Parlons kirghiz

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La langue kirghiz appartient à la famille türke des langues ouralo-altaïques. Elle est attestée à date ancienne dans des inscriptions épigraphiques dites "runiques" (IXe siècle). Les Kirghiz sont célébrés pour leur riche orature et particulièrement l'épopée de Manas, fresque gigantesque (plus de 20 fois le volume de l'Illiade et l'Odyssée) qui constitue l'encyclopédie de la nation kirghize. La littérature kirghize est dominée par la figure charismatique de Tchinguiz Aitmatov.

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Date de parution 01 mai 2004
Nombre de visites sur la page 390
EAN13 9782296360730
Langue Français

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PARLONS KIRGHIZ(Ç) L'Harmattan, 2004
ISBN: 2-7475-6460-6
EAN: 9782747564601Rémy DOR
PARLONS KIRGHIZ
Manuel de langue, orature, littérature kirghizes
L'Harmattan L'Harmattan Hongrie L'Harmattan Italia
5-7, rue de l'École-Polytechnique Hargita u. 3 Via Bava, 37
75005 Paris 1026 Budapest 10214 Torino
FRANCE HONGRIE ITALlEParlons...
Collection dirigée par Michel Malherbe
Déjà parus
Parlons luxembourgeois, François Schanen, 2004. ossète, Lora Arys-Djanaïéva, 2004.
Parlons letton, Justyna et Daniel PETIT, 2004. cebuano, Marina POTTIER-QUIROLGICO, 2004.
Parlons môn, Emmanuel GUILLON, 2003. chichewa, Pascal KISHINDO, Allan LIPENGA, 2003.
Parlons lingala, Edouard ETSIO, 2003. singhalais, Jiinadasa LIY ANARA TAE, 2003.
Parlons Pure pecha, Claudine CHAMOREAU, 2003. Mandinka, Man Lafi DRAMÉ, 2003
Parlons Capverdien, Nicolas QUINT, 2003 navaja, Marie-Claude FEL TES-STRIGLER, 2002.
Parlons sénoufo, Jacques RONGIER, 2002. russe (deuxième édition, revue, corrigée et augmentée),
Michel CHICOUENE et Serguei SAKHNO, 2002.
Parlons turc, Dominique HALBOUT et Ganen GÜZEY, 2002. schwytzertütsch, Dominique STICH, 2002.
Parlons turkmène, Philippe-Schemerka BLACHER, 2002. avikam, Jacques RONGIERS, 2002.
Parlons norvégien, Clémence GUILLOT et Sven STOREL V,
2002.
Parlons karakalpak, Saodat DONIYOROV A, 2002. poular, Anne LEROY et Alpha Oumar Kona BALDE,
2002.
Parlons arabe tunisien, M. QUITOUT, 2002. polonais, K. SIATKOWSKA-CALLEBAT, 2002.
Parlons espéranto (deuxième édition, revue et corrigée), 1.
JOGUIN, 2002.
Parlons bambara, 1. MAIGA, 2001. arabe marocain, M.QUITOUT, 2001.
Parlons bamoun, E. MATA TEYOU, 2001. live, F. de SIVERS, 2001.
Parlons yipunu, MABIK-ma-KOMBIL, 2001. ouzbek, S. DONIYOROVA, 2001.
Parlonsfon, D. FADAIRO, 2001.'B-tt~ VOIllLotrtls A~~y qllltLqIllt chost,
MALs ott t:r"AVAtL~ VOIllLotrtls 'P0tll\.t.
SAVI& Olll ~lIlc,ht qlllt'P0t~ttS"pt~
Oil\. ~'AjAmALs II\.~ mttL II\.~ yost
MtLLt~ ott SAtll\.t-CitLALs
(j.~O?-:1.551?)Remerciements
J'égrène ici du fond du cœur la litanie de la reconnaissance
envers tous ceux qui ont rendu cet ouvrage possible:
Merci au peuple kirghiz à Rahman Kul et aux Sarï Teyit du Petit Pamir
Merci au Président Askar Akaévitch Akaev et aux autorités du
Kirghizstan
Merci à Tchinguiz Aitmatov, à Jalal Pan, à Pazel, à Jusuf
Pakay
Merci à Amantur Japarov à Gulmira Razzakova à Rawan Farhadi
Merci à Louis Bazin, à Guy Imart à Arthur T. Hatto
Merci au Ministère des Affaires Étrangères français à l'agence consulaire française à Bichkek
Merci à l'IFEAC et aux Iféacquiens
et surtout merci à Ulughbek qui a assuré la mise en page
Merci aux éditions L'Harmattan et à Michel Malherbe
Merci à Cholpan, Timour et Nelly
qui supportent sans se plaindre l'amertume de l'absence
A tous les autres que je ne peux mentionner, merci et pardon,
ce n'est pas la mémoire qui défaille, c'est la place qui fait
défautCarte politique
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Extrait de G. Bakinova Atlas Oialectologique de la langue kirghize, édité
par R. Oor (paris, 2002)
Carte physique
. . . ..."... .
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Extrait de G. Bakinova Atlas Oialectologique de la langue kirghize, édité
par R. Oor (paris, 2002)Prae-meditatio
J'emprunte à la philosophie stoïcienne cet exercice qui
consiste avant (prae) l'examen doctrinal (meditatio) à
s'interroger sur la validité ou la difficulté de l'opération.
Au (presque) terme d'une carrière
d'enseignantchercheur (que la législation en cours sur les retraites
m'obligera à pousser jusqu'à usure totale de mon ultime
neurone), je considère avec Sextus Empiricus que toute
pédagogie est problématique, car de quatre choses l'une:
1. soit l'ignorant enseigne au savant: RIDICULE;
ii. soit à l'ignorant: GROTESQUE;
iii. soit le savant enseigne au savant: INUTILE;
iv. soit le savant à l'ignorant: IMPOSSIBLE;
Impossible parce qu'on ne sort pas" savant" du
ventre de sa mère: dès lors à partir de quel fragment, de quel
lambeau, de quelle bribe de connaissance quitterait-on l'état
d'ignorant pour accéder à celui de savant? (Étant entendu
qu'il y aurait tout intérêt à commencer par celui-là pour gagner
du temps.)
Donc je ne me pose pas ici en homme de l'art
s'adressant à des non-experts. Plutôt comme un aspirant à la
connaissance restituant ce qu' il lui a été donné de comprendre.
Au vrai, je n'ai mis le terme de " Manuel" sur la
couverture que pour convaincre le Lecteur qu'il a acheté" un
ouvrage didactique exposant les notions essentielles d'un
art" : l'art d'interagir correctement en milieu kirghiz.
Ledit ouvrage, comme je l'ai dit en commençant, est
sans doute plus autobiographique que pédagogique. Sans allerjusqu'à l'expression" valeur testimoniale" (encore qu'il est
fort probable que ce livre soit le dernier), il me semble à la
réflexion que cet ouvrage serait mieux défini comme
aidemémoire récapitulatif. J'invite en somme le Lecteur à me
suivre dans un effort d'anamnèse.
En mai 1968, entre l'escalade d'une barricade et le jet
d'un pavé, l'esprit sans doute encore embrumé par les gaz
lacrymogènes, j'annonçai à mon Maître, monsieur Louis Bazin
(aujourd'hui membre de l'Académie des Inscriptions et
BelleLettres), ma volonté de me consacrer à l'étude du kirghiz. Loin
de s'esclaffer devant cette saugrenue prétention d'un béjaune,
mon révérendissime père en turcologie, avec sa bienveillance
coutumière, inscrivit au programme de son séminaire de
l'EPHE (IVe Section) la présentation de cette langue turcique
résolument confidentielle.
Depuis, mon enthousiasme n'a pas fléchi pour la
chose kirghize. C'est avant tout ce sentiment que je voudrais
communiquer au Lecteur.
Je commencerai par tenter de rendre accessibles les
articulations principales d'une langue dont la souplesse n'a
d'égale que l'élégance.
Dans une deuxième partie, je m'intéresserai à
l'orature kirghize, cette richissime tradition orale qui, du
modeste virelangue à l'imposante épopée Manas est mémoire
de la langue et ne peut être dissociée de son étude.
Je dirai, troisièmement, un mot de la littérature. Elle
fête son premier centenaire. Cela se commémore.
Enfin, j'ouvre aux francophones un Thrésor de
vocabulaire kirghiz qui permettra un début d'orientation dans
les textes et sur place.
Pour conclure, je reviens réthoriquement sur ce que je
disais au début. Les Médiévaux et les Renaissants
considéraient que pour avoir une chance de dépasser le seuil
fatal de la Grande Année Climatérique, soit sept fois sept
printemps, il fallait renoncer à ce à quoi on tenait le plus. Moi
qui ai outrepassé d'un certain nombre d'hivers cette date
12fatidique, je pense que c'est à partir de ce moment que j'ai mis
un terme à l'illusion de produire une œuvre" scientifique ".
J'ai choisi de renoncer à m'effacer d'un discours, afin qu'il
devienne tout simplement l'illustration d'une vie.
Tout ne sera pas pour autant dans ce livre d'un accès
immédiat. Non tant pour le vocabulaire, que je m'efforcerai
d'expliquer (il y a un artisanat de la description qui impose le
recours à un sociolecte), qu'en raison du fait que certaines
notions qui me semblent évidentes parce que durablement
ressassées, peuvent dérouter.
Les qualités essentielles dans l'approche d'une autre
langue, d'une autre civilisation, d'un autre peuple, sont
l'humilité et la persévérance.
Rémy DOR
Directeur de l'Institut Français d'Études sur l'Asie Centrale
Docteur honoris causa de l'Académie des Sciences de Bichkek
(Kirghizstan)
Commandeur de l'ordre kirghiz Dangk
(" Honneur et gloire ")
Tachkent, le 21 mars 2004
13Introduction
Par où commencer pour saisir la réalité multiple et
fuyante d'un nouvel univers, sinon par des chiffres.
Choisissons ce moyen aseptisé de nous approcher du
Kirghizstan (également appelé République Kirghize).
Un peu de géographie
Coincé entre le Qazaqstan, l'Ouzbékistan, le
Tadjikistan et la Chine, le Kirghizstan est un mouchoir de
poche (198500 km2) plié entre la nappe qazaq (2,7 millions de
km2) et le drap de lit chinois (9,6 millions de km2). Par
rapport à la France, le Kirghizstan est deux fois moins grand et
dix fois moins peuplé puisque sa population est de 5,1
millions d'habitants (en 2002)1, Mais sans doute vaudrait-il
mieux le comparer à la Suisse, ce serait plus à son avantage;
d'autant que pour les montagnes le Kirghizstan ne craint pas la
comparaison: plus de 90% de son territoire dépasse 1500
mètres. Le pays s'adosse à ces deux piliers colossaux que sont
le pic Lénine (7134 m) à l'Ouest dans les monts du Transalay
et le Pic de la Victoire (7439 m) à l'Est dans les Tian-Chan
(Monts Célestes).
Parce que l'air est pur et que les Kirghiz sont ruraux
à 65%, l'espérance de vie est plutôt bonne pour la région: en
moyenne 67 ans. Cela dit, la vie n'est pas rose: le produit
intérieur brut s'est effondré jusqu'en 1995 (tous les indicateurs
au rouge: production industrielle, production agricole, ventes
au détail, formation brute de capital fixe, solde budgétaire :
1 Voir J. Radvanyi (Dir.), Les États postsoviétiques, Paris: A. Colin,
2003, p. 165.tout est négatifl), avant de repartir bien lentement jusqu'à
aujourd'hui (2003), mais il reste à régler une dette extérieure
de 1,8 milliards de dollars.
Qui va payer? Avec quoi? Il faut 41 som-s, la
monnaie nationale pour un dollar (en 2004). Sans doute
penset-on au trésor de Golconde qui gît depuis la nuit géologique
des temps dans les flancs des Tian-Chan, je veux parler de la
fabuleuse mine d'or de Kumtor. Comme a dit fort justement le
président kirghiz Askar Akaev : " En Suisse l'or dort dans les
banques, chez nous c'est dans les montagnes ". Ce fabuleux
gisement fut découvert en 1973 par un Russe3. La nouvelle fut
classifiée confidentiel-défense vu que le glacier Davidov où se
trouve le précieux métal est à plus de 4000 mètres et que les
conditions d'exploitation ne pouvaient être qu'acrobatiques.
Tant mieux pour les Kirghiz qui ont fini par accéder au pactole
en 1996 avec l'aide (intéressée) des Canadiens. Depuis, on
concasse et on lave. Chaque jour 50000m3 de roches
transformées en gravier, cela doit faire un joli tas de sable au
pied du glacier. Bon, mais le résultat, c'est quand même 105
tonnes en cinq ans, Cela fait des millions d'onces. Tant que le
cours mondial de l'or progresse ou résiste, l'économie
kirghize tient le coup. Kumtor, c'est le poumon de
l'industrie: 15000 emplois directs, 5000 emplois indirects. Les
mineurs travaillent jour et nuit d'arrache-pied pour 7000 soms
par mois à remplir les caisses de l'État (et quelques poches).
Kumtor est un phare pour les quelques 500
entreprises composant l'industrie, laquelle est encore bien en
retrait par rapport à l'agriculture et à l'élevage qui représentent
40% du produit intérieur brut. Au demeurant les chiffres de la
production baissent (30% de chute depuis l'Indépendance) et
le chômage atteignait (officiellement) 36% des actifs en 1999.
2 R. Cagnat, "Kirghizstan 2000-2001 : Un pays en sursis", Le
Courrier des pays de l'Est n01020, Paris, 2001, p. 77.
3 I. Kamenka, C. Lionnet, " L'or kirghiz et ouzbek ", Le courrier des
pays de ['Est nOlO27, 2002, pp. 52-56.
16L'économie kirghize était fortement liée à l'URSS;
avec ses paradoxes ordinaires: Frunze (ancien nom de
Bichkek) fournissait en ampoules électriques toute l'URSS,
mais ses avenues étaient si peu éclairées qu'on s'y tordait les
chevilles la nuit.
Avec peu de terres arables et pas d'hydrocarbures, le
Kirghizstan ne peut s'appuyer ni sur le coton comme
l'Ouzbékistan, ni sur le pétrole comme le Qazaqstan. Il lui
reste le mercure (3e producteur mondial) et surtout l'eau. Les
montagnes kirghizes sont le château d'eau de l'Asie Centrale,
ce qui constitue un enjeu important et une arme de choix.
La "Troisième Voie" (yqYHqy )1(01\) du
Président Akaev risque de s'étendre sur bien des kilomètres. ..
Et beaucoup d'histoire
Pour un Kirghiz, histoire c'est d'abord unel'
généalogie, celle de sa famille: " qui ignore le nom de ses
sept ancêtres est un traître" proclame l'axiome de base de la
société4. Plus on remonte dans le temps et plus le contact avec
la réalité s'oblitère. Quand on en arrive à l'ancêtre fondateur,
on est en plein dans le mythe.
Prenons ce dernier comme élément de départ. Les
différentes étymologies du nom de Kirghiz renvoient à deux
groupes d'interprétations, celles qui sont en rapport avec
KlIPK "quarante" (chez les Kirghiz du Nord), celles qui
s'en tiennent à KlIP " steppe" (chez les Kirghiz du Sud).
Les premières sont les plus nombreuses, qui font
descendre les Kirghiz de Quarante Filles, KlIPK K1I3.
Motif de base
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4 F. de Rocca, De l'Alai" à l'Amou-Daria, Paris: Ollendorf, 1896, p.
187.
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d'Pétey S~I/\,S ~l/\,teyyu.'Pt~ol/\,: all'va el-halemall.vael-leale.A u.
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b~~gl/\,ey oI~l/\,s l~ ~v~êye, ~!1~l/\,t bu. ole l'e~u. qu.~ Vlil.u.YVlil.u.y~~t ces
5 W. Radloff, " Observation sur les Kirghiz ", Journal Asiatique (Vie
série) II, 1863, pp. 311-312 ; également J. Girard de Rialle, Mémoire sur
l'Asie Centrale, Paris: Leroux, 1875, p.88.
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eV\.ce~V\.tes. Le pY~V\.ce, ~yy~té, Les yeLéguQ oIQv\.s Les lM.oV\.tQgV\.es.
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~V\.coV\.V\.ue. IV\.oI~g V\.é, ~L eV\.tYQ et, py~é ole bo~Ye, ~L yefusQ. Pu~s,
céolQV\.t QuX ~V\.stQV\.ces, ~L but et seV\.t~t que cette L~queuy forte
L'ev\'~vYQ~t. Tous Les QSS~stQV\.ts sort~yeV\.t QLoys, et SY1~Y1
MQV\.S~y, tout eV\.~vYé, s'écY~Q : " AV\.QL t-tQqq IM.QV\.QIM. t-tQqq ",
c'est-è!-oI~Ye " AV\.QLest LQvéy~té, je su~s LQvéy~té ". Des lM.oLLQs,
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coV\.cLuyeV\.t qu'~L fQLLQ~t tuey Le fyèye et LQsœuy. Le veyol~ct fut
eV\.v0!1é Qu R,Y1QV\.,qu~ QPpYOUVQ : Le fyèye et LQ sœUy fuyeV\.t
étyQ V\.gLés. MQ~S Leuys corps ~V\.QV\.~lM.és coV\.t~V\.UQV\.tè!cY~eYLeUY
6 V. P. Nalivkine, Histoire du khanat de Kokand, Paris: Leroux, 1889,
p. 23 note 1.
7 J. L. Dutreuil de Rhins, Mission scientifique dans la Haute-Asie,
Tome II, Paris: Leroux, 1898, p. 304.
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Variation n (récente)
L'CIIII-cêtye etes G2.i:yq "Les q u.CI l'CI III-te" -py~t COMMe
é'-pou..seu.lII-efeMMe ete 'g.ou.~I1C1rCl. cette feMMe eu.t LCIgrtlce ete
G2.i:etï:rAtCl et eLLe M~t Clu. MOIII-ete q u.Cltre fo~s u.lII-e ou.tre
cOIII-telll-CllII-tet~)( gClyç.olll-s. Ltu.rs etescelll-etClIII-t,S s'CI-p-peLLelll-t ete III-OS
,,9j 0 U.rs Les" G2uCll'CIIII-te "
Sans nous enfoncer dans la glose de ce mythe
d'origine, relevons toutefois que la récurrence du chiffre 40
K11PK a de bonnes chances de nous mettre sur la piste de
l'étymologie réelle ou scientifique, comme on voudra. Le
" chien rouge" qui donne naissance aux Kirghiz est un hélas
plutôt humble substitut de la louve qui enfante les T' ou-kiuelO,
8 L. Massignon, " La légende de Hallacé Mansur en pays turcs ", Revue
des Etudes Islamiques, 1940-46, pp. 77-78; également pour une
attestation en Turquie: P.N. Boratav, 100 soruda Türk halk edebiyatl,
Istanbul, 1969, p. 115
9 Recueillie par mon élève Svetlana Jacquesson et citée in : F.
AubaileSallenave, " AI-Khidr, l'Homme au manteau vert en pays musulman ",
Res Orientales, XIV, 2002, p. 26.
10 S. Julien, "Documents sur les T'ou-kiue (Turcs) ", Journal
Asiatique (Vie série) III, p. 335.
20de celle qui est à l'origine des Uygurs11, et surtout du loup
gris ancêtre des Mongols12.
Ce substrat altaique ancien s'est greffé ultérieurement
sur une hiérogamie plutôt indo-iranienne : du mariage entre le
feu (les cendres) et l'eau (principe de toute création) naît la
terre (l'écume) qui à son tour engendre les hommes, à travers
un sacrifice violent, une mort nécessaire à toute résurrection 13.
Une accrétion encore plus tardive est constituée par la
référence au martyre de Halladj, un des premiers grands maîtres
soufis qui ait cherché à convertir les Centre-Asiatiques et s'est
rendu à travers le Turkestan aux confins de la Chine en 905.
Notons au passage le bannissement dans les
montagnes, marque d'un exil frappant les Kirghiz: on verra
qu'il peut constituer la trace d'une ancienne migration.
Le deuxième groupe, ceux qui croient que les Kirghiz
sont les fils de la steppe, n'a pas produit de récit digne d'être
rapporté, ou plus exactement je n'ai pas trouvé de mention
explicite de légende - même si je suis bien convaincu qu'il y
en a - mais juste des explications. Je donne celle d'Olufsen,
recueillie à la fin du XIXèmesiècle, mais Vambéry avait déjà
dit la même chose avant:
" They call themselves" Kirghez " saying that the
word is derived from" kirr " meaning" poor steppe" and
" gezmak" "to wander ", so that the word means steppe
wanderer. "14
Le problème pour trancher ce nœud gordien va être de
tenter de reconstituer, à partir des transcriptions chinoises
anciennes, le terme originel. Au lIe siècle av. JC, les
historiographes de la Chine impériale des Han mentionnent
11 Girard de Rialle, o.c., p. 68.
12 J.P. Roux, Faune et flore sacrée dans les sociétés altaïques, Paris:
Adrien Maisonneuve, 1966, pp. 312-335.
13 M. Eliade, Mythes, rêves et mystères, Paris: Gallimard, 1957, pp.
196 et 226.
14 O. Olufsen, The emir of Bukhara and his country, London:
Heinemann, 1911, p. 293
21l'existence d'une population appelée Kien-kouen. Par la suite,
ce nom se transforme en Hia-kia-sseu, déformation, note
Barthold, de la forme correcte Ki-li-ki-sseuI5 ; aujourd'hui
on en est arrivé au tout à fait clair Ke-er-ke-zi.
C'est le grand orientaliste français Paul Pelliot16 qui
résolut l'énigme en expliquant qu'il s'agissait d'un emprunt au
proto-mongol et en reconstituant une forme originelle *Qyrqun
(en linguistique, l'astérisque est utilisé pour indiquer une
forme qui n'a pas d'existence attestée), dans laquelle nous
retrouvons bien notre mot kïrk " quarante" (copieusement
confirmé par la légende), assorti d'un suffixe, qui serait une
marque de pluriel qui aurait eu la forme +/z/. La langue
kirghize a conservé une trace enkystée de cet ancien suffixe
dans le terme €'KHS qui désigne les" jumeaux ", formé sur
€'KH "deux"; de façon plus aventureuse, je pense que
certaines parties du corps: Kes (les yeux), THS (les genoux)
conservent la trace de ce qui aurait pu être un duel (pluriel pour
deux objets) ou une ancienne marque de nombre dont la
fonctionnalité aurait disparu: depuis K. Zipf, on sait que le
principe d'économie est la caractéristique fondamentale des langues.
À l'Ouest, c'est sous la plume de Zemarkos,
ambassadeur du basileus byzantin à la cour du souverain des
T'ou-kiue dans la seconde moitié du VIème siècle que nous
voyons apparaître les Xerxisl7.
Entre les deux, les historiographes persans et arabes
vont passer de Xirxîz à Qirghîzl8.
15 V. Barthold, Histoire des Turcs d'Asie Centrale, Paris: Adrien
Maisonneuve, 1945, p. 26.
16 P. Pelliot, " A propos des Comans ", Journal Asiatique (XIe série)
XV, 1920, p. 137 et note 1 ; on consultera aussi les très savantes
explications du sinologue E.G. Pulleyblank, "The consonantial system
of old Chinese ", Asia Major IX (1), 1962, p.123 et AM IX (2), 1962,
p.226.
17 G. Moravcsik, Bizantinoturcica, Tome I, Berlin: Akad.Verlag, 1958,
p.288.
18 Ibn Khordadbeh, Le livre des provinces, Paris: Librairie Impériale,
1865, p. 157 note 1 ; ainsi que Hamd-Allah Mustawfi al-Qazwinî,
22La première mention autochtone apparaît dans les
Inscriptions runiforrnes de Mongolie (légèrement postérieures
à 840) et je ne peux bien sûr pas résister au plaisir de la citer
intégralement: uygur yerinta yaglaqar qan ata kal(tim) :
qïrqïz oglï man, "Du pays des Uygur je suis parvenu à
chasser les khans Yaglaqar : je suis Kirghiz "19.
Par cette fière affirmation, le prince Boyla Qutlug
Yaragan fait entrer les Kirghiz dans l'Histoire.
Ils existaient avant. Dans la dépression d'
AbakanMinusinsk et les steppes au Nord des monts Sayan les ancêtres
des Kirghiz vagabondent au 1er millénaire avant notre ère. La
civilisation de l'époque et du lieu est caractérisée par une
économie mixte alliant pastoralisme et agriculture. Je suis
convaincu qu'il faut renoncer définitivement à l'idée
" romantique" du nomade poussant au hasard ses troupeaux
devant lui. Dès le départ, les Proto- Kirghiz maîtrisent des
pratiques agricoles, rudimentaires peut-être, mais suffisantes
pour leur alimentation et celle du bétail. C'est pourquoi,
certains auteurs interprètent l'élément kïr de l'ethnonyme non
pas comme" steppe ", mais bien comme" champ cultivé ",
c'est le cas de Vambéry et plus tard de M.A. Czaplicka qui
relève que cette hypothèse" shows that these peoples were
originally agriculturists, as indeed we know they were
during at least the period from the sixth century up to the
time when the occupation of the Upper Yenisey, first by th
Mongol Altyn Khan, and then by the Russians, forced many
to migrate further South (oo.) "20. Observons que la
paléoanthropologie nous indique que les proto- Kirghiz sont
Nuzhat al-qulûb, Tome II, London, 1915-1918, p. 253 et note 2. Je
renvoie aussi à un très bon ensemble documentaire: Materialy po
istorii Kirgizov i Kirgizstana, Bichkek 2002, 2 vol.
19 L. Bazin, " La littérature épigraphique turque ancienne ", Philologiae
Turcicae Fundamenta, Tome II, Wiesbaden: Steiner,1964, p. 205.
20 M. A. Czaplicka, The Turks of Central Asia in history and at the
present day, Oxford: Clarendon, 1918, p. 48.
23europoïdes21, ce que semblent confirmer les premières
indications chinoises et persanes qui font état de gens à la peau
claire. Il ne faut pas trop s' y arrêter sauf pour souligner le vrai
que ces sources révèlent: celui du brassage. Les populations
mongoloïdes s'europoïdifient et inversement. La voilà la
spécificité de l'Asie Centrale!
Ce qui est clair, c'est que les Kirghiz parlent une
langue türk dès le vnème siècle, les Annales de la dynastie T'ang
l'affirment. Et nous voyons qu'ils l'écrivent au IXèmesiècle,
pour commémorer la grande victoire de 840 sur les Uygurs.
Moins d'un siècle plus tard, ils sont rejetés dans la
steppe sibérienne en 924 : les uns se rendront dans le Pays
des Sept-Rivières, le Semirechye, les autres demeureront dans
le Haut- Yenisey. Nous ferons confiance à
A. N. Bernshtam : " The 9th-10th century period may be
called early feudal, or the fourth stage, during which the
Kirghiz people was gradually formed from different
tribes. "22
Cette origine, chronologiquement respectable, ne
suffit cependant plus aujourd'hui. Pour accéder au sérieux de
l'histoire pensent les autorités contemporaines, il faut le poids
millénaire de civilisations comme la Chine, Sumer, l'Occident
forcément néolithique; donc voici ce que nous proposent les
modernes" généalogistes" (CaH)KhIpaqhI) chargés de
récrire une histoire tribale politiquement conforme:
" cOVI-I-Vl-l-ell\.ç,£IlI\.t £lu. tou.t pyeVI-I-tey etébu.t L£I cou.tu.Vl-l-e ete
L£I tytbu. oytgtll\.eLLe, je porte ~ L'écyttu.ye L£I géll\.é£lLogte
I1tstoytqu.e. Notye tytbu. ~tygl1tze VtV£ltt ell\.vtyoll\. tyots Vl-l-tLLe
£III\.S £IV£llI\.t Le pyopl1ête M£ll1oVI-I-et et COlI\.stttU.£Itt et~~ u.1I\.peu.pLe.
21 L. V. Oshanin, Anthropological composition of the population of
Central Asia and the ethnogenesis of its peoples, Tome II, 1964,
Cambridge: Peabody Museum, p. 8; N. N. Miklashevskaja,
" Somatologicheskie issledovanija v Kirgizii ", in: Trudy Kirgizskoj
arxeologo-etnograficheskoj ekspeditsii, Tome I, 1956, pp. 18-135.
22 A. N. Bernshtam, "Origin of the Kirghiz people ", Central Asian
Review IV(1), 1956, p. 53.
24NOLlts, Les ~zt:lqs et Les K..tygVitz etes te~-ps t:llI\.ctell\.s, t:ltjt:lll\.t
-pyts Le II\.O~ gLoyteLlt)( ete "TYots-cell\.tt:ltll\.es ", t:lVOII\.S
byL;t$qLlte~ell\.t -peyetLlt II\.Dtye écYttLltye t:lII\.Ûell\.l!\.t et II\.Dtye vt:lLeLltyeL;t$e
Vitstotye t:llI\.cestyt:lLe ett:lll\.S Les joLltyS ete tOLlty~ell\.t et ete
SOLltffyt:lll\.ce; II\.OLltS so~~es l'estés ett:lll\.S Les téll\.èbyes etLltyt:lll\.t
,-23et'tll\.tey~tll\.t:I bLes stècLes fA CCl L;t$eete II\.Dtye lI\.D~t:Ietts~e.
Donc voilà les choses clairement affirmées: les
Kirghiz, originellement agriculteurs, possédant une civilisation
brillante millénairement antérieure à l'Islam, par suite d'une
obscure défaite due à un envahisseur non précisé, sont
chassés, se voient imposer une errance séculaire, se convertissent
au nomadisme, retombent au degré zéro de l'écriture, perdent à
peu près tout sauf ce vague souvenir d'une gloire passée.
L'antécédence des Kirghiz sur les Türks est sans ambages
affmnée en ratissant l'approbation tous azimuts:
(oo.) Les Tw.yR.s. Oll\.t co~~ell\.cé fA se ft:ltye COlI\.lI\.t:lttye"
ett:lll\.SVVitstotye seLltLe~ell\.t fA-pCln:ty etLltvlt""-t stècLe ete II\.Dtye èye.
011\. yell\.colI\.tye Vt:I-p-peLLClttoll\. "K..tygVitz" LOlI\.gte~-ps t:lVt:llI\.t. ALDyS
co~~ell\.t -pOLltyyt:ltt-tLse fCltye qLlte Tw.yR. sott Vt:llI\.cêtye ete
K..tygVitz? ILs (ceux qui pdteV'vdeV'vt cela) s't:I'P'PLlttell\.t SLItI'Lt:I
~t:lsse et'tll\.foy~t:lttoll\.s l'évéLées -pt:ly etes Vitstoytell\.s cVitll\.ots
co~~e: st~t:I G2L.t:lII\., "E>t:l1I\.'1L1t, Z,Vit:lll\.g G2L.t:l1I\.et t:lLlttyes.
Co~~e ettSt:ltt Vt:lct:leté~tctell\. v. "E>t:ln:VioLet : tL est certt:ltll\. qLlte
Les éyLltettts cVitll\.ots etLlt te~-ps jt:letts lI\.'Oll\.t -pClS ~t:llI\.qLlté ete
s'tll\.téyessey fA LeLIt YS votstll\.S Coo). Le c.o~-ptLt:lteLlty ete
VVitstoytogyt:l-pVite ete Lt:Iettjll\.Clstte !-tClII\.,G2L.t:llI\.g !-tLlte (1..3&,-:2.:2.0
t:lVt:llI\.tlI\.otye èye), ~oll\.tye fA Vévtetell\.ce qLlt'tL e)(tstt:ltt -pCly~t Les
fA bClybe-peLlt-pLesete VAste cell\.tYClLeete cette tpoqLlte st)( -peLlt-pLt:letes
YoLltsse, tjeLlt)( bLeLlts et Vit:lLlttetCltLLe, qLltt co~-ptell\.t -pt:ly~t Les
-pLLlts CllI\.ctell\.lI\.es, et qLlte L'Lltll\.eet'eLLes étt:ltt Les K..tygVitz. 011\.
yell\.colI\.tye etes -pyeLltves écyttes etLlt ~ê~e oyetye cViez Ibll\.
ClLMLltR.t:lfft:l, cViez L'Vitstoytell\. -peY5t:1l1\. etLltXlt""-t stècLe, '1t:1yettzt, et
cViez L'Vitstoytell\. cVitll\.ots t:lLltteLlty etLltTt:llI\.g-cVioLlt. Ils. ettsell\.t tOLltS
23 J. Kenciev, R. Dar, G. Salk, "Dire l'histoire en l'écrivant: un
fragment de sanjïra kirghize ", Turcica 31, 1999, p. 491.
25qu.e les KLY"gVlLZ ex.LstClLeli\.t~ U.li\.eé-poqu.e où le 1i\.0V\l\. ole "TLtY"~"
étClLt LIi\.COIi\.Ii\.U.. Le célêbY"e oY"Leli\.tCllLste, éY"u.olLt eli\. V\l\.CltLêY"e
ol'VlLstoLY"e et ol'etVlli\.ogY"CI-pVlLe oles -peu.-ples tLtY"~ et V\l\.oli\.gols,
Clu.teu.Y"ole 1i\.0V\l\.bY"eu.x. ou.vY"Clges cOli\.ceY"Ii\.Clli\.t ces SCLeli\.CeSet ces
(-peu.-ples, f-teli\.Y"Lju.lLeli\. KlCl-pY"otVl 1-7"&'3-:1Js'35) le cowfLY"V\I\.e
ClLIi\.SL qu.'Abel RiV\l\.u.sClt (:1.7&'&'-:1.&'3:2.) le gY"Clli\.ol oY"Leli\.tCllLste
fY"ClIi\.Ç-ClLS, -pY"ofesseu.Y" ~ l'IAIi\.LveY"sLtéole PCIY"LS et -pr-ésLoleli\.t ole lCl
socLété ASLCltLqu.e; Lls Oli\.t cOli\.tY"Lbu.é ~ -pY"ou.veY"q U.e les
KLY"gVlLZ SOli\.t u.1i\. -peu.-ple ClIi\.CLeli\., qU.L Y"eli\.tY"eolClIi\.S lCl cCltégoY"Le
,,24
oles -peu.-ples Lli\.olo-eu.Y"o-péeli\.s.
On fait appel aux" savants ", par contre toutes les
légendes étiologiques à partir des Quarante Filles sont
formellement récusées comme absurdes et ridicules. Le
Prophète Noé (HOH ôaHraMÔap) en revanche est récupéré,
ce qui permet d'adjoindre la vénérabilité sémite à l'antiquité
indo-européenne:
" L'ClY"CVleolu. PY"o-pVlêteNoé CI!::)Clli\.t lOli\.gu.eV\l\.eli\.tvogu.é
su.Y" les flots olu. Délu.ge (TO-pOIi\. su.u.) qU.L Y"eCOu.VY"ClLt
eli\.tLêY"eV\l\.eli\.t lCl su.r-fClce olu. globe, VLeli\.t s'écVlou.eY" qu.ClY"Clli\.te
jou.Y"s -plu.s tClY"olsu.Y" le Kï:z~u.r-t, qU.L -pY"ololi\.gel'lAlu.u.- Too, su.Y"
,,25
le flClli\.c ole l'6Y"~LIi\.-Too, veY"s le bCls ole l'i"iCs- Too.
On retrouve ce souci du détail géographique, tout à
fait typique des Kirghiz: le nomadisme impose la méticulosité
dans les itinéraires.
Japhet (un des fils de Noé), une fois débarqué de
l'arche, engendre une ribambelle d'enfants dont l'ancêtre de
Mongol qui à son tour engendre Oghouz- Khan, qui engendre
Kirghiz- Khan. La filiation reconnue des Kirghiz à partir des
Mongols n'empêche pas l'affrontement ultérieur, qui va se
produire sous le règne d' Ïrïs-Tarkan :
"À l'é-poqu.e ol'i"Y"ï:S-KVlClIi\., les G2..C!ZClqs-KLY"gVlLZ
-por-tClLeli\.t oles gu.êtY"es. ole velou.Y"s et VLVClLeli\.t olClIi\.S lCl -pY"OS-péY"Lté,
ex.eY"ç-Clli\.t ole-pU.LS lOli\.gteV\l\.-ps l'ClCtLVLté ole foY"geY"oli\.s. G2.uClli\.ol Oli\.
24 ibid., p. 504
25 ibid., p. 492
26cie L'é'P0que cI'uV\. 'PeY"soV\.V\.~ge exce'Pt~oV\.V\.eL, ov\. cI~t : nA'P~Y"Le
L'é'P0que cI'ïY"i:S-KI-1~V\.". s'ét~V\.t fî.xés SUI' Les 'PatuY"~ges cie
subs~st~~t cI'éLev~ge eV\.'PY"~V\.teV\.1,'Ps cles MoV\.ts /<.eV\.1,jut,Le'Peu'PLe
LoV\.ge~V\.t Le cOUY"S clu M~VI..-suu. (...) SV\. ce
teV\.1,'Ps-LèIïY"i:sT~Y"R.~V\. ét~~t R.1-1~V\., Tcl-1~gl-1~t~1j ét~~t uV\.e oyt~e, Les K~Y"gl-1~z
ét~~eV\.t foY"geY"oV\.s Le V\.1,oV\.cle eV\.t~eY",Le v~v~~t cI~V\.s'P0uY" 'Peu'PLe
L~ 'PY"os'PéY"~té: c'ét~~t UV\.e gY"~V\.cle é'P0que. ILs est~v~~eV\.t ~ux
souY"ces clu KeV\.1" ~Ls ~V\.st~LL~~eV\.tLeuY"s c~V\.1,'PeV\.1,eV\.ts èI
M~VI..suu, ~Ls Lacl-1~~eV\.tLeuY"stY"ou'Pe~14)( cie cl-1ev~ux et cie jUV\.1,eV\.ts
V\.OV\.su~tées, ~Ls ALt~ Ij, ~LsY"coUY"~ ~eV\.t eV\. tous seV\.s L''P~
occu'P~~eV\.t L'SY"R.~V\.- TOO, ~Ls f~~s~~eV\.t I-1~Lte ~ 14 TeVl..~Y"- Too, ~Ls
LoV\.ge~~eV\.t L'ïsi:R.-KOL, ~Ls V\.1,~gY"~~eV\.t jusqu'èI L~ MeY" cI'AY"~L,
V\.uLeV\.V\.eV\.1,~ V\.ese seY"~~t Y"~squé èI LeuI' cou'PeY" L~ Y"oute. v~~ V\.cle
et gY"~~sse V\.et~Y"~ss~~eV\.t 'P0~V\.tet L'~Louette 'P0V\.cI~~t SUI' Le clos
clu V\.1,outoV\.. Des 'P0uL~~V\.s t~cl-1etés V\.~~ss~~eV\.t eV\. gY"~V\.cI
v\'oV\.1,bY"e. cette 'PéY"~ocle ét~~t L'é'P0que où Les K~Y"gl-1~z se
Y"eV\.foY"ç.~~eV\.t. D'~'PY"2s ce que cI~seV\.t Les Lettds, Les
géV\.é~Log~stes, cluY"~V\.t tY"o~s 014 qu~tY"e s~2cLes, jusqu'èI
ïY"i:sKI-1~V\.,Le vécut cI~V\.s UV\.t: extY"êV\.1,e. M~~s, Le'PY"os'PéY"~té'Peu'PLe 'P~Y"
DécY"et cI'ALL~I-1, cette V\.'ét~~t f~~te'PY"os'PéY"~té 'P~s 'P0uY" cluY"eY"
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UI c~t~stY"o-pl-1es'~V\.st~LL~ clu côté clu Lev~V\.t, LèIoù se
Le'Pet~t clu coY"be~u. I-{,V\. cL~V\.~ssu cles ozbeR.s cles Q.I.(.~tY"e-'Pose
V~V\.gt-D~X Üg V\.~ges, ~V\.c~eV\.V\.eV\.1,eV\.t~LL~é V\.1,~L~t~~Y"e cie
C1eV\.g~s-KI-1~V\.,foV\.cI~t SUI' V\.ous COV\.1,V\.1,e uV\.e voLée cie cl-1ouc~s
et v\.ous eV\.v~l-1~t. Au clé'P~yt, C1eV\.g~s-KI-1~V\.V\.esoul-1~~t~~t 'P~s
cOV\.1,b~ttY"ecoV\.tY"e Les K~Y"gl-1~z: ~L eV\.volj ~ soV\. v~z~Y" ~'P'PeLé
ïY"i:s-sU'P~t~ Ij-Le-FoY"geY"oV\. 'P0rteuY" cie V\.euf 'PdseV\.ts 'P0uY"
KI-1~V\.: "v~ÛLL~Y"cIïyCs, cI~t-~L, féL~Ûté cles K~Y"gl-1~z, VOus'P0uY"
ces c~cle~ux ~u V\.oV\.1,bY"e cie V\.euf: SOUV\.1,ettez-vous èI V\.1,0~ s~V\.s
V\.1,esc.oV\.1,b~ttY"e. Je L~eY"~ ~ ~ ux t~eV\.s et V\.1,es'Py"0'PY"es 'Peu'PLes
teY"Y"~to~Y"es. ïY"i:s,cleveV\.ez 'P~yt~s~V\.s cie C1eV\.g~s-KI-1~V\.et v~voV\.s
clésoY"V\.1,~~ScI~V\.s L~ !'PY"os'PéY"~té "
Les b~Y"bes-bL~V\.cl-1es et Les b~Y"bes-V\.o~Y"es cles K~Y"gl-1~z
se Y"éuV\.~sseV\.t et t~eV\.V\.t:V\.t coV\.se~L. A'PY"2s ~vo~Y" coV\.st~té q u'~Ls
V\.'ét~~eV\.t cie t~~LLe èI LutteY",'P~s ~'PY"2s ~vo~Y" coV\.s~cléY"é que LeuY"s
27fOyce.s V\./ét&lte.V\.t ég"'le.s, tOVlS SOV\.t et/"'CCOyet -pOVlY se.-p"'s
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Le tableau est à la fois réaliste et convaincant. Aspirés
par le tourbillon gengiskhanide, les Kirghiz vont perdre pied et
surnager péniblement pendant cinq siècles. Tour à tour sujets
des Mongols, des Russes, des Kalmouks, ils seront
finalement déportés par ces derniers dans le Semiretchye en
1703. Il faut retenir de cette période troublée, où se forme
l'identité kirghize moderne que les contacts avec les voisins
Qazaqs, Ouzbeks et Ouygours ne sont jamais rompus: mais
on passe de l'entente à la querelle avec la plus grande
versatilité. Débarrassés un demi-siècle plus tard de leurs
ennemis kalmouks dont l'empire s'est effondré sous les coups
26 ibid. pp. 496-498.
28des Mandchous, les Kirghiz vont se heurter à leurs voisins
turciques. Avec le soutien actif des chancelleries russe et
chinoise, promptes à exploiter les dissensions à leur profit.
Les groupes kirghiz installés du lac Ïssïk-Kol jusqu'au
Badakhchan, de l'Alay au Pamir ont acquis une autonomie de
fait à la fin du XVlIIèmesiècle. Ils échappent à la pression des
potentats locaux: le khan de Kokand, l'émir de Kachgar, le
mir du Wakhan, mais pour se voir cadenassés dans cette zone
de très hautes montagnes par l'avancée progressive des
impérialismes russe au nord, chinois au sud, anglais à l'ouest.
Malheureusement, les Kirghiz ne réalisent pas le danger: ils
concentrent leurs attaques sur le khan de Kokand et passent
ainsi complètement à côté de la vraie cible, la dynastie
mandchoue27. Celle-ci revendique la suzeraineté chinoise sur
le Turkestan. Des luttes acharnées s'ensuivent dont témoignent
des insurrections à Kachgar (1816, 1823). Contre les Chinois
et contre Kokand, les chefs kirghiz du nord font appel aux
Russes, scellant ainsi le destin de leur peuple. Les troupes
tsaristes se ruent dans la brèche, imposent un protectorat en
1863 et douze ans plus tard le khanat disparaît. Au-delà du
Kirghizstan désormais réduit, c'est le contrôle du Cachemire et
de l'Afghanistan qui est en jeu. Les pistes caravanières
kirghizes ont servi aux marchands russes (qui inaugurent
l'ère du renseignement) à se rendre en Inde en observant et
repérant toutes les informations utiles. Le tsar,
momentanément débarrassé à l'ouest du problème caucasien,
peut se concentrer à l'est sur le Turkestan: la campagne est
rondement menée: de la chute de Tachkent en 1856 à celle de
Kokand vingt ans plus tard, tout est réglé. L'armée russe a
même poussé son avance jusqu'au Turkestan chinois, mettant
à profit la révolte de Yakoub-Beg. Les troupes du Céleste
Empire réagissent, contre-attaquent, écrasent les insurgés et
bloquent les Russes. Ces derniers se tournent alors vers le
27 G. Imart, R. Dar, Le chardon déchiqueté, Marseille, 1982, p. 63.
29Pamir comme possible voie de pénétration en Inde. Mais, là
encore, des groupes kirghiz occupent le terrain.
Au début du XIXèmesiècle, les Teyit avaient quitté la
vallée de l' Alay par la piste qui mène au Xargushi Pamir via le
col de Kïzï1-Art et de là mène vers Ak-Suu au sud. Certains
continuent leur route vers le sud-est jusqu'à la région de
Sanju.
Je voudrais ici préciser qu'il est impossible de
concevoir une migration comme un mouvement régulier et
continu affectant de la même façon l'ensemble de la
population: une migration ce n'est pas le départ en vacances
des juillettistes ou des aoûtiens. Chacun va à son rythme et en
fonction de ses intérêts se fixer là où il veut, là où il peut. " Le
propriétaire de chaque tente, relevait déjà V. Dingelstedt, reste
libre de continuer la marche ou de s'arrêter à son gré ".28 Le
mouvement général est la résultante d'une série de
mouvements particuliers dont le détail est généralement ardu à établir.
Les Kesek du Karategin, sans doute pour échapper à
l'attaque du khan de Kokand, Muhammad Ali, qui envahit le
Karategin en 1834 se dirigent vers le Pamir par l'ouest en
traversant le Darwaz et le Choughnan.
À la fin du XIXèmesiècle, les Teyit occupent le Rang
Kül Pamir, le Sarïz Pamir, la vallée de l'Ak-Suu et le Petit
Pamir. Ils ont laissé aux Kesek l'Alitchour Pamir et le Grand Les Kirghiz du Pamir reconnaissent vaguement la
suzeraineté de la Chine. Celle-ci cependant ne réagit pas quand
le colonel Yonoff en 1891 s'empare de la région. Par contre
les Anglais protestent vigoureusement et font intervenir le roi
d'Afghanistan. La Conférence de 1895 qui fixe la frontière
marque l'arrêt de l'avancée russe mais aussi la fin de la liberté
kirghize.
Le début du XXème siècle marque une période
d'effervescence culturelle, de développement du commerce et
28 Le régime patriarcal et le droit coutumier des Kirghizes, Paris, 1891,
p. 26
30des échanges touristiques. l'ai dans mes archives le
prospectus d'une agence de voyage parisienne qui, en 1905,
propose des voyages au Pamir; la liste des vêtements à
emporter, impressionnante par le nombre et la variété, laisse à
penser qu'on ne manquait pas d'animaux de bât...
L'agitation atteint à son comble après le
déclenchement de la première guerre mondiale. La steppe
kirghize et qazaq s'embrase lorsque le 25/06/1916 un oukase
proclamant la " mobilisation économique" est adopté. Cet
ordre de mobilisation des Musulmans de l'Empire pour un
service civil au front (dont beaucoup ne reviendront pas) est
accueilli avec rage; les procédures de recrutement étant aussi
ignobles que le seront celles du STO en 40, les Kirghiz se
soulèvent en masse. Bien sûr, se surajoutent des causes plus
profondes comme l'attitude colonialiste des Russes qui
confisquent la terre à leur profit, mais la certitude de mourir la
pelle à la main face à des fusils et à des chars déclenche une
29résistance désespérée.
Comme tous les exodes, celui-ci fut sanglant et atroce
(au moins 150000 morts), la répression impitoyable: 30 %
de la population y laissa la vie.
La Révolution d'Octobre, survenant dans ces
circonstances, fut mal accueillie dans la steppe: " Les Kirghiz
ont accueilli la première révolution avec joie, la seconde avec
consternation et terreur ", écrit Bajtursunov, le chef du parti
Inationaliste Alash-Orda dans le n° 29 de Zh izn
Nacional'nostej (3/08/1919). La politique stalinienne de
sédentarisation-collectivisation des années 30 ne fera que
29 Sur l'historique de la révolte, son déroulement, l'exode massif des
Kirghiz au Xinjiang, l'attitude du gouverneur chinois Yang Tseng-hsin,
voir M. P. Vjatkin, Istorija Kirgizii, Tome I, Frunze, 1963, pp.
560570, R. Pipes, The formation of the Soviet Union,' communism and
nationalism (1917-1923), Cambridge (Mass.), 1954, pp. 83-84, R. Yang,
"Sin-kiang under Yang Tseng-hsin ", Central Asiatic Journal VI (4)
pp. 305-308.
31renforcer ce jugement prémonitoire30. Pour longtemps, la
résistance kirghize est brisée. Tous les réseaux et circuits du
pastoralisme traditionnel sont laminés. La langue et la culture
attaquées de l'intérieur faiblissent. Il faudra un grand sursaut
national et la mort de Staline pour que l'interdiction de
l'épopée nationale Manas soit abrogée.
Les années cinquante marquée par une immigration
slave durable et massive (plus de 200000 colons en dix ans)
vont accentuer la russification de la langue et de la société.
Dans la deuxième moitié du Xxème siècle, la
soviétisation a pour effet de repousser les Kirghiz dans les
zones rurales (85 %), cependant que les villes sont
majoritairement russes (65 %). C'est un schéma classique de
colonialisme. La capitale, Frounze, offre en 1970 ce panorama
déconcertant d'une ville peuplée à 72 % de Slaves dont
seulement 0,7 % reconnaît avoir des notions de kirghiz, alors que
les 12 % de Kirghiz qui y résident utilisent le russe à 78 %31.
La fin des années 70 voit répéter par l'Armée Rouge
le même scénario que par les troupes tsaristes: le coup d'Etat
du 27 avril qui amène les communistes au pouvoir en
Afghanistan a pour conséquence l'appel à la rescousse du
grand frère soviétique. Les Kirghiz du Pamir afghan, qui ont
échappé de peu à l'extermination par les Soviétiques en 1946,
savent qu'ils n'ont plus aucune chance et se réfugient à Gilgit.
Le triple choc écologique, socio-économique et culturel auquel
ils sont soumis les laisse exsangues: en quelques mois les
1300 réfugiés comptent une centaine de morts. Obligés de
vivre à basse altitude, en milieu urbain, parmi des gens parlant
urdu ou burushaski, de confession chiite ou ismaélienne, les
Kirghiz sont réduits au désespoir. Voici le récit chanté que
m'en a fait Kïlitch Taapaldï le 6 septembre 1984 :
30 J'ai publié un chant (" Abdul Satar: La collectivisation stalinienne de
1928-1933 "), assez bouleversant, qui constitue un des très rares
témoignages autochtones sur cette période et de la façon dont les Kirghiz
ont fait le gros dos sous l'orage: Imart, Dar, o.c., pp. 246 sq.
31 Voir ces chiffres dans Imart, Dor, O.c., pp. 126 sq.
32"L~ fL.III- oles teVli\.'Ps est ~yy~vée: III-ott'"e 'P0L.<.vo~t'" est
tOL.<.S ceL.<.)( qL.<.~olevelll-L.<. VIi\.€cr-é~lII-t, t'"elll-~~III-t s~ t'"et~g~olll-; 'P0L.<.t'"
t'"eolt'"ess~~elll-tt~ tête, ~t ~ 'Pt~c€ oles ol€lII-olll-c~~teL.<.t'"s ~ t~ sotole oles
RNtsses. ce qL.<.e III-OL.<.S~VOIII-S elll-telll-olL.<. ol~t'"e ~vec oles Vli\.ots, VI-OL.<.S
III-e t'~VOIII-S vt'"~~VIi\.elll-t VL.<. ~vec III-OS !1eL.<.)(. AL.<. "B>~ol~R.nsn~1II-'P~s
tes b~!1-s (/II-otabLes) Olll-t €t€ tOL.<.S C~'PtL.<.r-és, et 011I- III-e tes
011I- ol~t qL.<.'~ts fOlll-t r-églll-et'" t~ COIII-tt'"~~lII-te, 011I-ol~tt'"etticnet'"~ 'P~s.
qL.<.'~ts Olll-t oles R.otR.nozes : tOL.<.SceL.<.)(qL.<.~t'Olll-t VL.<.ol~selll-tct'"U
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tes gelll-s elii-esct~v~ge.Je cn~lII-tet'"~~ t~ c~t€ t~~ssée ~ l'~b~lII-ololll-,
K.~boL.<.t, ct€ ole t~ t'"et~g~olll-.Je cn~lII-tet'"~~ te s~lII-g oles
ML.<.sL.<.LVIi\.~lII-s r-é'P~lII-olL.<. elii- L~c. Je K.~boL.<.t L~
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D~eL.<. ~ f~~t cnL.<.tet'" LeL.<.t'" €t~t I... Nott'"e t'"o~ ~'P'Pet€ z,~net'" Sn~n
~v~~t r-és~st€ ~L.<.)(VIi\.€cr-é~lII-ts. DL.<.teVli\.'Ps ole z,~net'" sn~n,
Vli\.01ll(Rah/IIA-a/ll- J<.uL J<.ha/ll-), SOL.<.t~elll-olL.<. 'PeL.<.'Pte, f~~s~~t Vli\.eVl-tt'"H"~jF
~ K.~bOL.<.Loles Vli\.OL.<.tOlll-s. D~s~lII-t :'je veL.<.)(te VO~t'"ole Vli\.es
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!1eL.<.)(! Le YOI. t'"eVli\.ett~~t elii- VIi\.~~III-S L.<.III- fL.t'"VIi\.~1II- ~ SOIII-cnet'"'Pt'"D-pt'"es
~III-V~t€ te H"~jj~, f~~s~~t ol€t'"oL.<.tet'" t~'P~s et R.~t~VIi\.S ~ t'~lII-t€r-~eL.<.t'"
olL.<.G;Ulbti,~t32, ses Vli\.OL.<.tOIll-S SL.<.t'" tet'~L.<.tOt'"~s~~t ~ f~~t'"e 'PtitL.<.t'"et'"
Tcn~VIi\.~1II-33. Le t'"0~ ~'P'Pet€ z,~net'" Sn~n, tOL.<.tte Vli\.olll-olete
~t est ol~lII-s L.<.III-L~eL.<. ~III-COIII-III-L.<..Le VIi\.€cr-é~lII-tt'"egt'"ette: 'P~t'"t~
T~t'"~qq~, 'PL.<.~sse SOIII- t'"êglll-e III-e~'P'Pet€ 'P~s êtt'"e neL.<.t'"eL.<.)(! pL.<.~sse
Le seLgIII-eL.<.t'" t~et'" s~ cn~lII-ce ! c'€t~~t te v~ste AR.-Nott'"e tet'"t'"~to~t'"e
SL.<.L.<.; tOL.<.S III-OL.<.S sOVli\.VIi\.es olevelll-L.<.s ~'P~tt'"~oles, III-ott'"e 'PeL.<.'Pte s'est
Q.u~lII-ol III-OL.<.S III-OL.<.S cet elll-olt'"o~t (Le 'Pa/IIA-I.Y),tp~""'P~Lt€. t'"~'P'Petolll-s
tOL.<.S III-OL.<.SIII-OL.<.St'"~OL.<.~SSOlll-s. Atlll-€s et c~olets, tOL.<.S SOlll-t 'P~t'"t~s
ole n~L.<.ts cots, S~III-S s~vo~t'", S~III-S Vli\.eSL.<.t'"et'" te t'"~sqL.<.e.
'P~t'"
pL.<.~sselll-t tes III-ôtt'"es ~t'"t'"~vet'" S~~III-S et S~L.<.fS ! AL.<.)( ole'P~t'"elll-ts
32 Résidence des chefs de tribus à Kaboul: le khan kirghiz Rahman Koul
y était reçu chaque année par le roi.
33 Vaste esplanade près du stade Ghazi à la sortie de Kaboul, où se
tenaient toute sorte de rassemblements.
33cLc.l1I\.. qut VOlI\..t è! 15hR.oulM-c.lII\..34, II\..OU5 ~tlM-c.llI\..~01l\..5 ~t5
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UII\..~é5tr-t... NOU5 501M-IM-t5 ~tVt1l\..U5 5tIM-bLc.lbLt5 è! Ct5 Ot5tc.lUX
qu'oll\.. c.lp-ptLLt cc.ltLLt535. U5 tOIM-bt5 ~U Pc.llM-ty, è! -pd5tll\..t, Ltuy
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Lc.ICOII\..COy~ttll\..tyt Lt5 cOII\..tytbuLt5 lI\..'tXt5tt -pLU5. Le.! 1I\..0uy-yttUyt
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~é50YlM-c.lt5 Lt fU5tL. Ctux q ut Oll\..t ~u bttll\.., Lt5 1M-c.l'ttyt5, II\..t
~Oll\..lI\..tll\..t -pLU5 yttll\.. (aux pauvyes), ctux qut Oll\..t~t Lc.Itty-yt II\..t
Lc.IcuLttvtll\..t -pLU5. LoY5qut, gytlM--pé 5UY UII\..gLc.lctty, j'ob5tYVt
(La vaLLée), 011\.. 1I\..'c.lptyç.ott qU'c.llM-t5 ~t Lc.I50UffYc.llI\..ct. À ctttt
Vut, gtll\..5 ~t bttll\.., L'holl\..lI\..êtthOlM-lM-tc.I~t Lc.I-pÛlI\..t tt Vtyst ~tS
Lc.lYlM-ts. Lc.I ~ésoLc.lttoll\.. c.I!1c.1l1\..t été chotÛt, tLlt 1I\..0Us c.I été
~Oll\..lI\..étè! bc.ltL: c'tst Lè! L'œuVYt ~'ALLc.lh. Au-~tLè! ~t toutt
34 Lieu - dit dans le nord du Gilgit, à l'endroit où débouche le col (très
élevé et difficile) qui permet de relier le Pamir au Pakistan.
35 Pour les Kirghiz, la caille symbolise l'errance, le vagabondage,
l'éloignement du nid. Je rappelle que la caille est un oiseau migrateur.
34lL~Lte est lCl sOlA.ffrClv\'ce qlA.e V\,OIA.S é-pY"olA.voV\,s. TCVtClClrtClSVt36,
l'VtLverV\,Clge ole Kev\'gsef<.L, "E-etcVtev\'oIClsVt o~ se tY"olA.veV\,t les sLlos
~ fOIA.Y"Y"Clge; SClY"ï:tClSVt ~ l'eV\,tde oIlA.qlA.el se tY"olA.ve 1A.V\, estLvClge,
K-ClY"CltClSVtClIA.)(gY"Clv\'oIs to~beClIA.)(, oies lLelA.)( co~~e celA.)(-l~, je
V\,'ev\' voLs -poLV\,t LcL. u>Y"sqlA.eje sOv\'ge ~ ces ev\'oIroLts ~CI -pCllA.vY"e
tête s'e~-plLt ole regY"et. NolA.s sOlA.ffY"ov\'s oIlA. ~Cll oIlA. -pCl!:::JS.Lt
-pécVté gClg~ ClleV\,tolA.Y"ole v\'OIA.5. NolA.S ClVOV\,S ClvLlL les to~bes ole
v\,os Clv\'cêtY"es. ~sse~blov\'s-v\'olA.s et dflécVtLssov\'s ! PClreLlle
ClffClLre V\,'est -pClS oIlA. Y"essort oIlA. t-tCljjL, Ll fCllA.t lCl -porter oIevClV\,t
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tY"Clv\'sfoY"~eV\,t le -pr~lA.oILce tV\, bév\'éfLce. Il V\,OIA.S CI oIoV\,V\,é ole
l'ClLoIe eV\, ClrgeV\,t, Ll V\,OIA.SCI reV\,oIlA. le sOlA.rLrt. Lt Y"oL.zL!:::JCI
IA.lt-tClqq, qlA.t lt seLgv\'elA.r lt fClsse CltttLV\,oIre ~ lCl -pros-pérLté, qlA.'Ll
soLt le sOlA.vtY"ClLV\, CIbsollA. olt soV\, -pelA.-ple, q lA.e SCl d-plA.tCltLov\'
ole stlA.-péfClctLov\' l'tv\'v\'e~L!... Il V\,OIA.S CI co~blé olefY"CI-p-pe
bLev\'fClLts, ~CllVtelA.Y"tlA.)( qlA.t V\,OIA.S so~~ts ! C'est 1A.V\, gClY"ClV\,t
solLoIe olt lCl Y"elLgLov\'. vO!:::Jtz l'éqlA.Lté oies MlA.slA.l~Clv\'S oIlA.
PClf<.LstClv\' qlA.L oV\,t oILt : " Il stY"ClLt VtoV\,telA.)( ole les coV\,trClLV\,oIre ~
Y"etolA.rV\,tr cVtez ces ~écréClV\,ts olt sovLétLqlA.ts ! " L.'IA.v\'LqlA.t
-peV\,sÜ qlA.e VOIA.Sv\'olA.Y"Y"Lssez,c'est lt tOlA.r~eV\,t ; ô K-LY"gVtLz, eV\,
qlA.el étClt ts-tlA. to~bé !
00'"
Depuis cet amer constat la roue du destin a tourné:
Les Kirghiz du Pamir sont allés s'installer en Turquie après
avoir failli se retrouver en Alaska; comme me le confia
Rahman Kul en septembre 1984:
"sL le gOlA.vtrv\'e~eV\,t tlA.rc V\,t V\,OIA.5 ClvClLt -pClS Clcce-ptés,
V\,OIA.S suLoV\,s -pClrtLs eV\, AlClsf<.CI. MClLs co~~e Ll V\,OIA.S CI
ClVoV\,S Y"eV\,oV\,cé. Que VOIA.5oILrt... l'AlClsf<.CI c'tstClcce-ptés, V\,OIA.S
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36 C'est le lieu d'estivage du chanteur dans la vallée de Waghjir, à l'entrée
du Petit Pamir.
37 Ceci vise les Soviétiques, mais aussi les communistes afghans.
35tyès lO~1II- et c'est tyès fyO~c{ I... St; 'PIA.~SDili-lII-'t:5tj&lVli(,&I~s &lllé
lè!b&lS, et elii- 'PllA.s Dili- II\,/: 'P&lYle 'P&lS l'AIII-gl&l~s ! Cu.) À l'&lVIi(,b&lss&lc{e,
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CVt&lIA.c{S, qlA.els CD~III-S ét&l~elll-t fyo~c{s, VIi(,&I~Svo~lè! Dili- III-e le S&lV&I~t
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c{~t. Dili- lelA.Y &I c{eVli(,C!III-c{é Où c'ét&l~t. Ils 1II-0lA.S Olll-t Vli(,Olll-tl'"élC!
c&lrte. G2.1A.C!III-c{ VIA. qlA.e c'étC!~t 'Pyès c{es R.IA.Sses, j'C!~ cy~é :j'C!~
Aloys qIA.O~,je v~elll-s è! gyC!lII-c{ &lIA.)(R.lA.sses et" 'Pe~lII-e C{'écVtC!'P'Pey
VOIA.SvolA.lez Vli(,eyeVli(,ettye è! côté c{'elA.x! 'PC!s qlA.est~oIll-L..JC!VIi(,c!~s
1II-0lA.S III-e 'P0IA.YYOIII-S olA.bl~ey les R.IA.Sses ! ". Aloys ~ls 1II-0lA.S Olll-t
Il
elll-votjé ~c~.
Ici, ce fut Karagündüz, puis l'établissement définitif à
Altïndere au nord du lac de Van. Aujourd'hui ces Kirghiz sont
tirés d'affaire et parfaitement intégrés. Pouvons-nous être
aussi optimiste pour ce qui est du Kirghizstan ?
Le vierge, le vivace et le bel aujourd'hui
L'enthousiasme général qui avait porté au pouvoir le
président Askar Akaevitch Akaev le 27 octobre 1991 n'est
sans doute plus aussi vif. Il s'essouffle à la mesure de la pente
que le pays doit gravir pour s'extraire du marasme
économique.
Le choix d'Akaev était justifié par le fait que,
président de l'Académie des Sciences (il est physicien), il
constituait un candidat de compromis sur lequel tout le monde
pouvait tomber d'accord.
Le Président Akaev est rond et lisse. Rond de visage,
rond de manières. C'est un homme jovial et affable38. Il a
séduit non seulement les Kirghiz, mais aussi les Occidentaux
qui ont apprécié ses idées libérales en politique et son
ouverture aux nécessités de l'économie de marché. D'où le
38 Il m'a reçu fort courtoisement. Sa cave est un peu disparate, mais sa
conversation très franche et claire. C'est un connaisseur éclairé des
campagnes d'Egypte de Napoléon et de la vie du physicien Laplace.
36favoritisme pro-Akaev tant des Européens que des Américains:
cela n'est pas sans risques ni sans conséquences...
La bonne volonté initiale s'émiette au contact abrasif
de la réalité politique. Sans aucun doute partisan de la
démocratie verbale, au fil des amendements de la Constitution
(1994, 1996, 1998, 2003), l'arbitre suprême s'accapare des
pouvoirs de plus en plus étendus: nomination, et surtout
révocation, des membres et du chef du gouvernement, des
gouverneurs et des généraux, des magistrats et des hauts
fonctionnaires, pouvoir de dissoudre l'Assemblée et de
proclamer l'état d'urgence. À peu près rien n'échappe au chef
de l'Etat (jusqu'en 2005), mais il est serré de près par un
premier cercle du pouvoir qui le contrôle en l'entourant (et va
accentuer sa pression au fur et à mesure que l'échéance
présidentielle se rapprochera).
Le président Akaev n'en bénéficie pas moins d'un
soutien populaire, évident au moins dans la capitale39.
Cette validation du pouvoir en place repose en partie
sur l'exacerbation du nationalisme kirghiz. Mais le credo
concocté sonne creux. On vante les mérites d'un nomadisme
dont tout le monde a en fait oublié les modalités concrètes; on
vante les vertus d'une épopée dans des manifestations
publiques qui s'apparentent par l'esprit aux Fest-Noz celtes40.
Au moins échappe-t-on encore à l'émergence d'un citoyen
kirghizstanais, comme on a aujourd'hui d'improbables
Qazaqstanais et Ouzbékistanais. Cependant la réalité identitaire
incontournable, c'est le clivage entre Kirghiz du Nord et
Kirghiz du sud. Rappelons quelques faits.
Le bornage nationalo-territorial (nacional
'noterritorial'noe razmezhivanie) de 1923-1924 contribua à
39 J'ai été quelque peu abasourdi de le voir venir nous retrouver
impromptu à l'Opéra de Bichkek sans service d'ordre ni gardes du corps, et
l'enthousiasme du public lorsqu'il a été reconnu n'était pas feint.
40 L'ampleur de la dérive est comparable: ces fêtes dites" celtiques"
auxquelles par ignorance on attribue un caractère uniquement nocturne
(Fête-de-Nuit) sont en réalité l'équivalent celte des Fast-Nacht saxonnes,
donc originellement des fêtes de rupture du jeûne de Carême.
37discrétiser un territoire (on reviendra sur le problème actuel des
frontières), standardiser une langue41, uniformiser un peuple
(mettant pêle-mêle dans le même sac des populations qui se
reconnaissaient linguistiquement kirghizes et d'autres qui se ethniquement kirghizes; les premiers au Nord
se disant plus volontiers ethniquement Qazaq, les seconds au
Sud avouant plus facilement parler ouzbek).
Dès le XIXème siècle, l'imbroglio a toujours été
absolu, le terme "Kirghiz" s'appliquant à "tous les peuples qui
errent dans les grandes steppes de l'Asie Centrale, depuis la
mer Caspienne jusqu'à la chaîne de l'Altaï"42. Nous voilà bien
avancés. Pour distinguer les Kirghiz des Qazaqs on va les
"noircir"43: ils seront dits Kirghiz-Noirs (Kara-Kirghiz) par
opposition aux Kirghiz-Kaïssak, ou les "éloigner": ils seront
dits Kirghiz-d'au-delà-de-Ia-montagne (Zakemmenyj Kirghiz)
ou Kirghiz-de-Ia-montagne-sauvage (Dikokamennyj Kirghiz).
Je laisse tomber comme anecdotique, ou relevant de
l'agitprop, la désignation par l'ennemi héréditaire kalmouk des
Kirghiz comme Burut "Moustache"44.
Au moment où émerge l'éphémère Région Autonome
Kara-Kirghize (1924), sa langue officielle est le qazaq45. Par
contre, lorsque la République Kirghize est dite "Fédérée" en
1936, la consolidation des groupes kirghiz hétérogènes est
41 De là une condamnation - dont je ne suis pas sûr qu'elle ait totalement
disparu aujourd'hui - des territoriyalïk dialektter, "dialectes
territoriaux ", considérés comme dangereux et nuisibles à l'unité, alors
même que les sociolectes (sociyalïk dialektter) étaient tolérés, cf. K.
Sartbaev, Kïrgïz tilin okutuunun metodikasï, Frunze 1978, p 99 et 103,
p. 87 pour l' orthoépie des phonèmes russes.
42 V. Radloff, " Observations sur les Kirghiz ", Journal Asiatique (VIe
série) II, 1863, pp. 309-328.
43 Je m'en tiens résolument là, mais le lecteur intéressé par les Kirghiz
" Blancs ", "Bleus ", " Jaunes" etc. se reportera avec profit à O.K.
Karataev, Kïrgïzdardïn etnomadaniy baylanïshtarïnïn tarïxïnan, Bichkek,
2003, p. 29.
44 Pour un sérieux développement sur ce thème, voir Karataev, o.c., pp.
54-69.
45 Imart, Dar, o.c., p. 85.
38considérée comme achevée. Elle délimite un centre et une
périphérie. Sur les marges, point de salut: les Kirghiz du
Pamir sont Afghans, ceux du Tajikistan Tajiks, ceux
d'Ouzbékistan Ouzbeks46. Ce bel exemple est ultérieurement
copié par la République Populaire Chinoise qui va rejeter dans
la géhenne extérieure les Ji-er-ji-si (Kirghiz-du-dehors,
incluant ceux du Kirghizstan), les seuls vrais Kirghiz étant les
Ke-er-ke-zi chinois47.
Aujourd'hui, en 2004, je crains que l'opposition
Nord/Sud un moment jugulée ne resurgisse à l'occasion de la
croissante disparité dans la distribution des ressources. La
mort de 5 manifestants tués par la police en mars 2002 à Aksu
(chez les Kirghiz du Sud) lors d'une marche de protestation
contre l'emprisonnement du député Azimbek Beknazarov a
engendré une agitation qui s'est calmée, mais le ressentiment
couve.
Arrêtons-nous un peu sur les trois problèmes qui
fragilisent le Kirghizstan: le durcissement politique,
l'effondrement économique, l'enracinement islamo-terroriste.
Une fois passé le temps des réformes cosmétiques,
poudre jetée aux yeux des Occidentaux qui s'en sont contenté,
ici comme plus généralement en Asie Centrale, avec une molle
indifférence, la réalité politique apparaît clairement. On en
revient à un régime de type soviétique avec un leader
toutpuissant qui s'appuie sur un Ministère de l'Intérieur florissant.
Si l'on ajoute aux fonctionnaires de police, les agents des
services de sécurité, on dépasse les 20000 personnes, soit plus
du double de l'armée48. La police et la justice sont corrompues
- ce qui est la norme centre-asiatique, mais le problème, grave,
est qu'elles sont utilisées assidûment dans l'arène politique par
l'autorité en place. La société civile kirghize, balbutiante, élève
46 Ils tentent aujourd'hui de se rekirghizifier: j'ai donné une interview à la
télévision kirghize d'Ouzbékistan et organisé un séminaire à leur sujet à
l'IFEAC.
47 Imart, Dar, o.c., p. 86.
48 ICG Asia Report n042, décembre 2002, p. 7.
39cependant des protestations par la voix de certains médias. Le
pluralisme partisan est encore à construire: le Parti
Communiste, l'Union des Forces Démocratiques, le Parti Démocratique
des Femmes, le Parti des Vétérans de la Guerre d'Afghanistan
sont symboliquement représentés à l'Assemblée législative.
Les partis d'opposition, quant à eux, sont très
fortement malmenés, comme le relevait René Cagnat
(observateur d'autant plus averti qu'il réside depuis de
nombreuses années à Bichkek) à propos des élections
présidentielles d'octobre 2000 :
" (oo.)Il s'agissait d'écarter les quelques personnages
qui pouvaient faire de l'ombre à A. Akaiev, notamment Félix
Koulov, fondateur du parti Ar-Namys (Dignité), qui semblait
en mesure de fédérer sous son nom l'ensemble de
l'opposition. (oo.) Il fut arrêté le 22 mars 2000 pour avoir
outrepassé ses droits alors qu'il dirigeait la Sécurité d'Etat:
écoutes téléphoniques, vente d'armes, etc. Après cinq mois
d'emprisonnement, il fut pourtant relâché, aucun chef
d'inculpation n'ayant pu être retenu. (oo.) C'est en définitive
l'obstacle de la commission linguistique, nouvellement créée,
qui fut fatal à Koulov : préférant, peut-être, ne pas étaler au
grand jour sa faible connaissance du kirghize, il se retira de la
compétition. Dès lors, les jeux étaient faits: les cinq candidats
d'opposition ne croyant pas, à juste titre, en leurs chances - y
compris O. Tekebaiev, président du parti socialiste Ata-Meken
qui avait le soutien de Koulov - et ne disputèrent pas la victoire
à A. Akaiev. "49
Cependant, six partis d'opposition ont décidé de
s'unir (janvier 2004) pour présenter un candidat commun aux
élections présidentitelles de 2005 (Asaba, Kayran El,
mouvement Démocratique du Kirghizstan, Erk, Erkindik, Parti
Républicain, Jeune Kirghizstan). Ils forment un bloc: " Pour
le pouvoir du peuple "50.
49 Le Courrier des pays de l'Est nOlOlO, nov.-déc. 2000, p. 74
50 Revue de presse RFE du 1 au 16/01/2004.
40Le deuxième point noir est constitué par l'économie.
Les données obtenues le 6/1112003 sur le site
htttp://eng.gateway.kg/indicators, rubrique: main social and economic
indicators, montrent que les seuls chiffres qui augmentent sont
ceux des dépenses de l'Etat et du déficit budgétaire. Le
passage à l'économie de marché est chaotique et raboteux. Sans
doute est-ce inévitable. Le problème est que l'effondrement de
l'agriculture et de l'élevage risque d'engendrer une
malnutrition aggravée dans les provinces défavorisées du Sud-Ouest.
À moins que les Kirghiz n'aient l'idée de copier les Russes:
les agriculteurs occidentaux peuvent en effet désormais venir
s'installer en Russie où des terres leur sont concédées pour 90
ans, à charge pour eux de les mettre en exploitation; étant
donnée la pénurie de terre de ce côté-ci de l'Oural, les
candidats (anglais et écossais, il faut le préciser) ne manquent pas.
Le Kirghizstan n'échappe pas à un problème crucial
qui est celui de la restructuration des entreprises. Celles-ci sont
bien souvent vétustes et archaïques, tournent au ralenti avec un
personnel réduit: dans une économie libérale, elles seraient
pour la plupart contraintes de déposer leur bilan. Quand ce
n'est pas le cas, la corruption conduit au même résultat. Une
usine cotonnière en plein essor, créée par un investisseur russe
dans la région d'Aravan, au Sud-Ouest d'Och, fut littéralement
prise d'assaut en décembre 2002 par des rivaux, son directeur
chassé cependant que la police s'avérait incapable
d'intervenir51.
Les inégalités s'accroissent et en même temps la
paupérisation. Nous sommes désormais loin du système
d'entraide de la société traditionnelle où les veuves étaient
protégées par le système du lévirat et les orphelins recueillis
par les membres de leur clan plus aisés. Aujourd'hui, c'est
chacun pour soi, et il y en a pour très peu.
Tout ceci fait bien entendu le lit de l'islamisme.
Traditionnellement, les Kirghiz - dont l'islamisation est récente
51 ICG, Central Asia Briefing, 29 April 2003, p. 7.
41et superficielle, sont à la fois tolérants et peu pratiquants. Il y a
eu, après l'Indépendance, une sorte d'emballement - peu
convaincant - pour l'Islam. Dans l'euphorie de la liberté, villes
et villages voulaient leur mosquée, sans aucun souci de les
remplir. On est passé de 33 mosquées du temps de l'URSS à
plus de 2000 aujourd'hui (juillet 2003)52. Cependant des
groupes islamistes comme le Hizb ut-Tahrir et le Tabligh
gagnent du terrain dans le Sud. Prenant à leur charge
l'assistance sociale abandonnée par l'Etat et s'efforçant de
donner l'exemple d'une existence morale, le porte à porte de
leurs imams (souvent mieux éduqués que les imams officiels)
finit par porter ses fruits. Il ne faut cependant pas exagérer
l'importance des islamistes; je n'en veux pour preuve que la
réaction - saine - d'un cadi de la région de Jalalabad :
" Le Hizb ut-Tahrir ne peut rien créer. Ils disent:
" Nous allons mettre en place le Califat", et je leur réponds:
" Ça fait une éternité que vos leaders annoncent ça, mais vous
n'avez pas été fichus de bâtir un village, alors ne parlons pas
du Califat I... "53
Les autorités kirghizes auraient intérêt à ne pas se
tromper de cible. Il est facile d'attribuer aux islamistes des
incidents qui sont dus en fait aux trafiquants en tout genre et
aux réseaux mafieux. Il est vrai qu'il y a eu un traumatisme
lors de la prise d'otage des techniciens japonais il y a quelques
années; je me trouvais au Kirghizstan et j'ai pu mesurer le
désarroi des autorités face à une attaque bien organisée et de
grande ampleur. Le résultat le plus apparent de ce problème est
le conflit frontalier avec l'Ouzbékistan. Monsieur Salamat
Alamanov, Directeur du Département des Questions
Régionales près le gouvernement kirghiz, nous a d'ailleurs
indiqué (28 mai 2003) que le conflit était plus aigu avec
l'Ouzbékistan qu'avec la Chine. Sur les quelque 1300
kilomètres de la frontière kirghizo-ouzbèke, 700 sont
52 lCG, Asia Report n° 59, july 2003, p. 22.
53 lCG, Asia Report n058, june 2003, p. 38.
42délimités, 114 feront probablement l'objet d'un accord, 228
sont négociables, 260 ne le sont pas et resteront une pomme de
discorde. En attendant, la frontière est minée côté ouzbek et
bien des innocents y perdront encore la vie.
Ayant ainsi transpercé avec le scalpel glacé de
l'observation la baudruche des apparences, je tiens à conclure
cette introduction sur une note plus optimiste. Certes, le
présent est sombre, mais pas plus qu'ailleurs en Centre-Asie.
Je garantis qu'il vaut mieux être Kirghiz que Türkmen par les
temps qui courent. Le président Akaev a tenté, tente,
continuera de tenter jusqu'en 2005 de sortir le pays de son
enclavement. Le Kirghizstan est coincé dans ses montagnes
par des voisins, plus grands, plus forts, plus peuplés, plus
riches. D'où la volonté de s'ouvrir vers des azimuts plus
lointains: les USA, dont les soldats sont toujours présents
(quand l'armée française est repartie), l'OTAN, l'OS CE (une
Académie OSCE a ouvert ses portes en février 2004 à
Bichkek), la Communauté Européenne et bien sûr et avant tout
la Russie... Par sa petite taille, par sa petite population, le
Kirghizstan a d'abord séduit l'Occident, puisque cela limitait le
volume des crédits déversés. Mais la générosité des bailleurs
de fonds n'est pas éternelle. Un jour ou l'autre des réformes
structurelles sont attendues.
Il n'est pas encore trop tard. Comme je l'ai dit, la
société civile est peut-être plus avancée, les ONG nombreuses,
et les traditions plus démocratiques (il n'y a jamais eu
d'aristocratie ni de pouvoir héréditaire) que dans les autres
pays d'Asie Centrale. Il y a des richesses: l'or et l'eau. L'eau
surtout constitue un formidable atout pour demain. Enfin
quiconque a connu la montagne kirghize et longé le
merveilleux lac Ïssïk-Kël sait quel fantastique univers
touristique pourrait être créé.
L'URSS a en fait dévié le cours normal de l'histoire
kirghize au xxème siècle, espérons que les USA, le
capitalisme et l'économie de marché n'en feront pas autant au
XXle siècle.
43Première Partie
La langue
Le kirghiz est une langue agglutinante (i.e. qui
procède par adjonction de morphèmes et donc diffère
typologiquement d'une langue isolante comme le chinois ou
d'une langue flexionnelle comme le latin). C'est un rameau de
l'arbre des langues altaïques, lequel comporte trois branches
maîtresses: les langue türk, les langues mongoles, les langues
toungouz (dont la principale est le mandchou).
Traditionnellement, au sein des langues türk, le
kirghiz est classé dans le groupe des langues kïptchak qui
comprend aussi le qazaq et le tatar de Kazan!. Pour ma part,
suivant en cela le grand turcologue soviétique N. Baskakov2,
je range le kirghiz avec les langues de l'Altay (altay-kizhi,
tuba-kizhi etc.): au-delà des critères phonétiques qui justifient
ce choix, je suis en effet frappé par l'extraordinaire unité
culturelle rapprochant ces populations.
L'aire linguistique kirghize s'étend sur une sorte de
quadrilatère approchant les mille kilomètres de côté qui
s'inscrit entre Jambul (Qazaqstan) au Nord-Ouest, Fayzabad
(Afghanistan) au Sud-Ouest, Aksu (Chine) au Nord-Est,
Karakorum (Inde) au Sud-Est. C'est une zone de très hautes
!J. Benzing, K. Menges, "Classification of the turkic languages",
Philologiae Turcicae Fundamenta, Tome I, Wiesbaden, 1959, pp. 3,6.
2Cité in: N. Poppe, Introduction to Altaic linguistics, Wiesbaden, 1965,
p.36.montagnes, à la végétation peu fournie (steppe à armoises et
graminées diverses)3.
En dehors du Kirghizstan, on trouve des ilâts
résiduels de population kirghize dans les républiques voisines:
en Ouzbékistan (surtout dans le Ferghana), au Qazaqstan, au
Tajikistan (Badakhshan et Karategin par exemple). De façon
erratique, des groupes kirghiz sont parvenus à l'Est jusqu'à la
lointaine province chinoise de Heilonjiang (Mandchourie), en
Mongolie (où il existe un lac Kirghis-nur), au Bashqortostan; à
l'Ouest jusqu'en Turquie (Altïndere) .
Cela étant, il est raisonnable de considérer que le
kirghiz est aujourd'hui à peu près exclusivement parlé au
Kirghizstan. La quasi-totalité (99 %) des Kirghiz ethniques
parlent kirghiz, et même si la langue n'a pas un coefficient de
diffusion très élevé, il y a cependant un certain nombre de
nonKirghiz G'en suis) qui apprend cette langue.
Je n'ai pas l'intention de me lancer dans une
présentation diachronique du kirghiz (i.e. incluant plusieurs
strates chronologiques), cependant je crois utile de baliser la
transition entre le türk ancien (IXèmesiècle) et le kirghiz actuel
(XXIèmesiècle) en montrant le traitement de certains groupes
V(oyelle)+C(onsonne):
Türk Ancien> Türk ancien Kirghiz évolution sémantique
Kirghiz
V+/b/
ab > uu ab uu " chasse"
aba > 00 yabas joos " paisible" >
" calme"
abï > 00 tabïs toos " son" > " voix"
3Je reste mesuré par rapport à Monsieur Karataev dont la carte quadrille
généreusement le continent eurasiatique de la Moldavie à la Mandchourie,
OIjobay K. Karataev, Kïrgïzdardïn etnomadaniy baylanishtarïnïn
tarïxïnan, Bichkek, 2003, p. 12.
46kabïs- koos- " s'assembler" >
" s'approcher"
abu > uu abut uue " paume"
obï > uu kobï kuu " vide ">" bredouille"
ub > uu sub suu " eau"
uba > uba ubak ubak " petit"
ïb > ub kïban- kuban- " se réiouir"
ab > üy üyab " yourte"
sab- süy- " aimer"
üyür-abü > üyü abür- " tourner"
ob > 00 kobrük kOOfÜk " soufflet"
üb > üy sübri süyrü " pointu"
V+/g/
ag > 00 ag 00 " filet"
bag boo " lien"
tag too " montagne"
agï > 00 agïr oar " lourd"
agïz ooz " bouche"
agrï ooru " douleur"
yagï JOO " ennemi"
agu > uu agu uu " poison"
og > uu tog- tuu- " naître"
ogrï uuru " voleur"
aga> 00 bogaz booz " gosier"
ogu > uu ogul uul " fils"
soguk suuk " froid"
ug > uu bugday buuday " blé"
ïg > ïy yïg- jïy- " entasser"
ïga > ïga yïgas jïgas " arbre"
ag > iy bag biy " seigneur" > " juge"
aga> ee yagan jeen " neveu"
agü > ügü tagü1 tügü1 "n'est pas"
og > üy ogren- üyron- " apprendre "
47" fleurir"
" nœud"
Le kirghiz ancien des Xème_xnèmesiècles est encore
proche par certains traits du türk ancien, comme on le
constatera dans ces deux versions empruntées à Tenishev4 :
Kirghiz ancien xème siècle Kirghiz moderne xXème siècle
aKHMCHreH KaHKopra aKHMCHreH KaHKopro
MHHTHIT 6H KosaAbIK MHHTHIT 6Hp KOël\YKP
6HAHHHIT 6HAHHHIT
KbIpK )KHrHTHH KbIpK )KHrHTHH
KbISpaTbIIT KbIHpaTbIIT
KbIS Ka TbIHbIH bIr Aa TbIIT KbIS Ka TbIHbIH bIHAa TbIIT
601IIaraHbIH 'tIbIr pa TbIIT 601II0roHYH 'tIbIHpa TbIIT
60caraCbIH KbISpaTbIIT 60coroHYH KbIHpa TbIIT
60S.lI:arbI MaAbIH 60s.lI:ory MaAbIH
)KbIrHa TbIIT )KbIHHa TbIIT
60S yr AaHbIH bIr Aa TbIIT 60S yr AaHbIH bIHAa TbIIT
60A6araH KeHre caAaAbI 60A60roH KeHre caAaAbI
Notre présentation comprendra trois chapitres très
inégaux: phonétique/phonologie (relativement bref),
morphologie (passablement long), syntaxe (ultra-bref).
Avant de commencer, je tiens à rendre un hommage
appuyé à l'œuvre de mon ami Guy Imart, qui constitue la
somme la plus aboutie de recherches sur la grammaire
kirghize: Le kirghiz (Turk d'Asie Centrale Soviétique);
Description d'une langue de littérisation récente; avec une
étude sur: Le dialecte kirghiz du Pamir Afghan, par Rémy
4E. Tenishev, Drevne-kirgizskij jazyk, Bichkek, 1997, pp. 29-30.
48DOR, Publications de l'Université de Provence,
Aix-enProvence, 1981, 2 tomes. Ce travail constitue pour moi une
Bible où j'ai toujours trouvé la réponse à quelque question que
ce soit relative à la linguistique kirghize. C'est, je le crains,
son volume qui en a limité la diffusion; je voudrais, en
reprenant sous forme de digest certaines de ses applications,
montrer l'originalité et la vigueur de la pensée linguistique de
G. Imart. L'explication de la modularité du verbe kirghiz
apparaît évidente aujourd'hui où tout le monde est convaincu
de "la modularité de l'esprit" grâce aux travaux des
cognitivistes; il y a vingt-cinq ans, c'était loin d'être le cas.
L'autre ouvrage indispensable au kirghizologue
amateur ou chevronné est le précieux dictionnaire de
Konstantin Kuzmitch Judakhin: KHprH3cKo-PyccKHll
CJIOBapb, Moscou, 1965. Peu de gens peut-être auront
remarqué dans le coin en-haut à gauche de la page de garde
cette petite citation d'Aali Tokombaev: " Puissent les gens se
souvenir de nos œuvres, quand la vie nous aura quitté "; eh
bien je pense que l'on n'est pas près d'oublier Judakhin, car
son œuvre est une mine inépuisable d'informations sur la
langue, les coutumes et traditions, la culture kirghizes.
49Buste de Judakhin à Bichkek (cliché de R. Dar)
50Chapitre 1
Phonétique et phonologie
~1. Phonétique
La phonétique (ou science qui a pour objet l'étude des
sons du langage dans leur réalité concrète) est une discipline
exigeant des appareillages complexes pour des résultats parfois
limités. Grâce (et je les rends infiniment pluralisées à sa
mémoire) au Professeur R. Gsell j'ai pu dans le temps m'y
initier (à l'ILPGA). Je mentionne ici un nombre minimal de
données utiles.
Voici par exemple le positionnement formantique (un
Formant est une zone de résonance ampifiée) du système
vocalique kirghize, à partir d'un enregistrement que j'ai
analysé au laboratoire de l'ILPGA (Paris-III):
Voyelles F2 FI F2 - FI
1 2800 300 2500
ï 1200 450 750
e 1800 450 1350
a 1200 900 300
0 950 450 500
0 450 400850
Ü 1900 250 1650
u 1100 400 400Charte formantique des voyelles kirghizes isolées
26002400 2200 2000 1800 1600 1400 1200 1000 800 600 400 200
~a
Ü
~a
300
1
400
~~.a a
j )e ï u
500
600
700
800
900
Les voyelles kirghizes sont toujours tendues. Elles
connaissent peu de réalisations allophoniques. Seules les
voyelles antérieures, du fait de leur positionnement dans la
partie antérieure de la cavité buccale sont susceptibles de
certains écarts en raison d'une latitude de réalisation plus
grande. On notera la postériorité de [0] et de [a].
Il existe, j'y reviendrai, une différence de quantité qui
permet d'opposer une série de voyelles brèves à une série de
52voyelles longuesl. Comme ce type d'opposition n'existe pas
en français, nous y réagissons intuitivement en considérant
qu'une longue dure le double d'une brève, comme en musique
une blanche vaut deux noires. Ce n'est hélas pas le cas: le ratio
moyen est 1: 1,7 et le seuil s'abaisse quand la longue est en
finale et qu'il s'agit d'une labiale. J'ai mis très longtemps à
m'habituer. Bien que la quantité soit indépendante de l'accent,
je percevais les longues plutôt comme des voyelles accentuées
que véritablement dotées d'une durée supérieure aux autres.
En outre, pour les voyelles étirées, la qualité de la voyelle a
tendance à s'altérer au cours de la réalisation, de sorte que [a:]
apparaît comme une sorte de voyelle cinétisée [rea] qui se
postériorise alors qu'au cours de [e:] c'est l'aperture qui
augmente [éèF. Ainsi le choix des autorités linguistiques
kirghizes, au moment de la littérisation, d'utiliser la graphie
double aa, 33 pour les longues me paraît excellente pour
garder présent à l'esprit cette évolution.
L'absence d'étude phonétique détaillée tant pour le
kirghiz que pour les langues türk en général est tout à fait
regrettable. Je pense qu'il y a beaucoup à découvrir. Notamment
je suis convaincu de l'existence d'une voyelle furtive de type
schwa et, par ailleurs en ce qui concerne les consonnes, le
traitement des liquides [r, 1]sera sûrement instructif.
l Voir l'excellent article de R. Saydilkanov et A. J. Chïmbaev,
"Dlitel'nost' zvukov kirgizskoj rechi ", pp. 13-22 in : Issledovanija po
kirgizskomu i kazaxskomu jazykoznaniju, Frunze, 1984. Je ne suis pas
d'accord avec leur ratio quantitatif longue: brève 3 : 1 ; par contre il y a
de très intéressantes données quantitatives sur l'opposition voisée :
nonvoisée, avec un ratio global de 0,8, cohérent pour les voisées.
2Je fais ce que je peux pour les transcriptions, n'ayant pas de police
phonétique sur mon MacIntosh. Je m'empresse d'ajouter que la
cyrillique" Asie Centrale" que j'emploie pour le kirghiz n'est pas très
belle et pour moi d'utilisation très compliquée: elle a été installée sur le
grand-père de mon présent Mc par mon élève Philippe Blacher trop tôt
disparu (" qu'il repose dans la Lumière "), c'est pourquoi
personnellement je n'en aurai pas d'autre, quelles que soient les
améliorations des Fonts.
53Il faut garder présent à l'esprit que les contoïdes
(consonnes phonétiques) occlusifs sourds sont réalisés avec
une énergie qui implique au moment de la phase de
relâchement l'expulsion d'un souffle acoustiquement
perceptible, en sorte que tp, t, kt suivant contexte seront
réalisés [ph, th, qX] (je rappelle qu'on distingue entre la
notation phonétique des sons [...] et la notation phonologique
des phonèmes t. ../).
Je n'aborde pas non plus les phénomènes
suprasegmentaux dans leur réalité phonétique. On pourra à
l'occasion dire un mot de l'accent dans la morphologie ou de
l'intonation dans la syntaxe.
Ayant longtemps travaillé sur la communication entre
l'homme et l'animaP, grâce notamment aux huchements
recueillis chez les Kirghiz, je suis convaincu du caractère
essentiel du registre supra-segmentaI et de la nécessité de
réétudier de fond en comble les interjections et onomatopées
(que L. Tesnières appelait beaucoup d'intuition
" phrasillons ").
~2. Phonologie
Je rappelle une définition de base du phonème: unité
minimale dépourvue de sens, mais dont le remplacement par
une autre du même système suffit à distinguer deux énoncés de
sens différent. La portion de phrase soulignée est capitale:
j'entends souvent des étudiants me dire le "p" kirghiz
(ouzbek, qazaq, turc) est comme le " p " français. Eh bien
non, pas du tout. Le phonème est un petit angelot voletant
dans l'éther abstrait d'une langue particulière: changez de
langue et vous le défigurez ou plutôt le reconfigurez. Le
phonème se réalise concrètement dans un son (sensation
30n pourra se reporter en résumé d'une série d'articles à R. Dor, " A
l'aube du cri: De l'homme à l'animal avant le partage du monde ",
Diogène n° 200, décembre 2002, pp. 129-140.
54auditive causée par les perturbations d'un milieu matériel
élastique), lequel - schématiquement (la réalité est en fait très
complexe) se réalise en trois phases (mise en place, tenue,
relâchement); donc prenons le mot kirghiz 6Hp bir "un ",
l'analyse phonologique va nous permettre de décomposer une
suite sonore continue en un ensemble de trois éléments
discrets:
[ contoïde vocoïde contoïde ]+ +
J, J, J,
relâchement relâchement relâchementtenue tenue tenue+ +
mise en place miseen place mise en place
J, J, J,
son son son
J, J, J,
phonème phonème phonème
J, J, J,
161 /HI Ipl
Nous allons maintenant mettre en évidence les
systèmes vocalique et consonantique du kirghiz en puisant
dans le lexique (puisque nous avons l'excellent dictionnaire de
ludakhin): le linguiste de terrain décrivant un parler inconnu
doit se débrouiller par enregistrement de sons et assignation de
sens. Il y a de bien belles pages du logicien américain W.
Quine sur les" portions de lièvre" et les" moments de
lièvre": comment en effet affirmer que la profération
autochtone correspondant à la vision de l'animal détalant dans
la steppe se rapporte à la totalité du lagomorphe? On peut très
bien imaginer qu'au terme K0 ëH koyon s'applique une
définition" derrière de lièvre dérangé dans son activité
favorite" qui contrasterait avec un " devant de lièvre broutant
paisiblement". J'ai passé des heures laborieuses mais
passionnantes à recueillir du vocabulaire chez les Kirghiz, avec
bien souvent ce type de surprise.
552.1. Système vocalique
On aura recours aux traits distinctifs suivants:
postériorité [+I-POST], labialité [+I-LAB], aperture
[+1APERT], quantité [+I-QUANT].
La position phonologique forte est constituée par
l'initiale absolue ve ou à défaut immédiatement après
consonne initiale ev.
2.1.1. Voyelles brèves
lai: identifié par les oppositions [+ POST, -LAB,
+APERT,- QUANT]: aT/3T, aT/OT, aK/bIK,
aJl..aM/aaJl..aM
lei: identifié par les oppositions [-POST, -LAB, -APERT,
-QUANT]: 3T faT, 3s/es, 3He/MHM, 3p/33p
loi : identifié par les oppositions [+POST,
+LAB,+APERT,-QUANT]: OTleT, OTfaT, OR/YR,
OPYK/OOPYK
loi : identifié par les oppositions
[-POST,+LAB,+APERT,QUANT]: eT/oT, eT/3T, KeJl../KeeJl..
fil: identifié par les oppositions
[+POST,-LAB,APERT,0QUANT]: bIlll/Mlll, bIR/YR,
TbIR-/TYRIii: identifié par les oppositions [-POST,-LAB,- Mlll/bIlll, MR/YR, MHM/3He
lui: identifié par les oppositions [+POST,
+LAB,APERT,-QUANT]: YR/YR, YR/bIR, bIK/aK,
ys/yys
lü/: identifié par les oppositions [-POST,
+LAB,-APERT,QUANT]: YR/YR, YR/MR, y-q/e-q, )l{YH/)l{YYH
On notera une certaine tendance à la diphtongaison
(cinétisation) des V initiales: 3CK11est prononcé [iéski], OT
est prononcé [Wot]etc.
562.1.2. Phonèmes vocaliques longs
On me permettra d'abréger!
laa/: éaa/éee, éaa/éoo, éaa/éyy
leel : éee/éaa, 33KleeK, )KeeH/)KYYH
1001 : )Koo/)Kee, éoo/éaa, oopy /yypy
luu/: KYY/KYY, ~LAB,éyy/éaa
lüü/: KYY /KYY, ~LAB, /)KYYH/)KaaH
vous le constatez, le système est totalement
déséquilibré: certain phonèmes longs n'existent pas (*/ii/,
*/ïi/), pour d'autres certain traits ne sont pas pertinents
(ôLAB). L'étude étymologique permet d'affirmer que les
longues sont instables, parce que d'introduction récente et
d'origine disparate. Dans le thesaurus (en fin d'ouvrage) je
marque par des parenthèses la longue instable: epre(e).
2.2. Système consonantique
On aura recours aux traits de sonorité [+I-SON], de
sonante [+/-SNTE], de labialité [+/-LAB], de postériorité
[+/POST], de constriction [+/-CONSTR] et d'occlusion
[+/OCCL] .
Du fait que certaines consonnes ne peuvent pas
apparaître à l'initiale (*H), la position phonologique forte sera
donc postvocalique et même intervocalique VCV.
Ip/: identifié par les oppositions [-SON, -SNTE, +LAB,
-POST, -CONSTR] ana/aéa, yna/YMa, ana/aTa,
yny /YKY, ana/aqa
/hl : identifié par les oppositions [+SON, -SNTE, +LAB,
-POST, -CONSTR]: aéa/ana, )Keée/)KeMe,
éaéa/éaaa,aéa/ar~ éeéeK/ée)KeK
It/: identifié par les oppositions [-SON, -SNTE, -LAB,
-POST, CONSTR]: aTlIM/aalIM, eTeK/eHeK,
aTa/ana,TeTe/TeKe,aTa/aqa
57Id/: identifié par les oppositions [+SON, -SNTE, -LAB,
-POST, -CONSTR]: a.n;bIM/aTbIM, a.n;a/aHa,
a.n;a/aAa,a.n;a/ara, 6a.n;a/6a~a
Ik/: identifié par les oppositions [-SON, -SNTE, -LAB,
+POST, -CONSTR]: ~aKa/~ara, aKaK /aRK,
TeKe/TeTe, KYKYK/ KYttYK
Igl : identifié par les oppositions [+SON, -SNTE, -LAB,
+POST, -CONSTR]: ~ara/~aKa,
KarbIpa/KaF(bIpa-, ara/a.n;a, yrYT /y~YT
Isl : identifié par les oppositions [-SON, -STE, -POST,
+CONSTR]: KbICbIK /KbISbIK, Tac/ TaF(,
~aca/~alIIa-, aca/aTa
Izl : identifié par les oppositions [+SON, -SNTE, -POST,
+CONSTR]: KbISbIK /KbICbIK,Tes/TeF(, asa/a.n;a
IcI: identifié par les oppositions [-SON, -STE, +POST,
+CONSTR, +OCCL]: Kette/Ke~e, att/aF(, atta/aca,
atta/aTa,attbIK/alIIbIK
Ij/: identifié par les oppositions [+SON, +POST,
+CONSTR, +OCCL]: Ke~e/Kette, KO~O/KOSO,
6a~a/6a.n;a, Te~HK /TelIIHK
Is/: identifié par les oppositions [ -POST, +CONSTR,
-OCCL]: ~alIIa-/~asa-, alIIbIK/aAbIK,
alIIbIK /attbIK
lm!: identifié par les oppositions [+STE, +LAB,-POST,
-CONSTR]: YMa/yna, aMe/aHe, KOMYS/KOF(YS,
KOHOK/KOlIIOK
In/: identifié par les oppositions [ +STE,-LAB, -POST,
-CONSTR]: aHa/a.n;a, aHe/aMe, eHep/eF(ep,
aHap/alIIap
lfi/: identifié par les oppositions [ +STE,+POST,
-CONSTR,]: KaF(bIpa-/KarbIpa-, eF(ep/ eHep,
aF(bIp-
/alIIbIpIr/: identifié par les oppositions [ +STE,-LAB, -POST,
-CONSTR]: apa/aTa, apaA/aMaA,
apa/ara,
6opo-/6oë58Ill: identifié par les oppositions [ +STE,-LAB, -POST,
-CONSTR]: all.hIM/aThIM, Kell.e/KeMe, all.a/aKa,
all.a/aca
Iy/: identifié par les oppositions [ +STE,+POST,
-CONSTR]: yff.YP/YKYP, 60ë-/6opo-, aHlI./a)Kall.
Ouf! nous voici en possession de notre patrimoine
phonématique. Il y a d'autres lettres dans l'alphabet kirghiz,
mais ce ne sont pas des phonèmes.
Revenons sur le système consonantique pour
formuler quelques remarques. Dans les occlusives simples (/p,
t, k/) et certaines occlusives à relâchement retardé (/j/),
l'opposition sourde/sonore se neutralise en finale d'où les
sonores sont exclues: on ne peut pas avoir par exemple *a 6,
*a.zt, *ar *a)K; même à l'initiale absolue, on constate une
certaine instabilité nap, 6ap "plume ", Tap6hI3, .ztap6hI3
" pastèque". Les occlusives labiales4 ont tendance à
s'affaiblir énormément en position intervocalique; ce
phénomène est courant dans de nombreuses langues. Il a été
appelé" lénition" par le linguiste allemand Rudolf
Thurneysen qui écrit à propos des langues celtiques: "
Lénition est le terme usité pour décrire une mutation de consonnes
qui a normalement trouvé son origine dans une réduction de
l'énergie apportée à leur articulation". La lénition existe en
espagnol ou en hébreu, de même qu'en kirghiz où on a des
prononciations [satwal] pour caThIn ail., [axa] pour aKa.
L'occlusive vélaire /k/ a deux réalisations: [qX]avec V
postérieure, [k'] avec V antérieure: Kan sera prononcé [qXap],
et :3KeH[ék'èn]; c'est la même chose avec la liquide Ill, qui va
osciller d'un" 1plat" avec les antérieures à un " 1creux" avec
les postérieures, tellement creux d'ailleurs qu'il va se noyer et
qu'à l'oreille on entendplutôt [w]: ail. est pronocé raw].
40n ne peut pas parler dans le cas du kirghiz de bilabiales, puisqu'il
faudrait en ce cas pouvoir les opposer à des labio-dentales, ce qui n'est pas
le cas: la lettre "f' (~) n'est pas un phonème, mais un graphème emprunté
au russe.
59Les Kirghiz répartissent leurs dialectes entre parlers
" zézayants " (3:DI'I:DIA) et parlers" séssayants " (C:DI ':DI A ),
en réalité cette opposition est bien fragile, Iz/ final est toujours
sourd et donc indistinct de Isl, quant à Izl initial présent dans
les mots persans, arabes et russes, il passe fréquemment à Is/:
3EH.:eT, ceKeT.
Les phonèmes évoluent au cours du temps: les
voyelles nasales en français ont été dénasalisées puis
renasalisées; c'est le cas en kirghiz de l'occlusive à
relâchement retardé Ij/ qui a remplacé Iyl initial à la fin du
XIXème siècle. En fait il est toujours présent dans les têtes et
ressort subrepticement: ey )I(aK est prononcé [bïyax]. Par
ailleurs, n'oublions pas que Iyl est toujours consonne et jamais
approximant.
Nous avons vu pour les voyelles que la corrélation de
quantité est instable. C'est la même chose pour les consonnes.
Les vraies géminées sont très peu courantes, on prononce
effectivementannaK [appaq], mais eCCH3[es:is], de la même
manière qu'en français dans" appoint" nous avons une
consonne - à peine - longue et pas une géminée. D'autres
redoublements sont impossible: -AA- et -HH- qui dissirnilent
automatiquement en -All.- et -Hll.-.
Proposons maintenant quelques tableaux
récapitulatifs. D'abord pour les V puis les C.
Matrice des traits distinctifs des voyelles
POST LAB APERT QUANT
a -+ - -
aa + - - +
0 + + - -
00 + + - +
u + + + -
puu + + +
pï + - +
601 - - + 0
e - - - -
ee - - - +
0 +- - -
00 - + - +
Ü + +- -
ÜÜ + +
+Corrélation des brèves
antérieures e 1 0 Ü
POST
postérieures a ï 0 u
étirées e 1 a ï
LAB
arrondies 0 ü 0 u
ouvertes e 0 a 0
APERT
fermées 1 Ü ï u
Matrice des traits distinctifs des consonnes
SON SNTE LAB POST CONS OCCL
p - - + - - 0
b + +- - - 0
t - - - - - 0
d + -- - - 0
k +- - - - 0
g + - - + - 0
s - - - - + 0
z + - - - + 0
C - - - + + +
61