428 pages
Français

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Douce tentation

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Description



À dix-sept ans, Grace Morgan a réussi à vivre ce qui sera le pire jour de sa vie. On pourrait penser que c’est là que son tourment s’est terminé, mais elle a été ensuite envoyée vivre avec lui – le diable lui-même. Trois ans plus tard, elle se retrouve dans la belle petite ville de Sunset Bay, en Caroline du Sud, un endroit parfait pour recommencer sa vie. C’est là qu’elle rencontre les meilleurs amis qu’elle aura jamais, et un ancien Navy Seal arrogant et sexy qui fait battre son cœur plus vite. Au moment où les choses s’améliorent, le pire jour de sa vie revient en force, ruinant la paix qu’elle a finalement retrouvée.



Sawyer Evans aime les femmes autant qu’elles l’aiment. Sa philosophie est : plus il y en a, moins il y a d’attaches. Mais tout cela change le jour où il rencontre une pâtissière blonde et sexy avec des yeux ambre tristes, qui sent les tartes. La seule fille qui ne soit pas affectée par sa beauté et son charme, du moins le pense-t-il. Lorsque la vie de Grace est menacée, non seulement il la protégera, mais il lui prouvera également que son cœur est plus grand que son ego.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 194
EAN13 9782376767886
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.


Publié par
JUNO PUBLISHING
2, rue Blanche alouette, 95550 Bessancourt
Tel : 01 39 60 70 94
Siret : 819 154 378 00015
Catégorie juridique 9220 Association déclarée
http://juno-publishing.com/



Douce tentation
Copyright de l’édition française © 2020 Juno Publishing
Copyright de l’édition anglaise © 2014 K.C. Lynn
Titre original : Sweet Temptation
© 2014 K.C. Lynn
Traduit de l’anglais par Lucile Pay
Relecture et correction par Valérie Dubar, Sandrine Dangriaux

Conception graphique : © Tanya pour More Than Words Graphic Design

Tout droit réservé. Aucune partie de ce livre, que ce soit sur l'ebook ou le papier, ne peut
être reproduite ou transférée d’aucune façon que ce soit ni par aucun moyen, électronique
ou physique sans la permission écrite de l’éditeur, sauf dans les endroits où la loi le permet.
Cela inclut les photocopies, les enregistrements et tout système de stockage et de retrait
d’information. Pour demander une autorisation, et pour toute autre demande d’information,
merci de contacter Juno Publishing :
http://juno-publishing.com/

ISBN : 978-2-37676-788-6
Première édition française : mai 2020
Première édition : mai 2014

Édité en France métropolitaine

Table des matières
Avertissements
Dédicace
Remerciements
Prologue
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17 Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre 20
Chapitre 21
Chapitre 22
Chapitre 23
Chapitre 24
Chapitre 25
Chapitre 26
Chapitre 27
Chapitre 28
Chapitre 29
Chapitre 30
Chapitre 31
Chapitre 32
Chapitre 33
Chapitre 34
Chapitre 35
Chapitre 36
Chapitre 37
Chapitre 38
Chapitre 39 Chapitre 40
Chapitre 41
Chapitre 42
Chapitre 43
Chapitre 44
Chapitre 45
Chapitre 46
Épilogue
À propos de l’Auteur
Résumé




Avertissements





Ceci est une œuvre de fiction. Les noms, les personnages, les lieux et les
faits décrits ne sont que le produit de l’imagination de l’auteur, ou utilisés
de façon fictive. Toute ressemblance avec des personnes ayant réellement
existées, vivantes ou décédées, des établissements commerciaux ou des
événements ou des lieux ne serait que le fruit d’une coïncidence.

Ce livre contient des scènes sexuellement explicites et un langage adulte, ce
qui peut être considéré comme offensant pour certains lecteurs. Il est destiné
à la vente et au divertissement pour des adultes seulement, tels que définis
par la loi du pays dans lequel vous avez effectué votre achat. Merci de
stocker vos fichiers dans un endroit où ils ne seront pas accessibles à des
mineurs.









Dédicace


Ce livre est dédié à ma maman car Sawyer est son préféré. Même si elle me
rend folle parfois et que je trouve très inutile qu’elle raconte à des étrangers
à quel point elle est fière de sa fille qui écrit des romans d’amour, même s’il
y a du sexe en eux, je l’aime toujours.
Merci, maman, de toujours me soutenir. Sawyer et Grace sont pour toi.








Remerciements


Tout d’abord, merci à mon incroyable mari d’avoir pris le relais avec les
travaux ménagers et nos quatre beaux enfants afin que je puisse me perdre
avec Sawyer et Grace. Je ne pourrais jamais faire cela sans toi. Je t’aime
tellement pour faire que mes rêves deviennent réalité à tous points de vue.
XO
À ma famille, à mes parents et à ma belle-mère. Je vous aime. Merci de
toujours me soutenir dans ce voyage.
Ensuite… à ma fille, Kayla. * Soupir * Sérieusement, tu es la meilleure amie
lectrice qu’une fille puisse avoir. Même si je n’avais pas besoin d’autant de
commentaires sur cette histoire, j’aime nos sessions régulières qui
consistent en ailes de poulets, un massage de deux heures et une
conversation sur Hommes d’honneur. Tu es la seule qui sait vraiment
comment ces personnages ont évolué, et je pense que tu les aimes autant
que moi. J’ai hâte d’écrire tout sur toi et le délicieux Cooper. Je t’aime, ma
fille, merci d’être toujours là pour moi et d’être ma plus grande pom-pom
girl. XO !
À mon amie/correctrice, Megan. Merci de m’avoir aidée dans un autre
voyage incroyable. Ces livres ne seraient pas les mêmes sans toi. J’adore
nos commentaires pleins d’esprit et nos plaisanteries. Je t’apprécie et t’aime
pour tout ce que tu as fait pour moi. Merci d’être toujours là. XO !
Et enfin et surtout, mes bêta lectrices. Shelley, Sierra et Kim.
Sierra et Kim, vous mesdames, vous êtes hilarantes. J’adore avoir appris à
vous connaître, les filles, et le fait que vous soyez tombées amoureuses de
mes garçons autant que moi. Je suis impatiente d’aller à Londres ; nous
allons tout déchirer. Shelley, de toute ma famille, tu as été ma plus grande partisane dès le
début. Tu m’as dit de me lancer quand d’autres m’ont rabaissée, tu m’as
encouragée et tu ne m’as jamais laissé douter de moi-même. Tu n’es
peutêtre ma sœur que par mariage, mais tu seras toujours une sœur pour moi
dans mon cœur. Merci pour tout. XO !

Douce tentation
Des hommes d ’honneur #2





K.C. Lynn


Douce tentation | 1


Prologue

GRACE


Je rentre à la maison sous une chaleur écrasante. Mon sac à dos et mon sac
de sport en bandoulière se balancent de gauche à droite dans ma
précipitation. La culpabilité me ronge, mon retard va impacter la sortie
que nous avons prévue avec Maman.
Mon téléphone sonne, j’ai reçu un message et je perçois à peine le
son de cloche étouffé par ma respiration bruyante. Je ralentis le pas et
cherche mon téléphone dans la poche sur le côté de mon sac à dos. Je le
sors et vois un message d’Adam.
Adam : Juste pour te souhaiter bonne chance ainsi qu’un bon
weekend. Tu vas me manquer. Rapporte-moi une part de tarte. Je
t’aime, bébé.
Mon estomac se contracte à la lecture de son doux message, une
réaction à laquelle je me suis habituée depuis que je suis avec lui. Nous
sommes ensemble depuis presque un an, et depuis quelque temps je sens
qu’il veut que nous passions à la vitesse supérieure. Je lui suis
reconnaissante d’avoir été patient jusque-là, d’autant plus qu’il n’est pas
vierge. J’y ai beaucoup réfléchi et j’ai pris ma décision : lorsque je
rentrerai de notre aventure à la fête foraine avec Maman, je lui dirai que
je suis prête.
Je lui envoie une brève réponse, lui faisant savoir qu’il me manquera
aussi et que je l’appellerai dès que je rentrerai dimanche. Je reviendrai
avec vingt-mille dollars en poche. L’argent du premier prix du concours
de pâtisserie nous aidera, Maman et moi à réaliser notre rêve : un rêve dont
nous discutons depuis toujours. 2 | K.C. Lynn


Je vois ma maison au loin, et pousse un sprint jusqu’aux premières
marches du perron. Lorsque j’ouvre la porte, je suis à bout de souffle et
j’ai un point de côté dans le flanc gauche.
— Salut Maman, désolée d’arriver en retard. Le coach nous a
obligés à rester plus longtemps. Je me dépêche. Laisse-moi me changer,
tu peux aller démarrer la voiture.
Je jette mon sac à dos et mon sac de sport sur le côté et m’engage
dans la cuisine pour voir si les tartes sont dans leurs boîtes et prêtes à être
rangées dans la voiture, mais il n’y a personne.
— Maman ?
Un bruit lourd retentit au-dessus de ma tête, attirant mon attention
vers le plafond. Le silence assourdissant me fait frissonner. Lentement, je
monte l’escalier, silencieusement et avec précaution.
— Maman ?
Je l’appelle, tout en montant les marches recouvertes de moquette.
— Tu es là ?
Plus je monte, plus un sentiment de panique commence à m’envahir.
Lorsque je suis enfin tout en haut, j’aperçois la porte de sa chambre
légèrement entrouverte. J’avance toujours avec autant de précautions, bien
que tous mes sens m’alertent et me demandent de fuir. Le cœur au bord
des lèvres, je pousse sa porte et vois le chaos de sa chambre.
Qu’est-ce que c’est que ça ?
La porte de son armoire s’ouvre en une grande claque, ma mère
tombe et rampe sur le sol, nue et en sang. Un homme derrière elle tient un
couteau.
Pétrifiée, je ne sais plus quoi faire.
— Grace, cours !
Son cri désespéré transperce l’air, me rappelant à la réalité. Douce tentation | 3


L’espace d’une seconde, j’hésite, incapable de l’abandonner, mais
je sais qu’il faut aller chercher de l’aide.
Je me retourne, prête à m’enfermer dans ma chambre.
— Magne-toi d’attraper cette connasse.
On m’attrape par les cheveux et me tire en arrière. Je tombe à la
renverse, l’impact me coupe le souffle.
Un homme fait son apparition au-dessus de moi, les cheveux noirs
de jais, graissés et tirés en arrière. Son regard noir trahit l’absence de toute
émotion.
— Tu es aussi mignonne que ta mère, toi. Je crois que je vais te
baiser, aussi.
Mon cœur tombe comme une enclume dans mon estomac, ses mots
bien trop crus pour que je les comprenne réellement.
— Laissez-la ! Ne lui faites pas de mal, je vous en prie !
Les plaintes de ma mère me brisent le cœur.
Je dois nous sortir de là ; je dois appeler de l’aide.
Un étrange bruit remonte le long de ma gorge alors qu’on me tire
par les cheveux pour me remettre sur mes pieds. La piqûre est moindre en
comparaison de la douleur qui s’est installée dans ma poitrine. Avant
même d’anticiper son geste, ses lèvres immondes se posent sur les
miennes.
Je crie avec force et tente de le repousser en vain. Il est trop fort.
Mon instinct prend le pas, et je lui assène un coup de genou entre les
jambes.
— Putain !
À l’instant où sa poigne me lâche, je m’échappe dans ma chambre,
claquant la porte derrière moi. Je m’enferme et pousse mon armoire pour
bloquer la porte, me barricadant. 4 | K.C. Lynn


Je me jette sur le téléphone qui trône sur ma table de chevet et
compose rapidement le 9-1-1, les doigts tremblants.
— Vous avez joint les services de police, comment puis-je vous
aider ?
Alors que l’opérateur décroche, un tambourinement fort vient
ébranler la porte, presque la dégonder.
Je me cache dans ma penderie et garde le téléphone collé à mon
oreille.
— Je m’appelle Grace Morgan, j’habite au 917 Lakeland Point.
Deux hommes se sont introduits chez nous, ils ont blessé ma mère.
Les cris de ma mère transpercent l’écho du téléphone, je l’entends
les supplier.
— Je vous en prie, venez vite, dis-je en commençant à pleurer. Ils
vont la tuer.
— Ça va aller, ma grande. Des agents arrivent. Reste avec moi au
téléphone.
— D’accord.
— Quel âge as-tu, Grace ?
— Dix-sept ans.
Le tambourinement incessant sur la porte s’arrête brutalement, tout
comme les supplications de ma mère.
J’écoute attentivement ce qui se passe dans la maison, retenant mon
souffle. Quelques secondes plus tard, un bruit sourd retentit et fait trembler
les murs, j’entends le bois se fendre.
— Oh mon Dieu ! Il est dans ma chambre.
La porte de ma penderie s’ouvre en grand, faisant place devant moi
à l’homme furieux auquel j’ai cru échapper. Douce tentation | 5


Un cri de terreur sort de ma gorge alors qu’il m’arrache le téléphone
des mains et le jette à travers la pièce. Je rampe sous son bras et me remets
sur mes pieds, dans une tentative vaine de fuite. Je ne suis pas assez rapide.
Son corps imposant s’aplatit sur mon dos, me plaquant face contre
terre, juste à côté de mon lit. Ma lèvre inférieure éclate contre le parquet,
le goût métallique du sang s’insinue dans ma bouche.
— Tu ne peux pas m’échapper, salope.
Il m’assène des coups dans le dos, me laissant plus faible encore à
chaque assaut. Je me débats, mais il me retourne, dos au sol et me frappe
au visage.
La douleur explose dans ma tête et ma vision se brouille, engloutie
par des taches noires. Je grogne, tentant de rester consciente.
Ses mains calleuses m’attrapent par le col de mon tee-shirt et me
l’arrachent jusqu’à exposer mon soutien-gorge. Puis, il essaye de tirer sur
mon short de sport en Spandex.
— Non, m’écrié-je en me débattant de toutes mes forces.
— Reste tranquille, salope. Y’en a pas pour longtemps.
Je ne me soumets pas à ses ordres et malgré les larmes qui me
montent aux yeux, j’aperçois ma batte de baseball rose de la ligue junior.
Je tends le bras et enroule fermement mes doigts autour de l’anse en
plastique. Je ne perds pas une seconde et lui assène un coup sur la tête,
gardant mes yeux rivés sur son visage.
Il grogne et s’affale sur le côté.
Je me remets debout et le frappe à nouveau, plus fort cette fois, sur
le dos. Je le frappe encore et encore, incapable de m’arrêter, emportée par
un mélange de peur et de rage.
J’entends des pas traverser le couloir, à peine perceptibles tellement
je suis consumée par la rage. 6 | K.C. Lynn


— Emilio, mec, il faut qu’on se barre d’ici tout de suite. Les flics
arrivent.
L’homme qui était dans la penderie avec ma mère s’arrête
brusquement à l’entrée de ma chambre, un couteau couvert de sang à la
main, son regard furieux me fixe.
— Espèce de salope !
Il fond sur moi, le poing en avant.
Je lève la batte de baseball, mais manque mon coup. Avant que j’aie
le temps de lancer un deuxième coup, son poing vient s’écraser contre ma
tempe. Un tatouage niché dans le creux de son poignet attire mon attention
avant que je sois expulsée contre le mur par la violence de l’impact.
Il tire son ami et l’aide à se mettre sur ses jambes, ce dernier passe
un bras autour du cou de son collègue. Mon corps recroquevillé se lève en
protestation, tandis que je pars à la recherche de ma mère. Je l’appelle,
mais ma voix est presque muette.
J’entre alors dans sa chambre, tombant presque à la vue de la mare
de sang dans laquelle elle git. La colère s’empare de moi, mon cœur se
brise en un milliard de morceaux.
— Maman !
Je cours vers elle, glissant dans le liquide visqueux, et atterris sur les
genoux. Je progresse dans la mare et prends ma mère dans mes bras, son
corps sans vie lové contre ma poitrine.
— Ça va aller, Maman. Les secours arrivent.
Je pleure, mes sanglots morcelés presque autant que mon cœur.
Mes larmes roulent jusque dans ses magnifiques cheveux blonds,
tandis que je la supplie de tenir bon. Même si je fais de mon mieux pour
la rassurer, je sais qu’il n’en est rien. Je sais qu’elle est morte, mais mon
cœur brisé se refuse à l’admettre.
— Je suis désolée, je suis tellement désolée d’être arrivée en retard. Douce tentation | 7


Je me penche vers elle et embrasse son front perlé de sang, plonge
mon visage dans ses cheveux.
Quelques secondes plus tard, le chaos m’entoure.
J’avais dix-sept ans lorsque j’ai vécu le pire jour de ma vie. Au lieu
d’essayer de retrouver la paix et un environnement stable pour me
reconstruire, on m’avait envoyé à lui – un homme bien plus cruel encore
que le diable lui-même.


8 | K.C. Lynn


Chapitre 1

GRACE


Trois ans plus tard
— C’est prêt !
Mes jambes sont lourdes, tandis que je me hâte d’aller chercher les
deux assiettes encore fumantes de burgers et de frites. Ce n’est que le
déjeuner et je suis déjà épuisée. Le service de douze heures que j’ai
effectué hier n’aide en rien.
— Comment tu t’en sors, poupée, me demande Mac, mon chef, tout
en retournant les steaks sur le grill.
Je lui adresse le plus beau des sourires.
— Tu me connais. Je m’en sors toujours.
— Je te connais, oui, et si tu n’allais pas bien, tu ne me le dirais pas.
J’ai peur de te retrouver évanouie par terre, au beau milieu de mon Diner,
un jour, dit-il en pointant du doigt le sol de la salle.
— Enfin, Mac, je trouve à peine le sommeil dans le confort de mon
propre lit, alors je ne risque pas de m’écrouler sur le sol.
Ma remarque lui arrache un grognement, il secoue la tête.
Je prends cela pour un signe et me charge de servir le couple qui
attend ses plats. J’apprécie son inquiétude, mais il a besoin d’aide et j’ai
besoin d’argent. Nous sommes tous les deux gagnants dans cette histoire.
Ce n’est peut-être pas mon job rêvé, mais je lui suis reconnaissante
et encore plus envers Mac. Le grand costaud au regard dur, à l’air revêche,
bardé de tatouages et à la tignasse brune n’a pas l’air commode, mais c’est Douce tentation | 9


un véritable nounours. Je lui suis reconnaissante de tout ce qu’il a fait pour
moi. Sans lui, je n’aurais rien.
Après avoir servi les plats, je m’en vais servir d’autres tables et
entends la cloche de porte signalant l’entrée de nouveaux clients. Je vois
deux hommes entrer et s’asseoir dans le fond de la salle dans ma vision
périphérique. Mon cœur manque un battement et tous mes nerfs s’éveillent
alors que je prends conscience de ceux qui viennent de s’installer. Je sais
pertinemment qui c’est, je n’ai pas besoin de regarder par-dessus mon
épaule.
Sawyer Evans.
Pourquoi ce saligaud arrogant et sexy vient-il toujours ici pour
manger ? Il ne peut pas manger ailleurs ?
Déçue contre moi-même de lui accorder autant d’importance, je
rassemble mon courage et tente de ne pas le fixer du regard, tandis que je
me dirige vers leur table. Je ne veux pas risquer de me ridiculiser. Je me
concentre plutôt sur Cade. Il est tout aussi séduisant, mais assez effrayant.
Il ne fait pas s’emballer mon cœur comme Sawyer sait si bien le faire.
Quel idiot ce Sawyer !
— Bonjour à vous, dis-je calmement en attrapant mon carnet dans
ma poche. Pas tant que j’en ai réellement besoin, mais cela m’aide à me
concentrer et à éviter le regard de M. Sexy.
— Salut, Grace me répond Cade, avec un hochement de tête, comme
il a l’habitude de le faire.
— Hé, salut, Grace. Ça fait plaisir de te voir, je ne savais pas que tu
travaillais aujourd’hui.
La voix profonde et suave de Sawyer m’envoie un électrochoc.
Tiens-toi un peu, Grace.
Je laisse échapper un soupir exaspéré. 10 | K.C. Lynn


— Je travaille ici presque tous jours, ce que tu sais très bien, puisque
tu viens ici tous les jours.
— Je ne viens pas tous les jours.
Curieuse, je lève les yeux vers lui, et regrette presque
instantanément de croiser son regard vert émeraude si attirant.
Bon sang !
La chaleur me monte le long de la nuque, mon visage s’empourpre.
Je plisse les yeux pour tenter vainement de dissimuler l’effet qu’il a sur
moi.
— Oui, tu le sais.
Son sourire satisfait se transforme en un sourire éclatant, un de ces
sourires qui fait tomber les filles comme des mouches.
— Non, juste les jours où tu es là, mon petit chou.
Mes mains se crispent en entendant le surnom qu’il m’avait trouvé
quelques semaines plus tôt au mariage de Jaxson et Julia. Après avoir vu
les mariés se donner la becquée, tendant l’un à l’autre des petits choux de
la pièce montée que j’avais confectionnée pour l’occasion, Sawyer s’était
écrié : « Ce n’est pas comme ça qu’on doit faire ! Il faut faire comme ça ! »
et avait attrapé un chou à la crème, étalé le glaçage sur mon nez et ma
bouche et avait tenté de le lécher.
J’avais, évidemment, esquivé son coup avant qu’il ait le temps
d’entreprendre quoi que ce soit d’autre. Dieu seul sait ce qui serait arrivé
si j’avais laissé ses magnifiques lèvres toucher les miennes. J’aurais sans
nul doute cédé à la tentation et lui aurait fait du gringue devant tout le
monde, en me ridiculisant.
Trahie par ce souvenir, je me surprends à m’attarder sur ces
délicieuses lèvres.
Ugh ! Ressaisis-toi, Grace.
Je sursaute et concentre mon regard sur Cade. Douce tentation | 11


— Que puis-je faire pour toi, Cade ?
Sawyer ricane en voyant mes joues pourpres. Les lèvres de Cade
tressaillent, quelque chose que je n’avais jamais vu auparavant.
Habituellement, il a l’air d’être prêt à massacrer quelqu’un.
— Je prendrai le spécial avec de la purée et un Coca.
Je hoche de la tête, puis tourne mon regard, l’air ennuyé, en direction
de Sawyer.
— Et toi ?
Il sourit et me répond :
— Comme d’habitude, eh bien évidemment, rajoute-moi une part de
la délicieuse tarte que tu as faite pour moi aujourd’hui.
Je lève les yeux au ciel en entendant cette supposition arrogante,
puis m’en vais. Même s’il est vrai, que chaque matin, je pense à lui dès
que je m’attèle à la confection de la tarte du jour, parce que je sais qu’il en
prendra une part. Je me suis souvent demandé quelle était sa préférée, mais
je n’ai jamais osé le lui demander.
J’accroche la commande pour Mac, attrape deux verres et les
remplis. Jetant un œil sur le côté, je remarque que Sawyer se lève et
marche en direction des toilettes. Malgré toute ma bonne volonté, il est
difficile de ne pas l’admirer. Son charme m’oblige à retenir mon souffle,
j’ai l’impression que mes jambes vont se dérober.
Cela devrait être interdit d’être aussi beau que lui. Aujourd’hui, il
porte sur ses cheveux blonds mal coiffés, une casquette noire Hurley, les
mèches les plus longues dépassant sur le côté. Il porte un tee-shirt noir qui
s’étire autour de ses épaules carrées et de ses muscles fuselés. Il a enfilé
un jean délavé assez ample, qui tombe lâchement sur ses hanches étroites,
révélant l’élastique d’un boxer… ce que je suppose être un boxer, on dirait
bien un boxer. Seigneur, j’irais bien vérifier mes suppositions. Non… je
ne peux pas faire ça… 12 | K.C. Lynn


Je suis arrachée à mes rêveries lorsque je prends conscience que
toute sa majesté ne se dirige plus vers les toilettes, mais vers moi.
Oh-oh…
Je détourne la tête, et mon regard croise celui de Sawyer. Je vois
alors le sourire le plus arrogant qu’il soit peint sur ses lèvres.
— Tu vois quelque chose qui te fait envie, mon petit chou,
demandet-il d’une voix aussi suave que du whisky Tennessee.
La chaleur me monte aux joues. Eh bien, voilà comme c’est gênant.
Voilà pourquoi j’essaie de ne pas le regarder directement dans les yeux,
sinon, je perds tout contrôle de mes sens.
Au lieu de lui répondre, je lui fourre les deux verres dans les mains.
— Voilà pour vous. Tu peux les ramener à ta table. Merci d’être
venu les chercher.
Sans dire un autre mot, je tourne les talons et fuis en cuisine.
Son ricanement me poursuit – me hante.
Même son rire idiot est sexy.


Douce tentation | 13


Chapitre 2

SAWYER


— Qu’est-ce qu’elle a ? Pourquoi crois-tu qu’elle m’évite comme la
peste ? demandé-je à Cade en chemin vers chez Jaxson et Julia.
Je suis frustré. Nous venons de quitter le Diner. Cette femme me
met dans tous mes états et je déteste ça.
— Peut-être qu’elle n’est simplement pas intéressée. Tu sais que
c’est possible, n’est-ce pas ?
— Non, ce n’est pas ça, réponds-je, ne croyant pas en cette
possibilité. Ce n’est pas ça du tout. Tu ne vois pas la façon dont ses yeux
ambrés me dévorent, comme si j’étais l’une de ces tartes qu’elle fait. Bon
sang, cela me donne envie de me pencher sur elle, de lui retirer sa petite
jupe de serveuse et de la baiser jusqu’à ce que nous mourions presque
d’asphyxie.
— Peut-être que c’est parce que tu n’arrêtes pas de la chercher, et
qu’elle n’en peut plus de toi.
Je ricane. C’est certainement le cas, mais je ne peux pas m’en
empêcher. Elle s’irrite si facilement. J’adore quand elle se met à rougir.
C’est tellement plus amusant de voir que c’est une torture pour elle de se
détourner de moi, de cacher ses sentiments. Je veux toujours en savoir
plus.
Notre conversation s’arrête lorsque nous nous garons devant chez
Jaxson et Julia.
Maintenant, j’ai quelqu’un à embêter. 14 | K.C. Lynn


Un sourire se dessine sur mes lèvres tandis que je descends du
pickup.
Cade frappe une fois, mais personne ne répond. Connaissant Jaxson,
il est certainement au lit avec sa nouvelle femme. Je fais en sorte qu’on
entende bien lorsque je frappe à la porte.
La porte s’ouvre en une microseconde, laissant apparaître un Jaxson
torse nu et transpirant.
J’avais bien raison. Il essayait de s’envoyer en l’air.
— Faut-il toujours que vous arriviez au pire moment ?
— Content de te voir aussi, lui dis-je en lui donnant une tape dans le
dos et entrant avec un grand sourire aux lèvres.
Julia passe la tête depuis la cuisine, ses cheveux complètement
emmêlés comme si elle s’apprêtait à recevoir la partie de jambes en l’air
de sa vie.
Son accueil est bien plus chaleureux que celui de son mari.
— Salut, les garçons. Entrez, donc.
— Salut, Julia, répond Cade, en s’asseyant autour de la table de la
cuisine.
Mes salutations sont un peu plus, comment dire, tactiles.
— Eh, salut, beauté.
Je l’entoure de mes bras et repose mes mains sur son ventre
légèrement arrondi, puis dépose un baiser sur sa joue.
— Je dois avouer, Julia, qu’à cause de toi, je commence à
m’intéresser aux femmes enceintes.
— Oh Sawyer.
Elle se met à rire, me donnant un petit coup de coude dans les côtes.
Des mains calleuses me tirent en arrière par le col de ma chemise. Douce tentation | 15


— Enlève tes sales pattes de ma femme, connard.
Je suis incapable de contenir mon rire, tandis que je viens m’asseoir
à côté de Cade.
— Allez, Jax, détends-toi. Il plaisantait.
— Oui, Jax. Détends-toi.
Le regard qu’il me lance m’ordonne de me tenir en place. On ne peut
l’embêter que jusqu’à un certain point.
On est arrivé à ce point.
— Vous avez faim, les garçons, demande Julia. Je peux vous
préparer quelque chose.
— Nous revenons du Diner, alors ça va. Merci.
— Le Diner ? Grace travaille encore, demande-t-elle en s’asseyant
sur les genoux de Jax.
Cade lui répond par un hochement de tête.
— Évidemment qu’elle travaille, dit-elle en grommelant. Je me
demande pourquoi je pose encore la question. Elle se tue à la tâche en ce
moment.
Je l’avais aussi remarqué. Elle ne fait que travailler.
— Je peux te demander quelque chose, dis-je, en sachant que je ne
le devrais pas.
— Bien sûr.
— Pourquoi m’évite-t-elle ainsi ?
— Parce qu’elle est intelligente, rétorque Jaxson avec un sourire en
coin.
C’est à mon tour de monter sur mes grands chevaux.
— Je suis sérieux. Elle ne me regarde même pas, la plupart du temps.
En tout cas, pas quand je lui parle, mais je ne le fais pas remarquer. 16 | K.C. Lynn


— Sawyer, dit Julia doucement, en se trémoussant de gêne sur les
genoux de Jaxson.
— Qu’y a-t-il ? Dis-moi. Ai-je fait quelque chose de mal ? Je sais
que je suis souvent sur son dos, mais c’est seulement pour rire.
— Puis-je te demander pourquoi tu veux le savoir ? Que veux-tu lui
faire ?
— À vrai dire, je n’en sais rien, mais j’aimerais au moins pouvoir
être ami avec elle, que nous discutions.
Elle hausse les épaules.
— Tu dois simplement te montrer patient avec elle. Elle est sur ses
gardes, elle a été blessée par le passé, et j’ai l’impression qu’elle ne m’a
raconté que la moitié de ce qui s’est réellement passé. Il lui a fallu du
temps pour s’ouvrir à Kayla et moi.
Je me recroqueville sur moi-même en entendant les paroles de Julia.
— Que veux-tu dire par « blessée » ? Que lui a-t-on fait ?
Elle détourne le regard, ce dernier se concentrant sur la table à
manger.
— Ce n’est pas à moi de te le raconter.
— Devrions-nous le savoir ? demande Jaxson. A-t-elle des
problèmes ?
— Non. Enfin, je ne crois pas. Comme je l’ai dit, ce n’est pas à moi
de le raconter.
Nous la fixons tous, refusant de lâcher le morceau. Elle murmure
enfin :
— Elle a perdu sa mère de manière tragique lorsqu’elle avait
dixsept ans. Ne me demandez pas les détails, parce que je ne vous en dirai
pas plus, c’est bien trop horrible. J’ai aussi l’impression que là où elle était
avant d’arriver ici n’était pas un endroit très charmant. Douce tentation | 17


— Et son père ? Où est-il, demandé-je.
— Encore une fois, ce n’est pas à moi de vous raconter tout ça.
Elle plisse les yeux.
— Oublie. Tu ne m’intimides pas. Grace me fait confiance et je ne
te dirai rien, mais Sawyer, si tu veux apprendre à la connaître.
— Quoi, demandé-je.
— Peu importe ce que tu lui veux, que ce soit être amis ou plus, je
te demande d’être certain de ce que tu souhaites. Je ne veux pas que vous
vous fassiez du mal. Vous comptez tous les deux pour moi.
Je hoche la tête, et je le lui promets.
Je mentirais si je disais que je ne voulais pas passer une nuit
langoureuse avec Grace parce que je le désire, mais je veux aussi
apprendre à la connaître, surtout maintenant que Julia a titillé ma curiosité.
Toutes ces questions laissées sans réponses ne me satisfont pas. Je
suis le conseil de Julia et ferai en sorte de prendre des précautions, mais je
refuse de lâcher le morceau. D’une manière ou d’une autre, j’aurai mes
réponses, même si je dois surmonter tous les obstacles qu’elle dressera sur
mon chemin.


18 | K.C. Lynn


Chapitre 3

GRACE


— Chérie, ne le prends pas mal, mais il faut que je te renvoie chez toi, me
dit Mac, d’une voix sérieuse.
— Pourquoi ?
— Parce que cela fait dix heures que tu es là, Grace et que tu as
bossé douze heures hier. On dirait que tu es prête à t’écrouler. Il faut que
tu rentres chez toi et que tu dormes. Ruby arrive, elle se débrouillera très
bien toute seule. Le rush du dîner est passé.
— Je vais bien, Mac. Vraiment.
Sa main se pose sur mon épaule.
— Il n’y a pas matière à débattre, chérie. Rentre et repose-toi.
J’apprécie toute ton aide, mais il faut que tu te reposes.
— D’accord, dis-je, abandonnant la bataille. Mais cela ne me
dérange absolument pas de faire toutes ces heures. J’ai besoin de cet
argent.
— Vraiment, dit-il en haussant les sourcils. Et pour quoi faire
exactement ?
— Je songe à suivre des cours en ligne. Je n’ai pas encore réfléchi à
quoi, peut-être business ou quelque chose dans ce genre, réponds-je en
haussant les épaules. Mais même des cours en ligne coûtent cher.
— Eh bien, dit-il l’air songeur. De combien parle-t-on environ ?
Peut-être que je peux t’aider. Douce tentation | 19


— Non, m’écrié-je en levant la main pour lui signifier de ne pas en
dire plus. Tu en as déjà assez fait comme ça. Je n’en accepterai pas plus
de ta part.
Il s’irrite de me voir réagir aussi négativement ; une ride se forme
entre ses deux yeux. La dernière chose que je veux est de le blesser. Je le
serre dans mes bras.
— J’apprécie et te suis reconnaissante de tout ce que tu as fait pour
moi. S’il te plaît, ne t’offusque pas, et essaie de comprendre que je ne peux
pas tout accepter.
Ses bras baraqués me serrent, un peu trop fort peut-être au point de
me couper le souffle.
— Bien, tête de mule, je n’en parlerai plus, mais tu rentres tout de
suite, Grace. Je veux que tu te reposes. C’est un ordre.
Je fais un pas en arrière, et fais un salut militaire.
— À vos ordres, chef.
Ses lèvres tressaillent.
— Allez, va-t’en. Je te vois demain, chérie.
— À plus tard.
Je me mets sur la pointe des pieds, l’embrasse brièvement sur la
joue, puis attrape ma veste et mon sac à main. Avant de partir, je prends
les restes des tables dont je me suis occupée dans la journée et passe par
la porte de derrière, espérant que le magnifique Labrador couleur chocolat
est là.
Je l’avais remarqué lorsque j’avais sorti les poubelles l’autre jour. Il
avait couru dans la direction opposée à la mienne, complètement terrorisé.
J’avais tout essayé pour le faire venir à moi, mais rien n’avait fonctionné.
Il ne me faisait pas confiance ; ce que je pouvais comprendre. J’avais donc
décidé de garder les restes des tables pour les lui donner et m’assurer qu’il
ait au moins quelque chose à manger. 20 | K.C. Lynn


Bien sûr, dès que je pousse la porte et pose par terre l’assiette pleine,
j’entends un cliquetis sur le bitume. Il ne faut pas longtemps avant que le
magnifique Labrador fasse son apparition depuis un coin du bâtiment. Il
s’arrête assez loin de moi, mais ne fuit pas lorsqu’il me voit.
Je prends cela pour une marque de confiance naissante et reste
accroupie sur ma position, près de la porte.
— Allez, viens. Je ne vais pas te faire de mal, dis-je en adoptant un
ton doux et rassurant. Tu n’as pas faim ? lui demandé-je en poussant
légèrement l’assiette vers lui.
Il penche la tête sur le côté, un long et faible gémissement
s’échappant de sa gorge.
De quoi as-tu peur ?
L’espoir m’emplit lorsqu’il commence à avancer vers moi, marchant
prudemment. Je reste immobile, ne respirant presque plus. Il s’approche
suffisamment pour manger ce que je lui ai déposé.
Je lève la main lentement dans sa direction, m’assurant qu’il puisse
la voir et la pose délicatement sur son cou.
— Bon garçon. Tu vois, je ne te veux pas de mal.
Mes doigts sont délicats, caressant sa fourrure emmêlée.
— D’où viens-tu ? Tu n’as pas de famille ?
Il gémit, un son qui me brise le cœur.
— Ça va aller, ne t’en fais pas. Ce n’est pas si bien les familles,
finalement. Ils sont bien bêtes de ne pas voir que tu es un bon toutou.
Un ricanement résonne derrière moi, me mettant la trouille de ma
vie. Je sursaute en criant et atterris sur les fesses, me cognant au passage
la tête contre la porte.
Le chien jappe et fuit en courant.
— Merde ! Ça va, Grace ? Douce tentation | 21


Une paire d’yeux vert émeraude inquiets se pose sur moi. Sawyer
s’agenouille devant moi.
— Sawyer ? Que fais-tu là, bon sang ? Tu m’espionnes ?
— Désolé, je ne voulais pas te faire peur. Mac m’a dit que je pourrais
te trouver ici. Je ne voulais pas interrompre ta conversation avec ton
nouvel ami.
Il montre du pouce l’endroit vers lequel le chien vient de fuir, un
sourire se dessinant sur ses lèvres.
Je lui jette un regard noir, tentant de cacher mon embarras.
— Eh bien, merci beaucoup. Tu lui as fait peur. Sais-tu combien de
temps il a mis pour commencer à me faire confiance ?
Son sourire béat s’évanouit, laissant place à la culpabilité.
— Je suis vraiment désolé. Je ne voulais pas vous faire peur, ni à toi
ni au chien. Est-ce que ta tête va bien ?
— Oui, ça va, réponds-je doucement. Que fais-tu ici ? Tu n’en as
pas assez de manger dehors tout le temps ?
Il sourit. Mon estomac fait un bond.
— Je ne suis pas ici pour manger. Je suis ici, parce que je voulais te
voir.
— Moi ?
— Oui, toi. Je voulais voir à quelle heure tu finissais aujourd’hui et
te demander si tu voulais que je te raccompagne chez toi en voiture. On
dirait que j’arrive au bon moment. Mac m’a dit qu’il te renvoyait chez toi.
— Tu veux me raccompagner chez moi ? demandé-je, un brin
soupçonneuse.
— Oui.
— Pourquoi ?
— Pourquoi « pourquoi » ? 22 | K.C. Lynn


Pourquoi veut-il me raccompagner ? Qu’est-ce qu’il en retire ?
Il se relève, et me tend sa main. Je la regarde l’espace d’une seconde
avant d’accepter son aide. Ses doigts tièdes s’enroulent autour des miens,
m’envoyant des frissons tout le long du bras, jusqu’à mes orteils.
Que je suis pathétique !
— Eh bien, merci pour cette offre, mais je préfère marcher.
Et si je reste près de toi trop longtemps, je serais capable de finir
par te sauter dessus.
Il hausse les épaules, pas le moins du monde gêné d’être rejeté.
— D’accord. Alors je vais marcher avec toi.
— Tu n’es pas obligé, Sawyer. Je peux très bien rentrer toute seule,
je le fais tout le temps.
Il plisse les yeux, ennuyé.
— Je sais.
Je lève les yeux vers lui, essayant de comprendre ce qu’il attend de
moi.
— Écoute Grace, je veux juste discuter. J’aimerais que nous
apprenions à nous connaître, puisque nous avons des amis en commun.
C’est tout.
Oh ! Génial ! Comme c’est gentil de sa part. Maintenant, je me sens
bête d’avoir été aussi distante.
— D’accord. Si tu veux, alors, tu peux marcher avec moi.
Il esquisse un sourire, mais différent de son sourire arrogant
habituel. Il paraît plus sincère. Bon sang, je pourrais défaillir.
— Alors, allons-y.
— D’accord. Passons par devant. Douce tentation | 23


Nous rentrons à l’intérieur, mon corps presque vibrant par la
proximité de nos deux êtres.
Le chemin du retour va être très long.
— A demain, Mac, dis-je en passant devant lui et en lui adressant
un signe de la main.
— À plus tard, chérie. Et n’oublie pas, repose-toi un peu, jeune fille !
— Oui, oui, réponds-je en grommelant.
Une fois que nous sommes dehors, je referme ma veste pour ne pas
laisser la petite brise fraîche pénétrer. Vers fin octobre, l’hiver arrivant se
fait sentir.
— Que voulait dire Mac par « repose-toi », demande Sawyer, tout
en marchant à côté de moi.
Il ralentit le pas, ses jambes étant plus longues que les miennes.
— Il joue simplement au papa poule, lui réponds-je. Il croit que je
travaille trop et que je ne dors pas assez.
Sawyer grogne.
— C’est vrai que tu travailles trop.
Je hausse les épaules.
— Mac a besoin d’aide et j’ai besoin d’argent.
— Et pas de sommeil, demande-t-il.
— Ça fait longtemps que je n’ai pas eu une bonne nuit de sommeil,
confessé-je à mi-voix, regrettant presque instantanément mes paroles.
Son regard inquisiteur brûle mon visage.
Je change rapidement de sujet.
— Tu n’as pas froid ? Tu n’as pas pris de veste, dis-je, en pointant
du doigt le tee-shirt qu’il portait déjà plus tôt dans la journée. 24 | K.C. Lynn


— Mon chou, il ne fait pas froid. J’ai grandi à Denver. Tu ne sais
pas ce que c’est que le froid avant d’avoir passé un hiver là-bas.
Je suis complètement subjuguée par cette information.
— Tu as grandi dans le Colorado ?
— Oui, j’y suis né et j’y ai grandi.
— J’ai toujours voulu voir de la neige.
— Tu peux me croire, on s’en lasse vite. C’est froid et une vraie
plaie à déblayer.
Déblayer n’est certainement pas la partie la plus drôle, mais
j’aimerais quand même tenter un jour l’expérience.
Je sens son regard sur moi, mais je n’ose pas le regarder, parce que
si je le fais, j’ai peur de faire quelque chose dont j’aurais honte.
— Et toi, Grace ? D’où viens-tu ?
— Floride.
Je murmure presque ma réponse. Cela me fait tellement mal de
parler de l’endroit où j’ai perdu tout ce qui comptait pour moi.
— Tu aimais bien la Floride ?
Je hoche la tête, sentant ma gorge se serrer.
— Cela te manque-t-il ?
— Ce que j’y ai perdu me manque.
Mais non ! Qu’est-ce qui ne va pas chez moi ? Ma langue veut se
délier ce soir ou quoi ?
— Mais je me plais bien ici, continué-je. C’est une ville agréable, et
je suis contente d’avoir rencontré Julia et Kayla.
Ma pitoyable tentative pour changer de sujet ne le convainc pas, ni
moi.
— Tu te plais ici, demandé-je. Douce tentation | 25


Cela semble néanmoins fonctionner.
— Oui, et j’adore pouvoir embêter Jaxson tous les jours de la
semaine.
Un sourire se dessine sur ses lèvres et je repense à toutes les
manières dont il se joue de Jaxson.
— Comment va le centre de sport ? Ça avance bien ?
— Très bien, nous devrions pouvoir ouvrir dans quelques semaines.
— Julia m’en a parlé. Ça va être génial.
— Oui, dit-il en passant rapidement à une autre question. Mais
dismoi, mon chou, parle-moi un peu de toi.
— Eh bien… je m’appelle Grace et je déteste qu’on m’appelle
« mon chou ».
J’entends son sourire dans sa voix lorsqu’il répond.
— Désolé. Je ne peux pas m’en empêcher, tu me fais tellement
penser à un petit chou à la crème.
Je toussote.
— Je suis certaine que tout le monde me prend pour un chou à la
crème depuis que tu m’as entartée au mariage de Julia et Jaxson.
Il ricane, amusé de sa propre bêtise.
— Ce n’est pas pour cette raison que tu me fais penser à un chou.
Je braque mon regard sur lui, trompée par ma curiosité.
— Ah bon, vraiment ?
— C’est parce que tu es aussi mignonne qu’un petit chou, et que tu
es aussi douce.
Sa voix baisse d’une tonalité, plus suave.
— Et je parie que tu as tout aussi bon goût. 26 | K.C. Lynn


Waouh.
Mes poumons se vident de tout l’oxygène et mon cœur peine à
garder un rythme stable.
Bon sang qu’il est doué. C’est vraiment un maître dans l’art de la
séduction. Il pourrait vraiment conseiller les gens et écrire un bouquin
làdessus.
J’aimerais trouver une réponse qui lui clouerait le bec, mais je ne
suis pas aussi à l’aise avec les mots qu’il l’est.
— D’accord. À mon tour, maintenant, dit-il en me sauvant d’une
autre occasion de me ridiculiser.
Je lève les yeux vers lui, penchant la tête sur le côté en attendant sa
prochaine question.
— À quoi te fais-je penser ? demande-t-il.
Sexe !
Crotte, ne te vends pas, Grace !
— Qu’est-ce qui te fait croire que je pense à toi, rétorqué-je, en
espérant qu’il ne lise pas clairement dans mon jeu.
— Allez, dis-moi. Je dois bien te faire penser à quelque chose !
Laisse-moi deviner… Sexe ? Orgasmes ?
Il ne rate jamais sa cible…
Je ne mets pas longtemps à trouver la réponse parfaite. Je souris et
lui lance un regard en coin.
— Veux-tu vraiment que je te le dise ?
— Oui.
— Connais-tu la chanson I’m Sexy And I Know It ?
Il ralentit le pas et son sourire s’évanouit. Douce tentation | 27


Je suis peut-être allée trop loin, mais il finit par s’esclaffer, la bouche
grande ouverte, rejetant sa tête en arrière. Son rire est tellement contagieux
que je dois me cacher pour rire à mon tour.
— D’accord, mon chou. Ça, c’était bien trouvé. Je dois l’admettre.
— Merci. Je trouve que c’était bien trouvé aussi, admets-je, un brin
de fierté dans la voix.
Il m’assène une autre question.
— Ta couleur préférée ?
— J’en ai deux… le rose et le jaune.
Il hoche la tête.
— Je vois. Moi, j’aime le bleu. Je te le dis, parce que je suis certain
que tu brûlais d’envie de le savoir.
Je secoue la tête, un grand sourire aux lèvres. J’aurais pu parier
làdessus, à en juger la couleur de son pick-up. Le bleu nuit est tellement
profond qu’on dirait qu’il est presque noir, au soleil.
— Film préféré, continue-t-il.
— « 27 robes ».
— Jamais entendu parler.
— Ça ne m’étonne pas. C’est un film de filles. Bon, à mon tour.
Il hausse un sourcil, presque surpris. Il ouvre les bras en grand et
dit :
— Vas-y, demande-moi tout ce que tu veux, mon chou. Je suis un
livre ouvert.
— Ta nourriture préférée ?
— N’importe quelle tarte que tu prépares.
Je lève les yeux au ciel.
— Je suis sérieuse. 28 | K.C. Lynn


— Je suis sérieux aussi. Ce sont les meilleures tartes que je n’aie
jamais mangées. Même si je suis certain que ton goût est bien meilleur.
Mamma mia !
Mes joues s’empourprent à une vitesse lumière. Je suis contente
qu’il fasse nuit, mais pas assez pour qu’il ne remarque pas ma gêne.
— J’aime bien te faire rougir, Grace.
Je tourne la tête dans la direction opposée, tentant de cacher ma gêne
derrière mes cheveux.
— Oui, eh bien… il ne faut pas grand-chose pour y arriver. Alors,
ne crois pas que c’est toi qui réussis le mieux, Evans.
Ma réponse le fait rire, et je m’esclaffe à mon tour. Cela faisait
longtemps que je n’avais pas autant ri. Je souris tellement que mes joues
sont prises de crampes.
Puisque nous sommes sur le sujet, je lui pose enfin la question que
je me pose depuis notre rencontre.
— Quelle est ta préférée ?
— Quoi ?
— Quelle est ta tarte préférée ?
J’évite de le regarder directement, me sentant gênée de lui poser une
question aussi bête.
— Difficile à dire, parce que je les aime vraiment toutes. Celle que
j’ai prise avant-hier m’a bien plu. Celle aux fruits rouges, chocolat et un
autre truc.
J’explose de rire.
— Un truc ?
— Tu sais, un ingrédient secret… Quel nom lui as-tu donné ?
Mon sourire s’efface, je sens un poids sur ma poitrine. Douce tentation | 29


— « Maman me Manque », dis-je dans un soupir, en me concentrant
sur mes pas.
— Pourquoi lui as-tu donné ce nom-là ?
— Parce que lorsque je faisais cette tarte, je pensais à ma mère. C’est
ce qui m’a sorti du lit à trois heures du matin, réponds-je en haussant les
épaules. Peu importe comment je me sens sur l’instant, c’est souvent le
nom que je donne à mes tartes.
Je suis prise de court lorsque Sawyer me tire par le coude et s’arrête
de marcher. J’ouvre la bouche pour lui demander s’il va bien. Il me prend
alors dans ses bras et me serre près de lui de toute sa force.
Je me crispe, surprise par son élan d’affection. Il ne faut pas le temps
à mon cerveau pour comprendre que nous sommes dans les bras l’un de
l’autre. Mon corps se détend, j’enroule mes bras autour de sa taille et je
m’imprègne de toute l’affection qu’il m’offre si généreusement. Pour la
première fois depuis bien longtemps, je me sens en sécurité – un sentiment
que je ne pensais plus connaître.
Il rompt le contact bien trop rapidement à mon goût, mais reste près
de moi. Il prend mon visage entre ses mains, penche ma tête en arrière
pour forcer le contact visuel.
— Je suis désolée pour ta mère, Grace.
— Merci, dis-je en murmurant, la voix tremblante.
— Si jamais tu as besoin de quelque chose, tu peux m’appeler,
ditil. Peu importe l’heure, je viendrai toujours te voir.
— Pourquoi ? demandé-je, incapable de me retenir.
— Parce que tu es mon amie et que je prends toujours soin de mes
proches.
La chaleur envahit ma poitrine, mon cœur gonfle devant toute cette
démonstration d’affection. Sans m’en rendre compte, une larme roule le
long de ma joue. Sawyer l’essuie avec son pouce, refusant de la laisser
tomber. Ce simple geste est assez pour me briser le cœur. 30 | K.C. Lynn


Il passe un bras autour de mes épaules et se remet à marcher.
— Alors, mon chou, continuons notre jeu de questions. Quelle est ta
tarte préférée ?
— Hum, murmuré-je en songeant à une réponse. Le Premier Baiser
de Grace.
Il se raidit. Je sens ses muscles plus fermes.
— Je ne suis pas certain de vouloir savoir pourquoi tu l’as nommée
ainsi.
Ses petits jeux me font sourire.
— Ma mère a créé la recette, après mon premier baiser. C’est une
tarte avec une pâte à base de Graham Crackers, une préparation avec des
framboises, de la crème fouettée et du chocolat, pour rappeler la douceur
du baiser. Elle avait même coupé des petits cœurs dans la pâte et en avait
parsemé le dessus.
Il lâche un grognement.
— On dirait bien un baiser d’adolescent prépubère.
Un rire passe mes lèvres, mais s’évanouit presque immédiatement
dès que nous tournons au coin de ma rue. Je suis déçue, nous devons nous
quitter. J’apprécie vraiment sa présence. L’une des raisons pour lesquelles
j’aime passer du temps au Diner est parce que je suis entourée. On
s’ennuie vite de la solitude.
Je repense à la lettre que j’ai envoyée la semaine dernière et que
j’aurais dû expédier dès mon installation à Sunset Bay, que j’espérais
bénéfique.
— Alors, tu vis ici, demande-t-il, tout en observant la vieille maison,
tandis que nous remontons la contre-allée.
— Oui, elle appartient à Mac. Il me la loue, enfin il est censé me la
louer. Nous nous étions mis d’accord, il devait prélever mon loyer
directement sur ma fiche de paie, mais je vois bien que ma paie est toujours Douce tentation | 31


complète. Quand je lui en parle, il se met à s’énerver, alors je préfère ne
plus le faire et me montre juste reconnaissante.
Alors qu’il reste silencieux, je lève la tête pour le regarder et
remarque qu’il m’observe avec une expression que je ne peux déchiffrer.
— Donne-moi ton téléphone, dit-il en sortant une main de sa poche.
— On ne t’a jamais appris à dire « s’il te plaît » ?
Il esquisse un sourire, tandis que je cherche dans mon sac à main et
sors mon téléphone. Il me le prend des doigts et entre ce que je pense être
son numéro. Mon cœur s’emballe comme si j’étais redevenue une
collégienne.
— Et voilà, maintenant tu as mon numéro, et j’ai le tien.
Je reprends mon téléphone et vois qu’il s’est envoyé un message
depuis mon numéro. Le nom qu’il a enregistré me fait exploser de rire :
Sexy Sawyer.
— Sawyer Evans, tu as le plus gros ego que j’ai jamais vu.
— Ce n’est pas une question d’ego, poupée, c’est une question de
confiance en soi.
Je secoue la tête et ne peux m’empêcher de sourire.
— Au revoir, Sexy Sawyer. Merci de m’avoir raccompagnée. J’ai
bien aimé notre conversation.
Il m’attrape par le poignet, son expression s’assombrit.
— Je suis sérieux, Grace. Tu peux appeler quand tu veux, à
n’importe quelle heure. Je serai là.
L’émotion me brûle la gorge.
— Merci.
Il fixe son regard sur moi, tandis que je monte les marches du perron.
— Je viens te chercher demain soir. 32 | K.C. Lynn


Je lui jette un regard par-dessus mon épaule, haussant un sourcil
devant tant d’avances.
— Comment sais-tu que je serai au travail ?
— Parce que je sais tout, mon chou.
Après m’avoir adressé l’un de ses sourires ravageurs, il s’en va,
emportant avec lui toute son arrogance habituelle.
Une nuée de papillons dans le ventre, et le cœur gonflé, je rentre.