Dans l'ombre d'un handicap

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148 pages
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Description

Etre normale, voilà le rêve de Melinda : sortir de l'ombre de son handicap et vivre comme toutes les filles de son âge. Avec la présence de ses amis et surtout de David, Melinda parviendra-t-elle à faire la paix avec son handicap ? Parviendra-t-elle à surmonter ce complexe et affronter la vie avec plus d'optimisme ? Voilà la grande question que pose l'auteure, sur fond d'interpellation des handicapés du monde entier.

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Informations

Publié par
Date de parution 02 septembre 2015
Nombre de lectures 52
EAN13 9782336389967
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0090€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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ÈveK-R ENE

Dans l’ombre d’un handicap

Femmes & Savoirs

27/07/15 11:54






Dans l’ombre
d’un handicap

Femmes et savoirs
Collection dirigée par Alice Delphine TANG

La collection « Femmes et savoirs » intègre tous les ouvrages qui
contiennent des savoirs diffusés par les femmes, des savoirs
diffusés pour les femmes et des savoirs diffusés sur les femmes.
Dans ces rubriques se retrouvent aussi bien les œuvres de fiction
(roman, nouvelle, poésie, théâtre, épopée, conte, etc.) que les essais
littéraires, philosophiques, ethnologiques, anthropologiques,
sociologiques et mythologiques. La collection «Femmes et
savoirs »est un espace scientifique dont le but est de donner une
grande lisibilité des écrits réalisés par les femmes ou portant sur les
femmes.


Déjà parus

H. Clément AWONO AMBASSA,Au palais. Le prix de
l’imposture, 2014.
H. Clément AWONO AMBASSA,La collation. Un hommage à
nos morts, 2014.
Emmanuel EKA MENGUE,La fronde ou la condamnation du
fanatisme, 2013.
Marie-Thérèse AMBASSA BETOKO,Le film de ma jeunesse.
Nouvelles, 2013.
Sophie Françoise BAPAMBE YAP LIBOCK, Les couloirs du
bonheur. Roman, 2012.
Alice Delphine TANG et Marie-Rose ABOMO-MAURIN (éds),
Jacques Fame Ndongo. Esthétique littéraire, 2012.
Charles LE GRAND TCHAGNÉNO TÉNÉ,Demain l’Afrique.
Poèmes, 2012.
Fidoline NGO NONGA,Économie de l’environnement. Outils de
gestion économique de la biodiversité, 2012.
Ben MAGE, Les marguerites. Poésie, 2012.
Serge Cyrile NWAWEL,Reflets. Poésie, 2012.
André Marie AWOUMOU MANGA,Le coupable. Pièce de
théâtre en cinq actes, 2012.
François A. NTSAMA,Partage. Poésie, 2012.

Ève K-RENE



Dans l’ombre

d’un handicap

















































© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-06966-1
EAN : 9782343069661










« Nous nions notre propre beauté parce que les autres ne peuvent
pas, ou ne veulent pas la reconnaître. Au lieu d’accepter ce que nous
sommes, nous voulons imiter ce que nous voyons autour de nous. »
Coelho Paulo.

SOMMAIRE


I. .............................................................................................................. 9
II............................................................................................................ 21

III. ......................................................................................................... 35

IV. ......................................................................................................... 51

V. ........................................................................................................... 67

VI. ......................................................................................................... 85

VII....................................................................................................... 101

VIII. .................................................................................................... 111

IX. ....................................................................................................... 123

X.......................................................................................................... 131
ÉPILOGUE… ................................................................................. 139


I.

Melinda se calma un instant, tout en se nettoyant les yeux du
revers de sa main, c’était en vain. Les larmes coulaient toujours, on
aurait dit qu’elles ne pouvaient plus se contenir dans ses yeux. Cette
fois-ci, elle essaya de se calmer pour pouvoir réfléchir. Il fallait
trouver une explication rationnelle à cette situation. C’était pire qu’un
cauchemar, et elle voulait comprendre ce qui venait de se passer. Tant
de questions se bousculaient dans sa tête, qu’elle crut que celle-ci allait
exploser. Comment tout ceci avait bien pu se produire? Pourquoi
tout cela était-il arrivé? se demanda-t-elle une énième fois, tandis
qu’un flot de larmes inondait de nouveau ses joues. Pourtant malgré
les larmes, on aurait dit qu’à force de se poser la même question, son
cerveau avait la réponse toute prête. Et Melinda ne fut pas du tout
surprise quand cette réponse s’imposa à elle.

Roddy Fono !

S’il fallait un coupable, Melinda n’aurait pas hésité à accuser
Roddy. Il était la cause de tout cet échec, de tous ces malheurs. En
effet, c’était de sa faute si elle avait cru être comme toutes les filles. Il
avait passé son temps à lui dire qu’elle n’était pas différente des autres
malgré son handicap. Aujourd’hui, elle se rendait compte que c’était
faux, tout n’était que mensonge dans les paroles de celui-ci. Depuis sa
naissance, personne ne la voyait autrement que ce qu’elle était: une
infirme qui suscitait de la pitié et rien d’autre.

Melinda essuya de nouveau les yeux, cette fois-ci, d’un geste
rageur. Depuis combien de temps pleurait-elle ainsi ? Elle ne le savait
même pas. Elle ignorait qui elle détestait le plus au monde : Roddy ou
Martial ?Mais, Roddy l’emportait simplement, parce qu’il avait été
son premier amour. Elle l’avait aimé durant des années, et pour finir,
il lui avait brisé le cœur. Tout cela, après quatre ans de promesses
d’amour et de fidélité. La présence d’une autre dans sa vie ne
constituait pas un drame en réalité. Le plus dur dans tout cela était
qu’il avait eu un enfant avec cette fille. Roddy l’avait trompée durant
tout ce temps, il lui avait fait croire qu’elle était la femme de sa vie. Et
elle, comme une idiote, avait cru en lui et lui avait confié son cœur…

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La vérité avait finalement éclaté un 24 décembre. Fermant les
yeux, Melinda revit les images ressurgir avec force dans sa tête, on
aurait dit que tout était encore présent dans son esprit, et d’ailleurs
c’était le cas, incontestablement.

Elle était allée le rejoindre, pour passer avec lui les fêtes de fin
d’année en amoureux. Mais à son arrivée, Melinda avait trouvé une
autre fille chez lui : Diane ! Roddy était venu les rejoindre après son
coup de fil colérique, et là, Melinda avait vu son monde s’effondrer
quand celui qu’elle croyait être l’homme de sa vie lui avait demandé
de rentrer. Au bord de la route où il l’avait accompagnée prendre le
taxi, il lui avait ouvertement dit de ne plus revenir. Roddy avait ajouté
que leur histoire était juste des enfantillages, qu’il avait grandi et avait
déjà une famille.
- Pourquoi? avait-elle demandé en le regardant droit dans les
yeux, elle voulait être sûre qu’elle ne rêvait pas.
Il avait détourné son regard, avant de lui dire ces mots qu’elle
n’oubliera jamais.
- Diane possède tout ce qu’un homme désire chez une femme.
Avec elle, je ne me sens pas coupable. Or quand je suis avec toi, on
me regarde comme quelqu’un qui commet un crime. Tu ne peux pas
comprendre ce que ça fait quand on te regarde ainsi; toi tu es
habituée, mais moi, je n’en pouvais plus. J’étais vraiment attiré par toi,
mais pour être honnête, j’en ai eu marre avec le temps, tu es si
coincée ! Même faire l’amour, tu en es incapable. Tu sais quoi ? Être
avec toi était un calvaire.
- Roddy…
C’est tout ce qu’elle avait pu répondre. Elle savait qu’en ouvrant la
bouche pour dire un mot de plus, elle en mourrait de chagrin. Puis
sans un mot, elle s’était engouffrée dans le taxi jusqu’à la gare
routière. Dans le car, elle était dans un état second, seules les larmes
coulaient dans cette voiture sans lumière. Elle put pleurer ainsi en
silence, non seulement durant tout le trajet qui la ramena à Yaoundé,
mais aussi, pendant les deux années qui suivirent. Melinda dut
enterrer cette douleur au fond d’elle, ne trouvant pas le courage
d’aborder le sujet et de dire que Roddy l’avait laissée parce qu’elle
était infirme. C’était horrible et honteux à avouer. Elle préféra garder

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tout pour elle-même. Ellese disait que jamais plus, elle ne
rencontrerait l’amour.
Mais curieusement, avec le temps, et sa rencontre avec Martial, la
douleur s’estompa, et Melinda finit par l’oublier tellement elle était
fascinée par Martial Angonomane.
Martial…
La première fois que Melinda le vit, c’était à l’aéroport
international de Nsimalen. Elle était allée faire ses adieux à une amie
d’enfance Claire Messina qui allait poursuivre ses études au Congo
Kinshasa. Lui, il était juste à l’entrée et attendait le départ de son vol
pour la Tunisie, rejoindre son club. Il n’était pas mal comme homme,
grand, des yeux rieurs, des épaules larges, et surtout il paraissait très
sympathique. Après les dernières formalités, il vint les rejoindre sur le
siège où elles étaient assises pour se dire au revoir. Martial entama la
conversation avec l’éternel« bonjour ».Claire en profita pour
s’éclipser auprès de sa famille, laissant son amie seule avec Martial.
Melinda se retrouva en train de se confier à lui, on aurait dit qu’elle se
libérait, motivée peut-être par la conscience qu’ils ne se reverront plus
jamais. Martial l’encourageait fortement avec des mots gentils. Et, en
se disant au revoir, Melinda avait trouvé naturel de lui donner son
numéro et son adresse e-mail pour rester en contact avec lui.
Plus tard, il arrivait à Melinda de penser à Martial, mais avec le
temps et l’intervention de la raison, Melinda finit par oublier toute
cette histoire.
Pourtant, quelques mois plus tard, elle eut la surprise de sa vie!
Martial l’appela pour lui annoncer qu’il était de retour, et qu’il voulait
la voir. Le rendez-vous fut fixé quelques jours plus tard, et le plus
surprenant fut qu’il formula le souhait de rencontrer la famille de
Melinda, afin de se présenter officiellement comme son petit ami.
Toute la famille tomba sous le charme de celui-ci, la mère de Melinda
notamment !Martial était si charmant qu’il ne pouvait en être
autrement. Il avait des paroles mielleuses, tel un serpent! Ce qui
attirait beaucoup plus Melinda vers lui, c’était sa façon de l’écouter
avec attention. Martial donnait l’impression, de toujours être là pour
elle. Il disait qu’elle devait s’appuyer sur lui, c’était son rôle de la
protéger… Et résultat, il la trompait hélas avec sa meilleure amie!

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- Mon Dieu, pourquoi suis-je si stupide ! Pourquoi faut-il toujours
que cela tombe sur moi? s’écria-t-elle remplie de désespoir…
Pourquoi moi ?

Melinda ouvrit les yeux, mais se rendit compte que sa chambre
était plongée dans l’obscurité, la nuit était tombée sans qu’elle ne le
remarque. Ce n’était pourtant pas là sa principale préoccupation ; tout
ce qu’elle voulait maintenant, c’était oublier ce qu’elle venait de vivre.
Elle voulait se débarrasser de ce cauchemar, il fallait à tout prix que ce
soit autre chose, et non cette horrible vérité. Mais, toutes les images
de ce qui s’était passé quelques heures plus tôt, défilaient dans sa tête.
Cette souffrance en elle était si intense qu’elle ferma brusquement les
yeux, mais les événements de la journée refirent surface malgré elle.

Nina Andje était son amie. Les deux jeunes filles se connaissaient
depuis la classe de terminale, au collège catholique de Mbalmayo où
elles étaient camarades. À l’université, elles étaient devenues plus
proches. Nina pouvait se montrer si charmante, Melinda ne doutait
pas de son amitié. Elles se disaient tout et faisaient tout ensemble.
Elle connaissait la peur de Nina. Celle-ci avait peur de ne pouvoir
trouver l’homme idéal, à l’exemple de Melinda, qui vivait une relation
merveilleuse avec Martial. Elle disait à Melinda que les hommes
étaient ingrats, qu’ils s’en allaient toujours au profit d’une autre,
quand ils n’avaient plus d’intérêt chez la précédente. Nina lui
demandait de ne pas s’impliquer totalement dans cette relation,
Martial un jour, s’en irait quand il deviendrait célèbre. Mais Melinda
en doutait un peu, vu l’amour que Martial lui témoignait.

En rentrant des cours cet après-midi, Melinda ne s’attendait pas à
ce que sa vie soit bouleversée pour toujours, quand elle fit une escale
chez son amie afin récupérer les clés de sa chambre, qu’elle lui laissait
habituellement en allant au cours. N’ayant pas le même emploi du
temps, les jeunes filles trouvaient ce procédé sécurisant. Arrivée,
Melinda trouva naturel de pousser la porte entrouverte, d’habitude,
son amie se faisait plus discrète quand elle recevait un homme chez
elle, mais cette fois-là, la porte était entrouverte, sûrement qu’elle
faisait une sieste, se disait-elle.

Or, Melinda vit, en franchissant le seuil de la porte, deux corps
totalement nus, entrelacés, sur le lit, qui sursautèrent en ressentant sa
présence. Elle reconnut immédiatement Martial et Nina. En quelques
secondes, son regard capta tous les petits détails de la pièce. Elle

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remarqua le téléviseur allumé qui diffusait du makossa, le ronflement
silencieux du mini-frigo placé à l’entrée de la porte, la chaleur causée
par l’ampoule allumée en pleine journée. Elle reconnut tout aussi la
chemise blanche de Martial, ses tennis sous le lit, son pantalon à
même le sol. Près du lit se trouvait une chaise sur laquelle étaient
posés les restes de nourriture, deux verres de jus. Un silence de mort
plana dans la minuscule chambre de Nina.

C’était inimaginable !

Jamais elle n’aurait cru cela possible. Nina Andje son amie, celle à
qui elle disait tout, à qui elle se confiait. Cette fille, qu’elle avait
toujours considérée comme sa sœur, et c’était celle-là même que
Melinda retrouvait allongée sur le même lit que Martial! Pour la
première fois, elle voyait le vrai visage froid et calculateur de Nina. Au
lieu de se rétracter, celle-ci rabattit plutôt le drap sur leurs corps nus.
Il n’y avait plus de traces d’une quelconque amitié ni de culpabilité
quand elle posa son regard sur Melinda. Puis d’une voix que son amie
ne lui connaissait pas, Nina lui dit :
- Ne me regarde pas ainsi Mel, je t’ai toujours dit qu’il n’est pas
fait pour toi. Tous les deux, vous évoluez dans deux mondes très
différents. Il a besoin d’une fille qui le pousse à réaliser ses rêves, à
devenir quelqu’un célèbre. Tu sais bien ce qu’on dit: «Derrière un
grand homme se cache une grande femme». Tu n’es pas cette
femme-là ;il a besoin de celle-là qu’il pourra présenter sans aucune
honte. Je ne vois vraiment pas pourquoi tu fais cette tête, il t’a déjà
fait une faveur en sortant avec toi, tu pourras te consoler plus tard en
disant que tu as eu un homme comme Martial dans ta vie. N’en
demande tout de même pas plus! Si tu trouves tout cela injuste, il
faut en vouloir à Dieu, c’est lui qui a voulu que tu souffres, en te
rendant infirme.
Nina avait regardé ses béquilles, avec une moue moqueuse et avait
continué :
- Je dois avouer que Dieu est parfois injuste ; il te donne un beau
visage, de l’intelligence, mais omet de te donner les jambes qui vont
avec, un corps parfait comme moi. Tu serais une très belle femme, si
tu n’avais pas été infirme. Mais, sois réaliste, aucun mec normal ne
voudrait d’une infirme comme femme, c’est inconcevable qu’un
homme décide de se sacrifier à ce point. Pauvre Mel, si c’était une

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