Au royaume des menteurs

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193 pages
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Description

"Nous n’avons pas de parents en ces murs, nous nous élèverons donc les uns les autres."

Sam connaît par cœur le Code d’honneur de son nouveau lycée, la très sélecte académie Edward. Un campus digne de Harvard, des profs prestigieux, une coloc super sympa… Que demander de plus ?

Quand Scully, LE beau gosse de quatrième année, l’invite à la soirée d’intégration, Sam a l’impression de rêver. Pourtant, derrière le faste et les jolies dorures se cache une réalité bien plus noire, et Sam déchante vite... Alors qu’elle se refuse à Scully, ce dernier la viole sans états d’âme.

Bouleversée, la jeune fille ose pourtant élever la voix, déterminée à ne pas laisser son agresseur impuni. Mais briser la loi du silence n’est pas si facile. Sam doit faire face à toute une communauté unie par le mensonge et les faux-semblants qui ne reculera devant rien pour l’empêcher de faire éclater la vérité…

Une lutte sans merci commence, dont le prix n’est autre que le droit à la dignité. Traduit de l'anglais (américain), titre original : Honor Code.


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Publié par
Date de parution 16 avril 2019
Nombre de visites sur la page 3
EAN13 9782215172505
Langue Français

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Table des matières
ACTE UN
Chapitre un
Chapitre deux
Chapitre trois
Chapitre quatre
Chapitre cinq
Chapitre six
Chapitre sept
Chapitre huit
Chapitre neuf
Chapitre dix
Chapitre onze
ACTE DEUX
Chapitre douze
Chapitre treize
Chapitre quatorze
Chapitre quinze
Chapitre seize
Chapitre dix-sept
ACTE TROIS
Chapitre dix-huit
Chapitre dix-neuf
Chapitre vingt
Chapitre vingt et un
Chapitre vingt-deux
Chapitre vingt-troix
Chapitre vingt-trois

Remerciements
Biographie de l'auteure
Notes
Page de copyrightÀ Amber J. Keyser, mon amie, mon mentor, ma mère, ma sœur…
et l’autre moitié de mon cerveau.
Rien ne peut nous séparer, pas même des milliers de kilomètres.ACTE UNCHAPITRE UN
http://ecolepriveedeb.tumblr.com
30 août 2017

Désolée si ce premier post a l’air bizarre. Je vous écris en direct de la voiture
de mes parents. Cela fait déjà un moment que nous avons passé un énorme
portail de pierre, mais nous ne sommes toujours pas arrivés au lycée. J’ai
l’impression que le campus est une succession sans fin de pelouses et de
bâtiments en brique.
Je m’apprête à entamer mon premier jour d’internat dans un lycée privé super
chicos. Et, non, je ne vous dirai pas lequel. À quoi bon tenir un blog anonyme,
sinon ?
Avant de venir ici, je m’étais toujours demandé ce que ça faisait. Je suis
certaine que d’autres se sont posé la même question. Pour tous ceux-là, je me
suis dit que ce serait sympa de raconter mon expérience, sans filtre. De
montrer au monde entier à quoi ressemble l’un de ces établissements vu de
l’intérieur.
Je vous en dirai plus une fois installée. D’ici là, j’espère bien que certains se
seront abonnés à mon blog et que quelqu’un lira mon bla-bla. Non pas que
ça ait vraiment d’importance : c’est aussi pour moi que je le fais, histoire
d’avoir une sorte de compte-rendu. Je sais que ce genre d’endroit peut vous
vider entièrement, vous formater avant de vous recracher sous une forme
complètement différente de celle que vous aviez au départ.
Il faut que j’arrive à rester moi-même. N’hésitez pas à traîner dans les parages,
à me poser des questions, tout ce qui vous passe par la tête. Qui n’aimerait
pas avoir un public ?

1Il est deux heures de l’après-midi et une foule éparse de première année (moi y compris)
serpente en direction de l’imposante cathédrale de pierre située au centre du campus. Je suis de
près un banc de deuxième année qui, parmi tous ces saumons remontant le courant, retrouvent
leurs amis de l’an dernier et en profitent pour se raconter leurs vacances.
Je me demande si j’arriverai à survivre jusque-là. Lorsque j’ai été admise à l’académie Edward,
et avant de signer le chèque des frais d’inscription (le Titanic des finances familiales), Papa m’a
fait promettre de tenir un an. Le marché est le suivant : quoi qu’il arrive, je n’ai pas le droit
d’abandonner avant la fin de l’année de la même façon que j’ai laissé tomber la guitare, le foot et
le club des avocats en herbe.
– Si au bout d’un an, l’académie Edward ne te plaît pas, m’avait dit Papa, alors d’accord, on
t’inscrira ailleurs et personne ne t’en tiendra rigueur.
La chenille d’élèves et d’enseignants finit par atteindre les doubles portes de la cathédrale
Saint-Joseph, que les gens d’ici surnomment aussi « Cath ». Tout là-haut, le sommet des tours est
fait de pierre, de verre et de bon vieux bois. Alors que nous franchissons les portes colossales,
l’acoustique change soudain : les bavardages et les rires des élèves emplissent l’air qui m’entoure,
décuplés. Nous ne sommes plus quelques centaines, mais des milliers. Une voûte s’ouvre
audessus de nos têtes, flanquée d’énormes contreforts qui la soutiennent telles les côtes d’une
baleine blanche. La lumière qui se répand à travers les vitraux baigne tout d’une lueur jaune
rosée.
Si j’étais croyante, je n’aurais aucun mal à être convaincue que cet endroit est habité par une
puissance supérieure. Cath a l’air vivante. Vais-je vraiment venir ici tous les matins ? Je ne pense
pas pouvoir un jour m’habituer à ces piliers de marbre qui délimitent les allées, à ces délicates
moulures dorées ou encore aux couleurs vives des vitraux.Devant, les quatrième année se glissent sur les premiers bancs. Derrière eux sont installés les
troisième, puis les deuxième année et, pour terminer, nous, modestes première année, debout
tout au fond, attendons que l’on nous donne la permission de nous asseoir.
Je cherche quelqu’un du regard. La voilà, ce doit être elle : à la première place du premier
rang, au même niveau que le proviseur Portsmouth, mais de l’autre côté de l’allée, ce doit être la
présidente du Conseil de la vie lycéenne.
L’année dernière, les délégués de toutes les Maisons se sont rassemblés et l’ont élue comme
représentante. Et j’ai de la chance : elle est également la préfète de ma résidence, la maison
Isabelle.
L’académie Edward a une histoire… inégale. Une centaine d’années durant, c’était une école
pour garçons. Elle a ouvert ses portes aux filles dans les années 1980, mais c’est la première fois
qu’une d’elles est nommée présidente du Conseil.
Peut-être serais-je élue à mon tour en quatrième année – si je tiens jusque-là. Ce serait
définitivement un ticket pour Harvard, et je serais en première ligne pour intégrer sa faculté de
droit.
Sur le premier banc, les filles de quatrième année se saluent en se faisant la bise, comme les
Européens. Trop bizarre. Je n’ai jamais vu personne faire ça autre part qu’à la télévision.
Est-ce qu’il faudra que je fasse la bise aux autres, moi aussi ?
Les profs qui nous ont accompagnés jusqu’à la cathédrale s’arrêtent à hauteur des bancs du
fond, et clament haut et fort :
– Veuillez vous asseoir par ordre alphabétique !
Je cherche du regard les deux élèves qui se tenaient près de moi un peu plus tôt, mais il me
semble qu’ils sont déjà partis s’asseoir. Me voilà perdue alors que les cours n’ont même pas
commencé !
Je finis par les repérer dans la foule et me fraie un chemin jusqu’à mon siège.
Juste à temps. Les notes graves et lourdes de l’orgue retentissent dans l’édifice. Les quatrième
année s’installent en silence, droits comme des I. La cathédrale tout entière résonne de la voix
ensorcelante de l’instrument ; alors qu’il presse les touches du clavier, le vieil organiste ferme les
yeux et se laisse emporter par la musique. Les deuxième année devant nous se mettent à ricaner :
ses mèches blanches peignées sur le côté battent en rythme sur son crâne chauve – c’est vrai que
ça lui fait une tête d’œuf. Je tente de me concentrer sur la musique.
Une fois le morceau terminé, l’aumônier récite un texte, puis le proviseur Portsmouth gagne
l’autel de pierre situé sur l’estrade.
Il commence son discours par quelques mots à propos du vieux Dr Edward. Lorsque Morgan
Edward a fondé cette école, nous dit Portsmouth, dans les années 1870, il déplorait « l’ersatz
d’éducation » qu’avaient reçu ses fils aînés. Ce n’était là que du bourrage de crâne, avait-il dit, ils
n’avaient jamais fait la moindre expérience de vie par eux-mêmes. Certes, l’arithmétique était
nécessaire, mais l’éthique aussi, de même que la morale et le maintien. C’est pourquoi il avait
créé l’académie Edward, pour y éduquer et préparer de jeunes hommes sages et équilibrés.
– N’importe quoi, murmure la fille assise près de moi.
– Quoi ? dis-je en me penchant dans sa direction.
– Cet endroit est totalement coupé du monde réel, comment tu veux y vivre quoi que ce soit ?
dit-elle en secouant la tête.
Elle a de longs cheveux noirs séparés par une raie sévère en plein milieu du crâne, et sa peau
mate rappelle la teinte de certaines topazes.
– Par « expérience de vie », il entend être riche, blanc et célèbre, ajoute-t-elle.
Un préfet de deuxième année se retourne et nous intime de nous taire. Nous cessons de parler.
À la fin de la cérémonie d’ouverture, je peux enfin examiner la fille sceptique de plus près : elle
est grande, maigre comme un clou, a un port de danseuse et d’immenses yeux bruns.