Ça ira mieux demain !

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Description

La violente récidive d’un cancer foudroie Camille, en plein éclat de rire.
Les métastases anéantissent son quotidien, son travail d’écrivain, son couple, ses amis, sa vie.
Terrifiée, la pétillante Camille bascule du côté obscur des examens au scanner, des IRM, de la médecine nucléaire et des lourdes séances de chimiothérapie. Elle est abattue, touchée en plein « corps ». Terrassée par la maladie et les traitements, elle est éreintée, épuisée, mais surtout désespérée quand elle s’aperçoit que Mathieu, son mari, prend de la distance.
Si nous connaissions notre destinée, aurions-nous la force de la changer ? Si nous pouvions retourner dans le passé, serions-nous capables de le modifier ? Si la chrysalide savait qu’une fois devenue un élégant papillon, son existence ne serait qu’éphémère, sortirait-elle de son cocon ?
« Ça ira mieux demain ! » est une histoire simple, « drôlement » triste. C’est celle de l’auteur, sous bien des aspects. C’est peut-être aussi la vôtre. C’est surtout un message d’espoir qui donne force et courage face aux épreuves de la vie, car le rire est une formidable thérapie.
« Ça ira mieux demain ! » est le dernier roman anti-morosité de Kathy Dorl, qui aborde avec humour et tendresse un sujet grave qu’elle connaît bien, pour la joie de lire, malgré tout.

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Date de parution 05 septembre 2018
Nombre de visites sur la page 347
EAN13 9782370116253
Langue Français

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ÇA IRA MIEUX DEMAIN !

Kathy Dorl

© Éditions Hélène Jacob, 2018. CollectionLittérature sentimentale. Tous droits réservés.
ISBN : 978-2-37011-626-0

Tu ne sais jamais à quel point tu es fort,
MXVTX¶DX MRXU R rWUH IRUW UHVWH WD VHXOHoption.
Bob Marley.

Préambule


La guerre des nichons

7X DV UHVVXUJL XQ MRXU GH VHSWHPEUH SXLVVDQW WHUULILDQW -¶HVSpUDLV XQ UpSLW SDV WRL WX W¶HQ
IRXWDLV F¶HVW GDQV WD QDWXUH 7X P¶DV YLROHPPHQW MHWpH j WHUUH MH VXLV WRPEpH j JHQRX[ KHXUWDQW
douloureusement le sol de mon corps tremblant et malade, tu éructais de joie, prenant un plaisir
PDOVDLQ j P¶HQYDKLU GH PpWDVWDVHV &¶HVW GRPPDJH M¶DYDLV SUpSDUp GHV ODVDJQHV PDLVRQ SRXU OH
dîner.
Un carcinome infiltrant, stade 4, ou, tout simplement, un cancer du sein largement avancé.
/D WHUUH V¶HVW RXYHUWH VRXV PHV SLHGV -¶pWDLV WHUULILpH
-¶DL YRXOX SRUWHU SODLQWH SRXU FRXSV EOHVVXUHV HW KDUFqOHPHQW
²Impossible P¶RQW UpSRQGX OHV VSpFLDOLVWHV ,O IDXGUD GpVRUPDLV FRPSWHU DYHF OXL
²Guérir ? ai-je suggéré, effrayée.
² 1RQ DOORQJHU O¶HVSpUDQFH GH YLH P¶D UpWRUTXp KRQQrWHPHQW PRQ RQFRORJXH
²Combien de temps ?
² &LQT VL[ DQV«, mais oublions les statistiques. Profitez, Kathy, profitez de chaque jour, et
tenez le cap. Un jour, peut-être, un traitement lui foutra la raclée du siècle : la recherche avance.
&¶HVW XQ MRXU GH VHSWHPEUHLe premier jour du reste de ma vie, TXH M¶DL GpFLGp GH PH PRTXHU
de toi. Quelques jours plus tard sortait mon premier livre :&H TXH IHPPH YHXW«
Tu croyais quoi, avec tes idées noires" 4XH M¶DOODLV PH PRUIRQGUH? Jouer à la roulette russe ?
4XH QHQQL M¶DL GpFLGp GH ULUH P¶DPXVHU HW W¶RXEOLHU $ORUV M¶DL FRQWLQXp j pFULUH 7X YRXODLV PH
stopper dans mon élan, vieille canaille" 3DV GH ERO SRXU WRL DX FRQWUDLUH WX P¶DVboostée!
-H PH VXLV FRQVDFUpH j O¶pFULWXUH HW M¶DL SORQJp GDQV O¶DQWL-PRURVLWp /¶KXPRXU HW O¶KXPRXU
WRXMRXUV O¶KXPRXU DX WUDYHUVde mes livres « détente ». Une formidable thérapie.
Tu penses encore me flanquer la trouille avec tes foutus marqueurs qui jouent au yoyo, ces
fichus cocktails qui me rendent malade, et cette terrible phrase inscrite sur toutes les poches de
perfusion : « date de fin du traitement : inconnue » ?
Eh bien, non !
3DXYUH QRGRFpSKDOH WX YHX[ PD SHDX PDLV WX Q¶DXUDV SDV PD MRLH GH YLYUH PDfeel-good
attitude,mon vaccin anti-déprime et mes bulles de champagne !

4

Ça ira mieux demain ! HVW XQH ILFWLRQ KXPRULVWLTXH VXU OHV pWDWV G¶kPH GH &DPLOOHlargement
inspirée, au niveau médical,GH PRQ TXRWLGLHQ GH FDQFpUHXVH -¶HVSqUH TX¶LO IHUD ULUH, tout du
moins sourire, les malades comme les bien portants.
La vie est si précieuse, quels que soient nos fardeaux.
Goûtons chaque minute qui passe, profitons de nos petits bonheurs : une citronnade en plein
été, des palmiers qui bruissent, une bicyclette rouillée dans une allée bordée de platanes. Une
KHXUHXVH WDEOpH G¶DPLV PDUFKHU SLHGV QXV FRQFRFWHU XQH SLSHUDGH MRXHU DYHF OH WDSLV GHV IHXLOOHV
G¶DXWRPQH VH PHWWUH DX FKDXG VRXV XQ SODLG DYHF XQ ERQ OLYUH GpFRUHU OH VDSLQ HW UHFRPPHQFHU,
en mieux, avec mille projets. Apprendre, découvrir, essayer. Aller vers les autres, écouter,
GRQQHU WRXW GRQQHU HW UHJDUGHU GHYDQW WRXMRXUV« DXWDQW TX¶RQ SXLVVH OH IDLUH
Camille dansÇa ira mieux demain !ne suivra évidemment pas mes conseils, pour ma joie
G¶pFULUH HW M¶HVSqUH YRWUH MRLHde lire. Triste et drôle à la fois,Ça ira mieux demain !est un mot
G¶HVSRLU HW GH FRXUDJH SRXU WRXWHV OHV YLFWLPHV GRQW OD YLH V¶HVW DUUrWpH HWqui combattent la
PDODGLH TXHOOH TX¶HOOH VRLW
Il y a aussiXQ SHX GH PRL GDQV &DPLOOH FDU WRXW ELHQ UpIOpFKL F¶HVW JUkFH j Fe cancer que la
vie, mes proches, mes amis, mes lecteurs et chroniqueurs, ainsi que les chansons de Bob Marley,
Tracy Chapman et CharOHV 7UHQHW TXL P¶RQW DFFRPSDJQpeGDQV O¶pFULWXUH GH FHW RXYUDJH PH
UDSSHOOHQW WRXV OHV MRXUV TXH« PRQ F°XU IDLW ERXP!

Kathy Dorl, en survie de récidive métastatique depuis plus de quatre ans.
(Extrait modifié deMon combat à moi, billet publié chez lilasursaterrasse.fr le 6 avril 2016)

5

1±« Cancerland »


²Quelle journée de merde !
²! me lance une aide-soignante en ouvrant les stores de ma chambreSoyez positive
G¶K{SLWDO
²Alors, quelle belle journée de merde !
&HOD IDLW GL[ MRXUV TXH MH VXLV j O¶KRVWR GL[ ORQJXHV HW GRXORXUHXVHV MRXUQpHV, dont quatre en
soins intensifs,HW MH VRUV DXMRXUG¶KXL
Il y a des rencontres qXL W¶HIIOHXUHQW TXL WH VpGXLVHQW G¶DXWUHV TXL WH SODLVHQW PRLQV, et des
retrouvailles qui te fracassent à coups de pelle.
-¶HQ VXLV HQFRUH KpEpWpH
Une bonne récidive de mon cancer du sein, mais cette fois-ci, métastasée. Le panard!
/¶pFODWMoi qui pensais en être débarrassée depuis longtemps. Cet enfoiré a ressurgie !
insidieusement il y a quelques mois. Une fatigue et une faiblesse permanentes, un manque
G¶pQHUJLH TXH MH PHWWDLV VXU OH FRPSWH GH PD YLH XQ SHX PRXYHPHQWpH
Puis, il y a eu cette douleur lancinante dans le bas-ventre, un rendez-vous chez mon
gynécologue, un examen approfondi dans la foulée et une hospitalisation en urgence.
-¶pWDLV DOORQJpH VXU OD WDEOH GX VFDQQHU TXDQG OD ORXUGH PDFKLQH V¶HVW DUUrWpH HW OH
PpGHFLQradiologue est entré dans la pièce :
²Vous respirez correctement" P¶D-t-il demandé, inquiet.
²Bah, oui, pourquoi" -¶DL O¶DLU G¶XQ SRLVVRQ URXJH VXLFLGDLUH TXL YLHQW GH VDXWHU GH VRQ
bocal ?
²Vous avez un épanchement pleural,DLQVL TXH GDQV OH SpULWRLQH -¶DSSHOOH LPPpGLDWHPHQt
votre médecin.
,O P¶D LQYLWpe à me rhabiller et àOH UHWURXYHU GDQV OD FDELQH MRX[WDQW OH VFDQQHU M¶DL REWHPSpUp
VLOHQFLHXVHPHQW MH Q¶DUULYDLV SDV j SHQVHU j UpXQLU PHV LGpHV eWUDQJHPHQW FDOPH MH O¶DL UHMRLQW
il me tendait un combiné de téléphone quH M¶DL VDLVL HQ WUHPEODQW HWporté à mon oreille :
² &DPLOOH F¶HVW WUqV VpULHX[ QRXV GHYRQV YRXV KRVSLWDOLVHU LPPpGLDWHPHQW! me disait la
voix,G¶KDELWXGH VL UDVVXUDQWH, de mon gynécologue.
² 0DLV«
² <¶D SDV GH PDLV!

6

² 4X¶HVW-FH TXH M¶DL?
² 2Q Q¶HQ VDit encore rien, mais on ne peut pas vous laisser partir avec du liquide dans les
poumons. Rendez-vous aux admissions de la polyclinique, ils sont prévenus, ils vous attendent.
&¶HVW OH VRXIIOH FRXSp, au sens propre comme au figuré,TXH M¶DL XQH QRXYHOOH IRis obéi. Le ton
de mon chirurgien gynécologue,TXL P¶DYDLW HQOHYp XQHtumeur au sein dix ans plus tôt,Q¶DYDLW
rien de réjouissant.
¬ SHLQH LQVWDOOpH GDQV PD FKDPEUH XQH EORXVH EODQFKH HQWUH VDQV IUDSSHU F¶HVW OH FKLUXUJLHQ
thoracique. Je le trouve sympa -¶DSSUHQGUDL SDU OD VXLWH TXH F¶HVW XQH WHUUHXU GDQV VRQ VHUYLFH XQ
gueulard, le gHQUH GH WRXELE TX¶RQadore ou déteste.
Il est clair :
²Je vais vous faire une ponction dès ce soir pour évacuer ce liquide, il y a au moins deux
litres, me prévient-il.
Je tente de plaisanter :
²Ah ! Ben,F¶HVW SRXU oD TXH M¶DL SULV GX SRLGV!
Ça ne le fait pas rire, il se tourne vers Mathieu,TXL YLHQW G¶DUULYHU, complètement affolé.
² /¶DFWH QH VHUD SDV GRXORXUHX[ FHOD VRXODJHUD YRWUH IHPPH HOOH SRXUUD UHVSLUHU
normalement. Par contre, dès demain matin, elle passe au bloc, je vais lui placer un drain pour
évacuer le restant du liquide et lui faire un talcage.
²Un talcage ? demande mon homme, déboussolé.

²Oui, on envoie un produit qui ressemble au talc pour faciliter le recollement de la plèvre.
Nous la garderons plusieurs jours en soins intensifs.
² 0DLV TX¶HVW-FH TX¶HOOH D? le questionne encore Mathieu.
/H WRXELE PH ODQFH XQ UHJDUG FRPSDWLVVDQW -H Q¶DLPH SDV FH JHQUH G¶DWWHQWLRQ HQILQ VL TXDQG
M¶DL HQYLH GH PH IDLUH SODLQGUH GH PHV SHWLWV ERERV PDLV SDV Oj SDV HQ FHW LQVWDQW -H YHX[ TX¶LO VH
PHWWH j ULUH TX¶LO QRXV DVVXUH TXH WRXW YD ELHQ TX¶LO Q¶\ D ULHQ GH JUDYH TXH F¶HVW XQH HUUHXU
'¶DLOOHXUV,MH Q¶DL SDVde mal à respirer ! Je suis partante pour un marathon !
Le médecin se contente de croiser les bras et de toucher son menton du bout des doigts, en
pleine réflexion, puis lâche :
²Je ferai des prélèvements quand elle sera au bloc. Nous en saurons plus dans quelques
jours, quand le labo les aura analysés.
Tout compte fait, je le trouve détestable.
*
* *
-H UHPRQWH GHV VRLQV LQWHQVLIV eSXLVpH pUHLQWpH M¶DL O¶LPSUHVVLRQ G¶DYRLU SULV GHV FRXSV GH
FRXWHDX HQWUH OHV F{WHV G¶DYRLU pWp DJULSSpH j XQ FURFKHW GH ERXFKHU MH VXLV XQH ORTXH SRXVVpH

7

dans une petite chaise à roulettes par un brancardier un peu débordé.
²Je vous ramène la pleurésie ! annonce-t-il aux infirmières du service.
0RL F¶HVW &DPLOOH PDLV VL WX SUpIqUHV PH VXUQRPPHU 3OHXUpVLH \¶D GHgrandes chances que
MH W¶DSSHOOH 'XFRQ TXDQG MH WH FURLVHrai à nouveau dans les couloirs !songé-je fortement.
-H VXLV G¶XQH KXPHXU PDVVDFUDQWH RVFLOODQW HQWUH GpVHVSRLU HW FROqUH OD GRXOHXU HQ ERQXV
*
* *
Quelques heuresDYDQW PRQ UHWRXU HQ FKDPEUH M¶DL HX OD YLVLWH GH PRQ RQFRORJXH FHOXL TXL
P¶D VXLYLe longWHPSV DSUqV PRQ SUHPLHU FDQFHU (Q O¶DSHUFHYDQWqui avançait vers moi dans ce
VHUYLFH VL IURLG GH UpDQLPDWLRQ M¶DL IHUPp OHV \HX[ -¶DL FRPSULV
,O P¶D SULV OD PDLQ HW O¶D VHUUpH WUqV IRUW, sans un mot.
-¶DL GHPDQGp GDQV XQ VRXIIOH:

² &¶HVW UHYHQX?
²Oui, mais on va se battre, Camille, il faudra être patiente, très patiente, car ce sera long, très
long.
² &¶HVW HQFRUH OH VHLQ?
²Oui, infiltrant métastatique, cette fois-ci, stade«

²Métastasé où ?
²Les os.
² (W \¶D FRPELHQ GHstades en tout ?
²Quatre.
Je déglutis :
²Plan galère ?
,O RSLQH 3XLV P¶LQWHUURJH:
²Souhaitez-YRXV TXH M¶HQ SDUOH j YRWUH PDUL?
-¶DFTXLHVFH j PRQ WRXU:
²Il vient de me quitter, il ne doit pas être loin.
² '¶DFFRUG MH YDLV HVVD\HU GH OH WURXYHU
² -H Q¶DL SDV OD IRUFH GH OXL DQQRQFHU«
Il se montre encourageant :
²Il faut garder le moral, Camille, on va se battre.
%LHQ pYLGHPPHQW TXH M¶DL OH PRUDO &HOD IDLW TXDWUH MRXUV TXH MH SLVVH GDQV XQ EDVVLQ MH VXLV
reliée à tout un tas de machines, on me bourre de morphine. Et maintenant,M¶DSSUHQGV TXH MH
risque de fêter mon pot de départ, mais celui-ci finira sur une étagère de notre appartement.
&¶HVW OD EDPED oD VZLQJXH MH PH PDUUH!

8

*
* *
²Alors, comment te sens-tu ?
Mes amis sont autour de moi. Toujours clouée au lit par ce foutu drain, je fais la gueule et
raille :
²Vachement bien 0RQ PHF D YLHLOOL GH GL[ DQV HQ TXHOTXHV MRXUV MH YRLV ELHQ TXH PD V°XU
D OHV \HX[ URXJHV TXDQG HOOH PH UHQG YLVLWH PHV ILOV VRQW LQTXLHWV %UHI RQ V¶DPXVH FRPPH GHV
petits fous.
² dD YD DOOHU M¶HQsuis sûre ! intervient Isabelle au téléphone.
¬ GL[ PLOOH NLORPqWUHV G¶LFL DX[ eWDWV-Unis, malgré le décalage horaire, elle a tenu à être
SUpVHQWH DYHF WRXV PHV DPLV PD IDPLOOH GH F°XU -H VDLV TX¶LOV RQW EHVRLQ GH VH VRXWHQLU OHV XQV
les autres pourWURXYHU OHV ERQV PRWV SRXU PH UpFRQIRUWHU DXWDQW TX¶LOV SHXYHQW
Pourtant, je ne voulais personne à mon chevet, pas de pitié, pas de compassion, pas
G¶KpVLWDWLRQV QL GH EODJXHV IDXVVHPHQW HQMRXpHV 0DLV LOV VRQW Oj SUpVHQWV, comme toujours.
Et moi, à leuU SODFH M¶DXUDLV? Je dois reconnaîréagi commentWUH TXH MH Q¶DXUDLV SDV IDLW
PLHX[ -¶DXUDLV GpERXOp DXSUqV GH O¶DPL HQ GLIILFXOWp ,OV PH VRQW SUpFLHX[ -H OHV DLPH
² 0DLV RXL oD YD DOOHU M¶HQ VXLV VUH! réitère Sarah.
Son enthousiasme sonne faux. Thomas insiste :
²On va se battre à tes côtés, Camille.
Je ne suis pas convaincue :
² 0RXDLV DYHF OH FDQFHU LO IDXW VH PRQWUHU SHUVXDVLI -¶DL YX GDQV O¶pPLVVLRQ GH 6XSHU
Nounou machin truc comment procéder. Tu lèves un doigt menaçant, tu prends la voixG¶XQ DJHQW
GH O¶LPPLJUDWLRQMôôôôsieur Cancer, vous quittez immédiatement ce corps ! ETet tu dis : «
9286 Q¶\ UHYHQH] SOXV MDPDLV! »
&¶HVW ,VD DX ERXW GX ILO, qui part la première dans un fou rire nerveux et largement contagieux.
Nous pleurons de rire pendant un long moment pour cacher nos larmes de chagrin.
*
* *
Le soir, je me sens légèrement mieux, le moral revient modérément 0RQ KRPPH P¶D DSSRUWp
1
mon ordinateur portable, je finis les corrections de mon BATque je renvoie par mail à mon
éditrice. Ce travail me change un peu les idées.
Je ferme les yeux, cherchant à me vider la tête. Essayez de vous imaginer sur une plage
SDUDGLVLDTXH j VLURWHU XQ PRMLWR TXDQG YRXV rWHV FRLQFp GDQV XQH FKDPEUH G¶K{SLWDO EHQ YRXV
verrez, ça ne marche pas, mais alors pas du tout !
-H Q¶DUULYH SDV j WURXYHU OD SODJH QL OH VRPPHLO QRQ SOXV ,O IDXGUD TXH MH GHPDQGH XQ FDOPDQW

1
Bon à tirer.

9

j O¶LQILUPLqUH GH QXLW (Q DWWHQGDQW M¶DWWUDSH OD WpOpFRPPDQGH VXU OD WDEOH GH QXLW HW DOOXPH OD
télévision.
&¶HVW XQ pSLVRGH G¶XQH VpULH TXL V¶LQWHrroge sur notre usage des réseaux sociaux et ses
conséquences sur nos existences.Black Mirrordépeint une société où tout le monde évalue tout
le monde, les mieux notés ayant de meilleurs services. Imaginez-vous un système où un patient
serait refusé de la file prioritaire des urgences à cause de son manque de popularité sur Internet ?
Je pousse le bouchon trop loin ? Pas tant que cela,VL O¶RQ HQ MXJHla chasse aux «M¶DLPH» sur les
réseaux sociaux. Entre celle qui met en scène ses repas, celui qui balance desselfiesson de
meilleur profil avec une lumière tamisée, un décor cosy et fashion et des gamins bronzés et
heureux, et le dernier qui mitraille ses sushis avant de les gober pour faire saliver ses relations
virtuelles. Du genre : regardez la belle vie que je mène ! En réalité, derrière ces profils se cachent
GHV SHUVRQQDOLWpV HQ PDQTXH GH UHFRQQDLVVDQFH ,OV FKHUFKHQW O¶DSSUREDWLRQ LOV Q¶H[LVWHQW TXH
parce que les autres les regardent et les « valident », avec un éternelEHVRLQ G¶rWUH UHFRQQX
Pourtant,M¶DLPH ELHQ OH F{Wp ©des réseaux sociaux. Mais lorsque ta copine pense quepartage »
WX IDLV OD JXHXOH SDUFH TXH WX Q¶DV SDVlikéses derniers commentaires, ça commence à devenir
flippant. Quand elle suppose que tu es fâchée par un message sanssmiley WX WH GLV TX¶HOOH HVW XQ
peuémoticonne.
-H PH GHPDQGH VL MH YDLV IDLUH XQ SRVW VXU PD PDODGLH TXDQG MH VRUWLUDL G¶LFL 'X JHQUH: hey,
les gars, je me coltine une bonne récidive de cancer. Par contre, le premier qui clique sur
«M¶DLPH», je le bute !

*
* *
Je sors demain.
$XMRXUG¶KXL OH FKLUXUJLHQ WKRUDFLTXH P¶D HQOHYpleGUDLQ SODQWp GDQV PRQ FRUSV ,O V¶HVW
SRLQWp DYHF XQH LQILUPLqUH ,O pWDLW FRQWHQW OH WDOFDJH D ELHQ IRQFWLRQQp M¶DL UpFXSpUp XQH FDSDFLWp
respiratoire convenable.
Tout compte fait, il est sympa, ce toubib.
-H FURLV TXH M¶DL SHQVp WURS YLWH
/H GUDLQ HQ TXHVWLRQ Q¶HVW SDV XQ WXEH WUqV ILQ HW LQVLJQLILDQW JHQUH OH WRXW SHWLW PDFKLQ TX¶RQ
retire tranquillement ; ensuite,RQ SRVH XQH VXWXUH DGKpVLYH SRXU UDSSURFKHU OHV WLVVXV GH O¶Lncision
et on rentre en sautillant à la maison en rêvant aux jolis pets de coccinelle.
(K ELHQ QRQ PRQ GUDLQ j PRL UHVVHPEOH SOXV j XQ WX\DX G¶DUURVDJH HW, vu les instruments
LQVWDOOpV VXU OD WDEOH TXH O¶LQILUPLqUH SRXVVH YHUV PRQ OLW M¶DL OD YDJXH VHQVDtion que je vais
douiller un maximum.

*
* *

10

-¶HQ DL PDUUH G¶DYRLU UDLVRQ
Franchement, pourquoi leClub Dorothée GH PRQ HQIDQFH QH P¶D SDV DSSULV j JpUHU FH JHQUH
de merdier ! EtLe manège enchanté ?Attention, on nous vend une vie de rêve, et ce, dès les
couches-culottes !
%RQ G¶DFFRUG \¶D &DOLPero, le poussin dépressif, et ses « vraiment trop injuste !ª SDUFH TX¶RQ
lui a piqué son petit-bHXUUH 0DLV MH FURLV TX¶LO DXUDLW DYDOp VD FRTXLOOH VL RQ OXL DYDLW HQOHYp XQ
drain gros comme une couleuvre et recousu la plaie à vif, le tout sans prévenir, bien évidemment.
3DU LFL LOV Q¶DLPHQW SDV FRXULU DSUqV OHXUV SDWLHQWV TXL WHQWHQW GH V¶HQIXLU GDQV OHV FRXORLUV GH OD
SRO\FOLQLTXH oD IHUDLW GpVRUGUH« $ORUV LOV DGRSWHQW OD PpWKRGH GX JXHW-apens.
/¶HIIHW GH VXUSULVH RX SOXW{W O¶HIIHW .LVV &RRO PDLV GDQV OH PDXYDLV VHQV 8Q EUHI VRXODJHPHQW
de ne plus avoir de tube en plastique planté dans le thorax,VXLYL LPPpGLDWHPHQW G¶XQ FRXS GH
poignard insupportable,TXL GXUH OH WHPSV GH UDILVWROHU XQ WURX GH OD WDLOOH G¶XQH Jrosse bille. Mon
F°XU HVW SUrW j H[SORVHU WRXW PRQ FRUSV HVW WRXUQp YHUV OD GRXOHXU MH VHQV TXH MH YDLV WRPEHU GDQV
les pommes.
²La plaie est trop importante pour de simples sutures adhésives,P¶H[SOLTXH OH WRXELE HQ
pleine séance de torture, pardon, couture. Les injections anesthésiques seraient très pénibles à cet
2
HQGURLW HW OH SURWR[\GH G¶D]RWHest déconseillé pour vos poumons.
Tout bien réfléchi, je le déteste.
*
* *
Demain, je sors ;PRQ KRPPH YD YHQLU PH FKHUFKHU HW PH UDFFRPSDJQHU FKH] QRXV M¶DLhâte.
Mais,SRXU O¶LQVWDQW,MH Q¶DUULYH SDV j GRUPLU PD SODLH HW OHV SRLQWV GH VXWXUH VRQW HQFRUH
GRXORXUHX[ HW M¶DL FHWWH SHWLWH YRL[ TXL PH PXUPXUH DX FUHX[ GH PRQ RUHLOOHU: «<RXKRX F¶HVW

moi ! Pas de panique, je me barre dans pas trop longtemps. Attends,MH P¶LQVWDOOH VXU WRQ pSDXOH
juste à côté de ton oreille. Alors, quoi de neuf dans ta vie ? » Il est 2 heures du matin et cette
exécrable petite voix, haut perchée F¶HVW O¶LQVRPQLH
-¶DL EHDX IHUPHU OHV \HX[ WRXMRXUV ULHQ -H VXLV SULVRQQLqUH GH Pon lit et de mon insomnie. Je
UHVWH GRFLOHPHQW DOORQJpH GDQV OH YDJXH HVSRLU GH P¶DVVRXSLU DX SOXV YLWH -H SDWLHQWH -H SHQVH j
WRXV FHV YHLQDUGV TXL URXSLOOHQW DX PRPHQW PrPH ¬ O¶KHXUH TX¶LO HVW, la moitié du globe pionce
du sommeil du juste. Mais pas mRL MH JDPEHUJH )DXW TXH M¶DUUrWH GH UpIOpFKLU oD YD PH VWUHVVHU
Ça y est, je suis stressée, et merde ! Je déteste être stressée, ça me stresse !
Pourquoi moi ? Pourquoi « il » est revenu, puissant et si terrifiant ?-¶HVSpUDLV QH SOXV DYRLU
affaire à lXL PDLV OXL V¶HQ IRXW F¶HVW GDQV VD QDWXUH $SUqV P¶DYRLU FRXSp OH VRXIIOH LO P¶D
violemment agressée ,O V¶DPXVH j MRXHU OHV PRXFKHV j PHUGH DXWRXU GH PD WrWH %\H E\H, les jolis

2
Gaz hilarant : anesthésique utilisé pour soulager les douleurs.

11

pets de coccinelle.
4X¶HVW-FH TXH M¶DL IDLW SRXU PpULWHU oD? Suis-je si mauvaise ? Les autres, ceux qui ne sont pas
malades, sont gentils. Ils sont gentils et donc ils dorment ! Ces enfoirés ! Ils ont droit au sommeil,
3$5&( 48¶,/6 1( 6217 3$6 0$/$'(6!
Ouh là ! FautTXH MH PH FDOPH OD IDWLJXH O¶pSXLVHPHQW PRUDO HW SK\VLTXHme rendent parano.
Je suis trop agitée, je vais porter plainte pour tapage nocturne dans ma tête.
Je pense à mon oncologue. Mon médecin préféré, mon médecin du sauve-qui-peut, lenumber
one, il a intérêt,G¶DLOOHXUV PD YLH HVW XQH QRXYHOOH IRLV HQWUH VHVmains. Cet homme regarde ses
patients droit dans les yeux, il ne prononce pas le mot cancer tout de suite. Il explique le bilan, les
résultats, les traitements possibles ; il prend son temps, plutôt le temps que le patient le prononce
lui-même, ce foutu moW 3UHPLHU SURFHVVXV G¶DFFHSWDWLRQ GH OD PDODGLH, selon les psychologues.
0RXDLV SUHPLHU SURFHVVXV G¶DFFHSWDWLRQ RX SDV PRL GHSXLV O¶DQQRQFH GH PD UpFLGLYH MH VXLV
HQ DSHVDQWHXU MH IORWWH FRPPH VL MH P¶pWDLV GpWDFKpH G¶XQH VWDWLRQ VSDWLDOH VDQV UDLVRQ. Je suis en
RUELWH XQ YLROHQW LPSDFW P¶D SURSXOVpe ailleurs, mais où" -H Q¶HQ VDLV ULHQ %RQ! Promis, si je
croise Spock sur la planète Vulcain, je préviens lesfans.
Maintenant, dodo ! Peut-rWUH TX¶HQ PH IRUoDQW j IHUPer les yeux M¶DXUDLV SOXV GH FKDQces de
P¶HQGRUPLU 1RQ oD QH VHUW j ULHQ; il fait noir,PrPH TXDQG M¶RXYUH OHV \HX[ $EUXWLH TXH MH
suis !
Et si je déplaçais mon lit dans le sens feng shui ? Facile, il a des roulettes. Je réfléchis. Où est
OH QRUG O¶RXHVWle sud, la Lune O¶pWRLOH GXBerger ? Ça ne va pas non plus ! En plus, ça bloquerait
O¶DFFqVà la salle de bains -¶DL OHV \HX[ TXL SLTXHQW &¶HVW EURXLOORQ GDQV PD WrWH
/D SRUWH GH PD FKDPEUH V¶RXYUH -H YLHQV j SHLQH GH P¶HQGRUPLU MH VXLV pSXLVpH HW DX ERUG GH
la crise de nerfs.
²Encore une belle journée !
/¶LQILUPLqUH GH MRXU HVW HQ PRGH«O¶DPL Ricoré». Elle me plante le thermomètre dans
O¶RUHLOOH
²Quelle journée de merde !
²Soyez positive! me lance une aide-soignante en ouvrant les stores de ma chambre
G¶K{SLWDO
²Alors, quelle belle journée de merde !
² 1H VR\H] SDV URQFKRQ YRXV UHQWUH] FKH] YRXV DXMRXUG¶KXL
² -H QH VXLV SDV URQFKRQ F¶HVW OD IDWLJXH M¶DL WHOOHPHQW GH VRPPHLO HQ UHWDUG TXH, dans mes
rêves, je ne paie pas en euros, je fais du troc M¶pFKDQJH XQ VLOH[contre une peau de bison.

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2±Arc-en-cer


Voilà ! JeQ¶DL SDV DOOXPp XQH FLJDUHWWH GHSXLV WURLV VHPDLQHV TXDWUH MRXUV XQH KHXUH HW WUHL]H
PLQXWHV 0HUFL GH PH IDLUH XQH ROD M¶LQVLVWH 3DUFH TXH F¶HVW OD SUHPLqUH IRLV TXH MH WLHQV VL
longtemps sans m¶DUUDFKHU OHV FKHYHX[ QL SRLJQDUGHU TXLFRQTXH -¶DYDLV GpMj WHQWp DXSDUDYDQW -H
me suis coltinée tous les trucs possibles et imaginables O¶DFXSXQFWXUH OH \RJD OHV WDEOHWWHV j
mâcher, les tapettes à souris avec, en guise de fromage, mon paquet de clopes -¶DL PrPH OXLa
méthode facile pour arrêter le tabac -¶DXUDLV G PH PpILHU GX F{Wp ©facile »attesté par le titre du
bouquin. En plus,F¶pWDLW ELHQ PRLQV SDVVLRQQDQW TX¶XQ 'HQQLV /HKDQH (W SXLV M¶DYDLV EHDX rWUH
G¶DFFRUG DYHF WRXW FH TXL pWDLW pFULW ±par un non-IXPHXU F¶HVW VU ±, je ne pouvais pas
P¶HPSrFKHU, entre deux brefs moments de culpabilité, de le parcourir en grillant une ou deux
blondes.
-¶DLPH ELHQ IXPHU SRLQW!&ORSHU HQ VRLUpH F¶HVW V\PSD SRXU DFFRPSDJQHU XQ EDOORQ GH
rouge. Fumer aSUqV OH GpMHXQHU DYHF OH FDIp LO Q¶\ D ULHQ GH PLHX[ GHYDQW PRQ pFUDQ SDUFH TXH
ça stimuleO¶LQVSLUDWLRQ
6DXI TXH FH IRXWX FDQFHU HW PHV SRXPRQV IUDJLOLVpV YLHQQHQW GH PHWWUH XQ VWRS /¶DUUrW EUXWDO
du tabac fait grimper mes pulsions criminelles. Le manque se fait entendre :F¶HVW VLPSOH, je
gueule en permanence, du matin au soiU ,O SDUDvW TX¶RQ UkOHvingt à trente fois par semaine, eh
bien, il est visibleTX¶RQ QH P¶D SDV LQWHUURJpe lors du sondage.
Autre problème qui me titille : j¶DLlu dans un dépOLDQW TXH OD SUDWLTXH G¶XQH DFWLYLWp SK\VLTXH,
pendant le traitement,V¶DYqUH EpQpILTXH VXU SOXVLHXUV SRLQWV -H YHX[ ELHQ OH FURLUH VDXI TXH F¶HVW
la mouise KRUV GH TXHVWLRQ SRXU PRL GH OHYHU XQ RUWHLO SRXU P¶HQWUHWHQLU GDQV XQH VDOOH GH VSRUW
À la limite, un tour de bicyclette, mais à la campagne ; cependant, je suis une citadine et, courir
pour inhaler du CO2 RX VRXV OHV QpRQV G¶XQ HVSDFH ILWQHVV FH Q¶HVW WRXW VLPSOHPHQW SDV SRXU PRL
(W SXLV MH Q¶DL MDPDLV FRPSULV OHV SHUVRQQHV TXL SUHQQHQW OHXU EDgnole et traversent la ville
pour aller faire du vélo enfermé dans une salle.
Oui, je sais, il y a les gens normaux et il y a « nous », les adeptes du «râling » et non du
« running », les irréductibles du non-sport. En outre, je suis très satisfaite de mes abdos-fessiers
de paresseuse extrême. Quoique, en ce moment, un popotin bien musclé est le cadet de mes
soucis.
-H KDLV OD J\P SDUFH TXH F¶HVW IDWLJDQW oD IDLW PDO RQ WUDQVSLUH -H GpWHVWH SDU-dessus tout me

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retrouver toute rouge, essoufflée et dégoulinante de sueur.
²La solution ? La natation ! argumentait hier soir Mathieu.
Mais bien sûr : affronter les douches glacées et sentir le chlore en sortant, tout en gagnant une
peau de crocodile en bonus«ça me dépasse. De toute façon, mon aversion pour le spRUW Q¶HVW SDV
nouvelle. Heureusement que le coefficient en EPS ne triplait pas la note VLQRQ M¶DXUDLV pFKRXp DX
EDFFDODXUpDW (W IUDQFKHPHQW MH Q¶DL MDPDLV YX TXL TXH FH VRLW VH SkPHU GHYDQW XQ FKHYDO
G¶DUoRQ <¶D TX¶j VH UDSSHOHU OD UpSRQVH GHChurchill, «No sport », quand on lui demandait le
VHFUHW GH VD ORQJpYLWp /H JDLOODUG DX FLJDUH D WHQX MXVTX¶j VHV91 ans.
(W F¶HVW WRXMRXUV OD PrPH FKRVH! AXMRXUG¶KXL IDLUH GH O¶H[HUFLFH HVW ERQ SRXU OD VDQWp 'DQV
dix ans, on nous dira peut-rWUH TXH F¶HVW GDQJHUHX[ &¶HVW FRPPH SRXU OHV EpEpV LO IDOODLW OHV
coucher sur le ventre, puis sur le côté et maintenant sur le dos. Ils en ont fait des roulades, mes
gamins.
²Sur le dos ? Viiiiiiite ! Zut,F¶HVW OH YHQWUH, maintenant ! Chouchou ! Retourne le bébé !
Non,HQ IDLW VXU OH F{Wp F¶HVW PLHX[!
Et, pendant ce temps, tu fabriques un futur névrosé qui tétouille à mort sa sucette pour se
rassurer du grand huit que lui font subir ses parents hyperstressés, le pauvre babynouche veut
juste DORMIR !
-¶DL YpFX WRXWHVces recommandations contradictoires à la naissance de mes deux fils. Eh ! Oh !
/HV SpGLDWUHV YRXV SRXUULH] YRXV PHWWUH G¶DFFRUG?
%RQ M¶DL WHQWp GH FKDQJHU GH GLVFXVVLRQ VDQV VXFFqV 0DWKLHX P¶D REVHUYpe, perplexe, et, sous
son regard lourd, ce matin, j¶DL IDLW O¶HIIRUW G¶DOOHUà la salle de sport pour renouveler un vieil
abonnement ; mais, apparemment,O¶HQGURLW HVW GHYHQX XQpressing depuis le mois de février
dernier.

-¶HQ DL VDXWp GH MRLH 0RQ KRPPH, nettement moins.
² ,O PH UHVWHUD O¶DVSLrateur, les vitres, le repassage, le lavage des sols 6L FH Q¶HVW SDV GH OD
gym, ça ? ai-je répliqué.
²Tu te fatigueras vite avec ton traitement de chimiothérapie. Nous prendrons une femme de
ménage.
² 3RXU P¶pSXLVHU GDQV XQH VDOOH GH VSRUW? Tu te contredis !
²Non,SRXU WH FKDQJHU OHV LGpHV YRLU GX PRQGH &H Q¶HVW QL O¶DVSLUDWHXU QL OH IDLW TXH WX
restes toute la journée derrière ton écran à pondre ton nouveau roman qui va te vider la tête.
² -¶DL XQH YLH VRFLDOH!
²Faux 7X UHIXVHV GH UpSRQGUH j O¶DSpel de ta meilleure amie au téléphone. Tu te renfermes
sur toi-même.

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²Bon,G¶DFFRUG '¶DLOOHXUV M¶HQYLVDJH G¶RUJDQLVHU XQ SHWLW Gîner avec les amis.
²Bonne idée !
²Ouais, demain soir à 20 heures, chacun chez soi !
² &¶HVWfranchement pas drôle !
²Comment en serait-il autrement" ,O \ D PRLQV G¶XQ PRLV MH PH VXLV SULV XQ HQ SOHLQH
tronche. Depuis, je suis physiquement et psychologiquement un déchet ! Et tu me demandes de
YRLU PHV DPLV FRPPH VL GH ULHQ Q¶pWDLW " -¶DL EHVRLQ G¶XQH SDXVH! Tu me forces à aller pédaler
dans une salle qui pue la sueur? À démarrer une alimentation saine et équilibrée? Ne plus
cloper ? Ne plus boire un verre de vin ? Me coucher avec les poules ? Ce changement de vie est
drastique !
0DWKLHX QH UpSRQG ULHQ -¶LURQLVH DORrs :
²Dois-je aussi envisager un élevage de licornes sur un nuage de barbe à papa pour rajouter à
la « féerie » du moment ?
² )DLV FRPPH WX YHX[«
² &¶HVW MXVWHPHQW FH TXH MH FRPSWH IDLUH GRUpQDYDQW!
*
* *
Je souffre en ce début de semaine, je referme monlaptop )DFHERRN F¶HVW PDJLTXH FHUWDLQV VH
PHQDFHQW YLROHPPHQW SRXU XQH KLVWRLUH GH SROOXWLRQ DJULFROH &¶HVW GLQJXH FRPPH OHV UpVHDX[
sociaux donnent aux lâches des paires de couilles inexistantes. Mes contacts, plus calmes, sont en
train de dénigrer le lundi. FDXW DUUrWHU XQ SHX &H Q¶HVW SDV FRPPH VL OHV DXWUHV MRXUV GH la
semaine,F¶pWDLW FRPPH UHFHYRLU XQ 2VFDU j +ROO\ZRRd.
Surtout pour moi, en ce moment. Je n¶DUULverais même pas à grimper sur la scène pour
récupérer ma récompense.-¶DL PDO DX YHQWUe, de terribles douleurs que la morphine ne soulage
SDV 3DUFH TXH VL RQ P¶D UHWLUp OH OLTXLGH GDQV OD SOqYUH LO UHVWH WRXMRXUV FHOXL GDQV OH SpULWRLQH
Par contre, la morphine, ça déchire grave. La journée, je comate, le nez dans mon oreiller. Je
vois un éléphanteau, tout mignon qui répète en boucle : « je suis tout beau, je suis tout rose, je
suis tout mauveª HQ UHPSOLVVDQW VD WURPSH GDQV OD ULYLqUH 'HV RWDULHV URVHV O¶DSSODXGLVVHQW XQ
gorille mange une banane en se grattant ses coucougnettes roses. Un cochon rose grouine en
remuant sa queue en tire-bouchon. La flegmatique panthère rose joue au golf avec la lettre « G ».
/H EpEp pOpSKDQW V¶DPXVH j DUURVHU VHV FRSDLQV HW oD VH WHUPLQH GDQV XQH FDFRSKRQLH GH
barrissements claironnants, de cris de joie etGH MHWV G¶HDX 8Q FKRX\D EUX\DQW SRXU PRQ FUkQH
&¶HVW YUDL TX¶DYHF OD PRUSKLQH MH PH UHWURXYH YLWH IDLW DYHF XQ ]RR DVVRXUGLVVDQW HQWUH OHV GHX[
oreilles, alors, parfois, pour calmer ce petit monde, je secoue la tête.
Autant je roupille toute la journée, autant,OH VRLU YHQX M¶DL OHV \HX[ RXYHUWV FRPPH GHV ELOOHV

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