Les Figures du destin dans l'épopée antique gréco-latine

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308 pages
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Description

Dans cet ouvrage l'auteur s'efforce de montrer ici que le destin – au sens d'un avenir annoncé ou d'une vie qui s'achève – constitue, dans les trente-deux épopées antiques grecques et latines étudiées, une figure littéraire plutôt qu'historique, philosophique ou religieuse. Son rôle est primordial : sa suppression appauvrirait la personnalité des héros, elle altèrerait la substance des épopées. Le destin exerce des fonctions littéraires, favorisant la clarté du récit, accroissant son intérêt, exerçant un effet d'amplification.

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Publié par
Date de parution 01 mars 2016
Nombre de visites sur la page 11
EAN13 9782140003288
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0187 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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pSRSpHV DQWLTXHV JUHFTXHV HW ODWLQHV pWXGLpHV XQH ¿JXUH OLWWpUDLUH

1RXV QH QRWRQV HQ HIIHW DXFXQ DIIDLEOLVVHPHQW VLJQL¿FDWLI GH

Q¶DIIHFWH IRUWHPHQW TXH GHX[ pSRSpHV (Q¿Q -XSLWHU HW OHV 3DUTXHV

(Q UHYDQFKH OH GHVWLQ HVW XQH ¿JXUH OLWWpUDLUH R OHV GHX[ FRXSOHV
PDMHXUV ȝȠԃȡĮ țȒȡ

VRQ LQWpUrW H[HUoDQW XQ HIIHW G¶DPSOL¿FDWLRQ

Collection
KUBABA

Série
Antiquité

Daniel ARNOULD

Les figures du destin
dans L’épopée antique gréco-Latine





Les figures du destin dans l’épopée
antique gréco-latine





























Bibliothèque Kubaba (sélection)
http://kubaba.univ-paris1.fr/



COLLECTION KUBABA


Série Antiquité

ARNAUD, Daniel,Les Métamorphoses de la sagesse au Proche Orient asiatique
AUFRÈRE, Sydney H. :Thot Hermès l’Égyptien
BLAISE, Frédéric/STERCKX, CaudeLe mythe du guerrier impie
BRIQUEL, Dominique :Le Forum brûle
ETTIGHOFFER, Patrick,Le Soleil et la lune dans le paganisme scandinave
FARANTON, Valérie,La Nature et ses images dans le roman grec
FARANTON, Valérie et MAZOYER, Michel (éd.),Homère et l’Anatolie 2
FREU, Jacques :Histoire du Mitanni
FREU, Jacques :Histoire politique du royaume d’Ugarit
FREU, Jacques :Šuppiluliuma et la veuve du pharaon
FREU, Jacques / MAZOYER, Michel, en coll. avec Isabelle KLOCK-FONTANILLE:Des
origines à la fin de l’ancien royaume hittite : Les Hittites et leur histoire, vol. 1
FREU, Jacques / MAZOYER, Michel :Les débuts du nouvel empire hittite : Les Hittites et
leur histoire, vol. 2
FREU, Jacques / MAZOYER, Michel :L’apogée du nouvel empire hittite, vol. 3
FREU, Jacques / MAZOYER, Michel :Le déclin et la chute du nouvel empire hittite,vol.
4
MAZOYER, Michel (éd.) :Homère et l’Anatolie
MAZOYER, Michel :Télipinu, le dieu au marécage
NUTKOWITZ, Hélène,Destin de femmes à Elephantine au Ve siècle avant notre ère
NUTKOWITZ, Hélène,/MAZOYERMichel,La disparition du dieu dans la Bible et les
mythes hittites
PIRART, Éric :Georges Dumézil face aux démons iraniens
PIRART, Éric :Guerriers d’Iran
PIRART, Éric :L’Aphrodite iranienne
PIRART, Éric :L’éloge mazdéen de l’ivresse
SERGENT, Bernard :L’Atlantide et la mythologie grecque
STERCKX, Claude :Les mutilations des ennemis chez les Celtes préchrétiens
VIALHÉLÈNE(éd.), Aphrodite-Venus et ses enfants





Daniel ARNOULD







Les figures du destin dans l’épopée
antique gréco-latine






















Association KUBABA
Université de Paris I – Panthéon-Sorbonne
12, Place du Panthéon
75231 -ParisCEDEX05






Illustration
La Sibylle[Pythie]de Delphes
(Michel-Ange, 1508-1512, détail du plafond de la Chapelle Sixtine, Vatican)

Cahiers KUBABA
Directeur de publication : Michel MAZOYER


Comité de rédaction
Trésorière : Valérie FARANTON
Secrétaire : Charles GUTTARD


Conseil d‘Administration

Sydney H. AUFRERE, Régis BOYER, Jean Paul BRACHET, Dominique BRIQUEL,
Valérie FARANTON,Charles GUITTARD, Jean-Pierre LEVET, Michel MAZOYER,
Alain MEURANT, Hélène NUTKOWICZ,
Eric PIRART


Conseil scientifique


Comité scientifique
Sydney H. AUFRERE, Sébastien BARBARA, MarielleDEBECHILLON,, Nathalie BOSSON,
Dominique BRIQUEL, SylvainBROCQUET, Gérard CAPDEVILLE, Jacques FREU, Charles
GUITTARD, Jean-Pierre LEVET, Michel MAZOYER, Paul MIRAULT, Dennis PARDEE, Eric
Pirart, Jean-Michel RENAUD, Nicolas RICHER, Bernard SERGENT, Claude STERCKX,
Patrick VOISIN

Ingénieur informatique
Patrick HABERSACK(macpaddy@free.fr)

Ce volume a été imprimé par
© Association KUBABA, Paris



© L’HARMATTAN, 2016
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-08242-4
EAN : 9782343082424

Amon épouse Evelyne

Amon fils Jean-Charles

Les trois Moires- J. G. Schadow (1764-1850) - Monument funéraire
G¶Alexander von der Mark - Alte Nationalgalerie - Berlin

&HW RXYUDJH V¶DSSXLH VXU PD WKqVH GH /DQJXHV HW OLWWpUDWXUHV DQFLHQQHV
intituléeLes figures du destin dans l’épopée antique gréco-latine. Elle a été
préparée au Centre Paul Albert-)pYULHU GH O¶8QLYHUVLWp G¶$L[-Marseille et
soutenue en décembre 2014 à Aix-en-Provence devant un jury composé de
Mesdames E. Caire (Professeur de langue et littérature grecques à
O¶8QLYHUVLWp G¶$L[-Marseille, directrice de thèse), S.)UDQFKHW G¶(VSqUH\

(ProfesseurGH ODQJXH HW OLWWpUDWXUH ODWLQHV j O¶8QLYHUVLWp 3DULV-Sorbonne),
S. Luciani(Professeur de langue et littérature latines àO¶8QLYHUVLWp
G¶$L[Marseille), M.-P.Noël (Professeur de langue et littérature grecques à
O¶8QLYHUVLWp 3DXO-Valéry de Montpellier), S. Rabau (Maître de Conférences
+'5 GH OLWWpUDWXUH JpQpUDOH HW FRPSDUpH j O¶8QLYHUVLWp 6RUERQQH
1RXYHOOHParis 3) et de Monsieur F. Trajber (Maître de Conférences de langue et
littérature grecques à l¶8QLYHUVLWp G¶$L[-Marseille). Je remercie beaucoup
les membres du jury pour toutes leurs suggestions de modifications. Je
UHPHUFLH pJDOHPHQW 0RQVLHXU 0 0D]R\HU TXL D DFFHSWp O¶pGLWLRQ GH FHW
RXYUDJH GDQV OD FROOHFWLRQ TX¶LO GLULJH DX[ pGLWLRQV /¶+DUPDWWan.

SOMMAIRE

Introduction

PARTIE 1± /$ 1$785( '8 '(67,1 '$16 /¶e323e( $17,48(
GRÉCO-LATINE p.21

Chapitre 1±La nature du destin dans les trois épopées paradigmes : de
ȝȠ૙ȡĮ moïra) àfatum, de țȒȡ kèr) àfortuna
I ±Les différences principales entreȝȠ૙ȡĮ moïra) etfatum: le destin "part
de vie" ou "objet de prédiction"
II ± /HV GLIIpUHQFHV PDMHXUHV HQWUH țȒȡ kèr) etfortuna: mort ou hasard,
déesse de la mort ou déesse imprévisible

Chapitre 2±principales évolutions de la nature du destin dans les Les
épopées "de second rang"
I ±modification du contenu de la nature divine du destin: les mots La
relatifs à des divinités du destin qui apparaissent, les mots qui disparaissent
II ± /¶pODUJLVVHPHQW GH OD QDWXUH GLYLQH GX GHVWLQà travers une tendance
générale à la personnification croissante du destin
III ±La prise en compte de la nature philosophique du destinGDQV O¶pSRSpH
O¶LPSDFW GH OD SKLORVRSKLH VWRwFLHQQH dudestin chez Lucain et Quintus de
Smyrne

PARTIE 2±VECTEURS MYTHOLOGIQUES DU DESTIN LES
'$16 /¶e3p. 61OPÉE ANTIQUE GRÉCO-LATINE

Chapitre 1±La détermination et la transmission du destin au sein de la
communauté des dieux
I ±Les différentes divinités du destin dans les épopées antiques
II ± Laquestion de la détermination du destin par Zeus ou par les Moires,
par Jupiter ou par les Parques
III ±Les divinités qui affectent le destin des hommes ou qui le transmettent
au sein de la communauté des dieux

Chapitre 2±La transmission du destin, de la communauté des dieux au
monde des hommes
I ±La transmission du destin par les propos des dieux aux hommes
II ±La transmission du destin par les techniques de divination
III ±La transmission du destin par les prophéties et par les songes

9

PARTIE 3± LERÔLE ET LES FONCTIONS LITTÉRAIRES DU
DESTIN DANS L¶e323e( $17,48( *5e&2-LATINE p.145

Chapitre 1±Le rôle important du destin O¶DOWpUDWLRQ GH OD SOXSDUW GHV
épopées après une suppression simulée du destin
I ±du destin et appauvrissement de la personnalité des Suppression
principaux acteurs de certaines épopées
II ±Suppression du destin et perte de substance des épopées paradigmes
III ±Suppression du destin et destruction deO¶REMHW GH FHUWDLQHV pSRSpHV

Chapitre 2±Les fonctions littéraires du destin
I ± /HV DQQRQFHV GH GHVWLQV SUROHSVHV LQWHUQHV HW O¶DPpOLRUDWLRQ GH OD FODUWp
des récits
II ± /HV FDUDFWpULVWLTXHV GX GHVWLQ HW O¶DFFURLVVHPHQW GH O¶LQWpUrW GHV UpFLWV
III ± /HV SRUWUDLWV GH GHVWLQV HW O¶DPSOLILFDWLRQ GHV UpFLWV

Conclusion p.233

Annexe p.241

Références bibliographiquesp. 269

Lexique p.283

Plan détaillép. 299


10

INTRODUCTION

'DQV FHW RXYUDJH QRXV QRXV SURSRVRQV G¶pWXGLHU OHV ILJXUHV GX
GHVWLQ GDQV O¶pSRSpH DQWLTXH JUpFR-latine, depuis les épopées homériques, au
e
VIII siècleavant J.-& MXVTX¶jFHOOHV GH O¶$QWLTXLWp WDUGLYH SpULRGH TXL VH
1
clôt avec la fin de l¶(PSLUH URPDLQ G¶2FFLGHQW HQ GH QRWUH qUH.
En français, le substantif "destin" (essentiellementFate en
anglais,Schicksalen allemand) apparaît en 1165, dans leRoman de Troiede
B. de Sainte-Maure (au vers 13 ORUVTX¶HVW UHODWp XQ FRPEDW j O¶aube,
entre les Grecs et les Troyens ; au-delà de son sens spécifique de
"détermination" chez cet auteur, le mot tire son origine des verbes latins
stare») et, après adjonction« êtremaintenu, arrêté, fixé (« êtredebout »,
G¶XQ SUpIL[H HW PRGLILFDWLRQ Gu radical,destinareattacher, arrêter,(« fixer,
décider »).Le destin serait donc, étymologiquement, ce qui est fixé: il
conviendra de voir par qui (en analysant le rôle que jouent les différentes
divinités présentes dans les épopées), pour qui (des individus, des
FROOHFWLYLWpV HW VXU TXHOV FULWqUHV OH KDVDUG SHXW rWUH O¶XQ G¶HX[ /H GHVWLQ
GpWHUPLQHUDLW O¶DYHQLU GHV KRPPHV HW FHOXL GH FHUWDLQHV FROOHFWLYLWpV GH
manière plus ou moins précise et rigide. Or cette notion de destin est liée
étroitement àO¶pSRSpH DQWLTXH GqV O¶RULJLQH SXLVTXH GDQV O¶Iliadedans et
2
O¶Odysséedit ainsi à Ulyssedans, chaque homme a un destin; Pénélope
O¶OdysséeEn effet certes les dieux immortels ont établi le destin de: «
chacun des mortels sur la terre féconde » (Od., XIX, 592-593).
"Destin" comporte certes des substituts proches : les principaux sont
"destinée", "fatalité", "fortune", "hasard", "lot", "nécessité", "sort". Mais
G¶DERUG FHUWDLQHV GH FHV DXWUHV XQLWpV OH[LFDOHV VRQW SRO\VpPLTXHV QRQ
spécialisées sur la notion-même de destin. Il en est ainsi de la fortune, du lot,
de la nécessité, du sort. Leur emploi obscurcirait donc les développements.
Ensuite, à la différence de la destinée, de la fatalité, du lot, de la nécessité et
GX VRUW OH GHVWLQ Q¶HVW QL FRPSlètement irrévocable ni complètement
extérieur aux individus ou aux collectivités ; une des définitions de "destin"
dans le dictionnaireNouveau Petit Robertcours de« Leeffet : est en
O¶H[LVWHQFH FRQVLGpUp FRPPH SRXYDQW rWUH PRGLILp SDU FHOXL TXL OD YLW». Or
OH GHVWLQ DLQVL TX¶RQ OH YpULILHUD XOWpULHXUHPHQW SUpVHQWH SDUIRLV FHV
caractéristiques dans les épopées antiques. Enfin, la fortune, le hasard, le lot,


1
-/HV KLVWRULHQV HQWHQGHQW JpQpUDOHPHQW SDU O¶H[SUHVVLRQ $QWLTXLWp WDUGLYH OD
GHUQLqUH SpULRGH GH O¶(PSLUH URPDLQ G¶2FFLGHQW TXL GpEXWH HQ DYHF OD PLVH HQ
SODFH G¶XQH WpWUDUFKLH SDU O¶HPSHUHXU 'LRFOpWLHQ HW TXL V¶DFKqYH HQ

2
-2Q WURXYHUD j OD ILQ GH O¶RXYUDJH XQ OH[LTXH GHV SULQFLSDX[ SHUVRQQDJHV
historiques ou mythologiques des épopées, cités dans le texte.

11

OH VRUW SHXYHQW rWUH FRQVLGpUpV FRPPH OHV FDXVHV G¶XQ GHVWLQ
particulier tandis que la destinée, mot formé en ajoutant à "destin" le suffixe
pH TXL H[SULPH OH UpVXOWDW G¶XQH DFWLRQ XQ FRQWHQX HVW OD FRQFUpWLVDWLRQ
du destin pour un individu. Ces trois catégories de raisons justifient
O¶DGRSWLRQ GDQV FHW RXYUDJH GX WHUPH GHVWLQ SRXU pWXGLer ce concept dans
les épopées antiques, qui apparaît sous des noms grecs et latins variés, avec
GHV VLJQLILFDWLRQV GLYHUVHV FRPPH O¶pWXGH OH PRQWUHUD
Quant au terme "figure", il fait référence, conformément à son
3
étymologie latinefigura, à un ensemble de formes et de traits, celles et ceux
TXH OH GHVWLQ SUpVHQWH GDQV O¶pSRSpH DQWLTXH PDLV pJDOHPHQW j OD UKpWRULTXH:
la déesse Fortune et la fortune peuvent être considérées respectivement
comme une antonomase et «une métonymie particulièrement significative
4
G¶XQ FHUWDLQ VHQV GX GHVWLQ» ,les Moires et les Parques comme des
métaphores ou des allégories de la mort : «Mais Amour ne résista pas aux
Moires »,écrit ainsi Musée dansHéro et Léandreleur mort va323 ; (v.
séparer, ou unir définitivement, deux amants, Léandre et Héro qui vont, le
premier se noyer et la seconde, alors, se suicider). « Et les Parques enroulent
les derniers fils de la vie de Lausus ª DQQRQFH 9LUJLOH GDQV O¶Énéide (En., X,
814-815 ;Lausus va mourir au combat, tué par Énée). Enfin le pluriel
"figures" traduit la diversité des approches du destin: ses formes
OLQJXLVWLTXHV JUHFTXHV HW ODWLQHV FH TX¶LO UHFRXYUH FKH] XQ DXWHXU VD QDWXUH
VRQ FRQWHQX VHV SULQFLSDX[ YLVDJHV O¶XVDJH TXH FH GHUQLHU HQ IDLW VRQ U{OH
et les fonctions littéraires que le destin assure).

*
/D FRQVWLWXWLRQ GX FRUSXV G¶pSRSpHV HVW FHSHQGDQW XQ SUpDODEOH j
O¶pWXGH GH OD QDWXUH GX GHVWLQ GX U{OH TX¶LO \ MRXH
e
On doit à Platon, au IVs. av. J.-C., dans la RépubliqueIII, (Livre
392-394), les premières réfOH[LRQV DQDO\WLTXHV VXU O¶pSRSpH j SURSRV GH OD
définition des manières de rendreFRPSWH G¶pYpQHPHQWV SDVVpV SUpVHQWV RX
futurs OHV SRqWHV SHXYHQW XWLOLVHU OH UpFLW VLPSOH G¶XQ QDUUDWHXU RX HQFRUH
faire dialoguer les personnages en se mettant à leur place, ce qui explique le
terme "imitation" ou "mimesis" qualifiant ce procédé, ou enfin combiner les
GHX[ WHFKQLTXHV /H GLWK\UDPEH j O¶RULJLQH XQ K\PQH UHOLJLHX[ DGUHVVp j
'LRQ\VRV SXLV O¶pYRFDWLRQ ORXDQJHXVH GH SHUVRQQDJHV P\WKLTXHV FRPPH
Héraclès ou Thésée) recourt essentiellement au récit simple, au discours
LQGLUHFW VDQV JXLOOHPHWV j O¶LQYHUVH OD WUDJpGLH HW OD FRPpGLH VRQW

3
-Figuravient defingo, « modeler », puis « façonnerª G¶R ©reproduire les traits
de », « représenter » (A. Ernout et A. Meillet, 2001,s. v.« fingo »).
4
- Molinié, 1983, p. 206.

12

FDUDFWpULVpHV SDU XQH XWLOLVDWLRQ LQWpJUDOH GHV GLDORJXHV GH O¶LPLWDWLRQ;
O¶pSRSpH HVW XQ JHQUH PL[WH GDQV OHTXHO DOWHUQent des récits et des dialogues.
Aristote,disciple de Platon, utilise dans laPoétique °XYUH UpGLJpH
vers 335 avant notre ère) la notion de mimesis dans un sens beaucoup plus
JpQpUDO FHOXL GH O¶LPLWDWLRQ GH OD UpDOLWp TXH V¶HIIRUFHQW GH UpDOLVHU j VHs
yeux, tous les arts, notamment±pour ce qui concerne la poésie± O¶pSRSpH
la tragédie et la comédie. La première est fondamentalement une exposition,
un récit, tandis que les deux autres mettent en scène des personnages
agissant. Elaborant ensuite ce qXH O¶RQ SHXW DSSHOHU OD SUHPLqUH WKpRULH GHV
5
genres , AristoteIRUJH XQH GpILQLWLRQ GH O¶pSRSpH DSUqV XQH GLVFXVVLRQ GH VHV
points communs et de ses différences avec la tragédie. Toutes deux se
préoccupent de questions sérieuses. Elles sont de surcroît, en fait, ancrées
GDQV O¶RUDOLWp OHV WUDJpGLHV IRQW O¶REMHW GH UHSUpVHQWDWLRQV SXEOLTXHV HW OHV
épopées homériques, auxquelles Aristote fait référence, sont dites avant
G¶rWUH pFULWHV; le mot "épopée" (ਥʌȠʌȠȚȓĮ,épopoïa)±qui apparaît en français
e
au XVIIsiècle, en 1656, dans la préface du poème héroïque de Jean
ChapelainLa Pucelle ou La France délivrée ± UHQYRLH G¶DLOOHXUV j OD parole
(਩ʌȠȢépos).(QILQ pSRSpHV HW WUDJpGLHV IRQW O¶REMHW G¶XQH YHUVLfication. Mais
OH PqWUH TXL FRQYLHQW OH PLHX[ j O¶pSRSpH H[SOLTXH $ULVWRWH HVW OH PqWUH
KpURwTXH F¶HVW-à-GLUH O¶KH[DPqWUH GDFW\OLTXH ± versde six pieds dont le
cinquième est généralement un dactyle, celui-ci comportant trois syllabes,
une longue et deux brèves±la fois « à« trèssimple »,imposant » et « très
emphatique » (Platon qualifie, pour sa part, le rythme dactylique ou héroïque
de «guerrierª $X FRQWUDLUH OD WUDJpGLH XWLOLVH VXUWRXW O¶LDPEH GH GHX[
syllabes, la première, brève, et la seconde, longue.
3DU DLOOHXUV O¶pSRSpH QH GRLW SDV V¶DSSDUHQWHU j GHV FKURQLTXHV
KLVWRULTXHV HW HOOH Q¶HVW SDV DVWUHLQWH j XQH TXHOFRQTXH XQLWp GH WHPSV RX GH
lieu, contrairement à la tragédie qui supporte des contraintes de durée de la
représentation et de mise en scène. LongueQDUUDWLRQ G¶XQH DFWLRQ O¶pSRSpH
est également caractérisée± j O¶LQYHUVH Oj HQFRUH GH OD WUDJpGLH ± parla
SUpVHQFH G¶XQ QDUUDWHXU TXL GRLW OXL UHVWHU H[WpULHXU. Enfin, sur le plan du
PHUYHLOOHX[ RX GH O¶H[WUDRUGLQDLUH DX[TXHOVrecourent à la fois la tragédie et
O¶pSRSpH FHOOH-FL SHXW XVHU PrPH GH O¶LUUDWLRQQHO RX GH O¶DEVXUGH


5
-Celle-ci connaîtra des développements multiples, parmi lesquels, au début du
e
XIX siècle,la triade de Hegel "poésie épique±lyrique poésie± poésie
dramatique", formuléedans sonEsthétique G¶DERUG OH JHQUH pSLTXH SULYLOpJLH OD
sociétéJOREDOH HW O¶REMHFWLYLWp GX QDUUDWHXU HQVXLWH OH JHQUH O\ULTXH PHW O¶DFFHQW VXU
les sentiments subjectifs des individus; enfin le genre dramatique (comédie,
tragédie, drame) effectue une synthèse des deux aspects.

13

(Q GpILQLWLYH VHORQ $ULVWRWH O¶pSRSpH HVW OD QDUUDWLRQ ORQJXH G¶XQH
action, en mètres héroïques, sur un sujet sérieux, faisant la part belle au
merveiOOHX[ j O¶H[WUDRUGLQDLUH YRLUH j O¶LUUDWLRQQHO ,O HQ HVW DLQVL
pYLGHPPHQW GH O¶Iliade HW GH O¶Odyssée DQFUpHV FRPPH RQ O¶D GLW GDQV
O¶RUDOLWp ± OHV UpIpUHQFHV DEVROXHV GH O¶pSRSpH ± PDLV pJDOHPHQW GH O¶Énéide,
la référence incontestée des épopées latiQHV TXL DX FRQWUDLUH HVW G¶HPEOpH
écrite, littéraire.
/D GpPDUFKH TXL FRQVLVWHUDLW FHSHQGDQW j SDUWLU G¶XQH GpILQLWLRQ
ILJpH GH O¶pSRSpH FHOOH G¶$ULVWRWH SRXU SODFHU RX QRQ GDQV OH JHQUH pSLTXH
GHV °XYUHV OLWWpUDLUHV GH O¶$QWLTXLWp JUpFR-romaine postérieures à cet auteur,
6
GLVSHUVpHV GDQV OH WHPSV HW GDQV O¶HVSDFH, apparaît peu fondée, même si
FKDFXQ V¶DFFRUGH VXU XQ FULWqUH FRQGLWLRQ QpFHVVDLUH PDLV QRQ VXIILVDQWH:
«/¶pSRV HVW G¶DERUG XQH PXVLTXH G¶KH[DPqWUHV R WRXW V¶LQFOLQH GHYDQW VD
7
seigneurie le dactyle» )DXWH GRQF G¶XQH GpILQLWLRQa priori GH FH TX¶HVW
XQH pSRSpH DQWLTXH LO IDXW VH UHSRUWHU j O¶RSLQLRQ JOREDOH GH OD FULWLTXH
savante ancienne et moderne, malgré le caractère subjectif de cette
démarche, pour juger si un poème antique peutrWUH TXDOLILp G¶pSRSpH
3OXVLHXUV GHV FRQWUDLQWHV GH OD GpILQLWLRQ G¶$ULVWRWH VRQW DORUV OHYpHV
&HUWDLQHV pSRSpHV QH VRQW SDV FHQWUpHV VXU OD QDUUDWLRQ G¶XQH VHXOH
action. Il en est ainsi de laThéogonie G¶+pVLRGH VXU OD FUpDWLRQ GH O¶XQLYHUV
la prise de pouvoir de Zeus, la descendance des dieux, et desMétamorphoses
où Ovide évoque successivement une multitude de mythes, avec cependant
une unité thématique, la notion de métamorphose; enfin la Thébaïdede
Stace comporte au moins une rupture importante du récit (les aventures
G¶+\SVLS\OH &¶HVW SHXW-être en revanche sur la base de ce critère± la
8
QDUUDWLRQ RX QRQ G¶XQH DFWLRQ ±neles différents hymnes homériques que
sont généralement pas considérés par la critique savante comme de
véritables épopées,PrPH V¶LOV V¶\ DSSDUHQWHQW j FHUWDLQV pJDUGV


6 e
- Du VIIIs. av. J.-& SHX DSUqV O¶LQYHQWLRQ GH O¶DOSKDEHW JUHF SDU WUDQVIRUPDWLRQ
GH O¶DOSKDEHW SKpQLFLHQ DXTXHO OHV *UHFV DMRXWHQW OHV YR\HOOHV MXVTX¶j OD ILQ GH
O¶(PSLUH URPDLQ G¶2FFLGHQW HQ GH QRWUH qUH OD SpULRGH FRXYHUWH HVW QHWWHPHQW
supérieure à un millénaire ; et les lieux de composition sont parfois éloignés, avec
les deux extrêmes que constiWXHQW $OH[DQGULH j O¶HVW HW &DUWKDJH j O¶RXHVW HQ
SDVVDQW SDU O¶,RQLH OD %pRWLH 5RPH
7
- V. Bérard « Préface »,inHomère, L’Odyssée, 1924, p. XXX.
8
-&HV K\PQHV XQ PRPHQW DWWULEXpV j +RPqUH OHXU ODQJXH HVW FHOOH G¶+RPqUH VRQW
en fait largementSRVWpULHXUV j O¶Iliade HW j O¶Odyssée SDU H[HPSOH O¶Hymne à
e
Apollon I(546 vers) remonterait au début du VIIsiècle O¶Hymne à Aphrodite I
e
YHUV HW O¶Hymne à Déméter Isiècle(495 vers), à la fin du VII O¶Hymne à
e
Hermès Isiècle.(580 vers), au dernier tiers du VI

14

9
/¶pS\OOLRQ ਥʌȪȜȜȚȠȞépullionn) ou « petiteépopée » se caractérise
e
par sa recherche stylistique, par la virtuosité de son auteur. A partir du III
siècle av. J.-& HW MXVTX¶j OD ILQ GH O¶$QWLTXLWp OHV SRqtes Callimaque,
Théocrite, Catulle et Dracontius en ont exploité le genre, qui constitue une
alternative aux longues épopées traditionnelles.
Par ailleurs, à côté des nombreuses épopées à dominante
mythologique grecques ou latines, sur le modèle homérique, on trouve trois
épopées latines à dominante historique : lesAnnales G¶(QQLXV OHVPuniques
de Silius Italicus et laPharsalH GH /XFDLQ /¶°XYUH G¶(QQLXV TXL FRXYUH
XQH SpULRGH G¶XQ PLOOpQDLUH GH O¶KLVWRLUH GH 5RPH HVW FRQVLGpUpH FRPPH OD
première épopée latine véritable, à la fois par ses passages héroïques et par le
IDLW TX¶(QQLXV LQWURGXLW HQ SRpVLH ODWLQH O¶KH[DPqWUH JUHF /HV SUpGpFHVVHXUV
G¶(QQLXV VHUDLHQW DX WURLVLqPH VLqFOH DY --C., Livius Andronicus, par sa
WUDGXFWLRQ HQ ODWLQ GH O¶Odyssée(Odissia, dont il subsisterait quarante
10
fragments)HW 1DHYLXV SDU VRQ RXYUDJH ODWLQ VXU O¶KLVWRLUH GH OD SUHPLqUH
guerre punique (Bellum Poenicum, dont soixante vers nous sont parvenus).
/¶pSRSpH OHVPuniques relatela seconde guerre punique qui a opposé
Hannibal aux Romains. LaPharsale enfin retrace le conflit entre César et
Pompée LO \ HVW FRQWp j OD PDQLqUH G¶XQH pSRSpH HQ PHWWDQW O¶DFFHQW VXU
O¶KpURwVPH LQGLYLGXHO GHV FRPEDWWDQWV HW VXU OH U{OH GHV GLHX[ FH TXL
différencie le genre épique du genre historique. Au demeurant, la portée de
la distinction entre les épopées à dominante mythologique et les épopées à
dominante historique ne doit pas être exagérée. Elle est surtout le fait des
DXWHXUV PRGHUQHV 3HQGDQW O¶$QWLTXLWp DLQVL OH PDUEUH GH 3KDURV", une
e
chronique épigraphique du IIIs. av. J.-C., instaure±partir de Cécrops, à
SUHPLHU URL P\WKLTXH GH O¶$WWLTXH DX PLOLHX GX GHX[LqPH PLOOpQDLUH DY --C.
±un «FRQWLQXXP WHPSRUHO TXL IDLW GX GpOXJH j O¶pSRTXH GH 'HXFDOLRQ GH OD
fondation de Thèbes par Cadmos ou de la guerre de Troie, des événements
11
historiques au même titre que le règne de Philippe II de Macédoine ». Par
ailleurs, Ennius, dans sesAnnales PHW VXU OH PrPH SODQ OH GpSDUW G¶eQpH
pour le Latium après la guerre de Troie, la fondation de Rome par Romulus,
les guerres puniques et les guerres de Macédoine. Il se pourrait donc que
O¶Iliade HW O¶OdysséeHQ *UqFH HW GH PrPH O¶Énéideà Rome aient été


9
-Le critère est évidemment subjectif; P. Toohey (1992, p. 211) considère
FHSHQGDQW TX¶XQ pS\OOLRQ TX¶LO DSSHOOHlittle epic ouminiature epic) est limité à
environ 1 400 vers.
10
-- +HOOHJRXDUF¶K S VLJQDOH TXH /LYius Andronicus (comme Naevius)
utilise «le vieux vers italique, le saturnien». Ennius est donc «le premier poète
épique latin authentique » (Ibidem).
11
- C. Calame, 2000 b, p. 19.

15

longtemps considérées comme des épopées à dominante historique, même si
± DXMRXUG¶KXL ±sont habituellement classées dans les épopées à elles
dominante mythologique.
$X WRWDO QRWUH FRUSXV G¶pSRSpHV DQWLTXHV JUpFR-latines± qualifiées
ainsi par leurs contemporains ou par la critique savante moderne± est
12
constitué de dix-sept poèmes grecs et de quinze poèmes latinsparfois longs
GH SOXV GH GL[ PLOOH YHUV