Les Corps Francs de 1814 et 1815, La double agonie de l

Les Corps Francs de 1814 et 1815, La double agonie de l'Empire

-

Livres
535 pages
Lire un extrait
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Des troupes irrégulières (corps francs, francs-tireurs, résistants...) ont de tout temps secondé les armées officielles. Les chefs des corps francs sous Napoléon venaient d'horizons divers : des opportunistes voulant gagner du galon, des pillards sans foi ni loi, des fervents bonapartistes, des patriotes... Cet ouvrage exhume ces délaissés de l'histoire et dresse un panorama de leur recrutement et de leur combat.

Sujets

Informations

Publié par
Ajouté le 01 juillet 2011
Nombre de lectures 340
EAN13 9782296795495
Langue Français
Signaler un abus

LES CORPS FRANCS DE 1814 ET 1815
LA DOUBLE AGONIE DE L’EMPIRE. LES COMBATTANTS DE
L’IMPOSSIBLEJEAN-MARIE THIÉBAUD
GÉRARD TISSOT-ROBBE
LES CORPS FRANCS DE 1814 ET 1815
LA DOUBLE AGONIE DE L’EMPIRE. LES COMBATTANTS DE
L’IMPOSSIBLE
Préface de Jean Tulard
membre de l’Institut
Ce volume est le cinquante-septième de la collection Kronos Fondée et dirigée par Eric Ledru
SPMIllustration de couverture
Combat de Rothau, 1814 (détail)
de Frédéric Régamey
Extrait de Récits militaires d’Alsace, 1905
Document aimablement communiqué par M. Pierre Rolland
© SPM, 2011
ISSN : 1148-7933
ISBN : 978-2-901952-82-4
SPM
34, rue Jacques-Louvel-Tessier 75010 Paris
Tél : 01 44 52 54 80 - fax : 01 44 52 54 82 - Courriel : Lettrage@free.fr
Diffusion-Distribution : L’Harmattan
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique 75005 Paris
Tél. : 01 40 46 79 20 - Email : diffusion.harmattan@wanadoo.fr
ite internet : http://www.editions-harmattan.frP r é f a c e
Erckmann et Chatrian ont été les premiers à magnifier la résistance populaire à l’invasion des Alliés
en 1814, en inventant le personnage de Jean-Claude Hullin, modeste sabotier mais héroïque défenseur des
vallées vosgiennes.
Un premier élan patriotique avait soulevé la France de l’Est en 1792. Il joua probablement un rôle
dans la démoralisation des Prussiens, autant que les raisins verts du vignoble champenois, lors de la
bataille de Valmy.
Le 4 janvier 1814, face à une nouvelle invasion, Napoléon décida la levée en masse en Alsace, dans
les Vosges et en Franche-Comté. Le lendemain, il légalisa l’organisation de corps francs, extérieurs à
l’armée régu-lière, formée de partisans chargés d’agir sur les arrières de l’ennemi en interceptant les
courriers, en attaquant les convois d’approvisionnement, en mettant le feu aux magasins et aux parcs. Ces
corps francs ne doivent pas être confondus avec les bandes de brigands qui écument un pays en manque
d’autorité.
Les corps francs ressuscitaient les préceptes de Grandmaison dans La petite guerre parue en 1756
et que Napoléon avait probablement lue. De toute façon, la guerre d’Espagne en avait fait une application
sanglante.
Grandmaison y rappelait comment « une armée harcelée est obligée de se fatiguer nuit et jour
pour couvrir les convois et les fourrages, éclairer ses marches, pourvoir à la sûreté de ses postes
exposés à de continuelles alarmes ». Attaques surprises et embuscades, même si elles ne sont pas
meurtrières, suffisent à démoraliser l’adversaire. La connaissance du pays, la faculté de recruter des
espions dans la population, la rapidité des déplacements favorisent cette petite guerre qui devint la
guérilla.
Grandmaison en proposait la parade, notamment l’utilisation de troupes légères. Mais Napoléon
pouvait penser que les Alliés n’avaient pas lu Grandmaison.
Après Rémi Blachon, le docteur Jean-Marie Thiébaud et Gérard Tissot-Robbe s’attachent à ces
corps francs, un peu oubliés des historiens militaires, en en étudiant la formation, le recrutement et l’action
tant en 1814 qu’en 1815.
Ils ont réuni sur ce sujet une documentation étendue à toute la France.
Après avoir évoqué les chefs qui portent souvent de grands noms comme Forbin-Janson, ou sortent
de l’ordinaire comme ce colonel Fabvier, comploteur sous la Restauration, héros de l’Indépendance
grecque, membre de la chambre des pairs, lieutenant-général sous la Monarchie de Juillet, les auteurs
passent en revue les régions où luttèrent, souvent non sans succès, les corps francs. Ils évoquent enfin le
sort de ces francs tireurs après la chute de l'Empire, tel Gustave de Damas, généralissime des armées du
shah de Perse.
Sans oublier ceux qui ont jugé préférable de partir pour le Chili, l’Argentine ou le Brésil, cette
dernière destination choisie notamment par Louis-Adolphe Le Doulcet de Pontécoulant, aide de camp à 21
ans du colonel des corps francs de la Haute-Saône, fils de Louis-Gustave, comte de l'Empire, ancien
député au Conseil des Cinq-Cents après avoir siégé sur les bancs de la Convention .
Ce livre est non seulement un ouvrage d’une parfaite érudition, mais un hommage à ces combattants
oubliés, comme Nicolas Wolff et le colonel Simon, graveur de l’Empereur, parce que combattant hors des
cadres officiels, mais qui nous ont donné une belle leçon de courage et de patriotisme.
Jean Tulard
de l’InstitutLes Français sont inquiets et volages dans le bonheur, constants et invincibles dans l’adversité.
François René, vicomte de Chateaubriand (1768-1848)R e m e r c i e m e n t s
Les auteurs tiennent à exprimer leur gratitude et leur reconnaissance à l’Académie de Stanislas
(Nancy)
l’Académie du Morvan (Château-Chinon)
l’Association belge napoléonienne
La Société d’Histoire et d’Archéologie de Lorraine (Sarrebourg) La Société historique La Diana
(Montbrison)
La Société historique L’Essor (Schirmeck)
La Bibliothèque Marmotan
Le Cercle « Die Furbacher » ;
au professeur Jean Tulard, membre de l’Académie des Sciences morales et politiques, président
d’honneur de l’Institut Napoléon, commandeur de la Légion d’honneur, qui a accepté de préfacer cet
ouvrage ; aux historiens et chercheurs Xavier Antoine, Luc Antonelli, Joël Beauvais, le colonel Olivier
Buge, Walter Bruyère-Ostells, agrégé, docteur en histoire, Guy Carrieu, Jean-Yves Celle, Alain Chappet,
Thierry Choffat, maître de conférences à l’université de Nancy II, président des Vosges napoléoniennes,
Bernard Denis, Gérard Dupré, Frédéric Fogacci, professeur de lycée chargé de conférences à l’Institut
politique de Paris, Lionel Fontaine, Michel Fontanié, Bernard Got, Daniel Grand, Vincent Heyer, docteur
Jean-Paul Houzé, de Belfort, † Maurice Ïacklé, René Klementz, Jérémy Lapertot, Jacques Le Coustumier,
médecin vétérinaire, Daniel Le Forestier, Guillaume Fradin de Bellabre, Edmond Lemonchois, Alexandre
Malgouverné, Jean-Daniel Michel, Jean-Pierre Mir, Jean Noubel, Mme Jacqueline Petitjean (Archives
diocésaines de Besançon), Daniel Poisson, président des APN (Amis du Patrimoine Napoléonien), Patrick
Puigmal, professeur d’histoire à l’université de Los Lagos (Osorió, Chili), Bernard Quintin, prix spécial
du jury de la Fondation Napoléon en 2007 pour l’ensemble de son œuvre, † Thérèse Ravard, Denis Roger,
Pierre Rolland, Henri Roy, Raphaël Schneider, Jacques Sicart, Pierre R. Sonet, Ronald Zins, lauréat de
l’Institut, ancien président du Souvenir napoléonien, président de l’Académie Napoléon ; au personnel du
Service historique de la Défense (château de Vincennes), des Archives nationales, du ministère des
Affaires étrangères, des Archives nationales d’outremer, des Archives départementales (Ain, Ardennes,
Côte-d’Or, Doubs, Gers, Isère, Jura, Loire, Lot-et-Garonne, Marne, Meurthe-et-Moselle, Meuse, Moselle,
Nord, Bas-Rhin, Haut-Rhin, Rhône, Haute-Saône, Saône-et-Loire, Somme, Vosges, etc.), des Archives
communales de Thionville, Longwy et de nombreuses autres localités et de diverses bibliothèques
publiques ;
ainsi qu’à Frédéric Marceau et à Mme Françoise Pichoir pour leur collaboration technique.Introduction
Cet ouvrage est né d’une interrogation au cimetière Saint-Roch de Pontarlier (25) devant la pierre
tombale de Claude Joseph Jacquin, militaire natif de cette ville, officier de la Légion d’honneur. Les
Archives du Service historique de la Défense indiquent qu’après une brillante carrière, récompensée par
un sabre d’honneur, ledit Jacquin prit officiellement sa retraite le 28 brumaire an XI (5 novembre 1802)
pour retrouver la vie civile. Or, sa pierre tombale rappelle qu’il combattit encore en 1814 et 1815 alors
que ces dates sont curieusement absentes de ses états de service conservés à Vincennes.
Une enquête préliminaire permit de découvrir que, face aux troupes d’invasion (autrichiennes et
suisses, dans le Haut-Doubs), il s’était porté volontaire, hors des cadres officiels de l’armée, pour prendre
la tête d’un corps franc.
Ainsi donc, des hommes s’étaient levés, s’étaient battus pour défendre le sol national et il n’en
restait aucune trace dans leurs livrets matricules…
En poursuivant les recherches, force fut de constater que l’aventure de Claude Joseph Jacquin,
d’autant plus courageuse qu’à l’évidence elle était sans espoir, ne constituait pas un cas d’espèce. Malgré
quelques articles publiés dans des revues plus ou moins confidentielles retraçant l’aventure de quelques-
uns de ces corps francs et de leurs chefs, il restait un chantier de taille : écrire leur histoire à l’échelle du
pays tout entier, tant pour 1814 que pour 1815.
En 1921, le commandant Lefebvre de Béhaine soulignait déjà la grande difficulté qu’il y avait à
entreprendre l’histoire de la levée des corps francs et l’analysait avec beaucoup de justesse, en soulignant
la pauvreté des sources, souvent détruites pour éviter des représailles :
Les décrets de Fismes [datés de Fismes le 5 mars] publiés dans le Moniteur du 7 mars avaient
appelé aux armes tous les citoyens en les enjoignant, lorsqu’ils enten-draient le canon des troupes
françaises, de se réunir, de parcourir les bois, de rompre les ponts, d’attaquer les flancs et les
derrières de l’ennemi, et en leur promettant que la mort de tout citoyen fait prisonnier et exécuté par
les alliés serait immédiatement vengée par représailles par la mort d’un prisonnier ennemi. À en juger
par les proclamations et les ordres du jour de Schwarzenberg et de Blücher, les décrets de Fismes
produisirent une recrudescence de patriotisme dans les départements envahis.
L’histoire de la levée en masse de 1814 reste à faire, mais sera fort difficile, car sous la
Restauration ceux qui avaient pris part à la lutte contre nos amis les ennemis, comme écrivaient les
journaux royalistes, durent se taire et faire disparaître les documents de nature à les compromettre :
on connaît à peine l’existence de quelques corps francs, tels que le premier corps du département de la
Seine, colonel Simon, le deuxième corps franc de la Seine, colonel de Bruyne, les chasseurs de la Seine
et de la Seine-et-Marne, colonel Bouchet, les éclaireurs de Compiègne, le corps lyonnais, le corps
franc de la Nièvre formé par Forbin-Janson, chambellan de l’empereur, les compagnies franches de la
Meurthe et de corps franc de la Meurthe, de la Marne et de la Meuse, colonel Viriot et général Achille
Duvignau [Duvigneau], les partisans des frères Brice, dans la région de Blâmont, du capitaine Claude
de La Blaisière [Claude, de La Blaissière], dans la région de Buligny [Bulligny, Meurthe-et-Moselle] ,
de Wolf [Wolff] en Alsace, etc. De certains corps francs, on connaît seulement le nom des chefs, Perki,
Droutot, Bauffremont, Dumont, Demeezemaker [de Meezemaker] , Demaulde, Le Normand de L’Osier.
En outre une infinité de bandes n’eurent qu’une existence inter-mittente ; elles se formaient en vue
d’une entreprise déterminée ou pour protéger les femmes et les enfants contre les maraudeurs, se
dissolvaient ensuite pour se reformer en cas de besoin. Enfin beaucoup d’hommes, parfois même des
femmes, n’hésitaient pas à détruire les isolés qui leur tombaient sous la main.
Les noms des compagnies franches et de leurs chefs, cités par le commandant Lefebvre de Béhaine,
le lecteur les retrouvera aux côtés de beaucoup d’autres dans la suite de l’ouvrage qui se présente ainsi :
Un bref rappel de la situation politique et militaire de la France à la fin du Premier Empire (dans la suite
de l’introduction)
Les chefs emblématiques des corps francs
La création des corps francs et leurs actions aux frontières de l’Est, du Nord, des Pyrénées, sur les
côtes, à Paris mais aussi dans le reste de la France, cette forme de lutte clandestine s’étant alors organisée
dans la plupart des départements
L’étude du devenir des corps francs après la seconde Restauration (procès, exécutions, émigration,
nouveaux corps francs en 1817, etc.) Des annexes donnant plusieurs listes inédites de volontaires en 1814
et 1815.
Quant à la pauvreté des sources, des recherches systématiques à Vincennes et dans les Archives
départementales ont montré que nombre d’entre elles n’avaient pas encore été exploitées. Maurice-HenriWeil (1845-1924) eut aussi l’idée de se plonger dans les Archives de la Guerre à Vienne et ses recherches
ont livré quantité de renseignements, tant il est vrai qu’outre les documents de son propre pays, il convient
d’aller systématiquement analyser ceux des autres nations belligérantes, la crédibilité d’un témoignage se
trouvant renforcée et complétée, quelquefois partiellement contredite par la confrontation des archives
civiles et militaires conservées par les différents pays opposés lors de mêmes conflits. L’objectivité est à
ce prix. Les chercheurs du futur retrouveront peut-être aussi de précieux témoignages dans les dépôts
d’archives de la Fédération de Russie (Moscou et Saint-Pétersbourg) dans lesquels une première approche
sommaire n’a encore rien livré.
Une bibliographie détaillée incluant de nombreuses publications régionales souvent confidentielles
et même quelques études restées manuscrites orientera le lecteur qui souhaiterait approfondir sa recherche.
Les historiens ont trop souvent pour fâcheuse habitude de jeter aux oubliettes de l’histoire les
soldats de l’impossible, même si ceux-ci ont parfois fait montre d’un patriotisme et d’un courage hors du
commun. Les manuels ne retiennent que les noms des vainqueurs ou, inversement, des désastres trop
fameux comme Waterloo. La chute d’un aigle mérite assurément d’être décrite dans les moindres détails
mais qu’en est-il de l’aventure des sans-grades qui se sont battus sans uniforme, sans solde, parfois même
sans armes ? Qui sont-ils ces corps francs qui, intuitivement, pressentaient sans doute que la défaite était
inéluctable et qui, pourtant, n’hésitèrent pas à se lever pour affronter un ennemi cent fois, mille fois
supérieur en nombre ?
Pour tenter simplement de retarder l’avancée des envahisseurs en leur infli-geant quelques pertes, en
les frappant ça et là sur leurs arrières, en s’empa-rant de convois de vivres et de munitions ? Leur
motivation ? La défense de leurs familles, de leurs villages et, au-delà de ces réflexes élémentaires d’au-
todéfense, la fidélité au pays et au souverain, solidement chevillée au corps.
Ceux qui n’ont pas hésité à créer les corps francs de 1814 et 1815 en y laissant souvent toute leur
fortune personnelle furent souvent, comme on le verra tout au long de l’ouvrage, principalement des
hommes qui, depuis des années, avaient suivi sans faillir la trajectoire de l’Empereur, souvent même avec
une indiscutable ferveur.
Avant de se pencher sur l’aventure des corps francs de 1814 et 1815, il est permis de se demander
pourquoi le génie militaire qu’était Napoléon a finalement échoué dans sa tentative de résistance à
l’invasion des troupes coalisées.Faceaudangeretàl’arrivéeprochainedestroupesétrangères,l’Empereur
aurait dû convoquer le Corps législatif dès les premiers jours de novembre 1813. Ceci lui aurait donné
deux mois supplémentaires pour organiser la défense du territoire national et susciter le nécessaire sursaut
patriotique, soutenu par l’ensemble des Français et de leurs représentants alors que ces derniers ont été
ostensiblement tenus à l’écart ce qui contribua à aliéner une part non négligeable de l’opinion publique
déjà devenue plus que mitigée depuis la catastrophique campagne de Russie.
Le moment était venu de parler au cœur des Français pour gommer l’image de despote que
Napoléon commençait à donner de son personnage assombri et déstabilisé par ses récents échecs
militaires. Avec des mots sincères et chaleureux, la flamme pouvait encore être rallumée.
Il convenait aussi de fixer les limites précises du « pré carré » à défendre, c’est-à-dire les frontières
de l’Empire français. Ces limites avaient déjà été fixées avant qu’il montât sur le trône et il ne pouvait
abandonner aucune des provinces qui le composaient sans se rendre coupable vis-à-vis de la Nation qui
les lui avait confiées. Clairement définies, ces limites auraient été plus aisées à défendre et plus propices à
susciter le soulèvement en masse prêt à se battre pour défendre pied à pied le pré carré. Or L’Empire du
début de 1814 ne possédait plus que des contours imprécis, mal dessinés, fluctuants.
On ne pouvait donc demander à des hommes de se battre pour de l’hypothétique, du flou et de
l’improbable.
Napoléon avait pourtant répondu aux propositions des coalisés mais sans faire connaître aux
Français les termes de l’accord intervenu alors que c’était le moment de faire savoir à l’Europe entière les
demandes des troupes étrangères et les réponses qu’il leur avait données. Ainsi chacun aurait pu en juger
et constater que les prétentions de l’Empire français semblaient relativement raisonnables ou, à tout le
moins, une sérieuse avancée à partir de laquelle les négociations pouvaient s’ouvrir en faisant l’économie
d’un conflit qui s’annonçait coûteux en vies humaines.
Mais l’occasion était trop belle pour les armées coalisées qui, mesurant leurs puissances
additionnées, se déclaraient assurées de leur victoire et donc capables d’imposer les contours
géographiques et politiques de la France et de la future Europe.
Pour gagner du côté français, il aurait fallu, entre autres mesures, armer la Garde nationale,
fortement patriotique. Ce ne fut pas fait. Certes, on leva une ultime armée forte de 300 000 hommes mais
ces 300 000 hommes ne représentaient pas, loin s’en faut, un nombre correspondant de soldats. Ce
n’étaient que de simples conscrits, 300 000 jeunes non entraînés au maniement des armes : 80 % d’entreeux étant encore à l’école du soldat en janvier 1814 et, chose plus grave encore, 50 % n’étaient même pas
armés. Le nombre de ces hommes était lui aussi plus qu’insuffisant si on le comparait à celui qu’alignaient
les forces alliées. Disproportion d’autant plus inquiétante que, dans l’immédiat, on ne devait lever que la
moitié de ces hommes dont une grande partie aurait été destinée à occuper en priorité les départements de
la rive gauche du Rhin. La seconde moitié de la conscription demeurait réunie dans quatre camps de
réserve : Bordeaux, Lyon, Metz et Utrecht. Mais ces deux derniers se trouvaient situés trop près des
frontières, Utrecht étant occupé par l’ennemi dès décembre 1813 et Metz bloqué dès le mois suivant. Quant
au camp de Bordeaux, l‘accélération des évènements empêcha sa simple mise sur pied.
Une autre erreur d’appréciation de l’Empereur a été de reconnaître sans hésiter la neutralité de la
Suisse2 ce qui le dispensait d’employer un corps d’armée de ce côté alors que, dans le même temps, les
souverains alliés considéraient comme indispensable de faire entrer leurs armées sur le sol helvète pour la
réussite du plan général de leurs opérations. Considérant que la neutralité de la Suisse était l’œuvre de la
France, les coalisés la déclarèrent inexis-tante et négocièrent avec deux députés suisses, MM. von
Reding3, parent du général vainqueur de Baylen, et von Escher4.
L’ultime erreur consista en l’absence de plan de campagne bien arrêté, Napoléon étant persuadé que
ses négociations de paix allaient aboutir alors qu’un million de soldats des troupes coalisées s’apprêtait à
envahir la France, avec une relative facilité et sans espoir apparent de retrouver jamais une occasion aussi
propice.
Dans un premier temps, les provinces frontières envahies n’opposèrent quasiment aucune résistance
tant leurs habitants croyaient Napoléon invincible. Les bulletins mensongers de 1813 n’avaient fait que
renforcer les Français dans cette illusion.
C’est dans le cadre de la campagne de France de 1814 et, l’année suivante, lors la période connue
sous le nom des Cent-Jours avec la fin tragique que l’on sait dans la plaine de Waterloo, que se situe
l’action des corps francs que nous nous proposons d’analyser et de suivre pas à pas.
La campagne de France et les corps francs de 1814
La campagne de France constitua, de janvier à avril 1814, l’épisode ultime de la sixième coalition.
Napoléon Ier, dont les forces avaient été très affaiblies par les campagnes de Russie et d’Allemagne, se
trouva alors face aux troupes coalisées de l’Empire de Russie, de l’Empire d’Autriche, des royaumes
d’Angleterre, de Prusse et de Suède, mais aussi de plusieurs États allemands, anciens alliés, comme les
royaumes de Bavière et de Wurtemberg, etc. Face à trois armées prêtes à envahir la France et commandées
par Karl Philipp von Schwarzenberg5, Gebhard Leberecht von Blücher6 et Bernadotte7, les troupes de
Napoléon, dont les fameux « Marie-Louise »8, les jeunes conscrits de 1814, totalement inexpérimentés et
n’ayant jamais connu l’épreuve du feu, n’étaient pas de taille à se mesurer en raison de leur terrible
infériorité numérique. Quinze jours après leur incorporation, ces jeunes gens se retrouvaient dans la
fournaise des batailles. Houssaye9 évoque, entre maints autres exemples du même type, ce tirailleur, un «
Marie-Louise » qui, indifférent à la musique des balles comme à la vue des hommes frappés autour de
lui, restait fixe à sa place sous un feu continu sans riposter lui-même, et répondait au maréchal
Marmont : « Je tirerais aussi bien qu’un autre, mais je ne sais pas charger mon fusil », tandis qu’un
autre, chasseur de son état, ne fut pas peu fier d’avoir à Champaubert fait prisonnier le général russe
Olsoufiev10, n’acceptant de le lâcher que lorsqu’il put le remettre à l’Empereur en personne. Comme on
l’aura deviné, ce jeune « Marie-Louise » venait de gagner sa croix de chevalier de la Légion d’honneur.
Ces soldats tout frais émoulus surent défendre les bois de Lévigny11 lors du combat de Bar-sur-
Aube, à un contre quatre, en chargeant uniquement à la baïonnette. D’autres, aussi peu habitués aux
combats, enfoncèrent à Valjouan12 cinq escadrons, sabrant à tout va sans faire le moindre quartier. La
peur faisait donc de ces jeunes soldats de véritables lions comme ces chasseurs qui traversèrent en trombe
la ville de Montereau13 en culbutant les bataillons autrichiens massés dans les rues au point de faire dire à
leur commandant, le général Delort14, qui en avait vu d’autres : Je crois qu’on perd la tête de me faire
charger avec de la cavalerie pareille ! Chez d’autres, au contraire, la crainte devenait paralysante et on
ne comptait plus, dans certaines unités, les désertions, les suicides et les mutilations volontaires. Trop
souvent, au grand dépôt de Courbevoie15, où ces « Marie-Louise » arrivaient lors de leur enrôlement, on
n’avait même pas su où tous les loger, comment les vêtir et leur enseigner les bases les plus élémentaires
du maniement des armes. Des armes qu’on n’avait même pas pu toujours fournir à chacun d’eux. Dans un
tel désordre où pourtant bon nombre de conscrits, prêts à en découdre pour se montrer dignes de leurs
aînés, criaient encore avec fougue Vive l’Empereur ! , on commençait cependant à craindre, sans oser
l’avouer, que d’aucuns fussent tentés de passer du côté de l’ennemi. Oui, on en était là… Certes, il restaitd’excellentes troupes françaises mais la plupart d’entre elles ne pouvaient être d’aucun secours car leur
mission consistait à occuper des places fortes allemandes comme Hambourg, commandée par le maréchal
Davout16, mais aussi italiennes, dalmates, etc.
Dès le 15 décembre 1813, les armées de la coalition s’étaient mises en route, les Alliés ayant
déclaré le 4 décembre que Napoléon voulait la guerre.
Bernadotte avec son armée du Nord (130 000 hommes) avançait en traversant la Hollande.
Schwarzenberg, commandant les 190 000 hommes de la grande armée alliée opta pour envahir la France
par les montagnes du Jura et la Suisse qui s’était pourtant déclarée neutre. Quant à Blücher, à la tête de
l’ar-mée de Silésie, forte de 160 000 hommes, il partit de Francfort pour fondre sur l’Alsace et la
Lorraine. Les armées de la coalition pouvaient aussi compter sur quelque 500 000 soldats des troupes de
réserve ou occupées à faire de siège de places fortes allemandes.
Du côté français, la Grande Armée ne pouvait plus aligner que 220 000 soldats auxquels il
convenait d’ajouter quelque 160 000 gardes nationaux assignés au départ à la sécurité de leurs
départements et qui avaient été rendus mobiles par le sénatus-consulte du 3 avril 1813. Napoléon aurait pu
espérer aussi le secours de l’armée d’Italie aux ordres de son fils adoptif, le prince Eugène de
Beauharnais, mais Murat, roi de Naples, avait signé un armistice avec le Royaume-Uni dès le 6 janvier
1814 et, pire encore, un traité d’alliance avec l’Autriche par lequel il offrait 30 000 hommes à la coalition
contre la garantie de ses États en Italie tant pour lui que pour ses héritiers. Ce renversement d’alliance
immobilisa sur place les troupes du prince Eugène.
Résultant du déséquilibre des forces en présence, la première partie de la campagne de France, du
25 janvier au 8 février, se solda par la retraite des armées napoléoniennes malgré la victoire de Brienne17
le 29 janvier et la défense de La Rothière18 le 1er février pendant une douzaine d’heures contre des forces
prussiennes trois fois supérieures en nombre.
La deuxième partie de la campagne, du 9 au 26 février, vit un changement complet de situation. Pour
vaincre, Napoléon ne pouvait compter que sur une faute de l’ennemi et cette faute, contre toute espérance,
les coalisés la commi-rent : au lieu de marcher concentriquement sur Paris, les trois armées alliées
restèrent séparées. Pouvant alors adopter la tactique dont l’efficacité avait déjà été éprouvée au VIIe
siècle avant notre ère par le dernier des Horaces contre les trois Curiaces, les héros légendaires de
l’Antiquité, l’Empereur fondit d’abord sur Blücher, le battant lors de quatre rencontres successives,
notamment à Champaubert19 et à Montmirail20, revenant ensuite près de Fontainebleau21 contre l’armée
de Schwarzenberg qui, vaincue à son tour à la bataille de Montereau (18 février), dut se replier sur
Chaumont et Langres. L’armée de Bohème recula vers l’Est. Quant à l’armée de Silésie, compromise dans
une marche de flanc, elle courait le risque d’être exterminée. Après une dizaine de batailles gagnées sans
discontinuer par les armées françaises, Napoléon avait réussi à renverser la situation au point qu’il crut
pouvoir écrire à son plénipotentiaire Caulaincourt22 : La providence a béni nos armes ; j’ai fait 30 à 40
000 prisonniers, j’ai pris 200 pièces de canon, j’ai détruit plusieurs armées presque sans coup férir,
j’ai entamé hier l’armée de Schwarzenberg, que j’espère détruire avant qu’elle ait repassé nos
frontières. Vous devez tout faire pour la paix ; mais mon intention est que vous ne signiez rien sans mon
ordre, parce que seul je connais ma position. En général, je ne désire qu’une paix solide et honorable ;
elle ne peut être telle que sur les bases de Francfort. Le lendemain, il écrit au prince Eugène : J’ai
détruit l’armée de Silésie, composée de Russes et de Prussiens : j’ai commencé hier à battre
Schwarzenberg, il est donc possible que nous puissions conserver l’Italie.
De fait, l’équilibre maintenant complètement rétabli, la victoire définitive qui semblait inimaginable
deux à trois semaines plus tôt commençait à devenir possible et les clauses du traité de paix souhaité par
l’Empereur auraient pu être plus favorables pour la France. Encore aurait-il fallu que tous les maréchaux
montrassent la même combativité que celle qui animait l’Empereur. Or Victor23 faisait preuve en Alsace
d’une inertie incompréhensible. Oudinot24 restait plus que passif dans son quartier général à Bar-sur-
Aube25. Marmont26, tout en faisant preuve d’une belle bravoure sur les champs de bataille, commençait à
trahir en secret. MacDonald27, n’exécutant pas l’ordre de se porter de Meaux28 sur Château-Thierry29,
laissait échapper les débris des troupes de Sacken30 et d’Yorck31 qui avait été battues par Napoléon à
Montmirail32. Lorsque, dans la nuit du 18 au 19 février, Napoléon apprit au château de Surville33, où il
avait établi son quartier général, la défaillance du maréchal Victor à Montereau qui avait permis à l’avant-
garde de Schwarzenberg d’échapper, il entra dans une terrible fureur, s’écriant : On ne m’obéit plus ! On
ne me craint plus ! Il faudrait que je fusse partout à la fois !
Ces maréchaux vieillissants, gavés d’argent, de titres et d’honneur, n’avaient plus vraiment envie de
rechausser leurs bottes, certains d’entre eux rêvant même, les yeux ouverts, aux moyens de conserver leur
situation sociale si l’Empire venait à disparaître avec le possible retour des Bourbons sur le trône. Aussi
ne faut-il pas s’étonner que la troisième et dernière partie de la campagne de France, qui commença le 27février par le combat de Bar-sur-Aube pour se terminer le 30 mars à la bataille de Paris, ne fût plus
qu’une succession de demi-victoires dans lesquelles les troupes françaises, de plus en plus exsangues,
perdirent leurs dernières forces malgré le courage des hommes et quelques actions d’éclat, notamment sous
les murs de la capitale.
C’est dans ce cadre que les corps francs étaient appelés à intervenir. Il faut chercher l’origine de ces
corps auxiliaires dans un décret du 26 décembre 1813 où des commissaires extraordinaires de l’Empereur
furent envoyés dans les départements menacés afin d’organiser la levée en masse. Ils étaient chargés
d’accélérer les levées de la conscription, surveiller l’équipement et l’armement des troupes,
approvisionner les garnisons, de lever et d’organiser les gardes nationales, de constituer les compagnies
franches. S’ils le jugeaient nécessaire ils pouvaient, en cas de danger, prendre l’initiative de mesures
extraordinaires.
Ces commissaires n’usèrent que très mollement des pouvoirs que l’Empereur leur avait conférés. Il
est vrai que les populations, plus ou moins fatiguées par des guerres et des campagnes militaires
incessantes, n’étaient plus réceptives à l’appel de la Nation en danger comme c’était le cas à l’aube de la
Révolution. Mis à part les généraux Allix de Vau34 et Harispe, bien peu se firent remarquer par leur
fougue à organiser la résistance.
Dès janvier 1814 avaient paru les premiers textes officiels destinés à organiser la défense du
territoire :
MINISTÈRE DE LA GUERRE
INSTRUCTION
Adressée, par le Ministre de la Guerre, aux Généraux chargés d’organiser la Levée en masse
dans les Départemens (sic) désignés par le Décret du 4 janvier 1814.
SA MAJESTÉ, L’EMPEREUR ET ROI ayant, par son ordre du 2 de ce mois, appelé à s’insurger et
à s’armer pour la défense commune, tous les citoyens des départemens (sic) qui, par leur position, se
trouvent à portée des incursions de l’ennemi, le Ministre de la Guerre a arrêté l’Instruction suivante,
pour servir de base à l’organisation de cette insurrection ou levée en masse.
Dispositions générales
Il y aura, dans chacun des départemens (sic) désignés au décret du 4 janvier, un Général chargé
en chef de l’organisation, du commandement et de la direction de la levée en masse.
Ce Général de l’insurrection se conformera aux dispositions suivantes, dans tout ce qui concerne
ses attributions 35.
Même si cette vision des choses peut paraître comme sortie des tiroirs des états-majors, même si la
rapidité de l’invasion a réduit tout ceci à une peau de chagrin, en 1814, il était prévu deux types d’« Unités
de Résistance ».
1/ Les corps de partisans composés des paysans du cru, de particuliers (souvent on parle d’eux sous
le vocable de « blouses bleues »), des gardes champêtres et des gardes forestiers qui pouvaient être
assimilés à des bandes de brigands armés, mais qui, en fait, étaient là pour la défense de leurs chaumières
et de leurs champs. Ces corps harcelaient systématiquement l’arrièregarde des troupes alliées.
2/ Les corps francs composés de militaires retraités ou de soldats égarés n’ayant pu rejoindre leur
régiment en temps voulu ou bien ayant tout simplement déserté. Ces corps francs avaient pour mission
d’éclairer la ligne et de se joindre à elle lors des combats et batailles.
Insurrection générale et levée en masse
Le Ministre de l’intérieur a adressé, le 28 décembre 1813, aux préfets des départemens (sic)
indiqués par l’Empereur, une circulaire par laquelle il leur fait connaître les mesures générales à
prendre pour la levée en masse : il les charge de faire mettre sous les armes tous les individus en état
de les porter, quelque soit l’espèce d’arme qu’ils pourront se procurer ; il leur attribue la nomination
provisoire des Officiers de cette levée, à charge de faire approuver leur choix par lui. Il reste à faire
connaître le mode d’organisation de l’insurrection.
Dans chaque ville ouverte où il n’existe pas de cohorte urbaine, et dans chaque village, les
citoyens s’armeront et seront formés en compagnies ou demi-compagnies : chaque compagnie sera de
cent hommes, commandée par un Capitaine et un Sous-lieutenant ; chaque demi-compagnie, de
cinquante hommes, commandée par un Lieutenant. Cette mesure facilitera l’organisation de la levée
dont il est question, et qui, en principe, est restreinte à la défense des villes et villages où elle existera,
et ne doit point former de corps réguliers, en se réunissant à cet effet avec les levées de communes
environnantes.
Le Général chef de l’insurrection nommera, dans chaque ville ouverte ou village, un
Commandant qu’il choisira parmi les habitans (sic) dans la force de l’âge, les plus aisés, les plus
considérés, et, autant que possible, ayant été militaires ; les choix tomberont de préférence sur lesMaires, quand d’ailleurs ils réuniront les qualités requises.
Il y aura un Commandant d’arrondissement par sous-préfecture ; il correspondra avec ceux des
villes et villages, lesquels seront tenus de le prévenir de tout ce qu’ils apprendront de relatif aux
mouvemens (sic) de l’ennemi, et à tous les évènemens (sic) qui pourront intéresser la sûreté et les
opérations de l’armée. A cet effet, il y aura, dans toutes les communes, des estafettes à pied et à cheval,
au moyen desquelles on établira, de l’une à l’autre, des communications non interrompues, pour qu’à
chaque instant du jour et de la nuit, on puisse être instruit de tout ce qui se passera. Les Commandans
(sic) d’arrondissement seront sous les ordres immédiats des Généraux de l’insurrection.
Lorsque l’ennemi s’approchera d’une commune, le Commandant fera de suite sonner le tocsin,
pour en prévenir les communes environnantes ; il réunira tous les hommes en armes, opposera une
résistance proportionnée à la force de l’ennemi, et, en cas de besoin, se repliera sur la commune
voisine, dans la direction de l’armée à l’arrondissement de laquelle sa commune appartient 36.
Contingent mobile de la Levée en masse
Sur la levée en masse de chaque ville et village, un tiers sera de suite désigné pour entrer en
activité ; le choix de ce contingent se fera, de préférence, parmi les citoyens pourvus d’armes à feu, et
qui, par leur âge et leur profession, seront les plus aptes au service actif.
Les Généraux de l’insurrection les formeront en compagnies et en cohortes, par arrondissement
de sous-préfecture, autant que possible, mais, dans tous les cas, sans empiéter d’un département sur
l’autre.
Cent quarante hommes, y compris trois Officiers, formeront une compagnie ; six compagnies
composeront une cohorte, qui sera commandée par un Chef de bataillon ; les compagnies seront
composées comme dans l’infanterie. Les Officiers des compagnies et les Chefs de cohortes seront
nommés par le Général de l’insurrection, qui les choisira, de préférence, parmi les citoyens les plus
aisés et les plus considérés du pays, et y comprendra les anciens militaires auxquels leur âge et leur
santé permettront encore de servir dans cette circonstance.
Lorsque les localités le permettront, on formera, dans chaque cohorte d’activité de la levée en
masse, une compagnie de carabiniers, composée des habitans (sic) qui pourront se procurer et sauront
manier la carabine rayée, afin que ces compagnies, que l’on répartira à cet effet entre les avant-postes
de l’armée, puissent, dans les affaires de postes, menacer les flancs de l’ennemi, par la connaissance
qu’ils auront du pays, et servir de guides aux tirailleurs de l’armée, en leur indiquant les positions les
plus avantageuses pour gêner ses mouvemens (sic) et ses communications.
Corps de partisans
Tout citoyen qui présentera les garanties convenables, et surtout ceux qui ont été militaires,
seront admis à lever des corps de partisans à pied et à cheval ; ils se présenteront, à cet effet, au
Général commandant l’arrondissement de l’insurrection dont ils font partie, lui soumettront leurs
plans et leurs moyens, et obtiendront, si les uns et les autres sont approuvés, des patentes de partisan.
Nul ne pourra obtenir de patente de partisan, s’il ne s’engage à lever au moins trente hommes,
dont vingt d’infanterie et dix cavaliers.
Les Généraux commandant l’insurrection se conformeront à toutes les dispositions du titre XXX
du règlement provisoire, sur le service de campagne, adopté en 1809, pour tout ce qui concerne
l’organisation et le service des corps de partisans ; on leur adresse un exemplaire de ce règlement.
Les Généraux commandant l’insurrection disposeront, d’après les ordres des Généraux en chef,
de toute la levée en masse de leur arrondissement, et particulièrement de toutes les cohortes du
contingent de cette levée qui sera mis en activité ; ils auront de même sous leurs ordres immédiats tous
les corps de partisans : ils donneront aux chefs de tous ces corps et aux commandans (sic) des
communes et des arrondissemens (sic), toute espèce d’ordres et d’instructions non prévus par la
présente, et qui peuvent dépendre plus ou moins de la disposition du terrain où ils auront à agir, des
forces de l’ennemi, et du genre de difficultés qu’il serait possible d’opposer à ses projets. Les
Généraux ne perdront pas de vue qu’aucun moyen ne doit être négligé dans une occasion aussi
décisive, parce que, quelque peu important qu’il paraisse au premier abord, réuni à d’autres, il peut
avoir un grand effet sur l’ensemble des opérations : ainsi, intercepter des courriers ou des
ordonnances, surprendre des convois, mettre le feu à des magasins ou à des parcs isolés ou en route,
agir de cette manière sur les derrières de l’ennemi, et le harceler en détail dans toutes les occasions où
ses opérations d’approvisionnement ne sont protégées que par de faibles escortes ; telles doivent être,
en principe, la destination de la levée en masse et la base de toutes les dispositions que feront les
Généraux qui la commandent. Ils s’entendront, au surplus, sur toutes les mesures à prendre et les
moyens d’exécution, avec les comités qui doivent les assister dans leurs opérations conformément au
décret du 4 janvier.Paris, le 5 janvier 1814.
Le Ministre de la Guerre, signé DUC DE FELTRE 37
Pour ampliation :
Le Secrétaire général, Inspecteur en chef aux revues, FRIRION 38 .
Le décret était accompagné de la liste des généraux commandants de la levée des corps francs dans
les départements de l’Est de la France :
Bas-Rhin général Chouard [Louis Claude alias Claude Louis Chouard (1771-1843), originaire de
Strasbourg (67), général de brigade, baron de l’Empire]
Haut-Rhin général de division Berckheim [Frédéric Sigismond
Berckheim (1775-1819), général de division, baron de l’Empire, écuyer de Napoléon Ier]
Vosges général Beuermann [Jean-Ernest de Beurmannn (1773- 1850), général de brigade, baron de
l’Empire]
Mont-Blanc général Dessaix [Joseph-Marie Dessaix (1764-1834), général de division, comte de
l’Empire]
Isère général Marchand [Jean Gabriel Marchand (1765-1851), général de division, comte de
l’Empire]
Côte-d’Or général Vaux [Antoine Joseph Veaux (1764-1817), général de brigade, baron de
l’Empire]
Jura général Préval [Claude-Antoine-Hippolyte Préval (1776-1853), général de brigade, baron de
l’Empire]
Doubs colonel Moncey [Bon Marie Jannot de Moncey, comte, page de l’Empereur, colonel du 3e
hussards, frère cadet du maréchal]
Haute-Saône général Lemaire [Simon Hubert Maire dit Lemaire (1755-1817), général, inspecteur
général d’artillerie en retraite].
Sans doute pour des raisons de plus grande efficacité, tous ces officiers généraux étaient natifs des
départements dans lesquels ils avaient la responsabilité d’organiser la levée en masse.
Dans le décret du 4 janvier 1814, trois autres articles précisaient : Les généraux commandant les
levées en masse seront assistés d’un comité de deux ou trois habitants soit civils soit militaires qu’ils
désigneront de concert avec le préfet.
Les généraux commandant les levées en masse les organiseront dans les villages et dans les
communes. Ils organiseront des corps francs. Ils donneront des commissions de partisans pour se
porter sur les flancs et les derrières de l’ennemi ; enfin ils prendront toutes les mesures propres à nuire
à l’ennemi.
Ils pourront faire des proclamations et donner des ordres qui seront exécutés dans tous les
arrondissements de leur département.
Ces levées d’insurrection préparées en vertu des instructions précédentes ne s’organisèrent qu’en
partie jusqu’au 26 février, quand sortit un nouveau décret appelant pour chaque département désigné un
contingent de 3 000 hommes.
La liste qui suit, regroupant partisans, corps francs ou corps mixtes, montre combien cette
mobilisation varia d’un département à l’autre, certains n’ayant pas encore réussi à lever des corps francs
tandis que les autres avaient créé des unités plutôt disparates :
Ain et Aisne aucune levée
Hautes-Alpes corps franc des douanes
Ariège bataillons de volontaires
Aude bataillons de volontaires
Doubs compagnie franche
Finistère marins et étudiants
Haute-Garonne partisans de la Garonne
Gironde partisans de la Gironde
Isère corps franc du Midi
Léman premier corps franc du Léman
Loire partisans de Roanne
Meurthe
Marne
Meuse
Moselle corps franc Viriot pour ces quatre départements, en ajoutant, pour la Moselle, le corps
franc des places de Metz et de Thionville.
Nièvre corps franc Forbin-JansonNord corps franc à pied de Paris et Lille et des employés des droits réunis
Oise éclaireurs volontaires de Compiègne
Hautes-Pyrénées partisans à cheval des Pyrénées
Pyrénées-Orientales miquelets ou chasseurs de montagne et bataillons de volontaires conscrits de
1815 (donc appelés un an plus tôt)
Rhône corps franc de Gustave de Damas
Seine
corps franc Simon
corps franc d’éclaireurs à pied et à cheval du colonel Bruyne (Debruyne)
Seine-et-Marne chasseurs de la Seine et Seine-et-Marne du colonel Bouchet
Somme corps franc de Merlin de Thionville
Vosges corps franc Perki, Drouot, Beaufremont et Dumont et partisans de Demeezemaker et de
Demaulde39
Les candidatures de 1814 pour la création de corps francs
Assez nombreux furent les candidats se portant volontaires, en 1814, pour créer un corps franc.
Pour obtenir un commandement de ce type, le colonel Guyard, par exemple, rappela l’expérience
qu’il avait acquise pendant les guerres de la Révolution et sous le Consulat :
Observations adressées au ministre de la Guerre par le colonel Guyard 40.
En ce qui m’a décidé à proposer à Sa Majesté l’Empereur cette formation de corps, c’est qu’en
l’an 8 quand le gouvernement mettoit tout en usage pour faire rentrer sous les drapeaux les hommes
qui les avoient quittés pour rentrer dans leurs foyers ; par le moyen que je proposai au Premier Consul
de créer un régiment d’hussards à pied. Il eut en moins de un mois 900 hommes pour le 1er régiment
que je comman-dois, qui presque tous s’habillèrent et s’équipèrent à leurs dépens. Beaucoup même
consentirent à habiller et équiper jusqu’à trois hommes. Dans ce moment, je n’oserois répondre qu’il
en seroit de même ; mais au moins je prends l’engagement de faire tout mon possible pour que cela
soit. Il existe un moment d’enthousiasme dont il faut profiter et, en moins d’un mois, je serai en état de
partir avec au moins 1 000 hommes d’infanterie et 100 de cavalerie, desquels je pourrai répondre à Sa
Majesté l’Empereur, la majorité ayant servi avec moi dans les différents corps que j’ai commandés et
dési-rant revenir sous mes ordres au premier appel que je leur ferai.
Au ministère de la Guerre, les corps francs dépendaient de la 4e division administrative sur les six
qui existaient à l’époque. Cette division avait pour mission principale l’organisation des troupes et le
recrutement, ce qui incluait l’inspection des troupes, l’état civil et militaire des soldats, la correspondance
avec les inspecteurs généraux, les congés de tous ordres, les changements de corps des officiers, sous-
officiers et soldats, naturellement aussi l’incorporation et le licenciement des hommes. Dans certains
courriers, on trouve même la mention « Bureau des Corps francs ». Y avait-il une subdivision chargée de
traiter les affaires relatives à ces unités particulières ? Cela est fort possible.
Lebarbier de Tinan41 dirigeait la 4e division et les archives consultées à Vincennes renferment
quantité de documents (rapports au ministre et autres) signés Lebarbier de Tinan, sous-inspecteur aux
revues, chevalier de la Légion d’honneur. On devine à le lire un personnage éminemment cultivé et bien
au fait de la réalité des choses concernant l’état de la France, aussi sent-on parfois sous sa plume un
certain fatalisme. Lebarbier de Tinan avait sous ses ordres un nommé Deschamps sur lequel nous n’avons
guère de renseignements, mais qui a laissé lui aussi d’abondantes correspondances relatives aux corps
francs.
La demande du colonel Guyard ne semble pas avoir été agréée mais un autre document de 1814,
sans plus de précision de date, s’intitule État des particuliers qui jusqu’à ce jour ont été autorisés à
lever des corps francs dont on trouvera plus loin la reproduction in extenso (annexe n° 1).
Une autre demande sera également écartée, pour raison de santé, celle adressée le 11 février 1814
par Jean-Philippe Courtois, né à Longuyon (Moselle et, actuellement, Meurthe-et-Moselle) le 1er juillet
1761 (fils de Jean Courtois, procureur royal au bailliage, et d’Élisabeth Chatain), capitaine adjoint à
l’armée des Pyrénées et frère de Jean-Baptiste-Louis Courtois, curé constitutionnel de sa ville natale :
Dans ce moment, écrira-t-il plus tard, je n’attendais pas que ma patrie se trouverait encore en
danger. Depuis deux mois, je commence à me rétablir. La trahison que vient d’éprouver mon digne
souverain, ma patrie en danger tout ranime mon courage. Je me crois encore en état d’être utile à mon
Prince. Je lui offre encore mon bras, ma vie, mon courage, mes faibles talents, et je veux mourir en
combattant pour lui, je suis né franc Lorrain, c’est assez dire, un homme tel que moi tient sa parolejusqu’à mort, il y a 22 ans que j’y cours… Chevalier Courtois. C hevalier, Courtois l’était doublement :
de la Légion d’honneur depuis le 17 janvier 1805 et de l’Empire par lettres patentes du 30 août 1811.
Mais, affecté par la maladie depuis 1812, les forces lui manquèrent pour être finalement retenu dans
la liste établie par le ministère ! Il mourra le 4 août 1828, donc sans voir ses amis pouvoir enfin redresser
la tête sous la Monarchie de Juillet.
Certaines candidatures constituèrent parfois de véritables surprises, comme celle de Milscent de
Mussé.
Stanislas Anthoine MILSCENT de MUSSÉ
Une légion américaine faite d’hommes de couleurs
Stanislas Anthoine Milscent de Mussé naquit à La Grande-Rivière, dépendance du Cap-Français
(Saint-Domingue) le 27 avril 1770, fils de Claude Louis Michel Milscent de Mussé, né en 1740, décédé le
26 mai 1794, journaliste jacobin (fondateur de La Revue du Patriote alias Le Créole patriote),
commandant de la Garde nationale du Cap, membre des Amis de la Constitution, maire d’Angers, auteur de
diverses études42 parues sous le nom de Milscent-Créole.
Issu d’une ancienne famille angevine d’hommes dont une branche s’était acclimatée dans l’île,
Milscent de Mussé père avait sans cesse milité contre le préjugé de couleur et créé des unités combattantes
exclusivement composées d’hommes noirs. Accusé de faux témoignage dans l’affaire des complices de la
rébellion de Marseille, il sera condamné à mort le 7 prairial an II (26 mai 1794) et guillotiné le jour
même.
Son fils Stanislas, créole, canonnier volontaire en 1790, capitaine le 7 septembre 1792, se distingua
durant les guerres de la Révolution où les généraux Joubert, Dumas et Quantin ont sollicité pour lui de
l’avancement. Il servit à la première campagne de l’Italie en qualité d’adjoint aux adjudants généraux. Il se
signala dans plusieurs combats et sera nommé capitaine au 1er régiment d’infanterie légère par le Premier
Consul le 15 ventôse an X (6 mars 1802) avant de devenir chancelier honoraire des consulats français de
Sébastopol et de Kherson en Russie jusqu’en 1807 et d’être ensuite employé à l’administration des
dotations de Westphalie et de Hanovre jusqu’en mars 1813.
Voyant la patrie en danger, il prit sa plus belle plume pour démontrer à Napoléon sa volonté de
combattre :
À sa Majesté l’Empereur et Roi
Sire
Depuis longtemps une portion des sujets de votre Majesté végète dans l’oubli et la nullité.
Séparés de la grande famille dont Vous êtes le Père, les hommes de couleur sont privés des avantages
et des droits dont jouissent leurs frères.
Quelques-uns, cependant, s’honorent d’avoir servi l’État avec fidélité : tous sont animés du
noble désir de donner des preuves de leur attachement à la France et à l’Immortel Souverain qui la
gouverne.
Lorsque des hordes ennemies portent le fer et la flamme au sein de l’Empire.
Lorsque tout Français s’empresse de voler à la défense de son Pays, nous seuls serons-nous
privés de l’honneur de contribuer à la destruction des dévastateurs de la Patrie … ? Nous venons offrir
à Votre Majesté, nos bras, notre sang et nos services.
Daignez, Sire, nous permettre de former un corps, sous le nom de LÉGION AMERI-CAINE, et de
combattre vos ennemis.
Nous rivaliserons de zèle et d’énergie avec les autres sujets de Votre Majesté. Et si la différence
de notre couleur nous rend remarquables, nous tâcherons de nous distinguer plus encore par notre
fidélité, par notre courage et par notre dévouement à Votre Auguste Personne.
Sire, de Votre Majesté, les fidèles sujets.
Signé Milscent de Mussé
Paris, le 16 mars 1814, rue du Lycée n° 1 43.
Cependant, en dépit de la volonté évidente de servir manifestée par quelques-uns, même originaires
des îles lointaines, Napoléon dut se rendre à l’évidence et constater bien vite que la levée en masse qu’il
avait décrétée deux mois plus tôt se soldait par un échec. Il s’en expliqua dans le considérant du décret de
Fismes publié dans le Moniteur du 7 mars. Il y affirmait, en partie à tort, mais il était impossible de le
reconnaître sous peine de décourager ceux chez lesquels subsistait le désir de résister et de se battre, que
le peuple n’attendait qu’un mot d’ordre pour se mobiliser mais qu’ils en auraient été souvent dissuadés par
le maire ou d’autres magistrats. En conséquence, et croyant ainsi régler le problème, il n’hésita pas à faire
paraître un second décret, se présentant comme une sorte d’additif au texte cité plus haut.
En effet, si Lefebvre de Béhaine a reproduit, quasiment mot à mot, le premier décret de Fismes, il
est intéressant de connaître la teneur du second, pris le même jour pour stigmatiser une partie des autoritéslocales : Napoléon, etc.
Considérant que les peuples des villes et des campagnes, indignés des horreurs que commettent
sur eux les ennemis, et spécialement les Russes et les Cosaques, courent aux armes par un juste
sentiment de l’honneur national, pour arrêter les partis de l’ennemi, enlever ses convois et lui faire le
plus de mal possible, mais que, dans plusieurs lieux, ils en ont été détournés par les maires et par
d’autres magistrats, décrète :
1° Tous les maires et fonctionnaires publics et habitants qui, au lieu d’exciter l’élan patriotique,
le refroidissent et dissuadent les citoyens d’une légitime défense, seront considérés comme traîtres et
traités comme tels 44 .
Quand un chef d’État, a fortiori un empereur, se voit réduit à brandir des menaces pour contraindre
ses élites à concourir au sauvetage du pays, il y a là, à l’évidence, comme le début d’un divorce entre le
souverain et la nation, entre Napoléon et son peuple.
Après l’embellie passagère de février qui avait pu faire croire, pendant quelques jours, à un
renversement possible de la situation ou, à tout le moins, à des conditions de paix nettement plus
honorables, l’essoufflement de l’effort militaire allait se faire durement ressentir. Henry Houssaye, dans
son ouvrage magistral consacré à 1814, a parfaitement décrit cette phase ultime de la campagne de France
qui aboutira à l’abdication de l’Empereur, contraint de faire ses adieux à Fontainebleau le 6 avril. Point
n’est besoin de la rappeler ici.
Les corps francs n’avaient plus aucun rôle à jouer dans ce qui sonnait l’agonie de l’Empire et,
pourtant, c’est précisément à cette époque et contre toute attente qu’ils firent le plus parler d’eux. Alors
qu’ils avaient souvent mis un certain temps à se recruter, à s’équiper et à s’organiser, ils commençaient
enfin à se montrer pleinement opérationnels, à semer une réelle inquiétude dans les troupes alliées et même
à réussir quelques coups de main spectacu-laires. Aussi, lorsqu’arriva l’ordre de leur dissolution,
certains, estimant que la décision était par trop prématurée, qu’il restait une chance ultime de sauver
l’Empire et aussi qu’on leur volait de la sorte de possibles pages de gloire, refusèrent obstinément
d’obtempérer, se mettant ainsi volontairement hors-la-loi. Cet abandon, ils eurent assurément du mal à
l’accepter, estimant, pour leur part, qu’ils pouvaient encore servir et qu’en outre, leur honneur leur
interdisait de se rendre à des forces dites alliées mais qui, pour eux, ne représentaient que des troupes
ennemies à combattre au-delà du possible et par n’importe quel moyen.
Tout au long de la campagne de France, l’armée avait mobilisé ses dernières ressources d’énergie
mais, contrairement à ce que l’Empereur, trop confiant dans son étoile, croyait encore ou voulait croire, la
population civile, dans sa grande majorité, avait perdu l’ardeur et l’enthousiasme qui l’avaient
caractérisée dans les premières années de la Révolution lorsque d’aucuns allaient combattre en sabots
jusqu’au moulin de Valmy. Lassée, usée par vingt-cinq années de guerre et n’aspirant plus qu’au repos, la
majeure partie des civils n’opposa pas le moindre obstacle à l’invasion. Presque partout, explique
Houssaye, il suffisait aux Alliés d’apparaître. Épinal se rendit à cinquante cosaques, Mâcon à
cinquante hussards, Reims à un peloton, Nancy aux coureurs de Blücher, Chaumont à un seul cavalier
wurtembourgeois ! Une lettre adressée le 10 janvier par le sous-préfet de Vervins45 au préfet de
l’Aisne46 résume à elle seule l’état d’esprit de la population en mars 1814 : Dans la foule, il n’y a que
mollesse et lâcheté. Je vois tous les habitants sans émulation et sans énergie, insensibles à la honte
d’une invasion. Propos confirmés depuis Chaumont par le maréchal Mortier47 : L’inertie est partout la
même, tandis que le duc de Vicence48 surenchérissait : La soumission des habitants encourage les Alliés.
Certains n’étaient sans doute pas loin de penser que, très paradoxalement, l’arrivée de troupes
ennemies apportait enfin la paix. Seuls des actes de barbarie, des meurtres, des incendies, des pillages,
des viols auraient pu soulever cette population désormais bien atone, mais les Alliés se montraient encore
meilleurs diplomates que soldats : ils promettaient le respect des propriétés et le maintien de leurs troupes
dans une stricte discipline. Le très habile manifeste de l’Autrichien Schwarzenberg avait bien vite circulé
dès la première semaine de janvier. On pourrait le résumer en quelques mots affirmant que les troupes
alliées n’étaient pas venues faire la guerre aux Français mais à Napoléon. Cette proclamation eut l’effet
qu’on imagine sur les habitants des villes qui, pour la plupart, n’étaient déjà pas favorables à l’idée de
subir de longs sièges et encore moins à risquer leurs vies.
En outre, les royalistes restés fort discrets jusque là et bon nombre de nobles appelant de leurs vœux
le retour des Bourbons applaudissaient à chacune des défaites des troupes napoléoniennes et considéraient
les armées étrangères comme des alliés et des sauveurs. De son côté, le frère de Louis XVI, prêt à
remonter sur le trône sous le nom de Louis XVIII, faisait publier cette proclamation pour apaiser les
craintes susceptibles de s’opposer à la Restauration :
Français, n’attendez de votre roi aucun reproche, aucune plainte, aucun souvenir du passé. Il ne
veut vous entretenir que de paix, de clémence et de pardon. Tous les Français ont droit aux honneurs etdignités, le roi ne peut régner qu’avec le concours de la nation et de ses députés… Recevez en amis ces
généreux Alliés, ouvrez-leur les portes de vos villes, prévenez les coups qu’une résistance criminelle et
inutile ne manquerait pas d’attirer sur vous, et que leur entrée en France soit accueillie par les accents
de la joie… Louis-Joseph de Bourbon, 8e prince de Condé, filleul de Louis XV, surenchérit dans une autre
proclamation : Louis XVIII, votre légitime souverain, vient d’être reconnu par toutes les puissances de
l’Europe. Leurs armées victorieuses s’avancent vers nos frontières… Vous aurez la paix et le pardon.
L’inviolabilité des propriétés sera consacrée (ce qui avait de quoi rassurer tous les acquéreurs de
biens nationaux), les impôts seront diminués, vos enfants seront rendus à l’agriculture et remis dans vos
bras 49.
Dans un climat aussi peu propice à l’organisation d’une véritable résistance, les corps francs,
comme on le verra plus loin, ne pouvaient guère compter sur l’appui de la population, alors que le succès
des actions des guérillas n’était possible que si les corps francs savaient leurs arrières assurés grâce à la
complicité totale des habitants des villes et des campagnes. Le plus souvent non intégrés dans des troupes
régulières, face à des concitoyens dont beaucoup craignaient leurs actions dans la crainte de représailles
des armées étrangères qui, jusqu’alors, s’étaient montrées assez bienveillantes à l’égard des civils, face
aussi aux royalistes, opposants farouches prêts à en découdre, les actions remarquables de certains corps
francs méritent d’être d’autant plus d’être saluées et mises à l’honneur, même si, parmi ces combattants de
la dernière chance, se glissèrent souvent, trop souvent, des ruffians sans foi ni loi qui utilisèrent ces unités
pour y commettre des exactions totalement inex-cusables. La crainte d’exactions explique l’empressement
qu’on mit à renvoyer les corps francs dans leurs foyers.
Les corps francs de 1814
Pendant toute cette période troublée et ô combien incertaine, si l’on veut avoir une idée de la crainte
que les corps francs et autres partisans pouvaient inspirer à l’ennemi, il suffit de lire l’arrêté de Blücher
concernant les excès que les habitants des villes et des villages se permettent envers les militaires des
puissances alliées :
En conformité de ma déclaration de ce jour, les habitants de la France seront avertis quelles sont
les suites des excès qui se commettraient envers les armées alliées. Les autorités militaires et civiles,
ainsi que tout autre individu sont soumis de se régler le plus possible sur ce règlement, pour éviter les
peines, suites inévitables pour tout contrevenant.
Article premier : Il est ordonné aux habitants des villes et des villages de remettre au maire de
l’endroit, 4 heures après la proclamation du présent arrêté, leurs armes et munitions, à savoir :
arquebuses, fusils, carabines, fusils de chasse, fusils à vent, pistolets, sabres, épées et lances, de même
que leur poudre à tirer, plomb en balles et en dragées.
Article 2 : Les maires dresseront des registres sur les armes et munitions 12 heures après la
publication du présent arrêté, au dépôt qui leur sera désigné par le gouverneur général.
Article 3 : Messieurs les gouverneurs généraux dresseront également des listes sur les armes et
munitions qui leur ont été présentées. Ils exigeront que les communes dont les habitants n’ont rien
fourni au dépôt fassent néanmoins une déclaration qu’elles n’ont ni armes ni munitions à délivrer.
Article 4 : 12 heures après la proclamation du présent arrêté, tout habitant ayant dans sa
demeure des armes et des munitions sera arrêté et traduit devant une commission militaire. Il sera
condamné selon son crime et employé aux travaux publics dans une place forte.
Article 5 : Quiconque se laisse attraper les armes à la main sera arrêté et traduit devant une
commission militaire. Quiconque aura dirigé les armes contre un militaire des armées alliées, sera
puni de mort. Ses biens seront confisqués. Les aurait-il dirigées contre un autre individu quelconque, il
sera condamné à être envoyé en Sibérie.
Article 6 : Les maires et les conseils municipaux seront responsables des attroupements qui
pourront avoir lieu dans leurs villes, bourgs, ou villages. Il est ordonné aux soldats des forces alliées
de faire main basse sur tout peuple attroupé. La commune dont les membres s’attroupent verra
l’anéantissement de ses maisons et la confiscation de ses biens. Pour éviter cette peine, chaque
commune veillera sur la conduite de ses membres. Elle arrêtera ceux d’entre eux qui se laissent
apercevoir armés, et on les conduira au détachement militaire le plus proche.
Article 7 : La commune qui laisserait passer par sa banlieue des membres d’une autre commune,
sans s’y opposer ou les arrêter, sera punie de la même peine prescrite dans l’article précédent.
Article 8 : Les bourgeois et paysans qui se rendent avec leurs armes à l’armée de Napoléon
seront condamnés ou à la déportation en Sibérie ou à la mort.Article 9 : Les gouverneurs généraux établiront dans leurs résidences une commission militaire
composée de sept membres et ayant pour objet de prendre des informations sur les contraventions au
présent arrêté et de condamner les coupables. Les arrêts de cette commission seront présentés au
gouverneur général et exécutés aussitôt qu’ils seront confirmés par lui 50.
Tous volontaires ?
Si, en théorie, les corps francs ne recrutaient que des volontaires, ils se composèrent aussi de
militaires invalides ou retraités auquel on ne laissa pas vraiment le choix comme en témoigne cette lettre
du 9 janvier adressée par le maire de Saint-Just-la-Pendue (42) au sieur Recorbet51, militaire retraité :
Sitôt la présente reçue, vous voudrez bien, Monsieur, vous rendre de suite au chef-lieu de la Préfecture
du Département de la Loire pour y faire partie d’un Corps franc composé de militaires en retraite ou
en congé définitif dont la levée est ordonnée par M. le sénateur comte de Chanteloup 52 , commissaire
extraordinaire de Sa Majesté dans la 19e Division militaire. Ledit ordre vient de m’être notifié par M.
Holvoët 53 , Préfet de la Loire.
Vous emporterez avec vous votre fusil de munition ainsi que votre sabre. Si vous n’en avez point,
vous êtes tenu de m’en donner avis de suite afin que je puisse vous en faire fournir.
Indépendamment de votre solde de retraite, vous jouirez des vivres sitôt votre arrivée à
Montbrison ainsi que de l’indemnité de route dans votre marche ultérieure.
L’article 8 de l’arrêté dit formellement que vous ne pouvez vous refuser au service momentané du
corps franc.
Je vous salue.
On remarquera cependant la différence de traitement, modeste certes mais bien réelle, consentie en
faveur de ces anciens militaires. On leur assurait la nourriture et des indemnités de route pour chaque
journée de présence au sein d’un corps franc ce qui n’était pas le cas des autres volontaires qui ne
devaient compter qu’avec les prises sur l’ennemi. Prises bien aléatoires…
Sans doute pensait-on ainsi les motiver encore davantage pour qu’ils fussent prêts à se lancer dans
des opérations contre les convois des coalisés, parfois mal escortés. Mais, sur le terrain, le dénuement des
corps francs que leurs chefs avaient pourtant pris l’engagement de nourrir mais sans en avoir toujours
réellement les moyens, amena de temps à autre des excès peu faits pour leur attirer la sympathie des
populations. Enfin et surtout, les militaires invalides ou retraités disposaient de leurs propres armes ou
pouvaient facilement en obtenir alors que les autres membres des corps francs devaient trop souvent s’en
passer, les magasins militaires étant vides ou préférant réserver les armes qu’ils détenaient pour en
équiper les troupes régulières.
Outre les corps francs
Les corps francs ne furent pas seuls à se lever contre les coalisés. De simples particuliers et même
des curés n’hésitèrent pas à prendre les armes pour tenter de freiner les troupes d’invasion. Parmi ces
dignes successeurs des moines-soldats, évoquons le curé de Pers54.
Louis Marin Pottier, né vers 1752, ancien militaire, était chargé d’assurer le service religieux à
Rozoy-le-Vieil (45), où il se rendait à cheval. Ledent, dans Les invasions de 1814-1815 à Montargis, a
décrit l’arrivée des cosaques dans le Gâtinais, Frédéric Masson précisant : Il y eut des flux et des reflux
amenés tantôt par des mouvements de la grande armée tantôt par des résistances locales, car le sol se
dérobait sous eux et presque sur chacun des points où l’on avait une chance de résister, de vieux
soldats groupaient les bonnes volontés et faisaient face à l’ennemi, ou bien le poursuivaient et le
décimaient. La France ne se laissa point prendre, comme on a dit, et notre peuple eut d’admirables et
sauvages retours. Le 10 mars 1814, le curé de Pers apprit qu’un groupe de cosaques s’était rendu dans
les environs de Fontenay, sur la route de Paris à Lyon pour intercepter les communications, et qu’il
s’était emparé de la malle et de la diligence à l’endroit où elles s’étaient croisées. En hâte, il réunit
huit à dix habitants de sa paroisse. Tous s’armèrent de fusils doubles tandis que le curé-soldat se
ceignit du sabre ramené de ses anciennes campagnes. À bride abattue, ils rejoignirent les cosaques à
dix heures du matin sur le chemin qui conduit de Ferrières au Bignon, entre les hameaux des Rondiers
et d’Urson. Les cinq cosaques qui ramenaient leur prise au camp virent se dresser devant eux le curé
de Pers, sabre au clair, à la tête de ses hommes. Un des Russes fut grièvement blessé à l’épaule d’un
coup de feu et les autres s’enfuirent abandonnant les deux voitures, les postillons, les voyageurs et lesdépêches qui n’avaient pas encore été décachetées.
Jugeant que la riposte des cosaques ne saurait tarder, il fit mettre la prise à l’abri dans le bois
de Forville, à quelques centaines de mètres de là, tandis qu’il demeura avec quatre hommes sur le bord
de la petite route. Dans les minutes qui suivirent, ils virent arriver un nouveau détachement de
cosaques menant une voiture de marchandises, saisie elle aussi sur la route de Fontenay. Surpris, ces
cosaques s’enfuirent eux aussi. Fiers de cette nouvelle prise, les Français conduisirent cette voiture au
village où les Russes ne tardèrent pas à arriver en force pour réclamer les trois voitures qu’ils avaient
interceptées. Ne trouvant que celle de marchandises qu’ils ne purent emmener tant les chevaux étaient
exténués, ils y mirent le feu. Le bilan de la journée était somme toute assez positif sauf pour le roulier
qui avait perdu 6 000 francs de marchandises et pour le curé qui avait perdu son cheval, « parce que,
écrit-il, lors de la première rencontre, pour, en tirant, être plus sûr de mon coup, il s’est effrayé, a pris
la fuite et est allé se joindre à ceux des cosaques ». Le major Gros qui avait reçu cette lettre à
Montargis, envoya cent hommes dès le lendemain pour ramener la malle et la diligence.
Cinq jours plus tard, le village se trouva frappé d’une importante réquisition. Apeurés, les paysans
se laissèrent dépouiller et chargèrent le tout dans un convoi devant se mettre en route le 16 mars au matin.
L’âme guerrière du curé se réveilla. Il réunit ses ouailles et, vibrant d’une sainte colère, parvint à les
convaincre de résister. Puis il partit seul se poster au Bignon d’où il aperçut une cinquantaine de cosaques
chevauchant en direction de Chéroy. Estimant que cette petite troupe prendrait le même chemin au retour, il
regroupa dix-huit hommes, armés de fusils. Le soir, les cosaques tombèrent sous le feu des hommes du
curé. Chaque Russe avait au devant de sa selle de gros paquets blancs. Quand les Russes furent mis en
déroute, ils abandonnèrent leurs paquets. C’étaient les dépêches de la malle de Lyon, saisies entre Puy-la-
Laude56 et Fontenay57. Pour ne pas être ralentis par la voiture, les cosaques la laissèrent sur place,
emmenant seulement avec eux le courrier, les chevaux et le postillon. Ce dernier, pendant la fusillade,
avait eu l’heureux réflexe de se jeter à terre et, à la faveur de la nuit, s’échappa et rejoignit le curé.
Le lendemain, on apprit que l’embuscade avait coûté la vie à dix-sept cosaques. On récupéra le
courrier et on découvrit, derrière une haie, le courrier Richeux, tué par les Russes quand ils avaient vu que
leur proie leur échappait.
Le même jour, à dix heures du matin , écrivit le curé au major commandant de la place de
Montargis, je venais de rendre au courrier [Richeux] les derniers devoirs de mon ministère, le village
de Pers fut investi par un détachement de cent cinquante Cosaques qui, pour se venger de l’échec de la
veille, se livrèrent, jusqu’à quatre heures du soir, au pillage, volant et brisant tout ce qui leur tombait
sous la main. Ils arrêtèrent quinze habitants et les conduisirent, la corde au cou, jusqu’au camp de Saint-
Valérien où on les menaça d’être fusillés. Les prisonniers parvinrent à faire croire que le coup était
l’œuvre des troupes de ligne de la garnison de Montargis et ils furent libérés. Le curé de Pers qui, dans
l’affaire, avait perdu son cheval termina ainsi sa missive : Il n’est pas inutile de préciser… :
1- Que l’église de ma commune n’a pas été plus épargnée que les habitans. J’en avais
heureusement enlevé, avant l’arrivée de l’ennemi, les vases sacrés ; mais après avoir démoli les fonts
baptismaux, ils m’ont volé et emporté deux chasubles en soie qui m’appartenaient, et qu’ils croyaient
ornées de gallons (sic) en or. Je n’ai dû la conservation de mes effets les plus précieux qu’à la
précaution que j’ai prise de les cacher, et j’aurais été immolé à la fureur de ces barbares si je ne
m’étais déguisé et sauvé ; car je n’avais, en raison de la supériorité du nombre, aucun moyen de leur
résister.
2- Que j’avais eu dans la matinée, la précaution de cacher les paquets de la malle sous la paille
dans une grange. S’ils s’en fussent douté, ils les auraient indubitable-ment repris, et peut-être
auraient-ils incendié la grange et le village ; mais j’ai auguré de leur silence à ce sujet que, parmi eux,
il n’y en avait peut-être pas un seul de ceux de la veille ; ce qui me porte à croire que le nombre des
morts excède dix-sept, et que les autres ont reçu des blessures graves. Ceux-ci, dispersés dans
l’obscurité, ont dû nécessairement s’égarer, car ils ne pouvaient apercevoir aucun signe de
reconnaissance : alors plusieurs ont dû succomber dans les bois, vers Bazoches, où on a, dans la
journée du 17, ramassé plusieurs lettres éparses provenant des paquets enlevés de la malle. Ce qui
confirme la gravité des blessures de ceux qui ont pu retrouver le chemin du Bignon, est le sang dont il
était couvert sans interruption, depuis le lieu de l’attaque jusqu’à Saint-Valérien 58 .
Le duc de Rovigo, ministre de la Police, voulut indemniser le curé de Pers pour la perte de son
cheval. Bigot de Préameneu, ministre des Cultes, sollicita pour ce curé la Légion d’honneur et le traitement
à vie d’un curé de 1re classe.
La régente avait sans doute d’autres soucis et le curé ne fut point décoré. Le rapport de ce ministre
sera néanmoins imprimé dans le dernier Journal des Débats qui porta le titre de Journal de l’Empire.
L’Empereur, qui savait récompenser ses fidèles, nommera le curé de Pers, chevalier de l’ordre de laRéunion le 25 mai 1815. À la seconde Restauration, le curé quitta prudemment le diocèse et on n’eut plus
jamais de ses nouvelles. Son aventure fit aussi la une du journal L’Abeille de la Nouvelle-Orléans le 1er
septembre 1827. Le projet d’élever une statue à la mémoire de cet ecclésiastique courageux n’a pas été
abandonné si l’on en juge par l’appel lancé par F. Masson : Est-ce qu’il ne semblera pas à des braves
gens que, bien plutôt que des politiciens de raccroc, le curé de Pers mérite que, soit sur la place du
village, soit au Miroir ou à l’orée du bois de la Boulinière, on lui dresse une statue ? Je le voudrais, la
soutane relevée et passée dans la ceinture, le fusil à deux coups en main, le sabre au côté, à la fois
soldat et prêtre, menant au feu ses dix sept hommes et ne se ménageant pas. Et j’imagine que cette
statue-là serait un acte et un exemple.
Dissolution des corps francs de 1814
Le 6 avril 1814, Napoléon abdiqua et, le 15 avril, le ministre de la Guerre ordonna la dissolution
des corps francs. Le colonel Boutay59, qui n’avait eu droit à son grade que pendant le temps de son
commandement, réagit aussitôt avec la parfaite dignité qui sied à un officier face à l’adversité. Il sut en
outre trouver les mots pour faire accepter à ses compagnons d’armes, hautement déçus par le cours des
évènements qu’ils avaient espéré pouvoir contribuer à inverser, la mise en place d’un nouveau régime
politique. Il désamorça ainsi toute velléité d’insoumission et rappela ses soldats à leurs devoirs, le
premier de tous étant l’amour de la Patrie, au-delà des fluctuations et des aléas des régimes en place.
De la 3e Division militaire
Ordre du Jour du Corps franc
du 21 avril 1814
Officiers, sous-officiers et soldats, il vient de vous être donné connaissance de la lettre de S. E. le
ministre de la Guerre du 15 courant, de la lettre de monseigneur le vice-connétable du 11 au Sénat
conservateur dont je vous invite à vous pénétrer.Attestation de service signée par tous les officiers du 1er corps franc de la Seine : comme le prouve
ce document aux armes des rois de France, les corps francs de 1814 ont été reconnus comme parfaitement
légaux, contrairement à ceux de 1815
Archives nationales, dossier Légion d’honneur
La force armée ne délibère point, elle est essentiellement obéissante : votre zèle, votre
dévouement étaient en faveur de votre Patrie que vous cherchiez à servir de toutes vos facultés dans un
moment de crise violante (sic) ; elle ne peut que vous en être reconnais-sante, des militaires comme
vous, des Braves ne savent point discuter mais agir.
Connaissant le bon esprit qui vous anime, qui n’a et ne peut avoir pour bases que de contribuer
par tous moyens au repos et à la tranquillité de la patrie, si chère et si bouleversée. J’ai donné
aujourd’hui mon adhésion au nom de tout le corps à la nouvelle Constitution, par laquelle nous
atteindrons sans efforts le but que nous nous proposions par notre dévouement.
Beaucoup d’entre nous ont servis (sic) sous le Gouvernement des Bourbons, nous avons servis
sous la république et sous Napoléon, ces dénominations sont les mêmes, c’est la patrie que vous avez
servis (sic), c’est pour la Patrie que vous êtes appelés à servir sous le règne de Louis XVIII et de ses
successeurs, le même zèle doit vous animer, vos services seront reconnus et récompensés dans quelque
temps qu’ils ayent (sic) eu lieu, ils seront mieux appréciés dans ce moment où le repos de l’humanité
est le but auquel toute l’Europe aspire.
Vous Officiers, sous-officiers et soldats pensionnés, vous membres de la Légion d’honneur
retirés, qui est domiciliés (sic) ; vous pouvez rentrer dans le sein de vos familles, vos services sont
inutiles pour le moment, votre but était de les protéger, allez assurer leur subsistance et leur bonheur ;
je suis loin de désirer d’avoir besoin de remettre votre zèle à une nouvelle épreuve mais je compte sur
vous s’il était nécessaire, rece-vez mes remerciements particuliers pour le zèle que vous avez témoigné
et de la preuve duquel chacun de vous peut me demander une attestation avant votre séparation.
Les hommes réfugiés des différens (sic) corps de l’armée appartenant essentiellement au service
ne peuvent se retirer, il sera pris des mesures ultérieures à leur sujet, lorsque l’on aura reçu des ordres
sur la direction à leur donner.
Le colonel commandant le corps franc de la 3e Division militaire.
Signé BOUTAY.
L’ordonnance définive de dissolution des corps francs parut le 6 mai 1814.
MINISTÈRE
de la Guerre
=========
Louis, par la grâce de Dieu, Roi de France et de Navarre, Sur le rapport du Commissaire au
Département de la Guerre, Nous avons arrêté et arrêtons ce qui suit :
Art. 1er Les corps de partisans qui ont été organisés en vertu du décret du 4 janvier dernier, sont
dissous.
Art. 2. Les hommes qui les composent qui appartiennent à l’armée et ceux qui veulent continuer à
servir seront incorporés dans les Régimens (sic) de la Ligne, les autres seront renvoyés dans leurs
foyers. Le Commissaire du Département de la Guerre est chargé de l’exécution du présent.
Donné au Palais des Tuileries, le 6 mai 1814.
Signé LOUIS Le Commissaire au Département de la Guerre
Par le Roi
Signé Le Général Cte Dupont Le Secrétaire d’État provisoire
Pour ampliation
Signé le Bon de Vitrolles Le Secrétaire Général 60.
Le Journal général du 19 mars 1815 nous confirme l’existence (toute relative) de corps francs
royalistes (sans doute pas concernés par l’arrêté précédent). En effet, il relate que 28 000 hommes
augmentés de tous les corps francs se porteront au devant de l’usurpateur pour l’arrêter…
Les Cent-Jours et les corps francs de 1815
Pour les historiens, les Cent-Jours désignent la période de notre histoire comprise entre le 1er mars,
date du retour en France de l’empereur, et le 18 juin 1815.
Après l’abdication, le traité de Fontainebleau, signé le 11 avril 1814, avait stipulé que Napoléon
gardait son titre d’empereur, qu’il obtenait la pleine souveraineté de l’île d’Elbe ainsi qu’une rente de
deux millions de francs payée par le gouvernement de la Restauration. Quant à l’impératrice Marie-Louise,elle se voyait attribuer les titres de duchesse de Parme, de Plaisance et de Guastalla. Le 20 avril,
Napoléon fit ses adieux à Fontainebleau et le 4 mai, Louis XVIII, frère du roi guillotiné le 21 janvier 1793,
faisait son entrée triomphale dans Paris.
Comme cela était prévisible, le traité de Fontainebleau n’a jamais été respecté et, non seulement la
rente que devait toucher l’Empereur n’a jamais été versée, mais celui-ci apprit que, dans les couloirs du
congrès de Vienne, on envisageait très sérieusement de l’exiler plus loin encore, aux Açores ou même dans
l’île de Sainte-Hélène au large de l’Afrique équatoriale. Pire, son favori, Cipriani61, envoyé en Autriche
dans les dernières semaines de 1814, lui apprit la trahison et l’infidélité de son épouse Marie-Louise
partie pour régner à Parme à titre viager. Napoléon comprit alors qu’il ne reverrait jamais son fils
Napoléon, roi des Romains déchu mais dont on entendait faire bien vite un prince autrichien appelé à
porter le titre de duc de Reichstadt à compter du 22 juillet 1818.
Il décida alors de revenir et débarqua le 1er mars 1815 à Vallauris (06), en plein jour, en présence
de douaniers n’en croyant pas leurs yeux.
En général, le retour de Napoléon fut plutôt bien accueilli sauf en Vendée où l’empereur devra
envoyer 40 000 hommes pour rétablir l’ordre, dans l’Aveyron et dans quelques autres départements.
On sait la suite et c’est dans le cadre de cette lutte contre les armées alliées bien décidées à envahir
la France pour y mettre fin au régime impérial que les corps francs furent à nouveau appelés à intervenir
suite au décret de formation de corps francs dans les départements frontières (22 avril 1815) :
Au Palais de l’Élysée, 22 avril 1815
NAPOLÉON, EMPEREUR DES FRANÇAIS ;
Nous avons décrété et décrétons ce qui suit :
ARTICLE PREMIER.
Il sera organisé un ou plusieurs corps francs dans chacun des départements frontières de
l’Empire.
Ces corps francs porteront le nom de leur département, et, dans les départements où il y en aura
plusieurs, ils se distingueront par le numéro d’ordre de leur formation.
ART. 2.
Les individus qui auront les qualités nécessaires pour lever un corps franc s’adresseront au
ministre de la Guerre ou au préfet. Le préfet, après s’être concerté avec le Commandant du
département et le Commandant de la gendarmerie, enverra au Ministre de la Guerre son rapport sur
les services, l’expérience et la capacité de l’Officier qui aura demandé à lever un corps franc, ainsi que
sur l’influence dont il jouit dans le département.
ART. 3.
Les officiers admis à lever un corps franc seront brevetés par nous. L’officier breveté par nous
pour lever un corps franc pourra donner des commissions de Capitaines, Lieutenans (sic), Sous-
lieutenans (sic) et Sous-officiers. Il enrôlera des hommes de bonne volonté, soit parmi les gardes
nationales qui ne feront pas partie des compagnies actives, soit parmi les soldats en retraite, soit parmi
les gardes forestiers et autres employés, sous quelque titre que ce soit ; bien entendu que ceux-ci ne
pourront être distraits de leurs fonctions qu’au moment où le département serait envahi.
ART. 4.
L’infanterie et la cavalerie de ces corps seront organisées comme l’infanterie et la cavalerie des
troupes légères.
Ces corps ne seront tenus à aucun uniforme régulier.
Le maximum de leur formation sera de mille hommes pour l’infanterie, et de trois cents pour la
cavalerie.
L’infanterie sera armée indifféremment de fusils de guerre et de fusils de chasse.
La cavalerie, étant de l’arme des lanciers, aura une lance sans banderole.
ART. 5.
Les corps francs s’armeront, s’équiperont et se monteront à leurs frais. Ils ne recevront aucune
solde ni de guerre ni de paix ; ils auront droit aux vivres de campagne, mais seulement au moment de la
guerre.
ART. 6.
Les corps francs pourront avoir deux pièces de canon de 3 ou de 4, et dans ce cas le matériel leur
sera fourni de nos arsenaux.
Ils seront tenus toujours d’avoir avec eux de la poudre et des balles pour six cents coups.
ART. 7.
Si l’ennemi venait à entrer dans un de nos départemens (sic), les corps francs se placeraient sur
ses derrières pour intercepter ses convois, ses courriers, ses Officiers d’ordonnance et Aides de camp,et tous ses hommes isolés. Ils bivouaqueront toujours dans les bois, dans les lieux escarpés, ou sous la
protection des places fortes.
ART. 8.
Tout ce que les corps francs prendront sur l’ennemi sera de bonne prise et à leur profit. Les
canons, caissons et effets militaires seront achetés par l’État au prix des trois-quarts de leur valeur.
Chaque prisonnier fait à l’ennemi, qu’ils remettront à la gendarmerie ou au dépôt dans les places
fortes, leur sera payé 30 francs.
Il leur sera payé :
100 f. pour chaque Lieutenant ou Sous-lieutenant qu’ils prendront, 200 pour un Capitaine,
500 pour un Chef de bataillon ou Major,
1,000 pour un Colonel,
2,000 pour un Général ou Maréchal-de-camp,
4,000 pour un Lieutenant général.
Les prisonniers qu’ils feront sur les Officiers civils à la suite de l’armée ennemis leur seront
payés suivant l’assimilation du grade.
Tous trésors, bagages, qu’ils prendront leur appartiendront.
Tout Aide de camp, Officier d’ordonnance, Courrier ou Porteur d’ordre de l’armée ennemie,
qu’ils prendront, leur seront payés à raison de 2,000 francs.
La répartition de ces sommes et profits sera faite d’après un règlement que dressera notre
Ministre de la Guerre sur les principes de partage adoptés pour les armements en course dans la
guerre maritime.
ART. 9.
Il pourra être également formé des corps francs dans les départements de l’intérieur.
Ils ne sortiront de leurs départements qu’au moment où les hostilités éclateront, et ils pourront
se diriger sur la frontière de leur choix, en prenant les ordres du Ministère de la guerre.
ART. 10.
Nos Ministres de la guerre et de l’intérieur sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de
l’exécution du présent décret.
Signé NAPOLÉON.
Par l’Empereur :
Le Ministre Secrétaire d’État,
Signé LE DUC DE BASSANO.
Le Ministre de la Guerre,
M.al PRINCE D’ECKMUHL
Quatre jours plus tard, le 26 avril 1815, le ministre de la Guerre adressait cette circulaire à tous les
commandants de places fortes pour leur demander d’œuvrer en synergie avec les corps francs et de garder
les prisonniers et le matériel saisis par ceux-ci lors de leurs opérations contre l’ennemi. Quant aux
chevaux enlevés aux alliés, ils ne devaient conserver que ceux qui leur étaient strictement nécessaires.
MM. les Commandans (sic) des Places fortes, les Commissaires des guerres.
Je vous envoie, Monsieur, le décret de l’Empereur, sur l’organisation des Corps francs.
Les Commandans (sic) des places fortes y verront que ces Corps francs sont autorisés à se
réfugier sous leur protection, et qu’ainsi ils doivent leur prêter tous les secours qui seront en leur
pouvoir, et dont ils auront sur-tout (sic) besoin dans le cas de l’envahissement total du département :
les Corps francs, même dans ce cas, ne devant point le quitter.
Les Commandans (sic) des places doivent sentir combien le secours des partisans leur deviendra
précieux, dans un moment où ils se trouveront livrés à eux-mêmes, soit pour obtenir des nouvelles de
l’ennemi, soit pour faire des diversions, ou entreprendre sur les troupes de siège ou de blocus, gêner
les communications de l’ennemi, etc. Ils recevront tous les prisonniers ennemis que les Corps francs
auraient faits, et qu’ils ne pourraient mettre en sûreté autre part que dans leurs places, et leur en
donneront des reçus détaillés qui contiendront l’énoncé des grades de ces prisonniers. Ces pièces,
constatées par les Inspecteurs aux revues et les autorités civiles et locales serviront aux paiemens (sic)
des sommes promises aux Corps francs par le Gouvernement pour les prisonniers. Ils recevront
également tous les objets matériels, surtout ceux d’artillerie, et les munitions de bouche, pris sur
l’ennemi que les Corps francs leur donneront en dépôt, soit pour les conserver, soit pour les vendre aux
habitants, soit pour être acquis par le Gouvernement ; et dans tous les cas, ils leur en donneront des
reçus certifiés, soit pour garantir leur propriété, soit pour leur faire payer par le Gouvernement les
objets dont il s’est réservé l’acquisition ou qui seraient utiles à la place.
Ils ne recevront de chevaux pris sur l’ennemi que ceux qui seraient utiles au service de la place ;les autres doivent être vendus extérieurement pour ne pas consommer inutilement les
approvisionnements de siège en fourrage. La remise de tous ces objets sera constatée par un procès-
verbal qui restera déposé aux archives de la place.
Ils sont autorisés, aux termes du décret, à confier indéfiniment à un Chef de Corps francs deux
pièces de 4 ou de 3 avec les munitions nécessaires, lorsqu’ils le jugeront utile au bien du service.
L’article 5 du décret décidant qu’au moment de la guerre, les Corps francs recevront les vivres
de campagne, les Commissaires des guerres, sans autre ordre que la nouvelle de commencement des
hostilités, sont tenus de leur délivrer, d’après les états de situation certifiés par les Sous-préfets ou les
personnes commises par les Préfets pour faire fonction de Sous-inspecteurs aux revues.
En cas d’invasion et lorsque les Commissaires des guerres manqueront des moyens d’évacuer
leurs magasins dans les places fortes ou dans l’intérieur, ils sont autorités à se concerter avec les
Chefs de Corps francs, pour les leur remettre en totalité ou en partie, afin que ceux-ci, en les divisant
et les évacuant sur différens (sic) points sûrs, les dérobent à la connaissance de l’ennemi, et puissent
s’en servir dans la suite pour leur propre subsistance. Ces sortes de remises seront faites sur procès-
verbal dûment légalisé, et ces vivres seront imputés sur ceux alloués aux Corps francs par le
Gouvernement.
J’ai l’honneur de vous saluer avec considération
Le Ministre de la Guerre
Signé Maréchal Prince d’ECKMUHL
Pour ampliation :
Le Maréchal-de-camp, Secrétaire général
CÉSAR DE LA VILLE 62
En 1815, Napoléon avait pris toute la mesure des services que pouvaient rendre les corps francs. Il
détacha une soixantaine d’officiers dont une dizaine de la Garde impériale et six officiers d’état-major
pour encadrer ces unités alors qu’en 1814, il n’avait engagé comme officiers vraiment valables que les
frères Brice, Gustave de Damas, Junker et Bertrand.
Durant les Cent-Jours, les corps francs seront fortement impliqués dans les plans de campagne de
l’armée, assimilés à des troupes de reconnaissance ou des unités auxiliaires alors qu’en 1814, les ordres
du jour militaires ne men-tionnaient pas même leur existence.
Contrairement à ce qui s’était produit en 1814, les candidatures pour former des corps francs
affluèrent au ministère de la Guerre, preuve que le retour des Bourbons n’avait pas vraiment répondu aux
attentes des Français et que la première invasion avait laissé des souvenirs et des traces qu’on ne voulait
pas voir se renouveler. On en a dénombré plus de 200 dont voici quelques exemples parfois un peu
atypiques et parfois même franchement étonnants.
Si les candidatures pour commander des corps francs se multipliaient, les effectifs des volontaires
demeurèrent assez modestes pendant les Cent-Jours.
Henry Houssaye, publiant le recensement des forces de l’armée, fait état, à la date du 15 juin 1815,
de 6 000 partisans et corps francs. C’était sans compter les gardes forestiers, les douaniers et les paysans
qui se levèrent ça et là dès que des troupes étrangères foulèrent à nouveau le sol national. C’était aussi
faire abstraction des corps francs, pas toujours recensés, attendant dans leurs foyers l’appel au combat.
Les propositions de corps francs en 1815
L’élan populaire qui se manifesta lors du retour de Napoléon de l’île d’Elbe dans son envol de
clocher en clocher jusqu’aux tours de Notre-Dame, sans tirer un seul coup de fusil, se confirma à travers
les démarches que formulèrent un certain nombre d’individus afin de former un corps franc.
Anciens militaires, serviteurs de l’État dans l’administration impériale, ou parfois simples
particuliers ; mais à étudier ces documents, l’enthousiasme que suscitait le rétablissement du régime
impérial transpire.
Beaucoup de ces demandes étaient fantaisistes, mais elles traduisaient cependant l’état d’esprit
d’une population qui aspirait au retour de l’Empereur. Toutes les candidatures n’auront pas une suite
favorable.
Certaines seront traitées pour rassembler les hommes de bonne volonté sous la houlette d’un chef
charismatique. Notons que si nous sommes parvenus à sortir un assez grand nombre de de ces noms de
l’oubli, il en existe probablement encore quelques-uns ayant échappé à nos cinq années de recherches.
Lettre d’une ci-devant comtesse émigrée, fille d’un général
La crainte que mes premiers hommages à votre Majesté n’aient pas tombé sous vos yeux me porteà en offrir la répétition en les réitérant. Daignez en les agréant accepter mes services et ceux de ma
famille ; de tous les miens, et l’offre de ceux de mes vas-seaux (sic). Etc.
Je suis fille aînée d’un Maréchal de Camp, « le général Grant » 63 , mort récemment en adorant
votre nom.
J’ai eu dernièrement l’honneur de présenter à son Excellence, votre Ministre de la Guerre [le
prince d’Eckmühl] le projet d’un plan proposé par un de mes neveux, pour lever un corps d’Étrangers,
principalement d’Écossais (ses compatriotes) dont nous sommes certains du zèle pour le service de
votre Majesté.
Nous nous empressons d’expliquer les avantages et succès assurés que leur diffé-
rente tactique promet.
Ayant toujours suivi des yeux, avec avidité, les traces brillantes de vos nombreuses campagnes,
rien ne saurait ajouter à notre admiration pour votre Majesté, mais elle est accompagnée par
l’affection que nous inspire votre bonté et la gratitude pour vos bienfaits, dont déjà j’ai ressenti
l’influence dans l’accueil et la récompense flatteuse que j’ai reçue pour l’ouvrage [Les Saisons] que
j’ai dédié à sa Majesté, le jeune roi de Rome.
Je suis avec le plus profond respect
Sire, de votre Majesté
la très humble et dévouée sujette
Agathe (ci-devant comtesse) de Fouchécour 64
Née Grant.
Un ancien officier de la Garde
Alexis Donon, ancien officier des lanciers de la Garde, veut lui aussi former un corps de partisans.
Il s’adressa directement à l’Empereur en lui rappelant ses états de service : Hussard depuis 1793,
brigadier, maréchal des logis au 6e Régiment, élève de l’École d’Équitation de Versailles, envoyé
comme instructeur en chef des vélites de la Garde hollandaise, nommé par Votre Majesté, instructeur
dans le 1er régiment de lanciers de votre garde, passé sous-adjudant major dans votre 3e Régiment
aussi de la Garde formé en Russie et chargé de l’instruction, maintenant lieutenant instructeur faisant
fonction d’adjudant major dans le 7e Lanciers polonais… Seul auteur de la manière de placer la lance
sur le cheval pour combattre à pied… Il rappelait en marge qu’il était connu des généraux Dumoustier,
Thuraut [Turreau], Baumont, duc de Bassano et autres personnages de haute distinction. Puis, fort de ses
24 années d’expérience militaire, il dresse, sans complaisance, un bilan des forces ennemies que les corps
francs auront à affronter : Je dirai que les hussards hongrois sont biens et fermes… qu’ils sabrent et ne
savent point pointer… les dragons, je ne citerai que ceux de Latour tirés du Pays Bas, les cuirassiers
pas mauvais et enfin la cavalerie autrichienne est la meilleure des puissances alliées.
Il poursuit : La Prusse : il y a quelques bons régiments de cavalerie… mais peu.
Ils ne valent pas la peine de s’en occuper.
– La Russie : la cavalerie régulière ne vaut pas celle de l’Autriche. Les Cosaques sont la plus
mauvaise cavalerie de l’Europe…
– L’Angleterre : la cavalerie anglaise était bien mauvaise dans nos premières campagnes, elle
s’est un peu bonifiée
– La Hollande : la cavalerie hollandaise est la plus mauvaise cavalerie sous tous les rapports. Je
ne m’en occupe pas.
– Les Saxsons (sic) : Bonne cavalerie, dans son petit nombre. Les autres troupes de la
Confédération, je n’en parle pas
– Pays Bas : Bonne cavalerie, excellente infanterie mais cette cavalerie est comme la cavalerie
française, mal montée à cause de la pénurie des cheveaux (sic).
Avec la bravoure, le Français surmonte cet inconvénient.
Et de conclure : Je me réserve une instruction et exercice et manœuvre particulière pour les
partisans.
Ce diagnostic sur les forces en présence était précédé d’un petit mémento de son crû sur les Genres
de Combats que doivent observer les Partisants (sic)
Art 1er: Jamais en masse ou rarement
2. Manière de combattre contre les hussards
3. Manière de combattre contre les lanciers
4. Manière de combattre contre les dragons5. Manière de combattre contre la grosse cavalerie 6. Manière de combattre contre les Cosaques
7. Manière de combattre l’infanterie
8. Manière de combattre et enlever l’artillerie.
Cet adjudant major, donneur de leçons, précisait pour conclure ce cours magistral dispensé à celui
qui avait su mettre l’Europe à genoux : Relativement aux grandes Ruses de Guerre, le bon chef de
Partisans doit se les réserver sous chapeau, même ne doit pas les connaître. Ou il doit les bruller (sic).
Il donnera seulement des instructions aux officiers sur les oppérations (sic) militaires 65.
Il acheva son Mémorandum avec une note intitulée : Idées d’un ancien officier de cavalerie sur la
formation et l’utilité d’une Légion dite la Légion Noire ou Lanciers de la Mort… qui portera la terreur
chez l’ennemi. Pour donner encore davantage de crédit à sa missive, il ajouta à ses états de service
quelques anecdotes propres à montrer son esprit d’intiative en toutes circonstances : Dans la campagne
d’hiver en Hollande, j’ai fait mettre à terre les manteaux de mes hussards sur la glace à effet de passer
et surprendre un poste de hussards noirs, lequel fut pris. J’ai tué un adjudant général prussien dans le
bois de Vicogne à cette même affaire. Pris un colonel anglais.
Dans la campagne de Russie, j’échappai les débris de mon 3e régiment à 60 lieues de toute
communication, fis couper les ponts de bateaux établis sur le Niemen et sauvai les derrières de l’armée.
Je tuai deux cosaques de ma main. Dans la retraite, je fus chargé par Mgr le maréchal Bessières
d’aller à Dantzig enlever un convoi d’armes considérable avec lequel je traversai toute la Prusse à la
barbe de l’ennemi. La croix me fut promise trois fois, je l’obtins dans le dernier gouvernement. J’en
demande une confirmation.
Lettre adressée de Metz par Dulocle le 22 avril 1815
Cette missive de quatre pages superbement calligraphiées porte en marge la mention Dévouement
absolu à SA MAJESTÉ L’EMPEREUR, LE GRAND NAPOLÉON – Idée soumise très respectueusement et
POUVANT, DANS LA CIRCONSTANCE, ÊTRE PRISE EN CONSIDÉRATION.
Après avoir rappelé son ardent amour pour SA MAJESTÉ L’EMPEREUR, Dulocle explique : Les
armées françaises n’ont point comme celles d’Allemagne de ces corps dit francs-chasseurs ou francs-
tireurs. Ceux-ci sont armés d’une carabine et d’un sabre. Toujours en avant des armées et servant
d’éclaireurs, ils sont de la plus grande utilité et font un grand dégât aux avant-postes et surtout aux
vedettes et sentinelles. Le courage français rendroit [rendrait] un corps de ce genre plus utile et plus
redoutable encore.
Je me rappelle que dans les campagnes que je fis sur le Rhin, la Meuse et la Moselle, etc., ces
troupes nous firent beaucoup de mal et nous tuèrent plusieurs officiers supérieurs et entr’autres, près
de Coblenz, le général Marceau 66 . Au siège de Luxembourg, en 1794, elles nous détruisirent, depuis
les glacis, beaucoup de vedettes et de sentinelles.
Elles sont difficiles à voir et à atteindre. Un arbre, une haie, un buisson, une motte de terre les
couvrent et les cachent aux yeux de l’ennemi. Dans les pays de bois, de forêts, de chemins creux, ces
troupes sont inappréciables. Une seule compagnie dans un corps d’armée détruirait plus de monde
partiellement qu’un régiment entier dans un combat. Rien de meilleur pour la découverte. Les positions
de l’ennemi, l’occupation des postes, les marches et mouvemens (sic) sont en premier à leur
connaissance.
Ils marchent épars à une certaine distance et toujours couverts. Ces chasseurs font bonne
embuscade, pénètrent dans les villages en filant entre les vedettes et sentinelles qu’ils détruisent soit
avant soit après. Les généraux ne peuvent avoir de renseignements plus sûrs, plus prompts et plus
circonstanciés que par ces avant-coureurs. Plus qu’aucunes autres troupes, ils sont propres à donner
de fausses allertes (sic) à l’ennemi, pour établir de fausses attaques et faire supposer un mouvement
d’un corps d’armée où il n’est pas tandis que celui-ci va oppérer (sic) ailleurs, etc., etc., etc.
Un semblable corps, de notre Nation, établi et exercé par de vrais militaires et chasseurs, serait
infiniment supérieur à ceux des Allemands toujours peu hazardeux (sic) et beaucoup poltrons.
Il serait facile de mettre en prompte activité un semblable corps dont un bataillon suffiroit à un
corps d’armée. Un simple appel à la jeunesse (qui aime toujours la chasse) donnerait bien vite de quoi
le composer. S’il a lieu, je crois répondre à VOTRE
ALTESSE d’un grand nombre de jeunes gens des Départemens (sic) voisins, que les Alliés
occupent maintenant. Je connais leur esprit pour NOTRE AUGUSTE EMPEREUR.
Deux choses principales seraient à exiger ; sur les frontières allemandes, de savoir l’allemand,
sur celles des Pays-Bas, de savoir le flamand. C’est facile à rencontrer.
L’exercice comme les manœuvres ne seraient ni difficiles ni longues à apprendre.
Dès le principe il ne s’agirait que de savoir bien charger, tirer juste et se rallier au signal.
Il ne serait pas nécessaire pour le moment d’avoir des carabines absolument uniformes maisseulement de celles qui se chargent avec la simple baguette de fer. Chaque franc-tireur aurait le moule
du calibre de la carabine. Le capitaine aurait à sa suite le plomb nécessaire pour la fonte des balles
qui se confectionneraient en cartouches par No de carabine et d’homme aux instans (sic) et lieux
convenables.
L’uniforme devrait être peu apparent mais tel que gros verd (sic) sans revers ni paremens (sic) de
couleur ; l’habit croisé avec boutons de cuivre, doublure et retroussis couleur de feuilles mortes. Veste
ou gillets (sic) ventre de biche. Culotte longue ou pantalon verd (sic) comme l’habit avec passe poils
couleur du gillet (sic). Petites guêtres grises ou noires. Chacot (sic) vert clair, quarré et plat, orné
couleur serein (sic).
Sabre en ceinturon ; petite giberne et sac de chasse. Trompettes et fifres de voltigeurs.
Comme tout Français concourera (sic) à repousser l’audace de nos ennemis et à défendre la
cause de notre AUGUSTE EMPEREUR, LE BIEN AIMÉ, je suis presque certain qu’avant un mois,
VOTRE ALTESSE aura sur les frontières plusieurs bataillons de brâves (sic) francs-chasseurs… 67
68Le baron de Haynau
La désintégration de la Confédération du Rhin n’empêcha pas la fidélité de quelques sujets de se
faire jour. Ainsi, le baron de Haynau, fils naturel de l’électeur de Hesse, qui avait d’abord servi dans les
troupes de son père, était ensuite passé au service du grand-duc de Bade qui l’avait fait conseiller d’État et
directeur général de la Police à Karlsruhe. Depuis longtemps, M. de Haynau s’était fait remarquer pour
son attachement au système français.
Avec l’invasion de ces États par les Alliés, sa position devint intenable et l’exposait de plus en plus
aux persécutions des ennemis de l’Empire. Il avait donc donné sa démission au grand-duc de Bade et
s’était retiré à Paris au 130, rue de Vaugirard. Sa loyauté envers l’Empereur le poussa à demander, dans
une lettre du 3 mai 1815, d’être en charge du commandement d’un corps franc constitué de déserteurs des
troupes allemandes qui n’avaient pas toujours voulu retourner leurs canons contre d’anciens frères
d’armes.
L’Empereur, naturellement, agréa cette demande et le ministère de la Guerre transmit un décret de
nomination le 29 mai69.
Signalons en outre que le baron de Haynau avait eu deux frères tués pendant la campagne de
Russie70 et qu’il était en outre le demi-frère du général badois Heimrod71 qui avait été tué le 3 septembre
1813 dans les rangs de la grande Armée à Teplitz72.
On trouvera en fin d’ouvrage la longue liste d’autres personnes qui ont demandé à former des corps
francs en 1815 (annexe n° 2).
Pour assister les chefs de corps francs agréés par le ministère de la Guerre et ipso facto assimilés
au grade de colonel avec pouvoir de donner des commissions de capitaines, de lieutenants, de sous-
lieutenants et de sous-officiers, les autorités militaires détachèrent, pour encadrer les volontaires, une
soixantaine d’officiers de la régulière dont une dizaine de la Garde impériale et six officiers d’état-major.
En outre et fort de l’expérience de l’année précédente, on avait eu la sagesse de supprimer le distinguo
entre les partisans devant se limiter à harceler les arrières de l’ennemi et les corps francs appelés à
combattre en auxiliaires des troupes régulières. Les corps francs de 1815, écrit Rémi Blachon alors que
souvent on ne les nommait plus ainsi mais compagnies franches, celles-ci incluant les unités de partisans,
étaient destinés, en cas d’invasion, à se placer sur les arrières de l’ennemi, à intercepter ses convois,
ses courriers, ses officiers d’ordonnance et aides de camp, à attaquer ses hommes isolés 73 . Ils
devaient constituer une force d’appoint non négligeable, quelque 10 000 hommes répartis dans toute la
France mais avec des contingents plus importants en Lorraine, en Alsace et en Picardie, c’est-à-dire dans
les régions où les forces alliées étaient attendues. Une force d’appoint pour épauler une armée encore
redoutable mais bien affaiblie par les pertes subies pendant les campagnes de Russie et d’Allemagne sans
oublier les combats désastreux de 1814. La cavalerie où on ne dénombrait plus que 18 000 hommes n’était
plus que l’ombre d’elle-même et on n’avait plus de quoi vêtir une armée presque réduite au dénuement. Il
n’y avait plus une aune de drap dans les magasins. Cette pénurie qui fit souffrir les troubles régulières sera
encore plus durement ressentie par les corps francs qui, plus qu’en 1814, ne pouvaient vraiment plus
compter que sur eux-mêmes.
La suite des évènements et l’écrasante défaite prématurée et ô combien imprévisible de Waterloo fit
que les corps francs n’eurent pas le temps d’être opérationnels et vraiment mis à contribution. Par ailleurs,
en dépit de leur courage, la tâche de ces combattants de l’impossible eût été bien rude tant ils manquaient
de presque tout mais aussi et surtout de chevaux.Cependant, le maréchal Davout, nommé ministre de la Guerre avait fait merveille en des temps
records. Charles Mullié nous indique que tous les ordres, toutes les instructions émises par le maréchal
prince d’Eckmühl peuvent être considérés comme des modèles d’organisation tant pour l’offensive que
pour la défensive. À Paris, on fabriquait ou l’on réparait jusqu’à 2 000 fusils par jour; l’activité de
toutes les manufactures d’armes fut quadruplée ; le ministre de la Guerre fit donner à la cavalerie 12
000 chevaux de gendarmes tout dressés, et quinze jours après ceux auxquels on avait payé comptant le
prix de leurs chevaux, se trouvaient déjà remontés. On verra que ce fidèle parmi les fidèles continuera à
faire trembler des Alliés même après la défaite de Waterloo.
Du 14 au 18 juin, les désastres militaires se succédèrent malgré la prise brillante de Charleroi et en
dépit de défections comme celle du lieutenant général Bourmont, chef d’état-major du 4e corps, qui, ayant
refusé de signer l'Acte additionnel aux constitutions de l’Empire, avait rejoint Louis XVIII réfugié à
Gand. L’Empereur espérait encore et puis ce sera Waterloo : Blücher à la place de Grouchy !
Davout, dont nous avons déjà souligné l’efficacité en 1814, reçut le commandement général de
l’armée sous les murs de Paris après la bataille de Waterloo à laquelle il n’avait pas participé. Le 3 juillet
1815, quinze jours après la terrible défaite, il se disposait encore à livrer bataille à Wellington et à
Blücher, lorsqu’il reçut du gouvernement provisoire l’ordre de traiter avec l’ennemi. Ce même jour, il
signa donc, à Saint-Cloud, la Convention de Paris74, d’après laquelle l’armée française devait se retirer
derrière la Loire. Le 6 juillet, le prince d’Eckmühl se mit à la tête des troupes qui abandonnaient la
capitale ; avant de partir, il avait fait disposer dans le fort de Vincennes environ cinquante mille fusils, en
donnant des ordres pour que ce fort ne fût, en aucun cas, livré à l’étranger. Il organisa l’armée française en
deçà de la Loire en faisant évacuer sur La Rochelle tous les objets de valeur du musée d’artillerie et,
pendant sa route, il fit jeter dans les places fortes près de treize mille pièces de canon qui furent ainsi
conservées à la France. Quand les Autrichiens franchirent le fleuve, il lui suffit de les menacer d’une
bataille pour que ceux ci fissent chemin inverse. Son seul nom, celui d’un maréchal invaincu, suffisait à
faire trembler ses adversaires, même après l’abdication de Napoléon. Davout dut cependant se résoudre à
faire sa soumission au gouvernement royal le 14 juillet. Il remit alors le commandement de l’armée au
maréchal MacDonald chargé de la licencier. La combativité de ce maréchal d’Empire explique en grande
partie pourquoi des civils, des militaires et des corps francs continuèrent à croire à l’impossible, même
après Waterloo, même après l’abdication de l’Empereur, même après l’embarquement de celui-ci pour
l’île de Sainte-Hélène.
On avait même pensé recruter des prisonniers de droit commun
Une note du ministère de la Guerre en date de mai 1815, signée du chef de bureau Deschamps
indique : Le sieur Marchand de Repainville [qui avait adressé une lettre à l’Empereur le 10 mai 1815]
propose de réunir en corps d’ar-mées pour faire le service de partisans les hommes détenus dans les
prisons pour des motifs autres que des crimes. La plupart de ces individus âgés de 18 à 40 ans ont déjà
porté les armes ; l’auteur de ce projet avance qu’il s’en trouve 8 à 900 dans les maisons de détention
de Paris [Bicêtre et Sainte-Pélagie] et qu’en étendant cette mesure à toutes les villes, on pourrait avoir
20 000 hommes, bons soldats et disposés à repousser l’ennemi.
On ne pense pas qu’il soit convenable d’adopter une pareille ressource et on propose de
répondre que les hommes dont il s’agit ne pourraient être mis sans inconvénients dans des cadres de
troupes régulières, à (ce) que leur moralité les rend encore moins propres à former des corps francs.
La méfiance gouvernementale à l’égard des corps francs
Lazare Carnot, qui s’était volontairement éclipsé de la vie politique à l’avènement de l’Empire,
avait repris du service dès qu’il avait senti la patrie en danger. Lui qu’on appelait « l’organisateur de la
victoire » et qui avait fait des merveilles aux pires heures de la Révolution connaissait parfaitement les
travers des hommes et avait une idée bien arrêtée sur les troupes franches.
Aussi, en sa qualité de ministre de l’Intérieur, fit-il passer cette note à tous les préfets le 30 avril
1815 :
Monsieur le Préfet, un décret rendu par Sa Majesté l’Empereur le 22 de ce mois, ordonne
l’organisation de corps francs dans les départements frontières de l’Empire, et accorde la faculté de
lever dans l’intérieur de semblables corps, mais qui ne devront quitter leurs départements qu’après que
les hostilités auront éclaté.Le Ministre de la Guerre devant vous adresser à ce sujet des instructions particulières, je me
bornerai à vous inviter à seconder de tous vos efforts l’exécution du décret, et à m’informer exactement
des mesures qui seront prises, à cet effet, dans votre département, et des résultats qu’elles obtiendront.
Je crois superflu de vous recommander, Monsieur le Préfet, de veiller à ce que la formation des
corps francs ne devienne pas pour quelques individus un moyen de se soustraire au service actif de la
Garde nationale ; j’appellerai votre sévérité sur la répression de cet abus, si jamais il existait dans le
département dont l’administration vous est confiée.
Preuve s’il en était encore besoin qu’aux côtés de vrais patriotes, on pouvait aussi trouver, dans ce
genre d’unités, des individus peu recommandables qui cherchaient uniquement par le biais de leurs
engagements un moyen de se soustraire à leurs obligations légales.
L’organisation de la défense en 1815
Le 23 mai 1815, depuis son Q.G. de Metz, le comte Gérard, commandant l’armée de la Moselle, crut
lui aussi utile d’alerter le ministre de la Guerre sur le manque d’armes et de munitions des corps francs :
Par une lettre datée de Nancy, le 19 de ce mois, monsieur le maréchal de camp Thiry, commandant du
département de la Meurthe, me rend compte que l’organisation des corps francs s’y exécute sur tous les
points, avec la même activité ; mais qu’il n’y a « aucun moyen de les pourvoir des armes et des
munitions pour les faire agir au besoin ».
J’ai déjà eu l’honneur d’informer Votre Excellence que cette pénurie se faisait également sentir
dans les autres départements et c’est ici le moment d’insister sur l’importance de faire établir dans
chacun d’eux un dépôt d’armes et de cartouches d’infanterie que l’on mettrait à la disposition de MM.
les généraux pour assurer l’armement et l’approvisionnement des corps francs et des gardes nationaux
car, malgré que le décret de Sa Majesté relatif à leur formation prescrive qu’ils doivent se pourvoir à
leurs frais de tous des objets, il n’y faut nullement compter, parce qu’il est suffisamm ent prouvé qu’ils
ne peuvent se pourvoir à leurs frais de tous ces objets et qu’il est donc impossible de songer à les
employer avec avantage 75.Des « partisans » anti-partisans
L’action des partisans fidèles à l’Empereur avait déjà été freinée dès 1814 par la création d’unités
franches favorables aux Bourbons. C’est ainsi, par exemple, que se créèrent des compagnies secrètes des
chasseurs d’Henri IV ou partisans royaux76. Hippolyte d’Espinchal77, officier de hussards sous l’Empire,
rallié aux Bourbons en 1814, avait été choisi pour animer ce corps et mener une action dans le Lyonnais et
le Forez. Appuyé par des groupes commandés par le comte de Fargues78 et le comte de Chabrol79, il se
rendit à Lyon pour y organiser ces fameux chasseurs d’Henri IV80. Vers la fin mai, ses effectifs
atteignaient près de 1 100 combattants répartis dans le Rhône et la Loire.
Ils avaient pour chefs quelques officiers, plusieurs jeunes hommes de la Maison du Roi et des
propriétaires recommandables par leur dévouement et leur fortune. L’objectif final assigné à
d’Espinchal était de s’emparer de Lyon où il se fomentait des complots. Il fixa le centre de ses opérations
militaires au bourg de Chevrières (42), dans les montagnes du Forez, non loin de Saint-Galmier (42). Au
milieu d’un bois et de ravins profonds, il est d’un accès difficile et d’Espinchal l’entoura de tous les
moyens possibles de défense en établissant des barrières, des palissades, des sauts-de-loup et des postes
de surveillance.
À compter de la nuit du 18 juin, et pendant près d’un mois, il entreprit des premières opérations de
guérilla dans le Forez et les monts du Lyonnais, luttant contre les gendarmes et les troupes de ligne. Se
portant d’abord sur Chazelles, il libèra les réfractaires qui étaient détenus dans les prisons de la ville, fit
arborer le drapeau blanc et s’empara des contributions… Après l’abdication de Napoléon, d’Espinchal et
ses partisans poursuivirent leurs actions pour rétablir Louis XVIII sur le trône et, à l’approche des troupes
austro-sardes, purent agir plus librement : le pouvoir impérial s’effondra, l’espoir changea de camp et les
vaincus d’hier devinrent les vainqueurs du jour81.
L’arrêté de Schwartzenberg
Alors que l’Empereur avait abdiqué depuis le 22 juin, les corps francs poursuivaient leurs actions
de guérillas et inspiraient toujours la plus vive inquiétude à la coalition. Si bien que Schwarzenberg, se
trouvant lors à Sarrebourg (57), publia le 3 juillet 1815 la proclamation suivante : Tout citoyen habitant
des villes ou des campagnes n’appartenant pas à un corps régulier, pris les armes à la main, se
qualifiant même de partisan ou de soldat soi-disant corps franc, sera regardé comme perturbateur du
repos public et fusillé sur le champ ; les villes et villages dont les habitants prendront les armes pour
leur défense seront réduits en cendres ; les maisons d’où partiront des coups de feu seront rasées et les
habitants tenus en prison jusqu’à ce qu’ils aient nommé le coupable. Des colonnes mobiles devront
parcourir tout le pays. Si un soldat allié est tué, il y aura dix mille francs d’amende pour la commune,
etc. 82
La dissolution des corps francs de 1815
Craints par les troupes d’invasion, les corps francs avaient aussi parfois laissé de mauvais
souvenirs dans la population. Rappelons que la plupart de ces hommes n’étaient pas payés, qu’ils devaient
satisfaire à leurs dépenses en se servant des prises faites sur l’ennemi. Mais, faute d’ennemis, c’était assez
souvent sur la population locale que ces hommes étaient tentés de se rattraper. On comprend mieux la lettre
adressée par Deschamps, chef de bureau, directeur général du recrutement :
Juillet 1815 (sans plus de précision sur le quantième du mois) Les plaintes sur les brigandages
auxquels se livrent les corps francs dans les différentes communes qu’ils parcourent commencent à
parvenir au ministre ; il est urgent de couper la racine de ce mal, en licenciant de suite ces corps, pour
prévenir les désordres qu’ils occasionnent. L’année passée, il suffira de rappeler à Son excellence, que
cette espèce de troupe ne se compose en général, que de ce qu’il y a de plus impur dans la Société. On a
en conséquence l’honneur de soumettre au ministre un projet d’ordonnance dont l’insertion dans les
papiers publiés, aussitôt qu’elle sera rendue, ne contribuera pas peu à calmer les inquiétudes des
citoyens.
Les dispositions de cette ordonnance seraient exécutées dans les différentes divisions militaires,
à mesure qu’on pourrait faire parvenir des instructions aux généraux qui les commandent.
Aussitôt dit, aussitôt fait. L’ordonnance parut le 20 juillet 1815 ainsi conçue :MINISTÈRE de la Guerre
=========
Louis, par la grâce de Dieu, Roi de France et de Navarre, à tous ceux qui ces présentes verront,
salut.
D’après le compte qui nous a été rendu sur les réunions connues sous le nom de corps francs,
Avons ordonné et ordonnons
Article 1er Tous les corps francs sont licenciés.
Art. 2 Tous les commandans (sic), officiers et soldats de ces corps se retireront dans leurs foyers.
Art. 3 Les généraux, officiers et soldats qui ne se conformeront pas à la présente ordonnance, ou
qui s’opposeraient au licenciement des corps francs, seront arrêtés et traduits devant les Conseils de
guerre, pour y être jugés conformément aux lois militaires.
Art. 4 Notre Ministre Secrétaire d’État de la Guerre est chargé de l’exécution de la présente
ordonnance.
Décret bilingue de l’archiduc Ferdinand ordonnant la dissolution des corps francs sous menace de
graves sanctions
Archives départementales du Haut-Rhin
Donné à Paris en notre Palais des Tuileries le 20 juillet 1815 et de notre règne le vint-unième
Signé LOUIS
Le Ministre de la Guerre
Signé Gouvion-Saint-Cyr
Pour ampliation
Le maréchal de camp
Secrétaire Général
Signé D’AlbignacQ u i d des corps francs ?
Tant en 1814 qu’en 1815, l’Empereur avait su recourir à des corps francs pour appuyer l’action de
ses troupes régulières, faisant sienne une idée qui avait déjà fait ses preuves, tant en France qu’à l’étranger
depuis des siècles.
Connus depuis le Moyen Âge, les corps francs sont des unités combattantes formées à l’extérieur de
l’armée régulière, dotées d’un encadrement autonome, utilisées et parfois même intégrées dans l’armée
officielle.
Cent compagnies franches de la Marine virent le jour à la demande du cardinal de Richelieu en 1622
et étaient destinées au service à bord des bateaux.
D’autres furent également mises en place le 15 avril 1689 par Louis Phelypeaux, secrétaire d’État à
la Marine de Louis XVI. Leur rôle était de servir exclusivement sur les vaisseaux du Roi. On ne saurait les
confondre avec les troupes royales aux colonies, « compagnies détachées de la Marine », chargées de
défendre nos possessions de 1664 à 1792.
De 1740 à 1761, on dénombra quantité de troupes franches dans le royaume de France créées sous
l’initiative du M. de S.83, qui préconisait cette stratégie. Lors de la réforme de l’armée au début du règne
de louis XVI, c’est le comte de Saint-Germain84, ministre de la Guerre, qui, en 1776, supprima la vénalité
des charges militaires, et, pour un temps, ces unités « irrégulières ».
De fait, d’autres corps francs apparurent pendant la Révolution : six légions levées par l’Assemblée
législative le 24 avril 1792 et 54 compagnies franches le 28 mai suivant. Sans attendre d’avoir pris
officiellement connaissance du décret, La Fayette chargea son ami Ransonnet85 de former une de ces
compagnies qu’il leva à Givet (08) et qui se trouva ainsi la première de celles qui apparurent en France en
vertu du décret du 28 mai. Même la légion des Ardennes, levée en juillet 1792 par ordre du général
Charles François du Périer dit Dumouriez, était constituée de compagnies franches et, le 12 du même mois,
les gardes nationaux qui se rendaient à la Fédération formèrent eux aussi de telles compagnies86. Comme
des patriotes avaient, peu après, pris spontanément les armes, ceux-ci furent autorisés par les représentants
du Peuple à mettre sur pied le Corps des Chasseurs basques, constitué de quatre compagnies franches.
Celles-ci avaient pour mission première de protéger les bourgs et villages contre les « brigands »
(qualificatif donné, par exemple, aux chouans de la Mayenne). Des unités de même nature verront le jour
lors de la guerre de 1870 et, généralement, lorsqu’on évoque les corps francs dans les livres d’histoire,
c’est presque systématiquement à ces derniers qu’on fait allusion. François Roth, dans son ouvrage La
Guerre de 1870 (Paris, Fayard, 1990), écrit qu’en août et septembre 1870 se forma un nombre
incalculable de corps-francs et de francs-tireurs. Une loi impériale de 1868 avait donné un statut légal
à ces corps de volontaires qui étaient tenus de s’habiller, de s’armer et de s’équiper à leurs frais...
Après les premiers combats au moment de l’invasion comme à Dannemois (91), dans la zone qui n’est
pas occupée mais seulement parcourue par des groupes de cavaliers prussiens et bavarois à la
recherche de ravitaillement de l’ar-mée assiégeante, de nombreux groupes... se livrent à une guerre
d’embuscades contre les groupes d’ennemis isolés.
À la différence des corps francs levés en 1814 et 1815 et qui, comme on le verra, concentrèrent
l’essentiel de leur action dans les départements frontières, ceux de 1870 harcelaient l’ennemi pour
desserrer l’étau formé autour de la capitale assiégée.
Pour la guerre de 1914-1918, les corps francs sont évoqués par Roger Vercel, dans son roman
historique Capitaine Conan 87. On en rencontre encore en 1918-1923 et, enfin, pendant la Seconde
Guerre mondiale, ces combattants de l’ombre ayant laissé leur trace dans l’histoire de notre pays sous le
nom de « résistants ». Le mode de recrutement, le fonctionnement interne et l’activité des résistants
correspondaient point par point à ceux de leurs aînés : de petites unités autonomes de volontaires, hors des
structures militaires classiques, absence systématique d’uniformes, grades à usage interne et non
systématiquement superposables à ceux de l’armée régulière, armement disparate, refuge fréquent dans les
montagnes ou les forêts et opérations « coups de poing » destinées à déstabiliser l’ennemi en le frappant là
où il ne s’y attend pas. Mais aussi, malheureusement, avec toujours la possibilité pour ces combattants, en
cas de capture, d’être traités comme des terroristes et donc fusillés comme tels, et, pour la population
civile, de subir de terribles représailles.
La France de 1814 et 1815, et cela est bien moins connu, leva elle aussi, à deux reprises, des corps
francs pour tenter de freiner l’invasion du pays par les troupes de la coalition alliée. À une différence près
et de taille : les troupes qui entraient en France à la fin de l’Empire bénéficiaient de la complicité
bienveillante d’une partie de la population, heureuse à l’idée de revoir un Bourbon sur le trône. Alors
qu’en 1870, 1914-1918, 1940-1944, l’ennemi sera clairement désigné sans la moindre ambigüité et propreà faire l’unanimité contre lui, il n’en alla pas de même en 1814 et 1815 où une division des esprits amenait
les uns et les autres à adopter des attitudes diamétralement opposées, dictées par la seule politique.
Étudier ces corps francs de la fin de l’Empire, c’est se heurter à plusieurs difficultés dont la
première réside dans les appellations nombreuses et variées de ces unités paramilitaires que d’aucuns
confondent même parfois avec les gardes nationales, les fédérations, etc.
On les retrouve certes sous les noms de corps francs mais aussi sous d’autres appellations :
compagnies franches, compagnies franches de cavalerie, corps de flanqueurs, francs-tireurs (de Macon,
etc.), légions (de l’Ouest, etc.), chasseurs de montagne, chasseurs des Alpes, chasseurs des Pyrénées,
chasseurs volontaires de la Meurthe, éclaireurs à cheval de la Côte-d’Or, lanciers chasseurs de la
Meurthe, tirailleurs (de Saône-et-Loire, etc.), miquelets, chasseurs à cheval (de la Seine-et-Marne, de la
Meurthe, du Lyonnais et même de la Vendée, qu’il ne faut surtout pas confondre avec les chasseurs à
cheval de la Garde impériale pas plus qu’avec ceux de la ligne ni avec le 22e chasseurs à cheval de la
Vendée), forestiers partisans, chasseurs forestiers (apparus pour la première fois en 1814) et même
guérillas pour reprendre le nom donné à ce type de combattants en Espagne. Cette diversité recouvre en
fait une même réalité : des volontaires civils ou d’anciens militaires retraités ou pensionnés, des jeunes
n’ayant jamais manié une arme et des moins jeunes, des paysans, des douaniers, des gardes forestiers et
même des artistes pourtant traditionnellement peu enclins à porter les armes, tous animés de la même
volonté de refouler l’ennemi hors des frontières. Sans oublier des réfractaires et des déserteurs qui
préféraient cette ultime façon de servir et de se faire pardonner plutôt que d’affronter le peloton
d’exécution.
On se demanda quels grades donner à leurs officiers.
Dans un rapport adressé au ministre de la Guerre le 7 février 1814, Lebarbier de Tinan jeta les
bases des grades à attribuer aux chefs des corps francs et partisans : plusieurs particuliers qui avaient
obtenu l’autorisation de lever des corps de partisans demandaient celle de porter la marque distinctive du
grade d’officier correspondant au nombre d’hommes dont les corps devaient être composés. Il parut
convenable de leur donner le moyen de se faire reconnaître par leurs subordonnés et par les diverses
autorités avec lesquelles ils se trouvaient en contact. J’ai l’honneur de proposer à son Excellence les
dispositions suivantes : Tout particulier qui n’a pas eu de grade dans l’armée et qui aura eu
l’autorisation de lever un corps de partisans est autorisé, dès qu’il sera arrivé au lieu où ce corps
devra être organisé, à porter la marque distinctive du grade de capitaine. Dès que ce chef aura réuni
un effectif de 300 hommes organisé en trois compagnies au moins, il prendra la marque distinctive de
chef de bataillon, mais il devra justifier de cet effectif au général sous les ordres duquel sera son corps,
et ce général en rendra compte au ministre. Quand l’effectif du même corps aura atteint 800 hommes, le
Chef qui le commande le fera constater par le général sous les ordres duquel il se trouvera et, sur le
rapport de ce général, le ministre autorisera le même chef à porter la marque distinctive du grade de
colonel. Les officiers retirés qui lèveront des corps de partisans porteront de droit les marques
distinctives de leur grade, quand même il serait supérieur à ceux en proportion avec l’effectif du corps
qu’ils commanderont 88. Ces dispositions, sans le moindre décret officiel pour les valider, seront
respectées dans le fond, même si, dans la forme, des grades ont été attribués par rapport à des effectifs
beaucoup plus restreints que ceux énoncés, théoriquement exigés mais toujours très loin d’être atteints. Il
en sera de même dans les unités de la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale.
Le principal écueil que Napoléon rencontra dans l’organisation des corps francs en 1814 et qu’il
retrouvera en 1815, fut la mauvaise volonté opposée par les autorités administratives, préfets, sous-préfets
et maires. Ces hommes se montraient peu désireux de voir, en représailles de faits d’armes locaux, leurs
villes et villages livrés au pillage et à l’incendie tandis qu’eux-mêmes, rendus responsables, seraient pris
comme otages par les forces alliées.
De suite, l’Empereur s’en était rendu compte et le 13 mars, en pleine campagne de France, il
écrivait de Soissons à son frère Joseph : Le peuple a de l’énergie et de l’honneur, je crains bien que ce
ne soient certains chefs qui ne veulent pas se battre et qui seront tout sots après l’événement de ce qui
leur sera arrivé à eux-mêmes 89.
Il allait, du reste, bientôt édicter des sanctions sévères contre les autorités administratives qui
feraient preuve de négligence ou de pusillanimité. Or, menacer, c’est trop souvent le moyen ultime qui
démontre que le cœur n’y est plus.
Les réticences des pouvoirs locaux se contentaient de refléter l’état d’esprit d’une grande partie de
la population. Or la condition première de l’efficacité des corps francs, c’est celle du paysan Guerassim
Kourine prenant la tête d’un grand détachement de paysans (5000 fantassins et 500 cavaliers), qui lui
vaudra la croix de Saint-Georges, ou celle décrite par Léon Tolstoï à travers le personnage du lieutenant
Fiodor Ivanovitch Dolokhov, le partisan cosaque, dans son roman historique, Guerre et Paix : plus qu’unecomplicité, une véritable symbiose entre les combattants de l’ombre et la population locale, une entraide
per-manente, la certitude de pouvoir compter sur chacun pour être hébergé, nourri, assisté, caché. Tous
unis contre l’envahisseur, en l’occurrence Napoléon, lors de la campagne de Russie en 1812. Les armées
françaises avaient aussi terriblement souffert des corps francs qui s’étaient levés en Espagne ou du
soulèvement du Tyrol par un aubergiste autrichien, Andreas Hofer, fusillé à Mantoue le 20 février 1810,
instigateur de la rébellion des montagnards tyroliens contre l’impérialisme napoléonien et dont le chant de
ralliement est devenu l’hymne officiel du Tyrol, tandis que son corps était ramené à Innsbrück. Son
combat, modèle de la guerre de partisans en zone montagneuse, a d’ailleurs valu à la famille Hofer d’être
anoblie en 1809, confirmée le 26.01.1818.
Une telle collaboration, totale, sans faille ne se peut concevoir que si l’invasion est le fait de
troupes composées uniquement d’étrangers, l’esprit patriotique faisant alors bloc, chacun ayant
naturellement à cœur de défendre le territoire national et chacun craignant pour sa vie, celle de sa famille
et pour ses biens. Or, à la fin de l’Empire, les régiments qui se présentaient aux frontières pouvaient être
commandés par d’anciens alliés ou même par des Français, comme Alexandre-Louis Andrault, comte de
Langeron (1763-1831) ou le comte Héraclius de Polignac (1788-1871), passés au service de puissances
étrangères comme la Russie. Les alliés de la veille (les Bavarois, les Badois, etc.) étaient devenus nos
ennemis. Des émigrés ayant quitté la France depuis les premières années de la Révolution profitèrent de
l’invasion pour forcer les frontières et retrouver leur terre natale. Tous ces éléments avaient de quoi semer
la confusion dans les esprits. L’objectif des troupes coalisées n’était pas d’occuper le pays, ni de
massacrer la population, ni de voler des biens (les rares pillards étant même sévèrement punis), mais
seulement de remettre un roi français sur le trône de France, approuvés en cela par tous ceux qui, dans le
pays, aspiraient au retour des Bourbons ou qui, tout simplement, étaient fatigués par un quart de siècle de
guerres ininterrompues. Pour les généraux russes, autrichiens, prussiens, suédois, suisses, etc., l’ennemi
n’était pas la France mais un homme, un seul, Napoléon, comme le prouvent très clairement toutes les
proclamations destinées à rassurer la population. C’en était donc fini de l’espoir de voir les Français
opposer un front uni face à l’envahisseur. Pire : les corps francs risquaient par leurs actions d’entraîner de
cruelles représailles sur la population civile. Continuer à lutter, c’était accepter de courir de bien grands
risques pour de trop faibles résultats et une défaite annoncée quasi certaine. L’Empereur lui-même n’avait
pas tardé à comprendre qu’il ne parvenait pas à rallumer la flamme qui eût été nécessaire pour forcer le
destin une fois encore.
Peinture de Lvov
Ceci ne retire rien au courage et même parfois à l’héroïsme de certains qui voulurent résister au-
delà du possible, au-delà du raisonnable, en ayant contre eux les soldats ennemis, certes, mais aussi,
parfois, leurs propres concitoyens. Comme à d’autres époques de son histoire, la France était coupée en
deux, pour le plus grand malheur du pays en général et des corps francs en Les partisans russes harcelant la
Grande Armée, pendant la retraite de 1812 particulier. Entre les défenseurs passionnés des deux camps,
bonapartistes et anti-bonapartistes, la tension était parfois montée à un niveau pouvant faire craindre des
affrontements, annonciateurs d’une possible guerre civile.
L’accélération des évènements, le succès rapide des troupes alliées, l’abdication de Napoléon ont
empêché la survenue de ce malheur. Des Français, rares heureusement, sont tombés, victimes de l’ennemi
certes mais aussi parfois d’autres Français. De quoi entretenir des rancœurs appelées à perdurer pendant
toute la période de la Restauration alors que Louis XVIII avait appelé de ses vœux une réconciliation
totale et définitive entre tous les Français. Ce qui avait été envisageable pendant un temps en 1814, lors de
la première Restauration, deviendra quasiment impossible à concrétiser après 1815.La petite guerre
Les techniques de guérilla, appelée aussi « petite guerre » ( Kleinkrieg en allemand) par ses
théoriciens, ont été transcrites dans des manuels d’application dès le XVIIIe siècle : En 1756, Thomas
Auguste Le Roy de Grandmaison, dans La Petite Guerre 90, expliqua en détail comment mener ce type de
combat. Dans le monde germanophone, L. M. von Jeney fit de même avec son ouvrage Le Partisan 91,
mais c’est, semble-t-il, en France qu’on recense le plus grand nombre d’auteurs qui se sont intéressés à ce
sujet au siècle des Lumières : Après Le Roy de Grandmaison, d’autres prirent en effet le relais comme
Zakhar92 et le comte de La Roche avec un Essai sur la petite guerre 93 en 1770. Plus prudent ou jugeant
peut-être peu avouables les méthodes préconisées qui, par définition, échappent aux lois habituelles de la
guerre, le comte de Grimoard choisit de publier sans nom d’auteur, en 1782, un Traité sur la constitution
des troupes légères et sur leur emploi à la guerre 94. Certains de ces traités du XVIIIe siècle seront
repris en tout ou partie par des révolutionnaires du XXe siècle comme Mao-Tsé-Toung95 et, même, par
les protagonistes des guerres actuelles qui ont compris que le temps n’est plus aux affrontements
classiques et bien ordonnés.
En mai 1815, on sortit des presses parisiennes de Hocquet, 4, rue du Faubourg-Montmartre, un Petit
guide secret des Guérillas ou Ruses de guerre, embuscades, pièges et procédés nouveaux, etc., en
campagne, traduit de l’espagnol, A l’usage des Corps francs, Partisans et Troupes légères de tous pays.
En conclusion de ce curieux opuscule de 36 pages, le traducteur crut utile d’ajouter ce petit paragraphe :
On ne traduit pas ici quantités de moyens trop minutieux, bizarres ou perfides, tels que : de cacher des
pétards et des poudres derrière les plaques des four-neaux de cuisines, etc., de feindre de faux parcs de
bestiaux dans les bois, et d’attirer l’ennemi dans ces embuscades, en y imitant le cri des animaux
ruminans, des galli-nés, etc., des usages nouveaux du fusil à vent, des déguisements sans nombre, etc. et
une foule de petits moyens puérils. On se borne à ce qui est véritablement militaire ou exécutable à la
dernière extrémité.
Ces « petits moyens puérils » cités par l’auteur firent pourtant partie des tactiques de harcèlement
dont les armées napoléoniennes eurent tant à souffrir en Espagne car si les historiens cherchent surtout
dans la campagne de Russie la raison première de la chute de l’Empire, la guerre d’usure à laquelle durent
faire face les Français en Espagne eut, très certainement, un rôle tout aussi catastrophique sur le sort et le
moral de nos armées.
La date choisie pour la parution de ce fascicule n’est certes pas le fruit du hasard. Les chefs des
corps francs n’avaient que quelques jours pour former à la hâte soit d’anciens militaires pour qui ces
méthodes de guerre larvée ne ressemblaient en rien aux batailles qu’ils avaient connues dans leurs
régiments, soit de jeunes conscrits qui n’avaient encore jamais affronté l’épreuve du feu ni même tenu un
fusil. Aussi ne s’étonnera-t-on pas que des chefs de corps francs comme Viriot s’empressèrent de faire
distribuer ce Petit guide secret des Guérillas pour instruire leurs hommes.
On y découvre de précieux moyens pour signaler les mouvements de l’ennemi à l’aide d’un
telegrafo di guerra qu’un guérillas (sic) intelligent et robuste doit sans cesse dresser sur les hauteurs
qui dominent les routes, les défilés, etc. Ce télégraphe rudimentaire se compose de deux grandes
perches de dix pieds, liées en leur milieu par une broche de façon à pouvoir les faire tourner à volonté.
Ce point de croisement prend appui sur un léger poteau en sapin, très mince d’une hauteur de huit
pieds. Aux extrémités des perches, on fixe des ficelles pour faire jouer celles-ci, les rapprocher ou les
éloigner. Enfin, on ajoute à chaque extrémité des perches des flammes en serge de trois pieds de long,
l’une rouge, la seconde bleu clair, la troisième noire et la quatrième blanche. Dès que l’ennemi
approche, le guérillas-porteur, qui n’avance que de sommet en sommet, plante son pied et envoie ses
signaux : Si l’ennemi avance en masses serrées : serrez en faisceau les perches debout, les flammes
réunies.
S’il marche éparpillé : séparez-les en éloignant les flammes.
Si c’est de l’infanterie : flamme rouge en haut.
Si c’est de la cavalerie : flamme bleue en haut.
Si c’est de l’artillerie : flamme noire en haut.
Si ce sont des équipages : flamme blanche en haut.
S’il faut attaquer ensemble : mettez les perches horizontales, toutes flammes réunies.
S’il faut attaquer isolément : mettez les perches en croix de Saint-André.
Si l’ennemi reçoit des renforts : faites jouer et tourner en rond toutes les perches avec leurs
flammes, etc.
Incapables d’attaquer à visage découvert les troupes d’invasion en raison de leur faiblessenumérique, les corps francs pouvaient néanmoins devenir de précieux auxiliaires en servant ainsi
d’éclaireurs et d’agents de renseignements pour les troupes régulières.
Le Petit guide secret des Guérillas livre de multiples autres moyens susceptibles d’entraver la
marche de l’ennemi :
Debilitar – Paralyser, affaiblir, endormir et prendre prisonniers en cet état, les dévastateurs, les
maraudeurs, etc. : Un peuple qui veut en asservir un autre, et qui le réduit au désespoir par des
massacres et ses excès, est nécessairement dans un état de délire et de fureur qu’on a droit de guérir
par tous moyens. Affaiblir les voies diges-tives, attaquer le misentère (sic) d’un furieux, c’est porter à
son cerveau une faiblesse momentanée qui rappelle l’équilibre en lui ; c’est-à-dire, la justice, la
raison, l’humanité, et en fait alors un homme au lieu d’un tigre. Enfin prendre son ennemi après l’avoir
affaibli ou assoupi, est, certes ! plus humain que de le tuer à coup d’escopeta derrière un arbre ou un
fossé, ainsi qu’on en a le droit à la guerre. Car le prisonnier surpris revoit un jour sa patrie, l’autre est
perdu pour elle. Cette défense est donc plus humaine, plus juste, plus utile que la mitraille et la
carabine, si douces, si vantées des philanthropes di guerra ; le bon sens proclame cette vérité, la patrie
la crie, nos RR.PP. la prêchent et la prouvent parmi nos guérillas.
Puis le manuel explique comment anesthésier et affaiblir l’ennemi avec des substances délétères,
des somnifères, de l’opium anglais purifié à faire dissoudre dans l’esprit-de-vin, etc., ajoutant : Défense
expresse aux guérillas, sous peine de scopetar la cabéza (formule que le traducteur estime inutile de
rendre en français pensant, à juste titre, qu’elle est suffisamment explicite), de tuer ou maltraiter les
prisonniers ou malades, par suite du procédé ci-dessus.
C’est le seul moyen de prouver qu’il est plus humain que l’embuscade, où tout reste et périt.
D’autres paragraphes indiquent aux corps francs l’art et la manière pour : Incendier constamment et
par-tout les magasins de fourrages de l’ennemi (Guerra à los caballos)
Enclouer les chevaux avec des araignées de guerre (chaussetrapes de boneté e
birétina)Fabriquerdestrousdeloupsinnombrablesavecdespieuxtrès-acérésaufond,des faux ponts (avec
de faux ceintres en branchages, recouverts de terre), de fausses routes, de faux bivacs (sic) (Agougeri
du guerra), des petits brûlots pour faire couler les ponts et barques de l’ennemi.
Le guide explique aussi les méthodes les plus efficaces pour défendre un village, un château, une
église, une ferme, un moulin, un ruisseau ou une petite rivière. On comprend dès lors l’utilité et le
caractère précieux et même indispensable de cet opuscule pour des hommes qui, pour combattre et freiner
l’avance de l’ennemi, n’avaient souvent que la force de leurs bras.
Le chevalier Savary et son projet de contre-cosaques
Le chevalier Savary, capitaine au 108e de ligne, souligna lui aussi la nécessité d’utiliser le
télégraphe. Non plus visuel mais sonore. Il rédigea un projet sur les contre-cosaques, partisans à pied
armés ou fusiliers lanciers correspondant par un télégraphe auditif et éclairés par quelques chevaux,
précisant : Les signaux sont précédés par un roulement de la corne qui sert à fixer l’attention. Après un
roulement, il y a un repos durant lequel les autres postes font un petit roulement. Deux coups de corne
signifient : Français. Le cornemusier doit toujours tourner sa corne du côté du poste duquel on veut se
faire entendre. Le télégraphe ne peut servir de nuit ni par temps de brouillard.
Il conclut son mémoire : En résumé, pour arrêter les cosaques, même pour en purger le territoire
français, je ne vois pas de moyen plus efficace (même si je crois ce moyen infaillible) que de former de
suite des corps de partisans à pied aussi bien qu’à cheval, mais en armant ceux à pied en fusiliers-
lanciers, en les faisant correspondre par les signaux de la cornemuse, et éclairer par des moyens
prompts, comme quelques chevaux de gendarmerie, de droits réunis ou de la campagne. Écrit à
Abbeville le 12 février 1814.
Chacun y allait de son idée, persuadé de l’infaillibilité de celle-ci pour assurer la victoire !
Soldes et habillement des volontaires
Ceux qui souhaitaient lever un corps franc devaient obtenir l’accord du préfet qui transmettait
parfois la demande au ministère de la Guerre. Une fois l’unité créée, son chef devait, sur ses propres
deniers, vêtir et armer ses hommes. On ne choisissait donc comme chefs de corps francs que des
personnages dont la réputation et la fidélité à l’Empereur étaient sans faille mais qui, en outre, disposaient
d’une fortune suffisante pour faire face à de telles dépenses. Certains commandants de corps francs,comme le graveur Simon, sollicitèrent cependant du gouvernement une aide financière et surtout des armes
car, trop souvent, on ne disposait que d’un seul fusil pour quatre ou cinq hommes. Il en allait tout autrement
si le corps franc était créé à l’instigation de l’autorité militaire : pendant le blocus de Besançon, par
exemple, le général Marulaz voulut mettre sur pied une compagnie de volontaires pour harceler les
Autrichiens qui encerclaient la ville. Marulaz donna des uniformes et des armes à ces volontaires, assura
leur nourriture et leur accorda la même solde qu’aux soldats réguliers de la garnison.
Ailleurs, on se bornait à appliquer la règle commune prévue par les textes : les volontaires n’étaient
pas payés et ils devaient assurer leur autosuffisance avec les vivres et l’argent saisis sur l’ennemi lors de
saisie de butins. Comme ces prises étaient rares dans certaines régions à l’écart des routes d’invasion des
troupes alliées, des corps francs n’eurent souvent d’autres ressources que de pratiquer des réquisitions
chez leurs compatriotes qui voyaient donc souvent ces unités d’un très mauvais œil. Cette animosité était
accentuée par la crainte de représailles toujours possibles après des attaques surprises menées contre des
convois, des éclaireurs ou de petites unités des troupes d’invasion.
Pourtant Lebarbier de Tinan, dont la pertinence des analyses n’est plus à démontrer, avait proposé
au ministère de la Guerre dans un rapport fort bien argumenté daté du 16 février 1814 que les unités de
partisans ou de corps francs levées à l’intérieur du territoire pussent percevoir solde, armement et
subsistance comme les troupes de ligne, et que ces dépenses fussent prises en charge par les départements
car le plus souvent éloignées du théâtre de la guerre. Pour défendre cette idée, Lebarbier de Tinan avait
insisté sur le fait que de nombreux candidats sollicitant l’autorisation de lever ce genre de corps ne
disposaient pas de moyens financiers suffisants pour concrétiser leur projet : Il est douteux qu’il se
trouvât en France un seul individu de cette classe qui consentit à le faire… 96. Naturellement, tous ces
avantages auraient cessé dès que ces unités auraient été en contact avec l’ennemi. Cette proposition n’eut
jamais de suite, sans doute en raison des grandes difficultés que son application n’aurait pas manqué
d’avoir sur le terrain et aussi parce que la priorité des priorités demeurait l’intendance et l’armement des
troupes régulières.
Le problème du ravitaillement
Recruter des hommes était une chose, les vêtir et les armer en était une autre, sans oublier peut-être
le plus important, la nourriture qui, trop souvent, faisait elle aussi défaut comme en témoigne ce courrier
adressé le 8 juin 1815 au préfet de la Meuse par un capitaine de cavalerie faisant fonction par intérim de
major du 1er corps franc de ce département : Monsieur,
Je dois recevoir aujourd’hui un détachement d’environ 30 hommes et ai appris hier matin que le
boucher avait reçu l’ordre de ne plus délivrer de viande. D’où vient, monsieur le préfet, cette mesure
désorganisatrice ? Est-ce que cette denrée n’a pas toujours fait partie des vivres de campagne ?
Comment voulez-vous que je puisse réunir et retenir des hommes non soldés par le gouvernement et
même obligés de pourvoir à la plus essentielle partie de leur nourriture. Veuillez, monsieur le préfet,
réprimer un ordre qui se trouve totalement contraire aux règlements à l’intention de Sa Majesté
l’Empereur et même donner de suite avis ; je vous observe que le temps presse… 97.
Notes
1. Archives nationales, n° AF, IV, 1050.
2. Après la défaite française de Leipzig en 1813, la Suisse avait proclamé sa neutralité alors que des
régiments helvétiques avaient participé à la campagne de Russie aux côtés de l’Empereur. Le refus de se
ranger désormais d’un côté des belligérants ou de l’autre se trouvera encore bientôt mis à mal puisque des
Suisses participèrent aux combats contre les troupes napoléoniennes, notamment lors du siège d’Huningue
en juillet 1815. Il faudra attendre le 20 novembre 1815 pour que la neutralité perpétuelle de la Suisse fût
enfin reconnue par les grandes puissances européennes signataires du congrès de Vienne.
3. Aloïs (Aloïs Josef Fridolin) von Reding alias von Reding-Biberegg, né à Schwyz (Suisse) le
06.03.1755, † ibid. le 05.2.1818, fils de Johan Josef Rudolf Reding von Biberegg alias Reding-Biberegg
(1726-1799) et petit-fils de Johan Jost Fridolin Reding von Biberegg alias Reding-Biberegg (1703-1783).
Après avoir servi comme lieutenant-colonel dans les troupes au service de l’Espagne jusqu’en 1794, il
devint Landaman (président du gouvernement cantonal) du 23.11.1801 au 20.04.1802. Il sera l’un des
principaux acteurs de la Stecklikrieg (guerre des bâtons). Le 21.11.1796, il épousa Ludovika Carolina von
Bachmann.
4. Hans Konrad von Escher vom Luchs, né à Zurich (Suisse) le 08.10.743, † ibid. le 12.12.1814,
président de la Diète du 24 juin au 12 décembre 1814, mort en fonction, fils de Hans Heinrich Escher vomLuchs, membre du grand conseil de Zurich et bailli d’Eglisau, et d’Anne Margaretha von Meiss
(Dictionnaire biographique de la Suisse). Il avait également été élu maire de Zurich le 25.06.1814.
5. Karl Philipp Fürst zu Schwarzenberg ou le prince Charles Philippe de Schwarzenberg, né à
Vienne le 18.04.1771, † Leipzig le 15.10.1820, était feld-maréchal autrichien et président du conseil
supérieur de la Guerre. Pendant la campagne de Russie, il avait reçu le commandement du corps de 30 000
hommes mis à la disposition de Napoléon par l’Empire d’Autriche.
6. Gebhard Leberecht von Blücher, né à Rostock (Mecklembourg, Allemagne) le 16.12.1742, †
Krieblowitz (aujourd’hui Krobielowice en Pologne) le 12.09.1819, comte puis prince de Wahlstatt, était
un feld-maréchal prussien.
7. Jean-Baptiste Jules Bernadotte, né à Pau (64) le 26.01.1763, † Stockholm (Suède) le 08.03.1844,
ambassadeur aux États-Unis, maréchal de France, créé prince de Pontecorvo (05.06.1806). Tombé en
disgrâce, il sera adopté par le roi Charles XIII qui n’avait pas d’enfant et élu prince héritier de Suède. En
1813, il se joignit aux coalisés et fut nommé généralissime de l’armée du Nord. Le 05.02.1818, il
deviendra roi de Suède et de Norvège. Ses descendants règnent encore sur la Suède.
8. Les conscrits de 1814 et 1815 portèrent ce nom féminin car c’est un décret de l’impératrice
Marie-Louise qui en a ordonné la levée pour fournir à Napoléon un maximum de troupes fraîches. Cette
appellation mi-amicale, mi-moqueuse cherchait à rappeler à ces jeunes gens que le visage de la plupart
d’entre eux était encore dépourvu de barbe, comme celui des filles. Ces jeunes gens à peine sortis de
l’adolescence prouvèrent aux vétérans de la Grande Armée qu’ils ne manquaient pas de courage. Ils le
prouvèrent notamment en permettant à l’Empereur de remporter les victoires de Champaubert et de
Montmirail. Si leur action demeura limitée, c’est qu’ils n’avaient reçu aucune formation, ne sachant trop
souvent pas même armer leurs fusils.
9. Houssaye (Henry), 1814, Paris, Librairie Académique Perrin, 1888.
10. Zakhar Dmitrievich Olsoufiev, né dans une famille de la noblesse russe en 1772, †
Moscou le 20.10.1835 après quatorze années de paralysie, enseigne au régiment Ismaïlovski de la
Garde (15.01.1786), colonel (16.04.1797), général-major, grade correspondant à celui de général de
brigade dans l’armée française (05.06.1798). Pendant la campagne de Russie, il combattit la Grande
Armée à Smolensk, Valoutino et Borodino (nom donné par les Russes à la bataille de la Moskova).
Pendant la campagne de France, son corps se fit décimer à Brienne, La Rothière et Champaubert où il fut
blessé et fait prisonnier avec son état-major. Commandant du 4e corps, il sera nommé sénateur de
l’Empire de Russie en 1820 mais succombera, victime d’un accident vasculaire cérébral, l’année suivante
alors qu’il n’était âgé que de 49 ans (Thiébaud (Jean-Marie), La Russie, l’U.R.S.S.,… Dictionnaire
bibliographique, biographique, généalogique, héraldique et historique du Moyen Âge au XXIe siècle,
2e éd. Paris, 2004, t. III, p. 1863).
11. Lévigny (10).
12. Vajouan, ancienne paroisse rattachée à la commune de Villeneuve-les-Bordes (77).
13. Montereau (77).
14. Adrien Delort, créé baron de l’Empire en 1811, né à Arbois (39) le 16.11.1775, † le
28.05.1848, inhumé aux côtés de son épouse et de sa fille dans la tour de son château de Vadans (39),
commandant le 9e dragons à Austerlitz, remplaçant son supérieur blessé et recevant lui-même deux coups
de lance en poursuivant les cosaques. Général de brigade en 1811, il mena une action décisive à
Montereau ce qui lui valut d’être promu général de division sur le champ de bataille. À Ligny, il bouscula
Blücher et jet-tera ses dernières forces à Waterloo où ses hommes s’empareront de plusieurs trophées. Au
cours de ce dernier combat, il aura cinq chevaux tués sous lui et reviendra couvert de blessures. En 1830,
Louis-Philippe le rappellera pour en faire son aide de camp. Député du département du Jura de 1830 à
1839, conseiller général pour le canton d’Arbois de 1833 à 1848, il présidera le conseil général du Jura
de 1841 à 1844 et sera nommé pair de France (Choffat (Thierry), Thiébaud (Jean-Marie), Tissot-Robbe
(Gérard), Les Comtois de Napoléon – Cent destins au service de l’Empire, Cabédita, collection Archives
vivantes, Yens-sur-Morges (Suisse), 2006, p. 109-110, portrait.
15. Courbevoie (92).
16. Louis Nicolas d’Avout dit Davout, duc d’Auerstaedt, prince d’Eckmühl, né à Annoux (89) le
10.10.1770, † Paris de phtisie le 01.06.1823, inhumé au cimetière du Père-Lachaise (28e division)
maréchal de l’Empire. Il épousa, le 12.11.1801, Louise-Aimée-Julie Leclerc (1772-1868), sœur
d’Emmanuel Leclerc (1772-1802), général de division, premier mari de Pauline Bonaparte.
17. Commune actuelle de Brienne-le-Château (10).
18. Rothière (La) (10).
19. Champaubert, commune actuelle de Giffaumont-Champaubert (51).
20. Montmirail (51).21. Fontainebleau (77).
22. Armand Augustin Louis de Caulaincourt, duc de Vicence, né à Caulaincourt (02) le 09.12.1773,
† Paris le 19.02.1827, inhumé au cimetière du Père-Lachaise (28e division), ministre des Relations
extérieures (Affaires étrangères), plénipotentiaire de l’Empereur. Une rue parisienne porte son nom dans
le quartier de Montmartre.
23. Claude-Victor Perrin dit Victor, créé duc de Bellune (1808), né à Lamarche (88) le 07.12.1764,
† Paris le 01.03.1841, maréchal de l’Empire. Ayant fait allégeance à Louis XVIII qu’il suivit à Gand, il
refusera de servir Napoléon pendant les Cent-Jours.
24. Nicolas Charles Oudinot, créé duc de Reggio, né à Bar-le-Duc (55) le 25.04.1767, † Paris le
13.09.1847, maréchal de l’Empire. N’ayant pas servi pendant les Cent-Jours, il recevra de Louis XVIII le
commandement en chef de la Garde nationale parisienne. Il sera grand chancelier de la Légion d’honneur
en 1839 et gouverneur de l’hôtel royal des Invalides.
25. Bar-sur-Aube (10).
26. Auguste Frédéric Louis Viesse de Marmont, créé duc de Raguse (par lettres patentes du
28.06.1808), né à Châtillon-sur-Seine (21) le 20.07.1774, † Venise (Italie) le 22.03.1852, maréchal de
l’Empire. Talleyrand parviendra à le convaincre de cesser les combats et, dès lors, le mot « ragusade »
devint synonyme de trahison.
27. Étienne Jacques Joseph MacDonald, créé duc de Tarente, né à Sedan (08) le 17.11.1765, † dans
son château de Courcelles-le-Roy à Beaulieu-sur-Loire (45), maréchal de l’Empire.
Ayant refusé tout poste de Napoléon pendant les Cent-Jours, il sera nommé grand chancelier de la
Légion d’honneur en 1821 et le demeurera jusqu’en 1831.
28. Meaux (77).
29. Château-Thierry (02).
30. Fabian Gottlieb von der Osten-Sacken [-], né à Reval (Tallinn, capitale actuelle de l’Estonie) le
20.10.1752, † Kiev (Ukraine, Empire de Russie) le 07.09.1837, colonel (10.08.1792), général-lieutenant
(équivalent du grade français de général de division) (28.09.1797). Né baron, il sera créé comte de
l’Empire de Russie le 08.04.1821 et prince en 1832 (Doumine (sous la direction de S. V.), Dvoriankie
Rody Rossiiskoï Imperii, Saint-Pétersbourg, 1995, t. II, p. 197-198 (en russe, avec portrait et armoiries) ;
Thiébaud (Jean-Marie), La Russie, l’U.R.S.S.,… Dictionnaire bibliographique, biographique,
généalogique, héraldique et historique du Moyen Âge au XXIe siècle, 2e éd. Paris, 2004, t. III, p. 1876).
31. Johann David Ludwig dit Ludwig Yorck, créé comte de Wartenburg (mars 1814) après la
victoire qu’il remporta dans cette localité près de l’Elbe, né à Potsdam (Prusse) le 26.09.1759, † Klein-
Öls (Basse-Silésie) le 04.10.1830, général prussien.
32. Montmirail (51).
33. Château de Surville près de Montereau-Fault-Yonne (77).
34. Jacques Alexandre Allix de Vau, né à Percy (50) le 21.12.1768, † Bazarnes, commune de
Courcelles (58), le 26.01.1836. Il chassa les Autrichiens et les cosaques de la forêt de Fontainebleau le 18
février 1814 et, huit jours plus tard, sauva la ville de Sens (89) ce qui lui valut d’être promu général de
division.
35. Archives du Service historique de la Défense, XK 54.
36. Idem.
37. Henri Jacques Guillaume Clarke (1765-1818), duc de Feltre, maréchal de France, ministre de la
Guerre en 1814.
38. François Nicolas Fririon, né à Vandières (54) le 07.02.1766, † Paris le 25.09.1840, général de
division, créé baron de l’Empire le 31.01.1810, grand officier de la Légion d’honneur, grand-croix de
l’ordre de Dannebrog.
39. Archives du Service historique de la Défense, Registre 1 N 707, p. 254-267, 390-391 (corps
francs). Finalement, la demande de Demaulde sera acceptée mais pour le département du Nord (Archives
du Service historique de la Défense, XK 53).
40. L’auteur de cette lettre est très probablement le colonel Jean-Pierre Guyard, chevalier de la
Légion d’honneur, décédé après 1837, fils de Jean, tisserand, employé dans les fermes du roi, et de Renée
Renard, qui épousa Catherine Valmond, née à Havre-de-Grace (76) vers 1766, † Laval (53) le
09.10.1805, fille de Jean, capitaine des gabelles, et d’Angélique Le Monnier. De cette union est issu Jean-
Baptiste Guyard, né à Laval le 15.10.1791, † Bône (Algérie) le 20.03.1833, capitaine au 3e bataillon de la
légion de la Côte-d’Or.
41. Jean François Marie (dit Jean Marie) Le Barbier de Tinan, créé 1er baron de Tinan par lettres
patentes du 25.02.1830, né le 18.04.1771, † 17.11.1831, intendant général militaire, commandeur de la
Légion d’honneur, fils de Jean Théodose Louis Le Barbier de Tinan, commissaire des guerres àStrasbourg, receveur des finances, et de Marie Françoise Xavière [de] Noblat, fille de François Bernardin
(1714-1792), bailli et prévôt de Belfort (90), commissaire des guerres et subdélégué de l’intendant
d’Alsace, et d’Anne Josèphe Apollonie de Schwilgué. Sous la Restauration, Jean Marie Le Barbier de
Tinan sera directeur du personnel au ministère de la Guerre. Il épousa à Paris, le 05.12.1795, Marguerite
de Ris, fille d’Auguste, † 16.06.1793, et de Marie Trimolet, † 21.09.1793, qui lui donna plusieurs enfants
dont 1) Pierre Théodore Marie (dit Théodore) Le Barbier de Tinan (1797-1864), 2e baron de Tinan,
général de brigade, sans alliance ; 2) Marie Charles Aldebert (dit Aldebert) Le Barbier de Tinan (1803-
1873), 3e baron de Tinan, vice-amiral d’escadre, grand-croix de la Légion d’honneur ; grand-croix des
ordres du Saint-Sauveur de Naples et du Medjidieh, officier de l’ordre de Charles III d’Espagne. Ce
dernier épousa, le 06.09.1834, Amélie Exelmans, † 01.12.1848, fille de Rémi (1775-1852), maréchal de
France ; 3) Marie Joseph Alfred Le Barbier de Tinan, baron de Tinan (1808-1876), receveur particulier
des finances à Briançon puis à Castelnaudary, qui épousa Mercédès Merlin [de Thionville], fille
d’Antoine Christophe Merlin dit Merlin de Thionville (1762-1833), membre de l’Assemblée législative
puis de la Convention (régicide), député au Conseil des Cinq-Cents, et d’Amélie Charlotte de Lépel,
baronne de Lépel (1778-1825), et continua la lignée (Révérend (Vicomte A.), Titres, anoblissements et
pairies sous la Restauration, 1814-1830) ; Valynseele (Joseph), Les Maréchaux du Second Empire).
42. Sur les troubles de Saint-Domingue (Paris, 1791), Justification de M. Milscent, créole, à
l’Assemblée coloniale de Saint-Domingue (1791) et un ouvrage intitulé Du Droit colonial (Paris, 1792).
43. Archives départementales de la Loire, 4 R 25.
44. Ce texte a été reproduit par Rémi Blachon dans son texte sur les corps francs de 1814, inséré
dans le Dictionnaire Napoléon de Jean Tulard, Paris, Fayard, éd. 1999, p. 544-545.
On le trouvait déjà en 1832 dans le Dictionnaire de la Conversation et de la Lecture (publié sous
la direction de William Duckett), vol. 12, p. 441.
45. Valéry Devisme alias de Visme, né à Laon (02) le 26.03.1760, † Charmes (02) en 1844, créé
baron de l’Empire (24.01.1814), sous-préfet de Vervins en 1814, fils de Jean Devisme (1714-1762) et de
Marie Marguerite Huilliot (R.P. de Laon ; E.C. de Charmes ; Révérend (Vicomte A.), Armorial du
Premier Empire). Il épousa Marie Thérèse Pollet.
46. Louis Antoine Victor Malouët, né à Paris le 20.03.1780, † ibid. le 03.10.1842, créé baron de
l’Empire (18.05.1811), nommé préfet du département de l’Aisne le 12.02.1810, fait prisonnier par les
Russes en 1814, fils aîné de Pierre Victor Malouët, né à Riom (63) le 11.02.1740, † Paris le 07.09.1814,
planteur de canne à sucre à Saint-Domingue, intendant à Cayenne en 1776, député aux États Généraux,
ministre de la Marine et des Colonies depuis le 13.05.1814, et de Marie Louise Benotte. De retour en
France, il fut maintenu à son poste par Louis XVIII. Pendant les Cent-Jours, il refusera d’administrer au
nom de l’Empereur et sera aussitôt démis de ses fonctions. La Restauration le nommera préfet du Pas-de-
Calais le 14.07.1815, de la Seine-Inférieure (actuelle Seine-Maritime) le 15.07.1818 et du Bas-Rhin le
19.07.1820. Il sera révoqué le 23.03.1822. Il sera conseiller d’État du 12.11.1828 à sa mort. Nommé pair
de France le 11.10.1832, il était commandeur de la Légion d’honneur (01.05.1821). Il épousa, le
07.03.1810, Christine de Chabanon de Maugris, † Rouen (76) le 08.11.1818.
47. Adolphe Édouard Casimir Joseph dit Édouard Mortier, créé duc de Trévise (02.07.1808), né au
Cateau-Cambrésis (59) le 13.02.1768, † Paris le 28.07.1835 (tué par la machine infernale de Fieschi),
maréchal de l’Empire, gouverneur de Moscou pendant la campagne de Russie, ambassadeur de France en
Russie, ministre de la Guerre, grand chancelier de la Légion d’honneur, fils d’Antoine Charles Joseph
Mortier, député aux États Généraux, et de Marie Anne Joseph Bonnaire. Il épousa, le 26.01.1799, Anne
Ève Himnes, † Paris le 13.02.1855 (Thiébaud (Jean-Marie), Les Ambassadeurs et les Représentants de la
France en Russie et en U.R.S.S. , Paris-Pontarlier, 2003, p. 41-43).
48. Cf. supra 22.
49. Proclamation du roi aux Français (s.l.n.d.). – Louis-Joseph de Bourbon, prince de Condé aux
Français (s.l.n.d.). Bibliothèque nationale, L. B, 44 594.
50. Pette (Sébastien), Les Corps francs et les Partisans français des troupes franches en
1814 (mémoire de maîtrise), Lyon, 1998.
51. La famille Recorbet subsiste à Saint-Just-la-Pendue (42).
52. Jean-Antoine-Claude Chaptal, comte de Chanteloup, né à Saint-Pierre-de-Nogaret (48) le
04.06.1756, † Paris le 01.08.1832, inhumé au cimetière du Père-Lachaise, ministre de l’Intérieur, sénateur
depuis le 7 août 1804, pair de France, chimiste qui a donné son nom au procédé de chaptalisation destiné à
augmenter la teneur en alcool du vin.
53. Benoît Joseph Holvoët, né à Dadizeele, Moorslede, West-Vlanderen (Belgique) le 27.02.1763,
† Mechelen, Antwerpen (Belgique) le 24.01.1838, conseiller de préfecture du département de la Lys le 23
frimaire an XI (14 décembre 1802), préfet de Jemmapes en février 1812 puis préfet du département de laLoire le 1er mai suivant, fils de Jacques Ghislain, bourgmestre de Dadizeele, échevin de Menin, et
d’Isabeau Claire de Simpel, dame de Colliebrievekens (1739-1819). Après l’Empire, il poursuivit sa
carrière aux Pays-Bas et devint échevin de Courtrai. Il épousa à Bruges, le 18.01.1798, Thérèse Joséphine
Govaert (1775-1847), fille de Jean François et de Thérèse Françoise de Roovere (A.N., dossiers des
préfets, F1b I 162/6 ; Chambon (Pascal), La Loire et l’Aigle : des Foréziens face à l’État napoléonien,
Publications de l’université de Saint-Étienne, p. 108 ; E.C. de Mechelen, Bruges, etc.).
54. Pers, village rebaptisé Pers-en-Gâtinais (45) en 1933.
56. Puy-la-Laude, lieu-dit de la commune de Cepoy (45).
57. Fontenay, commune rebaptisée Fontenay-sur-Loing (45) depuis 1957.
58. Frédéric Masson, Pour l’Empereur, pages d’histoire nationale, 1798-1821 , 6e éd., Société
d’Éditions littéraires et artistiques, Librairie Paul Ollendorff, Paris, 1914.
59. Jean Claude Boutay, né à Sarreguemines (57) le 29.11.1764, † Saverne (67), huissier,
propriétaire, chef de la Légion de la Garde nationale en 1789, commandant d’un corps franc, fils d’André
Boutay, † /1805, huissier au bailliage de Sarreguemines, et de Marie Barbe Lommerstroff. Il épousa à
Marange (57), le 24.11.1789, Madeleine Pierrot, née à Marange le 03.02.1767, † Sarreguemines le
27.03.1829, fille de Cuny et de Madeleine Lorette, qui lui donna quatre enfants : 1 et 2) Marie Catherine et
Charlotte Gabrielle, jumelles, nées le 26.11.1790 ; 3) François Ferdinand Égalité, né le 07.11.1792 ; 4)
Jean Claude Mathias, né le 29.10.1795 (R.P. et E.C. de Sarreguemines ; R.P. de Marange ; Archives du
Service historique de la Défense, XK 56). Malgré des recherches approfondies, les auteurs n’ont trouvé
que peu de renseignements sur le colonel Boutay, personnage fantasque, hableur libertin, instruit,
d’apparence fortuné, et apportuniste à souhait ! L’homme, cependant, n’était pas dénué de talents militaires
et possédait, sans conteste, de solides relations.
60. Archives du Service historique de la Défense, XK 54.
61. Jean Baptiste Cipriani (en réalité Cipriani-Franceschi) (1773-1818), majordome de l’Empereur.
Il décéda mystérieusement à Sainte-Hélène.
62. César de La Ville (alias de Laville), né à Turin (Italie) le 31.08.1775, naturalisé français le
14.03.1815, mari d’Antoinette Louise Auguié, née à Paris le 28.04.1780, baptisée à Versailles (78) le
05.05.1780, † Saint-Leu-la-Forêt (95) le 03.04.1833, veuve de Charles Guillaume Gamot, né au Havre
(76) le 02.10.1766, † Paris le 20.03.1820, administrateur général des droits réunis, préfet de la Lozère et
de l’Yonne, fille de Pierre César, né à Figeac (46) le 24.12.1738, Paris, rue de Bourbon, le 09.09.1815,
avocat en Parlement, receveur général des finances de Lorraine, munitionnaire général des vivres de
l’Armée, et d’Adélaïde Henriette Genet, née à Versailles (78) le 10.09.1758, suicidée (alors qu’elle était
sur le point d’être arrêtée et conduite à l’échafaud) à Paris, rue de Richelieu, le 26.07.1794, femme de
chambre de la reine Marie-Antoinette, filleule de Louis XVI et de Marie-Antoinette.
63. Charles Grant, vicomte de Vaux, né le 6 juin 1749 en Île-de-France, † 1818, lieutenant au
régiment de Foix-Infanterie, puis lieutenant, mousquetaire noir, sous-lieutenant des gardes du corps du roi,
lieutenant-colonel de cavalerie, fils de Louis Charles Grant de Vaux (1711-1784) et d’Henriette Le
François de Grainville (1731-1754).
64. Charlotte Anne Agathe Grant (alias Le Grant ou Le Grand) de Vaux, née le 27 octobre 1771 dans
le Calvados, fille de Charles Grant, vicomte de Vaux, né le 06.06.1749, et d’Anne Charlotte Agathe
Graindorge du Theil, fille de Charles Graindorge du Theil, seigneur de Guillerville et de Fort, et d’Anne
Madeleine Colasse Le Grand, † 01.02.1787. Elle épousa à Londres, le 26.12.1793, Jean François Louis
Marguerite de Salivet de Fouchécour, né le 08.11.1759, fils de Jean François Ignace Salivet, seigneur de
Fouchécourt, Baulay et Purgerot (20.04.1738-1803), officier, créé comte héréditaire par Louis XVI le
20.05.1785, et de Marguerite Sébastien. De cette union sont issus William Alpin François Charles de
Salivet de Fouchecour, né à Londres le 13.11.1794, lieutenant au corps des sapeurs pompiers (pensionné
après 30 années de service en 1846), et Othon de Salivet de Fouchecour, né à Londres le 19.05.1799.
65. Archives du Service historique de la Défense, XK 56.
66. François Séverin Marceau des Graviers (alias Desgraviers-Marceau), né à Chartres (28) le 1er
mars 1769, général de division de la Révolution, fils de François (1721-1792), procureur au bailliage de
Chartres, et d’Anne Victoire Gaullier (1747-1798). Il fut mortellement blessé par un chasseur d’élite
tyrolien isolé dans la forêt d’Höchstenbach (Autriche) et abandonné aux mains de l’ennemi. Transporté à
Altenkirchen, il y mourut deux jours plus tard, le 21 septembre 1796. Il était âgé de 27 ans. Inhumé au
Panthéon, il eut droit à son nom sur l’Arc de Triomphe de l’Étoile.
67. Archives du Service historique de la Défense, XK 56.
68. Wilhelm Karl von Haynau, Freiherr (baron) von Haynau, né à Kassel le 24 décembre 1779, † 21
janvier 1856, fils naturel de Wilhelm Ier von Hessen-Kassel, né à Kassel le 3 juin 1743, † ibid. le 27
février 1821 (fils de Friedrich II von Hessen-Kassel (1720-1785) et de Marie de Hanovre, princesse deGrande-Bretagne) et de Rosa Dorothea Ritter (1759-1833). Outre sa descendance légitime, Wilhelm Ier
von Hessen-Kassel, prince électeur de Hesse, eut trois liaisons dont il a reconnu les enfants qui ont été
titrés et sont les comtes de Hessenstein, les barons de Haynau et les barons de Heimrod.
69. Archives du Service historique de la Défense, XK 56.
70. Moritz von Hanau, Freiherr (baron) von Hanau, né le 4 juillet 1784, tué à Mojaïsk (oblast de
Moscou, Empire de Russie) le 9 septembre 1812, et Georg Wilhelm von Hanau, Freiherr (baron) von
Hanau, tué pendant la retraite de Russie en février 1813.
71. Friedrich von Heimrod, Freiherr (baron) von Heimrod (1778-1813), fils naturel de Wilhelm Ier,
électeur de Bavière, et de Charlotte Christine Buissine.
72. Teplitz (Teplice, Teplitz-Schönau), station thermale, actuellement en République tchèque. C’est
dans cette ville que l’Autriche, la Russie et la Prusse signèrent la Triple Alliance contre Napoléon.
73. Ce texte a été reproduit par Rémi Blachon dans son texte sur les corps francs de 1815, inséré
dans le Dictionnaire Napoléon de Jean Tulard.
74. Lors du procès du maréchal Ney, les juges l’interrogèrent sur l’extension que devait avoir cette
convention relativement au prince de la Moskova. Il répondit sans hésiter que si la sûreté des militaires,
qui se trouvaient alors à Paris, n’eût pas été garantie par les Alliés, il ne l’aurait pas signée et n’aurait pas
hésité à livrer bataille.
75. Archives du Service historique de la Défense, n° XK 55.
76. Houssaye (Henry), La seconde abdication, la Terreur blanche, p. 9.
77. Hippolyte d’Espinchal, comte d’Espinchal, né le 30.08.1777, † Clermont-Ferrand (63) le
19.03.1864, chevalier de Malte, fils de Joseph Thomas d’Espinchal, marquis d’Espinchal (1748-1823) et
de Louise Gabrielle de Gaucourt. Il a laissé des Souvenirs militaires, présentés et annotés par le colonel
Michel Molières, Le Livre chez vous, 2005. Le dernier chapitre de cet ouvrage est consacré aux chasseurs
d’Henri IV.
78. Jean Joseph de Méallet, comte de Fargues, né à Belestat (Saint-Illide, 15) le 12.03.1777, † Lyon
(69) le 23.04.1818, officier, maire de Lyon par décret du 22.11.1814 (mort en fonction), député, fils de
Jean Joseph de Méallet, comte de Fargues (1755-1794) et de Marguerite Victoire de Pons de Belestat (†
17.11.1839). Il consacra une grande partie de son activité municipale à la poursuite des bonapartistes.
79. Guillaume Michel de Chabrol, comte de Chabrol, né à Riom (63) en 1770, † ibid. en 1830,
maire de Riom sous la Restauration, fils de Gaspard, comte de Chabrol (1740, † Riom le 05.12.1816),
député de la noblesse de Riom (Auvergne) aux États Généraux (en remplacement du comte Antoine Gilbert
de Langeac, † Paris le 09.02.1790, grand sénéchal d’Auvergne, démissionnaire), et de Madeleine de
Vissaguet (née à Riom le 11.09.1746, † Riom le 17.09.1798). Guillaume Michel a été créé comte avec son
père et ses quatre frères par lettres patentes de Louis XVIII le 27.01.1816.
80. Martin (Anfos) et Boudon-Lashermes (Albert), Hippolyte d’Espinchal et ses chasseurs d’Henri
IV, Saint-Étienne, Éditions des Amitiés foréziennes, 1925, plaquette in-8°, 39 p.
81. Zins (Ronald), 1815, L’armée des Alpes et les Cent-Jours à Lyon, Horace Cardon, Reyrieux
(01), 2003, p. 224.
82. Raoul Brice, Le Général Brice, p. 24.
83. Jean Baptiste François Joseph de Sade, capitaine héréditaire du château de Vaison, entré au
service de France dans le régiment de Condé. Il eut plusieurs missions diplomatiques, sous le ministère du
cardinal Fleury, en Russie et en Allemagne, et devint lieutenant général des provinces de Bresse, Bugey et
Gex. Il a composé un recueil d’Anecdotes et documents sur les guerres de 1741 à 1746. Il avait épousé, en
novembre 1733, Marie Eléonore de Maillé (1712-1777), fille de Donatien de Maillé, marquis de Carman
(1675-1745) et de Marie Louise Binet de Marcognet (fille de Nicolas Binet de Marcognet, marquis de
Montblin, maréchal des camps et armées du roi, gouverneur de la ville et du château de La Rochelle, et de
Marie Thérèse van Verden), qui lui donna plusieurs enfants dont Donatien Aldonce François de Sade, né à
Paris le 02.06.1740, † Charenton (94) le 02.12.1814, lieutenant général pour le roi des Pays de la Haute et
Basse Bresse, du Bugey, du Valromey et de Gex, écrivain, auteur fameux d’ouvrages sulfureux dont
Justine ou Les Malheurs de la Vertu, publié anonymement en 1791. Les descendants de celui qui a ouvert
la voie à la sexologie moderne refusèrent de porter le titre de marquis de crainte d’être assimilés à leur
illustre ancêtre.
84. Claude Louis Robert (dit Claude Louis) de Saint-Germain, baron de Saint-Germain, dit « le
comte de Saint-Germain », né au château de Vertamboz (39) le 15.02.1707, † Paris, dans son hôtel de
l’Arsenal, le 15.01.1778, fils de François Gaspard, baron de Saint-Germain, seigneur de Vertamboz (39),
et de Marie Marguerite Aymier. Feld-maréchal général au Danemark, revenu en France avec le grade de
lieutenant général, le comte de Saint-Germain devint ministre et secrétaire d’État de la Guerre de Louis
XVI du 20.10.1775 au 23.09.1777 (Thiébaud (Jean-Marie), Les Comtes, Vicomtes, Barons et Chevaliersen Franche-Comté, Pontarlier, 2009, p. 202-203).
85. Jean Pierre de Ransonnet-Beaufort, né à Liège le 13.10.1744, † Moûtiers en Tarentaise
(Moûtiers, 73) le 13 ventôse an IV (3 mars 1796), colonel, mari d’Anne Marie Joséphine Magnée (Arnault
(Antoine-Vincent), Biographie nouvelle des contemporains ou Dictionnaire historique et raisonné de
tous les hommes qui, depuis la Révolution française, ont acquis de la célébrité par leurs actions, leurs
écrits, leurs erreurs ou leurs crimes, soit en France, soit dans les pays étrangers, vol. 17).
86. Table générale par ordre alphabétique des matières des lois, sénatus-consultes, &c, publiée
dans le Bulletin des lois et les collections officielles, depuis l’ouverture des États généraux, au 5 mai
1789, jusqu’à la restauration de la monarchie française, au 1er avril 1814, t. 3, p. 100.
87. Vercel (Roger), Capitaine Conan, Paris, Albin Michel, 1934, rééd. Omnibus, 2004, p.
695 [L’auteur est Roger Vercel, né au Mans (72) le 08.01.1894, † Dinan (22) le 26.02.1957].
88. Archives du Service historique de la Défense, XK 54.
89. Idem.
90. Thomas Auguste alias Auguste Thomas Le Roy de Grandmaison, né à Perthes-en-Gâtinais, le
08.12.1715, décédé le 13.05.1780, La Petite guerre ou Traité du service des Troupes légères en
campagne, Osnabrück, Biblio Verlag, Bibliotheca Rerum Militarium 14, 1972, réimpression de l’édition
de 1756, 417 p. [Le Roy de Grandmaison, † 1799, chevalier, seigneur du vicomté de Bois-Herpin,
capitaine avec commission de lieutenant-colonel de cavalerie au Corps des Volontaires de Flandre lors de
la parution de l’ouvrage, sera plus tard élevé au grade de maréchal des camps et armées du roi puis de
lieutenant général. Il était chevalier de Saint-Louis. Il épousa Marie Madeleine Perrault de Lessard qui lui
donna une fille Anne-Ide Le Roy de Grandmaison qui épousa, en 1801, Antoine de Pillot-Chantrans, 2e
marquis de Pillot-Chantrans, commandant de la Garde nationale de Saint-Dizier puis émigré].
91. Jeney (L.M. von), Le Partisan, 1759 [L’auteur est Louis Michel von Jeney (alias de Jeney), de
son vrai nom Mihály Lajos Jeney, né en Transylvanie vers 1721/1722, † Pécs en 1797, cartographe,
général austro-hongrois et écrivain militaire. Capitaine lorsqu’il publia Le Partisan, Jeney, issu d’une
famille de la noblesse protestante, avait débuté sa carrière comme hussard lors de la guerre de 1737-1739
contre la Turquie. Le titre complet de son ouvrage est Le Partisan ou làrt de faire la petite-guerre avec
succès selon le génie de nos jours. Détaillé Sur des Plans propres á faciliter lìntelligence des
Dispositions & de tous les Mouvemens nécessaires aux Troupes Légères, pour réussir dans leurs
Marches, leurs Embuscades, leurs Attaques & leurs Retraites. Avec une Méthode aisée pour Guérir
promptement les fâcheux aux Hommes & aux Chevaux durant la Campagne, Par Mr. de Jeney,
Capitaine, ci-devant Ingénieur-Géographe dans lÈtat-major de lÀrmée Francoise sur le Bas-Rhin.
Constapel, France, La Haye, 1757. Cet ouvrage également traduit en anglais (1760) et en plusieurs autres
langues dont le polonais a fait l’objet d’une étude publiée dans les Actes du XIIIe Colloque international
d’histoire militaire, Helsinki, 1991, vol. 1, p. 131-144].
92. Zakhar (József), « Ein ungarischer Klassiker über den Kleinkrieg : Das Werk Le partisan von L.
M. v. Jeney, erschienen 1759 im Haag », Acta de la Commission internationale d’histoire militaire, n°
13, Helsinki, 1991.
93. La Roche-Aymon (Comte de), Essai sur la petite guerre, ou Méthode de diriger les différentes
opérations d’un corps de 2,500 hommes de troupes légères, Paris, Saillant et Nyon, 1770, 2 vol., in-12°.
94. Anonyme (comte de Grimoard), Traité sur la constitution des troupes légères et sur leur
emploi à la guerre, Paris, Nyon l’aîné, 1782, in-8°, XIV-360 p.
95. Mao Tse Toung, Écrits militaires, Pékin, Éditions en langues étrangères, 1964.
96. Archives du Service historique de la Défense, XK 54.
97. Archives départementales de la Meuse, 4 R 25.Quelques repères chronologiques
Janvier-mars 1814 : Campagne de France
8 janvier 1814 : Décret impérial de la levée en masse et de la création de corps francs
6 avril 1814 : Première abdication de Napoléon Ier
15 avril 1814 : Ordonnance royale de dissolution des corps francs de 1814
20 avril 1814 : Les adieux de Fontainebleau à la Garde impériale
28 avril 1814 : Embarquement de Napoléon Ier à Saint-Raphaël sur l’Undaunted, une frégate
anglaise
3 mai 1814 : Débarquement de Napoléon Ier au port de Portoferraio dans l’île d’Elbe
30 mai 1814 : Premier traité de Paris
26 février 1815 : Départ de Napoléon Ier de l’île d’Elbe à bord du brick l’ Inconstant
1er mars 1815 : Débarquement de Napoléon Ier à Golfe-Juan, entre Cannes et Antibes
5 mars 1815 : Arrivée de l’Empereur à Grenoble
19 mars 1815 : Départ de Louis XVIII
20 mars 1815 : Arrivée de Napoléon Ier aux Tuileries
20 mars-22 juin 1815 : Cent-Jours
22 avril 1815 : Promulgation de l’ Acte additionnel aux Constitutions de l’Empire (inspiré de la
charte octroyée par Louis XVIII en 1814)
22 avril 1815 : Décret impérial de création de nouveaux corps francs
18 juin 1815 : Bataille de Waterloo
22 juin 1815 : Seconde abdication de Napoléon Ier
6 juillet 1815 : Entrée des troupes alliées dans Paris
8 juillet 1815 : Retour de Louis XVIII à Paris
15 juillet 1815 : Embarquement de Napoléon Ier à Rochefort sur le Bellérophon
20 juillet 1815 : Ordonnance royale de dissolution des corps francs de 1815
1er août 1815 : Licenciement de l’armée impérial
7 août 1815 : Transfert de Napoléon Ier à bord du Northumberland
15 octobre 1815 : Débarquement de Napoléon Ier à l’île de Sainte-Hélène
20 novembre 1815 : Deuxième traité de Paris (plus sévère que le traité de 1814)PREMIÈRE PARTIE : LES CHEFS EMBLÉMATIQUES
DES CORPS FRANCS EN 1814 ET 1815
Les époques troublées étant peu propices à la classification, à l’archivage et à la conservation de
documents relatifs à des unités agissant hors des structures classiques de l’armée, penchons-nous d’abord
sur les chefs de corps francs dont les noms sont parvenus jusqu’à nous.Pierre Jean Baptiste ADINE, chef de bataillon en Haute-
Savoie
Pierre Jean Baptiste Adine, né à Paris, paroisse de Saint-Germain l’Auxerrois en 1776, décédé le
11 avril 1832 après vingt-quatre ans onze mois onze jours de service, du régiment des gardes françaises du
roi en 1789 et des gardes nationales parisiennes en 1790-1792 à l’armée du Nord en tant que musicien
gagiste première clarinette, s’embarqua pour Cayenne. Il rentra en 1806 à bord d’une goélette suédoise, l’
Hermignone, après avoir mouillé aux îles du Salut et fait escale en Martinique, en Guadeloupe et aux
Açores. Dès son arrivée en France, il servit dans le 112e de ligne avant de passer au service des douanes
le 1er mai 1807. Il a laissé des Mémoires manuscrits sous le titre Mon Retour de Cayenne en Europe et
mes voyages depuis mon débarquement en may 1806. Les 49 pages in-octavo de ces Mémoires, rédigés à
l’encre brune sur deux cahiers de papier bleu et blanc, et qui comprennent les détails de son action en
1814 et l’intégralité de ses états de services de 1789 à la Monarchie de Juillet, ont été mis en vente en
2009 par la librairie Henri Bonnefoi pour la somme de 6 000 euros.
Ambroise Tardieu et ses collaborateurs ont consigné l’action d’Adine à la fin de l’Empire : Chef de
bataillon, inspecteur des douanes. En 1814, à la tête de 225 hommes du 8e léger et du 60e de ligne, de
164 préposés aux douanes (organisées en corps francs) et de 16 chasseurs du 4e régiment, cet officier
aussi brave qu’intelligent, défendit pendant deux heures le village de Rumilly, contre 2 000 hommes
d’infanterie, 500 chevaux et 8 pièces d’artillerie… Obligé de céder, il exécuta sa retraite avec le plus
grand ordre ; et se voyant poursuivi un peu trop vivement sur la route de Chambéry par la cavalerie
ennemie, il se jeta dans les montagnes de droite, repoussa les tirailleurs qui harcelaient son arrière-
garde, et continua sa marche jusqu’à Aix sans être inquiété. Officiers et soldats de ligne et volontaires
donnèrent à cette occasion des preuves éclatantes de valeur et d’intrépidité 1.
Avec son corps franc formé de douaniers, le fils d’Adine, dit Adine le Jeune, livra quant à lui de
durs combats de retardement dans la région d’Aix-les-Bains mais son unité eut à subir de trop lourdes
pertes contre des Autrichiens infiniment plus nombreux et elle fut rapidement dissoute.
1. Tardieu (Ambroise), Beauvais (Charles-Théodore), Voïart (Jacques-Philippe), Victoires,
conquêtes, désastres, revers et guerres civiles des Français, de 1792 à 1815 par une société de
militaires et de gens de lettres, Paris, Librairie C.L.F. Panckoucke éd., 1821, t. 23.Jean-Nicolas BERTRAND, Partisan méconnu
Si l’histoire se rappelle l’ancien maire de Rothau, elle a complètement oublié Jean-Nicolas
Bertrand qui, pourtant, joua un rôle égal à celui de Nicolas Wolff. Mais, heureusement, Rémi Blachon, le
spécialiste des corps francs du massif vosgien, a sorti de l’oubli la biographie de ce chef jusqu’alors
méconnu et auquel il était quelque peu apparenté, ceci expliquant sans doute cela.Jean-Nicolas, fils de
Nicolas Bertrand et de Marie Didier, naquit le 12 novembre 1778 à Germainfaing, hameau situé à mi-
chemin entre Saales et Saint-Dié, dans la commune actuelle de Ban-de-Sapt (88).
Tout juste âgé de seize ans, il s’engagea, le 13 décembre 1793, comme fusilier à la 95e demi-
brigade de bataille. Dans cette unité se retrouvaient près de 400 Vosgiens dont deux de ses parents,
Nicolas et Michel Bertrand.
À cette époque, on ne perdait guère de temps à former les recrues.
Quelques semaines après s’être enrôlé, Jean-Nicolas se retrouva devant Mannheim avec l’armée du
Rhin et y fut blessé d’un coup de feu au talon droit. Ce fut d’ailleurs la seule blessure dont il eut à souffrir
durant sa longue carrière militaire. Les séquelles l’empêchant à tout jamais de servir comme fantassin, il
passa au 1er régiment de carabiniers le 18 mars 1797 et, promotion de choix, comme garde à cheval aux
Guides de l’armée d’Italie le 13 octobre de la même année. Il partit avec cette unité pour la 1ère campagne
d’Italie où ce furent Arcole, Rivoli, sous le commandement du capitaine Jean-Baptiste Bessières, le futur
maréchal de l’Empire. Le 8 juillet 1799, il réintégra le 1er carabiniers.
Quelques semaines après le coup d’État du 18 Brumaire, une des premières décisions de Bonaparte,
maître de la France, fut de créer une unité de gardes rapprochés sous le nom de garde des consuls,
composée de deux mille hommes triés sur le volet. Ils devaient avoir 25 ans, mesurer entre 1m 78 et 1 m
84, savoir lire et écrire, avoir fait au moins trois campagnes, posséder une conduite et des mœurs
irréprochables, et s’être distingués sur le champ de bataille. Le 14 avril 1800, Jean-Nicolas Bertrand se
trouva incorporé dans la 3e compagnie des grenadiers à cheval de la Garde. Et pourtant il ne remplissait
pas toutes les conditions requises : il n’avait pas encore 22 ans et ne mesurait que 1m 76. C’est dire que
d’autres qualités durent gommer ces petites défi-ciences. Toujours sous les ordres de Bessières et tout
juste équipé, il partit pour l’Italie en franchissant le col du Grand-Saint-Bernard et, le 14 juin 1800, ce fut
la fameuse bataille de Marengo avec cette charge d’anthologie où les grenadiers à cheval, Bessières en
tête, culbutèrent les Kaiserlicks.
Après Marengo, la Garde revint à Paris avec le Premier Consul victorieux qui allait la combler
d’honneurs et de récompenses. C’est le général Michel Ordener, Lorrain de Saint-Avold (57), qui fut
nommé à la tête des grenadiers à cheval. L’habillement est revu et l’uniforme magnifique avec bonnet
d’ourson, culotte blanche, habit bleu, ce qui donnait à ces grands gaillards une bien fière allure. Conscients
de leur prestige, les « gros talons » affectaient une mine grave, un peu hautaine, un comportement réservé.
L’Empire fut proclamé le 18 mai 1804, et, le 15 juillet suivant, une grande cérémonie se déroula en
l’église des Invalides où l’Empereur remit la Légion d’honneur aux plus méritants. Parmi ceux-ci, le
grenadier Bertrand, nommé par décret alors qu’il n’avait que 25 ans.
Après une courte période de paix, ces hommes se retrouvèrent au camp de Boulogne en prévision de
l’invasion de l’Angleterre jusqu’au 27 août 1805 avant d’entreprendre la fameuse campagne de l’an XIV
parachevée par la victoire d’Austerlitz. Jean-Nicolas, qui avait été promu brigadier au début de la
campagne (27 octobre), prit part à la légendaire charge des grenadiers à cheval contre les chevaliers-
gardes russes qui sera un tournant décisif dans la bataille.
Même si les grenadiers à cheval participèrent à la campagne de 1806, le régiment ne sera pas à Iéna.
Par contre, il donnera à la bataille d’Eylau sous le commandement du colonel Lepic dans une charge
rendue plus que célèbre.
À Friedland, il restera l’arme aux pieds, la Garde étant considérée comme un corps de réserve
n’intervenant que dans les situations périlleuses. Mais, quand elle était engagée, elle se faisait hacher
plutôt que reculer. À noter que Bertrand a été fait maréchal des logis lors de la revue passée par
l’Empereur le 1er mai 1807 au camp de Finckenstein, sur les bords de la Vistule.
Après les campagnes de Prusse et de Pologne, la Garde était de retour à Paris. La ville et le Sénat
donnèrent une grande fête pour honorer les héros.
À cette occasion, un de ses compagnons d’armes, originaire de Rothau, Georges Benay, fut décoré
de la croix et bénéficia dans le même temps d’une permission. Il en profita pour se marier le 2 mars 1808
avec Anne Wolff, la jeune sœur du maire, et c’est Nicolas Wolff, maire et futur héros de la résistance, qui
les maria.
Quant à Bertrand, il partit presque aussitôt pour l’Espagne où il fera la courte campagne de 1808.Puis, sans répit, il suivit son unité sur les bords du Danube, à Essling, où les grenadiers à cheval firent
taire l’artillerie autrichienne par leurs charges répétées et coûteuses. Quelque temps après, c’était le
triomphe de Wagram.
La paix de Schönbrunn signée, la Garde ne se battit plus pendant trois ans.
En mars 1810, un décret impérial attribua une dotation de 500 francs sur le canal du Loing au
maréchal des logis chef Bertrand. Récompense sans doute accordée à l’intéressé à l’occasion de son
mariage. On sait en effet, en 1814, qu’il avait une épouse marchande de modes à Paris du nom de Marie
Anne Colin. On ignore toutefois où et quand il l’épousa. Seule certitude, elle mourut jeune.
Le 6 décembre 1811, un décret impérial nomma Bertrand, officier, et de belle façon puisqu’il
devenait lieutenant en second porte-aigle et grenadier à cheval de la Garde impériale. C’était là une
grande distinction, un insigne honneur qui lui valut de voir son nom publié dans l’édition 1812 de l’
Almanach impérial.
En avril 1812, le lieutenant Bertrand rejoignit la Grande Armée en Allemagne. Deux mois plus tard,
la campagne de Russie commençait. Après la victoire de la Moskowa, la prise de Moscou bientôt suivie
par la terrible retraite, Bertrand repassa le Rhin le 19 février 1813 pour rentrer au dépôt, en assez piteux
état probablement puisqu’il passera cinq semaines à l’hôpital du Gros-Caillou, rattaché à la Garde. On ne
sait pas avec certitude s’il participa à la campagne de Saxe.
En janvier 1814, pour faire face à l’invasion, l’Empereur essaya d’organiser une guerre de partisans
dans les départements occupés. Après Wolff et les frères Brice, Jean-Nicolas Bertrand fut désigné comme
chef de partisans. On ne connaît pas les circonstances précises de cette nomination. Par contre, rien n’est
plus faux que de le citer comme officier déserteur de la Garde impériale ainsi que le proclamait haut et
fort le comte d’Armansperg1, préfet bavarois à titre provisoire du département des Vosges. Preuve en est
qu’il fut nommé lieutenant en premier in absentia le 3 avril 1814 à Fontainebleau. Trois jours avant son
abdication, l’Empereur trouvait encore le temps de récompenser le dévouement de ses sujets restés
fidèles.
Par ailleurs, sur la mission de Bertrand, nous avons le témoignage de son second, Paul Laurent,
lieutenant de la gendarmerie impériale à la compagnie des Vosges. Il avait déjà pris part à de nombreux
combats au côté de Bertrand et, de retour dans son pays natal en 1814, il s’était mis spontanément à sa
disposition pour le seconder. Il parcourut les arrondissements de Remiremont et de Saint-Dié en invitant
les habitants à prendre les armes. Revenu à Epinal, il fut dénoncé aux Alliés par des Français et, plus
particulièrement, par François Joseph Ferry, propriétaire de la tuilerie de Robache, maire de Saint-Dié, le
propre grand-père de Jules Ferry, président du Conseil des ministres, ministre de l’Instruction publique.
Le maire de Saint-Dié assurait l’intérim du sous-préfet et brûlait d’envie de se voir confirmé dans ce poste
en se mettant dans les bonnes grâces des Bavarois. Arrêté, conduit à Colmar, Bertrand demeura au cachot
pendant quinze jours avant d’être traduit devant un conseil de guerre bavarois. Déporté en Bavière, il resta
prisonnier à Passau jusqu’au 16 juin 1814.
On sait que, le 3 avril, Bertrand se trouvait chez Nicolas Wolff à Rothau pour rédiger une
proclamation destinée aux habitants des environs pour les appeler aux armes. Certains historiens avancent
que Bertrand était un de ses lieutenants. Ils se trompent. Même s’il est incontestable que Wolff représentait
l’âme de la résistance, chaque corps conservait son autonomie et chaque chef son commandement
indépendant : Wolff commandait les chasseurs des montagnes du Bas-Rhin, Brice, les éclaireurs du
département de la Meurthe, et Bertrand opérait sur le département des Vosges, plus particulièrement dans
la trouée de Saales ; Brice entre Dabo et Badonviller ; et Wolff dans la moyenne vallée de la Bruche.
D’ailleurs, les Alliés ne s’y trompèrent pas puisqu’ils offrirent deux mille francs à qui livrerait Bertrand et
mille seulement pour la prise de Wolff, en vertu de l’arrêté publié dans le bulletin administratif du
département, portant la double signature du comte d’Armansperg, préfet provisoire bavarois, et de Joseph
de Polzer, chef commissaire autrichien. Tous deux considéraient d’ailleurs Bertrand plus dangereux que
Wolff, certainement en raison du prestige attaché à sa qualité d’officier de la Garde.
Le 5 avril 1814, l’officier supérieur bavarois Pappenheim2 étant à Chatenois, il ordonna au
lieutenant Narcisse, à la tête d’une colonne de soixante fantassins et d’une compagnie de chevaux légers,
de quitter Scherwiller pour Cobroy-la-Roche et Framont. Sur la route, le lieutenant apprit qu’une trentaine
de partisans se trouvaient à Saales. Il donna aussitôt l’ordre de changer de direction afin de capturer ces
fauteurs de troubles. Vers minuit, les Bavarois entrèrent silencieusement dans le village et cueillirent la
majorité des partisans. Bertrand, lui, avait juste eu le temps de mettre sa chemise et de sauter par la
fenêtre. Les Bavarois lancés à ses trousses revinrent bredouilles.
Le mercredi 6 avril, Narcisse arriva sur Stege où il livra les prisonniers, aussitôt conduits à
Chatenois. Puis il se dirigea sur Rothau. Le soir, en arrivant, il remarqua une multitude de feux de bivouac
dans la montagne, signe qu’un grand nombre de partisans se trouvaient rassemblés. Il parvint au pont sur laBruche en amont de Rothau et son avant-garde se trouva prise sous le feu d’un piquet de partisans. Un de
ses soldats fut tué. Narcisse battit en retraite jusqu’à Ranrupt.
Cependant, le même jour, Wolff avait appris l’attaque de Saales. Sa femme dictait à Jonathan
Widemann3 un message à transmettre à Brice, du côté de Raon-sur-Plaine (88). Le billet fut porté par le
domestique de Widemann et était rédigé en ces termes : Monsieur, Bertrand est fermé dans Saales ;
courez à son secours avec votre monde. En fait, on ne sait ce qu’il advint de Bertrand après sa fuite en
chemise dans les bois. Il est fort probable qu’ayant rejoint le chef du corps franc, il ait participé à la
défense victorieuse de Rothau le jeudi 7 avril contre l’assaut d’une colonne badoise venue de Molsheim et
commandée par le capitaine von Bodmann.
Pendant que ces évènements se déroulaient dans les Vosges, les troupes alliées entraient dans Paris
le 31 mars et l’Empereur abdiqua à Fontainebleau le 6 avril. Tous les chefs de partisans conclurent des
armistices séparés avec les envahisseurs. Libéré, Bertrand rejoignit Paris pour retrouver une place dans
son corps de prédilection, la Garde. Le maréchal Ney fut chargé de l’organisation du Corps royal des
Cuirassiers de France qui remplaça les grenadiers à cheval de la Garde impériale. Mais, comme vingt-
sept autres officiers du régiment, il se retrouva évincé et admis à la solde de non-activité.
« L’oisiveté est mère de tous les vices ». Ce proverbe s’applique, hélas, trop bien à notre homme.
Rejeté de l’armée avec une demi-solde de 75 francs par mois, il logea au n° 37 de la rue des Vieux-
Augustins à Paris et il était prêt à tout faire pour réintégrer l’armée. Mais le temps n’était plus où on
pouvait faire sa place en se distinguant sur les champs de bataille. Il s’agissait à présent de faire jouer ses
relations, par l’entremise du général Dessolle4, ministre d’État et pair de France, par celle du duc de
Maille, intime du comte d’Artois, et celle également de M. de Blacas, ministre de la Maison du Roi, duc
d’Havre, ultra royaliste et favori du « gros Louis » (on peut se demander de quelle manière il a pu
connaître et côtoyer ces personnages). Mais toutes ses démarches demeurèrent infructueuses, l’homme était
marqué du sceau de la Garde impériale ; alors, l’ancien « invincible » (surnom que l’on donnait aux
grenadiers à cheval de la Garde impériale) allait se perdre. Celui qui avait passé quinze ans comme garde
rapproché de l’Empereur, qui avait vu de près tous les grands dignitaires, toutes les têtes couronnées de
l’Europe, qui avait risqué sa vie sur tous les champs de bataille de l’Empire, de Krasnoïe (Russie) à
Somo-Sierra (Castille), le porte-aigle qui avait été admiré, choyé, adulé comme seul pouvait l’être un
officier de la Vieille Garde, allait se fourvoyer de la plus vile manière en acceptant le sordide emploi
d’agent de renseignements dans les milieux militaires. Il se posa en fidèle de l’Empereur en rapport avec
l’île d’Elbe avec Schulmeister, agent secret de l’Empereur. En fait, il effectuait une basse besogne d’agent
provocateur. Mais il en faisait trop, tant et si bien qu’il finit par attirer l’attention des autorités militaires
et, le 2 décembre 1814 (neuvième anniversaire de la victoire d’Austerlitz à laquelle il avait si vaillam-
ment contribué), il sera arrêté par la police, celle-ci l’ayant pris pour un véritable agent de l’Empereur.
Pour se sortir de cette sale situation, il se vit obligé d’avouer qu’il servait en fait en qualité d’agent de la
Cour. Cette mésaventure sera néanmoins consignée par des procès-verbaux qui, bientôt, tomberont entre
les mains des autorités impériales, Napoléon étant remonté sur le trône.
Pendant les Cent-Jours, Bertrand reprit bravement sa belle tenue d’officier de grenadier à cheval
(uniforme qu’il disait avoir relégué à tout jamais dans son grenier). Mais son zèle pour les Bourbons
n’était pas passé inaperçu et on se souvenait du rôle peu reluisant qu’il avait joué pendant la relégation de
Napoléon à l’île d’Elbe. Soupçonné, il choisit de démissionner de la Garde, prétextant des raisons de
santé. Réal, préfet de police de la Seine, ne fut pas dupe car il avait sous les yeux des rapports plus que
compromettants à l’encontre de Bertrand. Il estima que ce dernier était un intrigant dont la présence était
indésirable dans la capitale. On lui délivra un passeport pour Senones (chef-lieu du canton dont il était
natif) afin de l’éloigner au plus tôt. Il dut donc quitter Paris et essaya encore, mais en vain, de s’y opposer.
On ignore si, durant cette période, revenu aux sources, il essaya de retrouver les corps de partisans
où il s’était distingué en 1814.
Après Waterloo, Bertrand réintégra la Garde en septembre 1815 et évidemment, en raison des
mesures prises contre lui pendant les Cent-Jours, il fut bien placé pour revenir en grâce. Après divers
postes dans la gendarmerie royale, il finira lieutenant à la compagnie de gendarmerie de Seine-et-Marne.
Réformé le 22 décembre 1824, il habitait alors à Paris place Royale (l’actuelle place des Vosges).
En 1818, il avait épousé à Paris, en secondes noces, Joséphine Messier5 (1784-1847), de
Badonviller (54), nièce du célèbre astronome Charles Messier (1730-1817), surnommé par Louis XV « le
furet des comètes », membre de l’Académie des Sciences, membre de l’Institut, chevalier de la Légion
d’honneur, mort en 1817, inhumé au cimetière du Père-Lachaise. La demoiselle avait 34 ans et était très
fortunée. Ils s’installèrent à Paris au n° 1 de la place Royale puis, en 1819, achetèrent une maison rue
Royale au n° 18 (maintenant 16, rue de Birague, demeure occupée pendant un temps par l’écrivain Jean-
Edern Hallier et dont la façade donne sur la magnifique place des Vosges).Bertrand, chevalier de la Légion d’honneur, fut aussi créé chevalier de Saint-Louis en 1819 et il prit
définitivement sa retraite en 1825 à l’âge de 47 ans avec une pension de 945 francs par an. Sa situation
financière était si confortable qu’il acheta à son frère, Jean-Baptiste Bertrand, une ferme dans les Vosges à
Moyenmoutier (lieu-dit Aux Fossés) pour 15 000 francs.
Il eut de sa deuxième épouse une fille, Joséphine, morte jeune en 1832 et Jean-Nicolas. Bertrand
mourut dans son lit en sa 69e année le 1er avril 1847. Il repose au Père-Lachaise, 11e division, chemin
Méhul, dans la tombe où sont inhumés l’oncle astronome et la petite Joséphine.
Sur la stèle toujours visible se lit une épitaphe à demi-effacée où on remarque les mots de « Garde
impériale », la plus belle tranche de sa vie6.
Bibliographie
Blachon (Rémi), « Un partisan méconnu : Jean-Nicolas Bertrand, de Ban de Sapt », L’Essor, no
128, septembre 1985.
1. Josef Ludwig, Graf von Armansperg, né à Kötzting le 17.02.1787, † Munich (Bavière)
03.04.1853 (fils de Franz Serafin Felix Karl Joseph Robert, Graf von Armansperg, né le 07.06.1752, et de
Maria Anne, fille du comte de Berchen), chambellan du roi de Bavière, futur membre du gouvernement de
Bavière (ministre des Finances puis des Affaires étrangères) puis de Grèce dont il fut Premier Ministre. Le
jeune comte d’Armansperg, en sa qualité de commissaire civil du royaume de Bavière au sein des troupes
alliées, participa au congrès de Vienne. Sa famille portait : d’azur à l’aigle d’argent, becquée d’or,
membrée de gueules. Cimier : un heaume couronné surmonté de l’aigle de l’écu entre deux pro-
boscides d’azur (Weilmeyr, (Franz Xaver), Stemmatographie der heutige Grafen von Armansperg in
Bayern – Ein historisch-biographischer Beitrag zur deutschen Adelskunde, 1830).
2. Karl Theodor Friedrich (Charles Théodore Frédéric) von Pappenheim, Graf von Pappenheim
(1775-1855), général de brigade de cavalerie (1809), fils de Friedrich Wilhelm, Graf von Pappenheim
(11.09.1737-31.07.1822), et de Friedericke Johanna von Seckendorff, Freiin von Seckendorff
(27.04.1750-28.12.1821). Il épousa Lucie von Hardenburg-Reventlov qui lui donna une fille, Adélaïde,
Gräfin von Pappenheim qui épousa Heinrich von Carolath-Beuthen, Prinz von Carolath-Beuthen, fils
d’Heinrich Karl Erdmann von Carolath-Beuthen, Prinz von Carolath-Beuthen (1759-1817) et d’Amalie
von Sachsen-Meinigen (1762-1798).
3. Jonathan Widemann, né à Rothau, était le fils de Jean-Michel, né au dit lieu le 20.02.1748, † ibid.
le 25.10.1810, et de Catherine Malaise.
4. Jean Joseph Paul Augustin Dessole (alias Dessolle), né à Auch (32) le 03.07.1767, † dans son
château de Montluchet à Saulx-les-Chartreux (91) le 02.11.1828, inh. dans la 28e division du cimetière
parisien du Père-Lachaise, lieutenant du général Moreau pendant la campagne de 1800-1801, gouverneur
de Cordoue, commandant de la Garde nationale de Paris en 1814. Partisan des Bourbons, il fut nommé
membre du Conseil privé du roi, pair de France et ministre des Affaires étrangères en 1818. Cette même
année, il devint président du Conseil, succédant ainsi au duc de Richelieu du 29.12.1818 au 19.11.1819, le
relais étant à nouveau assuré par le duc de Richelieu. Grand-croix de la Légion d’honneur, commandeur de
l’ordre de Saint-Louis, chevalier de la Couronne de fer, chevalier de l’ordre de Charles III d’Espagne, il a
son nom inscrit sur le côté Est de l’Arc de Triomphe de l’Étoile. Il épousa Anne Émilie Picot de
Dampierre (1778-1852), fille du général Auguste Marie Henri Picot, marquis de Dampierre (1756-1793),
qui repose à ses côtés.
5. Joséphine Messier, née à Badonviller (54) le 18.08.1784, était la fille de Nicolas, ancien maire à
Badonviller, et de Françoise Colin. Son parrain fut le sieur Joseph Messier, inspecteur général de la régie
des sels de la principauté de Salm, son oncle paternel (R.P. de Badonviller).
6. On peut voir une photographie de sa tombe sur le site internet des Amis et Passionnés du Père-
Lachaise.Joseph BÉATRIX
Joseph Beatrix, né à Collonges (01) le 6 mars 1781, décédé au dit lieu le 30 décembre 1855,
notaire, adjoint puis maire de Collonges, était l’un des fils d’Antoine Beatrix, châtelain du marquisat de La
Pierre, et de Jeanne Antelmette dite Jeanne Rendu. Noble Joseph Dufour, écuyer, et demoiselle
Magdeleine Dufour le portèrent sur les fonts baptismaux. Un an et demi à peine avant la création des corps
francs, il épousa à Neuville-sur-Ain (01), le 25 novembre 1812, Eugénie Bottex, née à Neuville-sur-Ain le
19 septembre 1790, décédée à Collonges en 1840, fille de Joseph le Jeune Bottex et de Marie-Gabrielle-
Julie Barjollet.
Dès 1814, il reçut un brevet de commandant pour diriger une compagnie de corps franc dans le
département du Léman et il se distingua lors de la défense victorieuse du fort de l’Écluse. Aussi, l’année
suivante, le nomma-t-on colonel commandant l’ensemble des corps francs du département de l’Ain.
Mieux encore, dans les dernières semaines de l’Empire, on mit également sous ses ordres plusieurs
unités régulières pour grossir les effectifs de ses corps francs.
On trouvera plus loin maints détails sur les actions qu’il a menées contre les armées d’invasion dans
les départements du Léman et de l’Ain et les conséquences de son courage lors du retour des Bourbons,
conséquences qui n’épargnèrent pas davantage son père et son frère, bâtonnier des avocats à Nantua. Ce
dernier, alors qu’il n’était encore qu’un simple élève du gouvernement au lycée impérial de Paris, n’avait
pas hésité à écrire à Monsieur de Lacépède, grand chancelier de la Légion d’honneur, pour demander
l’attribution de cette décoration à son père Antoine Béatrix, propriétaire notable à Collonges, chef-lieu
de canton du département du Léman, demande fondée par 28 ans de magistrature… avec zèle et
honneur, ajoutant : Jadis, il a été châtelain, ensuite maire, président des administrations de district et
de canton et, enfin, il est aujourd’hui membre du collège électoral . Dans une lettre datée du 18 brumaire
an XIII (9 novembre 1804), Ribiollet, maire de la commune, appuya cette demande dont on ne sait si elle a
été exaucée.