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Dia Linn - VIII - Le Livre de Cyan (Sinn Féin)

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284 pages
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Description

Année 3050.
Cyan et Connor sont les derniers descendants des O’Callaghan, la famille fondatrice d’Eochair, une organisation mondiale qui dirige dorénavant la destinée des peuples, depuis que la Terre a risqué l’implosion, en 2020.
Cyan, belle et talentueuse, suit le chemin qu’on ouvre pour elle en devenant joueuse professionnelle de poker. Connor, son jumeau, est un être fragile et instable, habité par des visions et des flashes exploités par l’Autorité… un outil précieux pour le gouvernement, mais un éternel mineur.
C’est donc à Cyan que revient le devoir de perpétuer la lignée des O’Callaghan. Pour cela, elle doit renoncer à protéger son frère, et également sacrifier son amour de toujours, Lex, que l’on destine à une autre.
Le monde qu’Eochair tient dans ses mains est presque parfait : sans guerres, sans violence, chacun ayant droit aux mêmes chances quels que soient sa race, son sexe, son lieu de naissance ou ses origines sociales... Pour ce monde-là, Cyan abandonnera-t-elle ce qui lui tient le plus à cœur ? Et saura-t-elle faire face au mystérieux Fírinne, un paria, fils d’esclave lui-même condamné à l’esclavage, rongé par la haine et par l’envie, qui agit dans l’ombre ?
Cyan choisira-t-elle la voie du devoir et suivra-t-elle le chemin qu’on a tracé pour elle ? Ou bien s’en affranchira-t-elle, en préférant l’amour de Lex et la liberté ?
Au bout de ce chemin, quels que soient leurs choix, les derniers descendants d’Eileen devront faire des sacrifices…

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Ajouté le 05 décembre 2016
EAN13 9782370115041
Langue Français
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DIA LINN
8 : LE LIVRE DE CYAN
Sinn Féin
Marie-Pierre BARDOU
© Éditions Hélène Jacob, 2016. CollectionLittérature. Tous droits réservés. ISBN : 978-2-37011-505-8
À LN, la « mémoire vive » de Dia Linn, qui ma évité de faire revenir un personnage âgé de 140 ans, den faire accoucher un autre après 18 mois de gestation, et autres « détails » plus ou moins gênantsPour les 400 heures de son existence quelle a dédiées à ma sagaet pour être ce quelle est : amie avant dêtre éditrice, mais, pour tout ce qui concerne lécriture, éditrice avant tout et sans concessions. Merci, merci et merci !
Résumé des tomes précédents
e De 1847 à l’aube duXXIsiècle, les O’Callaghan et les O’Brien se sont affrontés autour d’une source de richesse fabuleuse : une mine d’or, intarissable, enfouie dans les montagnes du Colorado. Eileen, Wyatt et Aïdan étaient les trois derniers survivants de leur famille, après la Grande Famine ayant dévasté les terres d’Irlande en 1847. Avec Liam O’Brien, leur frère adoptif, tous s’exilent: aux États-Unis, pour Eileen, Wyatt et Liam ; en Australie, pour Aïdan. Eileen remporte au poker la fameuse mine d’or et Liam, le père de ses jumeaux, la tue pour la lui voler.À cause dece meurtre, quatre générations vont s’affronter sur fond de conquête de l’Ouest, de guerre de Sécession, de prohibition et de luttes sanglantes de l’Irlandequi tente de recouvrer son indépendance. Les héritiersd’Eileen, de Wyatt, d’Aïdan et de Liam mettent fin à la díoltas celte dans leLivre de Cathan, en 1970: les O’Callaghan ont gagné, ils ont retrouvé leur fortune etont exterminéles O’Brien.
Du moins, le croient-ils.
Nous sommes maintenant en 3050. Le monde a radicalement changé. C’est dans un univers en apparence parfait qu’évoluent les deux derniers O’Callaghan : les faux jumeaux Cyan et Connor, lointainsdescendants d’Eileen.Les vieilles histoires sont rangées et presque effacées. Ne subsistent que les Testaments, d’antiques documents poussiéreux numérisés et scannés pour être érigés en témoignage spirituel. Or, ces Testaments seront finalement de précieux atouts pour Cyan et Connor, lorsque ressurgira le fantôme de leur ennemi oublié. La díoltas n’est pas encore achevée.
Prologue
Année 2020 «Dix ans. Vous disposez d’une décennie pour changer le monde et le rendre exactement tel que vous souhaiteriez qu’il soit.Pendant ce temps, nous, membres d’Eochair, nous nous engageons à maintenir le statu quo précaire qui permet à une minorité de vivre confortablement et à soulager autant que possible les populations en souffrance. Au terme de cette décennie, si aucun consensus mondial n’a été trouvé, nous nous résignerons: ce qu’il reste des sommes colossales mises en jeu pour maintenir l’équilibre du monde sera distribué dans son intégralité, à ceux que nous estimons le plus dans le besoin. Ne tardez pas : chaque année qui passe diminuera inexorablement le patrimoine que nous pouvons mettre au service de tous. Pendant des siècles, nous avons amassé, réuni ces fortunes privées ; nous avons réfléchi, analysé, débattu ; nous nous sommes opposés et nous avons fini par prendre cette décision, que vous connaissez tous aujourd’hui.Nous attendions le bon moment. Ce moment est arrivé.
Plus personne, misérable ou nanti, ne peut plus ignorer que la Terre est au bord del’implosion.Ne croyez pas ce que l’on vous raconte: le problème ne vient pas du nombre d’humains qui peuplent cette planète. Le problème vient de la redistribution des ressources. Tous les empires se sont effondrés à un moment de leur histoire, des sociétés extrêmement évoluées, riches, puissantes. Et, chaque fois, la raison de cette chute est la même : le gouffre qui sépare ceux qui vivent dans le confort et ceux qui meurent, faute de pouvoir subvenir à leurs besoins les plus élémentaires. L’eau, la nourriture, les soins. La Terre peut nourrir et abriter deux fois le nombredes humains qui la peuplent aujourd’hui.SiSi l’humanité est capable d’opérer un virage àcent quatre-vingts degrés pour cesser de la polluer, pour changer en profondeur ses modes de production alimentaire et la gestion de ses ressources énergétiques. Si l’humanité estcapable d’arrêter les guerresqui sont les véritables causes des souffrances des peuples.
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Si l’humanité est capable d’accepter enfin le principe que tous survivront, ou que tous périront. Aujourd’hui est LE moment.Vous, Occidentaux pour la plupart, vous regardez avec terreur les hordes de barbares qui, entassées dans leurs rafiots, sont à vos portes et cherchent à vous envahir. Vous tremblez de perdre votre sécurité, vos acquis, vos valeurs. Vous, hordes de barbares, n’êtes que des hommes, des femmes fuyant la guerre et les massacres, qui cherchez à donner un avenir à vos enfants. Les raz-de-marée, les ouragans, les canicules, les inondations, les tremblements de terreLa Terre semble, cette fois, décidée à se débarrasser de ses hôtes devenus bien trop envahissants. Et si l’on ne fait rien, croyez-nous: Elle n’aura aucun mal à éradiquer ceux qui seront encore vivantsC’est-à-dire, très peu. Il vous reste dix années pour prendre votre décision : que voulez-vous faire de votre monde ? Le laisser exploser ou lui donner une nouvelle chance ? Pendant les dix années qui vont suivre, vous avez un sursis. Nous ne pourrons empêcher ni les tsunamis ni les canicules, mais nous sauverons tous ceux qui ont besoin de l’être. Et en contrepartie, vous allez réfléchir. Débattre. Chercher des solutions, proposer des moyens, puiser dans l’enseignement de l’Histoire ou inventer, créer, imaginer ! Les universités du monde entier sont ouvertes à tous et, là où il n’y en a pas, nous les créerons. Il y aura des spécialistes, des juristes, des économistes, des scientifiques, des philosophes, des écologistes, des femmes et des hommes qui possèdent un savoir dont vous aurez besoin pour poser ces fondations. Venez, tous. Et ce message s’adresse en priorité aux jeunes, aux adolescents, aux adultes en devenir, aux enfants aussi: le monde que vous allez inventer, c’est le vôtre! Faites entendre votre voix, tous, c’est le moment! Ne nous décevez pas. Ne nous faites pas regretter de tenir le monde à bout de bras pendant dix ans pour hériter, en fin de compte, de murs infranchissables et de déclarations de haine. Nous mettons tout entre vos mains. N’oubliez pas les deux socles sur lesquels vous devez vous appuyer : La Terre doit être nettoyée. Nous serons tous sauvés, ou nous mourrons tous. Il n’y a pas d’autres solutions. »
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LE FLOP: L’ÂGE DE RAISON
Chapitre 1
Dublin, mai 3045 Ne bouge surtout pas! Cyan, tu m’entends? Ne bouge pas, je suis là ! Tétanisée, la petite fille garda sa main crispée sur son micro de poignet. Elle ne comprenait pas bien ce qui lui arrivait. Un mouvement de foule l’avait écartée de ses camarades qui, comme elle, patientaient au pied de l’estrade, et elle s’était retrouvée acculée contre l’un des piliers de bois de la tribune. Il y avait eu des hurlements,des coups de coude et d’épaule, des corps qui l’avaient repoussée ici Elle était seule,à présent, un peu groggy, et un homme bizarre s’approchait d’elle. Il lui semblait immense, il était vêtu d’une sorte de parka noire, dont la capuche rabattue lui cachait le visage, et il avançait vers elle. Cyan se recroquevilla un peu plus contre le pilier, son doigt appuyant frénétiquement contre le bouton d’alerte de son micro. Mais Elena ne lui parlait plus. Où étaient passés tous les autres ? La fillette aperçut un éclat métallique dans la main de l’homme qui n’était maintenant qu’à quelques pas d’elle. Elle retint son souffle et ferma lesyeux.
* * *
Cyan observait la minuscule chose rouge qui s’apprêtait à prendre son envol, en équilibre précaire sur une poussed’érable. L’insecte semblait sur le point de glisser le long de la feuille qui fléchissait doucement, ses veinures d’un vert tendre presque translucide sous la lumièrevive du printemps. Frémissantes, les ailes se déployèrent soudain et la coccinelle disparut dans un éclat de feu. Un léger coup de coude ramena la petite fille à la réalité. Hé ! Regarde, Isabel arrive ! Cyan tourna la tête vers son mentor, mince et majestueuse, que lui désignait Hope. Isabel approchait avec trois autres Brehons, tous portant la longue capegrise d’officiants. Ils étaient vingt-cinq enfants à attendre, un peu à l’écart: quatorze garçons et onze filles de 7 ans, vêtus de leur uniforme protocolaire aux revers empesés. Vingt-cinq gamins aux visages graves et solennels, un peu anxieux aussi: la cérémonie de l’âge de raison était la première étape officielle de leur vie de citoyens et ils ne l’oublieraient jamais.
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Ils étaient le sixième groupe à passer, d’autres patientantencore avec leur famille et leurs proches. Autour de l’estrade, une foule joyeuse se bousculait un peu,dans une cacophonie de rires, de voix, de chuchotements. On s’interpellait, on plaisantait, l’heure était à la réjouissance : les fêtes de Beltaine, qui célébraient le retour de la période claire, venaient de s’achever. Elles avaient donné lieu aux bals, aux festins, aux animations de rues habituelles et les habitants de Dublin étaient encore gavés d’alcool,de musique et de danses. Il y avait là des flâneurs, des étrangers qui approchaient poursatisfaire leur curiosité et profiter des libations que ne manquaient pas d’offrir les familles et les Brehons après la cérémonie. Les banquets, dressés sur des tréteaux à l’ombre des platanes, étaient chargés de mets et de bouteilles de vin, de limonade et autres délices que l’on se partageraitet que l’on proposerait aux passants. Cyan se força à sourire, à garder les épaules bien droites. L’incident semblait oublié. L’homme qui avait blessé un Brehon et cherché à atteindre la descendante d’Eochair avait été arrêté et emmené par les militaires; Elena était intervenue juste à temps, avant que l’agresseur sorte son arme. On l’avait prévenue que ce genre de chose pouvait arriver. Simplement, elle n’y avait encore jamais été confrontée directement. Cyan avait vaguement conscience qu’il n’y avait pas autant de badauds que de coutume. Aux portes du Centre, un cordon serré de militaires filtrait les entrées. Ils scannaient les cartes d’identité, attentifs aux moindres mouvements de foule: l’apparition des O’Callaghan avait tendance àfaire s’abattre une sorte de fièvre sur la population. La petite fille en avait l’habitude.
Depuis sa naissance, elle bénéficiait de la présence constante et heureusement discrète d’un garde du corps. Ce dernier était là, aux aguets, une femme mince et de taille modeste aux cheveux courts et bruns, qui en cet instant ne lâchait pas sa protégée du regard. Debout, immobile, au pied de l’estrade, Elena avait sa main droite posée sur le taser accroché à sa ceinture, ses yeux balayant attentivement la foule de la cour. Cyan l’aimait bien, même si Elena ne parlait pas beaucoup.Des bouches gourmandes se tendaient vers les immenses plats dans lesquels attendaient les salades de légumes et de céréales, les gâteaux, les meringues, les fruits, les pâtés d’insectes et lesfriandises à base de miel et d’épices. De grands bouquets de fleurs agrémentaient le centre de chaque table, jetant des touches de couleurs vives sur la blancheur des nappes en lin. Les cérémonies de l’âge de raison faisaient partie des célébrations préférées descitoyens : on observait les gaminsavec un peu de condescendance et d’envie, chacun se souvenant de ces jours anciens où l’enfancelenveloppait encore de sa carapace protectrice. Et puis il faisait beau, Dublin frémissait d’aise sous la caresse d’un soleil doré comme du miel,
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d’une lumière neuve et pleine de promesses.L’immensestructure prenait des reflets roses etdoux. C’était l’un des édificesles plus récents de la ville, une véritable performance technologique qui alliait à la perfection les techniques de pointe et l’écologie. Des fondations jusqu’au toit, le bâtiment était construit en béton de terre, associé à un composite indestructible et minéral.L’édifice était totalement autonome.Aucune déperdition d’énergie ni de thermie. Les grandes baies vitrées exploitaient la lumière solaire et la restituaient en chaleur ou en fraîcheur. L’eau était recyclée en permanence, comme l’air que l’on
y respirait: les murs végétaux absorbaient les émanations d’ozone et les transformaient en oxygène, jour et nuit. L’ordinateur, qui contrôlait tout ce processus et calculait les températures, les niveaux d’azote et la qualité de l’eau, tenait dans un écran minuscule qui trônait sur le bureau de Richard Abercombrie, le président du Conseil. Dublin était très fière de son Centre. L’établissementétait, en ce jour, ouvert à tous, et la cérémonie se déroulait dans la cour principale, entre les immenses platanes et les chênes centenaires. Devant l’estrade, vers laquelle s’avançaient les Brehons en procession solennelle, des places assises sur les gradins étaient réservées aux parents, à la famille proche et aux amis. Cyan faisait semblant d’ignorer le regard sévère de Rebecca qui, aux côtés de son père, ne la lâchait pas des yeux, comme pour lui rappeler à quel point ce moment était important pour les O’Callaghan. Pas question de faire le pitre. Sa mère ne le lui pardonnerait pas. Magnifique dans sa robe aux longues manches bouffantes, Rebecca offrait aux passants la sublime vision d’une femme que le temps n’osaitpas atteindre : à presque 30 ans, elle en paraissait 20. Elle était mince et souple,dotée d’unepeau mordorée qui trahissait ses origines africaines et de hautes pommettes reçues en héritage de ses ancêtres slaves. Puissant, un peu bedonnant, Mortimer n’avait pas besoin de cette perfection pour tenir son rang aux côtés de son épouse: il en imposait et séduisait sans effort tous ceux qui l’approchaient. Entre ses parents, Connor semblait avalé par leur ombre ; le frère de Cyan était encore perdu dans les méandres de ses pensées, les yeux obstinément posés sur le bout de ses chaussures. Elle croisa le regard malicieux et bienveillant de son père et lui sourit. Lui ne lui reprocherait rien, elle le savait. Il y avait aussi Baba, son grand-père. Les O’Callaghan «de sang » se limitaient à ces quatre membres, elle incluse, le reste n’étant que des alliances. Plusieurs oncles et tantes, des cousins et cousines. Et, bien sûr, les Pelletier : Trisha, ses trois maris et leurs sept enfants sagement assis à leurs côtés. Parmi eux, le frère de lait de Cyan, Lex, bien droit sur le banc, lui tira la langue et elle résista de toutes ses forces à l’envie de lui rendre la pareille. Sa famille defosterageétait venue de France pour assister à son accession. Isabel et les trois autres Brehons montaient maintenant les marches de l’estrade, s’apprêtant à
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