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Description

Entre son job de secrétaire dans un magasin de matelas et Roue de la Fortune, son hamster, Clémentine mène une vie solitaire et ennuyeuse. Maladroite, pas très futée, superficielle et égoïste, Clémentine est une paresseuse avec une seule ambition : devenir riche.
Des petites initiatives aux grandes résolutions qui peuvent tout bouleverser, la vie n’est qu’une succession de décisions à prendre. Clémentine, sans amis ni famille, sans conseils prudents et avisés, va faire les mauvais choix.
Au rythme syncopé de ce monde où la science va parfois trop loin et prend de court notre morale, Clémentine devra faire face à l’exceptionnel et l’incroyable.
Clémentine est « l’attachiante » héroïne de « Ctrl + Q », le cinquième roman léger, drôle mais surtout anti-morosité de Kathy Dorl, qui donne la joie de lire.

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Publié par
Date de parution 16 novembre 2015
Nombre de visites sur la page 594
EAN13 9782370113658
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0034 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Ctrl + Q

Kathy Dorl

© Éditions Hélène Jacob, 2015. CollectionLittérature sentimentale. Tous droits réservés.
ISBN : 978-2-37011-366-5

« Chaque rencontre est porteuse d¶un changement possible »
Jacques Salomé±La vie à chaque instant.


Aux Bardolettes

1.

La semaine du travailleur a sept jours, la semaine du paresseux a sept demains.


²Si on pouvait décaler le matin en fin d¶après-midi, ce serait parfait !
Le réveil est difficile pour Clémentine. Ras le bol de se lever tous les jours de la semaine pour
aller bosser en tant que secrétaire commerciale dans cette société de matelas, le tout pour un
salaire misérable. Clémentine rêve d¶être riche, très riche, d¶avoir plusieurs belles maisons, un jet
privé et surtout de ne pas avoir à travailler. Elle ronchonne en se levant péniblement.
²J¶espère que le mec qui a décrété que l¶avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt est mort un
matin à l¶aube, dans d¶atroces souffrances.
Pas évident de se bouger quand on est paresseuse, pas toujours facile de trouver un job super
sympa, valorisant et bien payé, quand on a passé toute sa jeunesse à poursuivre ses études sans
1
jamais réussir à les rattraper et surtout quand on n¶est pas très maligne.
Parce que Clémentine n¶est pas très futée. Elle n¶a jamais osé passer le test de QI, car le
résultat la terrorise. Elle est tête en l¶air et maladroite. À 27 ans révolus, elle vit dans un studio
avec Roue de la Fortune, son hamster.
Comme tous les matins, Clémentine fait sa toilette et avale un café avant de rejoindre son bus,
tout en imaginant ce qu¶elle pourrait faire si elle était riche.
Une journée sur un yacht ? À 10 h 45, Fukushima, mon coiffeur, s¶occupe de mes cheveux ; à
11 heures, je sors sur le pont ; à 11 h 35, je prends mon brunch au champagne ; à 13 heures,
Aldo me lave les dents, me masse et me propose un maillot de bain. À 13 h 15, je choisis un Jet
Ski ; à 13 h 17, je change de maillot : il ne va pas avec leJet Ski. À 15 heures, je bronze. À
19 heures, je me prépare pour une fête sur le yacht : bain, maquillage, coiffure, ouverture du
coffre (pour les bijoux). À 21heures, je retrouve mon mari, il est très vieux, mais je l¶aime
d¶amour fort, normal, il gagne beaucoup plus d¶argent que je ne peux en dépenser. 23 heures, la
fête est superbe. 6h 30,je prends des somnifères, Aldo me masse les pieds et Miranda, la
gouvernante, me raconte une histoire pour m¶endormir.
²Dis, Clem ! Au lieu de bayer aux corneilles, tu ne pourrais pas venir nous aider ? Y¶a un

1
Du même auteur :Clémentine±21 nuances de voisinage. Collectif d¶auteurs aux EHJ.

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camion plein la gueule de matelas à décharger !
Damien referme presque aussitôt la porte du bureau de Clémentine, puis se ravise :
²Maintenant que tu as fini de pondre, tu es « en état de marche », viens nous filer un coup de
main ! renchérit-il en rigolant.
Clémentine lève les yeux au ciel. Elle n¶ira pas. Le travail d¶équipe, c¶est essentiel. En cas
d¶erreur ou de manquement, ça permet d¶accuser quelqu¶un d¶autre. Et je pourrai toujours
prétendre y aller,se dit-elle,dans trente minutes, lorsque j¶aurai fini un dossier important et que
le dernier matelas sera sorti de la remorque !
Et puis elle en veut à Damien. Alors qu¶ils pourraient de nouveau faire des galipettes sur les
matelas de la réserve, il a fallu qu¶il se trouve une nouvelle copine !Alors non ! Hors de question
de lui filer un coup de main !
Et de surcroît, ne jamais sous-estimer l¶! Ni sonaptitude de Clémentine à ne rien foutre
égoïsme.
Car de dossier important à boucler, il n¶y en a pas. Par contre, réussir son niveau à Candy
Crush Saga est impératif. Au début, Clémentine y jouait pour socialiser et passer un bon moment.
C¶était amusant et, en apparence, inoffensif, puis le plaisir est devenu vice et Clémentine est
officiellementaddict. Il y a quelques semaines, elle a oublié d¶aller chercher son patron à la gare
pour une foutue gélatine bloquée au niveau 101. Elle a passé les quatre dernières réunions des
commerciaux enfermée dans les toilettes pour quelques berlingots rebelles. Pourtant, Clémentine
sait que son addiction pourrait l¶amener aux portes de l¶agence Pôle emploi la plus proche. Alors,
elle tente par tous les moyens de« décrusher », pardon, décrocher.
C¶est d¶ailleurs l¶un des actes les plus courageux de sa vie. Clémentine n¶a jamais été pompier
volontaire,Q¶D SDV QRQ SOXVtraversé la jungle brésilienne ni survécu à une réunion de famille de
Siciliens. D¶ailleurs, elle n¶a pas de famille.
Elle confesse également avoir parfois hurlé« Sugar Ruuuuush »en atteignant le septième ciel
avec Damien, et d¶avoir pris une douche froide pour refréner son envie compulsive avant de se
jeter sur son smartphone pendant les ronflements post-coïtaux.
Après avoir raté quelques bonnes dizaines de rendez-vous professionnels, de trains, de
rapports hyper méga importants, Clémentine a trouvé une force insoupçonnée pour annoncer
officiellement à son entourage professionnel ainsi qu¶à ses réseaux sociaux qu¶elle estCandy
Crush addictet qu¶elle a besoin d¶aide. Elle n¶a pas été déçue. Elle a reçu un grand nombre de
messages de soutien :
« J¶HVSqUH TXH WX WLHQGUDV ERQ«sinon, je viens moi-même te tuer à mains nues ! On en peut
plus de tes invitations pour jouer à ce jeu ! Si tu continues à nous faire chier avec ton jeu, on te

5

dégomme ! #DernièreChance#SinonTantPisPourToi. »
Le programme de sevrage est simple, mais sans merci : remplacer son smartphone dernière
génération par un bon vieux cellulaire de 1999. C¶est dur, mais Clémentine s¶accroche, le pire
étant dans le bus, où tous les toxicos sont de sortie.
La première semaine de Candy-jeûne enfin passée, Clémentine est de nouveau à peu près en
phase avec le reste du monde.
EnfinSUHVTXH«
Parce que le décrochage deCandy Crushn¶est que la première étape de la longuedigital detox
imposée récemment par son boss :
²Clémentine, continuez comme ça et vous allez ajouter Pôle emploi à la liste de vos pages
favorites ! a-t-il grogné une nouvelle fois.
Pleine d¶une bonne volonté qui caractérise rarement Clémentine, elle commence sa nouvelle
cure en ajoutant à ses favoris le site detox-digitale.com.
Dans son élan, elle expédie un e-mail à son boss pour lui dire :
« C¶est trop fastoche la détox. »
Il lui rappelle que l¶idée, malgré tout, c¶est quand même de le faire sans utiliser Google.
Clémentine lui répond :
« OK, j¶éteins tout ! »
Le boss lui répond aussitôt :
« Et comment allez-vous traiter les commandes clients avec un ordinateur éteint ?! »
Clémentine lui répond :
« FDXGUDLW VDYRLU FH TXH YRXV YRXOH]«»
« JE VEUX QUE VOUS BOSSIEZ, NON PAS QUE VOUS SURFIEZ SUR LE NET ! »
Clémentine sent son identifiant à huit chiffres de Pôle emploi se rapprocher dangereusement.
Elle répond :

« Ah, OK d¶accord, j¶ai compris. »
Clémentine ferme alors son téléphone portable et sa tablette personnelle. Elle a l¶impression
d¶arriver en prison, sauf qu¶on lui laisse les lacets. On ne devrait pas !
Clémentine est devenue beaucoup trop sensible depuis sondécrushagedes bonbons virtuels.
Un plongeon dépressif est, très souvent, aussi soudain que brutal et l¶issue, fatale.
Lors du déjeuner, Clémentine redécouvre la peinture du plafond de la cantine qui s¶écaille.
²Oh ! dit-elle en montrant le plafond.
²Hmmm ? répond Damien qui pianote au-dessus de son steak haché-haricots verts.
²Pff ! conclut Clémentine qui s¶ennuie royalement.

6

C¶est vrai qu¶ils ne sont pas trop habitués à se parler avec plus de cent quarante caractères.
Clémentine va alors au café du coin, allume une clope et commande un WiFi sans sucre. Il y a
des bruits de clavier partout, elle tousse et ouvre la fenêtre en demandant aux clients s¶ils ne
peuvent pas aller taper dehors.
La première après-midi de sevrage se passe relativement bien. Après le boulot, Clémentine
passe au bar où Damien, Justine±sa nouvelle copine±et Justine±sa seule et unique copine±
ont leurs habitudes. Clémentine leur propose de jouer au jeu de la pile, qui consiste à déposer les
téléphones les uns au-dessus des autres au milieu de la table. Le premier qui touche le sien paie sa
tournée. On dirait une partouze numérique, surtout quand, au bout de quelques minutes, ils se
mettent tous à vibrer en même temps. Les potes de Clémentine sont prêts à dépenser beaucoup
d¶argent en tournées pour récupérer leur téléphone. Clémentine les comprend : il y a encore
quelques jours, elle a plongé sa main dans des toilettes turques d¶une aire d¶autoroute pour
rattraper le sien. Clémentine est contente, elle a tenu le coup, elle a gagné : elle rentre bourrée
chez elle.
Avant, le matin, pour réussir à ouvrir les yeux, Clémentine avait l¶habitude de les brûler à la
lumière de son téléphone. Les experts endigital detoxrecommandent de remplacer cette habitude
par une autre qui fait du bien, comme boire un grand bol de thé vert par exemple. Ce matin,
Clémentine oublie de se faire un grand bol de thé vert et, effectivement, ça ne va pas du tout : en
plus de la gueule de bois, elle est de mauvaise humeur. Et quand Damien lui demande pourquoi
elle fait la tronche, Clémentine répond :
²Parce que j¶ai oublié de me faire mon thé !
Ce qu¶il comprend automatiquement par « monter ». Normal, c¶est un mec !
Le week-end suivant, pour s¶occuper, Clémentine décide de cuisiner, elle aurait bien aimé
chercher sur Internet le temps de cuisson des« salsiffis », elle interroge Roue de la Fortune, son
hamster, qu¶elle a rebaptisé Google pour l¶occasion.
Il semble lui couiner :
²Essaie avec l¶orthographe « salsifis » !
Le sevrage donne des hallucinations à Clémentine. Il faut qu¶elle sorte. Après avoir pris l¶air,
elle attrape un bouquin au hasard, cela fait tellement longtemps qu¶elle n¶a pas lu ! Bonne pioche,
elle découvre un auteur en lequel Clémentine croit beaucoup: un écrivain en devenir, cette
Simone de Beauvoir !
Le lundi, Clémentine envoie une carte postale à son boss pour lui dire qu¶elle va lui déposer
son rapport, avant ce soir, dans un bureau de poste. Clémentine a super mal aux doigts à force
d¶écrire avec un crayon. Sans compter que le Critérium est un outil dangereux, elle s¶est planté la

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mine dans le pouce, qui a pris au moins un centimètre de taille en plus.
Après le boulot, elle croise une copine avec qui elle est un peu en froid depuis quelque temps.
À la naissance de sa fille, Clémentine lui a envoyé par SMS :« Oh génial, bienvenue à ta petite
pute ! »Saleté de frappe intuitive ! Elles se donnent rendez-vous à 20 heures. Clémentine lui
explique qu¶elle ne sera pas du tout joignable et elle lui fait jurer de ne pas lui faire faux bond, sur
la tête de sa petite chérie. Elle n¶a pas voulu prendre de risques, cette fois-ci.
Elle arrive à l¶heure. C¶est magique, les réseaux sociaux. On a beau se perdre de vue, quand on
se retrouve, c¶est comme si on s¶était quittés la veille : onQ¶a rien à se dire.
Clémentine respire, soulagée car enfin sevrée. C¶est vrai qu¶elle a été à deux doigts de passer
dans le bureau du DRH à plusieurs reprises, ces trois dernières années. Elle se demande comment
son patron peut encore la supporter après tout ce qu¶elle lui fait subir. Non seulement Clémentine
est une paresseuse aux grandes ambitions, mais en plus elle est gauche et distraite. Au lieu
d¶imprimer la page 227 d¶un document de trois cents pages, Clémentine imprime 227 fois un
document de trois cents pages. L¶imprimante-photocopieuse qui fonctionne à la vitesse de la
lumière se trouve à vingt mètres de son bureau. Alors quand Clémentine arrive, c¶est souvent trop
tard. L¶imprimante est épuisée, vannée et vidée de papier et de toner, les tiroirs d¶alimentation
sont verrouillés. Sous les regards lourds de reproches de ses collègues, Clémentine s¶empresse
d¶appeler le réparateur qui ne répond jamais.
La dernière fois qu¶elle a éternué sans mettre sa main devant sa bouche, elle avait cinq Tic Tac
dans le bec et son patron était face à elle.
Clémentine sait maintenant qu¶elle parle en dormant, c¶est encore son patron qui le lui a dit.
Une autre fois, son patron, de très bonne humeur, lui a demandé de lui raconter une blague.
Clémentine lui a répondu qu¶elle n¶avait pas le temps, trop occupée à travailler. Ils ont ri, mais ils
ont ri ! Enfin, surtout Clémentine.
Finalement, son boss a fini par lui donner plus de responsabilités. Désormais, Clémentine est
responsable de tout ce qui va de travers.
Mais il résiste toujours et ne l¶a pas encore licenciée. Peut-être a-t-il un peu pitié de
Clémentine et de ses gosses. Les nombreux arrêts de travail de ses deux dernières grossesses et le
repos imposé à chaque terme ont déclenché l¶addiction de Clémentine aux réseaux sociaux et aux
jeux en ligne, mais ça, son boss ne le sait pas. Il ne comprend toujours pas comment une mère de
deux bambins peut être si accro au Net.
²Elles sont pourtant débordées, non! Où? Surtout quand elles sont mères célibataires
trouve-t-elle le temps? En dehors de ses heures de travail, évidemment, soupire le boss,
désespéré.

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Mais Clémentine n¶est pas une mère comme les autres, c¶est une mère porteuse, et ça, le
patron ne le sait pas non plus. Il ne pourrait pas comprendre pourquoi et comment elle arrondit
largement, au sens propre comme au figuré, ses fins de mois. Et puis c¶est interdit, autant qu¶il
n¶en sache rien.
Si l¶on veut gagner sa vie, il suffit de travailler. Si on veut devenir riche, il faut trouver une
autre solution !

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La stérilité est-elle héréditaire ?

4XLQ]H PRLV SOXV W{W«

2.


²Sérieux, ceux qui achètent les pizzas avec de l¶ananas, ils aiment aussi mettre des anchois
dans leurs Danette ? T¶en penses quoi, toi ?
Apparemment le hamster s¶en fiche un peu, il vient de grimper sur sa roue ; c¶est l¶heure, il est
déjà 20 heures et sa journée commence au moment où celle de Clémentine s¶achève. Affalée dans
son canapé-lit, elle zappe les chaînes en avalant goulûment une pizza quatre fromages que le
livreur vient de lui apporter. Elle tombe sur une émission à propos des naissances dans les
hôpitaux, «Badaboum Babynouche» ;Clémentine, expérimentée, y va de son petit
commentaire :

²Elles sont toutes en admiration devant leurs mioches! Alors qu¶un nouveau-né, c¶est
moche, rouge, criard. Ils ressemblent tous à des Gollum. Mon précieuuuux!
Clémentine éclate de rire.
²Et voilà maintenant qu¶on nous passe en détail un accouchement ! Et bien sûr que ça fait
mal, espèce de spécimen peroxydé non identifié! ajoute-t-elle la bouche pleine. C¶est bien
rentré ! Tu ne savais pas qu¶il fallait que ça sorte d¶XQH IDoRQ RX G¶une autre ? Ne poussez plus,
Madame ! Si ? Vous êtes sûre ? Non, parce que c¶est un roux !
Elle s¶esclaffe, terriblement moqueuse.
Clémentine n¶a pas d¶instinct maternel. Tout du moins, s¶il existe, il ne s¶est pas développé
lors de sa première grossesse. « Un accident » comme on dit. Elle était tombée sans protection sur
un zizi un soir de fiesta où elle avait bien picolé, ainsi que le propriétaire du zizi en question.
Résultat : trois mois plus tard, elle se découvrait enceinte, avec les délais d¶IVG dépassés. Elle
avait bien dû faire avec, elle avait accouché sous X, le nourrisson avait été placé en famille
d¶accueil quelques semaines plus tard. Clémentine ne veut pas d¶enfants, encore moinsG¶un
élevage de limaces baveuses.
« Eh ! Roue de la Fortune, tu me vois passer mes soirées à superviser les devoirs ? Déjà que
les miens me couraient après ! Quelle drôle d¶idée de s¶occuper du suivi scolaire d¶un nabot, et

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d¶aimer ça en plus ! Et ce n¶est pas tout ! affirme Clémentine en refermant brutalement sa boîte à
pizza. Il faut vivre en harmonie avec l¶emploi du temps du chérubin ! Ce n¶est pas pour moi, ça !
Impossible en plus de lui coller une taloche quand, capricieux, en pleine crise d¶hystérie, il se
roule par terre dans les rayons du supermarché! Selon les psys, les conséquences sont
désastreuses, sans compter l¶effet boomerang quand le moutard dépassera le mètre quatre-vingts.
Faut y penser !
En plus, faut les gaver des cinq fruits et légumes par jour ! poursuit Clémentine en nettoyant sa
table basse. Roue de la Fortune, imagine ma technique : une cuillerée pour maman, Nabilla,
Loana, Kim Kardashian, Zahia ? Bon ! Je pourrais toujours lui dire qu¶ils mettent les yeux des
porcs dans les saucisses, de quoi lui faire vomir son hot-dog! Mais cet argument ne sera
recevable qu¶à l¶adolescence, pas avant ! En attendant les joies de la puberté, il faudra passer par
le gavage-chantage. Tu veux ton garage avec ascenseur ? Ben, finis tes betteraves !
Sans parler de la question de la crédibilité du parent ! Côté crédibilité, j¶en jette grave ! En fait,
la mienne est décédée il y a bien longtemps. L¶aura du parent, ce n¶est pas rien, il paraît. Quand
maman dit quelque chose, l¶enfant le croit. Sauf que, depuis Google, les carottes sont cuites :
² /D FRXOHXU GHV °XIV?
²Oh, ça dépend de ce que la poule a mangé !
²Sorry, daronne, mais la kouleur des E dépand de la rasse des poules.
² (W PHUGH«
Alors non, pas de mioche, pas de descendance, pas de ch¶ti fillot ou fillotte. Faut déjà que je
m¶occupe de moi, et y¶a du boulot ; y¶a pas de place pour quelqu¶un d¶autre, surtout un marmot
qui remplit plus vite sa couche qu¶il ne mange ! conclut Clémentine. Et tant pis si je choque ! On
ne peut pas plaire à tout le monde, mais quand je vois à qui je ne plais pas, quelque part ça
m¶arrange ! »
*
* *
C¶est lors de sa première grossesse que Clémentine s¶était rendu compte à quel point certaines
femmes pouvaient l¶envier et qu¶elle avait entendu pour la première fois les termes de PMA,
AMP, FIV, GPA. Au début, elle avait cru qu¶il s¶agissait de marques de voitures, c¶est le regard
plein de détresse des femmes qui lui avait donné l¶idée de chercher ailleurs. C¶est fou comme une
femme enceinte attire les autres. C¶est un véritable aimant à mamans accomplies, toujours prêtes
à produire les bons conseils, mais aussi toutes celles désespérément en recherche de maternité.
À son boulot, cela avait été délicat. Toutes ses collègues étaient aux petits soins. L¶une d¶entre
elles lui avait même offert un stérilisateur comme cadeau de naissance.Un stérilisateur ?s¶était
interrogée Clémentine.Je sais que je n¶aime pas les enfants, mais de là à me proposer un

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stérilisateur !
²C¶est pas pour toi, mais pour les biberons ! avait corrigé Justine, désabusée d¶autant de
désinvolture.
Clémentine n¶avait pas osé leur dire qu¶elle n¶allait pas garder l¶enfant. Elle avait tenté de
blaguer en affirmant vouloir baptiser son gamin Sextoy-Bouillant, mais, sous les regards effarés,
elle avait juste soupiré :
²Bah quoi ? Godefroy, ça existe, non ?
On ne plaisante pas avec les gamins. Avant, pendant et après leur naissance. Dès que la
grossesse est visible, notre utérus ne nous appartient plus, il est soumis à l¶°LO FULWLTXH GH OD
société. Tout le monde s¶en mêle et y va de son petit avis. Du coup, Clémentine s¶était bien
gardée de crier sur les toits qu¶elle n¶allait pas garder le morpion. Pour éviter toute visite à la
maternité, elle avait prétexté vouloir accoucher dans le Sud, auprès d¶une vieille tante, loin de la
grisaille parisienne. Clémentine n¶était pas suffisamment proche de ses collègues pour qu¶elles
viennent voir le chérubin à domicile. Ça tombait bien. Seuls Damien et Justine étaient au courant.
Et ils ne l¶ont jamais jugée. En fait, ils s¶en foutent un peu, sauf quand Clémentine leur avait

avoué vouloir en faire un business. Justine, sa seule copine, l¶avait alertée sur l¶aspect illégal et
moral de l¶affaire, ce à quoi Clémentine avait fermement répondu :
²Je respecte ton avis, tu vois ? Mais en même temps, ce n¶est pas le mien, donc ce n¶est pas
le bon !
Justine n¶avait même pas pris la peine de riposter, désespérée par le manque de maturité de sa
copine.
Juste après sa première grossesse, Clémentine avait commencé à sérieusement se renseigner
sur la GPA.
²GPA : grossesse pour autre truie.
²Non, Clem. Grossesse pour autrui.
²T¶en es sûre, Justine ?
²Formelle !
*
* *
Clémentine vient d¶apprendre qu¶un grand nombre de couples sont en mal d¶enfant. Qu¶ils
soient hétéros ou homos, la majoritéQ¶Drrivent pas à procréer de manière naturelle ; les FIV sont
des échecs ; l¶adoption, un parcours du combattant. Et le mal d¶enfant, de plus en plus présent,
pour lequel ces couples sont prêts à tout.
²Il y a même des femmes qui partent à l¶étranger congeler leurs ovules ?
Clémentine n¶en revient pas.

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Conscientes que les chances d¶avoir un enfant commencent à chuter à partir de 35 ans,
certaines femmes débordées par leur vie professionnelle, ou qui n¶ont pas encore trouvé l¶homme
de leur vie, n¶hésitent pasj IDLUH FRQJHOHU OHXUV SUpFLHX[ °XIV &HOD SHUPHW GH IDLUH, à 40 ou 42
ans, une FIV avec des ovocytes qui ont dix ans de moins et de réduire le risque d¶aberrations
chromochaipasquoi et de fausses couches liées à de vieux ovocytes. L¶auto-conservation permet
également d¶avoir recours au don d¶ovocytes, sachant qu¶en France, il y a deux cents ans
d¶attente.
²Deux cents ans d¶sattente !¶est exclamée Clémentine, le nez collé sur l¶écran de son
ordinateur. En gros, pour avoir un enfant, certains couples n¶hésitent pas à rentrer dans
l¶illégalité. Moi qui ne suis pas mère poule pour deux sous ! Sans instinct maternel. Je ne risque
pas de couiner à la naissance pour garder l¶je fais plaisir,escargot ! Voilà le job idéal ! Et en plus,
je remplis d¶XQ ERQKHXU LQWHQVH OH F°XU GH FHV SDXYUHV SDUHQWV« (QILQ, contre rémunération,
bien sûr !
Clémentine a flairé le bon filon, et l¶argent à se faire. Pas de quoi se payer un yacht, c¶est sûr,
mais assez pour vivre confortablement pendant un bon bout de temps. Décomplexée, Clémentine
commence à envisager un job complémentaire de poule pondeuse avec sérieux.
²C¶est la loi de l¶offre et la demande ! jubile Clémentine en mode « méga grosse
réflexionmarketing »devant Damien et Justine. C¶est comme si les matelas étaient en voie de disparition !
Les gens n¶iraient pas dormir par terre ! Ils donneraient n¶importe quoi pour un matelas !
Devant la comparaison peu convaincante, Damien et Justine, inquiets, lui font promettre de ne
jamais rien dire à personne. Elle risque la prison. Clémentine s¶en fiche, enfin pas tant que cela,
alors elle fera le nécessaire pour dissimuler ses grossesses en public. Au bureau, ce sera un peu
différent. Malgré son laxisme notoire, son boss aura des scrupules à la licencier et ce sera très
bien ainsi.
En fait, rien de plus simple que de devenir mère pondeuse. Même si c¶est illégal, les petites
annonces pullulent sur Internet. Tout comme celle de Clémentine :
« Je suis en bonne santé, je désire garder bien au chaud votre futur enfant pendant neuf mois
#Clem'saine&sage+éco-responsable# ».
En devenant mère porteuse, Clémentine prend de gros risques. En France, où cette pratique est
interdite au nom de l¶indisponibilité du corps humain, mères porteuses, parents commanditaires et
intermédiaires, risquent entre six mois et deux ans de prison, et jusqu¶à trente mille euros
d¶amende. Pour contourner la loi, les couples fortunés partent chercher une candidate à la
gestation pour autrui dans les pays où c¶est légal. Là-bas, le prix moyen d¶un bébé porté par une
autre tourne autour des quarante-sept mille euros. Pour les autres futurs parents moins riches, ça

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bricole clandestinement autour des vingt mille euros.
²Ce sera trente mille euros pour mes services ! Alors, autant être discrète et se fondre dans la
masse, décrète Clémentine, qui n¶a aucune envie de faire un tour par la case prison. C¶est au
combientième degré qu¶on se fond dans la masse ? demande-t-elle, hilare, à un Damien désormais
paniqué par son irresponsabilité.
²Ne rigole pas avec ça, Clem ! Rien que le fait que nous soyons au courant, Justine et moi,
pourrait également nous conduire en prison ! En tant que complices !
²Mais je ne rigole pas ! s¶offusque Clémentine. Si je n¶aide pas les couples en mal d¶enfants,
qui le fera ?
Justine ne supporte plus l¶air faussement angélique de Clémentine :
²Arrête de nous faire croire que ta démarche est désintéressée, Clem ! Tu n¶as jamais rien
fait d¶altruiste !
Clémentine se contente de hausser les épaules.
²Et comment tu vas faire pour l¶implantation de l¶embryon ?
²Embryon ? Mais y¶a pas d¶implantation ! Je fais un don d¶ovocyte. En fait, ma clientèle
sera plutôt des couples homosexuels, des gays. À la recherche à la fois d¶ovocytes et d¶un utérus.
(Puis, poursuivant fièrement) J¶apporterai le package complet : génitrice et mère porteuse ! Hors
de question de supporter des préparations contraignantes: test de compatibilité génétique,
préparation de l¶utérus, piqûUHV PpGLFDPHQWV« )DXW SDV DEXVHU QRQ SOXV! Et puis cela demande
de la disponibilité. Je suis déjà dans le collimateur du boss, pas envie de prendre le risque de me
faire virer ! Non, moi je vais le faire à la traditionnelle !
²À la traditionnelle ? s¶étonnent Damien et Justine.
²Exactement ! J¶ai lu que la conception est effectuée via une insémination « artisanale ».
² &¶est-à-dire ?
²Eh bien, la femme s¶auto-insémine avec le sperme de l¶homme ! Et pas besoin de relation

sexuelle pour le faire.
Clémentine s¶agace des mines circonspectes de ses deux compères.
²Il faut que je vous fasse un dessin ou quoi ?
Elle mime le geste d¶une pipette dans son entrejambes et tente de faire le poirier contre un mur
de son studio.
²C¶est bon, c¶est bon, on a compris ! s¶esclaffe Justine.
²Pas moi ! rétorque Damien, vexé.
Clémentine soupire et s¶explique enfin :
²C¶est simple, le mec récolte son sperme dans une grosse seringue et, dans la foulée, je vide

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le contenu de la seringue dans mon vagin, en position allongée, et après je mets mes jambes en
l¶air pour que ça remonte vite fait bien fait dans mes trompes de salope.
²Fallope ! rectifie Justine.
Clémentine la dévisage d¶un air surpris.
²T¶es sûre ?
²Cent pour cent certaine ! répond Justine, exaspérée.
²Oui, mais après ? À la naissance ? Comment vous allez faire pour que tout redevienne légal
pour l¶enfant ? questionne Damien.
²Rien de plus facile : vers la fin de la grossesse, le père reconnaîtra l¶escargot de manière
anticipée, j¶accoucherai sous X en signalant l¶existence du paternel, qui deviendra le seul parent
légal et seul titulaire de l¶autorité parentale. C¶! clame dignementest aussi simple que ça
Clémentine.
²Et pour l¶autre conjoint ? Pourra-t-il adopter cet enfant sans créer de suspicion de GPA par
les autorités ? Surtout si le nom de la mère porteuse ne figure pas sur l¶acte de naissance. C¶est un
risque supplémentaire, non ? s¶inquiète Damien.
Clémentine l¶interroge du regard, puis balaie la question d¶un geste de la main.
²Complique pas les choses, hein! Moi, je ne peux pas trouver une solution à tous les
problèmes non plus !
²C¶est clair, toi tu cherches juste à trouver déjà une solution pour gagner plus d¶argent !
pouffe Justine.
²Et alors ? Ça te pose un problème ? riposte violemment Clémentine.
²Je trouve qu¶en plus d¶être illégal, ta désinvolture sur ce sujet est assez horripilante ! la
réprimande sèchement Justine.
²Fais gaffe, Justine ! gronde Clémentine. Une de mes copines m¶a dit un jour que j¶étais
rancunière et calculatrice ! Ça fait deux ans, trois mois, dix jours, six heures et sept minutes que
je ne lui parle plus !
Justine ne peut réprimer un fou rire. Elle s¶est toujours demandé comment elles ont pu devenir
copines. Rien ne l¶attire chez Clémentine, elle a tant de défauts : paresseuse, égoïste et un peu
bécasse sur les bords. Alors, d¶où vient cette tendresse que Justine lui porte ? Peut-être son côté
vulnérable l¶avait-elle touchée quand elle s¶était pointée à la pharmacie où Justine travaille, pour
se procurer un test de grossesse ? C¶était sa première grossesse et Justine avait dû lui expliquer à
plusieurs reprises son fonctionnement. Clémentine l¶avait émue ce jour-là ; un petit quelque chose
de fragile, bien qu¶en plus de ses autres défauts, Clémentine soit têtue.
Aussi Justine est consciente qu¶elle ne pourra pas convaincre Clémentine d¶abandonner son

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