Dia Linn - II - Le Livre d'Eileen (partie 2 : As baile)

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Décembre 1847. Eileen et Wyatt, les derniers survivants du clan des O’Callaghan, fuient l’Irlande et le comté du Kerry : la Grande Famine a dévasté leur famille et mis l’île d’Émeraude à genoux.
Ils émigrent donc, à l’image des milliers des paysans irlandais – les cottiers – pour qui le choix était simple : fuir ou mourir de faim. Disant adieu aux splendeurs des lacs de Killarney, à leur frère déporté en Australie et à leurs morts, Eileen et son petit frère embarquent pour New York où ils espèrent, comme tant d’autres, trouver un avenir.
Mais ce n’est pas dans le Nord des États-Unis qu’ils le trouveront : dérouté, le clipper les emmènera plus loin que prévu, dans un monde bien étrange et dont ils ne connaissent rien : La Louisiane, le Sud.
C’est donc parmi les Créoles, les Cajuns, les Indiens, les planteurs et les pilotes de steamers, sur les showboats et dans les bayous, sur le Mississippi enfin, qu’Eileen devra achever sa mission : mettre son frère en sécurité.
Un monde interlope, bigarré, en pleine mutation et au bord de la rupture, où Eileen aura bien du mal à choisir sa place. L’univers policé des grandes familles de planteurs l’étouffe, celui des joueurs de poker, sur les steamboats, l’attire ; mais elle a de nouvelles obligations, de nouveaux liens aussi : puissants et indéfectibles, ils l’amèneront à faire des choix dangereux. Et, tandis que Wyatt trouve sa place et son bonheur à la barre d’un de ces navires mythiques qui sillonnent l’un des plus grands fleuves du monde, Eileen part à la poursuite d’un fantôme…
As baile, « loin de chez soi », est le second tome de Dia Linn, l’histoire d’une lignée familiale à travers les siècles et les continents.
Les O’Callaghan ont troqué les brumes de l’Irlande pour la fausse langueur du Mississippi et Eileen, tranquillement, marche vers son destin : celui qui va sceller le sort de ses descendants.

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Date de parution 30 septembre 2014
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Langue Français

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DIA LINN
2 : LE LIVRE D’EILEEN I As baile
Marie-Pierre BARDOU
© Éditions Hélène Jacob, 2013. CollectionLittérature. Tous droits réservés. ISBN : 978-2-37011-062-6
Résumé du tome précédent
Si vous n’avez encore lu la première partie duLivre d’Eileen (Terra Mahur), il est urgent de vous le procurer, afin de lire la saga dans l’ordre prévu par l’auteur… Irlande, 1846. Dans le comté du Kerry, près des grands lacs de Killarney, l’existence est rude, mais aussi grandiose pour les cottiers, paysans et trafiquants d’eau-de-vie. La vie communautaire, le travail de la terre et les révoltes politiques rythment la vie quotidienne. Mais, pour la seconde année consécutive, le clan O’Callaghan doit subir les conséquences du mildiou, qui détruit leurs récoltes de pommes de terre et les réduit à la famine. Eileen a quinze ans. La Grande Famine lui a déjà enlevé sa mère, Barbra, et les trois puînés de la fratrie. Du clan prospère des O’Callaghan, il ne reste que Padaig, le père, qui se destinait à la prêtrise avant de rencontrer la douce Barbra. Aïdan, le fils aîné, fougueux et révolté contre les exactions des Anglais, s’engage aux côtés du parti des Jeunes Irlandais avec Liam, son frère de lait. Il est également lié à la douce Roisin, sa fiancée qui porte son enfant. Liam O’Brien, adopté par les O’Callaghan et qui a ensuite repris son nom de baptême, est un garçon solitaire et animé par un seul objectif : rendre à l’Irlande sa souveraineté. Eileen, amoureuse de lui comme on peut l’être à quinze ans de son héros, veille sur ses deux cadets encore en vie : Wyatt et la jeune Nan. Elle survit grâce à son emploi de petite bonne, sous l’égide autoritaire mais bienveillante de Deirdre Roohan, la gouvernante. Eileen est aussi celle qui a reçu le « don » que se transmettent certaines femmes de la famille – dont sa grand-mère maternelle, Brigid : rêves prémonitoires, intuition surdéveloppée, capacités à lire dans le cœur des hommes… C’est pour cela, pour le don qu’elle a souvent du mal à canaliser, que sa famille confie son éducation à Sean, le buckaugh. Cet homme étrange, ermite dépositaire des secrets anciens des druides, lui apprend depuis son enfance l’utilisation des plantes, l’histoire de l’Irlande et les secrets des étoiles. Sean est autant craint que respecté dans le comté, et des rumeurs courent sur ses accointances secrètes avec l’oppresseur anglais. Un autre homme ambigu et dangereux suit les pas de la petite Irlandaise : Finbar, le gomaleau, sorte d’homme à tout faire atteint de « crises » étranges, et heureux propriétaire
d’Alainn, la grande chienne irish wolfhound. Finbar fera cadeau à Eileen de l’un de ses précieux rejetons. Au fil des mois, dans l’attente de la prochaine récolte qui les sauvera ou sonnera leur glas, le clan O’Callaghan se réduit comme une peau de chagrin : Aïdan est arrêté et condamné à la déportation en Australie. Liam s’enfuit à Dublin pour rejoindre les Jeunes Irlandais qui préparent l’insurrection. Eileen le presse de les accompagner en Amérique, mais il se dérobe après une nuit de désespoir. Padaig meurt d’épuisement pour avoir tenté de gagner sa pitance dans les chantiers d’État. Mais peut-être est-il mort empoisonné par Brigid… Car un mystérieux litige l’opposait à sa belle-mère, persuadée qu’il était à l’origine de la mort de sa fille. Padaig avait en effet été accusé d’être responsable de la mort de son frère jumeau, Connor, dans leur jeunesse : un crime dont il s’était toujours défendu, mais dont l’imputaient ses propres parents. Brigid, la mère de Barbra et également femme de tête aux pouvoirs de sorcière, révélera ainsi à Eileen qu’à la mort du père de Connor et Padaig, leur mère ayant pris le voile, il légua leur fortune à leur dernier fils. Padaig n’a jamais parlé aux siens de son héritage, et il a enterré le magot qui aurait pu sauver sa famille, les condamnant inexorablement : ils ne découvrent l’argent qu’après la mort de leur père, mais Roisin, enceinte, s’enfuit avec leur fortune. Pour obtenir ses aveux, Eileen doit réduire sa grand-mère à sa merci : de leur confrontation, Brigid sortira vaincue et avouera ses liens avec Sean, le buckaugh, qu’Eileen croyait son ami. Il œuvrait en fait à leur perte, prêt à récupérer leurs terres. La petite Nan et Brigid finissent par céder aux fièvres et à la famine, elles aussi. Et c’est de Finbar, dont Eileen se méfiait à tort, que viendra le soutien tant attendu. Il va aider Eileen et son jeune frère Wyatt, les seuls survivants du clan O’Callaghan, à quitter les terres d’Irlande. Ils embarquent donc à bord duMorning Drewla nouvelle vie qui les attend, à New pour York… ou ailleurs.
Préface
Gone are the days when my heart was young and gay Gone are the toils of the cotton fields away Gone to the fields of a better land I know I hear those gentle voices calling, "Old Black Joe" Ils sont partis, les jours Où mon cœur était jeune et gai Fini le labeur dans les champs de coton Venues d’un monde meilleur, je pense, J’entends ces voix douces qui m’appellent, « Old Black Joe » I'm coming, I'm coming For my head is bending low I hear those gentle voices calling, "Old Black Joe" Je viens, je viens, Ma tête penchée vers ces douces voix qui m’appellent « Old Black Joe » I'm coming home (I'm coming home) I'm coming home (I'm coming home) Oh-oh my head is bending low I hear those gentle voices calling, "Old Black Joe" Je viens, je reviens à la maison Maintenant, je retourne chez moi, Ma tête penchée vers ces douces voix qui m’appellent « Old Black Joe »
Why do I weep when my heart should feel no pain? Why do I sigh that my friends come not again? Grieving for forms now departed long ago I hear their gentle voice calling, "Old Black Joe" Pourquoi dois-je pleurer quand mon cœur ne ressent aucune douleur ? Pourquoi dois-je soupirer que mes amis ne reviennent pas ? Les deuils que j’ai faits, je les ai quittés il y a longtemps J’entends leurs douces voix qui m’appellent, « Old Black Joe » Where are the hearts once so happy and free? The children so dear that I held upon my knee? Gone to the shore where my soul has long'd to go I hear their gentle voice calling, "Old Black Joe"
Où sont les cœurs à la fois si heureux et si libres ? Les enfants tellement chers, que je tenais sur mes genoux ? Ils ont été emportés vers le rivage où mon âme a hâte d’aller J’entends leurs douces voix qui m’appellent, « Old Black Joe » I'm coming, I'm coming For my head is bending low II Old Black Joe.
Personnages
Prologue
La lame traça un arc de cercle parfait avant de se planter dans le cœur de l’homme. Le geste fut si rapide, presque imperceptible, que personne autour d’eux ne s’en rendit compte. Mais qui, de toute manière, aurait pu s’en préoccuper ? Tandis que l’homme glissait au sol, s’agrippant au mur dans un dernier spasme, Diarmaid jeta un œil aux alentours. Les gens qui passaient, non loin d’eux, avaient rabattu les cols de leur manteau râpé sur leur visage pour se protéger des rafales de vent glacé de l’hiver. Ils ne regardaient pas plus loin que leurs pieds, une règle de base pour qui voulait survivre dans les no man’s land. Rassuré, le garçon essuya la lame souillée sur son pantalon, cachant son arme en la glissant adroitement près de son poignet, dans la sangle de cuir prévue à cet effet. Une autre règle de base : avoir toujours son arme à portée de main. Putain, ce qu’il faisait froid. Il devait se dégotter d’autres fringues, sa veste déjà trop légère partait en tristes lambeaux. Après un dernier coup d’œil autour de lui, Diarmaid se pencha sur sa victime, fouillant ses poches avec des gestes méthodiques. Quelques dollars, un briquet, une clef électronique : il empocha le tout, mais fut surtout ravi de découvrir une vraie carte d’identité, avec code intégré et tout et tout. Ça se revendait cher au marché noir. Il hésita quelques secondes, puis entreprit de dépouiller sa victime de son lourd manteau noir. Puant, la doublure déchirée, portant des traces qu’il suspectait être du vomi ou du sperme – ou les deux –, le vêtement était néanmoins épais et chaud. Lorsqu’il l’enfila sur ses propres fringues, Diarmaid resta totalement insensible à l’allure ridicule qu’il lui donnait : beaucoup trop grand pour lui, le manteau traînait par terre et ses mains arrivaient à peine au milieu des manches. Il avait l’air d’un épouvantail, comme ces pauvres tarés qu’on exhibait parfois près de Madison Garden et qu’on faisait baver et grogner pour l’édification des passants. Mais son allure, il s’en tapait complètement. S’en foutait. Un bruit lointain, reconnaissable entre tous, couvrit peu à peu le vacarme confus des rues, des roues sur le bitume, des voix qui s’interpellaient : Diarmaid tendit l’oreille pour guetter ce qu’il redoutait, et qui manifestement approchait rapidement au-dessus du quartier. Il n’eut pas besoin de lever les yeux pour savoir que l’hélico arrivait. Pourvu de ses caméras hypersensibles, l’appareil était capable de scruter chaque coin de rue, d’identifier chaque passant en quelques secondes. Et les hommes dans l’hélico étaient des bons. Ils n’avaient pas que des Tasers et des seringues hypodermiques à leur disposition.
8
Trébuchant dans son manteau, Diarmaid se glissa aussitôt dans la première ruelle qu’il croisa. Il courait maintenant, l’encombrant vêtement remonté à pleines mains, ses bottes éculées glissant sur les pierres mouillées. Il s’engouffra enfin dans l’immeuble, juste avant que l’hélico soit au-dessus de sa tête et signe son arrêt de mort. Il s’arrêta quelques secondes sous le porche, cherchant son souffle. Les murs lépreux dégageaient une odeur âcre et entêtante, faite de relents de vies oubliées et minables, de meurtres ignorés, de viols systématiques ; de cette violence presque viscérale, spontanée, qui était son monde à lui depuis sa naissance. Diarmaid monta enfin les marches jonchées de détritus jusqu’à leur appartement du second. Il poussa la porte après le signal convenu – un coup, silence, trois coups rapprochés – et déboula dans la pièce principale. Il n’y avait plus de vitres depuis longtemps. Des cartons cloués aux linteaux en faisaient office, occultant la lumière – mais quelle lumière, putain ? Un vieux canapé complètement avachi, énorme, monstrueux, prenait presque toute la place. Près d’une des fenêtres condamnées, une table bancale, deux chaises en plastique. Et un homme. Il était assis sur l’une d’elles et il leva la tête à son entrée. Et se mit à rire, la tête en arrière, un gros rire bien gras et gouleyant, un rire qui donna envie à Diarmaid de rentrer sous terre. C’était foutrement injuste, de se ficher de lui comme ça. Certes, le manteau était trop grand. Mais après tout, il n’avait que onze ans.
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Chapitre 1
Un haut-le-cœur lui fit monter un goût acide aux lèvres lorsqu’elle se redressa dans ses couvertures. Luttant contre la nausée, Eileen attendit de longues minutes, assise immobile sur son lit, jusqu’à ce que l’envie de vomir lui passe. Le mal de mer se rappelait à son bon souvenir. C’était devenu une sorte de rituel. Chaque matin, lorsqu’elle s’éveillait, elle devait affronter des nausées violentes, chaque jour plus vigoureuses. Parfois, elles passaient toutes seules ; parfois, elle devait leur céder. Dans la semi-obscurité de sa minuscule cabine, Eileen sut qu’elle venait d’éviter le pire ce matin-là. Le jour se levait à peine derrière la vitre maculée de sel de son hublot. Elle frissonna en s’extirpant des couvertures, ouvrant rapidement la porte pour récupérer le broc d’eau tiède que le personnel mettait à disposition des passagers de première classe chaque matin – même pour les domestiques. En se lavant méticuleusement, elle s’émerveilla encore une fois, comme chaque jour depuis le départ du navire, du confort dont elle disposait. Certes, sa cabine était lilliputienne, à peine plus grande qu’un placard, et elle n’avait pas de brasero pour la réchauffer. Mais malgré tout, c’était un luxe inespéré pour les deux petits cottiers d’Irlande que d’avoir leur propre espace, un véritable lit – ou plutôt une couchette – des couvertures à foison et trois repas copieux par jour ! Eileen sourit en boutonnant soigneusement sa robe grise de petite souris, s’attaquant à la masse rebelle de ses boucles rousses. Elle n’avait, étrangement, eu aucun mal à s’habituer à se faire servir à table, à bénéficier des attentions des serveurs. Même s’ils ne leur accordaient pas, à elle et à son frère, la même déférence qu’aux Dixley. Wyatt avait plus de difficultés, même s’il faisait son possible pour le cacher. Eileen le voyait peu en dehors des repas. Il avait pris son rôle de « page » très au sérieux, aidant le baronnet à s’habiller, allant lui quérir tout ce que le Lord lui demandait – ses journaux, sa pipe, son tabac, ses cartes à jouer… – mais, la plupart du temps, il disparaissait dans les entrailles du navire et s’acoquinait avec les marins. Sa sœur le laissait faire. Tant que le Lord s’accommodait de ses absences, elle n’y trouvait rien à redire : elle était certaine que les nouvelles connaissances de Wyatt leur serviraient, à un moment ou à un autre.
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