Alain Robbe-Grillet : le nouveau roman composite
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Description

L'oeuvre d'Alain Robbe-Grillet a souvent été envisagée d'après les catégories de la spécificité et de l'étanchéité des formes artistiques, généralement associées à l'esthétique moderne. Pourtant un regard sur sa production permet de constater qu'une foule de codes discursifs et médiatiques traversent ses réalisations littéraires, comme le scénario, le roman policier, la photographie et le cinéma. Au moyen des théories de l'intergénéricité et de l'intermédialité, cet essai se penche sur les différents genres et médias qui se manifestent dans l'oeuvre d'Alain Robbe-Grillet.

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Informations

Publié par
Date de parution 01 avril 2011
Nombre de lectures 112
EAN13 9782296461284
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0143€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Alain Robbe-Grillet :
le nouveau roman composite
Intergénéricité et intermédialité

Critiques littéraires
Collection dirigée par Maguy Albet

Dernières parutions
e
Brigitte FOULON,La Poésie andalouse du XIsiècle. Voir et
décrire le paysage, 2011.
Jean-Joseph HORVATH,La Famille et Dieu dans l’œuvre
romanesque et théâtrale de Jean Giraudoux, 2011.
Haiqing LIU,André Malraux. De l’imaginaire de l’art à
l’imaginaire del’écriture,2011.
Fabrice SCHURMANS,Michel de Guelderode. Un tragique de
l’identité, 2011.
Connie Ho-yee KWONG,Du langage au silence, 2011.
V. BRAGARD & S. RAVI (Sous la direction de),Ecritures
mauriciennes au féminin : penser l’altérité,2011.
José Watunda KANGANDIO,Les Ressources du discours
polémique dans le roman de Pius Ngandu Nkashama, 2011.
Claude HERZFELD,Thomas Mann.Félix Krull,roman
picaresque, 2010.
Claude HERZFELD,Thomas Mann. Déclin et épanouissement
dansLes Buddenbrook, 2010.
Pierre WOLFCARIUS,Jacques Borel. S’écrire, s’écrier : les
mots, à l’image immédiate de l’émotion, 2010.
Myriam BENDHIF-SYLLAS,Genet, Proust, Chemins croisés,
2010.
Aude MICHARD,Claude Simon, La question du lieu, 2010.
Amel Fenniche-Fakhfakh,Fawzia Zouari, l'écriture de l'exil,
2010.
Maha BADR,Georges Schehadé ou la poésie du réel, 2010.
Robert SMADJA,De la littérature à la philosophie du sujet,
2010.
Anna-Marie NAHLOVSKY,La femme au livre. Itinéraire
d'une reconstruction de soi dans les relais d'écriture
romanesque (Les écrivaines algériennes de la langue
française), 2010.
Marie-Rose ABOMO-MAURIN,Tchicaya ou l'éternelle quête
de l'humanité de l'homme, 2010.

François Harvey

Alain Robbe-Grillet :
le nouveau roman composite
Intergénéricité et intermédialité

© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-54786-5
EAN : 9782296547865

Cet ouvrage n’aurait pu voir le jour sans le soutien et les
précieux conseils deGillesDupuisetde Marie-Pascale Huglo,
professeursauDépartementdeslittératuresde langue française
de l’Université de Montréal. Je les remercie chaleureusement.

À Mélanie, Antoine,
Jérôme, Zoé etSarah

INTRODUCTION

Le décloisonnementest sansaucun douteun des traits
distinctifsde notre époque. Les supportsmédiatiques se
multiplient(livre,télévision,radio, Internet, etc.) etau travers
d’eux, leshistoiresetlesidées se disséminent. Lesdisciplines
nese conçoiventplusenvase clos ;même la poétique,
conventionnellementétanche auxapprochesculturelleset
sociales,s’ouvre à l’interdisciplinarité etfaitappel auxoutilsde
1
lasociocritique, de l’esthétique de laréception etde l’histoire .
Lesarts, plusparticulièrement,sont touchésparcette
valorisation dudisparate :on ne juge pluslesproductions
artistiques selon leurspropriétés respectives, maisplutôt selon
leurscapacitésà colligeretà métisserdifférentsmatériaux
discursifsetmédiatiques.
Cette ère desespacesinterstitielsoùl’hybridation a force de
2
loi, GuyScarpetta l’a associée à la «postmodernitpéé »,riode
qui, à l’encontre desaspirationsmodernesà laspécificité età
l’étanchéité despratiquesartistiques,se détermine par
3
l’« hétérogénéité des registresoudesmatériaux utilisés» :

1
Comme le démontreLa Voie aux chapitres. Poétique de la disposition
romanesqued’Ugo Dionne, dontle pointdevue estcelui d’une «poétique
élargie» où«[l]’histoire permet[...] detempérerle formalisme par
l’érudition, alorsque la poétique, aumême moment, etde façontoutaussi
bénéfique, qualifie lesminutiesde l’érudition parl’énergiquesynthèse du
formalisme. » Ugo Dionne,La Voie aux chapitres. Poétique de la disposition
romanesque, Paris, Seuil, coll. « Poétique »,2008, p. 17et18.
2
Généralementcaractérisée par un ensemble devaleurs signifiantà la fois
l’aboutissementetle dépassementde l’époque moderne, la postmodernitése
définitgrossièrementcomme la fin desgrands récitsd’émancipation etde
l’idéologie progressiste etévolutionniste, etparle «retour» auxformes
conventionnellesdereprésentation –selonun pointdevuesoitpastichiel,soit
critique. Rappelonsque dansl’espritde Jean-FrançoisLyotard, à l’ère
postmoderne, « [l]e grandrécita perdu sa crédibilité, quel quesoitle mode
d’unification qui lui estassigné :récit spéculatif,récitde l’émancipation. »
Jean-FrançoisLyotard,LaCondition postmoderne, Paris, LesÉditionsde
Minuit, coll. « Critique », 1979, p.63.
3
GuyScarpetta,L’Impureté, Paris, Grasset, « Figures», 1985, p.380.

11

À l’opposé de la façon dontl’avant-gardismes’étaitépuisé
dansla quête d’unespécificitéradicale de chaque code, il
m’estapparuque nombre de créationsactuelles visaient une
sorte de confrontation, de décloisonnement, de
4
contamination desartsles unsparlesautres[…].

5
La «multiplicité activdee »smatièresmisesenrelation etle
choc de leurs rencontresconstituentle fermentde la pensée
contemporaine oùl’identité estd’abord le produitd’une
relation.
À l’égard de cettevision néobaroque oùprédominentla
contamination etlerecyclage, le nouveau roman a été perçu
commeune mouvance antagoniste,voireréactionnaire, mue par
un profond désirde pureté oùlesarts se définissentparleurs
formespropres. Scarpettas’estfaitl’écho de cette idée,
opposantà la modernité néoromanesque la «généralisation de
6
l’esthétique du“second degré” »caractéristique de l’art
contemporain. Maisdéjà, plusieursannéesavantque le penseur
développesathéorie dupostmoderne, AlainRobbe-Grillet
nourrissaitcettevision hermétique, affirmant, parexemple, que
le cinéma etla littératuresont« deuxactivitésparfaitement
7
détachéesl’une de l’autroe »,uencore que l’artiste ne crée
qu’exnihilo :

Ce qui faitla force du romancier, c’estjustementqu’il
invente, qu’il invente entoute liberté,sansmodèle. Lerécit
moderne a ceci deremarquable :il affirme de propos
délibéré ce caractère, àtel pointmême que l’invention,
8
l’imagination, deviennentà la limite lesujetdulivre .

4
Ibid., p.380.
5
Ibid., p.380.
6
Ibid., p.381.
7
Alain Robbe-GrilletetJean-JacquesBrochier, « Alain Robbe-Grillet: deux
o
activitésparfaitementdétachéesl’une de l’autre »,Magazine littéraire, n41,
Juin 1970, p. 14.
8
Alain Robbe-Grillet, «Surquelquesnotionspérimées»,Pour un nouveau
roman, Paris, LesÉditionsde Minuit, coll.« Critiqu19e »,63, p.30.
RobbeGrilleta cherché à nuancer sa position dans sesécrits théoriquesdesannées
1990oùilsoutient(nonsans une auto-ironie à peine dissimulée) que « [l]e
NouveauRoman desannéescinquante a été présenté, parbeaucoup de

12

Malgré lespropensions robbe-grillétiennesà l’originalité età
l’étanchéité desformesartistiques, en pratique, lescréationsdu
nouveau roman nes’avèrentpas si fermées. Aucontraire, elles
sont traverséesparde multiplesdiscoursetcodes
représentationnels. Certains spécialistesont relevé cette
pluralité, notammentBruce Morrissette qui, dans son ouvrage
Intertextual Assemblage in Robbe-Grillet: fromTopologyto
9
The Golden Triangle ,s’estintéressé aux références
intertextuellesetauxcollagesautotextuels robbe-grillétiens.
Plus récemment, lespratiquesderéécriture chezMichel Butor,
Marguerite Duras, RobertPingetetClaude Simon ontconstitué
10
le principal objetd’étude d’Anne-Claire Gignoux. Surle plan
strictementinterartial, la critique arelevé l’influence de la
peinture, ducinéma etde la musiquesurl’écriture des
11
néoromanciers, dontClaude SimonetAlain Robbe-Grillet.
Bien que la pensée postmodernes’oppose àune conception
« impurde la modee »rnité néoromanesque, lesexégètesdu
nouveau roman ont tâché de démontrerque les recyclages
12
intertextuelsetlescouplagesintersémiotiquesconstituent une

critiquesà la lecture hâtive, comme faisant tablerase dupassé. Or,une des
chosesqui m’ont toujours semblé desplus remarquables, c’estque nous
avionsl’impression, aucontraire, de baignerdans une civilisation, c’est-à-dire
dansdesœuvresqui nousprécédaientAlain Robbe-G. »rillet, « DuNouveau
Roman à la Nouvelle Autobiographie »,Le Voyageur, Paris,
Christian Bourgois, coll. « Points»,2001, p.287.
9
Bruce Morrissette,Intertextual Assemblage in Robbe-Grillet fromTopology
toThe Golden Triangle, Fredericton, York Press, 1979, 84 p.
10
Anne-Claire Gignoux,La Récrituformes, enjere :ux,valeurs autour du
NouveauRoman, Paris, Pressesde l’Université de Paris-Sorbonne,
coll. « Travauxdestylistique etde linguistique française :études
linguistiques»,2003, 197p.
11
Mentionnons: Brigitte Ferrato-Combe,Écrire en peintre : Claude Simon et
la peinture, Grenoble, ELLUG, Université Stendhal, 1998,255 p.;
Karine LalancettDe, «umeurtre ensérie aumeurtresériel :lesérialisme à
o
l'œuvre dansDjinnd'Alain Robbe-Grillet»,Tangence, n68, hiver 2002,
p.65-76 ;Jeanne-Marie Clerc,Écrivains et cinéma. Des mots aux images, des
images aux mots, adaptations et ciné-romans, Paris, Klincksiek, 1985,347p.
12
Nousentendonsle mot« intersémiotique » au senslarge de «relationsentre
différents systèmes sémiotiques», en opposition au sens restreintque lui
donne GeorgesMolinié, pourqui l’« inter-sémiotique »consiste en « l’étude
des tracesdu traitement sémiotique d’un artdansla matérialité du traitement

13

partnon négligeable de la production de cette mouvance
littéraire. À l’évidence, le nouveau roman nes’estpas soustrait
auxexercicesderéemploi etde combinaisontextuelset
médiatiquesqui déterminentl’époque contemporaine;plus
particulièrementl’œuvrerobbe-grillétienne, dontlesabondantes
pratiquesinterdiscursivesetinterartiales réclament un examen
approfondi.
La production littéraire d’Alain Robbe-Grilletest traversée
parde multiplesformesgénériquesetmédiatiques, notamment
lescénario, leroman policier, la photographie etle cinéma. Les
récits robbe-grillétiensincorporentcesgenresetcesmédias soit
en lesconservantdansleuraltérité,soiten les remodelantde
manière à lesadapterà de nouveauxcontextes textuelsouà
d’autres supportsmédiatiques. Lescénariosevoitainsi métissé
au roman danslesciné-romansL’Année dernière à
1314
Marienbad,L’Immortelle,Glissements progressifs du
15 16
plaisiretC’est Gradiva qui vous appelle,selonune intention
ludique quivise à excluretoutpréjugé detrivialité. Une même
dynamique d’hybridation caractérise les récits-photosRêves de
1718
jeunes filles,Les Demoisellesd’HamiltonetTemple aux
19
miroirsoùde courts récitscomposésparle néoromancier sont
juxtaposésà desphotographiesde David Hamilton et
d’Irina Ionesco. Le genre policier, deson côté,subit un
traitementdetypetransformationnel puisquesesfonctionset
sesformes setrouvent systématiquementparodiéesdansles

sémiotique d’un autre art». GeorgesMolinié,Sémiostylistique. L’effet de
l’art, Paris, PUF, coll. « Formes sémiotiques», 1998, p. 41.
13
Alain Robbe-Grillet,L’Année dernière à Marienbad, Paris, LesÉditionsde
Minuit, 1961, 172p.
14
Alain Robbe-Grillet,L’Immortelle, Paris, LesÉditionsde Minuit, 1963,
210p.
15
Alain Robbe-Grillet,Glissements progressifs du plaisir, Paris, LesÉditions
de Minuit, 1974,221 p.
16
Alain Robbe-Grillet,C’est Gradiva quivous appelle, Paris, LesÉditionsde
Minuit,2002, 158 p.
17
Alain Robbe-GrilletetDavid Hamilton,Rêves de jeunes filles, Paris,
RobertLaffont, 1971, 144 p.
18
Alain Robbe-GrilletetDavid Hamilton,Les Demoiselles d’Hamilton, Paris,
RobertLaffont, 1972, 143p.
19
Alain Robbe-GrilletetIrina Ionesco,Temple aux miroirs, Paris, Seghers,
1977, [128] p.

14

20 21
romansLes Gommes,Le Voyeur,Glissements progressifs du
22 23
plaisir,DjinnetLa Reprise. Enfin, Robbe-Grillet transpose
les techniquesetlesimagesdu septième artau sein
desescinéromans suivant un dessein proprementintermédiatique quitend
à promouvoirle cinéma au rang d’horizonréférentiel privilégié.
Empruntant un parcours théorique allantde l’intergénéricité
à l’intermédialité (approchesdontlescontours serontdétaillés
aufil de l’argumentation), cetouvragesera consacré à l’analyse
de l’hybridation etde la parodie génériquesdansles romanset
lesciné-romans robbe-grillétiens, età l’examen des
combinaisonsetdes transpositionsmédiatiquesdansles
récitsphotosetlesciné-romansdunéoromancier. Si, d’emblée,
l’œuvre de Robbe-Grillet se présente commeun produitde
l’avant-garde artistique, il n’en demeure pasmoinsque cet
écrivain façonne la formeromanesque (etpluslargement, le
24
récit)selonune perspective intrinsèquementdialogique .
Comme nousle constateronsdanslesanalysesquisuivent, les
25
dynamiquesgénériquesetla «traversée desmédias» qui
déterminentletravail de créatRobbe-Gion derillet tendentà
démontrerque l’œuvre dunéoromancier, loin dese cantonner
auxcatégoriesde l’artmoderne oùla critique postmoderne l’a
confinée,sesitue plutôtdans un espace limitrophe entre la
modernité littéraire etla pensée contemporaine, lorgnantla
plupartdu tempsducôté de cette dernière. Valorisantle
décloisonnementdesclassesdiscursivesetdes systèmesde
représentation,tiranten grande partiesaspécificité des

20
Alain Robbe-Grillet,Les Gommes, Paris, LesÉditionsde Minuit, 1953,
264 p.
21
Alain Robbe-Grillet,Le Voyeur, Paris, LesÉditionsde Minuit, 1955,255 p.
22
Alain Robbe-Grillet,Djinn. Un trourouge entre les pavés disjoints, Paris,
LesÉditionsde Minuit, 1981, 146p.
23
Alain Robbe-Grillet,La Reprise, Paris, LesÉditionsde Minuit,2001,
253p.
24
Selon lesidéesdéveloppéesparMikhaïl Bakhtine pourqui «le problème
central de lathéorie de la prose littéraire est un problème de discoursà deux
voix, intérieurementdialogisé, dans tous ses typeset variantesmultiples. »
Mikhaïl Bakhtine,Esthétique et théorie duroman, Paris, Gallimard,
coll. « Tel », 1978, p. 150.
25
Selon l’expression de Jean Verrier, dans: «Latraversée desmédiaspar
o
l’écriture contemporaine : Beckett, Pinget»,Études françaises,vol.22, n3,
1987, p.35-43.

15

articulationsgénériquesetmédiatiquesqui l’animent, le
nouveau romanrobbe-grillétien apparaîtcommeun objet
essentiellementcomposite.

16

PREMIÈRE PARTIE : INTERGÉNÉRICITÉ

ENTRE NORMATIVITÉ ET GÉNÉRICITÉ

Alain Robbe-Grilletarrive à l’écriture aumomentmême où
la notion d’appartenance générique est remise en question par
les théoriciensetlespraticiensde la littérature. Pourtant,un
simple coup d’œil àsesœuvrespermetde constaterque le
néoromancierfaitfréquemmentintervenirdiversmatériaux
génériques, élisantparfoisdesgenresconsidérés triviaux
comme lescénario etleroman policierau rang de modèles
d’écriture. Surle plan desgenreslittéraires, l’œuvre de cet
écrivainsesituerait-elle à la charnière desdeuxconceptions
fondamentalementdifférentesaux yeuxde la critique quesont
26
l’« agénéricité »etla généricité ?

Texte et genre

e
Detoutesparts, dèsle débutduXXsiècle, penseurset
écrivainscritiquentl’aspectnormatif dugenre littéraire et
préconisenten contrepartie la dissolution de la notion de genre.
Comme le note Karl Canvat, avec la montée de la modernité
artistique,

[j]ugée académique, conformiste et rétrograde, la notion de
genre littéraires’est toutparticulièrement trouvée mise en
cause. L’apparition d’œuvres« inclassables» commeÀ la
recherche dutemps perdude ProustouUlyssede Joyce, a
précipité le grand mouvementde déconstruction de la notion
de genre, auquel l’Esthétiquede Croce, puisle Dadaïsme et
le Surréalisme ontdonnéune expression à la fois théorique
27
etpratique .

Dansla foulée desavant-gardeslittéraires, qui ontcherché àse
défaire descontraintesimposéesparla notion de genre au
moyen d’esthétiquesessentiellement transgressives(comme

26
Nousdésignonsparce néologisme l’absence d’appartenance générique d’un
texte littéraire (dumoins,sur un plan purement théorique, puisqu’untexte
sansgenrese conçoitdifficilement).
27
Karl Canvat, « Essai d’histoire de la notion de genre littéraire »,Les Lettres
os
romanes,tome LI, n3-4, août-novembre 1997, p.211.

19

l’écriture automatique), les théoriciensdesannées1950et1960
confirmentle caractère arbitraire descatégoriesgénériques.
Maurice Blanchot, dansLe Livreà venir,soutientque «[s]eul
importe le livre,tel qu’il est, loin desgenres, en dehorsdes
rubriques, prose, poésie,roman,témoignage,souslesquellesil
refuse deserangeretauxquellesil dénie le pouvoirde lui fixer
28
sa place etde déterminer sa for» Radicalime .santcette
affirmation, le groupe Tel Quel (avec entête Philippe Sollers),
suivi de prèsparlethéorBaicien Rolandrthes,substituentà
l’idée d’œuvre littéraire etaux valeursconservatricesqui lui
sontcorréléescellesTede «xte »etd’« écriture
textuelle ». Avec la notion de Texte, quisubsumetoutesles
catégoriesgénériques, l’œuvre absorbe lesmarginalitéset se
refusetoute identitéreconnaissable. PourBarthes, plus
particulièrement, le Texte « ne peutêtre prisdans une hiérarchie
ni mêmeunsimple découpage desgenres. Ce qui le constitue
estaucontraire (ouprécisément)sa force desubversion à
29
l’égard desclassementsanciens. »Contestantles relationsde
généalogie générique, il ajoute que «[l]e Texte, lui,se lit sans
30
l’inscription duPère .» Selon cette conception moderne du
récitlittéraire, oùlesclassesde genres sontperçuescomme des
contraintesà la foiscréatricesetinterprétatives, l’écriture
textuellese présente comme le lieuprivilégié de l’expression,
un purespace d’originalité etde liberté orientéversles
différentespossibilitésqu’offrent seslectures:

Regardétel quel, dans sa qualitéseule detexte, le Texte
devient subversif parce qu’il échappe auxforces, auxcadres,
auxécransqui l’emprisonnaient, le dénaturaient, le
masquaient,s’interposaiententre l’attention dulecteuretla
nuditétextuelle. Il faut, enun mot, libérerle Texte de la
carapace de l’œuvre etdeschaînesduGenre. Cequ’on
nomme Littérature implique desfixations,sclérosantou
dissimulantla matérialité active etla non-finitude duTexte,

28
Maurice Blanchot,Le Livre à venir, Paris, Gallimard, coll. « Folio essais»,
1959, p.272.
29
Roland Barthes, «De l’œuvre au texte »,Le Bruissement de la langue,
Paris, Seuil, 1984, p.71.
30
Ibid., p.74.

20

carcelui-ci n’aura nulle
31
temps.

limite dansl’espace ni dansle

Sousl’influence d’écrivains telsJean Echenozet
Umberto Eco,la notion de Textes’essouffle aucoursdes
années1970et1980auprofitgénéde la «ricitDané ».sles
milieuxde la critique littérairee, ilstdorénavantquestion de
mélange desgenres, d’hybridation etde «croisement
32
d’identités[génériques]reconnaissables». À l’encontre d’une
conception qui a longtempscherché à dissoudre la généricité
dansla «textualitl’èé »,re dite «postmoderne » aréhabilité la
notion de genre en littérature, maisnon comme norme, plutôt
comme potentiel créateur:

L’« impureté »desœuvrescontemporainesnesignifie
cependantpasqu’ellesont renoncé à la notion de genre et
qu’ellescultiventdélibérémentleur singularité etleur
irréductibilité auxconventionsde genres. Bien plutôt,
tentent-ellesdes’affranchird’une certaine conception de la
notion de genre, qui a longtempsfaitd’elleun principe
33
d’ordre […].

Effaçantla hiérarchie classique desgenres,touten contestant
l’idéal de non-appartenance associé à l’écrituretextuelle, la
littérature contemporaineuse dugenre comme d’unterrain de
jeuetderecherche;elle dialogue avec la normativité
générique, imite etparodie lesdifférents typesde discours,
mélange lesgenres sansdistinguerles trivialités. Ceretourau
genre ouvreune ère d’intertextualité générique oùfoisonnent
leshybrideslittérairesetoùle genre agit telunregistre de
matériaux:

31 o
Michel Zéraffa, « Le genre et sa crise »,Degrés, n39-40, automne-hiver
1984, p. h1-h2.
32
Jean BessièrIne, «troduction »,dans: Jean Bessière (dir.),Hybrides
romanesques. Fiction (1960-1985), Paris, Presses universitairesde France,
1988, p.7.
33
Karl Canvat, «Essai d’histoire de la notion de genre littéraire »,loc. cit.,
p.219.

21

Onsaitque [contrairementauxœuvresde la modernité] les
productionscontemporainesnes’obligentplusàse
démarquerdesdiversesformesde l’art trivial, ne cherchent
plusnécessairementle perfectionnementde leursprocédéset
de leurs techniques suivant une logique puriste
d’essentialisation –versla littératurpe «urlee »,théâtre
« pur», le cinéma « pur», etc. Qu’elles visentaumétissage
ouà l’entre-deux, ellesont renoncé à poursuivreun
hypothétique progrèset setournent volontiers versle passé –
et, partant,versle déclassé –, dans un geste nostalgique de
ressaisissementde latradition, de citation parfois
ironique/parodique, parfois sérieuse. […] Concassé,recyclé,
le genre devient un matériaucommeun autre, qui n’estplus
lié à descontraintesde contenuni même à descontraintes
formelles strictes. Il cesse d’êtreunrepèrestable.
Déchronologisé, à la limite délittérarisé, il perdsa fonction de
borne esthétique et sa fonction de datation (mêmes’il
n’échappe pasàson historicité);il opère désormais
34
autrement, comme espace de jeu, commerépertoire .

Ensynchronie avec cetterenaissance desgenresdansles
milieuxlittéraires, plusieurscritiquesontcherché àréhabiliter
la notion de genre danslesdomaines théoriques. Toutefois, à la
normativité associéetraditionnellementà cette notion, ilsont
substituéune conception dynamique de la généricité.

La généricité contemporaine

Dupointdevue de la linguistiquestructurale, lesqualités
littérairesd’untexte ontlongtempsété définiesd’aprèsle
critère de «l’accentmis surle message pour son propre
35
comptAe ».ucoursdesdernièresdécennies, cette idée a
quelque peu varié. La poéticité du textesemble désormais se

34
RobertDion, FrancesFortieretÉlisabeth Haghebaert, « La dynamique des
genres», dans: RobertDion, FrancesFortieretÉlisabeth Haghebaert(dir.),
Enjeux des genres dans les écritures contemporaines, Québec, Nota bene,
coll. « Lescahiersderecherche en littérature québécoise »,2001, p.360-361.
35
Roman JakobsLingon, «uistique etpoétique »,Essais de linguistique
générale, Paris, LesÉditionsde Minuit, coll. « Double », 1963, p.218.

22

manifesternon pas surle plan desespropriétésintrinsèques, à
chaque fois uniques, mais surcelui desesqualités
transtextuelles. Gérard Genette définitlatranstextualité comme
étant«toutce qui met[untexte] enrelation, manifeste ou
36
secrète, avec d’autres textes», c’est-à-dirl’ene «semble des
catégoriesgénérales, ou transcendantes[…] dont relève chaque
37
textesingulierL’adhé. »sion d’untexte à la littératurese
signaletoutparticulièrementaupointdevue deson
architextualité, branche de latranstextualité caractérisée par« la
38
détermination du statutgénérique d’untexte »,àsavoir son
appartenance à descatégorieslittéraires.
Cette adhésion à la littérature, l’œuvre la dénote
traditionnellementde manière normative,surle plan des
composantesgénériquesqu’elle partage avec lesécritsdupassé.
Tzvetan Todorov, dans sonIntroduction à la littérature
fantastique,résume bien cette détermination de l’œuvre
littéraire :

[O]n ne doitpasignorerqu’[untexte] manifeste des
propriétésqui luisontcommunesavec l’ensemble des textes
littéraires, ouavecun des sous-ensemblesde la littérature
(que l’on appelle précisément un genre). Il estdifficilement
imaginable aujourd’hui qu’on puisse défendre lathèseselon
laquelletout, dansl’œuvre, estindividuel, produitinédit
d’une inspiration personnelle, fait sansaucunrapportavec
39
lesœuvresdupassé .

Or, pourTodorov, la littérarité du texte nesaurait seréduire à la
reconduction detraitsgénériquesantérieurs. En effet,selon le
théoricien, «untexte n’estpas seulementle produitd’une
combinatoire préexistante (combinatoire constituée parles

36
Gérard Genette,Palimpsestes. La littérature au second degré, Paris, Seuil,
coll. « Pointsessais», 1982, p.7.
37
Ibid.
38
Ibid., p. 12.
39
Tzvetan Todorov,Introduction à la littérature fantastique, Paris, Seuil,
coll. « Pointsessais», 1970, p. 11.

23

propriétéslittéraires virtuelles);il estaussiunetransformation
40
de cette combinatoire .»
Cette double articulation du texte augenre estaucentre de la
définition actuelle du récitlittéraire. Toutefois, à l’idée d’une
poéticité fondéesurle genre conçucomme norme,s’est
substituéeune littérarité baséesurla dynamique générique.
PourJean-Marie Schaeffer, l’œuvre littéraire n’estpas
seulement une configuration particulière detraits
compositionnels, c’esten plus un acte communicationnel
résultantde déterminationsémettriceset réceptives
complexes:

[U]ne œuvre n’estjamais uniquement untexte, c’est-à-dire
une chaînesyntaxique et sémantique, maiselle estaussi, et
en premierlieu, l’accomplissementd’un acte de
communication interhumaine,un message émispar une
personne donnée dansdescirconstancesetavecun but
spécifiques,reçupar une autre personne dansdes
41
circonstancesetavecun butnon moins spécifiques.

Selon cette conception, letexte constitueune manifestation
concrète de l’intentionnalité de l’auteur, portéevers
l’intentionnalité dulecteur. Cette différence entre les
intentionnalitésauctoriale etlectoriale induitdeuxmodalités
distinctesd’appréhension dufaitgénérique. Pourl’auteur, le
genre est u“man «tériel” parmi d’autres surlequel il
42
“travaille” »,alorsque pourle lecteur, il estd’abordune
catégorie classificatoire qui lui permetderattacher untexte à la
classe à laquelle il appartient. À cesmodalitésd’appréhension
dufaitgénérique correspondentdeux typesde généricité, la
généricité lectoriale etla généricité auctoriale.
La généricité lectoriale (ouclassificatoire) est un phénomène
déterminé principalementparlescompétencesd’un lectoratà

40
Ibid.
41
Jean-Marie Schaeffer,Qu’est-ce qu’un genre littéraire?, Paris, Seuil,
coll. « Poétique », 1989, p. 80.
42
Jean-Marie Schaeffer, «Du texte augenre. Notes surla problématique
générique »,dans: Gérard Genette (etal.),Théorie des genres, Paris, Seuil,
coll. « Pointsessais», 1986, p. 197.

24

classerles texteslittéraires. Nécessairement, cette classification
est une opérationrétrospective, ou«rétroactive »selon
Schaeffer ;c’estquetoutprocessusde catégorisation des textes
littéraires, ou toute modélisation de genres, ne peut se produire
qu’à partirdesœuvresdupassé :

Leseffetsderétroaction onten effetàvoir uniquementavec
lerégime classificatoire: ils sontdusaufaitqu’untexte ne
sauraitprédéterminer toutes sesparentésultérieuresavec
des textesoudesclassesdetextesencore inexistantsau
momentdesa production, cesparentésdépendantautantdes
textesàvenir(etdeschangementshistoriqueséventuels
concernantlescritèresde classification) que despropriétés
43
intrinsèquesdu texte en question .

Il està noterque pourSchaeffer, autantla classification de
textesen genresestcontingente, autantlescritèresde
catégorisationsontmultiples. Lethéoricien appuiesesclasses
de genres surdescaractéristiquesquirelèventde l’énonciation,
de la destination, desfonctionsdudiscoursetdeses réalisations
sémantiqueset syntaxiques,sansparlerdesdéterminants
44
contextuels spatiauxet temporelss ;ommetoute, lescritères
de classification apparaissentà l’image desclassesqu’ils
engendrent: plurielsetfoncièrementouverts. Quoi qu'il ensoit,
Schaeffer réserve auxclassesproduitesparlerégime lectorial le
nom de «genre »,en opposition à la «généricitqé »,ui
détermine plus singulièrementlerégime auctorial.
La généricité auctorialesesitue à l’étape de la production du
texte. Contrairementaucaractèrerétrospectif de la généricité
lectoriale, la généricité auctoriale estla manifestation d’une
intention créatrice :

43
Jean-Marie Schaeffer,Qu’est-ce qu’un genre littéraire?,op. cit., p.
147148.
44
Dansla perspective de Schaeffer, lesgenres sontdescatégories
classificatoiresancréesdansdes réalitésculturellesethistoriquesdonnées, qui
fontqu’untexte peutmigrerd’une catégorie àune autreselonson contexte de
réception.

25

[S]i auniveaude la création desœuvreslesphénomènes
génériquescorrespondentpourl’essentiel, comme ilsemble
raisonnable de l’admettre, à desfaitsintentionnelsde choix,
d’imitation etdetransformation […], lesparentéspouvant
surveniraprèscoup au texte, en dehorsdetoute
intentionnalité auctoriale etindépendammentdeson
45
contexte de genèse,sontnon pertinentes.

La généricité auctoriale est une fonctiontextuelle : elletravaille
l’œuvre en gestation à partirdesmodèlesgénériques
préexistants. Elle conçoitle genre commeune matière,un
matériau servantà l’élaboration du texton con« Sie :sidère le
genre commeunrépertoire des traits susceptiblesd’être choisis,
l’écrivainy sélectionne desformesdontil a besoin pour réaliser
son œuvre, en optantpourcellesqui conviennentàson
46
projetLa géné. »ricité estainsiune dynamique, c’est-à-dire
qu’elle induit un mouvement,un devenirdugenre,responsable
deson historicité.
Dans« Du texte augenre », Jean-Marie Schaefferdistingue
deux stratégiesde productiontextulaelle :réduplication etla
47
transformatLaion .réduplication consiste en l’imitation eten
lareconduction de critèresgénériquesétablis, alorsque la
transformation estdéterminée parl’idée d’un écartentre les
traitsgénériquesd’untexte par rapportaux règlesdugenre
auquel il appartient, écartqui estconçucommeuneviolation.
Or, pourSchaeffer, la pureréduplication d’un genre, bien
qu’ellesoit théoriquementconcevable, esten pratique
irréalisable (sauf dansdescaslimitesà l’image de
Pierre Ménard, auteur du Quichottede Borges), car«touttexte
48
modifie “son” genrC’ee ».std’ailleursenraison de la

45
Ibid., p.148.
46
JosiasSemujanga,Dynamique des genres dans le roman africain. Éléments
de poétique transculturelle, Paris, L’Harmattan, coll. « Critiqueslittéraires»,
1999, p.32
47
Régimesdontil affine lesfonctionnementsdansQu’est-ce qu’un genre
littéraire ?en discernantl’exemplaritésurle plan de l’acte communicationnel,
de la modulationsurlesplans syntaxique et sémantique.
48
Jean-Marie SchaefferD, «u texte augenre. Notes surla problématique
générique »,loc. cit., p. 197.

26

fonction fondamentalement transformationnelle de la généricité
que lesclassificationsgénériques s’avèrentchangeantesaufil
du tempsla compo: «sante générique d’untexte n’estjamais
(sauf exceptions rarissimes) lasimpleréduplication dumodèle
générique constitué parla classe detextes[…] dansla lignée
49
desquelsilsesitu» Manifee .stement, chezSchaeffer, le mode
transformationnel de la généricité estgrandementfavorisé,
puisque pourlethéoricien, en fin de compte, « [c]haquetexte a
50
[…]son propre genr»e .
Ce penchantà définirla littérarité à partirde la généricité est
répandudanslesétudeslittérairescontemporaines. Comme le
signalentRobertDion, FrancesFortieretÉlisabeth Haghebaert,

lesétudesactuellesmarquentquelquesinflexionsmajeures,
quireprésententautantde postulatscommuns: ainsi en est-il
de la conception de l’acte littéraire commeuacn «te
sémiotique complexe »,qui permetd’envisagerles textes
comme des« agrégats» de formesdiscursives[…] :il est
moinsquestion d’examinerl’appartenance générique d’un
texte que de mettre aujourles tensionsgénériquesqui
l’informent. Ce déplacementdugenre à la généricité meten
suspens touteviséetypologique auprofitd’une conception
dynamique oùlareconnaissance de «l’impureté »
constitutive desproductionslittérairespermetde contourner
51
l’écueil essentialiste,vivementdénoncé .

Selon cette perspective, lesqualitésd’untexte littérairerésident
dans sa capacité à convoqueretà agencerdifférentsmatériaux
génériques ;parconséquent, l’objetdes recherchesen littérature
s’envoitprofondément« La poéchangé :tiquese présente dès
lorscomme l’étude, à chaque fois spécifique, desfaitslittéraires
du texte. Elle envisage l’œuvre commeune formeunique,un
système orienté, qui estlerésultatd’untravail de

49
Ibid.
50
Ibid., p.200.
51
RobertDion, FrancesFortieretÉlisabeth Haghebaert, « La dynamique des
genres»,loc. cit., p. 17.

27

transformation desloisgénériquesexistanteset vise à montrer
52
commentcesloisconstituent unsystème designificat»ion .
Dion, FortieretHaghebaertontcherché àrépertorierles
pratiquesgénériquesqui caractérisentcette poéticité nouvelle.
Ilsensontarrivésà distinguer troisprocessusd’interaction
entre lesformesdiscursives: la différenciation, l’hybridation et
latransposition. La différenciation est une procédure de
dérivation à partirdesgenresexistantsqui conduit
habituellementàunevariété nouvelle de genre, parexemple,
l’autofiction émanantde l’autobiographie. L’hybridationse
présente comme la combinaison detraitsgénériques
hétérogènesdans une même œuvre. Enfin, latransposition
consiste en « lareprise detraitsgénériquescaractéristiquesd’un
genre donné dansdesœuvresoùils semblentle plus
53
inattendus», dont résulteun certain «décalage formel
54
potentiellementcritique .» Selon Dion, FortieretHaghebaert,
la diversité desprocessusd’interaction entre lesgenres, ainsi
que leurcaractère non exclusif, démontrent, en premierlieu,
l’impossibilité actuelle de compartimenterlesgenres, eten
second lieu, la qualité essentielle de la généricité, c’est-à-dire
son potentiel créatif. Suivantcette nouvelle perspective, comme
lesoutiennentFrançoisDumontetRichard Saint-Gelais, la
littérature est réaffirmée grâce à larevitalisation de la matière
générique :

On n’assiste pasàune attaque enrègle contre des systèmes
génériquesétablis,visantà promouvoir uneredistribution
des valeurslittéraires, maisplutôtàunesorte de jeuconsenti
avec lesélémentsde cesystème, ce qui ne le faitpas vaciller
maisne le laisse pas toutà faitinchangé pourtant. Sous un
autre angle,tout se passe commesi c’étaitla littérature qui
auboutducompte étaitprivilégiée parcesentreprises, et
non pasle genre commetel, celui-ci étantà la foismaintenu
et rétrogradé au rang de matériau:toutce qui estde la

52
JosiasSemujanga,Dynamique des genres dans le roman africain. Éléments
de poétique transculturelle,op. cit., p.27-28.
53
RobertDion, FrancesFortieretÉlisabeth Haghebaert, « La dynamique des
genres»,loc. cit., p.353-354.
54
Ibid., p.354.

28