François-Xavier VERSHAVE, La Françafrique,le plus long scandale de la
République, Stock, 1998).
3.LESLANGUES
LalangueoffcielleauMaliestlefrançaisetlaprincipalelanguevéhiculaireestle
bambara(oubamanan). Viennentensuiteentermedelocuteurslesonghaï,lepeulet
le soninké, les autres langues nationales étant le malinké, le bobo, le bozo, le dogon
le khassonké, le maure, le minianka, le sénoufoet le tamachek. En réalité, ces treize
langues nationales correspondent aux grandes aires culturelles du pays et plusieurs
d’entre elles se déclinent en différentsdialectes. Cet état de faitest tributaire de la
politique linguistique développée depuis l’indépendance en 1960 qui consistait à ne
pas favoriserune culture plus qu’une autre dans un pays composé de multiples
communautés ethniques qui cohabitent particulièrement bien aujourd’hui.
«Si le bambara demeure la langue la plus parlée, il partage le pays en deux avec le
songhaï à la hauteur de la ville historique de Djenné. Le sud de cette ligne est occupé par les
bambaraphonesbienquen’étantpastousBambara.C’estdanscettepartiequesesitueBamako
et c’est probablement parce que cette ville concentre la quasi-totalité des activités économiques
et administratives que l’ensemble des populations s’y retrouve. Or, l’un des premiers critères
d’intégration est de parler sa langue. De ce faitle bambara, langue de Bamako, devient
la langue de la ville, de la science, et des évolutions sociales (fonction d’ailleurs qu’elle
partage avec le français).Il est donc aisé de comprendre que les populations qui se veulent
porteuses de ces valeurs veuillent toutes le parler…. Pour ce qui est du cas du français,
il occupe le statut de langue offcielle bien qu’étant connu par moins de la moitié de la
population.C’estlalanguedutravail,del’administration,del’enseignement,delapromotion
sociale et du prestige.» (Ismaël MAÏGA, Parlons bambara, L’Harmattan, 2001).
14
Mémoires.indd 14 7/04/12 23:58:234.LESGROUPESETHNIQUES
LesgroupesethniquesauMalisontgénéralementrassemblésenplusieursfamilles
distinctes, à savoir :
- le groupe«mandingue» ou«ouangaran », comprenant les Malinké, les
Bamanan, les Khassonké et les Dioula, ainsi que les groupes qui leur sont
assimilés tels que les Peul du Wassoulou, du Fladougou ou du Birgo, ou encore
les Diallonké.
- le groupe«soudanien », comprenant les Songhoï (ou Koroboro), les Soninké,
lesKakolo,lesBozo(ouSorko)etlesSomono,lesDogon(ouHabbéenlangue
peul;Kado au singulier), les Bela, les Oulé, les Samo, les Natioro, les Ouara,
les Sembla, les Sia, les Boron, les Huela et les Ligbi.
- le groupe« voltaïque», comprenant les Minianka (ou Mamara), les Sénoufoet
les Bobo (dont les Bobo Fing et les Bobo Oulé ou Bwa).
- legroupedes«blancs»,comprenantlesPeul(ouFla;ouFoulbé)etles
Toucouleur, les Maures (ou Souraka) et les Touareg (dont la langue est le tamashek)
Carten°1:LesprincipalesethniesauMali
15
Mémoires.indd 15 7/04/12 23:58:235.HISTOIREGéNéRALE
Le Mali tel qu’il est défni aujourd’huidans ses limites géographiques, est au
cœur d’un territoire qui vit l’avènement des plus anciennes civilisations noires.
Pendantplusd’unmillénaire,différentsroyaumesetempiressesontsuccédésdans
cette région, dominant l’histoire de l’Afriquede l’Ouest.
Les ancêtres des peuples mandingo-soudanais seraient originaires d’Egypte ou
du Soudan et auraient atteint l’Afriquede l’Ouest quelques 2700 ans avant J-C.
Ils y trouvèrent une population autochtone - des pygmées d’après certaines sources -
etleschassèrent.Ils’organisèrentpetitàpetitetfondèrentquelquessièclesavantJ-C
un état fédéralisteappelé Oudouma qui futensuite absorbé par le premier véritable
ème èmeempire ouest-africain: le Gana, extension du royaume du Wagadou (II -XI s.).
èmeAu X siècle, l’empire du Gana (à ne pas confondreavec l’actuelle République
du Ghana) fondépar les Soninké atteint son apogée. Le souverain deKoumbi,
capitale de l’empire, a alors sous sa domination les royaumes du Tekkrour, du
Bambouk et du Mandé (voir carte n°2 p.17). Le Gana éclate après la prise de
Koumbi (Koumbi-Saleh) par les Almoravides en 1077.
Le Sosso, royaume restéfdèleàlareligion traditionnelle animiste, prend son
indépendance et lutte contre les Musulmans. Il ne peut cependant s’imposer
complètement au Mandé (ou pays mandingue) dont les suzerains sont convertis à
èmel’Islam depuis le milieu du XI siècle.
En 1235, les Malinké (habitants du Mandé) se révoltent contre le roi du Sosso
Soumaoro KANTÉ;ils renversent ce dernier en ralliant SoundiataKEÏTA venu
de Nema (actuelle Mauritanie) pour défendreson pays. C’est le début de l’empire
du Mali dont l’apogée sera atteinte sous le règne de Kankou Moussa (1307-1332)
qui faitconnaître le Mali hors de l’Afriqueen faisantun pèlerinage mémorable à
la Mecque(Niani est alors la capitale de l’empire; voir carten°3p18). Mais au
èmeXV siècle le royaume ne résiste pas aux raids des Mossi au sud, aux attaques des
Touareg au nord et aux révoltes des Songhaï à l’est.
Vassal du Mali, le royaume songhaï reprend son indépendance, édife un immense
empire sous l’autorité De Sonni Ali Ber en 1464 et atteint son paroxysme sous l’askia*
Mohammed (1495-1528). Gao en est la capitale politique et administrative alors
que Tombouctou s’impose comme la capitale marchande, religieuse et intellectuelle
ème(de nombreux Arabes y résident). L’empire s’effriteà la fn du XVI siècle suite aux
assautsdesMarocainsetauxrivalitésinternes.
èmeAu XVII siècle, les Bamanan (ou Bambara) qui étaient une fractiondes
Mandingues demeurés fdèles à l’animisme et farouchementopposés à l’Islam,
s’affranchissent del’autoritédes rois malinké. Sousl’égide des COULIBALY
puis des DIARRA, ils créent le puissant empire de Ségou, et deviennent les
souverains du royaume du Kharta que gouverneront les COULIBALY Massassi.
* chefreligieux
16
Mémoires.indd 16 7/04/12 23:58:24CarteN°2:EmpireduGanaauXIèmesiècle.
Leur économie est basée sur la traite des esclaves (prisonniers de guerre) qu’ils
vendent aux trafquants africainsqui les emmènent sur la côte pour les vendre aux
négriers européens. Entre 1440 et 1880 des millions d’Africainssont déportés vers
les îles des Caraïbes ou le continent américain…
èmeAu XIX siècle, c’est le Toucouleur el Hadj Oumar TALL qui met fn au
royaume bambara et y impose l’Islam. Son empire englobe des populations variées :
Khassonké, Malinké, Peul, Bamanan, Songhaï, Touareg et Toucouleur.
Mais les luttes intestines - notamment entre Toucouleur et Peul du Macina
-
facilitentlaconquêtefrançaise.Celle-cidébutevéritablementen1854aveclanominationducolonel FAIDHERBEàlatêtedelacolonieduSénégaletlaconstruction
du fortde Médine (à côté de Kayes) en 1855. Les troupes françaisesse voient dans
unpremiertempsfreinéesparelHadjOumar,puisparl’AlmamySamoryTOURÉ.
Grand stratège militaire, ce dernier conquiertun vasteempire surles paysdu
Haut-Niger et constitue une puissantearmée de type moderne. De 1882à1898
il lutteinlassablement contre la pénétration françaisepuis meurt en captivitéen
1900.La ville de Sikasso, capitale du Kénédougou,est prise en 1898. Vers 1914,
la conquête coloniale est achevée.
17
Mémoires.indd 17 7/04/12 23:58:24Appelé Haut Sénégal-Niger puis Soudan Français, le Mali reste colonie française
jusqu’en1956.En1958,ilentredanslaCommunautéFrançaised’Afriquedel’Ouest.
Républiquesoudanaiseen1959,il tente unefédérationavecleSénégal,maiscelle-ci
échoue. Le Mali acquiert son indépendance le 22 septembre 1960, et a pour premier
président le socialiste Modibo KEÏTA. Ce dernier est renversé en 1968 par Moussa
TRAORÉ,quiestàsontourrenverséparuncoupd’Etatsurfondderévoltepopulaire
le 26 mars 1991. Le multipartisme est instauré et Alpha Oumar KONARÉ devient
èmele président de la III République en avril 1992. Il est réélu en 1997 puis cède son
fauteuilprésidentiel à Amadou Toumani TOURÉ en 2002 qui brigue et obtient un
deuxième mandat en 2007.
Les quelques lignes que vous venez de parcourir constituent un aperçu très
global de l’histoire du Mali. Des descriptions plus détaillées concernant l’histoire et
les mœurs socioculturelles des ethnies pratiquant le tambour djembé sont proposées
dans les chapitres suivants.
CarteN°3 :SituationgéographiquedesMalinkéàtraverslessiècles.
18
Mémoires.indd 18 7/04/12 23:58:24Féticheur
(Amélie Macé, Samaya 2007)
19
Mémoires.indd 19 7/04/12 23:58:24Mémoires.indd 20 7/04/12 23:58:24BIOGRAPHIED’UNDJEMBEFOLA :
FrançoisSouleymaneDEMBéLé
François Souleymane DEMBÉLÉ est né un trois février1957 à Bamako, de père
ZoumanaDEMBÉLÉetdemèreCouraMarieDIARRA.C’est unenfantdupaysdes
«hommesdroits»,ceuxquiaujourd’huiencorerefusentl’humiliationetpréfèrentla
mort à la honte: les Bobo (ethnie répartie entre le Mali et le Burkina Faso).
Le destin de François sera scellé par un petit djembé que lui apporta un jour sa
mère,deretourdumarchédeMédina-coura(quartierdeBamako).Il venaitd’avoir
sept ans et s’apprêtait à rejoindre les bancs de l’école française.Cet instrument,
que sa mère considérait comme un simple divertissement, allait orienter le jeune
François vers la musique. Il prit sa nouvelle passion très au sérieux : de retour de
l’école il se ruait surson tambouret s’entraînait seul, tellement acharné qu’il en
oubliait de manger et d’apprendre ses leçons.
C’est ainsi qu’en 1966, il futamené à accompagner la troupe théâtrale de son
école, participant ainsi aux compétitions interscolaires, malgré la désapprobation de
ses parents. La troupe remporta la première place et François futélu meilleur
djembéfolade tous les établissements de premier cycle de Bamako. Un an plus tard il reçut
à nouveau cette gratifcation de meilleur batteur à l’occasion des compétitions
interquartiers.
C’est en 1968 que le destin plaça François sur le chemin d’un maître incontesté
du Wassoulou : Karamoko SIDIBÉ, qui le prit en estime à cause de son amour
exacerbé pour le djembé.Unmatin, alors quelejeune François se rendaitàl’école,
ilcroisaungroupededjembéfolawquiallaitàunmariage.Ilfutinterpelléparl’undes
percussionnistes,uncertainToumaniSIDIBÉquiluiproposadelessuivre.Oubliant
qu’ildevaitalleràl’école,ilaccompagnalesmusiciensjusqu’aulieudel’animation.
Toumani intervint auprès de Karamoko pourqu’il intègre François au sein de son
groupe. Le maître accepta mais à condition que son nouvel élève continue
d’alleràl’école. Ce dernier poursuivit donc ses études et commença son initiation.
La formationd’un apprenti djembéfolacommence généralement par l’observation :
le jeune suit le groupe, démonte les dounoun et faitle thé, sans recevoir de cours à
proprementparler;ilsedoitdoncd’écouteretdemémoriserlesphrasesdumaître.
Avant une animation, les apprentis jouent pour avertir les invités que le gombo
va commencer et peuvent ainsi se faireremarquer par leur professeur.Un beau
jour, Karamoko confa le kongoni au jeune François qui s’imposa rapidement
comme membre du groupeàpart entière, suscitant déjà la jalousie de ses camarades.
Pour récompenser son talent, le maître lui confa le dounoumba, instrument dont
le jeu nécessite précision et connaissance des variations liées à la danse. Quelque
temps plus tard, Karamoko permit au jeune artiste de s’essayer au djembé comme
premier accompagnateur, dernier palieràfranchir pouraccéder au rang de soliste.
C’est ainsi queFrançois futunjourdésigné par son maître pourleremplacer en
21
Mémoires.indd 21 7/04/12 23:58:24tant que soliste lors de l’animation d’une fêtede mariage. Du haut de son mètre
dix, l’élève tenait à relever le déf afn de mériter la confance de celui qui venait de
l’honorer.Lapeurauventremaisfortdesafertécongénitale,ilremplitsoncontrat
et ce jour futpour lui le début d’une carrière mouvementée, contestée et
diffcilement conciliable avec ses études.
Ce premier succès arriva comme une traînée de poudre aux oreilles de sa
famille
quicommençaàprendreleschosesauxsérieux.Alorsquelejeuneinstrumentistevenaitd’êtresélectionnéparlaTroupeRégionaledeBamakopourlaSemaineNationale
de la Jeunesse, son père décida de l’envoyer poursuivre ses études au village.
François se retrouva doncàSan dans la famille,où il était censé trouver de
bonnes conditions pour étudier et oublier le djembé. Mais la passion qu’il vouait à cet
instrumentétaitgrande...Unjour,interpelléparlesondespercussions,ilserendit
sur le lieu de l’animation. A la pause, il s’adressa à l’un des apprentis, lui
expliquant qu’il était lui-même djembéfolaà Bamako et qu’il avait été envoyé à San afn
de poursuivre ses études. Lorsquelejeu reprit,lemaître- uncertain Mamoutou
KOUYATÉ-l’invitaàjouerafndele« tester».Aprèslafête,ilsserendirent tous
dans la cour du maître pour boire le thé. Celui-ci tendit un djembéàFrançois afn
d’entendre certains rythmes et la manière d’enchaîner certaines phrases. Tous les
batteurs furentimpressionnés : l’élève qu’était François dépassait déjà le maître
qu’était Mamoutou.
C’est ainsi que le tambour rattrapa le jeune écolier une foisde plus. Les
animations(mariages,baptêmes,fançailles,circoncision…)avaientlieulesjeudi,samedi
et dimanche. Les congés scolaires étant les jeudi et dimanche, François ne manquait
pas une occasion d’aller jouer et il permit à son maître d’être reconnut «superfolila»
deSan,faceàsonprincipalrival,uncertainMorikéDIABATÉ.
La famillede François futévidemment très vite informéede ses activités
artistiques. Il futcorrigé et un de ses oncles, le plus jeune, se rendit chez Mamoutou pour le
menacer, lui interdisant d’accepter François dans son groupe. Malgré les nombreuses
réprimandes,lejeuneneputserésoudreàabandonnerl’instrument,contraignantainsi
songrandfrèreàlerenvoyerchezsesparents,impuissantfaceàuntelacharnement.
Le retour à Bamako futdiffcile.Son père, exaspéré, qui avait utilisé tous les
moyens pour le détourner de la percussion, le somma de choisir entre la familleet
la musique. L’enfantde douze ans qu’il était choisit naturellement la famille.Mais
il ne put résister à l’appel du destin et reprit le tambour, ce qui raviva la colère
de
sonpèrequilerenvoyadéfnitivementdelamaison.Celui-civoulutégalementrenvoyerlamèredeFrançoisqu’il tenaitpourresponsabledelasituationetc’estgrâce
à l’intervention des amis et de la familleque la séparation n’eut pas lieu. C’était à
Françoisdequitterlecerclefamilialetd’assumersonchoixdevie.Lejeunevirtuose
dut également abandonner les bancs afn de se prendre en charge fnancièrement ;
c’était en 1971 et il avait quatorze ans. Ainsi commença pour François une vie
véritablement professionnelle.
Il rejoignit la troupe de Karamoko SIDIBÉ et continua à jouer dans les
diverses animations bamakoises. Quatre mois après son retour chez le maître et après
un court passage au Ballet des Chemins de Fer, il futde nouveau sélectionné par
22
Mémoires.indd 22 7/04/12 23:58:25la TroupeRégionaleduDistrictdeBamakopourparticiperàlaBiennaleArtistique
et Culturelle du Mali. Cette participation lui permit d’être élu meilleur djembéfola
de ladite compétition. Ce titre attira sur lui l’attention des recruteurs du Ballet
National (alors nommé Troupe Folklorique Nationale du Mali) qui le
convoquèrent quelques mois plus tard. Cet événement s’avéra très important dans la carrière
de François car il avait, à la suite de la biennale, abandonné la musique, réalisant
que ce métier n’était pas assez rentable. Il futdonc convoqué au sein du Ballet
pour être auditionné, il joua le sandia et futsélectionné. Impressionné par les
personnages et la renommée de la Troupe FolkloriqueNationale, François s’enfuit au
villagedesonmaître(quiavait luiaussicessédejouer)afndeluidemanderconseil.
Celui-ci, convaincu des capacités de son élève, l’encouragea à poursuivre sa carrière.
C’est ainsi qu’il futrecruté début 73 au sein du Ballet National du Mali ; il venait
d’avoir dix-sept ans.
Le Ballet Malien est une école où l’on cultive l’excellence et seuls les meilleurs
danseurs et instrumentistes du pays y ont leur place. François intégra donc l’équipe
desdjembéfolaw,alorscomposéedegrandstelsqueMamadouSYLLAdit «Faraba»et
Maré SANOGO, tous deux solistes, ainsi que Brahima DIAKITÉ, Balla SAMAKÉ,
Zani DIABATÉ, Djelimadi KOUYATÉ, Adama DIAKITÉ et Moussa SIDIBÉ, les
accompagnateurs du Ballet. Cette panoplie de djembéfolaw tous maîtres de leurs
villagesrespectifseffrayalejeuneFrançois.Maisàcœurvaillantrienn’estimpossible.
Ilrelevaledéftetsemitautravailpatiemmentetassidûment.Chaqueerreur,chaque
fauteétait vécue comme un drame personnel et il essuya beaucoup de coups bas.
Regonféparlesbénédictionsdesonmaîtreilnesedécourageaitpasetrestait«collé»
à son djembé, répétant chaque note, chaque rythme. Il investit son premier salaire
de fonctionnairedans un petit magnétophone pour enregistrer et mémoriser chaque
phrase musicale. François s’affrmaitpetit à petit, confortantsa place
d’accompagnateur. Il devint ensuite troisième soliste après deux années de labeur, puis deuxième
solistepourenfn accéder au rang de premier solistesept ans après son arrivée,
succédant ainsi à Faraba et à Maré qui avaient tous deux quitté le Ballet. Il occupa
cetteplace jusqu’en 1990, date à laquelle il futadmis au programme de départ
volontaire à la retraite. Ces quelques dix-huit années de travail furent sansaucun
doute pour lui une expérience unique ainsi qu’une chance remarquable puisqu’il
parcourut le monde entier avec le grand Ballet National du Mali, s’ouvrant ainsi à
d’autres cultures et établissant des contacts intéressants pour les années suivantes.
23
Mémoires.indd 23 7/04/12 23:58:25CARNETDEVOYAGE AVECLESBALLETSMALIENS
1973:Algérie (festival)
Hongrie (échange culturel)
France culturel)
1974:France, Italie, RFA, Pays-Bas, Suisse (tournée européenne)
1975:Maroc, Nigeria, Tunisie, Kenya, Ghana, Cameroun (échange culturel)
1976:USA (tournée dans les 52 états)
1977:Cuba (festivalde La Havane)
Nigeria (festival)
1978:ex-Yougoslavie (échange culturel)
1982:Libye (festival)
1983:Chine, Corée du Sud, Japon (échange culturel)
1984:Guinée (festivalZone 2)
1985:ex-URSS (festivalà Moscou)
1986:France (tournée)
1987:France (tournée)
1988:Maroc (festivalde la francophonie)
1989:Martinique, Guadeloupe (festival)
Finlande, Suède, Danemark (tournée)
1990:France (tournée), puis départ volontaire à la retraite
A partir de 1990 François futdésormais libre de tout engagement avec le
gouvernement. L’expérience acquise lui permit de façonnersa personnalité et le poussa
à être créatif,à se frayerun chemin dans la jungle du secteur privé où le salaire se
gagne«jour après jour».
Dès 1986, il avait fondésa troupe Percussion 2000 qui deviendra par la suite
San Toro Percussions. Il créa aussi sa propre unité de fabricationde djembé et autres
instrumentstraditionnels,d’abordbaséeàl’Artisanat,puisàlaMaisondesJeunesde
Bamako.Iltrouvaitdespetitscontratsaveclesstudiosd’enregistrementetouvritune
école de formationmusicale accueillant des élèves venant de la France, du Japon, des
USA et d’autres pays d’Europe. En 1994, il obtint son premier contrat de formation
au C.A.K d’Oslo en Norvège, poste qu’il occupa plusieurs années avant de venir
s’installerquelquesannéesàMelun(régionparisienne).C’esten 2000queFrançois
a enregistré son premier album intitulé San Toro.
Aujourd’hui, le jeune batteur qu’il était est devenu un homme mûr, expérimenté
et respecté, considéré par tous comme un des plus grands maîtres de sa génération.
Il s’est par ailleurs réconcilié avec sa famillequi a compris que le destin est
implacable. Marié et défnitivement établi à Bamako, il mène entre deux voyages la vie
tranquille de père de famille.
24
Mémoires.indd 24 7/04/12 23:58:25CARNETDEVOYAGEDE1991A2012
1991:USA (tournée et enseignement à New York)
France (festivalAfricolor)
1992:Burkina Faso, Côte d’Ivoire (tournée avec Percussion 2000)
1993:Sénégal, Bénin (tournée avec Percussion 2000)
1994 - 1998:Norvège (enseignement au C.A.K d’ Oslo)
1998:Belgique, Pays Bas, France
1999 - 2000:Norvège (C.A.K), France (festivalAfricolor)
2001: France
2002:France (tournée avec San Toro)
2003 - 2009: France (enseignement à Melun), Mali
2010- 2012:Mali
Jean DEMBÉLÉ et Julien COMTET
FrançoisDEMBéLé avecsonflsIbrahim
(J.Comtet, Bamako 2011)
25
Mémoires.indd 25 7/04/12 23:58:25Carten°4 :Régionsd’origineetdepratiquedu djembéauMali
26
Mémoires.indd 26 7/04/12 23:58:25LE TAMBOURDJEMBé
1. L’ORIGINE
Tambour du pays mandingue, le djembé a pour origine une région située de part
et d’autre de la frontièrequisépare le Mali de la Guinée Conakry (voir carten°4
p.26). Les ethnies qui pratiquent cet instrument depuis le plus longtemps sont
les Malinké (auxquels on attribue généralement la paternité de ce tambour), les
Wassoulounké, les«Bamanan du sud»(voir:«Musique»p.129) et les Soninké.
Les Khassonké et les Bamanan du Kharta, ainsi que d’autres groupes ethniques
du Mali ou des paysavoisinantsl’ontvraisemblablement adopté ultérieurement,
à des époques plus ou moins reculées, certains d’entre eux ne le jouant que depuis
quelques décennies. D’après la plupart des percussionnistes, l’apparition du djembé
ème èmenesemblepasremonterau-delàduXVII ,voireduXVI siècle,bienqued’autres
èmela situent autour du XIII sciècle.
Lenomdel’instrumentestunedéformationdumotdimméquisignife«tambour»
enlanguesoninké.Parailleurs,letambourdjembéétaitautrefoisappelé «djimbé»etce,
jusquedanslesannéessoixantedix.
Selon la légende, le premier djembé aurait été un mortier usagé sur lequel on
aurait eu l’idée de tendre une peau… On peut effectivementavancer l’hypothèse
selon laquelle le tambour djembé serait une évolution des tambours-mortiers utilisés
à l’époque de l’empire du Wagadou (voir:«Histoire » p.210) que l’on retrouve
aujourd’huisouslaformedu solidounounbamananetautrespetits tambours-mortiers
frappésavec les mains.
2.LATRADITION
a)Evolutiondel’instrument
Il aurait été au début l’apanage des seuls forgerons qui ne le jouaient qu’à
l’occasion de la fontedu minerai de fer. Il était alors plus petit et se jouait avec les deux
index de manière discrète.
Par la suite, sa pratique se démocratisa et n’importe quel individu (de la gent
masculine) put en jouer, qu’il soit agriculteur, griot ou forgeron, mais c’était
toujours le forgeron qui le sculptait. Le djembé est d’ailleurs l’un des seuls instruments
qui ne soit pas rattaché à une caste ou une corporation chez les Malinké ; la kora,
le bala, le n’tama, le djeli n’goni et le bolon ne sont joués que par les griots, le simbi
ou le donso n’goni étant les instruments des chasseurs. Même le dounoun qui
accompagne le djembé aujourd’hui n’était pratiqué que par les griots dans le passé (chez les
Khassonké, ce tambour est appelé «djelidounoun », litt.:«le tambour des griots»).
Par ailleurs, si on consulte le livret du disque enregistré par Gilbert ROUGET
en 1952 dans la région de Kankan (Collection musée de l’homme-CNRS, Guinée :
musiquedesMalinké,lechantdumonde),onconstateavecétonnementquelesmusiciens
27
Mémoires.indd 27 7/04/12 23:58:25utilisent le mot «bara » pour désigner le djembé (bara ba = djembé ba ou solo ; bara
den =djembédenouaccompagnement).Ilseraitintéressantdefairedesrecherchesàce
sujet mais cela représenterait un autre terrain d’ethnomusicologie…
Avant de devenir l’instrument soliste éclatant que l’on connaît aujourd’hui,
le djembé futdonc dans un deuxième temps un instrument d’accompagnement ;
il servait effectivementà soutenir le chant et la danse au même titre que les autres
instruments, tels que variablement le bala, le n’tama, le dounoun ou le djidounoun.
On chantait presque tout le long de la manifestation,le tempo était moins rapide
et le volume sonore maîtrisé, afn que l’on puisse entendre les paroles chantées ou
déclamées.
b)Ladanse,lesdanses
Le djembé devint donc l’instrument préférédes femmes,synonyme pour elles
de danse, de divertissement et d’exutoire, puisque ces dernières proftaient des jeux
de tambour pour libérer leur énergie. Dans ces sociétés mandingues où la femmeest
souventcantonnéeàsonrôledefemmeaufoyer,toujoursoccupéeàsesinnombrables
tâchesménagèresetsoumiseàl’autoritésanspartagedeshommes,ladanseestundes
rares moments où elle peut s’exprimer, se défouleret fnalement exercer un pouvoir
directifsur des membres du sexe opposé, les percussionnistes devant se plier à leurs
exigences en jouant tel ou tel rythme, à telle ou telle vitesse, etc. Paradoxalement,
le jeu de tambour - lorsqu’il n’est qu’un simple divertissement profane- représente
pour les femmesun moment important et privilégié, et gare au percussionniste qui
jouerait mal ou qui ne jouerait pas comme elles l’entendent…
La danse est aussi un moyen de s’adonner au jeu de séduction, car elle révèle aux
batteurs ou aux garçons qui regardent depuis l’extérieur du cercle, les charmes et les
aptitudes des jeunes flles qui la pratiquent…
Les danses traditionnelles héritées des générations précédentes constituent le
patrimoineartistiqueetcultureldechaquegroupeethnique; témoignagedupassé
et du présent, elles laissent transparaître les mœurs et coutumes, les croyances,
les mythes et expriment les états d’âme de la société. Au-delà du simple
divertissement, la musique et la danse sont empreintes d’une signifcation sociale et
infuencent de manière positive la vie des membres de la société.
Nous avons classifé ces danses en quatre catégories distinctes :
- Les danses profanes: elles peuvent être pratiquées par tous les membres de
la société mais sont le plus souvent les femmesou les enfantsqui s’y
adonnent. Organisées en toutes circonstances lors des baptêmes, mariages et autres
«jeux d’enfants», les danses profanesne sont généralement pas rattachées à
un événement défni et ne fontl’objet d’aucun interdit particulier.
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