L'Honneur du Samouraï

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Français
281 pages
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À la fin de l'année 1945, après la défaite du Japon contre les États-Unis, tous les sabres appartenant aux Japonais doivent être remis aux forces d’occupation américaines. C’est ainsi que le célèbre Honjo Masamune, un katana forgé au XIVe siècle, disparaît.


En juin 2019, le précieux sabre réapparaît à Paris dans une vente d’objets volés. L’ayant saisi, le gouvernement français décide de le rendre au Japon et invite la famille impériale. En attendant, le katana et les antiquités récupérées sont exposés au Louvre.


Lors du transfert du Honjo Masamune vers l’ambassade du Japon, un commando armé massacre l’escorte et le sabre est à nouveau dérobé. Le commandant Gerfaut et ses adjoints sont missionnés pour éviter l’incident diplomatique, mais des attentats sont commis contre la famille impériale.


Qui a volé le katana d’une valeur inestimable ? Qui veut assassiner le prince Daisuke ?


Gerfaut devra se familiariser avec le Bushido, le code d’honneur des samouraïs, pour affronter les fantômes surgis du passé...


L'Honneur du Samouraï est la 8e enquête du commandant Gabriel Gerfaut.

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Nombre de lectures 22
EAN13 9782374537184
Langue Français

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Présentation
À la fin de l’année 1945, après la défaite du Japon contre les États-Unis, tous les sabres appartenant aux Japonais doivent être remis aux forces d’occupation américaines. C’est ainsi que le célèbre Honjo Masamune, un katana forgé au XIVe siècle, disparaît. En juin 2019, le précieux sabre réapparaît à Paris dans une vente d’objets volés. L’ayant saisi, le gouvernement français décide de le rendre au Japon et invite la famille impériale. En attendant, le katana et les antiquités récupérées sont exposés au Louvre. Lors du transfert du Honjo Masamune vers l’ambassade du Japon, un commando armé massacre l’escorte et le sabre est à nouveau dérobé. Le commandant Gerfaut et ses adjoints sont missionnés pour éviter l’incident diplomatique, mais des attentats sont commis contre la famille impériale. Qui a volé le katana d’une valeur inestimable ? Qui veut assassiner le prince Daisuke ? Gerfaut devra se familiariser avec le Bushido, le code d’honneur des samouraïs, pour affronter les fantômes surgis du passé… L'honneur du samouraïest la huitième enquête du commandant Gabriel Gerfaut.
Gilles Milo-Vacéria une vie bien remplie. Après des études de droit, il vit pendant quelques années de multiples aventures au sein de l’armée puis entame une série de voyages sur plusieurs continents afin de découvrir d’autres cultures. C’est un auteur protéiforme, explorant sans cesse de nouveaux territoires. Le polar ou le thriller, le roman d’aventures inscrit dans l’Histoire ancienne ou plus contemporaine, les récits teintés de fantastique, se sont imposés à lui en libérant complètement sa plume de toutes contraintes et révélant un imaginaire sans limites. Au-delà d’une trame souvent véridique, le suspense et les intrigues s’imposent dans ses romans, apportant une griffe particulière à ses publications. Un pied dans la réalité, l’autre dans un univers étrange où tout peut devenir possible, Gilles Milo-Vacéri surprend ses lecteurs avec des textes au réalisme angoissant. Il aime conserver un lien étroit et permanent avec son lectorat, lors de rencontres dédicaces ou grâce à sa présence sur les réseaux sociaux et son blog officiel qu’il anime très activement. Blog officiel-Facebook-Twitter
L'HONNEUR DU SAMOURAÏ
Les enquêtes du commandant Gabriel Gerfaut Tome 8
Gilles Milo-Vacéri
38 RUE DU POLAR
À Rose, ma nièce, Le 28 juin 2019, à 12 h 53, tu as ouvert les yeux sur ce monde et tu as tatoué le mot bonheur en lettres majuscules sur le cœur de tes parents, Anaïs et Max, et de ton frère, Enzo. Sans le savoir, tu as apporté la plus grande et la plus belle des joies dans l’âme de ta marraine, Caroline, qui restera ton plus fidèle soutien. Je te souhaite une longue vie, toutes les chances, la concrétisation de tes espérances et la réussite de tous tes projets, dans une explosion de rire et d’amour, à jamais entourée de ceux qui t’aiment.
Prologue
Samedi 15 décembre 1945 Japon - Tokyo - Quartier de Mejiro Tokugawa Iemasa semblait statufié sous la forme d’une silhouette fantomatique, perdue dans un monde qui n’était déjà plus le sien. À 61 ans, ce diplomate restait figé devant le tatami sur lequel son assistant avait déposé les ustensiles pour la cérémonie 1 2 du thé. Maître de Sado , Iemasa était assis rituellement en position Seiza et alors que sa concentration aurait dû être à son paroxysme, son esprit était ailleurs. Il ne parvenait guère à faire le vide en lui, condition nécessaire pour exécuter le rituel au plus près d’une tradition millénaire. 3 4 Vêtu de son Kamishimo d’apparat, d’une jolie teinte gris bleu et arborant le Mon 5 des Shogun Tokugawa brodé de fils d’or, il ressemblait à ses nobles ancêtres dont il devinait la présence autour de lui, comme autant de juges invisibles au silence accusateur. Sans doute était-ce l’unique source de son mal-être, bien plus que la température glaciale ou l’acte déshonorant qu’il accomplirait plus tard. À la mort de son père, Iesato, en 1940, il était devenu le dernier prince Tokugawa, l’ultime représentant de cette longue dynastie shogunale qui avait régné sur la période Edo. Iemasa avait hérité du titre selon les lois Kazoku de la haute noblesse japonaise, 6 ce qui l’avait amené à siéger à la Chambre des Pairs, au sein de la Diète impériale . Un grand honneur qui avait autrefois flatté son orgueil et dont il se serait bien passé aujourd’hui. Iemasa inspira profondément et tenta de dissiper du mieux qu’il pouvait le trouble qui le paralysait, puis il attrapa le Chakin, cette petite étole blanche en lin, et essuya une seconde fois son vieux bol, usé et légèrement ébréché. Ses gestes étaient hésitants, trahissant l’émotion qu’il ne parvenait pas à étouffer. Malgré le froid qui régnait dans la chambre du thé, son front était couvert de perles de sueur et sa lèvre inférieure tremblait légèrement. En cette fin d’après-midi hivernale, la lumière crépusculaire s’accommodait parfaitement du rougeoiement des braises sous la bouilloire. L’eau frémissait depuis longtemps et Iemasa n’y prêtait que peu d’attention. Une lampe à huile était posée près de l’autel, et c’est presque sans réfléchir qu’il l’alluma. Son regard se leva lentement et là, face à lui, dans la lumière naissante, il put fixer 7 le présentoir laqué sur lequel reposait son daisho . Il avait demandé à ce qu’il soit installé dans cette chambre, comme s’il avait pu oublier ce qu’il avait à faire. Le katana et le wakizashi appartenaient à sa famille depuis la nuit des temps et ses yeux caressèrent les sayas, ces fourreaux réalisés avec une grande précision dans du bois de magnolia puis laqué plus de vingt fois, comme l’exigeait la coutume. Son regard s’attarda ensuite sur les tsukas munies d’un tressage de combat, des poignées qu’il avait saisies tant de fois pour s’entraîner ou entretenir ses armes. Le katana est bien plus qu’une arme, c’est l’âme du samouraï et ils forment un couple indissociable, quelles que soient les circonstances. Ces mots valsaient dans sa conscience et anéantissaient le peu de volonté qui lui restait. Un samouraï n’abandonne jamais son
katana. Jamais ! pensa-t-il. Et pourtant… Tokugawa eut du mal à avaler sa salive, car l’émotion lui serrait la gorge. Au-dessus de son daisho reposait un troisième sabre, dissimulé dans une étole de soie grise, serrée par des liens de cuir blanc. Lui seul savait ce qui était dissimulé sous ce parement d’une sobriété étonnante. Bien enveloppé dans cette gangue de soie, il y avait le sabre le plus prestigieux de toute l’histoire de son pays. Forgé par maître Goro Nyudo Masamune, vers l’an 1300, ce katana avait appartenu aux plus grands généraux, à des samouraïs célèbres avant e de revenir aux Shogun de sa famille, à l’aube du XVII siècle. Il avait été transmis de génération en génération, de seigneur à prince, de samouraï à samouraï. Sa lame, signée par Nyudo Masamune en personne, était la plus belle, la plus pure et, mieux que l’excellence de cette arme sublime, elle était le symbole d’un passé héroïque, bien plus précieux que sa propre vie. Et comme si les faits de guerre ne suffisaient pas, la légende disait aussi que cette lame pouvait trancher la lumière et rendre son propriétaire invisible ! Ce katana portait le nom glorieux d’Honjo Masamune. Il n’avait d’autre valeur que les six cents ans d’histoire féodale qu’il avait traversés, les centaines de duels et de batailles affrontés avec le courage de celui qui le portait et enfin, le prestige intemporel du nom de son créateur. Sa lame était parfaite ainsi que son équilibre et ne disait-on pas que le général Honjo Shigenaga avait coupé en 8 deux le kabuto de son adversaire, lors d’un duel ? Ce fut ainsi que le sabre fut baptisé, en recevant le nom du général accolé à celui du forgeron. Tel était le trésor fabuleux qui sommeillait sous la soie, bien à l’abri des regards. Et lui, Tokugawa Iemasa, dernier représentant vivant du shogunat, ultime gardien de ce katana, allait trahir tous ceux qui, avant lui, l’avaient possédé et préservé, souvent au péril de leur propre vie, en l’abandonnant à l’ennemi. Il baissa lentement la tête et refoula difficilement un sanglot. Son visage presque impassible ne trahissait rien de ses sentiments profonds, cependant le chagrin qui venait de le submerger amena une larme solitaire qu’il laissa couler sur sa joue, sans la renier, sans la sécher. Pour fuir sa tristesse, son esprit se réfugia dans les souvenirs qui affluaient par vagues successives, chacune apportant son lot de malheurs, de morts et de honte. Il n’avait pas compris cette guerre contre la Chine, l’URSS et encore moins, contre 9 les Gaijins de l’Occident ! Quelle stupidité de se croire capable de régner sur l’Asie et de mettre à genoux une puissance comme les États-Unis. Pearl Harbor avait été une grossière erreur et ils avaient payé le prix de leur aveuglement. Les 6 et 9 août derniers, Hiroshima et Nagasaki avaient été rayées de la carte par l’arme atomique et lui, membre de la Chambre Haute, ne l’avait appris qu’un mois plus tard ! La censure avait tout fait pour cacher ces deux drames successifs et les dizaines de milliers de morts, car le gouvernement aurait dû avouer à la population qu’il savait ce qui allait arriver ! Ces fous pétris d’orgueil avaient fait la sourde oreille devant les exigences de la conférence de Potsdam et malgré plusieurs sommations lancées officiellement par Truman, les autorités japonaises s’étaient entêtées en refusant la reddition sans condition. Toute la marine nationale avait été envoyée par le fond, leurs forces aériennes ne comptaient plus que quelques douzaines d’avions délabrés, l’armée était
exsangue et les civils japonais mouraient de faim ou de maladie… ça n’était pas encore assez pour ces fous imbus de leur pouvoir ! S’ils avaient accepté la fin de la guerre, ces deux apocalypses humaines n’auraient jamais eu lieu, d’autant plus qu’ils n’avaient fait que reculer pour mieux sauter. Le 15 août, l’empereur Hirohito avait enfin parlé à la radio pour arrêter les combats et le 15 septembre, sur l’USS Missouri qui avait mouillé l’ancre dans la baie de Tokyo, la capitulation avait été signée. Dans les termes de la conférence de Potsdam, bien entendu, et avec la mort de 200 000 Japonais innocents à la clé, des sacrifices complètement inutiles. e Dès lors, la VIII armée américaine avait envahi et occupé le Japon, sous les ordres du général MacArthur qu’on surnommait le Shogun blanc. Ce grand officier, fils de diplomate, avait passé une partie de son enfance au Japon et connaissait bien leurs traditions. Il avait donc mis certaines formes à toutes ses actions, commençant par imposer à son armée le respect du peuple vaincu. Tous les crimes de sang, de viol, les pillages comme les simples vols de nourriture commis par des Américains seraient traités par la pendaison immédiate des coupables, sans autre forme de procès. MacArthur l’avait imposé et promis aux Japonais, ses soldats avaient obéi et l’Occupation se déroulait dans une ambiance étrange, quasi anormale. Le peuple affamé avait presque accueilli les Américains comme des libérateurs, en n’opposant pas de résistance. Puis ce général avait pris une terrible décision simultanément à la démilitarisation globale des armées japonaises. Tous les sabres, quels qu’ils soient, devraient être remis à l’occupant avant la fin de l’année 1945. Il n’y avait eu aucune distinction et dans les familles de la noblesse, ce fut vécu comme le plus grand des déshonneurs. Des milliers de Showatõ avaient déjà été rendus. Ces sabres de mauvaise qualité, forgé dans de la ferraille à la va-vite et remis à chaque officier de l’armée nippone, n’avaient aucune valeur et feraient de bons souvenirs aux GI’s. Mais que penser du destin tragique des lames prestigieuses, de ces katanas de grande valeur appartenant à des descendants de samouraï, ayant plusieurs siècles d’existence, des sabres qui avaient écrit l’histoire de l’Empire ? En tant que membre de la Chambre Haute, Tokugawa Iemasa ne pouvait pas 10 désobéir et il ne pouvait même pas laver son honneur en faisant seppuku . Les conséquences auraient été dramatiques pour sa famille et, sans se mentir à lui-même, il doutait fort d’en avoir le courage. Alors, ce soir, le moment était venu de rendre son daisho ainsi que le Honjo Masamune. 11 Tout à coup, Tokuwaga réalisa qu’il tenait en main son chawan et qu’il contenait 12 13 le thé matcha , mousseux à souhait. Il regarda son autre main et reposa le chasen distraitement puis son bol, qui faillit se renverser, sans avoir pu en avaler la moindre gorgée. Il pensait retrouver toute sa sérénité en procédant au cérémonial du thé. C’était un échec. Un de plus. Il soupira longuement et se releva. Il était inutile de repousser l’échéance plus longtemps. Il se dirigea vers le râtelier pour y effectuer le salut au sabre puis s’agenouilla et médita de longues minutes, les mains jointes. Quand il rouvrit les yeux, sa décision était prise. Plus par respect de ses sabres
que par provocation, il jura à voix basse et s’équipa. Malgré l’interdiction formelle de porter une arme à la ceinture, Iemasa positionna le wakizashi dans le troisième pli de l’obi, puis son katana entre les premier et second plis. Le regard fixe, la mâchoire serrée, il s’empara du Honjo Masamune avec une profonde déférence, le garda en main et quitta la chambre du thé. Dehors, un de ses serviteurs le salua et sans un mot lui tendit une lanterne. La nuit était tombée et Iemasa allait braver un deuxième interdit. Que ce soit à pied ou en voiture, on ne pouvait plus circuler librement après le couvre-feu, sauf autorisation des forces d’occupation. Peu lui importait. Sa maison était au cœur du quartier de Mejiro, un endroit tranquille et résidentiel, où de nombreux personnages influents habitaient. Les patrouilles étaient peu nombreuses et le risque de se faire prendre le laissait de marbre. Il salua l’homme face à lui et, tenant sa lampe à bout de bras, traversa la petite cour et se retrouva dans la rue déserte. Sans hésiter, il prit à droite, en direction du poste de police, situé à moins d’un kilomètre. Quand il entra, il y avait cinq fonctionnaires présents qui s’immobilisèrent en le reconnaissant. Le Mon des Shogun Tokugawa impressionnait aujourd’hui encore et le respect qu’il imposait n’était pas feint. Les cinq policiers le saluèrent en s’inclinant très bas. À l’intérieur, il régnait une douce chaleur entretenue par des braseros judicieusement placés. Près du mur sur sa gauche, six soldats américains s’apprêtaient certainement à partir en patrouille avec leur sous-officier. L’un d’eux le montra d’un geste de la tête. — Eh sergent ! T’as vu comment il est accoutré celui-ci ? Et en plus, il porte ses sabres à la ceinture ! Font chier ces faces de citron à rien respecter. On l’arrête ou quoi ? lança-t-il avec aplomb. — Ferme-la, Cusack ! Je m’en occupe. Tokugawa ne leur prêta pas d’attention. Ces hommes ne pouvaient pas savoir qu’en tant que diplomate, il avait été consul en Australie, puis envoyé au Canada et qu’il avait fini sa carrière en Turquie, juste avant la guerre. Par conséquent, la langue de Shakespeare lui était aussi familière que la sienne, ce qu’il se garda bien de leur montrer en ne réagissant pas à l’insulte du GI ni aux ricanements de ses compagnons. — Ouais, n’empêche, sergent, sa gueule ne me revient pas et c’est quoi, ça ? Il se balade avec des lames quand même, hein ? C’est de la provocation ! insista le soldat. Le sous-officier américain haussa les épaules et s’approcha du comptoir où le policier japonais restait silencieux face au vieil homme, certainement très intimidé par le rang supérieur de ce visiteur nocturne inattendu. L’Américain s’adressa au fonctionnaire dans un anglais très simple, détachant chaque mot, comme s’il s’adressait à un enfant. — Pourriez-vous me dire qui est ce monsieur ? Le policier déglutit et se lança dans un langage très approximatif. — Lui… être important. Lui, prince. Heu… fils… Shogun… Tokugawa… Le sergent grimaça, se gratta le front et se tourna vers Iemasa. — Pardonnez-moi, monsieur. Est-ce que vous parlez ma langue ?
Il était poli et le ton restait courtois, presque sympathique. Le vieil homme inclina la tête. — Oui, je vous comprends parfaitement, dit-il, dans un anglais parfait et sans accent. Le soldat parut soulagé, puis se tourna vers son homme qui avait insulté ce civil japonais quelques minutes auparavant, en lui jetant un regard noir. — Vous voulez bien m’expliquer ce que vous faites ici avec deux sabres à la ceinture et un troisième emballé ? D’ailleurs, pourquoi portez-vous une telle tenue ? poursuivit-il, curieux. Tokugawa eut un sourire énigmatique. — Avez-vous le temps d’entendre l’histoire de mon pays ? — Non, désolé, ça risque d’être long et je dois faire une patrouille dans le quartier, dit-il, sur le ton de la plaisanterie, mais sans méchanceté ni ironie blessante. — Je vois… dans ce cas, inutile de vous expliquer. Le sergent fit une petite grimace. — Apparemment, vous êtes quelqu’un d’important, non ? Iemasa s’inclina. — Cela aussi n’a plus aucune espèce d’importance. J’obéis aux ordres de votre général et j’apporte mes sabres pour être en règle. Le jeune homme à côté de lui désigna le Honjo Masamune d’un geste du menton. — Vous faites bien, mais pourquoi celui-ci est dissimulé dans un sac ? Iemasa le lui tendit. — C’est le Honjo Masamune, un katana très spécial. Le sergent ne remarqua pas que les policiers s’étaient inclinés en entendant le nom du sabre. Il s’empressa de défaire les nœuds des liens de cuir et extirpa l’arme de son enveloppe de soie. Il fut déçu, car en même temps, Tokugawa avait déposé son daisho sur le comptoir et ses sabres semblaient bien plus prestigieux que celui qu’il avait entre les mains. Les deux fourreaux, très richement décorés, forçaient l’admiration, contrairement au saya noir de celui qu’il tenait. — Je ne comprends pas. Il n’y a pas de décoration sur le fourreau contrairement à ces deux-là et hormis quelques petits dessins, des petits objets glissés sous les lacets de la poignée, on ne voit rien de spécial. Tokugawa décida de l’éclairer. e — Celui que vous tenez a été forgé au XIV siècle par le grand maître Goro Nyudo Masamune et moins d’une dizaine de ses lames nous sont parvenues. Il a aussi signé le katana qui a appartenu à un grand samouraï, Miyamoto Musashi, que vous connaissez peut-être ? La mine confuse du soldat l’amusa. Après tout, l’histoire du Japon n’était pas universelle. — Non, je ne vois pas qui c’est, répondit-il, en dégainant le sabre à moitié. — Attention, il coupe mieux qu’un rasoir ! l’avertit Iemasa. Le sergent découvrit les dessins particuliers qui ornaient la lame et ne put retenir un sifflement admiratif. — C’est très beau… 14 15 — Je ne vous expliquerai pas non plus ce qu’est l’acier tamahagane , le hamon