Dix jours pour mourir

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129 pages
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« Dix jours pour mourir » :
Policier singulier puisque le tueur en série se trouve être un virus qui frappe les humains immergés dans la forêt africaine.
Frappés d’impuissance, car retenus en otage par des autochtones rebelles dans cette forêt primaire, les Blancs vivent dans la plus grande angoisse.
Quel est ce virus ? Quel est son vecteur de propagation ? Quel sera le prochain contaminé ? Un médecin noir – lui aussi otage – tente de persuader les dissidents noirs qu’ils ne sont aucunement immunisés.
En vain. Pour tous, le danger mortel rôde…
« Mortelle tricherie » :
D’un fléau à l’autre… Cette fois, l’agent pathogène potentiellement mortel est une création de l’homme : le produit dopant. Ce dopage en milieu sportif professionnel qui s’étend au monde amateur !
Deux morts, et l’anxiété de l’innocent accablé par les apparences.
Traqué, il déploie des efforts désespérés pour se disculper et… venger la mort de son copain !

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Ajouté le 30 septembre 2014
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Langue Français
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DIX JOURS POUR MOURIR
Suivi de
MORTELLE TRICHERIE
Jean-Claude Thibault
© Éditions Hélène Jacob, 2013. CollectionPolars. Tous droits réservés. ISBN : 978-2-37011-098-5
DIX JOURS POUR MOURIR
Chapitre 1
Quel danger menace l’humain dans l’exubérante forêt africaine ? Tel un tueur embusqué… Bien qu’invisible, ce danger est d’autant plus angoissant qu’il est latent, se révélant de temps à autre. Sans raison apparente. Il planait bel et bien au-dessus des têtes d’Alexis et d’Hugo. * * *Pas le moindre vent ne venait compenser cette chaleur poisseuse. Malgré l’habitude, les hommes éprouvaient presque une sensation d’étouffement. — Dialo ! Il nous le fait à combien, le sac de riz, finalement ? reprit le Blanc assis sur ses talons. — Il dit que c’est le bon prix, répondit évasivement le grand Noir en tournant son regard vers l’intérieur obscur de la case en pisé.
Là où, tout à l’heure, avait disparu le marchand. — Pour nous ou pour lui, « le bon prix » ? ironisa l’autre broussard blanc, debout sous le soleil vertical. — On va se débrouiller pour que ce soit pour nous, répliqua Dialo dans un grand sourire. Debout devant la case au toit plat, le Noir, silhouette élancée, ôta ses lunettes de soleil pour s’essuyer le visage d’une main grande ouverte. Derrière lui, un généreux orifice percé dans le mur en pisé servait de vitrine. À deux pas, la porte de bois bâillait, laissant deviner une vaste pièce encombrée de caisses empilées en désordre. Machinalement, il s’essuya la main au maillot de corps moulant son torse d’homme jeune et vigoureux ; maillot qui, l’instant d’avant, était encore d’une blancheur irréprochable. Seul le chapeau de brousse kaki avouait carrément un passé de labeur. — Eh bien, Dialo, on pleure son parasol… ? Sur son visage tanné, le Blanc resté debout affichait un sourire amical en fixant le svelte Africain. Moins grand, bien que d’une taille notable, il se dégageait de lui une robustesse certaine. Sa chemise d’un kaki délavé, aux poches de poitrine anormalement bourrées, montrait de larges cernes de sueur. Dialo partit d’un grand éclat de rire, promenant son regard au loin. Au-delà des dernières cases de boue séchée du gros village africain commençait une nature
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échevelée : la forêt primaire. À mi-distance, deux arbres plus frêles, ficus géants aux multiples branches, se découpaient sur la forêt touffue. De place en place, des bananiers laissaient tomber lourdement vers le sol leurs larges feuilles déchirées. L’exubérance des palmiers, pareille à un feu d’artifice, rompait l’uniformité verte de cette énorme masse feuillue au côté oppressant. Plusieurs gamins déguenillés s’étaient approchés. Les plus petits étaient nus comme des vers. Plantés là, debout, muets, leurs regards étaient rivés aux visiteurs, chargés de cette curiosité sans vergogne plus forte que la timidité, celle qu’éprouvent les campagnards devant l’étranger venu de contrées mystérieuses. — Bonjour, les chandelles ! s’agaça le Blanc accroupi. Il avait un visage tout rond qu’aggravait encore une nette tendance à l’embonpoint. Malgré la trentaine proche, il gardait des bras dodus de bébé. Quand il souleva son casque de liège pour s’éponger à main nue, il découvrit une chevelure blonde dangereusement clairsemée ; elle dominait un front au teint clair qui contrastait avec le hâle du visage rieur. Toujours debout, l’autre Blanc, à peu de chose près du même âge, consulta sa montre. — Dix heures. Il fera rudement bon à midi, pas vrai, Hugo… ? Puis il fixa Dialo en souriant. — Heureux pays où l’eau chaude est gratuite ! — À condition de faire prendre un bain de soleil à la théière…, ironisa Hugo. — Oh, mais Patron, répliqua joyeusement Dialo à l’adresse du Blanc resté debout, je crois que tu préfères la bière… — C’est bien toi qui m’as contaminé ? repartit ce dernier, moqueur. — Je suis témoin, Alexis, je suis témoin, approuva drôlement Hugo, prenant un air
convaincu en se relevant. Tout sourire, Dialo dodelinait de la tête pour marquer sa désapprobation. — Qu’il livre le riz avant ce soir à la case de passage, fit Alexis soudain redevenu sérieux. Dis-le-lui. Docile, Dialo traduisit à la cantonade. Les trois hommes reprirent leur marche en suivant la rue de terre battue ; elle serpentait entre les cases de boue séchée entassées de façon désordonnée. De forme rectangulaire, le toit plat souvent constitué de tôles rouillées, dont la couleur ocre tirait sur le rouge. Quelques-unes possédaient une courette entourée d’une barrière grossièrement fabriquée. De rares ouvertures carrées, plutôt étroites, faisaient office de fenêtres ; devant presque chaque entrée, libre de toute porte, des femmes au boubou bariolé pilaient le mil d’un mouvement monotone. Ce qui
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ne les empêchait pas de regarder passer les Blancs. Ils bifurquèrent dans une autre voie qui menait vers les dernières cases de l’agglomération. Là, ils s’approchèrent d’une cour sans ombre, cernée par un muret en forme de U fait de terre séchée. Une grande bâtisse « en dur » fermait la cour. — C’est pas une case de passage « quatre étoiles » que nous avons là ? remarqua Alexis avec satisfaction. — Depuis hier et… seulement jusqu’à demain matin, nuança Hugo. Pas le temps de mollir. — Ta forêt te manque déjà ? Nous aussi, hein Dialo ? En guise d’assentiment, la blanche dentition réapparut. Un grand adolescent était assis sur le muret, tenant en laisse un singe de petite taille. — Patron ! dit le jeune Noir en s’adressant à Hugo, montrant l’animal de sa main libre. — Il demande si tu veux le beau singe, crut bon de traduire Dialo. Le regard de l’homme blond s’alluma, détaillant la bête. C’était un jeune chimpanzé ; des longs poils noirs recouvrant tout le corps émergeaient deux grandes oreilles décollées, roses. Rose également, la face qui malgré sa jeunesse était toute ridée, évoquant un vieux nain. Et, au milieu, deux grands yeux ronds étonnés. — Combien ? La bête cacha soudain son museau derrière sa main. Les trois hommes rirent de bon cœur. Recouvrant les poignets du singe, les longs poils faisaient penser aux manches d’un pull trop grand. L’adolescent montra les cinq doigts de sa main ouverte. Aussitôt, élevant la voix, Dialo le réprimanda sèchement. Impassible, le gosse supprima un doigt. Le svelte Noir acquiesça de la tête. Déjà, Hugo extirpait un portefeuille usagé de la poche arrière de son short. La case de passage comprenait trois grandes pièces aux murs blanchis et au sol cimenté. Alexis se laissa tomber sur un lit pliant. De son regard brun chaleureux, il observait le comportement du singe dans cet environnement nouveau pour lui. Et, également, celui de son compatriote. Sa grande bouche dessinait un demi-sourire indulgent. Surmonté d’une tignasse châtain, son visage allongé aux mâchoires carrées exprimait la bienveillance. — Qu’est-ce que tu vas faire en forêt avec tous ces singes qui nous narguent du haut des grands arbres ? fit-il, songeur. Ça va lui rappeler quelque chose, à ton protégé… — Ça se pourrait… mais il a toutes les chances de faire partie des dominés, d’être rejeté par les mâles restés sauvages. — Ouais, sûrement. Il ne fera pas un interlocuteur bien fameux. — Sauf si je lui apprends l’espéranto…
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À ce moment précis, le singe mit la main en cornet à son oreille. Alexis pouffa. — Tu es trop doué, dit en riant Hugo. Quel mime tu fais ! — Il s’appelle Marceau ? — Pourquoi pas, hein, Marceau ? Le singe effectua une grimace qui pouvait passer pour un sourire. * * *Là-bas, disséminés de loin en loin, quelques cocotiers se dressaient, parfaitement immobiles, au-dessus de la lisière de la forêt encerclant le village africain. D’autres palmiers se distinguaient du rideau végétal par leur tronc élancé couronné d’un bouquet de longues feuilles.
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Chapitre 2
La nuit était tombée brusquement. Comme chaque soir sous les tropiques. Dans l’obscurité de la case, les deux Blancs reposaient sur leur lit de camp respectif coiffé d’une moustiquaire blafarde, tel un chapeau pointu géant. Au bout de sa laisse, généreusement rallongée pour la nuit, le singe était étendu sur une cantine métallique. Il se mit à s’agiter dans son sommeil ; puis à soulever la tête, le cou tendu. Hugo ouvrit les yeux et se redressa sur un coude. — Bouge pas ! fit Alexis, lui aussi réveillé par les mouvements du singe. Vise là-haut, sur le mur. Une tache brunâtre, ronde, se détachait sur la blancheur diffuse de la paroi. Elle mesurait bien vingt centimètres de diamètre ! De chaque côté, des pattes filiformes bougèrent légèrement. — Mastoc, l’araignée, constata Hugo, contrarié. Tout doucement, les deux hommes s’assirent sur leurs lits. Presque synchrones. Le singe poussa un petit gémissement. À tâtons, ils écartèrent les moustiquaires, s’emparèrent chacun d’une chaussure, puis se levèrent avec mille précautions. Sur le mur, la tache restait immobile. Alexis fit un pas en avant. Il était le plus proche de la paroi. Hugo l’imita. Un pas encore… L’araignée monstrueuse ne bougeait toujours pas. Alexis leva lentement la main crispée sur le contrefort de la chaussure. Soudain, il la projeta violemment vers la bête sombre. Touchée, elle tomba sur le sol, essayant de s’enfuir de toute la force de ses multiples pattes. Hugo l’acheva en poussant un « han ! » de dégoût. Déjà, Alexis actionnait la lampe à pression, alimentée au pétrole. La lumière jaillit, aveuglante. — Misère, c’est une méduse ! fit-il, impressionné. — La vacherie ! Le singe s’approchait du corps de la bête. — Marceau ! Pousse-toi ! cria Hugo en l’écartant de la main. Alexis se chaussa un pied pour sortir le corps hideux dans la cour. — Tu dribbles vachement bien, t’aurais pu faire une carrière…
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L’intonation marquait le soulagement. Bientôt, la vive lumière s’éteignit.
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Chapitre 3
Les deux Blancs, escortés de Dialo et du petit poilu, s’étaient arrêtés à un endroit où les cases étaient disposées en demi-cercle ; cela formait une sorte de petite place en bordure du village. Au milieu de cet espace libre se dressaient quatre gros piliers de bois supportant une toiture rectangulaire plate, faite de branchages offrant une ombre accueillante, où tous allèrent s’asseoir, singe compris, pour s’installer dans l’attente. Le soleil matinal était déjà chaud. Soulevant leur coiffure, les deux Blancs s’épongeaient, bientôt imités par Dialo qui soupirait. Alexis, par habitude, consulta sa montre puis, pour s’occuper, se mit à détailler les indigènes. Un gamin tout nu traversait l’espace libre en courant de toutes ses forces. Une femme au visage empâté portait une calebasse sur la tête, son boubou aux tons vifs ondulait au rythme de sa marche pourtant lente. Restés debout en plein soleil à quelques mètres des Blancs, des loupiots déguenillés portaient sur le quatuor assis des regards indiscrets. Enfin apparut entre les cases un groupe d’hommes noirs. Drapés dans des boubous brodés sur fond blanc ou bien bleu, ils avançaient avec majesté vers l’abri aux palabres. L’un d’eux cria un ordre dans sa langue à l’adresse des petits badauds. Aussitôt, les gamins s’éparpillèrent en courant. Mais, vingt mètres plus loin, ils s’arrêtèrent pour reprendre leur observation, clignant des yeux sous l’ardent soleil. Dialo se leva pour saluer le chef du village, un grand gaillard aux cheveux blancs et aux dents mal plantées, qui fit signe de s’asseoir. Les palabres commençaient. Quand chacun fut installé, Dialo reprit les salutations traditionnelles, demandant au chef des nouvelles de sa santé, de celle de sa famille, de ses amis, de ses animaux. Le chef égrenait ses réponses comme une litanie. Politesse africaine. Enfin, Alexis prit la parole : — Dis au chef que nous le remercions de son hospitalité. Dialo traduisit dans la foulée. Le chef écoutait, regardant tour à tour l’interprète et les deux Blancs. — Dis-lui que nous avons trouvé le riz qu’il nous fallait et que nous repartons travailler pour déterminer l’indemnisation des petits planteurs qui seront inondés par le barrage.
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