Youssef et le palais des chagrins
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Description

Ce recueil de contes populaires saoudiens ("Les pommes magiques", "Le coq et le collier de perles", "Le destin de Khassa"...) nous transporte dans un monde étrange et merveilleux où la magie de l'amour métamorphose les gens et les choses. Ouvrez ce livre et rêvez éveillés!

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 février 2010
Nombre de lectures 220
EAN13 9782336271101
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0062€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Jeunesse L’Harmattan
Collection dirigée par Isabelle Cadoré, Denis Rolland, Joëlle et Marcelle Chassin
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Classe de CM2C de l’école du Centre de l’Haÿ-les-Roses-Elisabeth URBAIN, La colère gronde au Moulin de la Bièvre, 2009.
Yoanne TILLIER, Zazavavirano, la sirène de Mayotte , 2009.
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Edmond LAPOMPE-PAIRONNE, Touloulou au pays des dauphins, 2009.
André KALIFA, Le ballon perdu , 2009.
Nadia GHALEM, Un jardin dans la guerre , 2009.
Philippe MARIELLO, Compère Chien et Compère Chat — Le rêve de Compère crabe. Bilingue créole-français, 2009.
Youssef et le palais des chagrins
Contes d'Arabie Saoudite

Lamia Baeshen
© Lamia Baeshen, Al Tabat wa al Nabat
© L’Harmattan, 2009
5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
9782296105799
EAN : 9782296105799
Sommaire
Jeunesse L’Harmattan Page de titre Page de Copyright INTRODUCTION Le sultan et la poule Youssef et le palais des chagrins Les pommes magiques Le coq et le collier de perles Le destin de Khassa La souris de Makki La tête de l’âne La tige de l’Elixir La vache Sabha La coupe en cornaline La Légende Des Mondes
INTRODUCTION
Ce serait une erreur de penser que le conte populaire est destiné principalement aux enfants. Ces contes ont rassemblé les croyances, les coutumes et les rituels des communautés de même qu’ils ont amusé, éclairé et instruit leurs membres. Pendant des milliers d’années, ils ont renforcé les liens communautaires non seulement en bannissant la monotonie de la vie quotidienne, mais également en reflétant la psyché collective.
Les contes populaires existent depuis l’aube des temps dans toutes les sociétés. La question d’origine de ces contes coïncide avec celle de l’origine de la littérature en général. Quelques chercheurs localisent ces histoires simples, à la racine de la pensée humaine, même s’ils prennent la forme d’une fable, d’une parabole, d’un mythe, d’une légende ou d’un simple conte populaire. Ces formes narratives sont l’évidence vivante que l’imagination est l’instrument fondamental de la pensée raisonnable et, comme l’imagination est indispensable à la connaissance humaine, le « folktale », le conte populaire, l’est de même à notre structure littéraire et culturelle.
Pendant la première décennie du quatorzième siècle de l’Hégire (la deuxième moitié du XX e siècle), en l’absence du théâtre, de la radio et même d’un journal approprié, l’oralité était l’outil le plus important de la société, et la population de Djeddah avait l’habitude de se réunir autour d’un conteur, mais le plus souvent d’une conteuse.
A la tombée de la nuit, les enfants, prêts à dormir, attendaient impatiemment la tante ou la mère ou la grand-mère qui les porteraient sur les ailes de l’imagination dans des terres lointaines où ils vivraient de grandes aventures souvent amusantes. La plupart du temps, ils s’endormaient au milieu de l’histoire, mais cela ne veut pas dire que leur curiosité avait été assouvie. Ce rituel a été généralement pratiqué dans presque toutes les maisons, reflétant une tradition narrative orale partagée dans la ville. Ainsi, ces contes ont joué un rôle important dans la socialisation de la jeune génération.
Mais l’audience de ces contes n’était pas limitée uniquement aux enfants ; ils étaient un grand passe-temps pour des adultes aussi. Les femmes rendant visite à des voisines ou à des parents passaient leurs après-midi à raconter ou à entendre des contes humoristiques. Les hommes eux s’asseyaient dans les cafés et passaient leurs soirées à écouter des contes de bravoure.

Quand la vie était simple, le conte était une pratique vivante très populaire qui a persisté formant l’identité, le comportement et les relations sociales. Comme il y avait plusieurs conteurs, il y avait beaucoup de contes à raconter, les histoires se sont individualisées, ont changé et leurs formes n’ont jamais été stables ou définitives. Chaque conteur a pu tisser dans la trame de son récit des éléments nouveaux à travers son propre modèle personnel, ajoutant et modifiant ainsi la séquence des événements, les rôles des personnages et la longueur de son intrigue.
Les conteurs ont possédé la légèreté pour enchanter l’esprit et pour formuler leurs propres versions des mêmes contes qui sont demeurés mimétiques et symboliques. Les contes sont une mine d’informations sur la culture d’un peuple et ses valeurs parce qu’ils ont été créés pour eux ; ils ont formulé leurs espoirs et leurs craintes et ont été racontés pour les éduquer et les amuser.
Bien que l’audience soit sous le charme, elle ne laisse pas la narration se dérouler sans interruptions ; elle intervient avec des commentaires, soulève des questions, participe avec des suggestions et réagit avec des cris et des rires. Le conteur encourage ces interactions et ne les trouve jamais inutiles. Ces interactions s’avèrent être enrichissantes pour le conteur parce qu’elles lui donnent des indications claires sur le goût de l’assistance et elles l’aident à former et à remodeler les composantes du conte oral toujours changeant.

Les interventions de l’audience deviennent par la suite une partie de l’histoire. Parfois ce procédé d’adaptation se produit sur place et le conteur emploie les changements pendant qu’il ou elle raconte.
Le charme et la fascination d’un conte se fondent sur le talent du conteur. Dans un conte bien dit nous entendons non seulement les voix des personnages et leurs accents distincts, mais nous entendons aussi les voix des animaux et des créatures mythiques, le son de la chute de la pluie, le bruit des tempêtes, les cris perçants...
Le narrateur chante et exprime toutes sortes d’émotions allant de la crainte au bonheur. Lui ou elle utilise habilement l’expression faciale, le rythme, le tempo, la cadence, les gestes et l’effet dramatique.
Ces contes bien structurés contiennent beaucoup de détails réels mais en même temps ils sont remplis d’interruptions fantastiques. Le magique et l’incroyable sont les éléments de base d’un conte populaire, et c’est le travail d’un conteur de faire paraître l’invraisemblable comme le vraisemblable.
Presque tous les contes ont leur pareil dans chaque partie du monde. Les hommes, pendant leur voyage autour du globe dans des buts commerciaux, politiques ou religieux, ont transporté avec eux les contes. Ces contes ont franchi les frontières et se sont adaptés à de nouveaux environnements.
Les contes que nous avons traduits proviennent d’un ouvrage du professeur Lamia Baeshen, qui comprend des contes traditionnels d’Arabie Saoudite, principalement de la ville de Djeddah. Nous disons l’Arabie Saoudite parce que les gens des différentes villes dans le royaume se partagent la plupart de ces histoires, particulièrement sur la côte occidentale, dans un secteur historiquement connu sous le nom de Hedjaz. Les contes furent enregistrés par des femmes âgées, qui les racontaient à une audience d’enfants ou d’adultes. Ce fut une tâche souvent ardue car la plupart de ces femmes âgées risquaient de mourir ou d’oublier les riches détails de leurs contes.
Lamia Baeshen affirme dans son introduction qu’elle a eu de la chance de pouvoir assembler ces contes et les sauver ainsi de l’extinction, puisque l’art de narrer est de nos jours une chose du passé. La jeune génération saoudienne n’a jamais entendu ces histoires et n’a jamais éprouvé la joie d’écouter un conteur doué qui les entraîne sur les ailes de son imagination.
Lamia souligne enfin que, en collectant ces contes, son rêve était de ressusciter l’oralité. Sans la narration, la transcription littérale du texte reste figée.
Si j’ai entrepris la traduction de ces contes populaires en langue française, c’est dans le but de faire connaître le conte populaire saoudien et de faire partager sa beauté. Car la richesse de ces contes de tradition orale est peut-être méconnue, et il se peut qu’elle soit même inconnue, dans les pays étrangers et en France.
Le sultan et la poule
I l était une fois une pauvre femme, qui désirait de tout son cœur avoir des enfants, elle se réveilla au milieu de la nuit et pria Dieu en disant :
- Oh Dieu, j’implore votre bénédiction et je vous supplie de me donner un enfant, même si cet enfant est une poule.
Dieu a exaucé ses prières, et elle devint enceinte et mit au monde une poule. Elle fut très heureuse avec le nouveau-né et elle se sentit transportée de joie jusqu’au septième nuage. La femme éleva la poule et l’aima comme si elle était sa vraie fille. Elle craignait toujours pour sa vie, la protégeait même du moindre souffle d’air. La poule grandit et alla se promener dans les jardins du sultan au milieu de la nuit. Chaque fois qu’elle voyait le jardinier près dela barrière, elle s’approchait de lui et pour entrer, elle lui chuchotait à l’oreille ces mots magiques :
- Hoguk Bouguk , que ce qui est au-dessous de vous soit au-dessus de vous.
En écoutant ces mots, l’homme se mettait tête en bas terre, pieds en l’air. Elle le laissait dans cet état et se promenait dans les jardins. Une fois qu’elle était à l’intérieur, elle enlevait ses vêtements en velours et se baignait dans la piscine. En nageant, elle apparaissait sous la forme d’une belle femme, gracieuse comme la lune dans sa quatorzième nuit, avec de longs cheveux qui tombaient jusqu’aux genoux. Quand elle sortait de la piscine, elle se promenait dans les jardins et elle ramassait des raisins et des grenades qu’elle mettait dans ses poches. Puis en sortant elle chuchotait au jardinier les mêmes mots magiques pour qu’il revienne à son état normal.
Le jardinier se redressait et essayait d’identifier la voix qu’il avait entendue, mais il ne voyait devant lui qu’une poule, et il ne lui était jamais venu à l’esprit que les mots venaient d’elle. La poule revenait chez sa mère dans la cabane en bois, et quand la bonne femme lui demandait :
- D’où proviennent ces fruits délicieux ? Où les as-tu volés ? Que Dieu te donne la sagesse pour que nous vivions en paix !
Elle répondait :
- Cackle, Cackle !
Cela continua jusqu’au jour où le sultan vint dans son palais et regarda par la fenêtre. Il cria tout d’un coup :
- Toi, jardinier ! Où sont les fruits qui remplissaient le jardin ? Comment ont-ils pu disparaître si nous-mêmes n’en avons pas mangé ?
Le jardinier répondit en tremblant :
- Seigneur, accordez-moi l’assurance que vous ne me punirez pas et je vous dirai tout.
Le sultan lui répondit :
- Je te garantis la vie sauve, parle !
Le jardinier raconta :
- Seigneur, tous les soirs, après minuit, j’entends une voix qui me chuchote à l’oreille : « Hoguk Bogouk , que ce qui est au-dessous de vous soit au-dessus de vous », et je me retourne du haut vers le bas. Je reste dans cette position incapable de voir qui arrive ou qui part jusqu’au moment où le voleur, après avoir pris tout ce qu’il veut, me remet sur mes pieds, mais cela est trop tard.... et tout ce que je vois devant moi c’est une petite poule...

Le sultan pensa : « Quelle histoire étrange ! Je dois m’assurer que le jardinier dit la vérité, je dois donc le surveiller ce soir et voir moi-même cet événement extraordinaire. »
A minuit, le sultan attendit dans le noir et la poule apparut comme d’habitude. Elle murmura les mots magiques et le jardinier tourna du haut vers le bas. Elle entra, enleva son manteau en velours et alla vers la piscine pour se baigner avec ses beaux cheveux flottant derrière elle à la surface de l’eau. Le sultan fut ébloui par sa beauté et l’amour envahit son cœur. Il resta là tout en la surveillant jusqu’à ce qu’elle eût fini de se baigner et commençât à ramasser les fruits et à les mettre dans sa poche. Il la suivit quand elle retournait à la cabane en bois et il sut ainsi où elle habitait.
Le jour suivant, la mère fut réveillée par des coups violents à la porte. « Je prie Dieu le Tout-Puissant que tout ira bien » dit-elle. Mais elle faillit mourir quand elle vit le sultan lui-même à sa porte. Elle paniqua, ne sut plus quoi faire et finalement lui demanda poliment d’entrer.
Le sultan lui dit :
- Je suis ici pour demander la main de votre fille en mariage.
La mère lui répondit :
- Mais seigneur, je n’ai pas de fille.
Le sultan insista :
- Je veux la poule.
La mère lui dit :
- Excusez-moi seigneur, mais ce n’est qu’une simple poule.
Le sultan ordonna :
- Je l’emmènerai avec moi tout de suite.
La mère ne put rien dire de plus et elle prépara la poule pour son départ. Elle pleura et lui dit :
- Je t’avais conseillé mille fois de ne pas voler les fruits, et parmi tous les gens, tu as volé ceux du sultan, imbécile !
Elle remit la poule aux gardes et le sultan l’emmena avec lui dans son palais.
A l’intérieur du château, la poule commença à sautiller d’un coin à l’autre, à se balancer sur les lustres et à arracher tous les rideaux. Elle déchira tout en morceaux et fit un grand désordre dans la chambre où elle était.