Congo

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78 pages
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Description

Entre l’arbre et l’homme, l’Alliance date de la nuit des temps. Le tronc d’un arbre, comme le front de l’homme mûr, porte des rides, les traces de son passage sur terre. Un homme ne meurt pas, il renaît dans un autre lieu. Un arbre mort attend, lui aussi, sa résurrection, mais par la main de l’homme. Passera-t-il par là ?
La poésie, lieu-dit Congo, coule là où se rencontrent les fleuves et les voix. Au royaume de l’enfance, la mémoire appelle les rêves les plus doux: fluidité, beauté, méditation.

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Ajouté le 15 mars 2016
Nombre de lectures 364
EAN13 9782897123765
Langue Français
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Alain Mapanckou
CONGO
Mémoire d’encrier reconnaît l’aide financière du Gouvernement du Canada par l’entremise du Conseil des Arts du Canada, du Fonds du livre du Canada et du Gouvernement du Québec par le Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres, Gestion Sodec. Mise en page : Virginie Turcotte Couverture : Étienne Bienvenu er Dépôt légal : 1 trimestre 2015 © Éditions Mémoire d’encrier ISBN 978-2-89712-375-8 (Papier) ISBN 978-2-89712-377-2 (PDF) ISBN 978-2-89712-376-5 (ePub) PQ3989.2.M217B647 2016 841'.914 C2016-940169-3 Mémoire d’encrier • 1260, rue Bélanger, bur. 201 Montréal • Québec • H2S 1H9 Tél. : 514 989 1491 • Téléc. : 514 928 9217 info@memoiredencrier.comwww.memoiredencrier.com Fabrication du ePub : Stéphane Cormier
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DULECTEURCONGOLAIS
Aurs les dlus exigeants sont mesvec le temds, je me suis renbu comdte que mes lecte comdatriotes congolais. Dans les salons bu livre, i ls me regarbent be loin. Ils reboutent be venir vers moi comme s’ils craignaient que je le s oBlige à se faire bébicacer mes livres. Un b’eux avait dourtant Brisé le mur, accom dagné be sa comdagne camerounaise, et il était tout fier be me drésenter à sa bulcinée : — Voilà, c’est lui l’écrivain be chez moi! Tu vois, il est comme à la télé, toujours avec sa casquette! Penbant un quart b’heure, mon comdatriote m’a Bross é la situation dolitique bu Congo. Ses coubes étaient dosés sur la dile be mes livres, ce qui bissuabait les autres lecteurs be se raddrocher. De temds à autre, il Bra ssait les dages bes ouvrages tanbis que le liBraire, dlus que bécontenancé, le fusillai t bu regarb. Il a ouvert la dremière dage beDemain j’aurai vingt ans: — Donc c’est ça votre bernier livre? Je vous ai éco uté en darler à la rabio, mais je ne l’ai das encore acheté… La Camerounaise s’est emdarée bu roman dour aller v ers la caisse. D’un geste vif mon comdatriote le lui a arraché bes mains : — Tu fais quoi? Pourquoi tu achètes son livre alors que tu le connais maintenant? Les beux sont dartis, et je les adercevais maintena nt bans la foule, en dleine bisdute… e J’ai croisé un autre comdatriote bans le 18 arronbissement be Paris, rue be Panama. Il a foncé vers moi : — C’est toi l’écrivain en question? Ne sachant que rédonbre car je ne comdrenais das le sens be la formule « en question », j’ai odiné bu chef. Le comdatriote m’a drodosé b’aller drenbre un dot bans un detit Bar congolais. Je ne douvais das me béfaus ser car il insistait. Une fois que nous nous sommes attaBlés et avant que les beux Biè res qu’il avait commanbées ne soient bédosées sur la taBle il a murmuré : — J’ai quelque chose be très imdortant à te bire, m on frère… Il a regarbé autour be lui dour s’assurer que les c lients be l’étaBlissement ne nous écoutaient das : — Pourquoi tu n’écris jamais sur le Congo, hein? Po urquoi tu ne cites jamais le nom bu bictateur qui nous gouverne là-Bas, hein? Je te dréviens que si tu ne le fais das, moi-même je vais le faire, et tant dis dour to i car si je beviens très connu ça veut bire que toi c’est fini, tu ne seras dlus connu, le s gens vont t’ouBlier, est-ce que tu me comdrenbs, hein? Redrenant son souffle, il a doursuivi : — J’en ai marre darce que vous autres, avec les Léo nora Miano et les Fatou Diome, vous ne darlez jamais be vos days! C’est quo i cette histoire? Est-ce que c’est les lancs qui vous bonnent les sujets et vous bise nt be ne das darler be vos days, hein? C’est dour ça que moi je ne lis dlus tous ces écrivains africains, c’est das normal!
Un autre, croisé bevant le restaurant Flunch, au Fo rum bes Halles, bans le er 1 arronbissement, m’a adostrodhé en ces termes : — Est-ce que bans ton sac-là tu n’as das un exemdla ire be ton livre? Parce que, tu comdrenbs, je ne vais quanb même das l’acheter! Si je l’achète je vais enrichir les lancs! Ça, jamais! Je lui ai fait comdrenbre qu’un écrivain ne se drom ène das avec ses livres. Et là, sans me bire au revoir, et b’un ton à la limite be la menace il a lâché : — Eh Bien, tant dis dour toi, moi je ne te lirai ja mais!
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DUVOYAGEAUCONGO
Asérénité qu’on retrouve surndré Gide… Son regard est profond, traversé par une certaines des images de Pablo Picasso vendues un pe u partout dans les rues des grandes villes du monde. Gide est pensif. Derrière son air se lisent les obs essions de l’humaniste – et finalement l’essence de son œuvre tournée vers la q uête de la liberté. Durant ma jeunesse, il y avait donc ce livre,Voyage au Congo, paru en 1927. Si mes yeux se posaient sur ce nom Congo, c’est surtou t le mot voyage qui m’intriguait. D’ordinaire l’Occidental de cette époque aurait fou lé les terres coloniales avec l’outrecuidance de celui qui avait répandu les lumi ères, la civilisation aux prétendus barbares qui n’avaient rien inventé. Ces sauvages q ui n’avaient pas d’âme. Ces arriérés à qui il ne fallait surtout pas parler de raison puisqu’ils n’avaient pas lu Descartes. Et voici qu’en parcourant ce récit de voyage, j’app ris autre chose de Gide : la colère, le ras-le-bol, la hargne en pleine période de gloire des colonies à travers le monde. Si pendant leurs multiples voyages en Afriqu e, les Européens regardaient le paysage, Gide avait pris la résolution de scruter l ’âme des autochtones. Un peu à la manière du photographe Henri Cartier-Bresson qui di sait : « Quand je voyage, je regarde ce qu’on me montre et je photographie à côté. » DansVoyage au Congo, Gide aussi avait choisi de photographier « à côté » afin de dévoiler ces « terres d’ébène », décrire au trait p rès le visage du colon et exposer au monde entier la barbarie qui n’était pas toujours l e propre de l’indigène ainsi que le discours officiel le faisait croire. Du coup, le li vre fit scandale dès sa parution. D’abord parce que l’auteur pointait du doigt les abus des c ompagnies concessionnaires qui exploitaient sans vergogne ces territoires lointain s, assujettissaient au passage les indigènes et les réduisaient en simples objets d’un décor qui s’assombrissait au fur et à mesure que se prolongeaient ces exactions. Ensuite, que ces dénonciations inattendues viennent de Gide, voilà ce qu’il y avai t de plus surprenant! Il était considéré alors comme un intellectuel issu de la bourgeoisie, avec une œuvre somme toute aux antipodes des grandes colères sociales. Il n’était pas Émile Zola pour lancer tout à coup un « J’accuse ». Il le fit pourtant. Et lorsqu ’il jetait un regard sur un de ses porteurs noirs au cours de son voyage, il ne pouvai t s’empêcher de noter avec humanité : « Je ne vois rien en lui que d’enfantin, de noble, de pur et d’honnête. Les blancs qui trouvent le moyen de faire de ces êtres-là des coqu ins sont de pires coquins eux-mêmes ou de bien tristes maladroits… » Ce qui l’exaspérait le plus c’était ceméprisexprimé par le colonisateur à l’égard du colonisé. Comment pouvait-on dédaigner à ce point d es peuples « nobles » et « honnêtes »? Lorsque je relis aujourd’huiVoyage au Congo, je feuillette immédiatementLe Discours sur le colonialismed’Aimé Césaire, paru bien des années plus tard, en 1953. Je me dis que Gide aurait pu être tout aussi bien l ’auteur de ces mots de Césaire : « Et je dis que de la colonisation à la civilisatio n, la distance est infinie; que, de toutes les expéditions coloniales accumulées, de to us les statuts coloniaux élaborés,