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Comment séduire un vampire (sans vraiment essayer)

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Description

Le vampire Zoltan Czakvar cherche à découvrir la vérité à propos de la mort de son père et cela fait maintenant très longtemps qu’il s’y intéresse, soit depuis l’an 1241. Il n’a pas l’intention d’abandonner cette quête, même lorsqu’il subit l’attaque d’une femme aux yeux bleus saisissants et à la droite dévastatrice!
Neona mène aussi sa propre quête. Elle cherche un compagnon et elle pense que ce Zoltan bien musclé fera très bien l’affaire. Après tout, les hommes ne servent bien qu’à une chose. Elle se rend cependant compte assez tôt que ce magnifique vampire a plus à offrir que des prouesses sexuelles. Elle a toutefois un secret qu’elle se garde bien de révéler à Zoltan, quelque chose de si gros que cela secouera le monde des vampires.
Est-ce que leur amour naissant peut survivre... même si leur passion signifie la destruction de son monde?

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Informations

Publié par
Date de parution 06 décembre 2016
Nombre de lectures 94
EAN13 9782897671488
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0015€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Les hommes ne sont pas admis ici.
— Pourquoi pas ?
— Ils ne sont pas… nécessaires.
— Chaque communauté a besoin de quelques hommes.
Elle se libéra de son emprise et recula d’un pas.
— Ce n’est pas le cas de la nôtre.
Il s’en moqua.
— Comment construisez-vous vos maisons ?
Il désigna la cabane du doigt.
— Frederic n’a-t-il pas construit celle-ci ?
— Il a apporté son aide, mais nous savons comment le faire sans un homme. Nous avons
construit nos propres maisons.
— Et qu’en est-il de la protection ? Un homme peut pro…
— Nous pouvons nous protéger.
Pas contre une armée. Zoltan ne voulut pas lui rappeler la mort récente de sa sœur. Cela
serait trop cruel.
— Les hommes peuvent servir à bien des choses.
Elle lui adressa un regard dubitatif.
— Vraiment ?
— Bien sûr. Un homme peut… faire un feu.
Elle haussa les épaules.
— Je peux faire ça.
— Un homme peut nourrir sa famille.
— Je suis une excellente chasseuse.
— Un homme peut labourer le sol et passer la charrue.Copyright © 2014 Kerrelyn Sparks
Titre original anglais : How to Seduce a Vampire (Without Really Trying)
Copyright © 2016 Éditions AdA Inc. pour la traduction française
Cette publication est publiée en accord avec HarperCollins Publishers
Tous droits réservés. Aucune partie de ce livre ne peut être reproduite sous quelque forme que
ce soit sans la permission écrite de l’éditeur, sauf dans le cas d’une critique littéraire.
Éditeur : François Doucet
Traduction : Guillaume Labbé
Révision linguistique : Féminin pluriel
Correction d’épreuves : Nancy Coulombe, Féminin pluriel
Montage de la couverture : Matthieu Fortin
Photo de la couverture : © Thinkstock
Mise en pages : Sébastien Michaud
ISBN papier 978-2-89767-146-4
ISBN PDF numérique 978-2-89767-147-1
ISBN ePub 978-2-89767-148-8
Première impression : 2016
Dépôt légal : 2016
Bibliothèque et Archives nationales du Québec
Bibliothèque Nationale du Canada
Éditions AdA Inc.
1385, boul. Lionel-Boulet
Varennes, Québec, Canada, J3X 1P7
Téléphone : 450-929-0296
Télécopieur : 450-929-0220
www.ada-inc.com
info@ada-inc.com
Imprimé au Canada
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Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du
livre du Canada (FLC) pour nos activités d’édition.
Gouvernement du Québec — Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres — Gestion
SODEC.
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et
Bibliothèque et Archives Canada
Sparks, Kerrelyn
[How to Seduce a Vampire (Without Really Trying). Français]
Comment séduire un vampire (sans vraiment essayer)
Traduction de : How to Seduce a Vampire (Without Really Trying).
Suite de : Le vampire qui m’aimait.
ISBN 978-2-89767-146-4
I. Labbé, Guillaume. II. Titre. III. Titre : How to Seduce a Vampire (Without Really Trying).
Français.
PS3619.P38H6814 2016 813’.6 C2015-942578-6
Diffusion
Canada : Éditions AdA Inc.
France : D.G. Diffusion
Z.I. des Bogues
31750 Escalquens — France
Téléphone : 05.61.00.09.99
Suisse : Transat — 23.42.77.40
Belgique : D.G. Diffusion — 05.61.00.09.99
Conversion au format ePub par:
www.laburbain.com— Nous avons un âne.Lecteurs et lectrices de la série Histoires de vampires, sachez que vous me stupéfiez ! Vous
avez fait en sorte de maintenir les morts-vivants en vie le temps de 15 livres !R e m e r c i e m e n t s
Comme vous pouvez le voir dans la dédicace, mes personnages ainsi que moi-même devons
beaucoup à nos lecteurs et lectrices. Merci de l’appui et des encouragements fantastiques que
vous m’avez donnés au cours de ces années ! Je voudrais aussi remercier les libraires et les
bibliothécaires qui ont assuré la promotion de ma série et le genre littéraire romantique en
général.
Mille merci aussi aux professionnels chez HarperCollins, sans qui je ne pourrais espérer avoir
l’air d’être aussi intelligente et dans le vent : mon éditrice, Erika Tsang, et son assistante,
Chelsey ; Tom, du département des arts, qui continue de m’offrir les plus étonnantes
couvertures ; Pamela et Jessie, du département de la publicité, et plusieurs autres personnes
qui travaillent dans les coulisses. Un grand merci à Michelle Grajkowski de l’agence littéraire
Three Seas, ma meneuse de claque numéro un. Et merci aussi à Shelley et Peggy de
Webcrafters, qui ont conçu et qui entretiennent mon site Web tout en ayant aussi créé le design
graphique de mes publicités et de mon image de marque.
D’un point de vue plus personnel, je suis bénie d’être entourée de personnes qui m’aiment et
me soutiennent. Mes chères amies et partenaires critiques, MJ, Sandy et Vicky, sachez que
vous êtes les meilleures ! Et que dire de mon mari et de mes enfants, qui savent m’inspirer, me
faire rire et veiller à ce que je demeure forte. Vous avez mon amour et ma reconnaissance pour
toujours !Chapitre un
Lorsque Zoltan Czakvar entra dans l’armurerie de son château transylvanien, son regard se
posa automatiquement sur la flèche qui avait tué son père. À peine visible là où elle se trouvait,
montée sur le mur éloigné, la flèche parvenait encore à l’arrêter net dans son élan et à lui tendre
les nerfs. Merde ! Il devrait arracher cette fichue chose de là, la jeter au feu et en avoir terminé
avec ça une fois pour toutes.
Puisqu’il était un homme qui s’enorgueillissait de ne jamais abandonner avant qu’un travail ne
soit accompli, cette flèche servait à lui rappeler le douloureux souvenir de son seul échec
majeur. Il n’avait jamais trouvé les gens qui avaient assassiné son père et détruit son village.
Malheureusement, ces événements s’étaient produits en l’an 1241, de sorte que la possibilité de
réussir à les retrouver semblait peine perdue depuis longtemps.
Il avait essayé. Oh mon Dieu, comme il avait essayé. Dès l’âge de 14 ans, il avait voyagé
avec cette damnée flèche pendant des années, cherchant désespérément quelqu’un qui pourrait
savoir d’où elle avait pu provenir. Un symbole curieux était gravé sur la hampe de la flèche, la
rendant unique. Personne n’avait toutefois pu le reconnaître. Cela était donc demeuré un
mystère jusqu’à ce jour, le raillant et lui rappelant tout ce qu’il avait perdu.
Il poussa un soupir, puis déposa la glacière qu’il avait descendue le long de l’escalier en
ecolimaçon faiblement éclairé. Lorsque cette partie du château avait été achevée au XV siècle,
cette pièce caverneuse de la cave était devenue l’armurerie. Les piques et les haches d’armes
de l’époque médiévale avaient disparu, mais on y trouvait encore un assortiment d’épées et
d’arbalètes, en plus d’une sélection d’armes à feu et de munitions de l’époque moderne.
Comme cela était le cas pour la majeure partie du château, la cave était maintenant dotée de
l’alimentation électrique. Il alluma les lumières. Les coins éloignés de la pièce demeurèrent dans
l’obscurité, mais les murs tout près de lui brillèrent tandis qu’une impressionnante collection
d’épées reflétait la lumière et apaisait son humeur aigre. Tels des amis loyaux, ces épées
l’avaient bien servi au cours des siècles. Une bonne épée demeurait l’arme de choix pour lui et
ses compagnons morts-vivants plus âgés. Ses amis modernes étaient différents.
Il jeta un coup d’œil à sa montre. Encore 10 minutes avant la réunion prévue.
Le matériel qu’il avait apporté ici la nuit précédente était proprement disposé sur la longue
table en bois. Quelques couteaux. Une boîte de balles pour un pistolet automatique. Une autre
boîte remplie de cartouches pour des fusils de chasse et de grenades à main et une longue
boîte contenant des flèches modernes. Il déposa la glacière au bout de la table. La neige
carbonique maintiendrait les bouteilles de sang synthétique bien froides pendant des jours.
— Hé, Zoltan, dit une voix depuis l’escalier en colimaçon. Tu es en bas ?
Merde. C’était Howard, son nouveau garde de sécurité. Zoltan se retourna pour faire face à
l’énorme être-ours tandis que ce dernier se penchait pour ne pas se frapper la tête sur l’entrée
plutôt basse de la pièce.
— Nul besoin de venir voir comment je vais. Je vais bien. Je pensais que tu allais sortir pour
manger avec ta femme.
— C’est ce que je vais faire. Elle voulait faire un brin de toilette avant d’y aller.
Le regard acéré d’Howard erra dans la pièce, puis il s’attarda sur le matériel qui recouvrait la
table.
— Voici donc l’armurerie.
— Oui.Une semaine plus tôt, Zoltan avait embauché la femme d’Howard, Elsa, de même que son
équipe d’experts en rénovation pour effectuer certains travaux sur l’aile est et sa tour qui
s’effrondraient. Ils avaient bondi sur l’occasion de pouvoir ainsi présenter un véritable château
transylvanien sur leur émission télévisée de rénovations résidentielles. Pour sa part, Howard
avait à peine pu voir sa femme au cours des six derniers mois, puisqu’il avait été posté au
Japon. Son patron, Angus MacKay, de MacKay Sécurité et Enquête, avait demandé à Zoltan
d’accepter l’être-ours comme nouveau chef de la sécurité afin que le couple puisse passer un
peu de temps ensemble.
Zoltan savait que ce n’était qu’un prétexte. Au cours des trois derniers siècles, il avait été le
maître de la bande de vampires de l’Europe de l’Est. Une de ses fonctions était de protéger les
siens des vampires maléfiques connus sous le nom des Mécontents. Il avait donc contrarié sa
part d’ennemis au fil des années. Plus récemment, il avait démantelé un groupe de Mécontents
qui s’adonnait au trafic d’êtres humains. Angus était inquiet qu’ils puissent chercher à se venger
et il avait donc mandaté Howard pour qu’il effectue une révision complète des mesures de
sécurité, tant au château qu’à la maison en bande de Zoltan à Budapest.
Zoltan avait accepté à contrecœur. Comment aurait-il pu refuser, alors qu’Elsa l’avait supplié
de dire oui avec un visage tellement rempli d’espoir ? Elle avait été excitée toute la journée,
attendant impatiemment l’arrivée de son mari, qui s’était pointé environ une heure plus tôt. Le
choix du moment n’était pas très bon pour Zoltan, car il avait une réunion secrète qui devait
commencer dans huit minutes.
— Je suis sûr que tu as hâte de te retrouver avec ta femme, dit-il à l’être-ours. Je vais donc
te faire visiter le château demain soir. Si tu préfères, mon assistant, Milan, peut aussi te le faire
visiter demain matin.
Howard hocha la tête.
— Je viens tout juste de le rencontrer en haut. Il parle… beaucoup.
Zoltan tressaillit intérieurement. Milan avait sans doute fait de son mieux pour empêcher
Howard de descendre l’escalier.
— Pourquoi ne te rendrais-tu pas au village à bord d’une de mes voitures ? Milan peut te
montrer où se trouve le garage.
— Il m’a déjà fait cette offre, répondit Howard en fronçant les sourcils. Tu sais, en tant que
nouveau chef de la sécurité, je dois te dire que je suis choqué du peu de sécurité qu’il y a ici. Je
n’ai remarqué qu’une seule caméra de surveillance, soit à l’extérieur à côté de cette grille de
fer…
— La herse, oui.
— Et elle ne fonctionne pas.
— Je vois. Eh bien, nous pourrons en parler demain, dit Zoltan en marchant vers lui tout en
pointant l’escalier du doigt. Profitez bien de votre soirée.
Howard ne bougea pas d’un poil.
— D’après ce que j’en sais, tout le monde dans le château sait que tu es un vampire.
— Oui.
— Et ce restaurant que tu m’as recommandé… J’ai téléphoné afin que l’on me donne
l’itinéraire pour m’y rendre et le type m’a demandé si je séjournais au château avec le vampire
local.
— Il n’était pas nécessaire de téléphoner. Il y a seulement deux rues dans le village et un
seul restaurant. Il serait difficile de ne pas le trouver.
— Ce n’est pas le point ! Zoltan, combien de gens savent que tu es un mort-vivant ?
— Plusieurs personnes, je suppose, dit-il en haussant les épaules. Nous sommes en
Transylvanie, après tout.— Il s’agit là d’un trop grand risque. Tu devrais te servir de ton contrôle de l’esprit pour
effacer leurs mémoires.
Zoltan poussa un soupir et jeta un coup d’œil à sa montre. Il ne disposait plus que de six
minutes.
— Leurs souvenirs sont ma sécurité. Les gens de la région savent qu’eux et leurs ancêtres
ont pu vivre en sécurité pendant des générations grâce à moi. Je les ai protégés des Mongols,
des Turcs ottomans, des Hongrois, des Prussiens, des Allemands, des Russes et
d’innombrables bandes de voleurs et de brigands. Les villageois ne laisseraient jamais personne
me nuire. On pourrait dire qu’ils constituent ma première ligne de défense.
Howard inclina la tête et le regarda curieusement.
— C’est donc la raison pour laquelle les mortels à qui j’ai parlé prétendent que tu es un héros
? Malgré cela, je dois tout de même soulever une objection…
— Moi aussi. Si je suis un fichu héros, pourquoi suis-je seul ?
Howard s’en moqua.
— Comment pourrais-je le savoir ? Je m’inquiète de ton absence de sécurité, pas de ton
absence d’une femme à baiser.
— Voilà qui est dit avec éloquence.
Zoltan désigna l’escalier de la main.
— Et sur cette note, tu ne devrais pas faire attendre ta femme.
— Je suis sérieux, Zoltan. Le nombre d’amis loyaux que tu as n’est pas important. Il ne faut
qu’un seul ennemi pour te tuer.
— En effet, dit Zoltan en faisant un nouveau geste vers l’escalier. Nous pourrons discuter de
mon trépas imminent demain. Bonne soirée.
— Pourquoi ai-je l’impression que tu ne veux pas que je sois ici avec toi ? demanda Howard.
— Afin que tu ne puisses pas me voir, répondit une voix depuis un coin sombre.
Zoltan poussa un grognement et se tourna vers le vampire qui venait de se téléporter dans la
pièce.
— Tu arrives tôt.
— Je suis affamé.
Il passa sous la lumière, déposa une glacière vide sur la table et retira une bouteille de sang
synthétique de la glacière qui en était remplie.
Howard se raidit.
— Russell.
L’ancien fusilier marin lui adressa un regard désabusé tandis qu’il arrachait le bouchon de la
bouteille.
— Howard.
Il but une longue gorgée de sang.
Le regard d’Howard se concentra sur les articles qui se trouvaient sur la table, puis il se posa
sur Zoltan.
— Depuis combien de temps l’approvisionnes-tu ?
— Environ deux ans, répondit Zoltan en haussant les épaules.
Howard fronça les sourcils, puis se croisa les bras.
— Tu veux dire que tu le fais depuis qu’il a disparu dans la nature ?
— À peu près. Préférerais-tu qu’il meure de faim ? Ou bien qu’il soit obligé de mordre des
gens ?
— Nous aurions préféré qu’il se présente au rapport de temps à autre, gronda Howard.
Russell fit une pause en tenant sa bouteille presque vide à environ un pouce de sa bouche.
— Ne vous occupez pas de moi. Continuez seulement à parler de moi comme si je n’étais
pas là.Howard lui adressa un regard ennuyé.
— Tu penses qu’on ne se souciait pas de toi ? Angus n’a pas cessé de dépêcher J.L. et Rajiv
en Chine pour te retrouver.
— Je sais.
Russell vida la bouteille et s’essuya la bouche du revers de la main.
— J’ai dû les tirer du pétrin à plusieurs reprises, ajouta-t-il.
Howard poussa un petit grognement.
— Ils ne se seraient pas retrouvés dans le pétrin, s’ils n’avaient pas été là à te chercher.
— Je n’ai pas demandé à qui que ce soit de venir me chercher.
Russell glissa un nouveau chargeur dans son pistolet, puis il le coinça sous sa ceinture.
— Je suppose que tu vas dire à Angus que tu m’as vu ici, ajouta-t-il.
Howard jeta un coup d’œil à Zoltan.
— Tu n’en as jamais parlé à Angus ?
Zoltan secoua la tête.
— Je ne travaille pas pour Angus.
— C’est ton ami et il est le créateur de Russell.
Howard se tourna vers l’ancien fusilier marin.
— N’es-tu pas censé faire preuve d’une certaine loyauté envers lui ?
— Il ne m’a pas transformé, fit Russell en remplissant les poches de son vieux manteau avec
d’autres balles pour son pistolet. C’est maître Han qui l’a fait. Angus a seulement terminé le
travail. C’est Zoltan qui s’est occupé de moi et qui m’a aidé à m’adapter.
— Nous t’aiderions tous, insista Howard. Crois-tu que nous ne t’alimenterions pas ? Ou bien
que nous ne te donnerions pas de matériel ?
Russell déposa les cartouches pour fusil de chasse dans un sac en toile usé.
— Vous le feriez, mais il y aurait un prix à payer. Vous vous attendriez à ce que je réponde à
vos questions.
— On appelle ça de la coopération. Nous sommes du même côté, tu sais. Nous voulons tous
voir maître Han mort.
Les yeux de Russell luisirent de colère.
— Il est à moi. Le type d’aide que vous apportez ne fait qu’entraver le processus. Vous êtes
bien trop occupés à tenter de sauver ses soldats…
— Ce sont des mortels, dit Howard.
— Ils ont accepté de se joindre à lui en échange de leurs superpouvoirs.
Russell glissa un nouveau couteau dans chacune de ses bottes.
— Ils ont fait leur choix. Ce n’est pas mon problème s’ils doivent payer pour ça.
— Leurs superpouvoirs leur ont été donnés par un démon, de sorte qu’ils vont en enfer
quand tu les tues.
— Comme je viens de le dire, ce n’est pas mon problème.
Russell accrocha les grenades à main à sa ceinture.
Howard soupira.
— Iras-tu au moins au Japon voir ce qui s’y déroule ? J’ai passé les six derniers mois là-bas
avec notre équipe de docteurs et de scientifiques. Ils ont ramené plus de 100 soldats de maître
Han à leur état normal.
Russell s’en moqua.
— C’est génial. II ne leur en reste maintenant plus que 900 à transformer.
— Howard ? dit la voix d’Elsa depuis le sommet de l’escalier. Tu es là ?
— Une petite minute !
Howard fit une pause près de l’entrée de l’escalier.
— Reviens demain soir, Russell, afin que nous puissions parler.— Non, merci, dit Russell en ouvrant la boîte de flèches.
Howard regarda Zoltan en fronçant les sourcils.
— Je te parlerai quand je reviendrai du dîner.
— Ça ne presse pas. Profite bien de ta soirée.
Zoltan regarda l’énorme être-ours progresser dans l’étroit escalier à colimaçon.
— Il va appeler Angus dès qu’il aura mis le pied dehors.
— Si seulement il attend aussi longtemps avant de le faire.
Russell retira le carquois de son dos et le déposa sur la table à côté de la boîte de flèches.
— Je vais remplir ça, puis je partirai.
Il jeta un coup d’œil à Zoltan.
— Vas-tu avoir des ennuis, maintenant ?
Zoltan poussa un petit grognement.
— Qu’est-ce qu’Angus pourrait me faire ? S’il est au Japon, il fait peut-être déjà jour là-bas. Il
m’appellera quand il se réveillera afin de pouvoir râler un bon coup, et à la fin de la conversation,
il me remerciera de m’être occupé de toi. Ce n’est pas un mauvais type, tu sais.
Russell ramassa une poignée de flèches de la boîte.
— Nos priorités ne sont pas les mêmes.
Zoltan hocha la tête. Angus et ses employés, comme Howard, voulaient protéger les mortels
des mauvais vampires, mais Russell voulait simplement que maître Han trouve la mort. Ce
maléfique seigneur de guerre avait attaqué Russell pendant la Guerre du Viêt Nam, le laissant
dans un coma vampirique pendant 40 ans. Lorsque Russell avait été découvert dans une
caverne en Thaïlande, Angus avait achevé le processus de transformation afin que Russell
puisse se réveiller et rejoindre les rangs des morts-vivants. Au cours des deux dernières
années, Russell avait fouillé l’immense territoire de maître Han, attendant sa chance de tuer le
vampire maléfique.
Russell poussa une vieille flèche de côté dans le carquois pour faire de la place aux nouvelles
flèches. Zoltan cligna des yeux, arrivant à peine à croire ce qu’il voyait.
— Attends !
Il bondit vers le carquois. Les plumes de la vieille flèche semblaient familières.
Il la retira de là, et son cœur accéléra la cadence lorsqu’il vit les gravures sur la hampe.
Venait-il de trouver un double après 800 ans ? Il fonça vers la flèche montée sur le mur afin de
pouvoir les comparer.
La pointe de la nouvelle flèche était moderne, mais sinon, les deux flèches étaient identiques.
Il se tourna vers Russell.
— Où l’as-tu trouvée ?
Un regard circonspect traversa le visage de Russell avant qu’il ne détourne son regard pour
continuer à remplir le carquois de flèches neuves.
— Je ne saurais le dire. Je me téléporte partout dans le sud de la Chine, dans le nord du
Myanmar et au Tibet, en récupérant ce que je peux en cours de route. J’aurais pu la trouver
n’importe où.
— Tu dois t’en souvenir, dit Zoltan en s’approchant de lui. C’est important.
Russell balança le carquois sur son dos.
— Je n’en ai aucune idée.
— Tu n’essaies pas de t’en souvenir, lança Zoltan en serrant les dents. Je dois le savoir…
— Je ne peux pas te le dire.
Le cœur de Zoltan eut un battement irrégulier. Russell faisait exprès pour conserver un
visage impassible.
— Tu veux dire que tu ne me le diras pas.
— Je dois partir, dit Russell en s’emparant de la glacière. Merci pour le matériel.— Attends !
Zoltan bondit vers l’avant et s’accrocha au bras de Russell au moment même où il
commençait à se téléporter.
Russell le repoussa dès qu’ils se matérialisèrent.
— Que diable fais-tu donc ?
Zoltan recouvra rapidement son équilibre, puis il jeta un coup d’œil autour de lui. Ils étaient en
pleine campagne. Il n’y avait pas d’arbres. Seulement un paysage vallonné. Il y avait de l’herbe
jaunâtre presque à la hauteur de ses genoux. Une moitié de lune et d’innombrables étoiles
brillaient dans un ciel dégagé.
— Où sommes-nous ?
— Tu n’aurais pas dû venir ici. Retourne à la maison.
Zoltan lui montra la flèche qu’il tenait encore dans sa main droite.
— C’est le seul indice que j’ai trouvé en près de 800 ans. Dis-moi d’où elle vient.
— Je ne peux pas.
Un accès de colère se manifesta dans le corps de Zoltan.
— Je t’ai aidé pendant deux ans, alors tu vas me dire…
— Je ne peux pas !
— Merde, Russell !
Zoltan serra la flèche avec force dans sa main.
— C’est à cause d’une flèche comme celle-ci que je suis devenu un vampire. Je ne pouvais
pas supporter l’idée de mourir sans savoir ce qui s’était passé. Je devais demeurer jeune et en
santé pour continuer à chercher la vérité. J’ai renoncé à ma mortalité pour ça, alors dis-moi où
tu as trouvé cette fichue flèche !
Un regard affligé traversa le visage de Russell.
— Très bien. Il y a deux semaines de cela, j’étais en train de suivre le seigneur Liao et une
troupe de soldats quand ils ont été attaqués par une force plus petite en nombre. J’ai supposé
que l’ennemi de mon ennemi était mon ami, et ils subissaient de lourdes pertes, alors je les ai
aidés. Nous avons tué la plupart des soldats du seigneur Liao, mais il s’est bien sûr téléporté au
loin. J’ai été blessé et j’ai perdu connaissance. Je serais mort au lever du soleil, mais ils m’ont
sauvé.
— Qui ça, ils ?
Russell grogna.
— La seule chose qu’ils m’ont demandée en retour était que je ne dise à personne qui ils sont
et où ils vivent. Je suis désolé. J’apprécie vraiment tout ce que tu as fait, mais je ne peux rien
dire de plus.
— Très bien. Laisse ta bouche fermée et pointe seulement du doigt dans la bonne direction.
Russell poussa un petit grognement.
— Pourquoi est-ce si important pour toi ?
Zoltan souleva la flèche. Le clair de lune se refléta sur son extrémité d’acier.
— Une flèche ressemblant beaucoup à celle-ci a tué mon père.
— C’est donc la vengeance que tu recherches ?
— Je suis sûr que le coupable est mort depuis longtemps, répondit Zoltan en secouant la
tête. Je veux des réponses.
Russell transféra son poids d’une jambe à l’autre.
— Parfois, il n’y a aucune réponse. Retourne à la maison. Ils veulent qu’on les laissent
tranquille.
— Qui ça, ils ?
— Retourne à la maison, répéta Russell avant de se téléporter au loin.
Zoltan bondit vers lui, mais il était parti.— Merde.
C’était aussi bien comme ça. Russell ne lui aurait pas donné davantage de renseignements.
Zoltan fit un tour complet sur lui-même pour se situer. Il se trouvait au milieu de nulle part. Il
n’avait aucune arme, à part cette flèche. Il s’empara de son téléphone portable et vérifia son
emplacement avec le GPS. Il était au Tibet.
Il pensa un instant à retourner au château pour se munir d’armes et d’un manteau. C’était
bien le milieu du mois de mai, mais le printemps était en retard ici. Un vent froid soufflait du
nord, secouant l’herbe qui tardait encore à verdir.
Son téléphone lui permit de se rendre compte que le village le plus près était à plus de 160
kilomètres en direction sud-ouest. Pourquoi perdre du temps en rentrant à la maison ? Il pourrait
être à ce village en 30 minutes pour poser des questions.
Il se mit en route à vive allure tandis que l’excitation naissait en lui. C’était beaucoup plus
intéressant que ce qu’il faisait normalement chaque soir, soit de travailler dans son bureau à
Budapest. Il était habillé pour le travail, portant une chemise blanche à manches longues, une
cravate rouge, un costume italien dispendieux et des mocassins. Ce n’était pas du tout
approprié pour une aventure au Tibet, mais s’il se retrouvait dans un pétrin quelconque, il
pourrait simplement se téléporter à la maison.
Le Tibet. Les gens qui avaient tué son père avaient-ils fait tout ce voyage depuis le Tibet ?
Lorsqu’il s’était lancé à leur recherche, plusieurs siècles auparavant, il avait couvert l’Europe de
l’Est, la Russie occidentale et le Moyen-Orient. Finalement, il avait renoncé à sa quête une fois
rendu dans la partie nord-ouest de l’Inde, incapable de croire que quelqu’un voyagerait d’aussi
loin pour tuer quelqu’un en Transylvanie.
Le meurtre de son père était-il lié d’une façon ou d’une autre au mystérieux passé de sa
mère ? Elle était originaire de l’est, mais personne ne savait de quel endroit précisément. Son
père, un marchand qui avait parcouru la route de la Soie, était tombé amoureux d’elle et l’avait
ramené à la maison.
Aurait-elle pu être originaire du Tibet ? Le rythme cardiaque de Zoltan s’accéléra. Après près
de 800 ans, il pourrait finalement obtenir quelques réponses.
Il se téléporta aussi loin qu’il pouvait voir et répéta le processus jusqu’à ce qu’il soit près du
village. Le paysage se transforma graduellement, devenant plus vallonné et boisé. Il se téléporta
sur une haute branche de pin afin de pouvoir examiner le village. Ce dernier était blotti dans une
vallée le long des rives d’un cours d’eau. Il n’y avait pas d’électricité. Quelques lanternes étaient
allumées le long d’une rue principale. Il jeta un coup d’œil à son téléphone portable. Aucun
signal. Il devrait apporter un téléphone satellite, s’il devait revenir ici.
Il se laissa tomber sur le sol, ajusta son costume et sa cravate, puis marcha d’un pas
nonchalant dans le village. Une vieille femme était penchée au-dessus d’un balai fait à la main et
était en train de balayer son porche avant.
Quand Zoltan la salua, elle se redressa et le regarda d’un air soupçonneux.
Il la salua de nouveau en utilisant l’anglais et lui adressa un sourire. Il lui montra ensuite la
flèche.
— Savez-vous où…
Elle lui lança une tirade de mots fâchés, agita le balai vers lui, puis se précipita dans sa
maison délabrée en faisant claquer la porte derrière elle.
Zoltan soupira. Il aurait dû savoir qu’il y aurait une barrière linguistique. Il avait bien appris
neuf langues au cours des siècles, mais le tibétain parlé dans ce village n’était pas l’une d’entre
elles.
Il vit ensuite un homme assis sur un autre porche, buvant d’une gourde en cuir.
— Bonsoir.
Il souleva la flèche.— Vous savez où…
L’homme se redressa vivement et murmura à voix basse, puis il agita ses bras comme s’il
tentait de chasser Zoltan de là. Voyant que cela ne fonctionnait pas, il cracha sur le sol
poussiéreux, puis fonça dans sa maison en claquant la porte.
— Cet homme idiot tente de se faire tuer.
Zoltan se tourna vers la voix, mais il vit seulement un chien qui se reposait sur un porche
quelques maisons plus loin. Bien sûr. Depuis qu’il était tout jeune, Zoltan possédait l’étrange
capacité de communiquer avec des animaux. Ils étaient souvent sa meilleure source de
renseignements, puisque les conversations étaient purement mentales et exemptes de
n’importe quelles barrières linguistiques.
Il marcha lentement vers le chien en lui envoyant un message.
— Pourquoi mes questions me feraient-elles tuer ?
Le chien se retrouva rapidement en position assise.
— Qu’est-ce que c’était que ça ?
— C’était moi.
Zoltan s’arrêta dans la rue, prêt à se téléporter au loin si nécessaire. Il était toujours difficile
de prévoir comment un animal allait réagir. La plupart des chiens étaient amicaux, mais de
temps en temps, l’un d’eux pouvait se sentir menacé et passait à l’attaque.
— Quoi ?
Le chien inclina la tête sur le côté et s’étira bizarrement les oreilles.
— C’est à moi que tu parles ?
— Oui. J’ai la capacité de communiquer avec les animaux.
— Tu te fiches de moi ?
Le petit dalmatien sauta du porche et galopa vers lui.
— Peux-tu vraiment me parler ? Peux-tu entendre mes pensées ?
— Oui. Et tu peux entendre les miennes.
— Crotte de chien, alors !
Le chien sautilla autour de lui en formant un cercle.
— C’est si stupéfiant ! Je ne savais pas que les gens avaient des pensées. Certains d’entre
eux ne semblent pas très brillants, tu sais, alors je me posais la question. As-tu toujours pu le
faire ? Pouvais-tu le faire quand tu étais un chiot ? Tu dois être un humain étrange. Je pense
que tu dégages une odeur quelque peu étrange. Aimes-tu manger ? J’aime le lapin. Voudrais-tu
être mon ami ?
— Bien sûr, répondit Zoltan tandis que le chien tournait autour de lui pour la cinquième fois.
C’était évidemment un des chiens amicaux.
— Peux-tu te détendre un peu ? ajouta-t-il.
— Pourquoi ? As-tu de la difficulté à me suivre ? J’ai toujours soupçonné que les gens étaient
lents. Tu ne sens pas comme les autres humains que je connais. Je pourrais faire pipi sur toi
afin que tu aies une meilleure odeur.
— Non, merci.
Le chien bondit soudainement et regarda sur le côté.
— Qu’est-ce que c’était ?
— Je ne suis pas sûr.
— Je pense que c’était un lapin. C’est le lapin que je préfère. As-tu faim ? Moi, oui. Si tu me
lances ton bâton, je te le rapporterai.
Zoltan montra la flèche au chien.
— Je voudrais en savoir plus sur ce bâton et les gens qui l’ont fait.
Le chien s’assit devant lui et inclina la tête.
— As-tu de la nourriture pour moi ?— Non, mais je pourrais te flatter la tête.
La langue du chien pendit de sa gueule tandis qu’il réfléchissait.
— Bien.
Zoltan lui flatta la tête.
— Bon chien. Que sais-tu des gens qui fabriquent cette flèche ?
La queue du chien tapota le sol.
— Ce sont des chasseurs. Des guerriers féroces. Les gens d’ici ont peur d’eux. Tu devrais
rester loin d’eux.
Zoltan frotta les oreilles du chien, et sa queue remua avec tant de force que son derrière
bougeait.
— Pourquoi devrais-je rester loin d’eux ?
— Parce qu’ils te tueront.
Zoltan fit une pause.
— Où sont-ils ?
— Tu as cessé de me flatter. Et je ne devrais pas te le dire, parce que tu te feras tuer. J’ai
toujours soupçonné les humains de ne pas être très brillants.
Zoltan lui flatta la tête.
— Quel chien intelligent tu es ! Où sont-ils ?
— Dans les montagnes, vers le sud. Veux-tu jouer avec moi, maintenant ?
— Je dois partir. Merci de ton aide.
— Tu pars ? Mais nous venons tout juste de nous rencontrer. Et tu es mon ami, maintenant.
— Tu es un bon chien.
Zoltan le flatta une dernière fois, puis il quitta le village à la vitesse vampirique.
— Hou là !
La voix du chien se fit plus faible.
— Tu es vraiment rapide, pour un humain. Je parie que tu pourrais attraper un lapin. Ne te
fais pas tuer, d’accord ?
Neona appuya une main sur le monticule de terre rond où sa sœur jumelle, Minerva, était
enterrée. Deux semaines s’étaient écoulées. Deux semaines depuis que la moitié de son âme lui
avait été violemment arrachée. Des larmes émergèrent de ses yeux, et la même litanie de
questions traversa son esprit en vitesse.
— Comment puis-je vivre sans toi ? Comment ferai-je face à chaque journée ?
Sa main forma un poing autour d’une poignée de terre et elle la serra en une boule bien dure
tandis qu’une poussée de colère déchirait son chagrin.
— Pourquoi est-ce que tu ne t’es pas battue avec plus de force ?
Une larme roula sur sa joue, et Neona laissa tomber la motte de terre. Elle connaissait la
réponse. Sa sœur avait donné naissance à un fils, sept ans plus tôt. Les enfants mâles n’étaient
pas admis à Beyul-La, alors Minerva avait été obligée de donner le petit garçon au monastère
bouddhiste situé à près de 50 kilomètres de là. Son cœur brisé n’avait jamais été tout à fait
réparé.
Neona avait d’abord tenté du mieux qu’elle avait pu de soulager la douleur de sa sœur en
adoptant une attitude heureuse, mais alors que le désespoir de Minerva s’installait de plus en
plus, de la frustration et des regrets avaient suinté dans le cœur de Neona. Sa sœur et elle
auraient dû défier la reine et garder le bébé garçon.
Neona poussa un soupir et se coucha sur la pente herbeuse avant de lever les yeux vers les
étoiles. Comment auraient-elles pu défier la reine, alors que cette dernière était leur mère ?
Elles auraient pu se faire bannir de Beyul-La. Comment auraient-elles pu quitter leur maison et
tout ce qu’elle signifiait pour elles ?Neona aimait Beyul-La. C’était la plus belle vallée de l’Himalaya. La plus belle vallée du
monde entier, soupçonnait-elle. Elle leur donnait la vie et une raison d’être, alors que le reste du
monde semblait seulement leur promettre l’adversité et la mort. Il y avait toutefois aussi eu des
moments où elles s’étaient allongées dans l’herbe à regarder les étoiles, moments où Minerva
prétendait qu’elles étaient des prisonnières.
« Regarde à quel point le ciel est vaste, avait dit Minerva. Le monde autour de nous doit être
aussi vaste. N’as-tu pas envie de le voir ? »
Neona avait essayé de calmer la tristesse de sa sœur en répétant les mots qu’elles avaient
entendus depuis leur enfance, le mantra qui les avait consolées pendant des années, faisant en
sorte qu’elles se sentent spéciales et importantes.
— Nous sommes les gardiennes choisies de cette vallée sacrée et de ses secrets. Notre
mission est noble et nécessaire.
« Qu’est-ce qui est noble dans le fait de devoir donner mon bébé ? » avait murmuré Minerva
sur un ton amer.
Neona poussa un soupir et essuya les larmes de son visage. Le mantra ne lui offrait plus de
réconfort, et sa sœur s’était enfuie grâce à la seule façon qu’elle connaissait. La mort. La
bataille qui avait fait rage deux semaines plus tôt l’avait emportée avec quatre autres personnes.
— Neona ! la réprimanda une voix perçante. Tu ne devrais pas passer ta vie ici parmi les
morts.
Neona se redressa en position assise pour voir Lydia s’approcher d’elle. Elle pensa pendant
quelques secondes rappeler à sa vieille amie que certains membres de sa propre famille étaient
enterrés ici. Une rangée de cinq nouveaux monticules de terre marquait maintenant la pente, à
côté d’un monticule plus ancien recouvert d’herbe. Le regard défait que Neona put voir sur le
visage de Lydia la retint de parler. Lydia souffrait en silence.
Toutes les femmes guerrières de Beyul-La souffraient. La bataille d’il y a deux semaines avait
été dévastatrice. En quelques minutes, leur nombre était passé de 11 à 6.
Lydia s’arrêta à mi-chemin dans la pente.
— La reine a sonné l’alarme. Un intrus a franchi la frontière de notre territoire.
Neona bondit sur ses pieds et dévala la pente.
— Seulement un ?
— On dirait bien que oui.
Lydia l’accompagna au petit village composé d’une demi-douzaine d’édifices en pierre avec
des toits couverts de chaume.
Les autres femmes étaient là, allumant quelques torches avant que le feu de camp principal
ne soit éteint pour plonger la vallée dans l’obscurité. Puis, les cinq femmes foncèrent vers la
caverne où la mère de Neona, la reine Nima, les attendait.
Les torches furent glissées dans des supports fixés sur les murs en pierre, et la grande pièce
s’illumina. Des stalactites roses et couleur crème couvertes d’humidité luisirent dans les
hauteurs et de l’eau scintillante s’écoula depuis une fissure dans le mur de pierre jusque dans un
bassin plus bas en provoquant des éclaboussures. Un étroit corridor derrière le bassin se frayait
un chemin sinueux profondément dans les renfoncements intérieurs de la montagne sacrée. Un
large plancher de pierres polies au fil des siècles se trouvait face au bassin.
La reine Nima marchait à pas mesurés sur le plancher en pointant du doigt le hibou perché à
l’arrière de son trône.
— Il a découvert un intrus masculin, envahissant notre territoire depuis le nord.
La nièce de Lydia, Winifred, murmura un juron.
— Pensez-vous que cela pourrait être le seigneur Liao ?
— C’est possible, répondit Nima. Lui ou un des soldats de maître Han.— Ils ne sont jamais venus si près, auparavant, dit Neona. La bataille qui avait eu lieu deux
semaines plus tôt s’était déroulée à près de 65 kilomètres de leur frontière. Les femmes
guerrières de Beyul-La avaient emprunté des chevaux au village voisin pour voyager aussi loin
afin d’y combattre l’ennemi, car il était impératif de conserver le secret de l’existence de la vallée
sacrée.
— On ne peut permettre à aucun homme de voir Beyul-La, dit une nouvelle fois Nima en les
avertissant. Freya, tu vas à l’est. Winifred, à l’ouest. Neona, au nord. Et Tashi, au sud.
Trouvezle. S’il s’agit d’un villageois perdu, montrez-lui comment rentrer chez lui. S’il revient ici,
menacezle de mort. Et si c’est un des hommes de maître Han, tuez-le sans hésitation.
Les quatre femmes hochèrent la tête pour signifier qu’elles acceptaient leurs ordres.
Neona se précipita vers le lieu où elles conservaient leurs armures et leurs armes. Elle portait
toujours le plastron métallique et le casque laissés derrière lui par son père, un guerrier de la
Grèce.
— Nous ne sommes plus que six, maintenant, dit Winifred en enfilant un plastron de cuir
parsemé de pointes métalliques.
— Nous savons cela, murmura Lydia en regardant sa dernière fille, Tashi, enfiler son armure.
— Je pense que nous devrions toutes penser à avoir une fille, continua Winifred.
— Peut-être, répondit la reine Nima. Nous en discuterons plus tard. Nous devons d’abord
gérer cette invasion.
— Oh, je vois ce que Freddie veut dire, dit Freya en prenant la défense de sa sœur. L’intrus
pourrait avoir du potentiel.
— Exactement ! dit Winifred en hochant la tête. Il pourrait avoir un beau visage, être fort et
rapide sur ses pieds.
Lydia poussa un petit grognement.
— Il s’agit fort probablement d’un imbécile qui avance en titubant et qui a perdu son chemin,
ne sachant pas comment rentrer à la maison.
— Mais si c’est un bon spécimen, argumenta Winifred, nous devrions considérer de prendre
sa semence.
Freya engaina son épée.
— J’espère bien le trouver.
Winifred s’en moqua.
— C’était mon idée. C’est moi qui devrais le trouver.
Tashi éclata de rire et donna à chacune d’elle une corde enroulée.
— Tenez, au cas où il vous faudrait l’attacher.
Neona fronça les sourcils. Freddie et Freya semblaient réellement souhaiter avoir un enfant.
Ne se souciaient-elles donc pas de devoir donner le bébé si c’était un mâle ? Neona avait
seulement tenté une seule fois de tomber enceinte, mais lorsque la semence avait échoué à
s’enraciner en elle, elle s’en était secrètement réjouie. Après avoir été témoin de la douleur
éprouvée par sa sœur, elle craignait de tomber dans ce même piège de désespoir.
— Très bien, acquiesça la reine Nima. Vous prendrez la semence de l’homme, mais
seulement s’il est exceptionnel. Nos filles doivent être des guerrières et posséder des corps et
des esprits supérieurs. Et n’oubliez pas l’objectif principal de cette mission.
Neona inclina la tête tandis que les autres femmes murmuraient ces mots : « Oui, Votre
Majesté. »
C’est avec un sentiment de malaise croissant que Neona enfila le casque de son père. Il était
fait de laiton et était orné d’un panache noir et de protège-joues décoratifs. Elle s’était toujours
demandé ce qui était arrivé au brave soldat grec qui avait voyagé si loin de chez lui, pour
ensuite devenir son père et celui de Minerva.Lorsqu’elle était encore jeune, elle avait posé la question à sa mère, et Nima lui avait dit qu’il
était retourné en Grèce. Elle avait alors conseillé à Neona de ne jamais plus parler de lui. Au fil
du temps, Neona s’était mise à soupçonner sa mère de ne pas lui avoir dit la vérité.
— Soyez fidèles à notre noble cause, leur rappela la reine Nima. Lorsque vous en aurez
terminé avec cet homme, tuez-le.Chapitre deux
Zoltan examina la campagne autour de lui depuis son perchoir en haut d’un sommet escarpé. Le
paysage était devenu de plus en plus montagneux tandis qu’il avait voyagé vers le sud. Il
pouvait voir plus loin depuis cette hauteur, mais le vent froid traversait son costume. En tant que
vampire, il pouvait supporter cela mieux que la plupart des gens, et puisqu’il s’enorgueillissait de
ne jamais abandonner tant que sa tâche n’était pas accomplie, il décida de continuer son
chemin.
Un grand oiseau vola tout près. « Un faucon », pensa Zoltan. Il trouvait cela dommage de ne
jamais avoir pu communiquer avec des oiseaux comme sa mère pouvait le faire. S’il avait pu le
faire, il aurait demandé au faucon l’emplacement des guerriers féroces dont le chien lui avait
parlé. Ou peut-être que l’oiseau saurait quelque chose à propos des plumes qui se trouvaient à
l’extrémité de la nouvelle flèche qu’il tenait encore dans sa main.
Quelques années plus tôt, il avait apporté la vieille flèche de son château à certains
scientifiques de Budapest afin qu’ils puissent l’examiner en utilisant la technologie moderne. Les
résultats avaient étonné tout le monde. La pointe de flèche était antique, semblable à celles
utilisées par l’armée d’Alexandre le Grand. Les gravures étaient inconnues. Les plumes étaient
celle d’un aigle royal, et le bois, celui d’un cyprès géant qui poussait dans certaines parties de la
Chine et du Tibet. Les scientifiques avaient donc conclu que la flèche avait été fabriquée en
Grèce antique en utilisant du bois qui avait été importé de l’est. Ils lui avaient vivement
recommandé d’en faire don à un musée, mais il avait refusé de le faire.
Il se demandait maintenant si les scientifiques n’avaient pas compris le tout à l’envers. Et si la
flèche avait été fabriquée ici, au Tibet, en utilisant une ancienne pointe de flèche grecque ?
Estce que cela signifiait que les soi-disant guerriers féroces avaient voyagé depuis le Tibet jusqu’en
Transylvanie pour tuer son père ?
Zoltan s’était toujours demandé si le meurtre de son père avait été un acte de vengeance
suivant la mort de sa mère, mais cela ne semblait pas probable. Il aurait fallu des mois pour
voyager sur une telle distance en 1241, et son père avait été assassiné seulement quelques
heures après sa mère.
À moins que… le meurtrier ait été un vampire ? Un vampire aurait pu se téléporter en
Transylvanie. Ou bien peut-être que le conte fantaisiste raconté par quelques villageois ayant
survécu était vrai. Ils lui avaient donné un compte-rendu horrifié de monstres et de guerriers si
féroces qu’aucune personne vivante n’aurait pu les vaincre. Zoltan avait toujours soupçonné que
leur histoire complexe n’était rien de plus qu’une pitoyable invention leur servant à justifier le fait
qu’ils avaient échoué à sauver leur village et les personnes qu’ils aimaient. Si seulement il
pouvait se souvenir de plus de choses à propos de ce jour fatidique… mais il avait été
inconscient la majeure partie de la journée. Il s’était réveillé le lendemain à des kilomètres de
son village sans savoir comment il s’était retrouvé là.
Il inspira à fond. C’était en 1241. Ces guerriers, même s’ils avaient été féroces et
monstrueux, étaient maintenant morts. À moins qu’il ne s’agisse de vampires… Mais s’ils étaient
des vampires maléfiques, pourquoi se seraient-ils battus contre le seigneur Liao deux semaines
plus tôt ? Pourquoi avaient-ils sauvé Russell ?
Zoltan se souleva plus haut dans les airs par lévitation, ses dents serrées contre le vent froid.
Il s’éleva de plus en plus afin de voir au-delà des cimes. Voyait-il de la lumière, là-bas, au sud ?
Il se concentra sur ces lumières afin de pouvoir s’y téléporter, mais elles disparurent
soudainement. Merde.Comment pourrait-il abandonner, maintenant ? Il se téléporta à travers la vallée jusqu’au
sommet de la montagne suivante, puis il continua à se téléporter en tentant de se rapprocher le
plus possible de l’endroit qui avait été éclairé un peu plus tôt. Après 10 minutes de voyage, il se
retrouva sur une pente inclinée entourée d’une forêt. Il devait être tout près, maintenant.
Des feuilles mortes et des aiguilles sur le sol rendaient le sol plus mou sous ses pieds tandis
qu’il descendait la pente. De temps en temps, la forêt se dégageait, offrant à ses yeux un
affleurement des grands rochers qui luisaient d’une couleur argentée sous le clair de lune.
Son ouïe supérieure lui permit de détecter le son d’un cours d’eau qui s’écoulait faiblement
loin sur sa droite, le long de la colline jusqu’à la vallée en bas. Puis, derrière lui, il entendit une
petite brindille être brisée.
Était-ce un animal ou un guerrier ? Il s’immobilisa pour écouter plus attentivement. Un
bruissement d’air. Il plongea derrière des buissons, et une flèche le rata avant d’aller se planter
dans un arbre en produisant un bruit sourd.
Il leva les yeux vers la flèche. Il vit la même gravure sur la hampe, puis des plumes d’un aigle
royal. Il les avait trouvés !
Ou c’était plutôt eux qui l’avaient trouvé. Il se téléporta à un affleurement voisin et s’accroupit
sur les roches en examinant la forêt.
Là. Il entrevit une lueur de laiton qui brillait au clair de lune. Un guerrier. Il était furtif. Zoltan
se devait de lui donner crédit pour cela. Le guerrier était parvenu à se rapprocher de lui sans
qu’il le remarque, et cela ne se produisait que rarement.
Le guerrier ne semblait autrement pas très impressionnant. Il était mince et un peu plus petit
que la taille moyenne d’un homme. Le plastron de laiton n’était pas une bonne idée, puisque le
clair de lune s’y reflétait, trahissant sa position. Le casque était orné d’un panache noir fait de
crins de cheval qui traversait son centre et les protège-joues et le protège-nez couvraient la
majeure partie du visage du guerrier. Il était armé d’un arc et de flèches, d’une épée, et d’au
moins un couteau que Zoltan pouvait voir. Le guerrier semblait assez féroce, mais plutôt
archaïque. On aurait dit qu’il s’était préparé à piller la ville de Troie alors qu’il était en train de se
promener au Tibet.
La vieille pointe de flèche qui avait tué son père provenait de la Grèce antique.
Zoltan prit la parole en langue grecque.
— Je viens en…
Il se coucha contre la roche une seconde avant qu’une flèche ne lui passe en vitesse
audessus de la tête.
— Paix, chuchota-t-il.
Le guerrier n’était pas grand, mais il était rapide et visait très bien dans l’obscurité.
— Êtes-vous un vampire ? hurla Zoltan en russe.
Il laissa ensuite sa flèche sur la roche afin qu’il puisse avoir les mains libres, puis il se
téléporta derrière le guerrier. Pendant ce temps, son adversaire répondit à sa question en tirant
une nouvelle flèche vers le rocher.
Zoltan inspira profondément, humant l’odeur de l’homme. Elle était riche de sang, de type AB
négatif. Du sang humain.
Le guerrier tira son épée en s’avançant lentement vers l’affleurement rocheux.
Zoltan se téléporta derrière les rochers et attendit.
— Je suis venu en paix, dit-il en hongrois alors que le guerrier devenait visible, à ses yeux.
En paix ? Il bondit vers l’arrière pour éviter un coup d’épée de l’homme. Il se dissimula
derrière un arbre et tenta de s’adresser au guerrier en roumain et en serbe. Des morceaux de
bois volèrent tandis que l’épée du guerrier frappait l’arbre.
— Français ? Deutsch ?
Il plongea vers le sol et roula tandis que l’épée tentait de l’atteindre une nouvelle fois.— Merde ! Je veux simplement parler !
Le guerrier hésita, son épée soulevée dans les airs.
Zoltan se releva sur ses pieds.
— Vous comprenez l’anglais ?
L’épée descendit sur lui dans un bruissement d’air, et il bondit sur le côté. Au diable avec cela
! Zoltan bondit vers l’avant et s’empara du bras du guerrier qui tenait l’épée, avant de le soulever
et de le serrer jusqu’à ce qu’il entende l’homme haleter et laisser tomber son épée.
Le guerrier exerça des représailles, utilisant sa main gauche pour saisir Zoltan à la gorge.
Des doigts puissants s’enfoncèrent dans son cou.
Zoltan agrippa le poignet du guerrier et retira sa main de son cou avec force.
— Vous comprenez l’anglais, n’est-ce pas ? Cessez votre attaque.
Le guerrier émit un son de frustration tandis qu’il essayait de libérer ses mains de la poigne
de Zoltan. Il tomba vers l’arrière en entraînant Zoltan avec lui, puis il planta ses pieds dans le
ventre de Zoltan et poussa avec force, l’envoyant valser par en arrière.
Zoltan atterrit sur le dos dans un bruit sourd. Il roula sur le sol et tenta d’agripper son
adversaire. Malheureusement, ses mains ne touchèrent qu’à l’arc et au carquois de l’homme, et
il les retira donc de son homme tandis que ce dernier se remettait sur pied.
Le guerrier plongea pour tenter de récupérer son épée, mais Zoltan sauta sur le dos de
l’homme, l’écrasant contre le sol. L’homme poussa un cri et se cabra, frappant Zoltan sur la tête
avec son casque de laiton.
— Aïe !
Zoltan fut sonné pendant une seule seconde, mais cela suffit au guerrier pour se libérer et
tenter de plonger une fois de plus vers son épée.
Un filet coula sur la tempe de Zoltan, et l’odeur du sang le fit siffler. Cela avait assez duré. Il
poussa un hurlement et bondit sur ses pieds. Il utilisa ensuite sa force de vampire pour agripper
le guerrier et le pousser contre un arbre.
Le casque de cuivre frappa l’arbre avec force, et un autre halètement s’échappa du guerrier.
Zoltan épingla les bras de l’homme au-dessus de sa tête et se pencha plus près.
— Maintenant, cessez votre…
Zoltan s’arrêta, déconcerté par les yeux qui le fixaient intensément. Ils étaient du bleu le plus
bleu qu’il n’avait jamais vu. Un improbable bleu royal.
Il se déplaça sur le côté, évitant de justesse la tentative de l’homme qui visait son entrejambe
avec son genou. Le coup parvint tout de même à l’atteindre sur la hanche, le faisant grogner de
douleur. Merde. Quel genre de guerrier viserait l’entrejambe d’un homme ?
Il plissa les yeux. Les sons en provenance du guerrier avaient été quelque peu haut perchés.
Pourrait-il être… ?
Zoltan libéra les poignets de l’homme et arracha son casque. De longs cheveux noirs
cascadèrent, tombant plus bas que les épaules du guerrier et encadrant un visage qui était
délicat et féminin. Son expression faciale était tout aussi abasourdie que la sienne. Le casque
glissa de ses mains et fit un bruit sourd sur le sol à ses pieds tandis qu’il demeurait là, subjugué.
Elle était exquise. La femme la plus belle qu’il…
— Aïe !
Son genou parvint cette fois-ci à atteindre sa cible, et Zoltan, plié en deux, tomba sur ses
genoux.
Elle bondit vers le sol pour reprendre son épée.
— Merde, gronda Zoltan en agrippant l’une de ses chevilles et en tirant brusquement sur elle.
Elle tomba sur le côté et roula sur elle-même, soulevant son épée dans les airs.
— Ça suffit !Serrant les dents pour contrer la douleur, Zoltan sauta sur elle, s’empara du bras qui tenait
son épée et le claqua sur le sol.
Elle visa de nouveau sa gorge avec sa main gauche, mais il saisit son poignet et l’épingla sur
le sol. Elle se tortilla sous lui, mais il appuya son poids sur elle.
— Assez, chuchota-t-il.
Les yeux de la femme s’agrandirent, et elle devint immobile tandis qu’elle l’examinait.
Il avait l’étrange impression qu’elle était en train de l’évaluer.
— Bonsoir. Mon nom est Zoltan. Et vous êtes… ?
Elle continua à le regarder fixement.
— Je crains que nous ayons eu un mauvais départ, mais je peux vous assurer que je ne vous
veux aucun mal.
Il retira doucement l’épée de sa main et la jeta sur le côté. Elle ne s’opposa pas lorsqu’il
s’empara de nouveau de son poignet.
— Voilà qui est mieux. Vous étiez sur le point de me dire votre nom… ?
— Vous êtes extrêmement fort et rapide sur vos pieds, dit-elle doucement comme si elle
pensait à haute voix.
— Vous parlez donc vraiment anglais.
Elle fronça les sourcils.
— Vous avez un beau visage et vous êtes apparemment intelligent.
Il tressaillit.
— Apparemment ?
— Ce n’est pas clair.
— Permettez-moi donc d’éclaircir ça pour vous. Mon intelligence est excellente.
Elle lui adressa un regard qui semblait indiquer qu’il venait de prouver qu’il en était dépourvu.
— Ce n’était pas sage pour vous de venir ici.
Il poussa un petit grognement. Au moins, elle pensait qu’il avait un beau visage.
— En réalité, je crois que j’ai été très intelligent de vous trouver ainsi.
Même s’il lui avait fallu 800 ans.
— J’ai quelques questions, vous voyez, à propos d’une flèche…
Il jeta un coup d’œil vers l’affleurement rocheux où il avait laissé la flèche et il figea.
Un léopard des neiges se préparait à bondir sur eux.
Zoltan ne quitta pas le félin sauvage des yeux et il se retira lentement du corps de la femme
en tendant la main vers son épée.
— Lorsque je serai debout, reculez. Et courez ensuite aussi vite que vous le pouvez à la
maison.
— Vous avez l’intention de me protéger ? demanda-t-elle. Pourquoi ? J’essayais de vous
tuer.
— Oui, mais vous avez échoué.
Il lui jeta un coup d’œil en lui adressant un sourire désabusé.
— Ne vous inquiétez pas. Je ne vous en tiendrai pas rigueur.
Ses yeux s’agrandirent tandis qu’elle demeurait bien immobile en le fixant du regard.
Peut-être l’avait-il poussée un peu trop fort. Elle semblait abasourdie. Il la secoua légèrement.
— Vous devriez rentrer à la maison maintenant, d’accord ? Je vais me charger de ça.
Cela faisait près de 800 ans qu’il protégeait les gens. Ce n’était pas quelque chose qu’il
mettait désormais en doute. Il le faisait, tout simplement.
Il se redressa en faisant face aux rochers, l’épée serrée dans ses mains.
Le léopard des neiges siffla.
— Vous êtes très courageux, dit la femme derrière lui.
— Apparemment, murmura-t-il en soulevant l’épée. Et maintenant, reculez lentement.La douleur éclata dans son crâne, lorsque quelque chose vint le frapper derrière la tête. Il
tomba vers l’avant en laissant tomber l’épée.
« Pourquoi ? »
Le mot traîna dans son cerveau douloureux juste avant que tout devienne noir.
— Gentil minet.
Neona frotta les oreilles du jeune léopard des neiges.
— Je dois tout de même te gronder d’avoir brisé cette brindille. Tu as ruiné mon
attaquesurprise.
Le léopard de huit mois donna un coup de tête contre sa jambe.
— Enfin, tu t’es bien repris, alors tu es pardonné. C’était très intelligent de ta part de faire
mine de bondir sur nous.
Elle glissa une main sur le dos tacheté de Zhan.
Le léopard des neiges était devenu son compagnon après qu’elle l’eut trouvé sept mois plus
tôt pendant qu’elle montait la garde. Elle avait ramené le petit félin à la maison, où deux des
femmes avaient été en mesure de communiquer avec lui. La mère de Zhan et les autres petits
félins avaient été tués par une meute de loups, et il était parvenu à survivre en rampant dans un
terrier de lapin.
Neona ne possédait pas la capacité de communiquer avec les animaux, mais elle était
néanmoins la préférée de Zhan. Il en était sans doute ainsi parce que c’était elle qui l’avait
sauvé et qui lui avait fait recouvrer la santé. Elle soupçonnait que le félin avait encore un côté
suffisamment sauvage en lui pour ne pas apprécier les capacités des autres femmes de lire
dans son esprit.
Là, tout de suite, elle aurait bien aimé pouvoir communiquer avec quelqu’un. Elle devait
décider de ce qu’elle allait faire avec l’homme qui s’appelait Zoltan.
Il était toujours couché sur son ventre, inconscient. Elle tressaillit en voyant la taille de la
bosse derrière sa tête, grosse comme un œuf d’oie. Elle l’avait frappé durement avec le côté
non tranchant de son couteau, soupçonnant qu’il possédait une tête très dure.
Son regard glissa sur ses larges épaules avant de descendre le long de son dos jusqu’à ses
jambes. Il était très musclé, mais il était également agile sur ses pieds. La manière avec laquelle
il avait évité son attaque était étonnante. C’était un excellent spécimen, comme Winifred l’aurait
dit.
Neona retourna doucement l’homme sur son dos, et son cœur se serra dans sa poitrine. Elle
avait dit qu’il avait un beau visage, mais elle l’avait sous-estimé, et de loin. Elle n’avait jamais vu
un si bel homme dans sa vie. Ni un homme si rapide et si fort. Les hommes qui vivaient près de
leur territoire étaient de pauvres fermiers ou des moines bouddhistes, pas le type d’homme qui
pourrait engendrer une fille qui devrait grandir en tant que guerrière. Et puisque le secteur était
éloigné et recouvert de neige pendant la moitié de l’année, les étrangers étaient rares. Un
homme comme ce Zoltan était extrêmement rare. Fort, rapide sur ses pieds et incroyablement
beau. Elle en avait oublié comment respirer, quand il lui avait souri un peu plus tôt.
Quelle belle fille elle pourrait avoir ! Si seulement elle osait. Sa fille pourrait aussi hériter du
courage de cet homme.
Elle s’agenouilla à côté de lui et posa une main sur sa large poitrine.
— Il a voulu me protéger même après que je l’aie attaqué. Il a un cœur noble.
Le léopard des neiges repoussa sa main avec sa tête, et elle sourit.
— Es-tu jaloux ? Ne t’en fais pas. Lorsque j’en aurai fini avec lui, je devrai le tuer.
Elle en eut le souffle coupé. Comment pourrait-elle faire ça ? C’était une chose de tuer un
homme en plein combat, mais de coucher avec lui et de le tuer par la suite ? Ce n’était sans
doute pas bien du tout. Sa mère, la reine, ne serait pas d’accord. Elle disait toujours que rien
n’était plus important que de préserver les secrets de Beyul-La.