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Les adverbes latin : syntaxe et sémantique

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Description

On trouvera ici, après une présentation théorique des adverbes français faite par C. Touratier dans une perspective syntaxique et sémantique, des études sur des adverbes latins focalisateurs, intensifs, modaux, métalinguistiques, comparatifs, conlusifs-exhortatifs, ou encore remplissant divers rôles (connecteurs consécutifs, etc.). Sont également abordées des questions d'ordre des mots et de distribution fréquentielle dans les textes.

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Informations

Publié par
Date de parution 01 février 2012
Nombre de lectures 28
EAN13 9782296482456
Langue Français
Poids de l'ouvrage 16 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.











Les adverbes latins :
syntaxe et sémantique

Collection Kubaba
Série « Grammaire et linguistique »
dirigée par Michèle Fruyt et Michel Mazoyer






Les adverbes latins :
syntaxe et sémantique





J.-P. Brachet, M. Fruyt, P. Lecaudé (éds.)















Centre Alfred ERNOUTAssociation Kubaba
E.A. 4080Université Paris I
Université de Paris-Sorbonne (Paris IV) Panthéon-Sorbonne
28, rue Serpente12, Place du Panthéon
75006 Paris75231 Paris CEDEX 05

L’Harmattan

Couverture : maquette de Jean-Michel Lartigaud
Image : Musées de Naples et de Pompéi



Cahiers KUBABA
Directeur de publication : Michel Mazoyer
Directeur scientifique : Jorge Pérez Rey


Comité de rédaction
Trésorière : Christine Gaulme
Colloques : Jesús Martínez Dorronsorro
Relations publiques : Annie Tchernychev
Directrice du Comité de lecture : Annick Touchard

Ingénieur informatique
Patrick Habersack (macpaddy@free.fr)

Comité scientifique de la série « Grammaire et linguistique » :
Marie-José Béguelin, Michèle Fruyt, Anna Giacalone-Ramat, Patrick Guelpa,
Isebaert Lambert, René Lebrun, Michel Mazoyer, Anna Orlandini,
Dennis Pardee, Eric Pirart, Paolo Poccetti, Paolo Ramat,
Christian Touratier, Sophie Van Laer, Roger Wright




Ce volume a été imprimé par
© Association KUBABA, Paris







© L’HARMATTAN, 2012
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-56649-1
EAN : 9782296566491

Bibliothèque Kubaba (sélection)
http://kubaba.univ-paris1.fr/

COLLECTION KUBABA

Série Grammaire et linguistique

Dorothée, Stéphane :À l’origine du signe, le latinsignum
Fruyt, Michèle et Van Laer, Sophie (éds.):Adverbes et évolution
linguistique en latin
Thibault, André (éd.) :Gallicismes et théorie de l’emprunt linguistique
Nadjo, Léon :La composition nominale. Etudes de linguistique latine,
Textes réunis par F. Guillaumont et D. Roussel
Nadjo, Léon:Du latin au français d’Afrique noire, Textes réunis par
F. Guillaumont et D. Roussel
Roesch, Sophie (éd.) :Prier dans la Rome antique. Etudes lexicales
Fruyt, Michèle et Spevak Olga (éds.) :La quantification en latin
Moussy, Claude :Synonymie et antonymie en latin
Spevak, Olga (éd.):Le syntagme nominal en latin. Nouvelles
contributions

Série Antiquité

Aufrère, Sydney H. :Thot Hermès l’Égyptien
Briquel, Dominique :Le Forum brûle
Freu, Jacques :Histoire du Mitanni
Freu, Jacques :Histoire politique du royaume d’Ugarit
Freu, Jacques :Šuppiluliuma et la veuve du pharaon
Mazoyer, Michel (éd.) :Homère et l’Anatolie
Mazoyer, Michel :Télipinu, le dieu au marécage
Pirart, Éric :Georges Dumézil face aux démons iraniens
Pirart, Éric :Guerriers d’Iran
Pirart, Éric :L’Aphrodite iranienne
Pirart, Éric :L’éloge mazdéen de l’ivresse
Sergent, Bernard :L’Atlantide et la mythologie grecque
Sterckx, Claude:Les mutilations des ennemis chez les Celtes
préchrétiens

Les Hittites et leur histoire

Freu, Jacques / Mazoyer, Michel, en coll. avec Isabelle
KlockFontanille :Des origines à la fin de l’ancien royaume hittite : Les Hittites et
leur histoire, vol. 1
Freu, Jacques / Mazoyer, Michel :Les débuts du nouvel empire hittite :
Les Hittites et leur histoire, vol. 2





Le lecteur trouvera dans cet ouvrage une partie des
communications présentées lors du colloque biennal du Centre Alfred
Ernout sur «Les adverbes en latin». Sont ici réunis les articles portant
sur la syntaxe, la sémantique et la pragmatique.

Nous remercions tous les auteurs qui nous ont confié leur article
pour publication, Vincent Martzloff pour son aide dans la relecture et
Michel Mazoyer, qui a accepté cette publication dans la collection
KUBABA.

SOMMAIRE

TOURATIERChristian
Regards sur le classement des adverbes français de Christian Molinier
(1984 et 2000)13

BORTOLUSSIBernard et SZNAJDERLyliane
Les emplois de lat.proinde

MARALDIMirka et ORLANDINIAnna
Les adverbes latins signifiant « avant tout », « surtout »

GAIDEFrançoise
Intensité et adverbes intensifs en latin

CALBOLIGualtiero
Les adverbes modaux en latin

CLAISSEMuriel et NICOLASChristian
Breuiter(breui) et autres adverbes métalinguistiques exprimant
la brièveté dans la rhétorique cicéronienne

JULIAMarie-Ange
Nec plus ultra: jusqu’où s’aventurer avec lat.ultra?

FRYCarole
La physique de l’adverbe : la portée d’une force et l’ordre des mots

29

51

67

77

93

113

133

KIRCHER-DURANDChantal
Diversité et unité des adverbes dans le chant VII desArgonautiques
de Valerius Flaccus149

RIPOLLArthur
Les adverbes de langue en latin : propriétés et emplois

DENOOZJoseph
Les adverbes latins dans un corpus d’œuvres : aspects quantitatifs
et qualitatifs

LONGRÉEDominique
Catégories adverbiales, fonctions et ordre des syntagmes
chez les historiens latins

163

179

195


Regards sur le classement des adverbes français
de Christian Molinier (1984 et 2000)

Christian TOURATIER
Université de Provence


Ch. Molinier, qui connaît notamment les travaux de Randolph
Greenbaum et de Claude Guimier et qui suit de très près les analyses et le
classement de R. Greenbaun, repris et modifiés dans la fameuseGrammaire
anglaisede Quirk et Greenbaum notamment, ne distingue pourtant que deux
grandes classes d’adverbes, qu’il appelle respectivementAdverbes de
phrasesetAdverbes intégrés à la proposition.

1. Deux classes disjointes
Il présente et définit ces deux classes de la façon suivante :
« Dansl’ensemble global des adverbes, nous établissons une première
partition entre les adverbes de phrase, ou adverbes de statut périphérique
d’une part, et les adverbes intégrés à la proposition, ou adverbes rattachés au
verbe ou à un autre constituant de la proposition d’autre part. » (Molinier &
Levrier, 2000, 44).
Pour justifier cette partition, il utilise, à la suite de R. Greenbaum, des
critères de fonctionnement qu’il ramène à deux tests : le détachement en tête
de proposition négative et le clivage :
« Lesadverbes de phrase sont définis par la conjonction des deux
propriétés suivantes :
1°) Possibilité de figurer en position détachée en tête de phrase négative
2°) Impossibilité d’extraction dansC’est… que»
(Molinier & Levrier, 2000, 44).
Et ce n’est pas l’absence de ces deux propriétés, mais l’absence de l’une
de ces deux propriétés qui entraîne l’appartenance à la seconde classe
d’adverbe, ce qui peut donner l’impression de constituer une opposition
bancale :
« Les adverbes intégrés à la proposition, complémentaires des premiers,
sont définis par la disjonction de la négation de chacune des propriétés des
adverbes de phrase. Un adverbe intégré à la proposition doit donc vérifier
l’une et/ou l’autre de ces deux propriétés :
1°) Impossibilité de figurer en position détachée en tête de phrase
négative
2°) Possibilité d’extraction dansC’est… que»
(Molinier & Levrier, 2000, 45-46).

14

Christian TOURATIER

Dans un second temps, Ch. Molinier distingue trois sous-classes à
l’intérieur des adverbes de phrase et six sous-classes à l’intérieur des
adverbes intégrés à la proposition. Et c’est en se fondant avant tout sur leur
signification qu’il parvient à distinguer ces différentes sous-classes
d’adverbes, qui peuvent être représentées par le tableau de la figure 1 :

adverbes de
phrase

adverbes intégrés
à la
proposition

{

{

adverbes
conjonctifs

adverbes
disjonctifs

de style

{
d’attitude

adverbes de manière
orientés vers le sujet

adverbes de manière
verbaux

adverbes de manière
quantifieurs

adverbes de point de vue

adverbes de temps

adverbes focalisateurs

{

{

adverbes d’habitude
adverbes évaluatifs
adverbes modaux
{
adverbes d’attitude
orientés vers le sujet

adverbes intensifs

adverbes de complétude

adverbes d’extension
qualitative
adverbes de date

adverbes de durée

adverbes de fréquence


fig. 1 : Classement des adverbes d’après Ch. Molinier

2. Trois sortes d’adverbes de phrase
Les adverbes de phrase peuvent être soit conjonctifs, soit disjonctifs, ces
derniers étant eux-mêmes soit disjonctifs de style, soit disjonctifs d’attitude.
Ch. Molinier réunit donc dans une même classe deux des quatre classes de la
Grammairedisjoints »,ce quiconjoints »et les «Quirk, à savoir les « de
peut paraître surprenant, au moins du point de vue terminologique, puisque
le préfixecon-est sémantiquement le contraire du préfixedis-.

2.1. Adverbes conjonctifs
Ce sont les «conjoints »de laGrammaire anglaise deQuirk, ou les
conjonctifs (sous-type des adverbes exophrastiques portant sur le dire) de
C. Guimier, ou tout simplement les connecteurs des pragmaticiens :
Hâte-toi ;autrement, tu seras en retard. Max travaille;cependant, il
échoue(Molinier & Levrier, 2000, 49).

Regards sur le classement des adverbes français de Christian Molinier

15

Si l’on regarde la liste des différentes sous-classes sémantiques admises
par Ch. Molinier, force est de constater la diversité sémantique de ces
groupes, « la faible représentation des adverbes en -ment(Molinier & »
Levrier, 2000, 56) et la présence importante de tours apparemment
prépositionnels entièrement figés (en premier lieu, d’abord; en outre, de
plus, de surcroît ; en effet, d’ailleurs ; à propos, du reste ; en bref, en réalité,
au fond, en définitive; alors; au contraire, par contre, en revanche; de
toute façon, en tout cas) ou plus ou moins figés (à ce sujet, à cet égard, à ce
propos, d’un autre côté ; dans ce cas, sans cela ; malgré tout), ainsi que de
trois conjonctions de coordination (car, donc, mais).
Mais toutes ces unités linguistiques ont deux choses en commun.
D’abord, au point de vue du sens, «les adverbes conjonctifs dans leur
ensemble ont souvent des propriétés référentielles formellement marquées,
qui explicitent le lien de la phrase où ils figurent avec la phrase ou le
discours du contexte gauche» (Molinier & Levrier, 2000, 56). Ensuite, au
point de vue syntaxique, ce sont, quasiment tous, des expansions de
proposition. Il semblerait donc préférable de postuler, pour ces conjonctifs,
une classe non pas d’adverbes, mais de particules qui seraient des
expansions de proposition, et d’admettre que de véritables adverbes ou
adverbiaux peuvent, en fonction de leur sémantisme, remplir ce même rôle
syntaxique et sémantico-pragmatique de connecteur, quand ils sont
extraposés ou détachés à gauche. Et rien n’empêchera d’ajouter que certains
de ces adverbes ou de ces adverbiaux ont pu, historiquement, se figer pour
ne plus être maintenant que des expansions de phrase à fonction de
connecteur.

2.2. Adverbes disjonctifs de style
Par «disjonctifs de style», dénomination qu’il reprend expressément
(cf. Molinier & Levrier, 2000, 65, note 1) à laGrammaire anglaisede Quirk,
Ch. Molinier entend désigner ce que d’autres, comme Oswald Ducrot (cf.
Ducrot & Schaeffer, 1995,Nouveau dictionnaire encyclopédique des
sciences du langage, 731), appellentadverbes d’énonciationce que C. ou
Guimier considère comme deux sous-sous-types différents d’adverbes
exophrastiques, à savoir les adverbes métalinguistiques, sous-type des
adverbes exophrastiques portant sur le dire (cf. Guimier, 1996, 133), et les
adverbes illocutifs, sous-type des adverbes exophrastiques portant sur la
visée du discours (cf. Guimier, 1996, 141). Ch. Molinier donne comme
exemples d’adverbes disjonctifs de style :
(Honnêtement+Concrètement+En clair),c’est un fiasco = Je te dis
(honnêtement+concrètement+en clair)que c’est un fiasco(Molinier
& Levrier, 2000, 49).
et fait rentrer dans cette sous-classe tous les adverbes qui ont une des
propriétés suivantes :

16

Christian TOURATIER

« - Aptitude à entrer dans une paraphrase dans laquelle ils modifient en
tant qu’adverbe de manière un verbe de type « dire » placé dans une phrase
supérieure,
- Présence dans des formes syntaxiquement complexes de substantifs
tels quetermes, mots, propos, ou de verbes tels queparleroudire,
- Possibilitéde paraphrases mettant en jeu des substantifs tels que
termes, mots, propos, ou de verbes tels queparleroudire. »
(Molinier & Levrier, 2000, 65).
Il répartit ces adverbes disjonctifs de style en un certain nombre de
sousgroupes sémantiquement différents, comme notamment :
a) les adverbes qui «indiquent la disposition psychologique ou morale
du locuteur en tant que tel vis-à-vis du destinataire» (Molinier & Levrier,
2000, 66) :
(Confidentiellement +Franchement +Honnêtement + etc.),ce
spectacle est nul.
b) ceux qui «fournissent un commentaire sur la forme de l’énoncé»
(Molinier & Levrier, 2000, 68) :
(Concrètement+Objectivement+Simplement),c’est fini.
c) ou ceux qui invoquent «soit la vérité, soit le vrai» (Molinier &
Levrier, 2000, 77) :
(Réellement+Véritablement+Vraiment),c’est une bonne chose pour
Luc.

2.3. Adverbes disjonctifs d’attitude
À l’intérieur des adverbes disjonctifs (qui, pour nous, sont les seuls
adverbes de phrase, puisque nous en avons exclu les prétendus adverbes
conjonctifs), «les disjonctifs d’attitude, complémentaires des disjonctifs de
style, se subdivisent en quatre sous-classes: les adverbes d’habitude (cf.
Habituellement, Max est clair), les évaluatifs (cf.Curieusement, Max n’est
pas venu), les modaux (cf.Certainement, Max a raison), les adverbes
d’attitude orientés vers le sujet (cf.Sottement, Max n’a pas répondu) »
(Molinier & Levrier, 2000, 49). Ce sont bien des adverbes de phrase, comme
l’indique le fait qu’ils puissent être glosés parCela est Adj., oùCelareprend
toute la proposition, ou par le verbe principalIl est Adj., auquel est
subordonnée toute la proposition subséquente :
Max est clair, cela est habituel (il est habituel que Max soit clair).
Max n’est pas venu, cela est curieux (il est curieux que Max ne soit pas
venu).
Max a raison, cela est certain (il est certain que Max a raison).
Max n’a pas répondu, cela est sot (il est sot que Max n’ait pas répondu).
Dans le cas des adverbes d’attitude orientés vers le sujet, Ch. Molinier
estime que «l’adverbe porte sur la phrase entière et ne modifie en rien le
verbe » (Molinier & Levrier, 2000, 107). Il montre en effet que ces adverbes
« conformément à la définition des adverbes de phrase […] peuvent précéder
une proposition négative :

Regards sur le classement des adverbes français de Christian Molinier

17

Sottement, Paul n’a pas répondu à la question de Marie.
Intelligemment, Paul n’a pas parlé de ce problème.
Prudemment, Paul n’a pas conduit dans la nuit du retour»
(Molinier & Levrier, 2000, 107).
alors que c’est impossible pour les adverbes de manière orientés vers le
sujet, qui semblent pourtant sémantiquement proches des adverbes de phrase
orientés vers le sujet, mais qui n’en sont pas moins des adverbes intégrés à la
proposition. À côté de :
Max a lu attentivement la notice.
Luc attend anxieusement les résultats.
on ne peut avoir :
*Attentivement, Max n’a pas lu la notice (Molinier& Levrier, 2000,
118).
*Anxieusement, Luc n’attend pas les résultats.
alors qu’il est possible de dire :
Attentivement, Max a lu la notice.
Anxieusement, Luc attend les résultats.
Mais Ch. Molinier pense que l’adverbe de phrase d’attitude « porte aussi
sur le sujet, puisqu’à chacune de [ces phrases] on peut associer une phrase de
structureN0être Adj» (Molinier & Levrier, 2000, 107), en l’occurrence :
Max a été sot (de ne pas répondre).
Ch. Molinier signale, en ce qui concerne la position des adverbes
disjonctifs dans la phrase, un certain nombre de particularités. D’une façon
générale, ils vérifient, tous, mais pas de façon entièrement identique, ce que
les grammaires traditionnelles appellent, à tort, à notre avis, « la propriété de
mobilité adverbiale » (Molinier & Levrier, 2000, 84).
Tous, en effet, peuvent être détachés en tête de phrase :
a) adverbes d’habitude :
(Généralement + D’ordinaire +…), Max déjeune à la cantine.
(cf. Molinier & Levrier, 2000, 84).
b) adverbes évaluatifs :
Curieusement, Luc n’a rien compris.(cf. Molinier & Levrier, 2000, 84).
c) adverbes modaux :
(Apparemment +Certainement +Effectivement), Paul est arrivé en
retard.(Molinier & Levrier, 2000, 97).
d) adverbes d’attitude orientés vers le sujet :
Sottement, Paul a répondu à la question de Marie.
(Molinier & Levrier, 2000, 107).
Tous, sauf les adverbes évaluatifs, peuvent aussi être détachés en fin de
phrase ou après le sujet :
a) adverbes d’habitude :
Max (généralement + d’ordinaire +…) déjeune à la cantine.
Max déjeune à la cantine, (généralement + d’ordinaire +…).

18

Christian TOURATIER

(cf. Molinier & Levrier, 2000, 84).
b) adverbes modaux :
Paul (apparemment +certainement +effectivement) est arrivé en
retard.
Paul est arrivé en retard au bureau, (certainementapparemment +
+ effectivement) (Molinier & Levrier, 2000, 97).
c) adverbes d’attitude orientés vers le sujet :
Paul, sottement, a répondu à la question de Marie.
Paul a répondu à la question de Marie, sottement.
(Molinier & Levrier, 2000, 108).
On comprend fort bien qu’il s’agisse, dans tous ces cas, d’adverbes
disjonctifs (ou d’adverbes de phrase), puisqu’ils sont d’une manière ou d’une
autre (c’est-à-dire syntaxiquement et intonativement) détachés de la
proposition qui forme le reste de la phrase.
Il est peut-être plus gênant de les retrouver à l’intérieur même de cette
proposition, c’est-à-dire en fait après son verbe ou après l’auxiliaire de son
verbe. Mais dans cette position, tous les adverbes disjonctifs ne semblent pas
avoir le même comportement. Les adverbes évaluatifs paraissent vraiment
disjonctifs, parce qu’«à l’intérieur de la proposition, ils sont, dit
expressément Ch. Molinier, nécessairement détachés, à la manière des
propositions incises » :
Luc,curieusement, n’a rien compris.
Luc n’a,curieusement, rien compris.
Ils s’opposent en cela, ajoute-t-il, aux modaux, qui n’exigent pas le
détachement :
Lucapparemmentn’a rien compris
Luc n’aapparemmentrien compris.
Cependant, deux évaluatifs:heureusement etmalheureusement
n’exigent pas non plus le détachement :
Luc (heureusement+malheureusement) n’a rien compris.
Luc n’a (heureusement+malheureusement) rien compris.
(Molinier & Levrier, 2000, 89).
Et si l’on se fie à la ponctuation des exemples proposés par les auteurs,
il semble bien que les adverbes d’attitude orientés vers le sujet et les
adverbes d’habitude n’exigent pas non plus une rupture, quand ils sont après
le verbe :
Paul a sottement répondu à la question de Marie.
Paul a répondu sottement à la question de Marie.
(Molinier & Levrier, 2000, 109).
Max déjeune (généralement+d’ordinaire+…) à la cantine.
(Molinier & Levrier, 2000, 84).
Tout se passe comme si ces adverbes étaient, intonativement, de
véritables expansions du verbe de la proposition, et donc faisaient
syntaxiquement partie de cette proposition. Remarquons que laGrammaire

Regards sur le classement des adverbes français de Christian Molinier

19

anglaiseQuirk considère que degenerally commeusuallypartie des fait
adjuncts of time(Quirket al.,1985, 543 et 618), alors quegenerallydétaché
en tête de phrase est unstyle disjunct (Quirket al., 1985, 616). Mais
Ch. Molinierpréfère admettre que ces adverbes ainsi insérés dans la
proposition appartiennent à la même classe des adverbes de phrase
disjonctifs que lorsqu’ils sont en position d’extraposition antéposée, parce
qu’à l’évidence, ils satisfont aux mêmes tests censés montrer qu’ils portent
sur l’ensemble de la phrase et non pas seulement sur le verbe. On peut dire
qu’alors la signification manifestée par lesdits tests prime sur l’organisation
et la position syntaxique des constituants dans la phrase.

3. Six sortes d’adverbes intégrés à la proposition
Il est difficile de dire avec précision quelle fonction syntaxique
remplissent les adverbes intégrés à la proposition. Mais leur dénomination
est peut-être plus suggestive sur ce point que le terme d’adjunct, utilisé par
laGrammaire anglaisede Quirk, et plus large que le terme d’adverbe
intraprédicatif, employé par C. Guimier. Même si ce terme d’adverbes intégrés à
la proposition recouvreavant tout une collection d’adverbes que des tests
permettent de réunir, Christian Molinier en a proposé la définition en
compréhension suivante : ce sont des « adverbes rattachés au verbe ou à un
autre constituant de la proposition» à laquelle appartient ledit verbe
(Molinier & Levrier, 2000, 44). Ce sont donc, en gros, les adverbes qui ont
valu à cette catégorie son nom d’ad-verbe, et, principalement, ceux que la
tradition appelle lesadverbes de manièreet lesadverbes de temps.

3.1. Adverbes de manière orientés vers le sujet
Comme le dit justement Ch. Molinier et comme on a pu le constater
précédemment, «la notion d’orientation vers le sujet (ou de portée sur le
sujet) est utilisée depuis longtemps dans la description syntaxique des
adverbes » (Molinier & Levrier,2000, 118). Elle s’applique à des adverbes
qui, « dans leur position canonique (post-verbale), ont une portée principale
sur le verbe et une portée secondaire sur le sujet de cette même phrase»
(Molinier & Levrier, 2000, 120). C’est le cas deanxieusementdans :
Max regardeanxieusementl’horizon.
Car si cette phrase veut dire que le regard que Max porte sur l’horizon
est anxieux, il est clair qu’elle signifie « Max aussi est anxieux ».
Cela est vrai, mais montre les limites de cette analyse qui recourt à la
notion d’orientation vers le sujet. Car l’énoncé cité ne dit pas que Max est
anxieux, il permet seulement de l’inférer. Si syntaxiquement l’adverbe
anxieusementsur le verbe porte regarde, avec lequel il forme une
construction, ce n’est que sémantiquement, et même qu’implicitement qu’il
porte sur le sujetMax. De fait, l’énoncé avec adverbe dit « de manière » n’a
pas le même sens que l’énoncé avec adjectif dit traditionnellement « attribut
du sujet », comme :
Max regarde anxieux l’horizon.

20

Christian TOURATIER

où il est effectivement dit que Max est anxieux. D’ailleurs, C.Guimier
(1996, 65-66), à la suite notamment de Pierre Le Goffic, montre bien la
différence qu’il y a entre l’attribut du sujet de :
Paul est parti joyeux.
et l’adverbe de manière de :
Paul est parti joyeusement.
En effet, «partir joyeusement: il y aproprement le départ caractérise
“départ joyeux” au sens de “départ accompagné de manifestations joyeuses”
[…]. DansPaul est parti joyeux, il y a “départ joyeux” au sens de “départ
d’un sujet joyeux” ; la joie est celle qu’éprouve le “sujet-qui-part” et non
celle qui accompagne extérieurement le départ » (Le Goffic, 1993, 360-361).
En ce qui concerne leur position dans la phrase, les adverbes dits «à
orientation vers le sujet » posent un problème théorique. Christian Molinier
signale en effet que «la position préverbale détachée est acceptée par tous
les adverbes non susceptibles d’homonymie syntaxique avec les adverbes de
phrase disjonctifs d’attitude orientés vers le sujet» (Molinier & Levrier,
2000, 131). Ce que nous appelonsextraposition antéposée etinterposition
est possible, comme le montrent :
Anxieusement, Luc attend les résultats.
Luc,anxieusement, attend les résultats.
Mais l’adverbe de manière de :
Paul a répondubêtementà la question de Marie.
ne peut être, lui, ni extraposé, ni interposé, des phrases comme :
Bêtement, Paul a répondu à la question de Marie.
Paul,bêtement, a répondu à la question de Marie.
contenant, avons-nous vu précédemment, un adverbe disjonctif orienté vers
le sujet. L’auteur admet donc que le motbêtementl’item lexical (ou
bêtement, comme il le dit) correspond à «deux formes adverbiales
syntaxiquement homonymes » (Molinier & Levrier, 2000, 53), c’est-à-dire à
deux adverbes homonymes qui ont deux syntaxes différentes, l’un étant un
adverbe disjonctif et par conséquent un adverbe de phrase, l’autre un
adverbe intégré à la proposition.
Il est incontestable que l’adverbebêtementn’a pas, dans les deux cas, la
même contribution au sens de l’énoncé et que l’auteur a raison de parler,
dans un cas, d’un adverbe disjonctif, qui «porte sur la phrase entière»
(Molinier & Levrier, 2000, 107), et dans l’autre, d’un adverbe intégré à la
proposition, qui porte sur le verbe. Dans le premier cas, il fait apparaître une
signification du type «il est bête que Pierre ait répondu à la question de
Marie », et dans le second cas, une signification du type « Pierre a répondu
d’une façon bête à la question de Marie ». Et il est intéressant que les auteurs
établissent une sorte de distribution syntaxique complémentaire entre ces
deux emplois : dans le second cas, l’adverbe fait partie du SV, alors que dans
le premier, il est extérieur à ce SV, quand il est interposé, et extérieur à la
proposition à laquelle appartient le SV, quand il est extraposé. Mais faut-il,
de ce fait, postuler deux lexèmes homonymes, comme le font nos auteurs ?
C’est loin d’être évident ; car dans les deux cas, on retrouve le même sens de

Regards sur le classement des adverbes français de Christian Molinier

21

« bête », la différence venant de ce que ce sens s’applique, dans un cas, à la
signification de toute la propositionPierre a répondu à la question de Marie,
et dans l’autre, à la signification seulement du verbea répondu. Il nous
semblerait plus satisfaisant de transposer une des règles de variation
e
phonologique formulées par Troubetzkoy (cf. la IIIrègle de Troubetzkoy,
1967, 50), en disant :
Si deux expressions d’une langue, parentes entre elles au point de vue
sémantique et morphématique, ne se présentent jamais dans le même
entourage syntaxique, elles sont à considérer comme des variantes
combinatoires du même signifié.
Nous préférerions donc parler de la polysémie et non de l’homonymie
de l’adverbebêtement, en précisant même que c’est à cause de sa position
syntaxique hors d’une proposition que son signifié est appliqué à cette
proposition, alors qu’il n’est appliqué qu’au verbe, quand il est
syntaxiquement rattaché à ce dernier.
Le problème qui se pose alors est de savoir pourquoi il n’en est pas de
même de l’adverbeanxieusement, et, d’une façon générale, de la grosse
majorité des adverbes de manière orientés vers le sujet qui sont intégrés à la
proposition. Cela vient de ce que son sémantisme n’est pas apte à s’appliquer
à un événement : on ne peut pas dire :
*Il est anxieux que Luc attende les résultats.
L’adjectifanxieux; ill’état psychologique d’un individu désigne
signifie, d’aprèsLe Nouveau Petit Robert:
« Quiéprouve de l’anxiété […] “ému, agité, anxieux” (Maupassant).
[…] “Tous anxieux de voir surgir […] Le chef borgne” (Hérédia) ».
Il peut, certes, être appliqué à des noms qui ne désignent pas un individu
et signifie alors :
« Quis’accompagne d’anxiété, marque de l’anxiété.États anxieux,
crises anxieuses. Une attente anxieuse. Regard anxieux. »
Mais il s’agit, alors, toujours d’un nom qui implique un individu
éprouvant de l’anxiété, jamais d’un simple événement. Ceci est très différent
de l’adjectifbête, dontLe Nouveau Petit Robertles définitions donne
sémantiques suivantes :
« 1. Qui manque d’intelligence, de jugement.Il (elle) est bête comme un
âne, une oie ; comme ses pieds[…]Une idée, une histoire bête; […]
2. Qui manque d’attention, d’à-propos.Suis-je bête de l’avoir oublié!
[…] 3. Absurde et regrettable (événement).Un accident bête. C’est bête,
je ne m’en souviens pas. »
Quand un adverbe commeanxieusement estsyntaxiquement sorti de la
proposition, son sémantisme ne peut pas s’appliquer à toute cette
proposition, puisqu’il concerne nécessairement un individu, qui ne peut être
que le sujet de la proposition (d’où l’appellation d’«adverbe de manière
orienté vers le sujet» de Ch. Molinier). Et le sens de l’énoncé ne sera pas
très différent de celui de l’énoncé où ledit adverbe est dans le SV (d’où
l’appellation d’ «adverbe endocentrique» que lui donne C. Guimier). Il
désignera effectivement la même situation extra-linguistique, mais en la