À la poursuite du diamant noir
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À la poursuite du diamant noir

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Description

À peine Axelle a-t-elle résolu l’affaire Moon qu’une autre énigme l’attend : l’Amelia noire, un fabuleux diamant, s’est volatilisée ! Direction New York, où notre jeune Sherlock est overbookée, entre filatures, castings et défilés ! Sans compter que l’attitude du beau Sébastien est un mystère de plus à résoudre.
Heureusement, Ellie est toujours là pour aider Axelle à percer les secrets de la mode et de la Grosse Pomme. Mais parviendra-t-elle à relever le défi lancé par le voleur et à retrouver le diamant avant la fin de la Fashion Week ? Le compte à rebours est lancé...


Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 02 juin 2016
Nombre de lectures 98
EAN13 9782215134060
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0056€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Table des matières
Fashion detective
À la poursuite du diamant noir

La Grosse Pomme
Le rendez-vous
Qui est qui ?
L’Amelia noire
Deux pas en avant, un pas en arrière
Masques et maquillage
Passion mode
Projets chics et chocs
Troubles en double
Enrageantes rumeurs
Retour à la case départ
Frites et confessions
La dernière paillette
Le chat et la souris
Une surprise au septième ciel

Le petit lexique d'Axelle pour survivre dans le monde de la mode
La liste de mes coins de New York
Remerciements
À propos de l'auteur

Copyright
Dans la même collection
Pour Ellen, Marina et Victoria.
Cazzie se tenait près de la fenêtre, le regard perdu dans le ballet des voitures qui animait la rue. Un timide filet de voix s’échappa de ses lèvres.
– Si nous n’avons pas retrouvé le diamant d’ici à vendredi soir, je vais devoir en parler à Noah, à la police… et à Sid Clifton, le propriétaire de cet immeuble et du magazine.
Elle marqua une pause avant de se retourner vers moi, les épaules voûtées par l’angoisse et la fatigue.
– Je t’en prie, Axelle, m’implora-t-elle, je t’en supplie, il faut absolument que tu retrouves ce diamant. Je te promets que ce n’est pas moi qui l’ai volé, ça doit sûrement être un de ceux qui étaient dans le studio pendant le shooting. Et si je ne le retrouve pas…
Ni elle ni moi ne prîmes la peine d’achever cette phrase.
LUNDI MATIN
La Grosse Pomme 1
Me voici en route pour Chic : New York , le magazine de mode, et plus précisément pour son siège, situé à quelques pas de Times Square, à New York. Mais avant que vous ne commenciez à croire que je me suis encore laissée embarquer par ma mère dans un de ses plans fumeux pour me faire devenir mannequin… je vous arrête tout de suite.
Car voyez-vous, si je suis à New York, en route vers Chic , ce n’est pas en tant que mannequin. C’est en tant que détective .
Bon, pour l’instant, je ne sais pas encore grand-chose de l’affaire que l’on m’a demandé de résoudre…
Je n’ai reçu le coup de fil de Chic : New York qu’il y a deux jours, alors que je venais à peine de résoudre mon premier vrai mystère, pendant la Fashion Week de Paris.
– Axelle, je me suis dit que ça t’intéresserait de savoir que je viens de recevoir un coup de fil de New York, me confiait Miriam, mon agent, au téléphone, samedi après-midi.
Sa voix tendue lui donnait un ton de conspiratrice. Je me souviens encore du sentiment d’exaspération qui est monté en moi tandis que, sur un pont au-dessus de la Seine et une glace à la main, mon esprit était déjà en train de réfléchir à toute allure pour trouver une excuse qui me permettrait d’échapper à la proposition de contrat de mannequin qui allait sûrement suivre.
Mais Miriam n’appelait pas pour me proposer un contrat, et mon exaspération s’était rapidement transformée en enthousiasme lorsque je l’entendis poursuivre :
– As-tu déjà entendu parler de l’ Amelia noire ? C’est le diamant noir le plus célèbre du monde. Chic : New York est, ou plutôt était, en train de le photographier pour une couverture, mais… il a disparu. Personne ne l’a vu depuis hier. Chic préférerait ne pas avoir à mêler la police à ça tout de suite. Alors ils se sont dit que ça t’intéresserait peut-être d’accepter cette affaire. Qu’en dis-tu ?
Si ça m’intéressait ? C’était une blague ? Autant demander si la couleur préférée des fashionistas était le noir, ou si j’aimais les frites !
L’équipe de Chic : New York avait dû apprendre que j’avais résolu le mystère de la disparition de la célèbre créatrice française Belle Moon, et que surtout, j’avais réussi à la retrouver avant la police française ! J’étais ravie qu’ils m’aient demandé de les aider, et avais donc accepté sur-le-champ. Mais avant de m’envoler pour New York, j’étais retournée à Londres avec maman pour refaire ma valise et voir mon père, ainsi que Halley (ma petite westie blanche). Et ce matin, j’étais enfin montée dans un vol Londres-New York sans escale.
Assise à l’arrière de l’énorme 4 x 4 Cadillac Escalade noir que Chic avait envoyé pour moi à l’aéroport John F. Kennedy, j’étendis les jambes et étouffai un léger bâillement avant de poser ma tête contre la vitre. Je regardais défiler le paysage tandis que le chauffeur, qui s’était présenté sous le nom d’Ira Perlman, se faufilait avec dextérité dans la circulation qui commençait à se densifier, en cette fin de matinée à Manhattan.
Au cas où vous ne seriez jamais allés à New York, sachez que cette ville a des allures de décor de cinéma. À la sortie du tunnel reliant le Queens à Midtown, je me retrouvai au beau milieu d’immenses gratte-ciel étincelants, de trottoirs bondés de passants, et de taxis jaunes qui klaxonnaient tous à qui mieux mieux. Et même si ce n’était pas la première fois que j’étais dans la Grosse Pomme (mes parents m’y avaient déjà emmenée deux fois), je crois que je ne me serais pas sentie dépaysée dans le quadrillage si caractéristique des rues grâce à tous les films et toutes les séries télé que j’avais vus (comme New York, Police judiciaire , que ma grand-mère adorait et qu’elle avait regardé pendant des années, entre deux épisodes de Inspecteur Barnaby et de Miss Marple ). La ville entière donnait l’impression de vibrer d’une énergie frénétique qui n’appartenait qu’à elle.
Dans les rues, le vent de ce début de printemps faisait tournoyer les sacs en plastique et s’agiter les feuilles des arbres. Des bourrasques fraîches et vives arrivaient de la côte du New Jersey. Je devais bien avouer que maman avait eu raison d’insister pour que je prenne le nouveau trench qu’elle m’avait acheté. « Un Burberry ! s’était-elle exclamée avec ravissement. Et à moitié prix, en plus ! »
D’ailleurs, elle devait sûrement avoir des dons de voyance, parce qu’à ce moment précis, mon téléphone se mit à sonner. Je rassemblai toutes mes forces pour tenir bon face à l’assaut de ses questions et décrochai.
– Axelle, ma chérie ! Comment s’est passé ton vol ? Comment trouves-tu New York ? Cette ville est splendide, non ? Comme j’aurais aimé être avec toi ! Tes bagages ne se sont pas perdus en route, au moins ?
Les questions fusaient, si denses et rapides qu’elles ne me laissaient aucune chance d’y répondre, jusqu’à la conclusion :
– Je dois te laisser, Axelle, j’ai rendez-vous avec un client (ma mère est décoratrice d’intérieur) mais je te rappellerai plus tard. Ton père et moi sommes si fiers de toi. Notre grande fille, mannequin à New York !
Mannequin ! Argh ! Ma mère était complètement dans le déni ! Mais quand , me demandai-je, comprendra-t-elle enfin que la seule chose qui m’intéresse, c’est de résoudre des mystères ? Et que toutes ces histoires de mannequin, de talons aiguilles et de laque ne m’apportent rien ? Enfin, ce n’était pas tout à fait vrai : elles m’apportaient une couverture idéale, grâce à laquelle je pouvais m’attaquer aux crimes du monde de la mode, et retrouver la trace d’une créatrice de mode disparue, ou d’un célèbre diamant noir. Ma mère avait toujours rêvé que je devienne mannequin, je veux dire, un vrai mannequin, un mannequin fashion , et pas une fashion detective . Et il était plus qu’évident, à mon grand regret, que même après la résolution de cette affaire, pourtant de taille, à Paris, ses rêves en ce qui concernait mon avenir n’avaient toujours pas changé.
Grrr !
Je pris une profonde inspiration pour me calmer et dis, d’un ton aussi dégagé que possible :
– Bon, je dois te laisser aussi, maman. J’ai rendez-vous chez Chic , tu sais, pour l’affaire .
– Ah oui, alors, amuse-toi bien ! Peut-être qu’ils te proposeront un shooting pour une couverture, je croise les doigts ! Je te laisse, à très vite, ma chérie.
Alors que je rangeais mon téléphone dans ma poche, il sonna à nouveau. Je le repris et ouvris mes nouveaux messages. Il y en avait un, très gentil, de mon père, ainsi qu’un de Jenny, ma meilleure amie de Notting Hill, le quartier de Londres où j’habitais. Ellie B (nom hors des podiums : Elizabeth Billingsley), l’amie que je m’étais faite la semaine dernière à Paris, m’avait elle aussi envoyé un texto pour me souhaiter la bienvenue dans la Grosse Pomme et me proposer de dîner ensemble ce soir. Elle venait juste d’atterrir ici pour la Fashion Week de New York, qui commençait mercredi. Le dernier message provenait de Miriam, mon agent, qui s’assurait que j’étais bien arrivée et que la voiture que Chic m’avait promise était bien venue me chercher à l’aéroport.
Miriam (Miriam Fontaine, grande prêtresse des agents parisiens) avait fait preuve de beaucoup de gentillesse et s’était montrée très serviable depuis les événements de la semaine dernière. Je la connaissais depuis toujours puisqu’elle était la plus vieille amie de ma rédactrice en chef de tante, et c’était son agence qui m’avait représentée pendant la Fashion Week de Paris et m’avait permis d’endosser cette couverture de mannequin. Après que les médias eurent appris comment j’avais retrouvé Belle, Miriam avait pris soin de moi en éloignant les journalistes et en tâchant de consoler ma mère.
Mais dans les heures et les jours suivants, je l’avais surprise à plusieurs reprises en train de me regarder à la dérobée, une lueur d’étonnement dans les yeux. Même si elle n’avait rien dit, je savais parfaitement qu’elle avait été complètement sidérée par le fait que c’était moi qui avais résolu le mystère de la disparition de Belle ; pourtant elle savait que je n’avais qu’une seule obsession dans la vie, résoudre des mystères, et que ça durait depuis, genre, toujours !
Heureusement pour moi, Miriam avait aussi une agence à New York ; elle souhaitait continuer à me représenter et à ­s’occuper de ma carrière de mannequin, ici aussi. Parce que oui, j’avais décidé que la meilleure façon d’agir pour résoudre ce crime était, une fois de plus, de me faire passer pour une mannequin. C’était ce qu’il y avait de plus simple pour infiltrer le petit monde de la mode, surtout pendant la Fashion Week, c’est-à-dire LA semaine pendant laquelle absolument personne n’aurait la moindre seconde à m’accorder pour répondre à mes questions. Mais pour travailler comme mannequin, j’avais besoin de l’aide d’une agence. Et qui aurais-je pu trouver de mieux que Miriam et son équipe si respectée ? Je savais que niveau discrétion, je pouvais lui faire confiance, et qu’elle m’aiderait à protéger ma couverture de mannequin.
Hervé, le booker qui m’avait été attribué par Miriam dans son agence parisienne, m’avait aussi envoyé un message pour me souhaiter bonne chance et me parler d’une option qu’un magazine avait mise sur moi pour son édito, à Paris.
Je relus rapidement la liste des messages. Non, définitivement rien de la part de Sébastien.
Comme si je m’étais attendue à avoir de ses nouvelles…
Ma gorge se serra à la pensée de ses beaux yeux bleus-gris et de l’odeur chaude de sa veste en cuir, sans parler de notre dernière conversation. Argh ! Je jouai avec la boucle de mon sac à main Moon pendant quelques instants puis, chassant Sébastien de mes pensées, je regardai à nouveau par la vitre.
Dès que nous eûmes pris la 3 e Avenue en direction du nord, je fus fascinée par la vitesse à laquelle défilaient les rues que nous croisions : la 38 e , la 39 e , la 40 e , etc. Ira, le chauffeur, ne semblait pas le moins du monde perturbé par les coursiers à vélo kamikazes ou les énormes nids-de-poule qui parsemaient la rue, comme si elle souffrait d’une acné sévère. Même les taxis jaunes qui fonçaient sur nous aux intersections n’avaient pas l’air de l’émouvoir.
C’est alors que mon téléphone sonna à nouveau. Je vis qu’il s’agissait d’un numéro local. Ce doit être le bureau new-yorkais de Miriam , pensai-je en décrochant.
– Salut, Axelle, je suis Pat Washington, dit une voix forte et énergique, ta bookeuse de chez Miriam à New York. Miriam et Hervé m’ont tellement parlé de toi. Je voulais juste savoir si tu avais bien atterri, et si tu arrivais bientôt au bureau…
J’eus à peine le temps de répondre par l’affirmative qu’elle reprenait :
– Super, parce que tu risques d’être très, très occupée. J’attends d’un instant à l’autre la confirmation de Chic : New York pour un shooting, demain, qui sera fabuleux. Tu as aussi plusieurs castings prévus.
Très occupée ? L’espace d’un instant, je me demandai si elle était au courant que j’étais là pour résoudre un crime ou…
– Jared Moor, continuait Pat, devrait te confirmer pour demain ; je te tiendrai au courant dans la journée, et j’attends encore le retour de DKNY, Jorge Cruz, Diane von Fürstenberg et The Isle, mais ne t’en fais pas, il y en aura d’autres.
Super , me dis-je. Et quand est-ce que j’aurai le temps de résoudre l’affaire, avec tout ça ?
– Quant aux projets qui t’attendent sur ton temps libre, poursuivit-elle d’un ton insistant, comme si elle avait lu dans mes pensées, nous pourrons en discuter plus en détail quand tu seras là.
La façon brusque dont elle venait de balayer la véritable raison de ma venue ici me rendit encore plus nerveuse. D’une façon ou d’une autre, il faudrait que je lui dise que j’avais besoin de temps pour partir à la chasse aux indices et aux pistes… Mais Miriam l’avait sûrement déjà fait ! Enfin, c’est ce que j’espérais.
– Mais, continua Pat, si tu as regardé l’emploi du temps que je t’ai imprimé… Ira te l’a bien donné ? Oui ? Bien. Donc, tu verras que tu vas chez Chic pour un go and see avant de venir ici. Tu rencontreras Cazzie Kinlan en personne ! Elle tient à faire ta connaissance, et elle te montrera peut-être quelques tenues pour le shooting de demain.
Tandis que Pat continuait à parler de la semaine à venir, j’explorai le contenu de la pochette qu’Ira m’avait montrée du doigt lorsque j’avais grimpé dans la voiture. Pat avait raison, il y avait bien un emploi du temps… mais je remarquai que derrière, il y avait aussi une fine enveloppe sur laquelle était écrit mon nom. C’était une lettre de Miriam. Et selon la lettre, le go and see chez Chic dont Pat était en train de parler était en fait un rendez-vous avec leur rédactrice en chef pour parler de l’affaire… Alors soit Pat n’avait aucune idée de ce qui se passait vraiment chez Chic , malgré son allusion à l’affaire, soit elle jouait à fond la carte de la discrétion. Mais avant que j’aie pu finir de lire la lettre, elle mit brusquement terme à mon jetlag en m’annonçant d’une voix forte :
– Et puis, miss Axelle, j’espère que tu t’es faite belle. Chic est au sommet de la pyramide de la mode, tu dois être au top pour eux. Les cheveux propres, une jolie petite tenue…
– Mais je viens de traverser l’Atlantique ! Je ne peux pas…
– Ma puce, tu pourrais arriver de Mars, ce serait la même chose. Tu ferais mieux de te rafraîchir et de te reprendre. Un mannequin doit avoir l’air d’un mannequin, compris ? Je te verrai ici après Chic . Je te présenterai tout le monde, et on ira déjeuner. Et maintenant, sois nickel, miss !
Sois nickel ? Je raccrochai et m’enfonçai dans le fauteuil en cuir doux. Génial. J’étais à peine arrivée que j’avais déjà une fashionista sur le dos !
– On arrive bientôt ? demandai-je à Ira, en reprenant la lettre de Miriam.
Ira hocha la tête, faisant danser ses longs cheveux roux bouclés. Il portait des lunettes de soleil d’aviateur Ray-Ban et une bague en or rose incrustée de diamants qui brillait dans le soleil dès que sa main droite bougeait.
– Ouaip. Ça circulait mal, ce matin, mais j’ai réussi à éviter les travaux du côté du Chrysler Building, alors l’un dans l’autre, on s’en tire pas mal.
Il prit à droite sur la 7 e Avenue et poursuivit, en faisant un mouvement de tête vers le côté :
– Et ça, c’est le célèbre Times Square. Les bureaux de Chic sont un peu plus loin, à gauche. C’est le grand immeuble argenté, vous voyez ?
J’acquiesçai tandis que, complètement hypnotisée par la ville, je buvais des yeux tout ce qui défilait devant moi. Depuis mon arrivée, je retrouvais dans Manhattan ce qui m’avait fasciné lors de mes précédents séjours ; cette audace, cette effronterie, cette puissance. Mais sur Times Square, cet esprit était multiplié, genre, par dix ; et c’était sans compter ces gigantesques panneaux publicitaires lumineux qui dominaient la place. Même en cherchant bien, je ne trouvais rien de comparable, à Londres. Trafalgar Square ? Carrément pas. Trop grandiose, trop vieux monde. Piccadilly Circus ? Oui, c’est peut-être ce qui s’en rapprochait le plus, mais sans cette touche plus sombre, sans ce je-ne-sais-quoi du Gotham de Batman.
J’aperçus Ira qui me regardait en souriant dans son rétroviseur.
– Vous savez, Axelle…
Au contraire de Pat, Ira prononçait mon nom en mettant l’accent sur la première syllabe, comme dans la notion de géométrie, au lieu de le prononcer de la bonne façon, qui consiste à le faire rimer avec le verbe « excelle ».
– Je suis allé en Europe. J’ai pas mal roulé ma bosse. Londres, Paris, Madrid. Partout, il y a des endroits fabuleux, mais rien qui n’arrive à la cheville de Times Square. Vous voyez ce que je veux dire ?
Bien sûr, que je voyais.
– Bon, il est midi et quart, Axelle. On avait bien insisté pour que vous n’arriviez pas en retard, ajouta-t-il en faisant un petit mouvement de tête vers le gratte-ciel argenté. Ce doit être important.
– Ça pourrait l’être, oui, répondis-je en frissonnant, tandis que dans mon esprit surgissaient des visions du diamant disparu. En attendant, Ira, merci de me déposer à l’heure.
– Pas de problème, ma petite dame. Je vous attends ici. Bonne chance.
– Merci, Ira, répondis-je.
Je me passai rapidement la main dans les cheveux et gobai une pastille à la menthe. Voilà, c’est bon, je suis nickel, non ? me dis-je. Puis j’attrapai mon sac à main, descendis de la voiture et me retrouvai sur le trottoir.
1. The Big Apple est le surnom donné à la ville de New York, NDTL.
LUNDI APRÈS-MIDI
Le rendez-vous
Les portes, toutes de verre et d’acier, se refermèrent derrière moi, étouffant l’activité de la rue et me coupant dans mon élan ; Times Square et son chaleureux chaos appartenaient désormais au passé, et j’étais entrée dans un autre monde.
Parce que oui, Chic était bel et bien un monde à part, même dans celui de la mode.
Je mis mon téléphone sur silencieux et me dirigeai vers la réception. Je donnai mon nom puis l’on me pria de me diriger vers les ascenseurs. L’immeuble Sid Clifton (tel était le nom de l’immeuble dans lequel je me trouvais) abrite sous son toit tous les magazines publiés par Sid Clifton Inc., parmi lesquels on trouve Jeune et Chic et Chic Maison , ainsi que tout un éventail d’autres revues. Et à en croire l’immense portrait qui trône sur un des murs du hall d’entrée, Sid Clifton n’était pas seulement une entreprise, mais également une personne tout ce qu’il y avait de plus réelle.
Les gens qui allaient et venaient dans le hall composaient un curieux mélange d’hommes d’affaires en costume gris ; de femmes âgées, l’air sévère, en tailleur élégant ou en robe stricte ; de coursiers à vélo en tenue intégrale de sport ; et de nombreux jeunes journalistes et rédacteurs en chef très branchés, leur tasse de café Starbucks à la main. Je vis aussi plusieurs mannequins traverser le hall en quelques longues foulées, leur immense sac à main se balançant sur leur hanche, et leurs cheveux flottant au vent.
Avant d’appeler un ascenseur, je m’inspectai rapidement dans le grand miroir qui recouvrait le mur derrière la réception. Un jean slim , mon nouveau trench de détective carrément cool, un petit pull noir et des Converse accessoirisées par mes soins (à l’aide de petits clous pointus). Et un grand foulard vaporeux que ma mère m’avait acheté le week-end dernier.
– C’est à la mode, et en cachemire, m’avait-elle expliqué. Ça te tiendra chaud. Il peut y avoir un peu de vent, en cette saison, à New York. Et ça ajoutera une petite touche de couleur à l’ensemble.
Elle avait vu juste, et le reflet que me renvoyait le miroir me plaisait. Je me pinçai les joues pour les faire rosir, remis une légère touche de gloss sur mes lèvres et montai dans un ­ascenseur.
Par chance, il était vide. Je sentais le stress monter en même temps que le numéro des étages.
Calme-toi, Axelle. Relax, me dis-je, en prenant une profonde inspiration.
Évidemment, quand on m’avait proposé cette affaire, j’avais sauté dessus… Mais maintenant que j’étais ici, envoyée de Londres par Chic, l’énormité de ce que j’avais accepté me retombait dessus comme un sac beaucoup trop lourd pour moi. Je ne voyais pas comment j’allais réussir à m’en sortir. Et si je n’arrivais pas à résoudre cette affaire rapidement, on risquait de me coller la réputation d’un caniche de cirque, tout juste bon à faire un seul numéro.
C’est bon, Axelle, reprends-toi, me répétai-je.
Ma grand-mère m’avait toujours dit :
– Un jour, tu seras la plus grande détective du monde, Axelle.