193 pages
Français

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Des amours sans-papiers

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Description

L'amour est en crise de déviance. Sentiment en pleine révolution aujourd'hui, serait-il aveuglé par les pulsiosn sexuelles ? A-t-il jamais été la chasse gardée d'une génération qui, seule, en aurait eu le savoir-faire ? Mais si les vieux pouvaient et si les jeunes savaient, les images que véhicule le sexe seraient-elles aussi délirantes, qui disent tout et son contraire ?

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Informations

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Date de parution 01 février 2010
Nombre de lectures 267
EAN13 9782296696532
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0104€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

A

BayéroFadil etlaFamilleFadil,

EtPetit-Pays Rabba Rabbi,

Avec mes amitiés les plus affables.

Préface

Les sentiments sont, depuis longtemps, la chose la mieux convoitée. Mais
combien, de nos jours, sont ceux qui les vivent paisiblement, sincèrement et
durablement ? Sujet de mille controverses, d’interdits et de tabous, l’amour est en crise
de déviances.
La jeunesse, agitée et sans maîtrise, subit la pression, le contrôle acerbe et le
diktat des aînés ou des parents, qui pourtant ne sont pas, eux-mêmes pour la plupart,
de bons exemples en matière d’amour. L’amour serait-il la chasse gardée des aînés ou
parents ?Et comment éduquer, conduire et responsabiliser la jeunesse à la chose
sentimentale ? Des femmes ambitieuses iront jusqu’à utiliser le sexe et leurs charmes
pour séduire et rechercher l’égalité humaine, tordre le cou aux grandeurs et titres
superflus. L’amour est aveugle, dit-on, et les pulsions sexuelles méconnaissent parfois
les titres et les castes sociales. Le sexe règlerait-il ou favoriserait-il l’égalité sociale et
humaine ?
Surgissent donc des questions et réflexions sur le sexe, la sexualité et la fonction
du sexe. Un sexe et une sexualité en perte de valeurs au travers le commerce du sexe,
la pédophilie, la sodomie, le lesbianisme, le vagabondage sexuel, l’adultère… Un sexe
devenu dangereux pour l’espèce humaine, divisant les couples et familles, causant des
maladies graves, déterminant l’existence. Le sexe qui nous mène à la vie devrait-il
nous mener à la mort ou nous exposer aux tourments amers et aux maladies graves ?
Alors, qu’est le sexe? A quoi sert-il? Comment et quand l’utiliser et le gérer
positivement ?Les relations amoureuses deviennent de plus en plus des relations
érotiques et d’intérêts matérialistes. L’amour ne respectant plus les âges, l’argent et la
pauvreté tenant le gouvernail. Même des couples les plus vieux et matures perdent
parfois le fil de l’expérience maritale et sentimentale et subissent la fragilité et la
corruption de l’amour intéressé. La vie amoureuse semble alors, ou est devenue,
complexe, insaisissable et aléatoire. Les coups bas y sont nombreux ; les trahisons la
hantent ! Il faut parfois se méfier de nos plus grands amis et nos proches, qui peuvent,

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soit par zèle, soit par jalousie, soit par convoitise, soit par amour du mal, nous ravir
notre conjoint ou conjointe, notre bien-aimé ou bien-aimée. Les sentiments les plus
vieux ou les plus profonds se voient parfois séduire ou corrompre par d’intérêts
multiples, obscurs et matérialistes. On semble ne plus aimer par amour; on semble
viser des intérêts avant d’aimer ! Et l’argent a su se hisser, à grands pas, au centre de
toutes les affaires mondiales et des relations humaines. Nombreux sont ceux qui
préfèreraient, au lieu du prochain, aimer l’argent à tous les coups et à tous les prix,
car il ouvrirait toutes les portes et permettrait de tout obtenir.
Autant d’amours… mais pour lesquels on hésiterait certainement à leur
accorder droit de cité. Des amours que l’autorité sociale, l’éthique et la bonne
conscience du progrès social et du développement humain hésiteraient à leur délivrer
des papiers. Des amours que Dieu et même nombre de ses adeptes préféreraient qu’ils
soient sans-papiers, j’allais dire bannis de la terre humaine! Pourtant, les êtres
humains ont soif d’amour. Pourtant, l’homme et la femme voudraient vivre
véritablement l’amour. Pourtant, l’homme voudrait être vraiment aimé par la femme.
Pourtant, la femme voudrait être vraiment aimée par l’homme. Pourtant, le monde a
besoin d’amour sincère et non déguisé pour vivre la paix, la stabilité, la tranquillité et
la prospérité. Et tous, pourtant, diront à toute allure ou sont prêts à le dire
spontanément face à toute demande ou pour convaincre, «je t’aime», «j’ai de
l’amour pour toi », « mon cœur bat fort pour toi », « je ne respire que pour toi », « je
n’aime que toi », « je veux passer le restant de ma vie à tes côtés »… Que de jolies
paroles ! Mais pourquoi, généralement, l’amour ou l’affection qui y naît ne tient pas le
coup des turbulences, s’essouffle, crée des larmes ou devient une vie de division, de
désunion et les pauvres amoureux deviennent leurs pires ennemis ?
Alors s’impose le défi urgent et cardinal duone man, one woman and one
true love,d’une sexualité positive et éthique ! A chacun donc de bien soigner et de
bien tenir son amour et son sexe !
Léopold TCHOUMI

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KOLA1

L’énième amour de cache-cache
(One man, one woman, one true love !)

Ce soir-là, il m’avait encore, dans une douceur mélodieuse,
et à la fois dans une virtuosité et une lascivité inoubliables
pleines de gémissements, fouaillé la crête de l’entrecuisse!Ce
soir-là, derrière cette sempiternelle et accoutumée case témoin,
sous ce kolatier étrangement vieux de plus de douze décennies,
mais qui en avait encore à voir et à apprendre beaucoup de
nous, il avait enchâssé mon intimité et visité ses chambres et
antichambres.Et nous nous sommes servis, à la table de sa
verge et dans le lit de mon vagin –sur un drap de rêves
enchanteurs, frêles et passionnels– une douce et agréable
coupe de plaisirs chaleureux, sensuels et mielleux.
Ce soir-là, sous cette hospitalière ombre opaque, percée par
le clair de lune de ce quatorze février, qui cachait notre amour
de forfaiture pour nos parents, mais de joie, de fierté et de
liberté pour nous, nous avions oublié nos sacs d’élèves et leur
contenu de fournitures. Nous avions oublié la vindicte familiale
pour nous réfugier dans la cabosse amoureuse et sentimentale
que nous cueillions sous ce kolatier complice et muet. Nous
avions poncé nos courbatures quotidiennes et nous avions
désherbé nos petites mésententes mulâtresses, pour jouer notre
air de vie à nous sur les feuilles sèches, nous servant de cabane,
que nous offrait notre fraternel ami kolatier, sous les regards

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envieux et parfois étonnés et jaloux des oiseaux dans leur
ramage, et autres bestioles noctambules, ayant élu domicile dans
les ramées de notre ami, notre auberge de l’amour, notre île
sèche de désirs et de plaisirs.
Ah !Ce soir-là, nous nous étions encore tendrement
embrassés. Nous nous étions émotionnellement caressés et
nous avions fait, sans vergogne et sans réserve de galanteries
ridicules, l’amour.Ah, c’était le soir de désirs, de plaisirs et
d’émotions de plus de nanans! On eût dit qu’il m’échancrait
intimement pour me remplir d’amour inédit !
Mais, ce que nous n’avions pas prévu, ou ce que nous ne
voulions pas prévoir, ou encore ce que nous ne souhaitions pas
avoir, c’était le trouble soudain que devait connaître l’épilogue
de notre partie de joie, qui était un théâtre de forfaiture
mélancolique pour nos deux familles.Car, c’est juste au
moment –et pour la première fois –où nous poussions
ensemble, dans une pétulance émotionnelle, nos gémissements
de délivrance et d’atteinte du faîte du plaisir au mont de Venus
gravi par les tentacules deCupidon – quand le miel succulent de
vie dégoulinant de son orifice pour se baigner dans le naphte
phagocyte et hospitalier de mon dedans intime – que l’arbitre de
fait, le hideux intrus, dans un regard hagard de stupéfaction, de
consternation et de colère rageuse, siffla, je ne sais pour quel
acte d’anti-jeu par nous commis, la faute et sortit son carton
rouge, pour ainsi mettre un terme prématuré à notre match de
plaisirs, de réjouissance et d’amour, qui aurait dû, pourtant,
connaître les prolongations.
Nous avions tout de même pris notre agréable repas
d’amour, quoique sans dessert! Seulement, ces assaillants
allaient nous le faire vomir, à l’envers, scandaleusement, dans

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une humiliation, une brimade et un procès houleux et tapageur.
Pourtant, s’il fallait rejouer cet acte d’amour, avec ses scènes
émotionnelles et passionnelles, nous nous claquemurerions et
nous le referions, sans ambages, en l’honneur de notre amour et
de nos rêves. Et c’est à coups de cris horribles et de triques,
fusant de toutes parts, tels les missiles du 20 mars 2003
foudroyant atrocement l’Irak, telle une violente tornade défiant
Catherina, que nous sortîmes de notre autarcie amoureuse pour
nous plonger dans les réalités aigries et amères des autres, du
regard qu’ils portaient surnous, sur nos relations, sur notre
amour. Nous nous étions relevés en sursaut, étourdis, effrayés et
scandalisés.Et commepar un instinct de destinée commune,
nous bondîmes vers une même direction d’espoir, afin
d’échapper à cette foudre humaine, conspirant brutalement
contre nos relations naturelles et amoureuses.
Nos habituels spectateurs noctambules s’embusquèrent
dans les branchages de notre ami kolatier. Une scène
inaccoutumée et fracassante venait de se produire à ce cinéma
auquel ils commençaient déjà par bien s’y plaire, depuis
quelques temps, et à y assister massivement. Il n’y eut plus de
babillements ;il n’y eut plus de grincements de dents des
bestioles jalouses ; il n’y eut plus d’excitations émotionnelles qui
animaient nos spectateurs et les faisaient saliver. Tous portaient
une mine mortuaire et ne comprenaient pas pourquoi on avait,
soudain, syncopé leur spectacle, coupaillé leur passe-temps
crépusculaire. Ils voulurent bien demander pourquoi, mais que
pouvaient-ils face à ces assaillants? Ils restèrent impuissants et
consternés, tels les pauvres citoyens de ce monde, qui veulent
bien hausser la voix face aux scènes choquantes, face aux idées
irritantes, face à leurs souffrances ou leur marginalisation, mais

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n’ont pas le courage de le faire, ni les moyens de le faire ou les
possibilités et la force de le faire. Alors, le cœur ulcéré et irrité,
ils maugréent et se taisent malgré eux et souffrent davantage.
C’est ce que firent ces oiseaux et ces bestioles noctambules dans
leur recroquevillement.
La situation était critique. On eût dit un déclenchement
soudain de la guerre! Les étoiles vêtirent une nuisette de
protection et de méfiance. La lune fit un parapet à sa
parasélène.Et la nuit s’assombrit davantage.Elles se
demandaient, sans voix et déconfites: N’est-ce pas la fête de
Saint-Valentin aujourd’hui?Et elles reluquaient, de temps en
temps, en jetant des coups d’œil pour voir ce qui se tramait sur
la Terre qu’elles s’évertuaient à éclairer gratuitement et dans une
dévotion divinement légendaire et éternelle.Et à chaque fois
qu’elles le firent, une clarté subite dissimulait l’opacité de la nuit
dans leur nuisette, et on paraissait être dans le jour de la nuit.
Nos vêtements étaient restés, abandonnés, malgré nous, dans
l’arène de nos actes d’amour, nos chaussures et des préservatifs
aussi.De même y étaient restés, les biscuits et les pots de yaourt
que nous n’avions pas finis.Car, nousnous apportions
mutuellement, et de coutume synallagmatiqueintime à nous
deux, des petits cadeaux à toutes nos rencontres sous notre
fraternel, hospitalier, muet, tolérant et protecteur kolatier, notre
asile d’amour.
Ce soir-là, c’est lui qui avait apporté deux pots de yaourt
bien frais avec ces quelques vers qui produisirent des sensations
de joie inexplicables en moi :
En cette Saint-Valentin que je voudrais si joyeux,
A cœur joie je dis heureux,
A celle dont le cœur en chaleur
A épris mon cœur en douceur

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En l’honneur
De notre bonheur,
Sous les cieux comme dans les cieux…
Moi, j’avais apporté un paquet de biscuits à crème rose au
parfum de fraise et des mandarines. Mais c’est bibi qui était
l’amphitryon d’amour, car c’est moi qui offrais ce dîner
d’amour ! Nous avions dégusté une partie durant nos causettes
riches en blagues, en sourires et en caresses. Et j’étais tantôt
assise sur ses pieds, tantôt entre ses jambes, tantôt en face et
contre lui, tantôt c’est lui qui prenait mon rôle; et nous le
jouions si bien, sans remords ni regrets et nous étions contents.
Quelquefois, nous pleurions, c’est vrai; mais des pleurs
d’amour, des pleurs pour nos petites forfaitures, nos petits
dérapages, nos petits malentendus ou nos petites jalousies. Et
ce furent tous des pleurs d’amour, des larmes de plus d’amour,
pour plus de compréhension et plus de chaleur mutuelle. Mais
après, nous nous embrassions chaleureusement et nous
résolvions à toujours continuer dans la même direction, à
toujours vivre notre amour, à toujours pagayer ensemble, et
avec le même entrain, la barque de nos relations intimes et
sentimentales. Et la devise intime était :Ad vitam aeternam, aequo
animo.
Alors que nous courrions, tous les deux nus, comme Adam
et Eve se cachant à la venue de Dieu, vers un asile salvateur qui
nous éloignerait, momentanément, de la colère exacerbée et de
la violence de nos agresseurs, nous fûmes stoppés nets, à
quelques dizaines de mètres du kolatier. Nos assaillants nous
avaient tendu une sérieuse embuscade ! Nous nous arrêtions et
tentions d’aller à gauche, mais fûmes bloqués,puis à droite et
sans succès ! Nous étions encerclés par des gens, tous armés de

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fouets spéciaux et de cordes. Tout ça, toutes ces scènes, tout ce
scandale et tout ce monde, à cause de notre amour ! Nous nous
arrêtions perdus, râpés et pris au piège de ces imposteurs de nos
relations amoureuses et vénériennes. Nous n’avions plus
d’autres issues, nos carottes d’amour étaient cuites, et ils allaient
nous les faire gober à chaud et même de travers. A peine, nous
étions-nous arrêtés, que de grosses mains rancies et des coups
de fouets s’abattirent sur nous. Toute nue sans un bikini ni
monokini, je m’agrippai sur lui aussi nu sans slip. Nous nous
serrions fortement, les yeux fermés, le corps calciné par de
violentes brûlures et nous nous écroulâmes, toujours serrés l’un
contre l’autre. Nos agresseurs, tels des spadassins, n’arrêtèrent
pas leurs dissertations violentes tant de bouche que de mains et
de fouets. Nous pleurions, nous crions, mais nous ne nous
lâchions pas !
Et là, un étrange tonnerre gronda et fit tomber deux grosses
cabosses de noix de kola. Des gens se précipitèrent pour les
ramasser et une dispute insolite éclata. Ils étaient environ une
douzaine pour deux cabosses. La scène se termina non sans
dégâts :des habits déchirés, des sandales coupées, des
égratignures, des bracelets et des sous égarés…Certains,
comme par voyance au regard de ce qu’ils venaient d’endurer
naïvement et maladroitement comme dégâts, se retirèrent tout
en murmurant qu’ils ne veulent plus porter la malchance au loin
et rentrèrent chez eux. Mais les autres, plus qu’irrités, tout en
criaillant que c’est à cause de nous qu’ils ont endossé ces dégâts,
revinrent décharger leur amertume sur nous. Nos bourreaux,
dans leurs actions violentes, nous rappelaient les interdictions
répétées qu’ils nous ont faites sur nos rencontres idiotes, sur
nos relations irritantes, sur nos actes de bêtises qui suscitaient

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leur fureur la plus aiguë.
9Aujourd’hui, c’est votre jour de paie; jour d’arrêt de vos
amourettes ! De gré ou de force, nous allons y mettre un terme !
déclaraient-ils surexcités.
Et nous n’avions pas de viatique, même philanthropique,
pour nous sortir de ce tremplin époustouflant! Les paroles
fusaient de partout, dans des tons acharnés, vexés et
assourdissants parfois. Des rires moqueurs, des interjections et
expressions d’humiliations et d’avilissements étaient nombreux.
Et tout cela était fait pour accompagner les flagellations, pour
plus lacérer nos cœurs ulcérés, pour plus accabler nos mémoires
et notre sort triturés et assujettis, pour plus huer et fustiger nos
relations troublées et menacées.
9Il n’y a rien de plus regrettable lorsque des hommes
s’insurgent contre vous, contre votre perception des faits et de
la vie et contre vos actions, qui, pourtant, semblent être
normales pour le commun des mortelset qui, pourtant, ne
retirent rien ni en matériels ni en souffle à leur vie! avait fini
par constater, pour le regretter, mon bienveillant amour. Et je
me souviens aussi qu’il finit par questionner à la fois nos
assaillants et ce sort malheureux :
9Pourquoi trifouiller anarchiquement et scandaleusement
dans notre amour? Ô, sort de mauvais sort! Et si on leur
demandait le pourquoi de ce bellicisme ingrat contre notre
amour pénard et serein ?Car, ils agissent comme s’ils n’avaient
jamais été amoureux. Ou, peut-être, nous enseignent-ils le sens
de l’amour, comment prendre le train des relations
amoureuses ! Mais de quelle façon à la fin ?Et sous quel régime
de schlague tout fait de pestilence, de miasme, de remugle,
d’empyreume, de relent… ?

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Quatre bras robustes, tout en braillant, dans une énergie et
une impulsivité titanesques, nous séparèrent de notre accolade
de solidarité jusque dans le pire extrême.C’est non sans
difficultés que ces malabars parvinrent à le faire. Nous nous
agitions et nous nous agrippions de toutes nos forces.Et l’un
de ces olibrius, plus irrité, fit la cinglante observation suivante,
comme pour envoyer valdinguer notre amour :
9Regarde-moi sa fesse nue ! Il ne me reste plus qu’à couper ce
zizi qui te rend fou et ne nous laisse plus souffler en paix ! Quel
âge avez-vous pour toucher au fruit défendu ?
Il était un peu rare qu’il se déshabillât totalement lorsque
nous jouions nos actes vénériens. Il passait généralement son
doux et suave kalachnikov viril par sa braguette pour me
pulvériser de plaisirs sublimes et émotionnels. Mais ce soir-là,
nous étions tous deux nus, aussi nus que les nouveau-nés nus et
naturels ;et nous nous plaisions bien! Toujours nus, toujours
flagellés, toujours critiqués vivement, toujours confondus,
toujours hués, toujours trimballés, ces assaillants devaient
s’offrir l’injurieux plaisir et l’ignoble distraction de nous pavaner
dans une partie du quartier, en nous traitant de tous les noms
de pourritures de poubelles et de fosses sceptiques. Ils avaient
tout mis en œuvre pour anathématiser nos relations intimes.Et
mon amour se demandait :
9E? Qu’est-ce que ça peut noust qu’est-ce que ça peut faire
enlever de notre être naturel d’amoureux?Au contraire, ils
nous donnent un défi à relever, celui de pouvoir casser le mythe
de leur violence et de leurs ressentiments en nous aimant
davantage, en n’abandonnant pas nos feux profonds pour
lesquels nous brûlons d’envie; en continuant nos relations
même au prix de leurs tortures et de leurs rebuffades les plus

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scandaleuses.
Pour le moment, nous étions-là, nous pleurions, nous
subissions leurs menaces de tous ordres, mais nous tenions bien
tête.Car, nous gardions toujours nos consciences en nous, en
nos passions et nos rêves.Et leurs scènes obscènes, au
détriment de leur côté scandaleux et injurieux, confortaient
plutôt aux yeux du monde les feux d’amour qui nous animaient,
pour lesquels nous croupissions ce soir tels des esclaves et pour
lesquels ils en faisaient toute une épopée à leur manière.Ainsi
donc, construisaient-ils, une légende autour de notre amour
sans s’en rendre compte. Ils peignaient à notre place la
popularité de ce que, jusqu’ici, nous faisions et vivions en
secret.Bref, ils disaient tout haut, et sans façon, ce que nous
disions tout bas, ce que nous ressentions tout bas, ce que nous
cultivions tout bas entre-nous deux.Et tout en pleurant sous
leur cure délirant et de carcans, nous pouvions leur dire merci
de nous libérer enfin de notre cachette d’amoureux primaires,
de nous sortir de notre torpeur intime, de nous émanciper à la
fin.Au fur et à mesure qu’ils nous traînaient dans tous les coins
et recoins du quartier, en s’arrêtant à chaque carrefour ou à tout
point sensible, pour dévoiler au grand public venu nombreux,
nos forfaitures amoureuses, en nous rabaissant et nous
humiliant de mots les plus crus, ils donnaient du spectacle à
voir et à s’en souvenir.Et nous étions les malheureux acteurs et
héros passifs de ce film mélodramatique aux couleurs
particulières et aux attraits de ghetto.Il ne manquait plus qu’à
nous cintrer à un pilori mobile pour nous pavaner dans tout le
monde entier.Et dans nos cahiers intimes, nous pourrions
dessiner en traits plus foncés ces pages romanesques chaudes,
dont la chaleur particulière coud toute une histoire de cœur,

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