Le manuscrit maudit - Tome 1 : La quête

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Monte Cassino, Foggia, Bénévent... tout en greffant son histoire étrange, l'auteure nous transporte dans les batailles historiques qui eurent lieu en Italie... mais que l'on se garde bien de raconter. Mêlant les temps et les espaces en y faisant subrepticement participer une autre dimension, Ryna Monaca tente de redonner ses lettres de noblesse à une civilisation brillante, celle portée par l'Islam, que l'Occident, sans vergogne, a tenté de faire disparaître bien qu'ayant hérité de ses bienfaits, sans le reconnaître. Le Manuscrit maudit, qui n'est que le début d'une saga, tisse une toile captivante autour du lecteur, en haleine, le plongeant dans les mystères des quêtes historiques.

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Date de parution 24 janvier 2017
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EAN13 9791022501699
Langue Français

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Ryna Monaca
LE MANUSCRIT MAUDIT
1. LA QUÊTEDistribution :
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© Dar Albouraq
Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction par quelque procédé
que ce soit, sont réservés pour tous les pays à l’Éditeur.
1437-2016
ISBN 979-10-2250-169-9 — EAN 9791022501699Ryna Monaca
LE MANUSCRIT
MAUDIT
LIVRE PREMIER
LA QUÊTEescendante d’un sultan turc, Ryna Monaca est une authentique princesseDqui n’en reste pas moins cosmopolite par son ascendance faite de Turcs, de
Mongols, de Slaves et de Latins. Noble par le sang, elle l’est aussi par le cœur. Sa
douceur, sa bonté, sa générosité font d’elle un personnage authentique,
particulièrement attirant. Plus encore sa modestie qui la rend assez énigmatique et
terriblement mystérieuse.
Ryna Monaca, auteure de nombreux travaux scientifiques, a écrit également un
recueil de poèmes, des nouvelles, des essais et des romans dont le plus marquant
est Le Manuscrit maudit.NOTE DE L’AUTEURE
Le soleil d’Allah brille sur l’Occident de Sigrid Hunke reste une référence non
seulement par la somme des révélations et des connaissances que l’œuvre apporte,
mais aussi par la grande intégrité et l’honnêteté intellectuelle de son auteure.
C’est un livre qui m’a toujours fascinée parce qu’il est l’un des seuls, en Occident,
à restituer la véritable histoire de ceux qui forgèrent notre civilisation et que l’on a
méconnus beaucoup trop longtemps, de ceux qui nous apportèrent tant et tant mais
que nous ignorâmes avec une inqualifiable arrogance, de ceux, enfin, à qui nous
volâmes le savoir et que nous rejetâmes sans vergogne, sans pitié, sans
reconnaissance avec une imperturbable et ignominieuse ingratitude.
La culture musulmane, car c’est d’elle dont il est question, à laquelle la nôtre doit
beaucoup dans tous les domaines sans exception, fut brillante, sinon la plus brillante
de toutes, non seulement par la science qu’elle apporta à l’Occident et au monde
mais aussi par son intelligence. Elle sut en effet semer les germes du savoir qu’elle
distribua à tous vents et ne manqua pas de les cultiver à travers le monde. Pour
l’exemple, la Faculté de Médecine de Montpellier fut créée par Ibn Sina, le plus
grand médecin de tous les temps.
Bien sûr, les esprits retors, les stériles mentaux, malades de leur racisme,
dégoulinant de haine, affirmeront que les Musulmans ne rapportèrent que ce que les
génies grecs découvrirent avant eux, nous donnant ainsi l’illusion de la notion de
civilisation propre seulement à l’Occident, aux occidentaux et non aux autres ;
toutefois, il faut savoir que les Serviteurs d’Allah, les musulmans, alors
particulièrement ouverts à la science, restituèrent les écrits des Grecs en les
améliorant sensiblement tout en innovant. Ils eurent néanmoins l’honnêteté de livrer
les notes des auteurs hellènes, en les citant correctement, ne s’appropriant
aucunement ce qu’ils découvrirent. Pouvons-nous en dire autant, sachant que les
1lois de Descartes en optique ne furent que celles, plagiées, d’Al Hazen , les fables
de La Fontaine, calquées sans vergogne sur Ibn El Mouqqafi’, la découverte de la
Pénicilline, le fruit de l’intelligence des médecins arabes, les mises en évidence du
diabète et de la circulation sanguine, celles d’Ibn Sina ?
Les Musulmans se comportèrent en véritables gentlemen alors que nous nous
conduisirent envers leur héritage comme des pillards, des voleurs, des tricheurs, des
maquilleurs de la vérité !
Lorsqu’on tente de réduire leur apport à une simple et stérile médiation, il faut
avoir le courage de reconnaitre, néanmoins, que la Grèce se situait pourtant loin de
l’Arabie alors que, nous, appartenions au même continent sans nous émouvoir de la
production hellène et sans y être sensibles.
Notre aveuglement dura pourtant un millénaire pendant lequel l’obscurantisme, le
fanatisme, l’extrémisme, la violence, la cruauté et le pillage furent nos seuls et
uniques Credo et Bible. La preuve historique, que personne ne pourra nier, nous en
est fournie par l’organisation des différentes Croisades auxquelles nous donnions
une teinte religieuse alors qu’elles ne furent que mercantiles d’une part, et firent
diversion, d’autre part, afin de taire les problèmes intérieurs.
Les Musulmans améliorèrent considérablement les sciences, personne ne pourra
nier cette vérité à moins d’être d’une incorrigible mauvaise foi. Ils pensèrent plusfondamentalement et plus universellement par rapport aux Grecs. Ces derniers, par
ailleurs, ne furent pas leur seule source puisque les Inspirés du Coran eurent aussi
l’intelligence de puiser le savoir chez les Mésopotamiens, les Chinois, les Indiens,
les Perses et même les Américains… Oui, car Christophe Colomb n’a rien découvert
sachant que les Serviteurs d’Allah, à travers les marins arabes, accostèrent en
eAmérique au X siècle, connurent des tribus autochtones avec lesquelles ils se
lièrent par des pactes d’amitié, échangèrent marchandises et services,
2commercèrent, troquèrent, convertissant, même, certaines d’entre elles à l’Islam .
À l’heure où l’on martyrise Musulmans et Arabes, les rendant tous deux coupables
et comptables de tous les crimes commis sur la terre, comme on le faisait par le
passé pour les Juifs, je voulais, par le présent ouvrage, restituer la vérité et montrer
qu’ils furent à la pointe du progrès et qu’en cela ils méritent nos respect,
reconnaissance et gratitude.
Je voulais aussi faire comprendre que les civilisations procédaient les unes des
autres et que si les Musulmans s’inspirèrent des Grecs, ces derniers ne furent que
les continuateurs des Égyptiens… chose que l’on ne reconnait jamais, toujours dans
le seul dessein de faire croire que civilisation ne rime qu’avec Occident… et
seulement avec lui, balayant ainsi d’un revers de main les autres contributions à
l’évolution de l’humanité…
Nier les apports de nos prédécesseurs, c’est faire outrage à l’intelligence de
l’homme. Corrompre l’histoire, la tourner à son avantage et oublier ce qui nous a été
apporté et légué, c’est être éminemment injuste et profondément ingrat en prenant le
risque de transmettre le virus de l’oubli aux générations qui viendront, les obligeant à
nous effacer de leurs tablettes comme nous l’avons fait pour celles qui nous ont
précédés au motif qu’elles n’avaient pas la même religion, ni la même couleur.
Notre civilisation n’est que la continuité de celle que les Musulmans surent
établir…
– La pollution en moins, car nous savons que l’Islam interdit les destructions des
espaces verts, tout comme nous savons que notre civilisation est la seule qui ne
vit pas en harmonie avec la nature puisqu’elle l’a soumise à son diktat.
– Et l’humanité en plus, car les Musulmans créèrent des hôpitaux prenant en charge
totalement les malades, des lieux d’assistance, des pensions pour veuves et
orphelins, ainsi que des crédits spéciaux pour l’entraide sociale.
Qu’on le veuille ou non, l’Islam fut la seule religion qui lança un peuple, pourtant
barbare, désorganisé et inculte sur la voie de la science et l’obligea au savoir. Le
premier Commandement ordonné à Mohammed, le Prophète des Musulmans, ne
futil pas : « Lis ! Lis au nom de ton Seigneur, Celui qui créa… » ordre obligeant chaque
Croyant à s’instruire ?
Ryna MonacaCHAPITRE 1
Les mains glissant délicatement sur une épaule déjà tremblante, aux contours
amènes, ne pouvaient que frissonner de plaisir. Plus encore à la caresse des
hanches majestueuses, aux formes marquées, superbement taillées, plaisantes,
harmonieuses. Elles ne pouvaient que trépider à l’effleurement, au frôlement de la
courbure du dos, de l’arc des reins, de la croupe enchanteresse, du galbe des
jambes.
L’impression de sensualité, de ravissement, de délectation, de douceur, de
délicatesse, de distinction était alors pénétrante pour l’homme accomplissant l’acte.
Agencée d’angles harmonieux, plaisants, glissants, crayonnée de traits fins, bien
dessinés, gracieux, la tête bien faite, mais aussi bien pleine, paraissait dominante,
supérieure à toutes les autres, altière, orgueilleuse, hautaine, presque arrogante.
Les yeux couleur châtaigne devenaient vifs, brillants, pénétrants, intelligents,
coruscants, déterminés chaque fois qu’on les regardait, aussi le caractère ne
pouvait-il être que fougueux, ardent, brûlant, enflammé, embrasé, intrépide,
audacieux, parfois téméraire.
Quant à la chevelure, bien fournie, superbe dans sa texture, raide et ordonnée
semblait néanmoins docile au vent, d’autant qu’elle avait été délicatement et
affectueusement peignée.
La robe qu’elle portait était simple, belle, blanche, immaculée, lisse, semblant
enduite d’un vernis glacé, pareille à celle d’une vierge offerte par les païens en
sacrifice à leurs divinités.
Éminent, distingué, le chanfrein était noble, la ganache délicate, tracée par un
Maître subtil et généreux, le garrot robuste, les naseaux fumants, crachant le feu, la
croupe saillante, puissamment musclée, le poitrail tendu, bombé, bien dessiné, les
pattes souples, harmonieuses.
Telle était la bête majestueuse et noble qui galopait à bride abattue dans cette
région aride, dépeuplée, sèche, sans lendemain, soulevant derrière elle, sans s’en
soucier aucunement, un nuage de poussière.
Le sol qu’elle foulait semblait s’écarter devant elle comme par magie, lui livrant
inconditionnellement et respectueusement le passage. On aurait dit à la fois Pégase,
le cheval ailé, tellement elle était belle, Bucéphale, l’étalon d’Alexandre le Grand,
tellement elle était fière, ou la licorne, la bête fabuleuse, tellement elle était
gracieuse. Plus encore lorsqu’elle tambourinait de manière cadencée, rythmée et
subtile la terre sèche qu’elle effleurait à peine de ses sabots, majestueusement
ceints de leurs couronnes, surmontées de paturons délicats aux boulets renflés, aux
canons effilés supportant des jarrets fermes.
C’étaient la grâce, l’élégance, la beauté, la volupté qui, se conjuguant, galopaient
toutes ensemble, mêlées sans discernement. Mais c’étaient aussi la force, la
puissance et la vélocité qui dévoraient les lieues avec frénésie !
Le cheval était magnifique, mythique presque, la course féérique.
Le destrier avait encore plus d’allure sous son harnais.
Ainsi têtière, frontal, garnis de part et d’autre de deux cordelières rouges, œillères,
montants, muserolle, sous-gorge joints par des boutons en argent, à l’instar du mors,
étaient faits de cuir souple enrobé de tissu noir, afin de ne pas blesser le pur-sang.Le collier, en avant, bordé d’un liseré à lamelles jaunes, était formé d’une large
bande à fond d’ébène, brodé de parures en fils d’or composant le nom de l’animal.
Rejoignant au poitrail la fausse martingale, il se continuait par la sousventrière et les
différentes sangles, s’accrochant au bracelet d’une selle richement ornée, de belle
facture et cousue par le plus grand artisan de la région. Le seul caparaçon que le
coursier possédait siégeait sous le quartier. C’était de la bure, rehaussée sur toute
sa longueur par une doublure en soie noire sur laquelle se détachaient des motifs
armoriaux représentant, au milieu d’arabesques et de lettres calligraphiées, un lion
normand écrasant un dromadaire, le tout brodé de fils d’or.
De temps à autre, sans ralentir sa course, le cheval relevait la tête fièrement,
soufflait, comme pour faire comprendre à celui qui le montait le besoin d’une caresse
que son cavalier ne manquait jamais de lui donner.
La bête percevait ainsi, sous le gantelet de son maître, le frôlement affectueux lui
dévoilant l’amour et l’affection que lui portait celui qui la montait. Elle redoublait alors
d’efforts et d’ardeur.
L’animal galopait depuis longtemps mais, avec insolence, ne semblait montrer
aucun signe de fatigue. Était-ce parce qu’il avait senti préalablement la fraîcheur de
la mer et entendu le bruit des vagues s’écrasant sur les rochers qu’il avait
surplombés avant de s’enfoncer dans une région aride et sèche ? Était-ce parce qu’il
était rassuré en ce territoire ami ? Toujours est-il qu’il filait à vive allure, l’écume
enflammée aux lèvres, le mors aux dents. Son cavalier, sans le blesser, le piquait
des étriers de temps à autre, lui faisant sentir qu’il était pressé d’arriver là où il devait
se rendre.
Tous deux avaient galopé depuis longtemps sans s’attarder, après avoir longé
puis contourné les Apennins par le sud en partant de Lucera, la ville de lumière
illuminant la région orientale d’Italie, la Capitanate qu’ils avaient quittée huit jours
auparavant, subitement, sans avertir, s’enfuyant comme des brigands de grand
chemin, comme s’ils avaient commis un larcin, un crime monstrueux.
Après avoir traversé d’un trait les Pouilles puis le duché de l’Ancienne Apulie, en
évitant du mieux qu’ils pouvaient les impitoyables patrouilles, ils s’étaient arrêtés à
Tarente, la ville d’où ils avaient embarqué subrepticement pour Crotone, leur temps
étant compté. Continuant leur voyage par la terre, longeant la botte italienne dans sa
partie baignée par la mer ionienne jusqu’à Reggio di Calabria, puis traversant le
détroit de Messine, ils s’étaient rendus jusqu’à Palerme, la superbe capitale, le joyau
de l’île, échappant à une longue poursuite par-ci, livrant un combat sans gloire qu’ils
ne voulaient sûrement pas par-là.
Dans la capitale du Royaume de Sicile, qu’ils trouvèrent dans un grand émoi parce
que soumise aux ineffables turbulences de l’histoire et aux incessantes convoitises
des hommes, se mêlant discrètement à une foule désorientée et ne sachant à quel
saint se vouer en raison des perturbations politiques, ils s’étaient reposés quelque
peu, fatigués par les escarmouches, lesquelles n’avaient cessé de les retarder tout
au long de leur parcours. Tentés de reprendre des forces, ils s’étaient permis un
repos mérité puis avaient embarqué secrètement mais avec beaucoup de difficultés
pour le continent dans lequel ils se trouvaient en l’instant.
La traversée avait été bonne sur une mer parfaitement calme, comme elle l’était
habituellement à la fin du mois de mai, et sous un ciel bleu à l’infini, sans aucun
nuage qui puisse déranger son azur.
À l’issue, les deux compagnons avaient débarqué sur une terre ferme qu’ils
attendaient impatiemment, traversé une cité en ruines du fait de son antiquité maisqui chantait encore la grandeur d’une civilisation passée éteinte par des barbares,
puis, bien que toujours pressés par un temps qui s’écoulait inexorablement et
irrémédiablement, s’étaient arrêtés une demi-journée, tant pour reprendre des forces
que pour visiter des parents, des amis de combat et pour établir le contact qu’ils
cherchaient avec les notables locaux.
En ces lieux, ils n’avaient plus à craindre pour leur vie ni à livrer bataille, car en
pays ami ils se trouvaient.
Le bain pris, les discrètes plaies pansées, les sobres ravitaillements en eau et en
provisions faits, ils étaient repartis à bride abattue et avaient galopé toute la nuit en
s’orientant à l’aide des étoiles, lesquelles devaient leur indiquer la route, cette route
qui les mènerait là où ils devaient se rendre quoi qu’il en coûte, quelles que soient
les circonstances, quels que soient les événements.
De jour, le cavalier trouvait son interminable chemin grâce à un instrument secret
en forme de petite boîte qu’il tenait dans le creux de sa main, constitué d’une grosse
aiguille aimantée enfermée sous un verre, instable en fonction des lieux et des
3situations, qui indiquait le Nord .
Pour l’heure, les deux complices chevauchaient dans l’aube glaciale sans être
aucunement indisposés par le féerique mais gênant lever du soleil qui commençait à
poindre sur leur côté droit et qui restait fascinant par le spectacle magique qu’il ne
cessait d’offrir.
Le matin était encore frais et rien ne semblait pouvoir arrêter ni l’homme ni
l’animal. Ni la faim, ni la soif, ni le froid, ni la chaleur. Ni les humains, ni les bêtes, ni
les éléments ! Seul Dieu pouvait le faire car les deux amis étaient habitués à toutes
les situations, qu’elles fussent faciles ou difficiles, agréables ou dangereuses. Ils
étaient aguerris.
Depuis deux années, pas loin de chez eux dans la merveilleuse Capitanate cédée
par l’Empereur du Saint Empire germanique, à l’extrémité nord des Pouilles, ils
n’avaient cessé de livrer d’innombrables combats dont certains, illustres, les avaient
propulsés dans la légende.
À Monte Cassino, dans un relief raviné, crevassé, lugubre, dur, hostile,
particulièrement difficile, ils avaient fait face à un ennemi dont ils avaient enfoncé les
lignes, tous les deux, avec un courage hors du commun, sinon une témérité
emportant l’admiration de tous.
À Foggia, à Troia, à Melfi, à Bénévent, ils en avaient fait de même, et enfin à
Ponte Calore, lieu en lequel le cavalier reçut une flèche qui, heureusement, ne
traversa que tangentiellement son épaule, perçant néanmoins son muscle principal
sans toutefois atteindre les organes vitaux.
C’était un 26 février !
L’homme s’en rappellera jusqu’à la mort. Non point à cause de la blessure qui lui
fut faite, mais parce qu’à cette date et en cet endroit, il perdit un ami, Manfred, sur
lequel il avait, au père, fait le serment solennel de veiller.
Il s’en rappellera encore parce que, du Rio Verde, il recueillit son corps
décomposé, affreusement mutilé, égorgé par un traître germain répondant au nom
de Hans, lui donna une sépulture décente et chrétienne là où il chut, portant en
épitaphe sur le granit :
ICI TOMBA,
POUR NE PLUS SE RELEVER,
LA FINE FLEURDU SAINT EMPIRE GERMANIQUE.
ET SUR CES RUINES,
DE TEMPS À AUTRE, FULGURENT
DES SOUVENIRS ÉPHÉMÈRES,
QUI PRÉVIENNENT ET MENACENT,
COMME LES VAGUES DE LA MER,
4SURGISSENT ET S’EFFACENT.
L’air devint plus chaud.
Le cheval, dans son galop effréné, poussa soudain un hennissement.
Le maître, comprenant que sa bête avait humé quelque chose d’insolite, tira sur le
mors. L’animal s’arrêta net, puis se levant sur ses pattes postérieures, agita en l’air
les antérieures, comme pour canaliser sa force soudain contrariée, tout en
hennissant de plus belle.
Afin de le calmer, le cavalier le caressa au garrot puis sortit d’un étui accroché au
pommeau d’argent de sa selle un instrument bizarre, lequel avait le pouvoir de
5rapprocher les choses à la visée et que les Arabes avaient baptisé « Jamil » . C’était
un objet circulaire, métallique, en cuivre, les deux bouts étaient operculés par du
verre. Il les tira en sens opposés. Les éléments coulissèrent les uns sur les autres,
l’outil s’allongea alors d’au moins un bras. Il le porta à son œil droit, scruta l’horizon
et vit au loin quelques arbres frémissant au vent et le reflet de l’eau. Il sourit
discrètement, caressa son cheval, replia la lentille, la remit dans son enveloppe,
6piqua des deux et se dirigea vers l’endroit qu’il venait de discerner dans ce paysage
hostile, stérile, envahi par une chaleur peu supportable.
Quelques instants plus tard, il s’y trouvait. Le lieu ressemblait à une sorte de petite
palmeraie, tapissée d’une verdure de laquelle émergeaient des fleurs de différentes
variétés plus jolies les unes que les autres et qui exhalaient des parfums enivrants.
Au beau milieu, s’écoulait une eau fraîche cristalline sortant d’une source dont on ne
devinait pas l’origine mais qui se jetait dans un petit lac où le liquide était aussi
limpide que le plus beau des cristaux et qui laissait deviner un fond immaculé,
apparemment vierge, semblable à la turquoise. On avait peine à croire qu’il pouvait
exister un petit paradis dans cet immense enfer.
Le cheval se cabra encore une fois et poussa un long hennissement. Il avait
l’habitude de se comporter de la sorte, de jouer comme un poulain, fou et capricieux
lorsqu’il était heureux. L’intrépide et valeureux cavalier se laissa choir au même
moment de manière fort habile, avec la souplesse, l’élégance, la beauté et l’agilité
d’un félin dans son milieu naturel.
Une fois au sol, il reprit sa lunette, scruta à l’entour en décrivant un cercle complet
et replaça le singulier et étonnant objet dans un étui en cuir dont il laça
méticuleusement le bord supérieur après l’avoir fermé par un opercule qui portait le
sceau des armoiries de la Maison qu’il servait.
Tout lui parut calme. Tout lui parut baignant dans une particulière, une
extraordinaire sérénité.
Pas âme qui vive, pas âme qui vécut dans cet univers qui, pourtant, aurait dû
attirer tous les voyageurs perdus dans une région si difficilement supportable que
l’on avait peine à croire que des êtres humains pouvaient la fouler !
Le cavalier retira alors les gantelets de sûreté dont les doigts métalliques étaient
articulés, épousant parfaitement la main et la protégeant. Puis il détacha sa cape
pourpre et la jeta sur la selle. Il ôta ensuite son casque en posant les deux mains sur
le timbre en argent, juste au-dessous de la pointe, puis en tirant vers le haut afin dedégager l’arête nasale, à l’avant, et le filet à mailles protégeant la nuque, à l’arrière. Il
le posa à terre délicatement, se redressa, délia le baudrier ceignant sa taille,
accrocha son épée recourbée à la selle, desserra cette dernière afin de libérer le
cheval, lequel, avant de s’en aller boire, reçut dans les nasaux une pincée de tabac
en poudre qu’il accepta parce que venant de son maitre mais aussi parce qu’elle
avait la propriété de lui dégager les sinus par des éternuements répétés et de lui
faire reprendre le souffle que les innombrables lieues parcourues avaient entamé
quelque peu.
Le guerrier porta ensuite la main à son propre cou, fit coulisser un cran afin de
relâcher le gorgerin jusqu’à la mentonnière puis ôta la cuirasse pectorale scintillante
comme il retira les cubitières à pointe, les genouillères, la cotte de mailles, les bottes
noires en cuir souple dont la pointe était légèrement recourbée, et enfin le pantalon
pour ne rester qu’en pagne.
C’était un homme de belle taille aux muscles saillants, bien faits, se détachant les
uns des autres, parfaitement galbés, bien proportionnés. Le corps, harmonieux,
portait d’innombrables cicatrices, les unes plus profondes ou plus importantes que
les autres, souvenirs indélébiles de batailles sanglantes.
Le teint du cavalier était blanc, mais la peau restait tannée par le soleil. Son
visage, à forme anguleuse, n’en était que plus ferme, sinon rude et viril. Ses yeux
bleus, hérités d’une lointaine ascendance anatolienne, donnaient un regard perçant,
vif, intense, altier. Sa bouche fine, ses dents blanches bien agencées, son nez petit
et fin, ses cheveux blonds fournis descendant jusqu’à la nuque lui conféraient une
allure particulière. Sa moustache noire, émincée, prolongée par un bouc grisonnant,
latéralement, autant que l’impériale à laquelle il était lié par une passerelle pileuse,
accordait encore plus de sévérité et de relief au visage.
L’homme avait, incontestablement, de la prestance. C’était ce qui se dégageait de
lui au prime abord. Cette allure distinguée, naturellement noble, émanait comme une
sorte de lumière, d’aura, de nimbe qui enveloppe les personnages authentiques,
sincères et dont la foi est grande.
Sur le pendentif en argent qu’il portait autour du cou, sous la cotte de mailles, et
qui ne le quittait jamais, était inscrit son nom afin qu’il fût reconnu en cas de mort sur
le champ de bataille. On pouvait y lire en lettres arabes : , Abdulrani Chalabi,
dit « Al Nassir », signifiant « le Victorieux ». Pareil titre, lui avait été conféré après la
dernière des batailles, remportée par le Prince germano-sicilien Manfred de
Hohenstaufen sur le sanguinaire Charles d’Anjou, frère du Roi de France Louis, le
neuvième du nom, dit Saint.
Al Nassir, connu comme le loup blanc sur les champs de bataille, s’y distingua par
son courage extrême, son habileté au combat, sa dextérité au sabre et son armure
en argent contrastant avec les vêtements sombres qu’il portait. On l’appelait « le
Cavalier noir à l’armure d’argent » ! Les Chrétiens le nommaient « le vif Sarrazin »
parce qu’il scintillait, il brillait comme un miroir au soleil, ce qui lui permettait d’avoir
l’avantage sur ses ennemis aveuglés lorsqu’il les chargeait. Cette ruse, il l’avait tirée
de la Bible rapportant l’astuce employée par le roi Salomon contre des ennemis
pourtant supérieurs en nombre et quasiment vainqueurs.
Al Nassir piqua de la tête dans le lac dont l’eau, pourtant exposée aux rayons du
soleil, était néanmoins fraîche par on ne sait quel mystère. Il nagea longtemps, se
délassa avec grâce et volupté dans une onde qui semblait, à l’instar d’une
amoureuse, caresser son corps, épouser ses moindres contours. Puis, récupérantdans une gibecière un savon d’Alep, il se lava à grande eau, achevant son bain par
une toilette purificatrice rituelle. Il sortit enfin de l’eau, se sécha puis appliqua sur sa
peau un mélange d’huiles végétales assorti d’essences aromatiques qu’il avait
fabriqué lui-même afin de protéger son enveloppe des rayons du soleil. Il s’habilla,
tira un autre instrument, une sorte de cadran, le dirigea vers le soleil, mesura la
7longueur de l’ombre et conclut que l’heure de la prière du « Dohr » était arrivée. Il
se tourna alors vers l’Est, étendit son tapis à l’ombre d’un palmier, fit sa génuflexion
et pria le Souverain des Mondes visible et invisible.
Lorsqu’il acheva sa dévotion, il tira quelques provisions qu’il avala avant de se
reposer sous un palmier, laissant son cheval pâturer. Après s’être assoupi quelques
instants, il se releva, siffla son fidèle compagnon qui folâtrait dans la palmeraie, le
sella et continua son chemin. Frais et dispos, le pur-sang arabe fendit l’air. On avait
8l’impression qu’il volait, c’est pourquoi son maître l’avait appelé « Altaïr » et avait
inscrit ce nom sur son frontail et sur son collier en magnifiques lettres arabes
calligraphiées.
Altaïr et Al Nassir venaient de traverser dans sa partie africaine, et dans toute sa
longueur, l’empire en faillite des Almohades. Partant des Pouilles, ils avaient
parcouru la moitié de la botte latine que l’on appelle Italie, la Sicile, avaient débarqué
à Carthage, cinglé en direction du sudouest, sur Biskra, s’étaient enfoncés plus
profondément dans le désert, avaient contourné l’Atlas et remontaient maintenant
vers le Nord, le cap sur Tanger dont il n’étaient plus qu’à quelques lieues. Tout au
long du chemin, « le Cavalier noir à l’armure d’argent » avait été reçu par les
gouverneurs des régions auxquels il transmettait un message.
Après quelques heures d’une course folle, Tanger apparut par miracle. Comme
une image surgissant d’un autre monde, elle sembla sortir brutalement d’un néant
abyssal et effrayant. Les maisons blanches se hérissèrent soudain à l’horizon. Les
lèvres d’Al Nassir se décollèrent. Il esquissa enfin, mais discrètement, une sorte de
sourire ressemblant plus à un rictus, trop heureux de toucher quasiment au but.
Décidant alors de faire une halte pas loin de la ville, dans une oasis, il s’arrêta, et
après avoir délicatement nettoyé son cheval, il prit un bain, car l’extrême propreté
allant jusqu’à la manie était l’une de ses nombreuses caractéristiques. Il mangea
ensuite les dernières provisions qui lui restaient et se reposa à l’ombre des palmiers.
Fatigué, il tenta de s’assoupir, se tournant et se retournant sur sa couche, mais le
sommeil ne vint pas malgré ses efforts ! Il se remémora alors la dernière scène qu’il
avait vécue à Lucera, sa ville natale.CHAPITRE 2
— Que pourrais-je faire de ces âmes vagabondes, chaque instant tourmentées,
inquiètes, agitées, qui hantent ce lieu ? se dit en lui-même l’homme venu d’on ne
sait où, terriblement mystérieux, à la stature plus qu’imposante. Que pourrais-je en
faire ?
Puis, le regard transfixiant, relevant la tête doucement et scrutant dans le ciel noir
une pleine lune effroyablement livide qui s’en détachait lorsqu’elle n’était pas cachée
par de gros nuages ténébreux, affolants, sombres et chargés, il répondit sous sa
barbe, en ricanant :
— J’aviserai plus tard ! Oui… j’en aviserai plus tard ! Pour le moment, laissons ces
esprits soucieux prendre quelque repos car ils en auront bien besoin. Oui… ils en
auront bien besoin. Laissons-les jouir de ces instants qu’ils ne reverront plus jamais,
car ils ne reviendront pas. Laissons-les jouir de la vie… de cette vie tellement
difficile, tellement morne, tellement maussade, tellement fade qu’elle en devient
insipide et diaphane mais pourtant à laquelle ils tiennent… peut-être autant qu’à la…
vie !
L’homme partit d’un gros rire saccadé, rauque, éraillé, pour le moins terrifiant, qui
fit trembler dans les chaumières. Il lança un regard de feu sur sa droite puis sur sa
gauche, comme s’il voulait incendier, par son pouvoir ténébreux et conféré par une
autre dimension, tout ce qui bougeait à l’entour. Puis il mit le pied à l’étrier, monta
avec aisance sur son cheval, une bête étrangement nerveuse tenant difficilement en
place, au tempérament enflammé, aux naseaux fuligineux, aux yeux fulgurants, et
dont la robe tout entière était d’un blanc laiteux, immaculé, semblable à une neige
dense, jamais foulée par le pied.
L’animal, piqué à vif par des étriers acérés lui déchirant les chairs jusqu'à les faire
saigner, se mit à lancer, dans une obscurité pesante et effrayante, un hennissement
qui résonna dans toute la vallée comme un cri sinistre, dressant les cheveux sur la
tête des plus courageux et mettant en fuite corbeaux, chouettes, chauves-souris et
autres animaux nocturnes. La terrifiante bête, dont la couleur contrastait
mystérieusement avec les ombres qui se précipitaient autour d’elle, se cabra,
presque querelleuse, agita en l’air ses deux pattes antérieures, les jeta à terre dans
un claquement menaçant rappelant le sifflement inquiétant d’un fouet fendant l’air,
puis se mit à avancer pas à pas, de manière ordonnée et dans une cadence
effrayante comme si elle accomplissait une danse rituelle, une chorégraphie
macabre, une marche funèbre… comme si l’image qu’elle renvoyait se déroulait au
ralenti, se dépliait dans une autre dimension, abolissant l’espace mais aussi… le
temps.
Les sabots enchantés du cheval fulgurant résonnaient grandement sur un pavé
morne, froid, impersonnel et d’un autre âge. Leurs bruits retentissants et secs
produisaient un écho sourd qui, dans les ténèbres, leur répondait, davantage
amplifié par le silence absolu d’une nuit sombre et mystérieuse… d’une nuit
d’automne, comme seul l’automne pouvait en produire, dans cette région effroyable
et effrayante de par les légendes qui y couraient et se transmettaient, tout au long
des années, à travers les générations qui se suivaient.
Sur sa monture endiablée, le cavalier quitta ces lieux obscurs et se glissa comme