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Verlaine Brown

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Livres
122 pages
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Description

Après le divorce de ses parents et son départ de Paris avec sa mère, une nouvelle vie commence pour Verlaine Brown. Lycée, copains, quartier : elle a tout à découvrir ! Heureusement sa guitare acoustique et son amour de la musique l’aident à faire face à ces changements. Lorsque les élèves organisent un concert pour financer un voyage à Liverpool sur les pas des Beatles, la vie de Verlaine s’éclaire soudain d’une nouvelle lumière… Pourquoi ne pas monter un groupe et donner vie aux mélodies qui l’habitent ? Dans cette aventure, réussira-t-elle à dépasser jalousies et rivalités ? À préserver ses amis et son premier amour ? Entourée de l’extravagante Angela, du beau batteur Léo et du colérique Mick, Verlaine se révèle peu à peu à elle-même et à tous ceux qui croient en son talent...

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Informations

Publié par
Ajouté le 05 octobre 2015
EAN13 9782215130734
Langue Français
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Verlaine_Brown_couv

Titre

UN ROMAN QUI SE PROLONGE EN MUSIQUE, UNE EXPERIENCE UNIQUE !

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Toute la bande-son du livre sur le sitewww.verlainebrown.com

Pour Anouk et Rachel.
Merci à Léa pour l’étincelle éditoriale initiale.

PROLOGUE

Verlaine Brown observa à la sauvette la foule qui affluait dans le hall de l’auditorium du lycée Léon-Blum, puis referma prestement la porte qui donnait sur les coulisses.

— Alors ? demanda Léo.

— C’est déjà bondé, répondit-elle. Je ne sais même pas s’ils vont réussir à faire entrer tout le monde.

— On joue dans une heure. Je vais voir en vitesse si je peux choper mes parents.

Il se dirigea vers la porte et s’arrêta à quelques centimètres du visage de Verlaine. Les mèches bleues qui parsemaient sa chevelure touchaient presque les boucles crépues de la jeune fille.

— Comment tu te sens ? lui demanda-t-il en la fixant.

— Pas si mal, je crois… J’ai quand même une trouille affreuse qui monte depuis la fin d’après-midi. Je n’arrête pas de repasser les accords et les textes dans ma tête, et je vais encore devoir aller aux toilettes, la douzième fois en deux heures… Mais, tu vois, je gère.

— T’inquiète, on est les meilleurs !

Les mèches bleues disparurent rapidement dans la masse des spectateurs. Verlaine referma la porte et, dans le dédale des coulisses, retourna à ses révisions silencieuses.

Sans même s’en rendre compte, elle se mit à chanter tout haut :

Friendly yours,

I know that time flies up

And never comes back…

La voix claire de Verlaine s’envola dans le couloir, rebondit sur le plafond et revint comme un boomerang à ses oreilles en la faisant sursauter. Elle rougit et regarda rapidement autour d’elle pour voir si quelqu’un l’avait surprise à brailler comme une idiote dans les coulisses, mais il n’y avait personne. Elle reprit sa déambulation en faisant bien attention cette fois à ne chanter que dans sa tête.

***

C’est la bronca, la bronca !

Dressé au bord de la scène, le corps tendu comme un arc et le poing levé, Mousse semblait à deux doigts d’avaler son micro tant il le tenait près de ses lèvres. Devant lui, les élèves avaient quitté leur siège pour se masser debout à l’avant-scène. Des dizaines de bouches ouvertes reprenaient en chœur le refrain. L’ambiance était torride, électrique, peu commune dans cet auditorium qui d’habitude abritait de tranquilles conférences ou des saynètes travaillées par l’atelier théâtre.

Et je vous dis que rien ne va,

Qu’il faut se battre contre ça,

C’est la bronca !

Verlaine entrouvrit le lourd rideau de scène qui la cachait du public et observa la salle. Derrière la folie des premiers rangs, les adultes étaient tous assis sur leur siège. Certains avaient le sourire et marquaient le rythme de la tête. D’autres semblaient se demander ce qu’ils faisaient là, à subir l’assaut de cette musique, telle une charge de cavalerie cosaque. Tout au fond Verlaine distinguait adossées au mur de l’auditorium les silhouettes des professeurs et de l’équipe de direction du lycée. Mais impossible de deviner l’expression de leurs visages.

Bronca !

Figé, la tête rentrée dans les épaules et le poing levé, le rappeur venait de lancer sa dernière salve. DJ Mad stoppa net ses platines. Une immense vague de cris et d’applaudissements les salua aussitôt. Les lumières de la salle commencèrent à se rallumer, alors que le public redemandait de ce mélange de beats puissants et de flow rageur qui venait de les submerger. Verlaine sentit son estomac se contracter. Dans quelques minutes, elle allait devoir affronter tous ces gens excités comme des puces après le set de Mousse et DJ Mad.

Elle caressa sa nouvelle guitare, puis tourna la tête vers Léo, Malsi et Angela. Il n’y avait pas de raison d’avoir peur, ils avaient travaillé comme des damnés. Et ce n’était pas le moment de se poser des questions ni de flancher. Pas après tout ce qu’ils avaient surmonté ensemble ces dernières semaines, ces dernières heures. Ils étaient là tous les trois derrière elle, prêts à donner le meilleur d’eux-mêmes. Prêts à la suivre… Elle ferma les yeux.

Quand elle les rouvrit, l’éclairage de la salle s’éteignait. Verlaine Brown se retourna pour leur adresser un rapide clin d’œil, et ils entrèrent enfin dans la lumière blanche qui baignait la scène.

CHAPITRE I

Quelques mois plus tôt…

Les vêtements jonchaient le sol par dizaines, ambiance champ de bataille. En un rien de temps, Verlaine avait réussi à mettre sa chambre dans l’état d’une boutique en fin de journée de soldes. Avec la lucidité du réveil et devant l’œil implacable de son miroir, sa tenue de rentrée élaborée la veille lui avait soudain semblé incongrue. Elle avait aussitôt vidé son placard – si patiemment rangé deux jours auparavant en défaisant les cartons du déménagement – et était finalement parvenue à un compromis satisfaisant. Ni trop sage ni trop frime. Ni trop godiche ni trop pimbêche. Son jean noir, court et un peu délavé, ses Doc Martens bleues, un tee-shirt uni et une veste noire légère. Elle voulait passer inaperçue pour ce premier jour, transparente. Elle essaya de grosses boucles d’oreilles, mais les remisa bien vite dans sa boîte à bijoux, et préféra plaquer ses cheveux crépus sous un bandeau gris clair. Elle s’observa une dernière fois dans le miroir : c’était parfaitement caméléon pour ce jour de rentrée.

Verlaine fit sonner du pouce les cordes de sa guitare acoustique, sorte de salut matinal à sa fidèle amie. Elle aurait bien aimé jouer un peu ce matin, mais elle avait passé trop de temps à se préparer. Tant pis, elle se dit qu’elle la retrouverait ce soir, et elle sortit de sa chambre.

— Tu es belle comme un cœur ! s’exclama sa mère.

Verlaine chipa une pomme sur le comptoir de la cuisine et glissa distraitement vers le canapé.

— Oui, tu trouves ?

— Oui, sobre et classe. Idéal pour ce qui t’attend aujourd’hui, non ?

Qu’une femme de plus de quarante ans, qui en plus est ma mère, valide ma tenue n’est pas forcément bon signe, pensa Verlaine. Mais elle la remercia d’un sourire un peu crispé et attrapa son sac.

— J’y vais, je suis déjà à la bourre, fit-elle en s’élançant vers la porte d’entrée, sa pomme entamée dans la main en guise de petit déjeuner.

— Mais tu n’as pratiquement rien mangé !

— Pas faim du tout ce matin. Allez, à ce soir.

— Oui, à ce soir et bonne journée, ma chérie.

Voilà le type de dialogues qu’on échange chaque matin depuis des mois, se dit Verlaine en dévalant les escaliers de l’immeuble. Dans le hall d’entrée, elle regarda l’heure à son portable et se rendit compte qu’elle avait exagéré, elle n’était pas du tout en retard. Elle avait fait la route à pied jusqu’au lycée, hier en début d’après-midi, et avait chronométré le temps de trajet. Le nouvel appartement ne lui plaisait pas beaucoup, mais au moins sa mère l’avait choisi pas trop loin du lycée Léon-Blum.

01_QRCode_Verlaine_Brown_-_Arrive_en_ville.jpeg

Verlaine jeta son trognon de pomme dans une poubelle et s’engagea dans la rue. Un beau soleil de septembre éclairait la ville, comme un prolongement des vacances. Elle observa encore une fois ce qui serait désormais son cadre de vie. Le quartier ressemblait un peu à celui d’avant, quelques boutiques sans intérêt, une boulangerie, une pharmacie avec son enseigne verte clignotante, un moche bar-tabac à l’angle de la rue, de vieux immeubles gris-blanc à huit étages, le brouhaha incessant des voitures et les accélérations des scooters. Un centre-ville, quoi. Et celui-là, Verlaine ne l’avait pas choisi.

Comme elle n’avait pas choisi de quitter Paris et ses amis pour la province. Comme elle n’avait pas choisi que ses parents se séparent, ni de laisser son père dans l’appartement du boulevard de Charonne pour aller s’installer avec sa mère. Ses derniers mois au lycée Hélène-Boucher restaient dans un flou indistinct, perdus dans la brume du choc et de l’incompréhension. Mais elle se souvenait que ses parents ne lui avaient pas posé beaucoup de questions, ni laissé beaucoup le choix. Explosion en plein vol, ramassage des débris éparpillés et tentative volontariste de reconstruction rapide. La fille suivra, merci maman.

Voilà, six mois de grand chambardement pour se retrouver à huit heures du matin dans une rue quasi inconnue, dans une ville qu’elle avait découverte quatre jours auparavant, et en route vers un nouveau lycée dont elle ignorait tout, rempli de gens qu’elle ne connaissait pas. Ah si, elle savait quand même une chose : elle entrait en première littéraire, première L1, option art, dans « l’établissement un peu chic du centre-ville, et qui a la réputation d’avoir un excellent niveau, même le meilleur de la ville, tu verras, tu vas adorer ». Encore merci maman.

Verlaine sentit à nouveau la boule de colère qui s’était installée au creux de son estomac depuis six mois. Une boule qui disparaissait, puis revenait, au gré de ses humeurs, de ses angoisses, des pensées qui lui traversaient l’esprit. Une boule qu’elle avait appris à apprivoiser, à masquer pour ne pas trop se faire entendre, pour ne pas empiler du bazar sur le bazar, pour ne pas rajouter sa voix à la cacophonie de la nouvelle musique familiale, ce drôle de trio où elle sentait confusément qu’elle avait encore sa place, mais sans parvenir à savoir exactement où. Une boule qui menaçait de remonter un jour et d’exploser au beau milieu de toute cette saleté d’injustice.

Verlaine attaqua le bitume du trottoir avec le talon de ses Doc, direction le lycée. Elle préférait de toute manière être en colère que triste. La tristesse, c’était le pire des trucs quand ça vous tombait sur les tempes, le soir, seul dans son lit, avec juste l’envie de blottir sa tête dans le creux de l’oreiller et de ne plus bouger, d’arrêter le cours du temps, le cours de la vie, pour pouvoir enfin pleurer toutes les larmes de son corps. La tristesse, ça pouvait parfois même ressembler à du désespoir.

***

— Tu m’as l’air un brin paumée, non ?

La fille était un peu forte, blonde. Surtout, elle était habillée comme un arc-en-ciel, une bonne dizaine de couleurs vives superposées qui se terminaient en un magnifique béret couleur framboise. Derrière les grands yeux bleus, le sourire était avenant, aucun doute là-dessus.

— En fait, oui, répondit Verlaine. Complètement perdue. Je suis censée aller vers le bâtiment F, mais je ne comprends absolument rien aux marques sur le sol.

— Ces trucs-là ? fit la fille en désignant négligemment du doigt les flèches de couleur par terre.

Du bleu, du vert, du jaune, du violet se mélangeaient dans une espèce de tortillon mal foutu, à mi-chemin entre les grandes sucettes torsadées de fêtes foraines et une glace italienne rendue folle par trop de parfums. Les flèches se séparaient ensuite, partant chacune dans des directions différentes, en serpentant entre la grande cour et les différents bâtiments du lycée.

— T’en occupe pas ! continua la fille. C’était le projet d’une prof d’arts plastiques pour décorer le lycée et orienter les élèves. Mais ils se sont complètement plantés dans les directions et les couleurs. Personne n’y comprend rien. Ça ne sert juste à rien. C’est devenu une sorte d’œuvre d’art.

— Ah, répondit simplement Verlaine.

Elle comprenait mieux à présent les quelques minutes qu’elle venait de passer dans le trouble le plus total, se faisant un beau nœud d’angoisse devant les spaghettis multicolores échappés d’une toile de Jackson Pollock. Elle ajouta :