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Antarès

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Description

Hiver 2012. Une terrible vague de froid s’installe sur l’Europe, puis sur le monde.
Les black-out électriques se multiplient dans les villes, obligeant les citadins à s’installer dans des abris de fortune. Les émeutes éclatent, les magasins sont pillés, et le monde s’installe peu à peu dans l’immobilisme : les entreprises ferment, les véhicules n’ont plus de carburant. Les campagnes sont désertées, et la population tente de survivre comme elle le peut. Internet s’éteint enfin, dernier témoin d’un univers vivant.
Dans ce monde de glace et de silence, Camille et Romain vivent en autarcie presque complète.
Le frère de Camille, Thomas, et sa famille, trouvent refuge chez eux. Pendant ce temps, Aïdan et Connor, leurs cousins, essaient de les rallier en faisant d’étranges rencontres sur leur route…
Leur unique lien est une étoile, Antarès, le cœur rouge de la constellation du Scorpion. Une étoile qui, dit-on, serait déjà morte depuis plusieurs siècles. Ils la suivront pourtant, morte ou pas, jusqu’à gagner leur survie – ou jusqu’à leur perte.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 30 septembre 2014
Nombre de lectures 674
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0026€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait


ANTARÈS

Marie-Pierre BARDOU




© Éditions Hélène Jacob, 2013. CollectionLittérature. Tous droits réservés.
ISBN : 979-10-91325-73-8

Préface

Il existe une étoile étrange, que l’on peut observer chaque nuit de mai à août. Le meilleur
moment est donc en été, plein Sud. Le reste de l’année, il vous faut la guetter au petit matin,
juste avant les premières lueurs de l’aube. Antarès est une étoile double de la Constellation du
Scorpion. Une «supergéante rouge » située à quelques cinq cent vingt années-lumière de la
Terre, et dont le diamètre est d’environ sept cents fois celui de notre Soleil. Les astrologues
s’accordent sur le fait que cette étoile est en fin de vie.
Le jour où elle explosera, se transformant en supernova, elle deviendra alors un astre aussi
lumineux que la pleine Lune pendant quelques semaines… Avant de s’éteindre,
définitivement.
C’est l’une des quatre étoiles royales désignées par les Perses il y a de cela cinq mille ans,
les «Gardiennes du Ciel» :Aldébaran, Antarès, Regulus et Formalhaut. Son nom arabe
signifie « le cœur du scorpion ». En grec ancien, il se traduit par « rivale de Arès », le dieu de
la guerre.
La rivale d’Arès ou de Mars – le dieu du combat, de l’affrontement et de la mort sur les
champs de bataille – est peut-être déjà éteinte sans que les humains ne le sachent. Sa lumière
nous atteint après presque six cents années de voyage… Celle que les Anciens ont considérée
comme la Gardienne de la paix céleste, qui règne sur le Ciel en gage de réconciliation, est
peut-être, ainsi, déjà morte depuis un demi-millénaire à nos yeux aveugles.
Nous percevons encore sa lumière d’un rouge pâle, et sa musique se mêle toujours à celle
de ses sœurs sans que la symphonie du monde n’en soit altérée. Pour nous, elle est toujours là,
à sa place, immuable et unique.
Mais son voyage jusqu’à nous est peut-être déjà terminé, et Arès règne en maître.

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Prologue

À chaque coup de pelle, la terre résistait, inflexible. Ses épaules et ses bras douloureux
encaissaient l’onde de choc qui se répercutait ensuite dans chaque fibre de son corps, comme
autant de secousses telluriques.
Camille se redressa, hors d’haleine. La nuit allait bientôt tomber, et le ciel brumeux
s’assombrissait de minute en minute. Elle observa le coton épais des nuages gris, lourds et
opaques, qui se teintaient peu à peu de bleu marine. Il allait neiger cette nuit. Elle comptait
làdessus.
Le froid commençait à s’infiltrer sous son anorak, sous ses gants, son écharpe, son bonnet
de laine et ses bottes fourrées ; ce froid mortel qu’elle ne ressentait plus depuis presque trois
heures qu’elle creusait, gardé à distance par l’activité physique.
Elle transpirait ; si elle laissait le froid l’envahir maintenant, elle allait mourir.
Camille leva la pioche au-dessus de sa tête et la planta à nouveau, de toutes ses forces,
dans la terre gelée et dure comme de la pierre. De ses mains jusqu’à ses talons, elle ressentit le
choc et elle serra les dents.
Le trou, profond et de forme oblongue, était presque prêt.
La lune se levait derrière les nuages, et la température continuait à chuter. Seuls les échos
de ses coups de pelle dérangeaient le silence austère, pur et sans âme, de cette nuit de glace. À
l’horizon, les plaines enneigées se transformaient en lacs de glace noire, bouches béantes
d’une nuit dont on ne voyait pas les étoiles.

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Chapitre 1

Mardi 20 novembre 2012

Elle tendit la main vers la télécommande et suspendit son geste.
— Il est quelle heure ?
Romain lui répondit sans même lever la tête, plongé dans son journal :
— Vers vingt heures, je suppose.
— Tu as vérifié les lumières, dans la maison ? Tout est éteint ?
Elle le vit hausser les épaules :
— Évidemment.
Elle eut encore une hésitation. Le salon était dans une demi-pénombre ouatée, propice à
une douce mélancolie. La source de lumière principale venait de la cheminée où un feu de
bois lançait ses lueurs rouge et jaune, faisant danser des ombres magiques sur les murs. Une
lampe solaire était posée sur la table près de laquelle Romain lisait, diffusant un halo blanc à
peine suffisant pour la lecture. Elle soupira. Ça devrait aller ; rien d’autre n’était branché au
système électrique de la maison : le congélateur et le frigo étaient mis hors service depuis des
semaines, les aliments se conservaient parfaitement dans la remise derrière la cuisine. Le froid
glacial qui s’était abattu sur toute l’Europe avait au moins cet avantage ! – le seul, d’ailleurs.
Camille reprit en main la télécommande, lovée comme une chatte dans le grand canapé
d’angle. Elle respira profondément, envoya une prière muette au Ciel et appuya sur le bouton
rouge.
L’écran s’anima. Elle retint son souffle, attendit une longue minute, puis inspira enfin:
aucun fusible n’avait sauté. Elle monta le son.
« Depuisce matin, vingt-cinq communes supplémentaires ont été placées en état
d’urgence. Nous vous rappelons les mesures obligatoires qui ont été prises pour votre propre
sécurité :vous ne devez vous déplacer qu’en cas d’extrême nécessité. Vous ne devez plus
utiliser vos appareils électriques, mis à part les indispensables, et ce uniquement en
alternance. Si vous m’écoutez en cet instant, aucun autre appareil électrique ne doit être en
train de fonctionner, sous peine de surcharge. L’utilisation des lave-vaisselle, des lave-linge et
sèche-linge est interdite jusqu’à nouvel ordre. La température de votre logement ne doit pas
excéder dix-huit degrés si votre chauffage est à gaz ou électrique. Une dérogation pour les
parents d’enfants de moins de trois ans est disponible, téléchargeable sur le site gouv.net.

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Passons maintenant aux nouvelles… »
La présentatrice avait débité son discours, le même qu’elle ânonnait depuis maintenant
trois semaines, sans qu’aucun muscle ne semblât bouger sur son visage. Camille, comme
presque tous les habitants de France et d’Europe, pouvait d’ailleurs le répéter de mémoire…
Au beau visage de la fille, succéda une série d’images également familières: des villes
blanches, des champs blancs, des routes blanches… et vides. Le monde était devenu un
immense désert blanc.
Depuis trois semaines, une tempête s’était abattue sur l’Europe, s’étendant maintenant au
reste du monde. Des températures descendant jusqu’à moins quinze degrés Celsius, du jamais
vu pour des pays tempérés! Et les prévisions météo n’étaient pas optimistes, certains
prévoyant même une aggravation de la situation. EDF n’arrivait plus à suivre. Des mesures
draconiennes avaient été prises au bout de trois jours de saturation des lignes, plongeant dans
le froid et l’obscurité des milliers de foyers: l’interdiction d’utiliser certains appareils
électriques, des horaires d’utilisation des lumières très stricts variant d’un département à
l’autre, l’obligation de modérer le chauffage dans les habitations… Et depuis quinze jours, la
police était devenue le chien de garde d’EDF, débarquant chez les particuliers pour vérifier
qu’ils se conformaient bien aux directives. Pour les contrevenants, c’était pire qu’une amende
ou une peine de prison : on leur coupait l’électricité et le gaz pendant une semaine. La mort
assurée, s’insurgeaient les associations de défense des consommateurs. La survie de tout le
monde, répondait le gouvernement. Les malheureux contrevenants étaient donc obligés de se
réfugier ailleurs, famille ou amis… ou dans les camps de fortune mis en place par l’armée
pour recueillir tous les sans-abri.
Mais ces mesures drastiques ne suffisaient pas, et tous les jours des communes perdaient
leur accès au dieu électricité.
Camille regardait ces images de familles entières jetées sur les routes enneigées, ou se
réfugiant dans d’immenses tentes dressées sur les places publiques dans lesquelles l’Armée du
Salut, la Croix-Rouge et les Restos du Cœur officiaient comme ils le pouvaient. Des images
d’Apocalypse, que Camille ingérait chaque soir comme pour se punir.
— Éteins ça.
Elle sursauta. Romain s’était assis à côté d’elle et il lui prit la télécommande pour éteindre
le poste. Il entoura ses épaules, l’attirant contre lui :
— Tu te fais du mal pour rien, tu le sais.
— Ça fiche tellement la trouille…
— Je sais. Viens, il est temps d’aller au lit, non ?

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La lampe solaire restait allumée toute la nuit, accrochée entre eux deux au-dessus du lit
pour leur permettre de lire et servir de veilleuse. La chambre était aussi équipée d’une
cheminée, et Camille lut pendant deux bonnes heures avant d’essayer de s’endormir. Les
volets étaient fermés, le feu crépitait doucement, la respiration régulière et profonde de
Romain la berçait… «Jusqu’ici, tout va bien » se répétait-elle mentalement tous les soirs en
cherchant le sommeil. Dehors, la neige étouffait les sons, déjà si discrets d’habitude en pleine
campagne. Elle s’était accoutumée au silence, elle avait même appris à l’aimer au fil des
mois, puis des années. Mais ce silence avait une vie secrète. Il distillait des existences
feutrées, assourdies, mais bien réelles; une vie nocturne emplie de frôlements, de buissons
dérangés par une course soudaine, de cris d’alarme vite absorbés par l’obscurité. Aujourd’hui,
même cette vie étouffée et confuse semblait s’être dissoute. Le silence n’abritait plus rien
d’autre que lui-même.
Elle avait l’impression de dériver dans un vaisseau fantôme perdu en pleine mer de
brouillard, et de compter les vivres en se disant «Jusqu’ici tout va bien». Elle finit par
s’endormir.

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Chapitre 2

Mercredi 22 novembre 2012

« Ça ne fait que commencer.
Ainsi s’exprimait hier soir un spécialiste de Météo France aux questions des journalistes
sur l’incroyable vague de froid qui a envahi l’Europe ces dernières semaines.
Tout viendrait de la pression atmosphérique: appelées "oscillations arctiques", elles
déterminent les températures continentales suivant leurs degrés d’amplitude. Une explication
très simplifiée, mais les scientifiques interrogés semblent tous unanimes sur le sujet : oui, "ça
ne fait que commencer".
La perturbation venant de l'Atlantique semble ainsi se renforcer. L'alerte "grand froid"
et/ou "neige et pluies verglaçantes" de Météo France concerne ce mercredi trente-cinq
départements, un froid intense persistant s’étendant peu à peu à tout le territoire national. La
neige a de nouveau fait son apparition à Paris dimanche matin dès six heures, et elle devrait
continuer à tomber jusqu'à seize heures, selon Météo France. Les Franciliens sont invités à
ne pas utiliser leur véhicule, "sauf raison impérieuse".
Les transports scolaires seront suspendus lundi dans la grande majorité du pays, en raison
des chutes de neige en cours et attendues, ont annoncé dimanche les conseils généraux des
différents départements. Ces chutes de neige, qui ont débuté en début de matinée, pourraient
dépasser les premières prévisions.
Et les spécialistes de rappeler les épisodes de Grand Froid que la France a connus depuis
1950 : celui de 1956 est resté gravé dans les mémoires, mais également celui de 1985. "Nous
avons déjà dépassé les mesures de ces deux vagues de froid exceptionnelles. Tous les signes
montrent que celle que nous traversons actuellement devrait durer encore plusieurs semaines,
peut-être plus de deux mois."
Les autorités se veulent plus rassurantes, surtout en ce qui concerne la production
d’électricité et les mesures drastiques mises en place pour limiter les risques de saturation
des lignes EDF. Peut-être pour justifier, justement, de les avoir mises en place.
Pour toutes les zones concernées par l'appel à la vigilance de Météo France, il n'y aura
pas de dégel avant plusieurs jours, voire plusieurs semaines, les températures maximales ne
remontant pas au-dessus de -3 à -7 °C en plaine et de -8 à -12 °C sur les hauteurs. Le vent de
nord-est sera encore sensible, de 15 à 30 km/h en général, et plus sur les hauteurs, ce qui

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renforcera fortement la sensation de froid glacial. »
Dépêche AFP

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Chapitre 3

Vendredi 23 novembre 2012

— Baisse-toi !
Connor poussa son frère quelques secondes à peine avant que le projectile ne rase la tête
d’Aïdan. Un peu ahuri, celui-ci se redressa et regarda autour de lui :
— Ça vient d’où, ce truc ?

— Par là, je crois.
Il désigna d’un geste le magasin d’électronique dont les vitrines sombres avaient été
éventrées. Les deux frères changèrent de trottoir pour ne pas passer trop près de la boutique,
jetant des regards inquiets aux silhouettes indistinctes qui semblaient s’agiter à l’intérieur
dans le fracas des bris de verre. Il n’y avait pas d’autres passants et ils pressèrent le pas,
enfonçant les poings dans leurs poches, se dirigeant au plus vite vers les rues plus animées.
Dès qu’ils atteignirent le carrefour, le spectacle qui les attendait les immobilisa sur la
chaussée : des cars entiers de CRS étaient postés à chaque coin de rue, plus de cent policiers
armes à l’épaule, visières baissées, et les Parisiens semblaient atteints d’une frénésie féroce.
Des groupes de passants se formaient et se défaisaient, courant en dérapant sur les plaques de
verglas, s’enfonçant dans l’obscurité. Ils sortaient des boutiques dévalisées, leur butin sous le
bras, sans que les policiers ne fassent un seul geste pour les retenir ou les appréhender.
— Mais qu’est-ce qu’ils foutent ? Pourquoi ils ne les arrêtent pas ?
Connor ne répondit pas. Il observait une femme, vêtue d’une espèce de vieux manteau
crasseux, qui traînait un gamin derrière elle en sortant d’une supérette. Les bras chargés de
denrées, elle courait maladroitement en passant devant un groupe de CRS qui semblaient
sculptés dans la pierre. Au moment où la femme et le gosse allaient disparaître au coin de la
rue, Connor vit deux flics s’animer brusquement et la retenir par le bras, pour les pousser elle
et le gamin vers le car le plus proche. La scène se déroula en quelques secondes et personne
n’eut seulement le temps de s’en rendre compte. Dans le même temps, un petit groupe de
jeunes sortaient en courant d’un magasin de jeux vidéo, du matériel volé plein les bras et les
poches, et ils passèrent devant le même groupe de flics. Ces derniers ne firent pas un geste
pour les arrêter et les jeunes disparurent au coin de la rue, happés par la pénombre.
— Je ne sais pas ce qui se passe, mais ça ne me plaît pas beaucoup. Quelque chose cloche.
Aïdan se tourna vers lui et lui répondit, goguenard :

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— Les Parisiens sont en train de vandaliser les boutiques et de braquer tout ce qu’ils
trouvent ; je ne vois pas où est le problème ?
— Non, ce n’est pas ça. Quelque chose d’autre.
Avant qu’il puisse développer sa pensée, une sorte d’explosion retentit sur leur gauche, et
ils se baissèrent en hâte pour éviter les éclats de verre et la ferraille qui jaillirent brutalement
autour d’eux. En quelques secondes, ce fut l’affolement général. Ils furent repoussés sans
ménagement contre le mur de l’immeuble le plus proche, s’agrippant l’un à l’autre pour ne
pas être emportés par la petite foule de Parisiens terrorisés. La boutique qui venait d’exploser
se mit à brûler, illuminant le quartier de flammes rouges tandis qu’une odeur de plastique
fondu assaillait leurs poumons. Une fumée épaisse, noire, les enveloppa. Les CRS ne
bougèrent pas d’un pouce et des sirènes lointaines recouvrirent les cris affolés.
— Rentrons !
Connor se laissa entraîner par son frère, regardant une dernière fois cette image
incompréhensible des forces de l’ordre totalement immobiles et inertes devant le
déchaînement de violence.
Ils se mirent à courir, essayant d’éviter les plaques de verglas, les passants qui les
bousculaient, échappant aux fumées et à la cohue à mesure qu’ils s’enfonçaient dans les rues
sombres et désertes.

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Chapitre 4

Lundi 26 novembre 2012

11 h 51 – 26/11/2012
« Décès dans la rue d'un malade psychiatrique.
Un homme de 54 ans, pensionnaire d'un établissement psychiatrique du Cher, retrouvé
mort vendredi dans une rue de la ville, est «très vraisemblablement» décédé par
hypothermie après une chute accidentelle, a-t-on appris mardi de source judiciaire. La
victime, qui souffrait de graves problèmes psychiatriques, était partie se promener vendredi
soir, vêtue d'un simple pantalon de toile et d'un blouson.
L'autopsie, pratiquée lundi à Tours, a révélé que la victime avait sans doute chuté vendredi
soir après avoir eu des étourdissements dus au froid mordant, a expliqué madame la substitut
du procureur. La température était tombée à -9 degrés vendredi soir dans la région, selon la
magistrate.
Dans sa chute, l'homme s'est blessé notamment à l'arcade sourcilière, saignant
abondamment. "Il n'a pas pu se relever en raison du froid, il était tout seul, et
malheureusement il a perdu conscience sans doute assez vite. Comme il faisait très froid, son
cœur a lâché", a ajouté madame la substitut. Son corps sans vie a été découvert par les
gendarmes près d'un conteneur à verre, dimanche vers 23 h 30. »
Dépêche AFP

10 h 10 – 26/11/2012
« Un homme meurt dans l'incendie de sa maison provoqué par un poêle à fioul
Un homme de 81 ans est mort dans la nuit de mercredi à jeudi dans la Nièvre dans
l'incendie de sa maison, provoqué par un poêle à fioul, a-t-on appris auprès des pompiers.
Appelés vers 1 h 30 du matin, les pompiers n'ont pu que constater que le rez-de-chaussée
de cette maison individuelle située dans l’Yonne était "totalement détruit". Ils y ont découvert
le corps d'un homme de 81 ans. Son épouse, âgée de 77 ans, avait réussi quant à elle à
s'enfuir après avoir constaté une fuite au niveau du poêle à fioul, qui s'est ensuite embrasé.
Elle est alors sortie de la maison pour prévenir leur fils qui habite à proximité. Une enquête
judiciaire a été ouverte par la gendarmerie pour déterminer les causes de la mort. »
Dépêche AFP

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Chapitre 5

Jeudi 29 novembre 2012

Le vent commençait à peine à se lever et, pour le moment, un calme profond régnait encore
sur la campagne. Camille se glissa à regret hors de la chaleur du lit en frissonnant: le feu
s’était éteint pendant la nuit.
S’enveloppant dans sa robe de chambre en polaire, elle sortit discrètement pour ne pas
réveiller Romain et descendit au rez-de-chaussée ; nettoya aussitôt les cendres du foyer pour
relancer le feu de l’insert qui réchaufferait rapidement la maison. Heureusement, ils avaient
construit un puits canadien qui maintenait naturellement une température acceptable, même
sans chauffage. Quand elle pensait aux sarcasmes de son frère lorsqu’il avait découvert cette
« excentricité »…
Camille pensait encore à Thomas en ouvrant les volets. À nouveau, la neige était tombée
toute la nuit : un manteau épais et opaque recouvrait tout, aussi beau et austère qu’un tableau
de maître. On distinguait à peine la silhouette de l’appentis au fond du jardin et la grande serre
était entièrement recouverte de neige. Les panneaux solaires, au fil de la journée, feraient
fondre la glace accumulée, mais pour le moment elle ne distinguait qu’une grande masse
blanche et étincelante. La vue, qui les avait enchantés et convaincus d’acheter le terrain
s’étendait à perte de regard, vallons noyés d’une blancheur pure sur laquelle venait ricocher le
soleil. Éblouie, elle referma vite la fenêtre en jetant un œil au thermomètre extérieur : moins
seize degrés. De pire en pire.
Où était son frère, que faisait-il ? Elle pensa à sa nièce en sortant le moulin à café et sourit
aux boucles claires, aux yeux rieurs de ses souvenirs. Clara lui manquait, même si elle la
voyait très régulièrement. Mais depuis quinze jours les communications étaient difficiles, les
réseaux mobiles très souvent saturés et les lignes fixes carrément hors-service. Camille avait
peur pour eux trois, Thomas, Jeanne et Clara : avaient-ils encore au moins de l’électricité ? Ils
seraient venus ici si ce n’était pas le cas ! Camille et Romain étaient à peu près les seuls dans
le coin à ne pas dépendre des lignes électriques « officielles »: ils avaient voulu une maison
totalement autonome en énergie et avaient mis le prix pour l’obtenir. Les panneaux solaires
leur fournissaient l’eau chaude, le chauffage était assuré par l’insert, les deux autres
cheminées et le puits canadien ; et une petite éolienne installée à l’extrémité du terrain créait

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du courant électrique: à l’origine, ça ne devait être que de l’appoint, pour réduire la facture
d’EDF, mais depuis quinze jours que leur région avait été sinistrée, c’était cette éolienne qui
leur permettait de faire fonctionner leurs appareils électriques – encore fallait-il être
extrêmement prudent et ne faire marcher qu’un seul appareil à la fois. La télé quelques
minutes par jour et l’ordinateur beaucoup plus longuement, pour la connexion Internet. Plus
de lessives ni d’aspirateur, même plus d’éclairage: ils utilisaient des lampes solaires qui
devaient à l’origine ne servir que pour le jardin, et les rechargeaient tous les jours à la lumière
naturelle. Un « système D » très efficace, d’autant plus que les cultures sous serre de Romain
leur assuraient le minimum vital: fruits et légumes, et des protéines grâce à leurs quelques
poules.
Un mode de vie dont son frère et sa mère se moquaient ouvertement. Indigne d’un chef
d’entreprise ou d’une femme de médecin !
Elle moulut les grains de café, qu’ils produisaient et torréfiaient eux-mêmes, avant de
mettre la poudre odorante dans le filtre et de brancher la cafetière électrique. L’arôme du café
l’enveloppa en douceur tandis qu’elle goûtait ses premières gorgées avec délice. La maison se
réchauffait. Camille retourna au salon après avoir débranché la cafetière, pour allumer
l’ordinateur et se connecter à Internet. Par miracle, son fournisseur d’accès était encore en
mesure de lui fournir sa connexion, mais pour combien de temps encore ? Elle ouvrit sa boîte
mail.

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Chapitre 6

Vendredi 30 novembre 2012

« Alorsque le grand froid qui sévit en France dope la consommation d'énergie, et
notamment d'électricité, suscitant des questions sur les capacités de production et
d'acheminement du courant, le ministre de l’Économie s'est voulu une nouvelle fois rassurant
ce matin. "À l'heure où je vous parle, nous avons encore un peu de marge", a déclaré le
ministre en renvoyant également aux estimations avancées un peu plus tôt dans les colonnes
duJournal du Dimanchepar le PDG de la compagnie.
Au cours de cet entretien, le patron d'EDF a notamment estimé: "Nous allons
vraisemblablement atteindre le niveau historique de consommation d'électricité demain soir."
Tout en détaillant aussitôt les capacités de production disponibles: le groupe peut compter
sur ses 58 réacteurs, auxquels s'ajoutent les barrages électriques et 21 centrales thermiques
au gaz, au fioul et au charbon. "En ce moment, 75 % à 80 % de notre électricité vient de
notre parc nucléaire qui, une nouvelle fois, est au rendez-vous." a relevé le directeur dans le
JDD.
Les risques possibles :
Tout risque de "black-out" est-il donc écarté? Non, car en matière d'approvisionnement
énergétique, le risque zéro n'existe pas. Surtout si la vague de froid persiste.
Pour faire face aux pics de consommation, EDF procédera "principalement en faisant des
délestages aux bons moments et aussi en diminuant l'intensité du courant. On baisse la
puissance, et les particuliers sont ainsi invités à suivre les consignes qui leur ont été
données", a-t-il déclaré.
Enfin, le patron d’EDF a reconnu que cette situation entraînerait un manque à gagner,
qu'il n'a pas chiffré, dans les comptes de son entreprise. Il a aussi indiqué que son groupe ne
procéderait à aucune coupure de courant de particuliers pour non paiement des factures
pendant cette période de grand froid. Il n’a pas souhaité, en revanche, répondre à nos
questions sur les coupures décidées par le gouvernement en cas de non respect des règles en
vigueur depuis ces dernières semaines. »
Dépêche AFP

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