Mes colocs, San Francisco et moi

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145 pages
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Description

Patrick Mahoney a un seul objectif en tête : partir de Fresno, sa ville natale, et trouver la liberté dans les rues arc-en-ciel et pleines de promesses de San Francisco. En entrant à l'université, il est persuadé qu'il aura enfin la chance d'être lui-même, loin du regard méprisant de sa ville natale conservatrice.



Josh Dirda n'a jamais voulu s'attacher, préférant la non implication émotionnelle des plans d'un soir. Mais lorsque Patrick emménage dans l'appartement qu’il partage avec trois amis, Josh est attiré par ses réparties et sa façon de penser, différente et créative. Très vite, il s’auto-proclame guide touristique personnel de Patrick à qui il fait découvrir la ville qu’il aime tant.



Mais après un rapprochement alcoolisé lors de la soirée d’Halloween, Patrick et Josh doivent doivent faire face à leurs véritables sentiments et décider s'ils peuvent abandonner les fantômes de leur passé.

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EAN13 9782375747810
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Natasha Washington
San Francisco, mes colocs et moi
Traduit de l'anglais par Cindy Baslande
MxM Bookmark
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Cet ouvrage a été publié sous le titre original :
Calling calling calling me
MxM Bookmark © 2019, Tous droits réservés
Traduction © Cindy Baslande
Suivi éditorial © Lorraine Cocquelin Correction © Emmanuelle Lefray Illustration de couverture © MxM Créations
Toute représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit est strictement interdite. Cela constituerait une violation de l'article 425 et suivants du Code pénal.
ISBN : 9782375747810
Existe aussi en format papier
PROLOGUE
L’annonce disait : Nous sommes géniaux et, si vous êtes génial aussi, nous pourrions être géniaux ensemble !!! Notre appartement situé dans le quartier du Castro est lumineux et habité par des gens cool. Nous avons une chambre libre, idéale pour les étudi ants ou les jeunes actifs. Des musiciens y vivent, il vous faut donc supporter le bruit. Toutefois, nous sommes respectueux et ne serons pas bruyants quand vous réviserez ou autre. Nous sommes des gens bien. On parie que vous aussi. Envoyez-nous quelques informations par mail : d’où venez-vous ? Où allez-vous ? Que pensez-vous du forage en mer ? De la chanteuse Cher ? Aime z-vous le chou-rave ? Bref, les choses habituelles. Patrick rédigea un e-mail pour demander à visiter rapidement l’appartement, puis ajouta : Je viens de : près de Fresno. Il y a… Il n’y a pas grand-chose à dire au sujet de Fresno. Où je vais : à l’université ! J’étudie l’écriture et le théâtre, ce qui m’aidera certainement à trouver un bon emploi quand j’aurai obtenu mon diplôme. Le forage en mer : est terrible. Je suppose que le forage sur terre n’est pas mieux. La chanteuse Cher : une déesse dansÉclair de lune. Maintenant, il semblerait que ses pommettes essaient de s’échapper de son visage. Effrayant et fascinant à la fois. Chou-rave : j’ignore ce que c’est mais ça a l’air dangereux. Je suis sûr que je découvrirai ce que c’est à San Francisco. J’ai le sentiment que cette ville a beaucoup à m’apprendre.
Chapitre 1
Quand Patrick avait annoncé à ses parents qu’il vou lait vivre hors du campus pour sa première année d’université, ils n’avaient pas été enchantés, c’était le moins qu’on puisse dire. Les motsIl faudra me passer sur le corps !avaient même été prononcés. Les parents de Patrick avaient cependant tendance à oublier à quel point il pouvait se montrer têtu. Il avait attendu toute sa vie de déménager à San Francisco ; il préférait être au cœur de la ville plutôt que coincé entre les murs du campus, qui éta it situé bien trop au sud pour être considéré comme encore en ville. Il avait mentionné toutes les statistiques démontrant que beaucoup d’étudiants vivaient hors du campus, que le manque d’habitations à l’intérieur du campus obligeait d’autres étudiants à vivre à l’extérieur dès leur première année et qu’il ferait des économies sur la nourriture et autres frais. Ses parents avaient fini par céder, car rien ne pouvait résister à une présentation PowerPoint bien faite. C’est ainsi que, un samedi de juillet, Patrick monta à San Francisco avec sa mère – bien qu’il eût préféré qu’elle ne l’accompagne pas, sérieux. Il avait dix-huit ans, son permis depuis un mois, il pouvait très bien y aller seul. Peu importe, sa mère avait insisté, les larmes lui étaient montées aux yeux, or Patrick n’était pas insensible à ces dernières. Il avait soupiré avant de déclarer : — Bon, tu peux venir. Je ne suis pas encore parti, je suis toujours ton bébé. Cesse d’être aussi agaçante. Je veux juste m’assurer que tu sois en sécurité et bien installé, avait répondu sa mère, les yeux humides. Est-ce que c’est si mal que ça ? Patrick avait levé les yeux au ciel et dit : — OK, mais je dois voir l’appartement en premier. Puis il avait poussé le son de la bande originale du filmHamiltonau maximum. C’était un samedi après-midi et ils avaient cinq appartements à visiter. Les deux premiers étaient trop petits et sentaient mauvais. Au troisième, un homme costaud avec un accent très prononcé, vêtu d’un caleçon et de pantoufles à têtes de lapins, avait tenté de convaincre Patrick que « Le brouillard se dissipe, hein ? On a du soleil parfois ! » Patrick commençait à s’inquiéter, peut-être que fin alement c’était ça, San Francisco : des appartements organisés de manière étrange, recouverts de brouillard et habités par des gens qui ne cuisinaient que des brocolis. Le quatrième, heureusement, était plus prometteur : un appartement de style victorien, composé de trois chambres, situé dans le quartier du Castro et doté d’une jolie façade, bien entretenue, pas abîmée, peinte en bleu clair avec une bordure bleu foncé. Il n’y avait pas de maisons comme celle-ci à Fresno. Il n’y avait pas non plus de types se baladant en pantalons moulants avec des tee-shirts où il était inscrit « C’est homosexuel seulement si vous avalez ». Patrick rougit et se déplaça de manière à ce que sa mère ne voie pas ce spectacle. — Oh Patrick, cet endroit est tellement charmant ! dit-elle en souriant, dans sa bienheureuse ignorance. — Maman, va donc prendre un café, s’il te plaît, répondit-il en l’encourageant à partir. Cette fois, il fut insensible à sa moue. Il grimpa les quelques marches qui le séparaient de la porte et sonna. Il y eut un fracas à l’intérieur, suivi d’un éclat de rire, puis un garçon grand et imposant, vêtu d’un tee-shirt à l’effigie de l’équipe de hockey de Vancouver et d’un bas de survêtement, ouvrit la porte en titubant. Il observa Patrick de la tête aux pieds puis cria par-dessus son épaule : — Est-ce que quelqu’un a commandé une pizza ? — Non, euh, je suis… commença Patrick. — Je n’ai clairement pas commandé de pizza, dit le grand, je m’en souviens toujours quand je le fais. Un garçon bien plus petit aux cheveux frisés, habillé d’un jean foncé et d’un tee-shirt moulant aux couleurs du festival de musiqueOutside Lands, poussa le premier garçon sur le côté et dit : — Es-tu Patrick ? Tu es pile à l’heure ! Je suis Jo sh et mon colocataire impoli, c’est Mike. Il est
canadien mais ne lui en veux pas. Ils n’apprennent pas les bonnes manières dans ce pays, seulement comment chasser. Josh avait des yeux lumineux, brun doré et tachetés de vert. Patrick lui serra la main et sentit des callosités lui chatouiller la paume. Il doit sûrement jouer de la guitare, pensa Patrick,c’est sexy. Josh l’invita à entrer pendant que Mike commençait à vanter ses qualités de chasseur. — Je suis, genre, le meilleur tireur au monde. Je déchire au jeu de chasse sur la P S4 – je suis à ce jeu ce que Kai est à Dance Dance Revolution, mec. Josh lança un regard en coin à Patrick, l’air de dire « Si tu veux vivre ici, tu vas devoir t’y faire ». L’appartement était en désordre mais néanmoins toujours joli : du parquet en bois était visible aux rares endroits où il n’y avait ni affaires de sport, ni instruments de musique, ni vêtements, et la grande baie vitrée du salon laissait entrer la lumière. Josh expliqua qu’il y avait trois chambres, Kai et lui en occupaient une, Freddy et Mike une autre, or celle qui restait était trop petite pour deux personnes. Ils avaient eu une colocataire féminine pendant un long moment, Alexis, mais elle était partie vivre avec son copain à Nob Hill, que Mike renomma Snob Hill avant de se corriger et d’opter pour Noble Sensible, et ils avaient bien besoin d’u ne cinquième personne pour payer le loyer. Vivre au Castro était génial, mais ce n’était pas donné. Josh se révéla être le seul encore à l’université – « C’est notre bébé, n’est-il pas trop mignon ? » se moqua Mike en lui pinçant les joues – tandis que les autres occupaient des postes différents. Freddy était serveur dans une discothèque sur Missi on District, Mike était professeur des écoles. Sérieux ?pensa Patrick, étonné. Mais il supposa que son côté rigolo était une qualité pour travailler avec les enfants. Kai, lui, était professeur de hip-hop et dansait aussi pour une vraie entreprise qui était « genre si dingue, mec, que tu en serais épaté ». Josh racontait ça comme s’il avait oublié que Patrick n’était entré dans leur appartement et leur vie que deux minutes auparavant, comme s’ils se connaissaient depuis toujours et qu’ils étaient en train de chercher où sortir ce soir. Patrick était complètement submergé et totalement abasourdi, et enthousiaste, aussi, parce que Josh l’était tout autant. Ce dernier le traîna de pièce en pièce, lui montrant la télévision à écran géant « où nous faisons parfois des marathons de la sérieWestworld, ce truc est dément en HD ! » et une cuisine avec une cafetière à expresso parce que « K ai a une passion étrange pour le café, genre il est tout excité de ramener chaque semaine une nouvelle sorte d’origine unique, venant d’un producteur local, et il organise une dégustation. C’est comme une dégustation de vin mais en encore plus prétentieux, non ? Mais apparemment ça s’avère être efficace pour draguer. » Josh lui montra sa chambre, qui ressemblait à… eh bien, à une petite chambre, en gros. Mais elle disposait d’une grande fenêtre qui occupait quasiment la totalité d’un mur, d’où le soleil pénétrait et dessinait des bandes lumineuses sur le parquet. La pièce était vide puisqu’ils attendaient de la louer ; mais cela contrastait étrangement avec le désordre et l’énergie qui régnaient dans le reste du logement. — J’aimerais bien avoir cette chambre seul, dit Josh, nostalgique, mais on est déjà trop juste niveau argent, et puis je ne suis pas sûr que je po urrais y ranger tous mes instruments. Peu importe, c’est un bon plan dans cette ville. Tout est relatif, pas vrai ? Où pourrais-tu trouver un endroit si peu cher sinon, avec tous ces geeks branchés qui font augmenter les prix comme si c’était leur boulot ? Patrick opina de la tête comme s’il comprenait, bie n qu’il n’ait jamais pensé à prendre un logement seul et qu’il n’ait jamais vécu ailleurs que dans sa maison d’enfance. Que pouvait-il bien connaître des différents loyers de la baie de San F rancisco ? Mais il apprécia que Josh puisse penser qu’il maîtrisait ce genre de choses. Josh bavardait, souriait beaucoup et parlait avec ses mains. Patrick essayait de se concentrer, vraiment, mais sans succès : Josh était certainement le garçon le plus séduisant qu’il avait rencontré jusqu’à maintenant. Il n’était pas très grand mais il était musclé, comme en témoignait le tissu de so n tee-shirt qui s’étirait sur ses biceps chaque fois qu’il bougeait les bras. Il possédait des cheveux noirs et bouclés qui semblaient toujours parfaitement coi ffés, quelle que soit la situation, et quand il souriait, c’était tout son visage qui s’illuminait. Patrick était tellement distrait qu’il ne réalisa que Josh lui avait posé une question seulement quand celui-ci lui toucha le bras du bout des doigts en prononçant son prénom. Il cilla, s’éclaircit la voix et bégaya : — Ou… Oui ?
— As-tu des questions à nous poser ? répéta Josh. Patrick songea alors que ce devrait être à Josh de lui poser des questions. N’était-ce pas lui l’étranger qui allait potentiellement vivre avec eux ? Lui, qui, en errant dans les rues, avait décidé de vivre dans leur superbe appartement de San Francisco bien qu’il sorte à peine du lycée et était venu jusqu’ici aujourd’hui dans la Toyota Camry courant années 2000 de ses parents ? — Euh… le loyer est bien celui que tu as précisé dans le mail, n’est-ce pas ? — Absolument, répondit Josh, mais… sois honnête avec moi, mec, tu peux le payer ? Patrick était prêt à faire une vérification de solvabilité ou à fournir une preuve du salaire de ses parents, mais Josh le regarda avec ses grands yeux noisette, visiblement prêt à le croire sur parole. Patrick n’en revenait pas que ça puisse vraiment être aussi facile. — Évidemment, répondit-il, la gorge sèche. Tu n’as pas besoin de me demander… Tu ne veux pas savoir…? — Je veux savoir plein de choses, dit Josh, mais j’espère pouvoir te les demander une fois que tu auras emménagé ici. Patrick en eut l’estomac noué. Est-ce que tout ça était vraiment réel ? — Je ne veux pas te mettre la pression ou quoi que ce soit, se rétracta Josh, parce que je sais que c’est une décision importante à prendre, que tu dois prendre le temps d’y réfléchir et tout, mais j’ai un bon pressentiment, tu vois. Patrick hocha la tête, la bouche un peu ouverte. — J’ai le sentiment que ta place est ici, dit Josh en lui serrant amicalement l’épaule. Patrick sentit encore les doigts de Josh sur sa peau bien après que celui-ci eut retiré sa main. Patrick remplissait la demande de logement pour le propriétaire pendant que Mike regardait un match de hockey, retransmis sur une chaîne de sport, sur l’écran vraiment géant de la télévision. Josh leur prépara du thé au moment où le brouillard commença à dévorer le ciel et à assombrir le coucher de soleil. — Le temps ici est tellement bizarre, lui dit Mike. Josh a grandi ici, alors il n’y prête plus attention mais franchement, parfois il y a du soleil et cinq pâtés de maisons plus loin, le temps est complètement différent ! — C’est ce qu’on appelle le « microclimat », rétorqua Josh en tendant à Patrick une tasse de thé qui sentait délicieusement bon. Au moins, nous n’avons pas de neige, nous, si tu vois ce que je veux dire, le Canadien. — La neige, c’est la base, s’emporta Mike, s’il nei geait ici, on pourrait faire des glissades de dingue. — Tu es de Fresno, c’est ça ? demanda Josh. C’est ce que tu as écrit dans ton mail. — Ouais, juste à côté. — La Vallée Centrale ! s’exclama Josh sans trace de moquerie dans la voix. Le grenier de l’Amérique. — N’essaie pas de chercher des choses positives sur Fresno, répondit Patrick, il n’y a vraiment pas grand-chose de bien à en dire, crois-moi. Patrick n’osa pas avouer qu’à Fresno il s’était tou jours senti comme une bête curieuse, qu’il avait été violemment poussé contre les casiers, insulté dans les couloirs et qu’on lui avait appris à se taire sous peine d’en payer le prix. Fresno avait été une prison pour lui, pleine d’insultes et de haine. Peut-être que cette ville était perçue différemment par les autres gens, mais c’était ainsi que Patrick l’avait vécu. Son histoire était bien lourde à porter, à tel point que parfois, écrasé par tout ce poids, il ne savait pas comment respirer. Josh avait beau être gentil et ouvert d’esprit, cette confession était trop intime pour une première rencontre. Patrick attendrait d’avoir signé le contrat de location avant de laisser son drame personnel se répandre partout dans le logement. Josh le regarda, perplexe, comme s’il voulait lui demander quelque chose. Puis, il sirota une gorgée de thé et dit : — Bref, San Francisco est géniale. Je pense que tu vas aimer. Patrick était déjà en train de l’aimer. Il s’apprêt ait à le dire à Josh quand la sonnerie de son téléphoneDon’tcry for me Argentinaretentit bruyamment. Il avait voulu changer cette musique, mais sa mère lui avait alors demandé quelque chose à propos d’une inscription et de choses à acheter au magasin Target, et il avait été déconcentré et avait oublié.
Josh fredonna la chanson de Madonna à haute voix. Il avait un joli timbre, même s’il en rajouta un peu. — Tu es bizarre, lui dit Mike, tu connais vraiment toutes les chansons du monde. — Non, pas toutes, répondit Josh, je suis sûr qu’il y a des classiques canadiens que j’ai laissés passer. Mais bref, cette chanson est célèbre, elle est sur la bande originale d’un film dans lequel jo ue Madonna. — Allô ? répondit Patrick en se couvrant l’autre or eille de sa main pour essayer d’entendre malgré le débat de Josh et Mike sur un sujet quelconque. — Pat, est-ce que tu es toujours dans cet appartement ? lui demanda sa mère. On va manquer notre rendez-vous de six heures. — Maman, je veux habiter ici. Josh se tourna vers lui en souriant. — Mais enfin, tu n’as pas vu suffisamment de logements, s’exclama sa mère. Tu es… — Je suis sûr, oui, confirma Patrick. Nous pouvons rentrer plus tôt que prévu. — Attends, mec, dit Josh en empoignant le bras de Patrick. Josh était quelqu’un de tactile, il allait devoir s’y habituer. — Ta mère est ici ? On peut la rencontrer ? Patrick aurait voulu disparaître tant c’était embar rassant. Il sentit ses joues s’empourprer en disant : — Non, enfin je veux dire, oui, elle est là, mais… — Est-ce ton colocataire que j’entends ? demanda sa mère. Bien sûr que je veux le rencontrer. — Euh, ils sont quatre. Et je ne les ai même pas encore tous rencontrés. — Eh bien, tu devrais avant qu’on parte, dit-elle. Nous allons dîner ensemble, ça sera sympa. — Maman, grogna Patrick. Mais Josh lui arracha le téléphone des mains : — Madame Maloney ? Bonjour, je suis Josh. Votre fils est génial. Je suis sûr que vous le saviez déjà, mais je tenais à vous le dire. Il y eut une pause durant laquelle Josh sourit à no uveau. Patrick n’aimait pas ça du tout ; sa mère pouvait dire tellement de choses pour tout gâcher. — Oui, je sais, la vitrine de ce magasin sur Church Street est très osée, poursuivit Josh, mais ne vous inquiétez pas, madame Maloney, nous tiendrons Patrick éloigné des problèmes. Il lui fit un clin d’œil et, à cet instant, Patrick sut qu’il venait de plonger tête baissée dans les ennuis. Comme annoncé au téléphone, sa mère les rejoignit, au plus grand désarroi de Patrick. Pourtant, la rencontre se passa mieux qu’il ne l’avait craint. Josh fut tout à fait charmant – évidemment – et Mike prit même soin d’enfiler un vrai pantalon et de laver la vaisselle qui traînait dans l’évier, afin que l’appartement ne ressemble pas à un sinistre de catastrophe naturelle. Kai arriva vers dix-neuf heures, tout juste sorti de son cours de danse et légèrement en sueur. Il s’immisça dans la conversation avec facilité, comme s’il avait l’habitude que de potentiels colocataires accompagnés de leur mère se pointent chez lui à n’importe quelle heure de la journée. Kai était un bonheur pour les yeux : musclé, élancé, des cheveux bruns et des yeux marron foncé légèrement bridés. Son allure n’était pas une surpr ise pour un danseur – qu’y avait-il chez les danseurs pour qu’ils soient tous si séduisants ? – et il était aussi très sympathique. La mère de Patrick et lui se découvrirent des affinités en parlant d’u n ballet de danse que sa mère était allée voir, détail que Patrick ignorait. Freddy arriva quelques minutes plus tard. Il faisait un saut à l’appartement pour changer de tenue avant de rejoindre son travail, après une séance intensive d’ultimate frisbee au parc Dolores. Il était immense, costaud, avec la peau noire et une allure intimidante, mais quand il lui adressa un sourire puis lui serra la main, Patrick eut un peu moins l’impression d’être le gamin méprisé à deux doigts de se faire botter les fesses par le type le plus imposant de la pièce. Quand la mère de Patrick exprima une certaine appré hension quant à son métier de barman, causant une grande gêne à Patrick, Freddy lui offrit son plus beau sourire et répondit : — Je n’entraînerais jamais un mineur dans la délinquance, madame. Puis il sortit de l’appartement, en laissant derrière lui une forte odeur de parfum. — Vous avez tous l’air d’être de bons garçons, commenta la mère de Patrick au moment où ils mordaient dans une pizza achetée au coin de la rue – même les pizzas étaient meilleures à San
Francisco, franchement ! Je suis juste un peu inqui ète parce que Pat est bien plus jeune que vous tous. Oh punaise, maman, c’est précisément pour ça que je ne voulais pas que tu viennes avec moi, se retint de dire Patrick. — Je n’ai que vingt-et-un ans, précisa Josh. Je suis aussi à l’université, la même d’ailleurs. Et je suis étudiant en théâtre ; tu t’y intéresses aussi, n’est-ce pas, Patrick ? Ce dernier cligna des yeux.Comment diable Josh… Ah oui, c’est vrai, l’e-mail ! Il fut surpris qu’il s’en souvienne et hocha la tête en réponse. — Ce sera comme s’il avait plein de grands frères, dit Josh en décochant un sourire victorieux à la mère de Patrick. Patrick ne voulait vraiment, vraiment pas penser à Josh comme à son grand frère, mais il ne pouvait évidemment pas l’avouer. À la place, il dit : — Je peux très bien prendre soin de moi tout seul, maman, je ne suis plus un enfant. Sa mère le regarda avec affection et, pendant quelques secondes, il se sentit mal de réagir si agressivement alors que sa mère s’assurait seulement que tout aille bien pour lui. — Je sais bien, Pat. Je t’assure, je le sais. Patrick détourna son regard de sa mère et surprit J osh en train de l’observer, une petite trace de sauce tomate sur le coin des lèvres. Il avait une certaine étincelle dans les yeux, comme s’il voulait dire quelque chose à Patrick mais qu’il ne pouvait pas. Ça pourrait être ma vie, tout ça, ici, maintenant. Au diable le lycée. Je peux être quelqu’un de cool, moi aussi, maintenant,pensa Patrick.
Chapitre2 Chez ses parents le dimanche soir, Josh déposa son sac sur l’îlot de la cuisine et cria : — Salut maman ! — Tu n’as pas besoin de hurler, Joshua, rétorqua sa mère depuis le salon. Je suis là. Je regarde 1 Nova . — Quel épisode ? demanda Josh en pénétrant doucement dans le salon. Sa mère se prélassait dans un grand fauteuil en cuir, telle Edith Ann, un verre de vin rouge dans une main et un joint dans l’autre. — Quelque chose à propos des volcans, répondit-elle. — Oh, je me souviens de celui-ci, dit-il en s’asseyant à même le sol, près de ses pieds. Est-ce que je peux…? Elle lui donna le joint. Il tira une bouffée avant de le lui rendre. — C’est bientôt le début du semestre, dit-elle d’une voix légèrement enrouée. L’année dernière… — Je sais, la coupa Josh. — Tu ne veux pas que je te pose de questions, commenta-t-elle. Josh soupira avant de répondre : — Je veux dire… Non, pas vraiment. — Ce n’est pas grave de ne pas avoir de projet, ché ri, dit-elle d’un ton qui signifiait l’exact contraire. — Mon projet c’est le théâtre, répondit-il. Ou la musique. Ou le théâtre musical. Sa mère lui tendit à nouveau le joint. — Tu sais très bien que ce n’est pas un plan, ça. Aussi talentueux que tu sois, ça reste du domaine du rêve. — Je croyais que tu voulais que j’aie des rêves, renchérit Josh. — Évidemment que je veux que tu aies des rêves ! Mais je veux aussi que tu puisses manger à ta faim. Josh expira un nuage de fumée. Parfois, il souhaitait être le parfait fils juif : motivé, un haut niveau de réussite, avec un projet professionnel en vue, heureux de se marier à une femme juive ou à uneshiksa, une non-juive, qui élèverait leurs enfants librement dans un foyer biculturel. Au lieu de cela, Josh était bel et bien homosexuel, déterminé à faire carrière à Broadway et pas prêt à se poser maintenant ni probablement plus tard. Certes, il n’avait que vingt-et-un ans mais Isaiah, à vingt-quatre ans, fréquentait la même fille depuis trois ans déjà. Oh Isaiah, le fiable, le parfait, le monogame Isaiah. Josh adorait son frère mais il aurait aimé ne pas être constamment comparé à lui. Il se sentait toujours à la traîne, et c’était comme si la seule chose que ses parents voulaient pour lui était qu’il s’installe. Exemple : alors qu’Isaiah était parti à New York réserver des concerts pour son groupe de pop indie plutôt connu, cet été-là avait laissé Josh lessivé. Il avait commencé à travailler comme moniteur dans un camp de théâtre à Oakland et y était resté six semaines. Ce camp avait impliqué de nombreuses heures à courir après de jeunes enfants pour leur demander de se mettre en rang afin qu’ils puissent répéter certaines chansons deOlivier !de ou isLes M  et qu’ils puissent faire des exercices de confiance ou d’expression personnelle qui se terminaient inévitablement dans les larmes. Josh n’avait jamais été aussi épuisé de sa vie. À la fin du camp, il s’était retrouvé avec beaucoup de temps libre. Quand Alexis les avait laissé tomber pratiquement sans préavis, il s’était jeté à corps perdu dans la recherche d’un nouveau colocataire essentiellement parce que ça lui donnait quelque chose à faire. Ensuite, il avait reçu cet e-mail de Patrick et su tout de suite que la recherch e s’arrêtait là. Patrick était en réalité la seule personne qui avait répondu à leurs questions ridicu les en ayant d’autant plus pris la peine de réfléchir vraiment au sujet. Même lui n’avait pas une opinion si nette sur Cher. — Nous avons un nouveau colocataire, dit Josh à sa mère. — Oh, c’est une bonne chose, répondit-elle, j’étais inquiète quand… C’était quoi son nom déjà, à cette fille bruyante ? — Alexis.