Savoyard, Les Histoires extraordinaires de mon grand-père

-

Livres
130 pages
Lire un extrait
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Savoyard, Les Histoires extraordinaires de mon grand-père - Rares sont les ouvrages qui vont chercher ce qui se cache derrière cette terre de cartes postales. Or cette vieille terre de Savoie possède bien d’'autres trésors, bien d’'autres richesses, comme son patrimoine oral particulièrement original et varié, transmis de génération en génération depuis ces temps que l'’on dit “immémoriaux”. Ce sont ces histoires, à faire sourire, à faire peur, à faire rêver… que nous racontaient nos pères et leurs grands-pères avant eux. Félix Bertholaz est allé puiser dans cette tradition orale savoyarde pour nous restituer des histoires qui nous donnent l'’âme de notre Savoie.


Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 27 décembre 2012
Nombre de visites sur la page 83
EAN13 9782365729772
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0071 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème
Les chemins de l’Imaginaire
Savoie
Les Histoires extraordinaires de mon grand-père
Félix Bertholaz
Éditions Reflets de France
CPE
Aucune représentation ou reproduction, même partielle, autre que celles prévues à l’article L 122-5. 2° et 3°a) du Code de la propriété intellectuelle ne peut être faite de la présente publication sans l’autorisation expresse de la Société Communication-Presse-Édition ou, le cas échéant, sans le respect des modalités prévues à l’article L 122-10. dudit code.
© Communication-Presse-Edition
Les Veillées
Mon grand-père était maçon, un petit artisan à son compte à Saint-Sigismond, pas bien loin de Cluses. Il a pris sa retraite en 1960. Il s ’était marié en 1926, à ma grand-mère, une fille qui venait de l’autre Savoie, de Pralogna n-la-Vanoise. Elle avait suivi son père qui avait quitté sa condition de paysan pour trouve r un travail chez un horloger. La passion de mon grand-père, c’était de raconter des histoires : des histoires qu’il inventait lui-même ou des histoires qu’il avait entendues ail leurs et qu’il recomposait à sa façon. Il aimait autant les histoires d’hommes ou d’animaux q ue les vieilles légendes qui nous racontaient l’histoire du pays.
Son grand plaisir, mon grand-père le trouvait les s oirées d’hiver lors des fameuses veillées. C’est même à une veillée qu’il avait renc ontré grand-mère. Les veillées commençaient après la Toussaint, une fois les récol tes, les grains, les légumes et les fruits rentrés, le bétail revenu à la maison après trois mois de pâturage, la provision de bois bien rangée... Les jeunes d’aujourd’hui rêvent de cette époque bénie où pourtant l’électricité et l’eau courante étaient encore rare s et à plus forte raison la radio, le téléphone et la voiture si importants pour eux. Ils pensent que les veillées étaient des sortes de soirées récréatives et folkloriques penda nt lesquelles on dansait, on chantait en patois tout en mangeant des châtaignes et en buv ant du cidre. Les veillées s’achevaient souvent de cette façon, il est vrai, e t étaient toujours des pauses attendues au cœur du long hiver, dans les campagnes isolées.
Les veillées développaient l’esprit communautaire e t jouaient un rôle social par le simple fait d’accomplir certains travaux avec l’aid e de ses voisins : teiller le chanvre (le débarrasser de son écorce et le séparer de la filas se) ou casser les noix pour l’huile. Rôle économique, aussi, puisqu’on changeait chaque soir de maison, ce qui permettait d’économiser le bois et la lumière... Les hommes ré paraient leurs outils, tressaient la paille ou l’osier, sculptaient le bois à l’opinel o u jouaient aux cartes. Les femmes filaient, cousaient, tricotaient.
On racontait des fables, on chantait beaucoup tout en travaillant : chansons traditionnelles, malicieuses, nostalgiques ou récen tes, apprises lors de séjours à la ville ou dans les foires. Mon grand-père passait pour êtr e doué pour raconter des histoires de revenants, de sorciers ou de diables, qui donnaient la chair de poule à ceux qui, plus tard, sortaient dans le noir pour rentrer chez eux. Mon grand-père était le roi des veillées de la région de Cluses car il était un conteur répu té. Il connaissait toutes les histoires de la vallée, mais en plus il en savait bien d’autres, car entre les années 1920 et la guerre, son métier l’a amené à visiter presque toutes les v allées des deux Savoies et même l’étranger. Grand-Père louait son équipe sur des gros chantiers et il pouvait partir des fois plusieurs mois à plus de 150 kilomètres. Il est all é à Courmayeur dans le val d’Aoste ; il allait souvent à Martigny ou à Chable dans le Valai s. Dans chaque ville où il allait, il était écouté lorsqu’il racontait ses histoires. Des gens venaient de loin pour l’entendre. Des intellectuels venaient même pour retranscrire ses p ropos. Certains lui racontaient à leur tour des histoires que Grand-Père rapportait ensuite chez nous.