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La Geste Formation

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Description

Tout métier porte des gestes et des valeurs. Ce livre est consacré à l'analyse des pratiques, à la question des gestes professionnels et à celle de leur transmission dans les métiers de l'enseignement et de la formation. Cet ouvrage n'est ni un livre de didactique, ni de psychologie ou de clinique de l'enseignement mais il approche ces différents aspects par une analyse multiréférentielle, sémiologique et anthropologique des pratiques et des gestes d'un métier qui s'apprend.

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Publié par
Date de parution 01 mars 2010
Nombre de lectures 91
EAN13 9782336268217
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

à Kéziah

Sommaire

Préface

Vous coiffez?

1ère étude -Petit moment de grammaire analytique

2ème étude -Les gestes professionnels

3ème étude -Transmettre l'expérience

Former

4ème étude -Sujet de langage et Sémiologie des pratiques

5ème étude -Place et rôle du récit en analyse des pratiques

6ème étude -Langues etCultures

Nous avonstousune dette

Bibliographie

Table des matières

11

1

5

27

4

5

95

135

139

175

207

226

229

235

9

Préface
Philippe Meirieu

Au plus près du plus vif

ChristianAlin est, décidément,un homme de l’« entre ».Entre descultures
qu’ilsaitarticuleretféconder réciproquement sanslesdissoudre. Entre des
positionsinstitutionnelles qu’il parvientà concilier quandtantde forces
concourentà les séparer. Entre desposturesintellectuelles quis’enracinent
dansdeshistoiresdifférenteset que lespolémistesne cessentd’opposer. Entre
desdiscoursissusde plusieurs traditionset que la pensée facilerechigne à
considérerensemble… Pourautant, ce n’estpas un homme du« juste
milieu», au sens traditionnellementbientièdeque l’on donne à cette
expression. Il n’est un homme du« milieu»que dansla mesure oùla crête est
aumilieu, le passage le plusdifficile etescarpé… là, aussi, où,surfond de ciel
etd’universalité,serejoignentleschemins qui montent. «In médiumstat
virtus», disaitAristote. Etcettevertulà n’arien àvoiravec leséquilibres
tacticiens, lescalculsà court terme, lesintérêtsimmédiatsdetoutes sortes.
Cettevertulàsait reconnaître les tensionsfécondesà l’œuvre dans toute
entreprise humaine. Ellesait qu’il n’estpossible d’écarter un despôlesde ces
tensions qu’au risque d’un dramatique appauvrissementde laréalité. Ellesait
pratiquerla dialectique, maispascommeune partie de ping-pongthéorique où
l’onserenverraitlesargumentsdansl’espoirde mettre l’adversaire en défaut.
Toutaucontraire, la dialectique, lavraie,sait«sortirparle haut»;elle est
inventivitésanscesserenouvelée et,surtout, obstination créative pour que nul
nesoitjamais, envain etpour saseulesatisfaction ou son désespoir, ni
perdantni gagnant.

Ilya, pourtant,une dialectiqueque Christian Alin ne pratique pas. C’estcelle
de ce couple éculé etinfernal de la «théoreie »tpde la «ratiquQe ».uoi de
pire, en effet,que cette opposition factice etenrôléesystématiquementpour
servir touteslesmauvaisescauses ?Commentpeut-onsoutenir qu’il existerait
unethéorie dégagée detoute pratique?Quelthéoricien peut-il imaginer sa
théorie coupée detoute pratique derecherche etdetransmission?Et qui ne
voit que lespratiquesderecherche etdetransmissionsontdéterminantes sur
les résultatsde ces recherches, comme elleséclairent surles valeursetles
finalités, implicitesouexplicites, deschercheurs ?De même, personne ne peut
croiresérieusement qu’il existeraitdespratiques qui nesoient soutenues,
ouvertementouà l’insumême de ceux qui lesmettenten œuvre, pardes
théories qui nousdisent toujours quelque chosesurceque l’onveutfaire de
soi etdansle monde?L’humain estcondamné à lathéorie. Heureuse
condamnation, mais qui comporte desexigences: exigence, pour tousles

1

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La Geste Formation

« praticiens», de mettre à jourles théories qui lesaniment, etexigence pour
les«théoriciens», de ne pas renvoyerlespremiersdansleslimbesd’unevie
sans théorie. « Le motpratiquen’a pasde contraire » dit si justementBruno
Latour. Maisil aun corollaire : débusquer, expliciter,rendre compte,raconter,
prêterdu sensà cequ’on fait,s’inscrire dans une interlocutionqui permet
d’accéderensemble à « l’humaine condition ».

C’estcelaque Christian Alin explore etmeten œuvre dansle bel ouvrage
qu’il nouslivre. Il le fait surlaquestion de la formation desmaîtres,question
« expertpae »rexcellence. Experte parceque le métierd’enseignantest un
vrai métierd’expert: la nécessaire mise en place deroutinesn’exonère, en
effet, jamaisde prendre en permanence desdécisionsen fonction de cequi
advientlà, dansla classe;le pilotage automatique n’estpossible
qu’accompagné d’une extrêmevigilance; toutcequise fait, à chaque instant,
comporte desenjeuxet rien n’estjamaisni complètement« innocent», ni
purement«technique ».Mais,question experte aussi parceque la formation
desenseignants, longtempscantonnée dansdesmodèlesmimétiquesou
renvoyée aucharisme de militants volontaristes, prend, aujourd’hui, avec la
démocratisation de l’accèsà l’école,une dimension nouvelle. Il fautbeaucoup
desottise oude mauvaise foi – à moins qu’il nes’agisse d’un calculsordide –
pourdénierà la formation desmaîtres une dimension professionnelle de haut
niveau. Il faut unterrible aveuglementpour refuserauxfutursenseignantsce
qu’on donne auxinfirmiersetauxmédecins, auxnotairesetauxjuges, aux
ingénieursetauxpilotesde ligne :unevraie formation en alternance àun haut
niveaud’exigence, permettantd’acquérirprogressivementla maîtrise des
enjeuxdesgestesprofessionnels qu’onsera amené à mettre en œuvre.
Or, cesont, justement, cesgestesprofessionnels que Christian Alintravaille
ici. Avec, aucœurdupropos,un projetinsensé et, pourtant, éminemment
nécessaire : «transmettre l’expérience ». En effet, l’expérience peutapparaître
comme, justement, cequi nesetransmetpas, mais s’acquiertde manière
singulière, augré de l’histoire de la personne. « Chacun, dit-on, doitfaireses
expériencesLe». «sexpériencesdes unsne peuvent servirauxautres».
« L’expérience est simplementle nom dontleshommesbaptisentleurs
erreurs», disaitOscarWilde… Et, pourtant, il nousestimpossible detout
réinventerà chaque génération. Unesociété,un métier qui ne parviennentpas
àsédimenterleursexpériencesetà les transmettre pourpermettre à ceuxet
celles qui arriventde faireun peud’économie d’histoire estcondamnée àun
bégaiementinfernal, àun éternelretour qui estaussi, inévitablement,un
éternel échec. Leshommesont un impérieuxdevoird’antécédence. Et s’y
déroberestlâcheté ou trahison. Il fautdonctransmettre cequi nesetransmet
pas. Il fautenseignercequi ne peut ques’apprendre. Contradiction essentielle.

12

Préface

Àregarderen face, au risque de fuirdans tousles schématismespossibleset
derefusernotre mission de liaison entre lesgénérations. L’enjeuestlà. Et
Christian Alin nousdonne, avecson livre, desmoyensprécieuxpourle
relever.

Desmoyensprécieux, maispasdes«recettes» faciles. On ne forme pas, en
effet, en manipulantles«yaqu’On ne foà ».rme pasen décrétantla
formation. On forme ense coltinant untravail,sanscesse àremettre en
chantier, deréflexion, d’analyse, de modélisation etd’observation de l’action.
Untravail enspirale etnon en boucle,quirevient toujours surlui-même, mais
pouravancer versplusde précision, de justesse, devérité.

Etl’onverra, en lisantce livre,que cetravail est tout saufunevague
discussion,une caricature de débatou un échange aimable «auniveaudu
vécu», comme le laissentpensercertaines« méthodes» envogue dansles
entreprisesetle « développementpersonnel »réunis. Cetravail estlui-même
entension entreune nécessaire explicitation : « Une pratique n’est riensi elle
n’estpasmontrable et racontable àtoutinstant»,répète ici l’auteurdansla
lignée de Theureau. D’oùl’effortpourparleretpenserjuste;d’oùla nécessité
d’outilsprécispour yparvenir ;d’où une posture formatrice d’une extrême
exigence… Mais, en mêmetemps,une action échappetoujoursà cequi
permetde l’objectiver. Un métierest toujoursirréductible à lasomme des
compétencesnécessairespourl’exercer. Une décision dépassetoujours
l’ensemble desattendus qui ontpermisde la prendre. Un geste est toujours
porté par une intentionnalitéqui n’estjamaisdirectementaccessible et
descriptible. D’oùla conviction nécessaire pour toutformateur que lesensest
toujours« barreé »t qu’ilya bien, comme le disaitHusserl,une «opacité
incontournable de la conscience d’autrui ».D’oùl’impératif de l’échappée
belle,qui, dansle momentmême de l’interlocution exigeante, permetde
laisser une place à l’Autre. D’oùla modestie nécessaire dequiconquese
targue de formation etdoit se méfiercomme de la peste de latentation de la
toute-puissance.

Aucœurde la contradictionvive. Telle estla place de ce livre. Dans une
écriture auplusprèsduplus vif. Avec lavolontéque levif permette derester
vivant, danscette « poétique de larelation », chère à Edouard Glissantet sur
laquelles’achève cette belle contribution de Christian Alin.

Philippe Meirieu
Professeurà l’université LUMIERE-Lyon2

1

3

1
Vous coiffez ?
uisetMarylin, deuxcyclonesauxjolisnomsinoffensifs,viennentde
norLdverslesEtats-Unis, laissantencoreune foisl’île àsonrenouveau. Hugo,
nousaccueillir. Arrivésdescôteslointainesde l’Afrique de l’Ouest, ils
ontbalayé la Guadeloupe de leur soufflerageur, puisils sontpartisau
à luiseul, avaitété plusméchant. J’étais venu un an aprèscette catastrophe, en
2
1991, pouranimer une préparation à l’agrégation interne d’EPS .L’îlese
relevaità peine desesplaies. Ici, onsuit sa destinée au rythme desmortset
desnaissancesde la nature. Soleil etpluie,riresetlarmes, lascivité et révolte,
passivité et violencesesuccèdentcommeun cycle naturel.Nevousheurtez
jamaisdu visage fermé d’un guadeloupéen. Un motd’humour, de chaleuretil
vousoffriraun desesbeaux rires remplisdevie etde bonheur qui fontle
charme desAntilles. On dit que lorsque la Guadeloupevous reçoitavec du
mauvais tempsc’est qu’ellevavousaimer. Jeverraisbien... Le3 septembre
1995, j’aitouché lesol desAntillespour venirprendre possession de mon
premierposteuniversitaire de Maître de Conférencesà l’UFR STAPS de
l’Université desAntillesetde la Guyane. J’ai 47ans...
Là devantmoi,un fauteuil,un fauteuil de dentiste! Un fauteuilrouge, aucuir
lasdetouslesdos qu'il a puaccueillir,un de cesfauteuilsde mon enfance
quand mon père m'emmenaitchez un coiffeur. Jesuis rentré dansla boutique
d'un coiffeur. J'ai lescheveuxlongs. Pourquoi celui-ci?Caroline me l'avait
montré. Elle avait remarqué l'insolite de cette casequi ne montre aupassant,
dansla lumièrequi filtre l'ombre,qu’un fauteuilrouge... —Ilya quelqu'un ?
— J'entends une espèce de gargouillis, etd'unseul coup,venude je nesaisoù,
il estlà devantmoi,tenantà peinesur sesjambescommes'ilsortaitd'un autre
monde. Il est vieux, d'un autre âge. Il bave. Ilveutme parleretc'est un dentier
gluant quisortdesa bouche. —Vous coiffez?Vous coupezles cheveux ?—
Surma droite, ilyaune grande glace, au-dessousdesétagèresetça etlà des
ustensiles qui, à leursformes, doiventeffectivement servirà couperdes
cheveux. Il opine de latête. On comprendtrès viteque la fluiditéverbale de la
conversation neva pasatteindre le concoursd'entrée de l’E.N.A. — Je ne les
voudrais pastrop courts,une simple coupe,un rafraîchissementIl fai. —t
30°. Danscevisage laset ridé, les yeux sontprécis. Ilsmontrentle fauteuil
rouge. Autourde mon cou, il passeun linge blanc, propre. On peutdire
propre. Sesmains tremblent, lesdoigtsdesa main gauchesemblent rigides. Il
prend desa main droiteune paire de ciseaux. Il doitêtre droitier. Pourquoi ne
suis-je pasparti?Pourquoisuis-je là dansce fauteuil d'un autretemps, avec
unvieuxbonhomme d'un autretemps, prêtà confiermescheveuxàun homme

1
Cetexte constitue l’introduction d’un articlesurnotre parcoursdevie, la formation età la
recherche :Chemin de vie, Itinéraire deFormation et de Recherche inPerspectives
Documentairesen Education n°52, INRP,pp 9-20.
2
EPS, Education Physique et Sportive.

1

5

La Geste Formation

qui bave,qui ne parle paset quitremble, aumoinsde la main gauche?Mon
corpsestbien,sansaucunerésistance. Le peigne pénètre dansmatignasse, les
ciseauxclaquent. Très vite le bruit s'atténue et une main fine etprécise
vagabondetoutautourde matêtequi n'enrevientpas. Levieuxbonhomme est
un « pro ». Lesciseaux sontprécis, lerasoiraussi. La coupe estfinie, levieux
bonhomme meregarde. —C'estparfait. Latechnique ! Latechnique,Elle est
là, elle est toujours là, elle nevous quitte pas— Le corps, le buste, latête,
d'unseul coup, d'unseul,sesont redressés. —J'ai coiffé aux Champs-Élysées,
à Paris— La phrase est sortie, distincte, claire, malgré le dentier qui continue
à chevaucherentresesdents. Ses yeuxpétillent...

J’ai écritcetévénementdevie, le 15septembre 1995, peudetempsaprèsmon
arrivée. À lerelire, il aune doublesymbolique : celle d’une culturetechnique,
d’une pratique professionnellequi perdure au-delà desâges, desinstantsetdes
lieuxet qui intéresse mes recherchesactuellesetpuis,surtout, celle de
l’avènementà ma mémoire detoute cette enfance antillaise masquée de la
Garonneque j’avaismise de côté depuis si longtemps. Jesuisné d’un père
d’origine martiniquaise, de couleurnoire, etd’une mère d’origine normande,
de couleurblanche. La différence, l’hétérogène fontpartie de mavie. Ilsont
dèsl’enfance, constitué lesdifficultésetles ressortspositifsde ma présence au
monde. Ilsontmédié mavie etilsmeserventà la médier. Tantet si bienque
je ne mesensaucun mérite à mevêtir si facilementde ceshabitsde médiateur
si importantsdansle domaine de larecherche-action oude
larechercheintervention.

Hélène
er
1septembre 1975, après troisannéespasséesà la Direction Départementale
de Jeunesse etdesSportsà Caen et une année deservice militaire, jevais
enfinprendre en mainma première classe de lycée, à Bayeux, célèbre pour sa
tapisserie etle discoursduGénéral De Gaullequi asuivi le débarquementdes
3
alliésdu 6juin 1945. En 1971, aprèsle CAPEPSj’avaisété nommé à Caen,
maville, maispasdans un lycée ou un collège. Mon désird’exercermon
métierde professeurd’EPS dans unestructurescolaire estenfin exaucé. La
classe dequatrième estlà, augrand completà la porte dugymnase. Elle attend
le nouveau«prof de gym». On ne disaitpasencore «prof de sport». Letitre
de «profd’EPS» atoujourseudumal às’imposerface à cesdeux
expressions, probablementpourcette disciplinescolaire la prégnance de la
pratiquesurlesprincipes, de la pratiquesurlesmots. Hélène, petite, blonde,
pétillante, pleine devie, estentête ouplutôtà latête dugroupe d’élèves. Tout
aulong ducheminqui mène au stade Henri Jeanne elle meprend en main.
Elle m’interrogesurlesactivitésprogrammées, m’indique celles qu’elle

3
CAPEPS, Certificat d’Aptitude au Professorat d’Education Physique et Sportive.

16

Vous coiffez

préfère, me décritlavie aulycée, à Bayeux. Qui a prisla classe en main?Qui
a prisl’autre en main ce jour-là?Ce moment-là fut unerencontre. La prise en
main de ma première classe estpassée parl’alchimie d’unerencontre etd’un
dialogue dontje nesaispas qui en atissé lesfils. Le professeurd’expérience
que jesuisdevenudécouvriraque la prise en main d’une classe,son contrôle
etle contrôle desoi face auxévènementsde la classe, passesouventpar une
rencontre privilégiée, positive ouconflictuelle, avecun (e), deux,troisélèves
seulementd’une classe.

Cédric
30 Juillet 2008 - Un courriel !
Cédricton étudiantle plus mauvais en orthographe. Trouverton adresse n’a
4
pas ététrop difficile, moi je continue mon petitrêve. Je suis prof dans unLEP
56
etune SEGPA pas trop loin de chezmoi, j’étjais TZRusque-là, c’étaitgénial.
J’ai beaucoup bougé etvudes publics très différents avec des journéesun peu
particulières (matin cours avec des6émet SEGPA, aprèsune classe de lycées,
7
l’après midiun cours de basket aule soir entraînement dSUAPS etupôle
espoir de basket. Bref, toutça pourte dire que je pense régulièrementatoi,
que moi j’ai passéun BE de basketque j’entraîne le pôle espoir basket tout
les soirs. Je me suistrouvéun terrain et je viens de finir de construireune
belle petite maison(EDF m’installe l’électricité demain) au-dessus d’une baie
ouj’ai pêché toute mon enfance etque je connais mieuxque personne au
monde. Je surfeun peu toujours quand j’ai letemps, etj’interviens à la fac de
Schœlcher deuxfois par semaine pour le SUAPS et l’option basket. Je donne
aussi quelque cours d’anatomie pour la préparation dutronc commun pour le
8
BE foot. Je garde quelques nouvde Gelles de l’UFR STAPSuadeloupe par
l’intermédiaire deC.H. et d’O. H., avec je l’avoue parfoisune petite
nostalgie de ne pas avoir faitun troisième cycle, mais bon je suis content
d’être rentré toutde suite. Je me sensvraiment chezmoi etpuis j’ai aidé à
monterun club de babybasket, à relancer le club de Trinité etc.… etj’espère
quetoituvas bien, jevoulais te faire partager ma joie d’accomplir le
deuxième rêve de mavie après celui de devenir «professeu»r de sport
construireune maison d’oùje peux voir le matin en me levant « la plage des
surfeurs ». Bonne continuation.Continues à faire confiance àtes étudiants, ça
les aide à grandir. Merci pourtout. PS. -une chambre d’amistoute neuve et
une petite salle de baint’attendentsituveux oublier quelquetempstes

4
LEP, Lycée d’enseignementprofessionnel.
5
SEGPA, Section d'Enseignement Général et Préprofessionnel Adapté.
6
TZR, Titulaire en Zone de Remplacement.
7
SUAPS, Service Universitaire d’Activités Physiques et Sportives.
8
UFRSTAPS, Unité derecherche etde Formation desSciencesetTechniquesdesActivités
PhysiquesetSportives.

1

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La Geste Formation

9 10
réuet anions, le JOutre BOqui n’annoncent rien de positif quant à l’avenir
de l’EPS ausein de l Ecole.Pourlesbesoinsdulivre, Cédric, j’ai corrigé les
quelquesfautesd’orthographe. Mais qu’ellesmesontagréablescesfautes!
Merci pource cadeaudu temps qui passe. En cesjoursd’été oùje m'attelle à
cetouvragetesmotsmerenvoiententoutesimplicité ce gestesi importantde
latransmission, autrementdit, dupartage du savoir, dupassage de
l’expérience, etdanslequel chacuntouche et vitla liberté deson chemin.
Entre Hélène, ma première élève etCédric, plusdetrente année devie
professionnelle etla marque inopinée, maisoh combiensignifiante de deux
gestesprofessionnels: celui de laprise enmain d’une classe etcelui de la
transmissiond’une expérience.Continue à faire confiance àtes étudiants, ça
les aide à grandir.Rencontres,traverséesdu temps, partage d’expériences, le
travail de l’enseignant, la préoccupation duformateur, lavie de l’éducateur
sontainsi faits, desavoirsacadémiques, de pouvoird’agir, detransmission de
valeurs, maisaussi de la découverte, parchacun, maître etélève, de la
curiositési chère à M. Foucault: «Quantaumotif qui m’a poussé, il étaitfort
simple.Aux yeuxde certains, j’espère qu’il pourraitpar lui-même suffire.
C’estla curiosité, –la seule espèce de curiosité, entoutcas, qui vaille la
peine d’être pratiquée avec un peu d’obstination : non pas celle qui cherche à
s’assimiler ce qu’il convientde connaître, mais celle qui permetde se
déprendre de soi-même. Que vaudraitl’acharnementdu savoir s’il ne devait
assurer que l’acquisition des connaissances, etnon pas d’une certaine façon
11
etautantque faire se peut, l’égarementde celui qui connaît?».
Probablement, aufinal, est-ce cette curiosité etlarecherche nonseulementdu
vrai maisaussi de lavéritéqui anime l’écriture etlarédaction de ce collage
d’étudesetauxquellesj’invite, le (la) lecteur(trice). Entouslescas, je
voudrais tant qu’il ensoitainsi.

Lesétudes quisuivent représententdesélémentsdu travail professionnel etdu
programmescientifique conduitsà partirde 1995, date de ma prise de fonction
comme maître de conférencesà l’université desAntillesetde la Guyane. Je
lespoursuisaujourd’hui comme professeurdes universitésà l’IUFM de
12
l’académie de Lyon, à l’université de Lyon1.Chacune d’entre ellesestécrite,
pourêtre lue etappréhendée de façon indépendante, autonome. Ellesont
toutesété publiées, pour toutoupartie dansdes revues scientifiques, des
colloques, desconférences, desouvragesmais réécritespource livre. Elles

9
JO, Journal Officiel.
10
BO, Bulletin Officiel.
11
Michel Foucault,L’usage des plaisirs, Gallimard, Paris, 1984.
12
Je dirigeun grou: Labope appelé LIRMEFratoire d’Innovation etde Recherchesurles
Métiersde l’Enseignementetde la Formation au sein dudépartementSPORT duCRIS : Centre
de Recherche Interdisciplinairesurle SportEA647.

18

Vous coiffez

s’appuient surma discipline professionnelle de prédilection, l’Education
Physique etSportive. Enrevanche leurproblématique interroge lesmétiers
d’enseignant, de formateur, de conseillerpédagogiquequellequesoitleur
discipline d’enseignementd’origine. Je faisle pari d’une aide à la lecture età
la compréhension d’une pratique professionnelle etd’une approche
scientifique grâce à desétudesdiversesetdesanglesd’analyse différents. Les
études sontclasséesdunuméro 1 aunuméro6, maisle (la) lecteur(trice) peut
trèsbien commencer sa lecture parl’une oul’autre. Pourautant, pourquoi
aije choisi cetordre?

Étude n°1— Petit moment de grammaire analytique
13
Cesontlespratiques qui fontla langue et sesemplois, non l’inverse. L’EPS a
expérimenté àson détrimentlavérité de cette assertion. Qui dansle monde de
l’enseignementetde la formation maisaussi dansle grand public nese
souvientpasde cette expression devenue célèbre deréférentiel bondissant
pourdésignerleballonensportscollectifsdansdesarticlesàvocation,
professionnelle, didactique,voirescientifiquLe !’expression a étéreprise à
14
justetitre pourdénoncerle jargon des sciencesde l’éducation, de la
didactique oudespédagogues soitdisantnovateurs. Elle a même donné
création àune pièce dethéâtre.Le référentiel bondissantn’a pasmodifié les
pratiques. Ils’est très vite estompé du vocabulaire professionnel, didactique et
scientifique. Lesmotsn’ontpasdesens, ilsn’ont que desemplois, «Meaning
isusing» (Wittgenstein, 1989). Sousles usages, ontrouve le concept.
L’analytique dulangage est une pratique et unetechniquequi consiste à
traquerles usagesde la langue età circonscrire leur validité en faisant
apparaître la logique de leurcohérence oude leurincohérence. Ils’agitde
montrer touslesemploisnon consistantsavec la pratique proposée, autrement
dit qui n’ontpasdesensouderapportpertinent, concretet vrai avec elle. Il
s’agitde listerlesformesopératoires qui caractérisentlescasd’emplois.
L’analytique dulangage cherche à établircommentlescontraintes signifiantes
dulangagestructurentl’intelligencesociale despratiques. Cesontles
pratiquesetla culture, danslaquelle elles se manifestent,qui forgentla langue
etleslangages, pourpreuves’il en est, l’immensesuccèsdeLiyannaj kont
pwofitasyon(LKP). Cette expression etces troislettres, néesdansle conflit
social,sociétal etidentitaire de la Guadeloupe ont structuré l’intelligence
sociale de compréhension du quotidien desGuadeloupéens, desAntillaisetde

13
Une pensée,untravail d’interdisciplinaire ne peut vraiment seréaliser sans un fortancrage
dans une discipline d’appui pourjustement stimuleretaffinerles singularités, lesdifférenceset
ainsi mieuxapprécierles ressemblances.
14
Mêmesi parfoisl’expressionservait, à l’évidence,unerhétorique politique de mauvaise foi et
de dénivis-à-visdescienceshumaines

1

9

La Geste Formation

lasociété créole. En ce débutd’année2009, associéesà la pratique d’une
grève généralesingulièrequi leura donné naissance ellesontfinalement
imposé le motprofitationdanslevocabulaire même de la France
métropolitaine. Cequi est unrenversement symbolique historique dansla
circulation desmotsentre le françaisetle créole. C’estdonc àune méthode
d’analyse analytiquesur quelquesgestesprofessionnelsclassiquesappartenant
à la pratique età la culture de l’enseignementetde la formation comme,
intervenir, conseiller, transmettre,que je convie le (la) lecteur(trice). La
deuxième etlatroisième étude auront, ellesaussi,recoursà l’analytique du
langage pourappréhenderdesconceptsliésà leurproposp. Laremière place
danscetouvrage d’un momentde grammaire analytiques’estimposéesans
aucunerésistance. Probablement, pourl’amourdesmotsetde la langue,
assurémentpourl’importanceque j’accorde à la précision deslangagesmais
aussi, peut-être, pardéfi. Dansles scienceshumaines, cetype d’analyse
logique asouventété négligé, laissé auxphilosophesetmisde côtésoitpar
ignorance,soitparprocèsde penséespéculative etde non objectivité
15
scientifique.

Étude n°2 — Les gestes professionnels
Gestes professionnels, constatons que l’expression estattribuée facilementà
bien desmétiers, à bien desprofessionsmanuellesouintellectuelles. En
revanche, on l’accorde beaucoup moinsauxmétiersde l’enseignement, de la
formation, de l’éducation. Posséderdu savoiracadémique, obtenir un diplôme
etensuite avoirle don de la pédagogie ouà défautdubonsenspourfaire ces
métiers,serait suffisant! Chacun, pourpeu qu’ilsoitpersuadéqu’il possède
un petitdon de communication, de pédagogie oud’expérience avec les
enfants,se convintfacilement qu’il pourraitexercercesmétiersde l’humain.
16
Troisenfants, eton peutêtre candidatauconcoursd’entrée à l’IUFM Face
auxdifficultésdumétieretà la baisse desareconnaissancesociale, on assiste
àun effortimportantde la partdeschercheurs, maisaussi desenseignantset
desformateurseux-mêmes, à convaincre etprouverà lasociétéque le métier
d’enseignantneseréduitpasà l’image prototypique d’untravail de
fonctionnaire aux vacancesdémesurées. Ils revendiquent que cetravailsoit
reconnude façon pleine etentière commeuntravail de professionnel.
Enseigner estun métier qui s’apprend.Former estun autre métier qui
s’apprend aussi. Danscette lutte difficile, dansce combatcontre lesallantsde
soi etlesopinions rapides,tousbordspolitiquesconfondus, je penseque la
lisibilité, latransparence, l’identification desgestesprincipauxdetravail des

15
L’attention aux questionsposéesparlangue, la linguistique, lasémiotique commencent tout
juste a pénétré de façon importante et significative les travauxen didactique, en ergonomie, en
sciencesde l’éducation, en éducation.
16
IUFM, Institut Universitaire de Formation des Maîtres.

20

Vous coiffez

enseignants, desformateurs, constituent
17
scientifiquesetpolitiquesmajeurs.

des

enjeux

professionnels,

Étude n°3 — Transmettre l’expérience
A-Ce que les stagiaires attendentde nous, c’estun peu des recettes. Dans
une situation, je fais quelque chose etça va marcher, mais ça ne fonctionne
pas
S-Voilà, ce quetuappelles recette, c’est un motbientrouvé. Ilya une base
mais après, c’està elle de s’approprier sa propre recette; ça c’estdifficile, je
trouve.
Quel estce mystère de latransmission del’expérience. Quelle estl’attente
profonde des stagiairesetcomment y répondre?Pourquoi cesentiment
souvent vécuparlesconseiller(ère)spédagogiquesd’une impossibilité à
transmettre leurexpérience. Danslespratiquesde conseil pédagogique,
comment se jouentlesconceptsde conseil, detransmission, desavoir-faire, de
transmission d’expérience, de compétence pourle conseillerpédagogique?
Quelsactespragmatiquesles significationsduesaux usagesconcretsde ces
termesentraînent-elles ?Ce chapitre présentetouteunesérie de dispositifs, de
préoccupations théoriques, de catégoriesd’analysesurlaquestion de la
transmission de l’expérience professionnelle?Il aborde la présentation etla
définition desgestesetdesobstaclesdidactiquesprofessionnelsduconseil. Il
travaille plusprécisémentlarelation conseillerpédagogique/stagiaire. Les
analysesprésentéesmontrentcombien laquestion de latransmission de
l’expérience assigne àsarésidence la connaissance de Soi etlarencontre de
l’Autre en essayantd’être auplusprésdu« dire-vrai »etdu« franc-parler»
de laparêssiagrecque portée parSocrate et remise à notre mémoire par
Michel Foucault.

Former
J’ai écritcetexte en 1992publié danslesCahierspédagogiquesn°278 etdans
un premierouvrage auxéditionsL’Harmattan en 1996:Etre formateur –
Quand dire, c’est écouteretplacé juste aprèsla préface. À lerelire, il m’est
toujoursaussi présent. Dans toutescesécritures, pratiques,théoriques,
poétiques quivont soitintéresser,soitdétournerle lecteur, la lectrice, il estlà,
cette fois-ci, aumilieudulivre, commerespiration philosophique, comme
18
passion d’unepoétique de la relationetduliensi difficile àtransmettre entre
19
les savoirs scientifiquesetles savoirsexpérientiels.Je letrouve bien àsa
place etje ne désire pasen changer une ligne.

17
Pour preuve, la lutte contre les projets de réforme de la formation et du recrutement des
enseignants en France en cette année 2009 et qui a fait de ces expressions des slogans.
18
Glissant, E.,Poétique de la relation, Paris : Gallimard
19
Cf. l’ouvragerécentdedes enseignants – Entre savoirs issus de la recherche et savoirs issus
de l’expérience, Bruxelles: De Boeck.

2

1

La Geste Formation

Étude n°4 — Sujet de langage& Sémiologie des pratiques
S’ilyaune préoccupationqui, dèsle débutde mes travauxeten particulierde
20
mathèse,a agité mes réflexions, c’estbien celle du sujetetde la partde
subjectivité danslesactesprofessionnels. Danscettequête du sujetetde
l’identitaire, le langage, lasémiotique etl’anthropologietracentaujourd’hui
la direction de mespas. Comme auxpremiersjoursde mon itinéraire de
21
publication,jevoudrais que la force del’Écouteetla nécessité del’Autre
animentmonregard, mespenséesetmesactes. Bienqu’illustrée pardeux
analysesconcrètesde cas, cettetroisième étude estessentiellement théorique.
J’ycourslerisque d’un jargon accompagné de la double dérive de
l’éloignementdu terrain etde la non-reconnaissancescientifique. Mon
ambition estde présenter touslesenjeuxéthiques,théoriqueset
méthodologiquesd’un programme derecherche consacré plus
particulièrementà lasémiologie des pratiques sportivesmaisaussi à ceque
j’ai nomméune approche ethno-archéologique des pratiques d’éducation et
de formation. Ils’agitd’allerà laquête du sensetdes significations que
donnent, à leursactesprofessionnels, lesenseignantsetlesformateursdans
leur quotidien.«L’homme est signe» écritPeirce. En complémentdes
théoriesde l’action (Suchman, 1989, Theureau,2005, Durand, 1998)utilisées
en analyse despratiqueset telles qu’elles sontdéveloppéesdansle cadre
épistémologique de ceque Theureauappelleune“anthropologie de la
cognition située”ou sur un autre plan celui de laclinique de l’activité(Yves
Clot,2005), je plaide pour une“théorie dusujet de langage en analyse des
pratiques”. Moins que lesactionsentant quetelles, c’estl’activité dusujet,
son statut, la rencontre de l’Autre, le processus d’attribution dusens,
autrementditla sémiose,qui me préoccupent. Que cesoit surleregistre de la
formation ou surcelui de larecherche la prise en compte etlareconnaissance
de l’individucommesujet signifiantetpossédantdes savoirs, despouvoirs,
des résistancesest tropsouvent, mise de côté, évacuée ou volontairementniée.
Déposséderlesujetdesaréalité existentielle oulangagière estassumé,voire
revendiqué commeune nécessité méthodologique derecherche, le plus
22 23
souvent,de formation parfois.C’estassurémentcontreunetelle postureque
jetravaille. Discipline professionnelle etde prédilection oblige, la
construction de l’identité professionnelle d’enseignantd’EPS mesertde point
d’appui.

20
"Je, Je(ux) etEn-je(ux) d'énonciation"(les stratégiesde discoursd'enseignants-formateurs
dansdes situationsde communication professionnelle), Doctoraten Sciencesde l’éducation,
Université de Caen, 1990.
21
Alin (C.), (1996),Etre formateur - Quand dire, c’estécouter, Paris: L’Harmattan.
22
Sacro-sainte objectivité positiviste oblige !
23
Dans l’enseignement, les approches cognitivistes sont souvent présentes au nom d’un
autosocio-constructivisme parfois bien étroit.

22

Vous coiffez

Étude n°5 — Place et rôle du récit en analyse des pratiques
Lespraticiens sont souventdémunisdevantle problème de latransmission
et/oudupartage de leurexpérience professionnelle. Ils se contententla plupart
du tempsdu«Fais comme moi», oubien du«Je fais comme ça», ouencore
du«Regarde». L’analyseréflexive de l’expérience et satransformation en
savoirscommunicablesapparaissentaujourd’hui, pourlespraticiensetpour
leschercheurscomme des questionsmajeuresetdesenjeuxde
professionnalisation. Cette cinquième étude estd’abord, pour sa plusgrande
24
partie, le plaisird’une écriture à deuxavec Mireille Snoeckx. Elle estde mon
pointdevuesymbolique d’untravail d’échanges, d’aller-retour, d’explication
etde compréhension avec le constant souci devéritéqui auboutduchemin
fait que l’Autre n’estjamaisoublié. Elle estaussi lerésultatd’une commande
de Philippe Meirieupouraccompagner un ouvrage consacré auxdébutsde
jeunesenseignantsdetoutesdisciplines,sortant toutfraisémoulusde l’IUFM.
Le corpusdulivre estorganisé autourd’échangesépistolairesentre ces
derniersetleursformateurs. Lerécitetl’écriturey sontexplicitementet
volontairementconvoqués. L’ouvrage dirigé parJean-Luc Ubaldi,
actuellementdirecteuradjointde l’IUFM de Lyon1 a été publiésousletitre :
Débuter dans l’enseignement, ESF, Paris,2006. Seuleune partie de cette
étudetrop longue pourl’ouvrage a été publiée, celle plusparticulièrement
consacrée au texte età l’écriture. Quelle estla place du récitetde la
transmission de l’expérience, dansla formation professionnelle desjeunes
enseignants ?Quels sontlesdispositifsd’analyse despratiques que l’on peut
mettre en œuvre?Quels sontles rôlesetleseffetsde l’écriture dansla
construction de l’identité professionnelle de jeunesenseignants?Àquelsjeux
devérité, desavoiretde pouvoir, le mélange de fiction etderéalitéque
provoque la construction même du récit va-t-il donnernaissance?Àquelle
éthique, cesjeux, produitsau sein d’une communauté professionnelle,
conduisent-ils ?Telles sontles questions que cetexte écrità deuxmains tente
d’aborder.

Étude n°6 — Langues & Cultures
Commentne pasfaire partde l’influencesurmontravail, mes réflexionset
mon appréhension dumonde, de ma présence pendantneuf annéesaux
Antillesalors que d’origine antillaise, jesuisné, j’aivécu, j’aitravaillé en
métropole jusqu’à l’âge de 47ans! La dimension anthropologique etculturelle
de mes recherchesavéritablementcommencé danscesîlesde beauté etde
charme maisaussi desouffrance etde pleurset situéesà la croisée

24
Mireille Snoeckx, membre dugroupe derecherche pourl’explicitation - GREX – Présidente
de l’associationAntenne Suisse Explicitation– Membre associée auLaboratoire LIFE (Genève)
– Chargée d’enseignementà laretraite, Faculté de Psychologie etdesSciencesde l’Education,
Genève, Suisse.

2

3

La Geste Formation

géopolitique duNord etduSud, de l’Estetde l’Ouest. Commentne pas
commencerparévoquerHaïti,terre de couleuretde douleur,terre de créole,
terre de liberté,terre d’espérance pousse le paradoxe d’être la première
république noire libretouten étantl’un despayslespluspauvresdumonde !
L’éducationyestlaseulevoie d’espérance. L’impuissance éducativeyest
toujoursauxaguetsmaispourautantla croyance en l’éducabilité etaucréole
estla plusforte. Face auxenjeuxculturels, économiquesetpolitiquesde la
mondialisation etde la globalisation, la dimension culturelle de l’homme est
venue interpellermespratiques, d’enseignant, de formateur, de chercheur.
« Raphaël, le créole estun patois de nègres sauvages et de coulis malpropres,
oui, te serine t-elle,tunevois pas que les gens qui se respectent ne s’abaissent
pas à l’utiliser ? Un si joli garçon à la peauclairetel quetoi,tune dois pas
25
salirta bouche à employer des mots grossiers…! Quand autantd’enjeux
identitaires sonten cause comment, promouvoirla culture, la langue etla
musique créole?Commenten faire les vecteurs unitairesd’une identité
métisséequand la langue française imposesesnécessitésde connaissanceset
desavoirs ?Commentformer, éduquer, enseignerl’autonomie de la pensée
critique, à desindividusconvaincus, de la faiblesse, l’inutilité etl’impuissance
de leurcréole, face au rouleaucompresseurde la langue etde la culture
française?Commentformerleursenseignantsdans untel contexte,
26
anthropologique etculturel?

Nous avons tous une dette
Nousavons tous une dette enversnotre passé, elle n’estpaspourautant un
obstacle à l’agir. Elle peuten être le moteur. Elle peuten être la mort. Elle
peuten être la joie. Elle peuten être la douleur. Quoiqu’il ensoitelle fait
27
partie de mon histoire, de monrécitetde lamise-en-intriguede mavie. Cette
dette est toujoursmystérieuse,empêtréedansma chairetmesmots. Aunom
de laraison certains,s’attachentà ladé-couvrirpour séparerabsolumentle
vrai dufaux, d’autres, aunom de la fiction à la cacherouà la masquerpour
permettre au rêve d’advenir. Mon expérience est traversée parcette dette etje
voudraislatransmettresansmettre de côté ni laraison, ni la fiction. C’est
danslarencontre, les rencontres que l’écriture puisesa force et savérité.
Toutescomptent, celle, danscesmatinsd’été, du sentierderandonnéequi
craquent sousmespas, celle de l’eau vive etfroide du torrent quirafraîchit
mon corpsmaisaussi celle dufeu que je n’avaispasinvité et qui a brûlé ma

25
ConfiantR., écrivain et universitaire, extraitsdeRavines dudevant-jour, in Dossier, l’école
danslesDOM-TOM, Revue, LesCahierspédagogiques, n°355, Paris, juin 1997. p.15.
26
Plus que jamaisen ce débutd’année2009, aumomentoùlesAntilles, en particuliermesdeux
ilesde la Guadeloupe etde la Martiniquesont soumisesau ventd’une nouvelletempête
identitaire, cetexte écriten2001 mesemble d’actualité.
27
RicœurP., (1983),Temps et récit, Paris: Seuil.

24