Les illusions parallèles

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Qui n’a jamais rêvé que sa vie ressemble à un film ? De vivre des histoires « comme au cinéma » ?
Là où la frontière entre le cinéma et la réalité est particulièrement étanche, où des destinées se frôlent telles des ombres parallèles, voici 16 histoires de rencontres dans les univers fascinants et singuliers des festivals de cinéma de Deauville, Cannes, Monaco, Dinard, Paris, Cabourg, La Baule, Annonay, Lyon, Saint-Jean-de-Luz, Beaune et même à la cérémonie des César.
Les personnages qui déambulent entre ces pages, passant allégrement d’un côté à l’autre du grand écran, sont criants de justesse à défaut d’humanité pour certains, et passent des rêves qu’il faut vivre envers et contre tout aux amours manquées, aux désillusions secrètes ou aux frustrations qui peuvent faire basculer le destin.
Des textes magnifiques et romanesques, passionnés, d’une écriture délicate et néanmoins incisive, dans lesquels Sandra Mézière fait parfois cruellement tomber les masques et dévoile sans concession l’envers du décor.

Diplômée en droit, sciences politiques, médiation culturelle, titulaire d’un Master 2 professionnel de cinéma à la Sorbonne, Sandra Mézière est l’auteur de L’amor dans l’âme (2016 – Éditions du 38), premier roman sur un deuil et un amour impossibles au cœur du Festival de Cannes. Elle est aussi chroniqueuse cinéma notamment sur ses blogs dont Inthemoodforcinema.com qu’elle a créé en 2003. Elle partage ici sa passion dévorante pour le cinéma et les festivals qu’elle couvre depuis longtemps et dans les coulisses desquels ces nouvelles vous emmèneront pour vous faire voyager, frissonner, rêver, vibrer... comme au cinéma !

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EAN13 9782374533483
Langue Français

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Présentation
Qui n’a jamais rêvé que sa vie ressemble à un film ? Que ses illusions deviennent réalité ? Là où la frontière entre le cinéma et la réalité est particulièrement étanche, où des destinées se frôlent telles des ombres parallèles, voici 16 histoires de rencontres dans les univers fascinants et singuliers des festivals de cinéma de Deauville, Ca nnes, Monaco, Dinard, Paris, Cabourg, La Baule, Annonay, Lyon, Saint-Jean-de-Luz, Beaune et même à la cérémonie des César. Les personnages qui déambulent entre ces pages, passant allégrement d’un côté à l’autre du grand écran, sont criants de justesse à défaut d’hu manité pour certains, et passent des rêves qu’il faut vivre envers et contre tout aux amours manquée s, aux désillusions secrètes ou aux frustrations qui peuvent faire basculer le destin. Des textes magnifiques et romanesques, passionnés, d’une écriture délicate et néanmoins incisive, dans lesquels Sandra Mézière fait parfois cruellement tomber les masques et dévoile sans concession l’envers du décor. Elle partage ici sa passion dévorante pour le cinéma et les festivals qu’elle couvre depuis longtemps et dans les coulisses desquels ces nouvelles vous emmèneront pour vous faire voyager, frissonner, rêver, vibrer… comme au cinéma ! ***
Diplômée en droit, sciences politiques, médiation c ulturelle, et titulaire d’un Master 2 professionnel de cinéma à la Sorbonne,Sandra Mézièreest l’auteur deL’amor dans l’âme(2016 – Éditions du 38), premier roman sur un deuil et un amour impossibles au cœur du Festival de Cannes. Elle est aussi chroniqueuse cinéma notammen t sur ses blogs dont Inthemoodforcinema.com qu’elle a créé en 2003.
Sandra Mézière
Les illusions parallèles
16 rencontres«comme au cinéma»
Les Éditions du 38
F la mémoire de mon père F ma mère F leur courage F nos illusions et instants partagés : inestimables
Et aux illusions salutaires qui (me) permettent de croire que même les parallèles, un jour, finissent par se rejoindre…
«Ombres folles, courez au bout de vos désirs Jamais vous ne pourrez assouvir votre rage Et votre châtiment naîtra de vos plaisirs.» Charles Baudelaire
«Le cinéma […] substitue à notre regard un monde qui s’accorde à nos désirs.» André Bazin cité par Jean-Luc Godard (Le Mépris)
«La vie est une rose dont chaque pétale est une illusion et chaque épine une réalité.» Alfred de Musset
1. Comme dans un film noir
estival International du Film Policier de Beaune Aujourd’hui encore, l’image me revient régulièrement en mémoire. Je ne peux pas dire qu’elle me hante. Avec le recul, elle me semble plus cinématographique que répugnante. Et si je vous disais qu’elle me rassure, vous ne me comprendriez probablement pas. C’est pourtant l’étonnante vérité. J’ai néanmoins besoin d’écrire cette histoire. Peut-être pour me délester d’un fardeau, de mes fardeaux. Peut-être pour me dédouaner. Ce sera à vous de juger. Cette image est celle d’un corps gisant dans une mare de sang. Je revois encore les bougies qui menaient jusqu’à lui et la voûte en pierre de la cave au fond de laquelle il se trouvait et qui, dans ma mémoire, s’apparente à une sorte de mausolée. Co mme le dénouement logique d’une histoire illogique. Comme si ce lieu à l’aura mystique et inquiétante n’avait été édifié et mis en scène que pour cela. Cela aurait pu être la scène finale d’un des films projetés pendant le festival. Avec un rebondissement dont je me serais dit qu’il était trop soudain, violent, incongru pour être crédible. La scène était pourtant réelle. Mais il faut que je commence par le début pour que vous compreniez. Tout avait débuté la veille. Il y a un an et demi. Dans le train qui me menait au Festival International du Film Policier de Beaune 2015. J’avais finalement accepté la proposition de mon rédacteur en chef, Martin, de couvrir le festival. J’avais accepté comme je me serais jetée dans le vide. Je venais de perdre mon frère, six mois plus tôt. L’homme de ma vie. J’étais partie pour fuir le chagrin, l’indifférence au chagrin, les lieux qu i me rappelaient mon chagrin, les phrases qui exacerbaient mon chagrin : c’est mieux pour toi, c’ est mieux pour lui, avec le temps tu t’en remettras on s’en remet toujours, au moins il ne so uffre plus, ça devait finir comme ça, ça arrive à tout le monde un jour ou l’autre, tu es forte, la v ie continue, tu vas forcément t’en sortir, tu devrais te faire aider. Des injonctions à oublier, à me débrouiller avec ma douleur et mes souvenirs. À ne surtout pas les saouler avec ma peine parce qu’il y avait les vacances à préparer, les compétitions de sport du petit dernier, la vie et ses « aléas du quotidien tu sais ce que c’est to i qui as perdu ton frère », toutes ces occupations beaucoup plus urgentes et importantes. Alors, je suis partie. Pour les laisser tranquilles. Pour ne pas leur déverser ma colère. Un sponsor du festival invitait chaque année quelques journalistes. Mes articles sur le théâtre étaient reconnus pour leur sérieux. Mon nom avait été suggéré à Martin. Je le soupçonnais d’avoir eu un peu pitié de moi. Je préférais ses silences b ienveillants à toutes les fausses marques d’empathie de mon entourage. Je n’oubliais pas qu’i l avait été présent aux moments les plus difficiles de mon existence même s’il semblait toujours mal à l’aise en ma présence.  À quarante-cinq ans, j’allais donc pour la première fois à Beaune. Comme personne ne me comprenait, autant jouer à être quelqu’un d’autre. Pour la circonstance, je m’étais donc habillée comme j’imaginais qu’on se devait de l’être pour un festival de cinéma, a fortiori de cinéma policier. Mise en scène moi aussi. Comme une héroïne hitchcockienne. Une coiffure à la Kim Novak dansVertigo. Des talons hauts. Un tailleur. La tenue idéale po ur prendre le train. Je ne l’ai pas remarqué d’abord. L’homme assis face à moi. Ou si je l’ai remarqué, c’est parce qu’il n’était pas très beau, pas complètement laid non plus. Il f aisait partie de ces gens que l’on peine à imaginer jeune. Ni petit. Ni grand. Ni maigre. Ni gros. Le crâne dégarni. Un visage sans attrait. Des lunettes. L’allure d’un bureaucrate consciencieux, dénué de fantaisie. S’il ne m’avait pas proposé de m’aider à porter ma valise, peut-être ap itoyé par les quelques larmes que j’avais
versées pendant le trajet, sans doute l’aurais-je oublié. Arrivée à Beaune, après avoir déposé mes affaires à mon hôtel, j’ai filé à la première projection. Le film s’appelaitVictoria, un film allemand. Un plan séquence de 2 h 20, absolument époustouflant. Un film dans lequel chaque plan exhale des désirs : de vie, de palpitations, de liberté, d’ailleurs, d’amour. Ne craignez rien, je ne vais pas vous donner une leçon de cinéma, mais cette projection a eu une incidence sur la suite, c’est la raison pour laquelle je vous en parle. Totalement fascinée par ce film, je décidai d’aller m’installer dans un café de Beaune pour écrire ma critique. Je remarquai que son dédale de ruelles au charme intemporel semblait avoir été dessiné par le plus doué et inventif des décorateur s de film tant cela aurait pu servir de cadre mystérieux à une intrigue policière labyrinthique. J’ignorais alors que ce décor était prémonitoire. Après avoir marché une dizaine de minutes, je m’installai dans un café depuis lequel j’apercevais la toiture en tuiles vernissées des célèbres Hospic es de Beaune. Assis un peu plus loin, je remarquai un homme de mon âge ou un peu plus jeune peut-être, très élégant et portant un chapeau. C’est ce qui m’a sauté aux yeux parce que je me suis dit que lui aussi avait une allure d’anti-héros hitchcockien et qu’il aurait pu être J ames Stewart dansVertigo. Et puis son visage d’une beauté froide, à couper le souffle, pouvait difficilement laisser indifférent. J’essayai de me concentrer sur ma critique. Je la commençai ainsi :Tout est dit déjà dans les premières secondes : l’envie de liberté, de transgression, d’ évasion, d’enivrement, l’aveuglement, la solitude, la brutalité. — Excusez-moi. Je relevai la tête en souriant m’imaginant que « mo n » James Stewart m’adressait ainsi la parole. Mais face à moi c’était l’homme du train, l e bureaucrate, qui prenait un air gêné. Je lui adressai un sourire machinal que je regrettai aussitôt esquissé. L’homme au chapeau m’adressa un petit sourire entendu. Je poursuivis ma critique ignorant le bureaucrate :Le film débute par les lumières aveuglantes, stroboscopiques et dangereuse ment grisantes d’une boîte de nuit, rythmées par l’insidieuse violence de la musique techno nous plongeant d’emblée dans la même atmosphère, hypnotique et électrisante, que le pers onnage principal, Victoria, à qui les lumières, se dissipant, laissent ensuite place à l’écran, et que nous ne quitterons plus une seule seconde en 2 h 20 de film. Je relevai la tête. Le bureaucrate n’avait pas bougé. — Oui, je suis toujours là, je voulais vous laisser finir votre phrase. Je vous ai vue à la projection tout à l’heure. J’ai vu que vous applaudissiez avec enthousiasme puis que vous êtes restée longuement dans la salle, face à l’écran noir, après le générique de fin. Vous me sembliez très émue. Rarement un film m’a plu à ce point. Je voulais savoir ce que vous en aviez pensé. Comme je n’avais pas envie de parler et surtout parce que je souhaitais qu’il parte le plus vite possible, en guise de réponse, je lui montrai mes quelques mots griffonnés. — Oui, c’est exactement ça, dit-il avec un sourire béat tout en s’asseyant face à moi sans prendre la peine de me demander si cela me dérangeait. Je me suis dit que les ennuis commençaient. L’homme au chapeau se leva, me fit un petit signe en soulevant rapidement son couvre-chef comme le font les cow-boys dans les westerns et il quitta le café. Et je détestais le bureaucrate pour cela, d’emblée et violemment. — C’est un très bel homme en effet, reprit le bureaucrate en me désignant la porte par laquelle était sorti le cow-boy. Il s’appelle Anatole Leprince. C’est déjà tout un programme. Son orgueil dépasse encore et de loin sa beauté, certes indéniable, et vous le rendrait insupportable au bout de quelques minutes, mais comme le désir se nourrit de l’imagination, vous devez déjà le parer de toutes les qualités. Il est producteur et il venge ses rêves de comédie avortés en se donnant l’allure
de l’acteur qu’il n’est pas et qu’il ne sera jamais et en passant son temps, qu’il a à revendre, à humilier ceux qui exercent la profession qu’il ne c essera jamais de regretter de n’avoir pu endosser. — Et vous qui êtes-vous pour émettre de tels jugeme nts hâtifs et péremptoires, pour vous asseoir sans permission ? — Je suis psychocriminologue pour la police. Profil er disent les Américains, ça fait tout de suite plus chic, mais le statut n’existe pas encore en France. Alors, vous voyez, les jugements hâtifs, mais je l’espère justes, c’est mon métier. Et je suis au festival parce que je fais partie du jury spécial police. J’avais vu en effet qu’en plus du jury de professio nnels du cinéma, le festival comprenait un jury de policiers ainsi nommé « spécial police ». Le bureaucrate travaillait donc pour la police. — Je sais ce que vous vous dites, que vous n’auriez jamais imaginé que je travaillais pour la police. On me le dit tout le temps. — Je ne me dis rien du tout, répondis-je piquée, prise en flagrant délit de préjugés, et surtout désireuse d’être laissée tranquille. Et si vous cro yez que me donner votre CV va me rassurer ou me rendre plus indulgente à votre égard, vous vous trompez. Et moi alors, quel est mon profil ? — Vous, derrière cette apparence d’héroïne sophistiquée que vous avez voulu vous donner, qui vous va très bien, mais ne vous correspond pas, je pense qu’il y a une douleur secrète, une douleur qu’on ne vous laisse pas le droit d’exprimer. Je pense que venir ici était un peu pour vous comme un saut dans le vide. Et je pense que nous avons ce point commun. — Vous pensez beaucoup. Vous êtes voyant ou policier ? dis-je, décontenancée. — Un peu des deux. Et je pense un peu trop parfois. — Vous êtes membre du jury et vous n’avez rien d’autre à faire que d’être ici avec moi ? — Rien d’autre, certainement pas. Rien de mieux, sans aucun doute. — Malheureusement, moi si. Je dois écrire cette critique. — Vous écrivez pour un mensuel, cela ne doit pas être si urgent. — Vous savez toujours tout sur tout le monde, comme ça, en quelques minutes ? C’est effrayant ! — Il suffit d’observer, d’être à l’écoute. Et d’avoir peut-être un petit don pour cela. Je remarquai que, lorsqu’il parlait, tout son visage s’animait et que cela en occultait presque le manque d’attrait. — Alors puisque je suis censée avoir du temps et vo us écouter, j’attends, qu’avez-vous à me dire ? demandai-je sur un ton professoral. — Je pourrais vous dire ce que vous ressentez. Vous avez l’impression d’être au milieu d’un lac gelé. Vous vous noyez. Lentement. Doucement. Vous ressentez le froid qui vous transperce le corps, qui glace votre âme, qui vous brise les os. Vous criez. Vous vous débattez. On vous voit. Mais au lieu de venir à votre secours, de saisir vo tre main que vous agitez dans le vide au-dessus de votre tête, on vous dit de trouver de l’aide ailleurs. Dans le meilleur des cas. Ou on ne vous dit rien. Dans le pire. Je pense que pour quiconque cela aurait semblé abscons, mais c’était exactement ce que je ressentais depuis la mort de mon frère. Je me débattais dans un lac gelé, je coulais et au lieu de me porter secours, on me regardait sombrer avec détachement. Ma vue se brouilla. L’émotion me saisit, d’un coup. Toute cette douleur que je m’évertuais à dissimuler par des artifices remonta brusquement à la surface. Cet homme qui me connaissait depuis quelques minutes avait vu ce que des personnes qui me côtoyaient depuis des années n’étaient pas parvenues à comprendre. Il saisit ma main. Je la retirai, brusquement, machinalement. Le deuil est une planète parallèle. J’avais la
sensation que nous en étions deux égarés parmi ceux pour qui nous représentions des Martiens, redoutés et incompréhensibles. J’avais soudain tant de questions à lui poser. Mais je ne parvenais pas à parler. — Je me suis trompé. Excusez-moi. Il faut toujours que j’aille à l’essentiel parce que je sais qu’on ne doit pas perdre de temps dans la vie. Excu sez-moi si ma franchise vous a choquée. Je vous souhaite un excellent festival. Il s’est levé et a quitté le café, sans que je parvienne à réagir. Perturbée par cette conversation, au lieu d’aller à la projection suivante, je décidai de me changer les idées à marcher sans but et à me perdre dans les ruelles de Beaune. Je ressassais ses mots encore et encore, je pensais au lac gelé. Quand je retournai enfin à mon hôtel après avoir déambulé un temps infini dans Beaune, une invitation m’attendait. Une invitation pour un cocktail avec quelques journalistes et les membres du jury, dans une prestigieuse cave d’un célèbre vigneron située dans le centre de Beaune. J’étais vêtue d’une robe noire indécemment décolletée dans le dos, une robe qui me donnait une allure de femme fatale qui ne me correspondait pas, qui ne me correspondait plus. J’avais pris cette robe parce que je n’avais plus l’habitude de sortir depuis que je m’étais occupée de mon frère, pendant trois ans, parce que c’était la première sur laquelle j’étais tombée en préparant ma valise et que je l’y avais mise par dépit tout en me disant que je n’oserais jamais la mettre. Il me fallut marcher environ vingt minutes dans cet accoutrement depuis mon hôtel pour accéder au lieu de la soirée. Mes pas résonnaient dans le silence et dans la nuit. J’avais le sentiment d’être suivie. J’arrivai très en retard à la soirée. Je ne me sentais pas très bien. J’avais longuement hésité à venir. J’estimais ne pas avoir le droit de m’amuser. Seule la perspective de revoir le policier m’avait finalement décidée. Dans le programme du festival, j’avais lu son impressionnant curriculum vitae. Et je savais désormais qu’il se prénommait A ntoine. Pour accéder au lieu, il fallait descendre un nombre de marches incalculable, se baisser, puis marcher sur un long chemin sous la voûte de pierre, jalonné de bougies pour l’occasion qui procuraient un aspect presque inquiétant aux bouteilles et cuves ainsi éclairées. J’entendis quelques rires, au loin, au fond de la cave. Quand je les rejoignis, je constatai que plusieurs groupes s’étaient formés. Il n’y avait pas plus de vingt personnes. Je reconnus Claude Lelouch, la réa lisatrice Danièle Thompson, un ou deux journalistes connus. Seule et désemparée, le temps me semblait s’écouler au ralenti. Je voulais déjà fuir, je n’avais pas envie de parler. Pas envie de ce jeu social. Pas envie d’être vue dans ma robe noire indécente. — J’ai eu pitié. Vous m’aviez l’air perdue. Tenez, c’est un Bourgogne millésimé. La voix masculine qui avait prononcé ces mots et qui me tendait un verre me fit sursauter. Avec la pénombre, il me fallut quelques secondes pour distinguer clairement son visage, mais à son chapeau, je devinais que c’était l’homme du café, le producteur. Déjà à cette phrase, j’aurais dû le remettre à sa place, lui dire que je n’avais pas besoin de chaperon, mais parfois le chamboulement des sens vous conduit à agir contre la raison. — Et vous êtes là pour me secourir, dis-je en prenant le verre. — C’est un peu mon métier. Je suis producteur. Si v ous saviez le nombre de comédiens, comédiennes en détresse, et de films même, que j’ai sauvés ! Il avait dit cela avec un parfait sérieux. En quelques secondes, il s’était présenté comme mon sauveur et celui de l’humanité. J’aurais dû être alertée d’emblée, mais un physique agréable peut vous aveugler un temps et vous conduire à mettre qu elques heures à vous faire admettre ce qu’un physique désavantageux vous incite à comprendre immédiatement. — Je n’ai guère de mérite, ce ne sont pas des cerveaux la plupart du temps, crut-il humble et