Parlons Kimbundu

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Le Kimbundu est la principale langue bantoue parlée à Luanda, capitale de l'Angola. L'étude du Kimbundu permet d'aborder de nombreux aspects du passé colonial angolais, depuis le XVIe siècle, ainsi que les principales tendances sociales, culturelles et politiques du présent, à travers notamment un vocabulaire influencé par le portugais.

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Date de parution 01 janvier 2012
Nombre de lectures 159
EAN13 9782296478190
Poids de l'ouvrage 2 Mo

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Parlons kimbundu

Parlons…
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Parlons tcherkesse, Amjad JAIMOUKHA, Michel
MALHERBE, 2009.
Parlons moba, langue du Nord-Togo, Pierre REINHARD,
2009.

Jean de Dieu N’sondé






Parlons kimbundu

Langue de l’Angola




















L’HARMATTAN


















© L'HAR M ATTAN, 2011
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-56239-4
EAN : 9782296562394

LESMBUNDU DANS L’HISTOIRE
D’ANGOLA ET D’AFRIQUE CENTRALE

Pays martyr victime de multiples maux de manière quasi
e
ininterrompue depuis le XVIsiècle, à cause de la Traite
négrière, de la colonisation portugaise, de la longue guerre
d’indépendance et plus récemment de la guerre civile,
l’Angola résume à l’excès, de façon quasi caricaturale, la
situation de l’Afrique contemporaine. On y retrouve ainsi
l’histoire continentale tourmentée des derniers siècles : les
souffrances négrières et coloniales, les débats enflammés
des indépendances, les espoirs post-coloniaux, mais aussi
les immenses déceptions ultérieures. Pays de 16 millions
d’habitants fabuleusement doté par la nature au regard de
ses réserves minières, de la diversité de son sous-sol et de
son sol, l’Angola résume le gâchis africain, riche
d’extraordinaires richesses mais dilapidées en vain et
englouties pendant près de trente ans dans la plus
destructrice des guerres du continent.
Par ailleurs, sur le plan humain, l’Angola se distingue de
la plupart des autres États sub-sahariens par une longue et
rare proximité avec l’ancien colonisateur portugais dont
elle représentait «la perle de l’Empire». La ville de
Luanda, 5 millions d’habitants aujourd’hui avec ses
environs immédiats ainsi que le pays mbundu environnant,
en était le foyer de rayonnement principal. De ces contacts
prolongés sont nées des communautés humaines
originales, créant des catégories sociales «métissées »ou
« noires »à la «culture créole», notamment au sein des
élites urbaines mbundu. En effet, à une matrice bantoue
originelle, elles mêlent des influences portugaises, voire
hollandaises ou brésiliennes. Cette symbiose les distingue
aussi bien des populations africaines voisines, comme les
Mbundu ruraux ou les Kôngo que des Portugais, mais les

5

rapproche par contre des autres «Créoles »mondiaux :
Sâo Toméens, Capverdiens, Brésiliens et autres Antillais.
Au cœur de ce passé angolais tragique et d’un présent
moins tourmenté et incertain, sinon relativement
prometteur, on retrouve à tout instant les Mbundu et leur
langue, le kimbundu, comme acteurs incontournables, tour
à tour dominants ou dominés, voire victimes, selon les
contextes, les enjeux, les circonstances et les partenaires.
Hier, pendant la traite négrière, l’époque coloniale et la
guerre de libération, aujourd’hui au cœur de l’État
postcolonial et des enjeux de la mondialisation. Qui sont donc
les Mbundu ? Où vivent-ils? En quoi se distinguent-ils –
par la langue notamment – des autres Bantous voisins?
Quel rôle ont-ils joué dans l’histoire angolaise? Et enfin,
en ce qui concerne le kimbundu, que représente cette
langue dans l’Angola d’aujourd’hui ?

Le kimbundu : où et par qui ?
Mbundu et Luso-africains dans l’histoire angolaise
À l’instar des populations kôngo du Nord Nord-Ouest, les
Mbundu de Luanda et de son arrière-pays sont étroitement
liés à l’histoire ancienne et récente de l’Angola. Ils en
incarnent le long voisinage avec le Portugal, l’ancien
colonisateur, mais aussi les multiples conséquences
dramatiques de sa politique brutale et discriminatoire. Ils
sont ainsi à l’origine des premières résistances politiques
contemporaines organisées, subissant la sanglante
répression provoquée par celles-ci. Enfin, après la seconde
guerre mondiale, c’est au sein des élites mbundu
« créolisées » et kôngo, de culture lusophone - appelées à
l’époque lesAssimilados –que naissent les premiers et
principaux mouvements nationalistes: le MPLA, fondé
par Agostinho Neto, Joaquim Mario de Andrade et Viriato
Cruz, et le FNLA créé par Roberto Holden. En 1960, c’est

6

aussi en pays mbundu et kôngo qu’éclatent les premières
actions de la longue lutte armée pour l’obtention de
l’indépendance en 1975. Par la suite, les Mbundu jouent
encore un rôle central au cœur de la vie politique
angolaise. On les retrouve ainsi dans les rivalités
politiques inter angolaises. Dès 1976, ces luttes intestines
débouchent sur une longue guerre civile jusqu’en 2002.
Les Mbundu représentent alors le principal vivier de
recrutement pour la direction et l’encadrement du MPLA.
À ce titre, ils incarnent pendant toute cette période, aux
yeux de leurs opposants du FNLA et surtout de l’UNITA,
voire de certaines opinions africaines voisines, le pouvoir
dominant et hégémonique du parti unique. Si on lui
reconnaît une légitimité historique certaine, on lui conteste
un enracinement, sinon une authenticité locale. Beaucoup
d’opposants n’hésitent pas à parler de pouvoir non-africain
« allogène »,et utilisent alors un discours aux relents
tribalistes très discutables. Cette dernière critique est une
allusion à peine voilée à l’origine ethnique d’une grande
partie des dirigeants du MPLA. À l’image d’un Agostinho
Neto, le « père de l’indépendance », de Joaquim Mario de
Andrade ou de Lucio Lara, ces dignitaires proviennent de
l’élite mbundu noire urbanisée – de Luanda et des autres
cités dans les provinces à population mbundu – plus ou
moins métissée, du moins culturellement influencée
depuis des générations par la langue et le mode de vie
portugais. Aujourd’hui, la plupart des auteurs emploient
plutôt le terme de « Créoles » pour désigner cette minorité
originale – noire, métisse et blanche – de la population
angolaise.
Il s’agit en effet de l’une des caractéristiques particulières
de ce pays et en particulier des provinces mbundu:
l’existence d’une communauté, afro-portugaise ou
lusoafricaine d’anciensAssimilados. À l’époque coloniale, ce
statut était plus avantageux que celui d’Indìgêna et

7

permettait, avec la maîtrise de la langue portugaise, l’accès
à l’instruction, puis à des emplois subalternes dans
l’administration coloniale. Près de trente ans après
l’indépendance, les descendants de ces catégories sociales
conservent encore globalement un statut social plus
avantageux que le reste de la population angolaise, car ils
bénéficient de l’instruction, en portugais, puis intègrent
l’appareil d’État et les positions de pouvoir.

Le kimbundu dans l’histoire de l’Angola
e e
Dès l’origine, aux XVIet XVIIsiècles, à Luanda comme
dans l’arrière-pays, au sein des Luso-africains et des
Portugais, co-existent le kimbundu et le portugais. A cette
époque, le kimbundu représente même lacondition sine
qua nonde l’entrée dans le milieu africain local, même si
son importance officielle disparaît après 1845, quand le
portugais devient la langue officielle de la colonie et que
son enseignement est rendu obligatoire. Jusqu’à cette date,
tous les habitants devaient connaître le kimbundu, y
compris les soldats portugais envoyés sur place. Par la
suite cette langue va progressivement décliner et perdre sa
primauté, surtout dans les villes et parmi les catégories
instruites, au point que certains Créoles ne le parlaient déjà
plus bien avant l’indépendance. Depuis lors, selon des
études effectuées à Luanda au milieu des années 1990,
pendant la brève accalmie des élections législatives et
présidentielles, le kimbundu serait en nette perte de vitesse
auprès des jeunes citadins, des natifs de Luanda comme
des enfants de « personnes déplacées ». Le mouvement se
serait amplifié.
Or, avec maintenant 5 millions d’habitants sur une
population angolaise totale estimée à 16 millions
d’habitants, cette agglomération est hypertrophiée sur tous
les plans par rapport au reste du territoire national. Elle
représente, de fait, comme la plupart des capitales

8

africaines, le centre de toute activité, en particulier des
phénomènes culturels ou linguistiques, et cela depuis fort
longtemps. Aujourd’hui, à cause des décennies de guerre,
les Luandais proviennent des 18 provinces du pays, mais
plus particulièrement des régions les plus proches
géographiquement, de langue mbundu surtout (Kwanza
Norte, Kwanza Sul, Malange), ou kôngo (Uige et Zaïre)
dans une moindre mesure. Paradoxalement, bien qu’étant
au cœur du territoire mbundu historique, la ville de
Luanda échappe progressivement à l’influence
linguistique du kimbundu. La pratique de cette langue y
recule depuis une trentaine d’années, alors que la politique
officielle déclarée depuis l’indépendance a toujours été de
promouvoir les langues africaines. Cependant, suivant un
processus de déclin quasi-inéluctable qui devient courant
pour ne pas dire banal – dans toute l’Afrique urbaine, la
langue de l’ancien colonisateur supplante les langues
africaines ou «fusionne »avec ellesen parler régional
spécifique,pidgin ouautres, à de rares exceptions près.
Dans ce cas précis, l’Angola se distingue encore par une
ampleur du phénomène plus importante. Le portugais
progresse sans doute, même utilisé sous une forme
précaire, surtout auprès des familles de «déplacés »
fraîchement implantées à Luanda et originaires du reste de
l’Angola. Il permet une survie quotidienne, à défaut de
véritable intégration, dans les sphères économiques et
administratives que le kimbundu n’assure pas. Par ailleurs,
tous les Mbundu instruits ne s’expriment plus qu’en
portugais, notamment les jeunes, à Luanda et dans les
autres cités du pays mbundu. Ce phénomène s’est donc
accentué à la faveur des déplacements de populations
massifs que la guerre civile a provoqués, surtout au
moment de sa phase la plus meurtrière et la plus
destructrice, au début des années 1990. Par conséquent, si
la pratique du kimbundu perdure et résiste encore, elle

9

concerne d’abord les zones rurales et en particulier les
locuteurs âgés, puis les citadins défavorisés partiellement
ou mal alphabétisés.
Par ailleurs, dans le contexte linguistique et
démographique angolais, le kimbundu représente
néanmoins la seconde des grandes langues bantoues, en
ordre d’importance numérique des locuteurs, après
l’umbundu des Ovimbundu (au centre du pays, dans la
région du plateau central), suivi du kikôngo (au nord) et
dans une moindre mesure du lûnda à l’Est, à la frontière
du Congo-Kinshasa. Compte tenu de la situation
particulièrement dramatique de l’Angola pendant des
décennies, difficile et parfois dangereuse pour celui qui
souhaitait mener toute enquête sociale, le nombre de
locuteurs réels reste impossible à établir avec précision.
On pourrait, avec d’infinies précautions, l’évaluer à moins
de 3 millions d’habitants, en sachant que tous les Mbundu,
surtout les plus jeunes, ne parlent plus toujours leur
langue. Néanmoins, et malgré son déclin relatif parmi les
citadins de Luanda et du pays mbundu, il résiste dans les
zones rurales où il sert de garant et de vecteur d’une
certaine authenticité africaine régionale dans laquelle
puisent les créateurs, en particulier les musiciens.
En outre, sa grande parenté lexicale et syntaxique avec le
kikôngo, même si l’intercompréhension immédiate est
difficile, est établie depuis longtemps. En effet, ces liens
e
sont attestés par de nombreux témoins européens du XVI
e
au XVIII, limités pourtant par les connaissances de leur
époque. Cependant, le doute n’est pas permisquant à la
proximité linguistique ou à la parenté entre le kimbundu et
le kikôngo Ainsi, Duarte Lopes et Filippo Pigafetta
e
l’évoquent très tôt, au XVI , dans leur célèbreDescription
du royaume du Congo, émettant même – empiriquement
l’idée «d’un idiome identique». Les obstacles de
compréhension sont comparés à ceux qui existent entre le

1

0

portugais et le castillan ou le vénitien et le calabrais, avec
1
le principe d’une origine commune certaine . Le capucin
sicilien, Bernardo Maria de Cannecatim, présent durant
plus de 20 ans dans la région luandaise et parlant
e
kimbundu, confirme ces informations à la fin du XVIII
siècle, à travers ses grands travaux sur cette langue. Il
parle de «grande affinité» entre kikôngo et kimbundu,
2
semblable à celle de « deux filles d’une même mère »De
fait, il existe une continuité linguistique et culturelle
certaine entre pays mbundu et pays kôngo, constatée aussi
3
très tôt par de nombreux auteurs, comme Dapper. Celui-ci
l’évoque sur le plan religieux et notamment au sujet de la
e
croyance aux esprits puis souligne, déjà au XVIIsiècle, le
clivage entre dessobascoûtumiers » angolais(chefs «
locaux) christianisés, sous influence portugaise, et une
population rurale très largement attachée encore aux cultes
ancestraux. La situation est identique à celle qui existe
alors en pays kôngo, entre de nombreux dignitaires et la
population soumise à leur autorité, en particulier au
moment des grandes tentatives capucines d’évangélisation,
entre 1645 et 1700. Les principales différences actuelles
entre les deux peuples découlent surtout des évolutions
historiques et politiques différentes vécues depuis lors, du
degré d’emprunts à la culture portugaise, et de
l’attachement respectif à vivifier les héritages bantous
ancestraux.



1
D. Lopes et F. Pigafetta,Description du royaume du Congo et des contrées
environnantes, traduit et annoté par W.Bal, p.47, Louvain, 1965
2
B.M.de Cannecatim, Collecçâo de observaçoes grammaticaes sobre a
lingua Bunda ou Angolense, p. 5,12, 151-152. Lisboa, 1805
3
O.Dapper, « Description de l’Afrique » inObjets interdits, p. 303. Fondation
Dapper, Paris, 1989, 375 p.

Résidence royale de Mbanza Kongo (Salvador)

Résidence de dignitaire

LE PAYS MBUNDU:
UN PÔLE POLITIQUE ET NÉGRIER ACTIF,
E E
XVII -XVIIISIÈCLES

e
Au XVIsiècle, trois autorités politiques se partagent
l’actuel pays mbundu, compris grosso modo entre les
fleuves Dandé au Nord, Kwanza au sud et Kwango à l’Est.
Il s’agit, respectivement du Ndembu, du Ndongo et du
Matamba. Le premier, existant sous forme de petite
chefferie, aurait subi la domination du royaume du Kongo.
Le second, organisé en État structuré que dirige leNgola,
est le plus influent sur le plan politique et territorial, mais
aussi le plus connu des auteurs. Il décline ensuite
progressivement, détruit par le Portugal dont le pouvoir
devient prépondérant dans la région à partir du milieu du
e
XVII . Le troisième, sous la direction de la célèbre reine
Njinga Mbandé, sœur du dernierNgolaNdongo, du
acquiert de l’importance après les années 1626. Elle
profite alors des rivalités européennes entre les Portugais
et les Hollandais pour le contrôle des circuits négriers et
recrée une dernière autorité africaine indépendante dans
cette zone. Avec habileté, elle se fait l’alliée des seconds,
plus « faibles » car nouveaux venus dans la région en 1641
et bien moins implantés. De sa « base » du Matamba, elle
organise alors un solide foyer de résistance actif à la
colonisation européenne jusqu’en 1671.
Bien avant ces turbulences, la zone semble avoir eu des
relations de dépendance à l’égard desMani duKongo,
propriétaires de l’île de Luanda, pourvoyeuse des précieux
4
nzimbu -olivancillaria nana -utilisés comme monnaie
dans une grande partie de l’Afrique du Centre ouest.

4
Différentsdes cauris, lesnzimbu seraientendémiques du littoral sud
angolais. Voir Dartevelle E.Les n’zimbu, monnaie du royaume du Congo.
Bruxelles, 1953

1

3

Ainsi, jusqu’à l’arrivée des premiers Européens, lesMani
portent encore le titre officiel – entre autres - deManides
5
Mbundu, de Matamba, de Quissama et d’Angola . Par la
suite, la défaite de Mbwila en 1665 marque la fin d’un État
du Kongo réellement influent sur une grande échelle
territoriale. Plus au sud, au Ndongo, au Matamba et au
Kasanje voisin, il ne subsiste pas de résistance politique et
militaire organisée après 1680. Les petits royaumes kôngo
du nord en bénéficient, à l’image du Soyo, quand ce ne
sont pas les petites chefferies villageoises. Celles du pays
mbundu, dirigées par desSobaschefs coutumiers -
devenus plus autonomes, nouent, de gré ou de force, des
liens de soumission avec l’autorité coloniale portugaise
pour alimenter les circuits du commerce négrier.

L’Angola et le Kongo, « mères noires » des Amériques
e
Commencé précocement au XVI , sous le règne duMani
er
chrétien Mbémba Nzinga, Afonso I , avec des envois
annuels d’environ 5000 captifs, le commerce négrier des
côtes du Kongo et de l’Angola prend une autre dimension
e
vers le milieu du XVIIsiècle et surtout à la fin de ce
siècle. Aux Portugais, viennent s’ajouter les Hollandais,
suivis des Anglais et des Français, tous intéressés par les
bénéfices rapides issus de la traite. Dans la sous-région, le
nombre de partenaires africains augmente aussi,
encouragés par l’émancipation des petits chefs d’États
locaux, l’attrait des marchandises importées et le pouvoir
qui découlait de leur possession servant de motivation. Le
nombre de pôles côtiers augmente : Luanda au Sud ; Soyo,
Ngoyo, Kakongo autour de l’estuaire du fleuve Congo;
Loango, voire Mayumba au Nord. Les circuits
commerciaux quadrillent toute la zone comprise entre la

5
Description du royaume du Congo, Livre I, chap.VIII, in BAL W.
e e
Documents d’histoire du Congo aux XVet XVIsiècles, p. 19, Kinshasa,
Bruxelles, 1963

1

4