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Les Gardiens de l'Ordre Sacré - Tome 1 : Le Highlander

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Description

Île de Skye, Écosse, XIVe siècle.
Le jeune Alastar ne le sait pas encore, mais son destin est déjà en marche.
Il fera de lui un gardien de l’Ordre Sacré du Temple, un corps d’élite composé de redoutables guerriers et créé pour veiller sur la frontière entre les deux mondes et leurs peuples.
Mais avant de devenir un immortel, il sera un enfant pétri de rêves de gloire, un adolescent ambitieux et désireux de faire ses preuves, un jeune guerrier prometteur, mais aussi un homme que l’amour d’un être d’exception changera à jamais.
Une vie faite d’honneur, d’amitié et d’amour, mais également de combats, de pertes et de sacrifices… jusqu’à sa mystérieuse résurrection.
Plongez dans le passé de l’énigmatique gardien de la trilogie « Entre II Mondes ».
Et découvrez comment tout a commencé…

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Informations

Publié par
Date de parution 14 novembre 2016
Nombre de lectures 617
EAN13 9782370114990
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.


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Tome I : Le Highlander

D.Lygg

© Éditions Hélène Jacob, 2016. CollectionFantasy. Tous droits réservés.
ISBN : 978-2-37011-500-3

« À Alban, parti beaucoup trop tôt. Pas un seul jour ne passe sans que je ne pense à toi. Ton
rire résonne encore dans ma tête, il était communicatif. Tu étais la joie de vivre. Tu avais 33 ans
et la vie devant toi, tonton Alboy. »

Prologue


Écosse, île de Skye O¶DQ GH JUkFH1371.

Le jeune Alastar, inquiet, regardait sa nourrice alimenter le feu de tourbe servant à réchauffer
OD SHWLWH SLqFH SDU FHWWH IURLGH QXLW G¶DXWRPQH /D IrWH GH 6DPKXLQQ pWDLW SDVVpH GHSXLV TXHOTXHV
semaines à peine et les premières neiges ne tarderaient pas à recouvrir la magnifique île de Skye,
fief du clan Mackinnon,GRQW OH SqUH G¶$ODVWDUétait le laird.
Le vent et la pluie battante furent suivis par les grondements de l¶orage, annonçant sa venue
avec force.
8Q DGRUDEOH YLVDJH HQFDGUp SDU GHV ERXFOHV QRLUHV FRPPH OH PDQWHDX G¶XQ SKRTXH VXUJLW GH
sous les draps, à côté du blondinet.
²Tu es sûre que ce sera bientôt terminé, maman ? demanda la petite voix inquiète.
0yU OD QRXUULFH G¶$ODVWDU HW PqUH G¶Urain, regarda avec tendresse les deux bambins. Les
cheveux dorés du fils du laird se mêlaient à ceux de jais de son unique enfant. Les deux garçons
DYDLHQW VHQVLEOHPHQW OH PrPH kJH Q¶D\DQW TXH GHX[ VHPDLQHV G¶pFDUW
²Oui, mes chéris. Ce sera terminé sous peu. Maintenant, dormez ! leur dit-elle, un sourire
dans la voix.
Alastar ravala tant bien que mal la peur qui le tenaillait pour réconforter son frère de lait à qui
il prit la main.
²Mór a raison. Le Seigneur aura bientôt fini de déplacer ses meubles et on pourra fermer les
yeux après ça, Urain.
Le garçonnet, que la simple présence de son meilleur ami semblait apaiser, serra un peu plus
fort les doigts d¶Alastar.
/D IHPPH GpFLGDQW TX¶LO VHUDLW MXGLFLHX[ GH GpWRXUQHU O¶DWWHQWLRQ GHV GHX[petitsGH O¶RUDJH ILW
glisser un tabouret jusque devant le litDYDQW GH V¶\ LQVWDOOHU.
²Je pourrais vous raconter une histoire, mes chéris, ainsi vous ne penserez plus à ce que fait
notre Seigneur cette nuit.
Mórag commença son récit, un de ceux mêlant toute sorte de créatures magiques issues du
folklore local pour le plus grand plaisir de son public. Quelques bâillements plus tard, la nourrice
cessa de parler en se rendant compteTXH OHV HQIDQWV V¶pWDLHQW WRXV GHX[ HQGRUPLV (OOH DOODLW
TXLWWHU VRQ WDERXUHW SHX FRQIRUWDEOH ORUVTX¶XQH YRL[ GH SHWLW JDUoRQ OD ILW VXUVDXWHU

4

² 0yU FRPPHQoD $ODVWDU 3RXUTXRL SDSD D O¶DLU WRXW OH WHPSV Wriste, et pourquoi maman ne
vient-elle plus me voir ?
/D IHPPH HXW OH SOXV JUDQG PDO j GLVVLPXOHU O¶pPRWLRQ SURYRTXpH SDU O¶LQQRFHQWH TXHVWLRQ GH
VRQ SURWpJp 8Q HQIDQW TX¶HOOH DYDLW DLGp j pOHYHU TX¶HOOH DLPDLW FRPPH OH VLHQ TX¶HOOH DYDLW
nourri de sonVHLQ TXDQG VD PqUH HQ pWDLW LQFDSDEOH j FDXVH G¶XQ pWDW GH VDQWp GpMj IUDJLOH
Mórag soupira en cherchant ses mots 3XLV QH UpVLVWDQW SDV DX UHJDUG LQVLVWDQW HW G¶XQH
étonnante maturité pour un petit de 5DQV HOOH V¶DVVLW j F{Wp G¶$ODVWDUComment lui expliquer
que, ce soir, sa maman avait succombé à une forte fièvre ?
²Il va falloir être brave,mo chridhe, dit-elle, en lui caressant le visage.
²Elle est partie rejoindre les anges, hein, Mórag" &¶HVW GRQF oD?
,O V¶DJLVVDLW SOXV G¶XQH DIILUPDWLRQ TXH G¶XQH TXHVWLRQ ePXH DX[ ODUPHV OD QRXUULFH KRFKD OD
WrWH DYDQW G¶HPEUDVVHU OHfront du garçonnet.
Alastar ne pleura pas, même si la brûlure dans ses yeux était vive. Au contraire, le guerrier en
herbe, fils de Highlander et descendant des Vikings, décida de se montrer courageux comme il
SHQVDLW TXH VRQ SqUH O¶DXUDLW VRXKDLWp +HXUHXVHPHQW OH VLPSOH FRQWDFW G¶XQH SHWLWH PDLQ VHUUDQW
la sienne lui communiqua la force d¶y parvenir. Son ami Urain serait toujours là pour lui.

5

I
±
Ma chère Écosse

6

±1±


Printemps 1376. Château de Dunakin (fief du clan MacKinnon).

Le laird Angus MacKinnon sortit de la grande salle accompagné de ses fils,LVVXV G¶un premier
mariage :Neil et Finnon. La réunion matinale à laquelle tous les trois avaient assisté en
compagnie de quelques conseillers du chef venait de prendre fin. Tous avaient déjàO¶HVSULW WRXUQp
vers le rassemblement prévu au château de Dunvegan, résidence des MacLeod,VXU O¶vOH GH 6N\H.
&¶est là que devaient se tenir les célèbres et populaires jeux des Highlands. Ces derniers étaient
O¶occasion offerte à tous les guerriers du pays de se mesurer les uns aux autres, sans pour autant
prendre les armes,ORUV G¶pSUHXYHVdiverses et variées telles que :OH WLU j O¶DUFla nage, le lancer de
WURQF G¶DUEUHle tir à la corde ou bien encore, la lutte et la danse du sabre ; le tout se déroulait
sans encombre, la plupart du temps, grâce à la traditionnelle hospitalité des Highlands. Cette règle
obligeait notamment un clanj UHFHYRLU XQ HQQHPL FRPPH Q¶LPSRUWH TXHO K{WH HW VRXs le pavillon
de la paix.
Alastar, ses cousins±Connor et Dugald±, ainsi que ses amis±Urain et Magnus±couraient à
perdre haleine afin de mettre le plus de distance entre eux et les cuisines /¶infernale bande de
brigands venait de chaparder des beignets à peine sRUWLV GX IRXU HW V¶HQIX\DLW DYHF O¶LQWHQWLRQ GH
les enJORXWLU j O¶DEUL GHV UHJDUGV, mais le fils du laird stoppa net sa course folle, compromettant
ainsi leur projetG¶évasion,ORUVTX¶LOreconnut son père au milieu de ses hommes. Ce fut sans
même réfléchir à la présence de ses compagnons sur ses talonsTX¶il dévia de son chemin pour se
diriger vers Angus. Le garçon neO¶avait pas revu depuis des semaines, cela remontait à son départ
de Dunakin, pour être précis. Le chef des Mackinnon avait décidé de vivre en toute tranquillité
avec ses voisins et,SRXU FHOD LO DYDLW SULV OD URXWH DILQ G¶HQWDPHU GHV SRXUSDUOHUV GH SDL[ DYHF
eux.'¶DLOOHXUV, en agissant de la sorte, iO V¶pWDLW IDLW XQ DOlié en la personne de John MacDonald.
Le puissant seigneur des ÎlesYR\DLW Oj O¶occasionG¶XQLILHU OHV FODQV GHV +pEULGHV H[WpULHXUes et
intérieures, sous sa coupe, après la sanglante bataille remportée par son héritier DomhQDOO G¶,VOD\.
Celle-ci avait notamment opposé les MacKinnon, MacLean et MacLeod aux MacDonald.
²Père ! cria Alastar, avant de se jeter dans ses bras.
Angus accueillit son fils avec joie. Il posa son énorme mainVXU O¶XQH GHV pSDXOHV GX JDUoRQ HW
ébouriffaGH O¶DXWUH Oes longs cheveux dorés deO¶enfant.
²Fils, je suis bien aise de te retrouver plein de vigueur et en bonne santé !

7

²Moi aussi, Père, répondit le jeune homme, heureux. As-tu obtenu ce que tu étais parti
chercher en rendant visite aux chefs de clans voisins ?
Angus fit mine de réfléchir avant de lui tapoter gaiement le bras :
² &¶HVWen bonne voie, je te remercie. Tes frères et moi avons d¶excellentesUDLVRQV G¶rWUH
optimistes.
Prenant conscienceTX¶LO HQ DYDLW RXEOLp MXVTX¶j OD SUpVHQFH GH VHV DvQpVet des conseillers du
laird $ODVWDU V¶HPSUHVVD GH OHV VDOXHUProfitant de ces retrouvailles fraternelles, Angus observa
son dernier né avec une tendresse non dissimulée.6RQ F°XU VH VHUUD j OD YXH Ges traits fins et de
FHWWH DERQGDQWH FKHYHOXUH G¶RU KpULWpV GH VD PqUH /Hs secondes noces du chef des MacKinnon
avec une fille MacLean avaient donné lieu àXQ PDULDJH G¶DPRXU, contrairement au précédent,
destiné à conclure une alliance avec un clan puissant et influent.
²Mais,M¶DL XQH DXWUH ERQQH QRXYHOOH j W¶DQQRQFHU $ODVWDU FRPPHQoD $QJXV -¶DL Gécidé de
W¶HPPHQHUDunvegan assister aux jeux. Il est temps pour toi de te mêler aux guerriers et, à
pourquoi pas, dans quelques années y participer toi-même !
Les acclamations des enfants se firent entendre dans le hall avant d¶être soudainement
recouvertes par des grognements furibonds. Padraig, lH FXLVLQLHU V¶pWDQW DSHUoX TX¶LO PDQTXDLW
une demi-douzaine de beignets sur son plan de travail V¶pWDLW PLV HQ TXrWH GHVcoupables. Il ne lui
avait guère fallu plus de quelques minutes pour les trouver, buvant les paroles du chef
MacKinnon à son fils.
²Ah, mon laird ! Regardez-moi cette bande de sales voleurs ! maugréa-t-il.
²Hé là ! Que se passe-t-il, ici ? demanda Angus SOXV DPXVp TX¶LUULWp
6H UHWHQDQW GH ULUH 1HLO ODQoD XQ UDSLGH FRXS G¶°LO j $ODVWDU HW VHV FRPSDJQRQV G¶kQHULHV, qui
rapetissaient à mesure que Padraig déblatérait son histoire, ainsi que celles survenues quelques
jours plus tôt. Il était indéniable que les cinqDPLV Q¶pWDLHQW MDPDLV j FRXUW G¶LPDJLQDWLRQ ORUVTX¶LO
V¶DJLVVDLW GH IDLUH WRXUQHU OHV DXWUHV RFFXSDQWV GX FKkWHDX HQ ERXUULTue.
²Bien, très bien, déclara Angus en feignant de réfléchir à une punition.
Neil, Finnon et Finlay assistaient à la scène. Ce dernier, capitaine de la garde et qui était aussi

OH SqUH GH 0DJQXV V¶DSSURFKD GH VRQ FKHI HW OXL FKXFKRWD j O¶RUHLOOH VRXV O¶°il inquiet de sa
progéniture $SUqV TXRL $QJXV V¶éclaircit la voix et rendit son jugement.
² -H FUDLQV TX¶XQH SXQLWLRQneV¶LPSRVH DSUqV OH UpFLW GH WRXV YRV PpIDLWV, les garçons.
Les visages de la bande de garQHPHQWV V¶DIIDLVVqUHQW WRXW j FRXS 6¶LO Q¶DYait pas été si amusé,
Angus aurait certainement éprouvé quelques remords à les torturer ainsi.
$ODVWDU V¶DWWHQGDLW j FHque son père remette en cause sa décision de leODLVVHU O¶DFFRPSDJQHU
aux jeux %LHQ HQWHQGX LO pWDLW G¶RUHV HW GpMjdéçu, mais se gardait bien de le montrer, pensant
mériter la punitionTXL Q¶DOODLW SDV WDUGHU j WRPEHU

8

²Attendez-moi dans la cour, bande de garnements. Je me chargerai moi-même de votre
châtiment.
/HV JDUoRQV V¶pORLJQDLHQW GpMj TXDQG OH ODLUG OHV UDSSHOD DILQ G¶DMRXWHU:
²Ah, oui, les enfants -¶DL RXEOLp GH SUpFLVHUque vous nous accompagnerez à Dunvegan.
0DOJUp OD SXQLWLRQ TXL OHV DWWHQGDLW OHV FLQT JDUoRQV QH SXUHQW V¶HPSrFKHU GH PDQLIHVWHU OHur
joie dans un tonnerre de crisG¶excitation anticipée.
*
* *
Le lendemain, sur la plage.
Un éblouissant soleil faisait rayonner la magnifique île de Skye, la plus vaste des Hébrides
intérieures,WDQGLV TX¶XQ FRUPRUDQ KXSSp DPRUoDLW VD GHVFHQWH HQ GLUHFWLRQ GHV HDX[, en quête de
poissons à capturer. Le château de Dunakin était idéalement situé, entre la lande recouvrant les
reliefs alentourG¶XQ WDSLV YHUW RFUH HW YLROHW HW OD PHU G¶XQ EOHX SURIRQG.
Là, cinq garçons se remettaient péniblement de leur châtiment : Angus leur avait administré
une correction que méritaient, selon lui, les enfants dpVREpLVVDQWV /¶KXPLOLDWLRQ G¶DYRLU pWp
battus en public avait été plus difficile à supporter pour les jeunes gens que la douleur de recevoir
les puissants coups du laird sur leur postérieur.
²Bigre !V¶H[FODPD &RQQRU OH SOXVâgé de tous.-¶DL HQFRUH GX PDO j P¶DVVHRLU!
²Mpff«OQ SHXW V¶HVWLPHU KHXUHX[ GH FHWWH SXQLWLRQ 3DUFH TXH,TXDQG M¶DL YX PRQpère
SDUOHU j O¶RUHLOOH GX FKHI M¶DL FUX PRXULU! rétorqua Magnus.
²Et moi donc ! ajouta Alastar. J¶ai penséTX¶LO VHUDLW UHYHQX VXU VD GpFision à propos des
jeux.
²Que ça nous serveGH OHoRQ 1¶HVW-ce pas ?ODQoD 0DJQXV j O¶intention de ses compagnons
G¶kQHULHVen frottant la partie meurtrie de son anatomie.
Le fils de Finlay, un solide gaillard aussi roux que son ami Dugald, était déjà bien bâti. Il était,
avec Urain, le plus calmeHW SUXGHQW GHV FLQT WDQGLV TX¶j O¶LQYHUVH, Dugald et Connor, les deux
neveuxG¶Angus, étaient les plus téméraires. Alastar se situait entre les deux, car son jeune âge le
conduisait, tout comme les autres, à envisager la réalisationG¶une multitude de bêtises, alors que
sa position d¶enfant de chef lui imposait sagesse et retenue.
Connor MacGregorV¶pWHQGLW GH WRXW VRQ ORQJ VXUla partie herbeuse de la plage. Son regard
turquoise pétillait de malice. Le MacGregor croisa ses bras derrière sa tête et bâilla bruyamment.
²Au moins, on a profité de notre butin, si chèrement acquis, dit-il avant de fermer les yeux.
Alastar l¶observa en souriant. L¶DWWLWXGH, toujours pleine de désinvolture, de son cousin
O¶DPXVDLW. Connor, un fils MacGregor venu à Dunakin pour y faire son apprentissage, était de
trois ans plus âgé que lui, qui en avait 10. Son arrivée, quelques années plus tôt, avait apporté un
peu plus de bonne humeur et de combines en tout genre dans le quotidien de la petite bande.

9

Urain se leva soudain et commença à ôter ses vêtements. Il ne conserva que sa chemise en lin
et ses braies, puis fila en direction deO¶HDX VDQV GLUH XQ PRW /HV TXDWUH DXWUHV FRPSqUHV, restés
sur la plage, le virent plonger, perplexes, avanW TX¶LO Q¶HQ UHVVXUJLVVH HQ V¶pEURXDQW
vigoureusement.
²? lança-t-il, ses yeux sombres et brillantsElle est incroyablement bonne! Vous venez
comme deux billes noires.
Moins hardis, Magnus et Dugald hésitèrent un moment. Alastar partit dans un grand éclat de
rire.
²Bande de froussards ! hurla Urain.
² (XK«mais, bégaya Magnus. Vous le croyez,TXDQG LO GLW TX¶HOOH HVW ERQQH?
Dugald haussa les épaules, semblant hésiter sur la question de la température dH O¶HDX j FHWWH
pSRTXH GH O¶DQQpH.
Connor ouvrit furWLYHPHQW XQ °LO DYDQW GH OH UHIHUPHU pEORXL SDU OH VROHLOUne voix le tira
soudain de sa réflexion.
² 0RL M¶\ YDLV! déclara Alastar.
Il ôta son gilet et ses chausses pour ne conserver que sa chemise et ses braies commeO¶DYDLW
fait Urain.
Tout comme son meilleur ami avant lui, il fonça à toute vitesse dans la mer et y plongea tête la
première. Les deux garçons engagèrent alors une bataille, tout en riant aux éclats, ce qui acheva
de décider les récalcitrants, y compris Connor, réputé comme étant frileux.
*
* *
²froid ! rouspéta Connor, en regagnant laPeuh ! Vous, les islanders, êtes insensibles au
plage en compagnie des quatre autres.
²Si tu veux dire par là que nous ne sommes pas des fillettes geignardes, alors la réponse est
oui ! dit Dugald, en tapant sur sa cuisse.
²Allez cousin, reconnais-le! Après un an ici, tu commences à aimer les bains frais!
renchérit Alastar, goguenard.
²IlQH O¶DYRXHUDLW SDV PrPH VRXV OD WRUWXUH.
Urain riait sous cape à ses côtés.
²Peut-être bien. Mais, du reste, elle était quand même sacrément froide ! insista Connor.
Les cinq amis restèrent un moment sur la plage à admirer le paysage, tout en se faisant sécher
comme des harengs au soleil avant de regagner le château.
*
* *
Quelques semaines plus tard. Château de Dunvegan, île de Skye (fief du clan MacLeod).

10

Urain avait un mal fou à suivre son meilleur ami qui se faufilait entre les immenses guerriers
venus participer ou assister aux célèbres jeux des Highlands. Si le jeune homme était aussi pressé
G¶arriver à destination,F¶pWDLW SDUFH TXH VHV FRXVLQV HW 0DJQXV O¶avaient prévenu qu¶Angus se
préparait à entrer en lice dans la discipline de la lutte.
²Alastar, ralentis !OXL FULD 8UDLQ '¶DSUqV OHV DXWUHV WRQ SqUH pWDLW HQ WUDLQ GH V¶pTXLSHUet
non déjà sur le terrain !
²Je ne veux pas courir le risque de le manquer, alors dépêche-toi ! répondit Alastar, sans
pour autant ralentir la cadence.
À cette allure, les deux amis atteignirent rapidementO¶arène, située dans les jardins, afin
G¶DFFXHLOOLU XQH SDUWLH GHVIls se frayèrent un chemin parmi le public et gravirent épreuves.
quelques marches pour prendre place dans les gradins. Ils retrouvèrent Magnus et son père,
)LQOD\ 8Q FRQFHUW GH SURWHVWDWLRQV V¶pOHYD QRQ ORLQ GH Oj R LOV V¶pWDLHQW LQVWDOOpV /H SHWLW JURXSH
ne tardaSDV j HQ FRQQDvWUH O¶RULJLQH ORUVTX¶LOVaperçurent Connor et Dugald jouer des coudes pour
parvenir jusqu¶à eux.
²OnQ¶Drien maQTXp M¶HVSqUH! demanda Connor.
Alastar lui apprit que non, l¶DLUe de combat était encore vide.
² -¶DL pWp pWRQQp GH QH SDV WHvoir plus tôt, Connor, rétorqua le capitaine.
² -¶pWDLV SULV SDU PHV QRPEUHXVHV REOLJDWLRQV. Que voulez-vous, je suis un homme occupé
Finlay !
²Tes nombreuses obligations ? répéta Alastar, un sourcil relevé dans une moue sarcastique.
²Oui,ERQ G¶DFFRUd ! Je nettoyaisO¶pSpH GH 1HLOsi tu souhaites tout savoir !
²Sacré Connor, ajouta Urain, amusé. Il faut toujours que tu fasses le fanfaron !
Le MacGregorV¶DSSUrWDLW j VH GpIHQGUHen répondant aux attaques dont il était victime, quand
$ODVWDU O¶LQWHUURPSLW G¶XQ JHVWH EUXVTXH Gu bras 6¶LO Q¶DYDLW SDV pWp DXVVL VXUSULV SDU OH
FKDQJHPHQW G¶DWWLWXde de son cousin, Connor en aurait fait fi.
7RXWH O¶DWWHQWLRQ GX MHXQH EORQGinetV¶pWDLWreportée en directionGH O¶DUqQH Rdeux les
hommes se faisaient maintenant face. AlastarQ¶DYDLW SDV VRXYHQW HX O¶RFFDsion de voir son père
ORUV G¶XQ FRPEDW, mais, à chaque fois,O¶DGPLUDWLRQ TX¶LO pSURXYDLW SRXU VRQ FKHI GH FODQ V¶HQ
trouvait grandie. Son père était également un excellent guerrier et il espérait secrètement atteindre
un tHO QLYHDX G¶H[FHOOHQFH GDQV OH PDQLHPHQW GHV DUPHVpeut-être un jour, se faire un pour,
prénom. En tant que troisième fils de laird,$ODVWDU QH SRXYDLW HQYLVDJHU GH O¶rWUH OXL-même un
jour &¶pWDLW VRQ IUqUH 1HLOletànaisted¶Angus,O¶KpULWLHUdu titre et de toutes les possessions,
celui destiné à diriger les MacKinnon après sa mort. Quant à Alastar, son destin et tout rêve de
prestige résideraient entre ses mains de guerrier. C¶pWDLW j OXL GH WRXW IDLUH SRXU GHYHQLU OH
meilleur.

11

Angus échangea les premiers coups avec son adversaire, un Campbell. Bien qu¶approchant de
la cinquantaine, le chef MacKinnon avait de l¶agilitéHW GH OD SXJQDFLWp j UHYHQGUH ,O Q¶pWDLW FHUWHs
plus un guerrierGDQV OD IRUFH GH O¶kJH PDLV,RXWUH O¶H[SpULHQFH VXbsistait la technique. Il parvint,
après quelques feintes et attaques bien placées, à venir à bout de son concurrent,VRXV O¶°LO
admiratif des membres de son clan, mais aussi, et surtout, de son plus jeune fils.
Entre deux épreuves, Angus alla se sustenter dans la grande salle du château de Dunvegan où
des rafraîchissements avaient été mis à disposition des participants.
²Sacré combat, MacKinnon, déclara un homme dans son dos.
/¶LQWpUHVVpse retourna et rencontraOH UHJDUG G¶XQ EHDX YHUW GH O¶LQGLYLGXquiV¶était adressé à
lui. Il reconnut son ancien beau-fUqUH XQ PHPEUH G¶XQ DXWUH FODQdes Hébrides intérieures.
²Ruppert MacLean V¶H[FODPD OH FKHI HQ OH VDOXDQW FKDOHXUHXVHPHQW -H P¶pWRQnais de ne
SDV W¶DYRLU GpMj FURLVp.
²Je ne pouvais manquer les jeux cette année.-¶HVSpUDLVsecrètement pouvoir enfin prendre
ma revanche sur toi sans déclencher une nouvelle guerre. Mais selon les dires,WX W¶HV PXp HQ
pacificateur ces derniers temps ! rit MacLean.
Angus MacKinnon plissa le front, lui signifiantDLQVL TX¶LO QHcomprenaiW SDV O¶DOOXVLRQ IDLWH
par son beau-frère concernant cette prétendue revanche.
² /¶pSUHXYH GH OXWWH LO \ Dplus de dix ans !
Son visage se détendit aussitôtSRXU VH IHQGUH G¶XQ ODUJH VRXULUH:
²Sacrebleu, Ruppert -H O¶DYDLV SUHVTXH RXEOLp!
²Pas moi, et encore moins le fait que tu asIDLOOL W¶HQIXLU DYHF /L] MXVWH DSUqV! plaisanta-t-il.
Angus MacKinnon, lui, ne riait plus. Le souvenir de ces jeux raviva ceux de sa seconde
épouse : Élisabeth MacLean. Bien que cinq années se soient écoulées depuis cette perte tragique,
la douleur était encore bien présente. RuppertV¶en aperçut, et le silence se fit entre les deux
hommes.
Une petite tête blonde DXWDQW TXH O¶pWDLW FHOOH GX 0DF/HDQdépassa au même moment de
derrière une large colonne en pierre. Ruppert fit un signe du menton dans sa direction pour en
avertir celui qui se tenait à ses côtés et qui se retourna aussitôt.
²! le renseigna-t-il. Fils, approche que je te présente à ton oncle,Mon garçon, Alastar
Ruppert MacLean.
Ce dernier ne put retenir un mouvement de surprise en observant plus attentivement son neveu.
Malgré la couleur des yeux qui était celle d¶AngusHW OH QH] GURLW GLJQH G¶XQH VWDWXH JUHFTXHil
ressemblait,j Q¶HQpas douter, à sa défunte mère: les traits du visage, ces cheveux, cette
silhouette destinée à être svelte et athlétique, quand son père et ses frères étaient bruns et trapus.
MacLean éprouva soudain de la compassion pour le laird,FDU LO VH GHPDQGDLW FH TXH O¶KRPPH

12

devait ressenWLU ORUVTX¶LO UHJDUGDLW DLQVL VRQfils. AssXUpPHQW O¶HQIDQWdevait lui rappeler,G¶XQH
manière criante, son amour perdu. CelaQ¶pWDLW XQ VHFUHW SRXU SHUVRQQH, et certainement pas pour
Ruppert, que le chef MacKinnon avait fait un mariage de sentiment avec sa seconde épouse.
$ODVWDU VRUWLW GH O¶RPEUe et avança fièrement, le menton relevé, vers son parent qui était encore
un étranger pour lui.
²Bonjour, le salua-t-il, sérieux.
Quelque peu aPXVp SDU O¶DWWLWXGH GH O¶HQIDQW, MacLean lui assena une gentille tape sur
O¶pSDXOH
²Je suis ravi de faire ta connaissance,FKHU QHYHX ,O \ D ELHQ ORQJWHPSV TXH M¶attendais d¶en
avoir l¶occasion.
² 4XDQG WX HV DUULYp WRQ RQFOH P¶DQQRQoDLW YRXORLU VH PHVXUHU j PRL ORUV GH O¶pSUHXYH GH
lutte. Je nH VXLV SDV FHUWDLQ G¶HQ DYRLU HQYLH, s¶esclaffa le chef MacKinnon. C¶est un excellent
guerrier, peut-être même le meilleur !
Alastar ouvrit de grands yeux, incapable deGLVVLPXOHU VRQ pWRQQHPHQW FDU SRXU OXL F¶pWDLW j
son père que revenait ce titre.
²Tss, tss! IlWH GLW FHOD XQLTXHPHQW SRXU DWWpQXHU O¶HIIHW G¶XQHfuture défaite, plaisanta
MacLean.
/HV GHX[ KRPPHV ULUHQW GH OHXU SURSRV WDQGLV TX¶$ODVWDU GpFRXYUDLWpeu à peu cet oncle
jusque-là étranger. Angus se tourna enfin vers lui, interrompant son analyse.
²Au fait, tu me cherchais Alastar ?
Ce dernier hésitait à formuler sa requête. AngusO¶LQYLWD j SRXUVXLYUHd¶un signe de tête :
²Je voulais teGHPDQGHU OD SHUPLVVLRQ G¶DOOHU PRL DXVVL P¶exercerj O¶pSpHavec les autres.
'HYDQW O¶DLU RQ QHpeut plus sérieux de son fils, Angus réprima un sourire.
²En voilà une excellente idée V¶H[FODPD 0DF/HDQ 8Q JXHUULHU HQ KHUEH GpVLUHX[ GH
V¶HQWUDvQHU HW GH IDLUH VHV SUHXYHV -H QH SHX[ TXH W¶HQFRXUDJHU, mon garçon !
²Je suis entièrementG¶accord avec ton oncle, fils. Tu as mon assentiment.
Mais, aYDQW TXH O¶HQIDQWne disparaLVVH HQ FRXUDQW JXLGp SDU OD KkWH G¶LPLWHU VHV DvQpV LO OXL
lança :
²Alastar ! Des épées en bois, fils !
Ce dernierOXL VRXULW DYDQW GH SUHQGUH OD SRXGUH G¶HVFDPSHWWH. Angus MacKinnon échangea un
regard entendu avec son beau-frère.
*
* *
Les jeux des Highlands prirentILQ GDQV OD ERQQH KXPHXU $ODVWDU Q¶DYDLW SDV HX OH SODLVLU GH
voir son père nommé champion cette année, néanmoins, il avait assisté à une foule de disciplines
disputées par des participants plus aguerris et méritants les uns que les autres. Comme prévu, son

13

oncle Ruppert avait eu sa revanche sur Angus et son frère, Neil, avait, de son côté, remporté
quelques épreuves pour la plus grande fierté des siens. Cependant, iO Q¶\ DYDLt pas que chez
Alastar que les jeux avaient fait naître une vocation, mais également parmi ses cousins et amis.
Voir Angus battre un Campbell avait plongé Connor MacGregor dans une totale euphorie, les
Campbell étant un ennemi de longue date du clan paternel de Connor. De son côté, Urain avait
étéFRQTXLV SDU O¶pSUHXYH GH WLU j O¶DUF UHPSRUWp SDU OH FKHI 0DF/HRGLes cinq jeunes gens
étaient enchantés de leur séjour à Dunvegan, sL ELHQ TX¶jleur retour à Dunakin, la petite bande de
garnements se mua en corps de guerriersG¶pOLWH HQ KHUEH VRXV O¶°LO DPXVp GHV IUqUHV G¶$ODVtar et
de Finlay qui ne les prenaient pas encore au sérieux.
*
* *
Un après-midi, Angus MacKinnon fit chercher son dernier né afinGH V¶HQWUHWHQLU DYHF OXL.
L¶homme ne le savait pas, mais ses paroles, presque prophétiques, resteraient à jamais gravées
dans l¶HVSULW GH VRQ MHXQH ILOV
Après avoir poussé timidement la lourde porte, celui-ci salua respectueusement son chef de
clan,WUDYHUVD G¶XQ SDV UDSLGH OD JUDQGH SLqFH, et prit place face à lui.
² 7X P¶DV IDLW GHPDQGHU, Père" V¶HQTXLW Oe garçon, les joues enFRUH URVLHV G¶DYRLU FRXUX
depuis la plage.
0DF.LQQRQ V¶LQVWDOOD SOXV FRQIRUWDEOHPHQW GDQV VRQ LPSRVDQW VLqJH HW H[DPLQD $ODVWDU DYDQW
de lui communiquer les raisons de sa présence.
²Oui, j¶DL j WH SDUOHU G¶XQH FKRVH LPSRUWDQWH
Angus marqua une pause et remit en place un objet sur la table avant de reprendre :
² -¶DLconstaté que, pendant notre séjour à Dunvegan, tu as pu apprécier ton oncle Ruppert.
0DF.LQQRQ V¶LQWHUURPSLW ODLVVDQWainsi la possibilité à son fils de lui confirmer ou bien
inILUPHU FH TX¶Ll venait de lui dire :
² &¶HVW H[DFW, Père. Il est bon guerrier, sûrement pas autant que toi,PDLV LO O¶HVW UpSRQGLW
Alastar.
Angus ne put se retenir deVRXULUH GHYDQW O¶DGPLUDWLRQsans bornes que lui vouait son garçon,
parfaitement conscient que les liens familiaux altéraient son jugement sur ses capacités.
²Eh bien,MH VXLV KHXUHX[ GH O¶HQWHQGUe -H VDLV TX¶LO HVW HQFRUH W{W SRXU HQ SDUOHU FDU WX QH
partiras pas tout de suite, mais RuppertHW PRL DYRQV FRQYHQX G¶XQH FKRVH
²Quelle est-elle, Père ? demanda Alastar, un brin nerveux.
²Tu iras à Duart Castle auprès de lui faire ton apprentissage. Ruppert est le cousin du chef
MacLean, ainsi que son homme de confiance. Il est ton oncle maternel qui plus est, et j¶DLPHUDLV
que vous fassiez plus ample connaissance, ta mèreO¶DXUDLW VRXKDLWpégalement. Il te traitera bien,
sévèrement parfois, mais il se montrera juste envers toi, je le sais. Il veillera à ce que tu acquières

14

WRXW FH TX¶LO IDXW SRXU GHYHQLU XQ ERQguerrier.
Le chef MacKinnon observa Alastar, attendant une réaction. Le garçon, quant à lui, conservait
son air solennel. Son regard noisette, toujours un peu trop sérieux pour un enfant de 10 ans, fixait
Angus sans trahir une quelconque pensée.
²Je ferai ce que tu me demandes, se contenta-t-il de répondre.
Angus se leva de son siège et prit son jeune fils par les épaules :
²Je sais cH TXH WX DV DX IRQG GH WRQ F°XUAlastar. Un jour,HW M¶HQ VXLV LQWLPHPHQW
convaincu,WX VHUDV OH JUDQG JXHUULHU TXH WX UrYHV G¶rWUH 0DLV, sois juste et agis toujours avec
mesure. Les hommes portent en eux le poids de leurs péchés. Fais en sorte que les tiens
Q¶DORXUGLVVHQW SDV WHV pSDXOHV, au point de ne plus trouver la force de te relever. Tu as la volonté
HW OD WpQDFLWp G¶XQ 0DF.LQQRQ.
$QJXV V¶LQWHUURPSLW HW pERXULIIDles cheveux de son garçon.
²Mais tu as également le joli minois de ta mère !
²Tu seras fier de moi, Père. Je te le promets, déclara Alastar, un léger sourire aux lèvres.
Le lairdDGUHVVD XQ FOLQ G¶°LO FRPSOLFH j VRQ ILOV HW OXL DGPLQLVWUD XQH SHWLWH WDSHdans le dos :
²Voilà qui est parfait, fils !
Puis, désignant un linge, il ajouta :
² &HFL HVW SRXU WRL -H WH ODLVVH OH SUHQGUH HW GpFRXYULU FH TXH F¶HVW
$ODVWDU V¶H[pFXWD HWdénoua la ficelle entourant le morceau de tissu beige dans lequel étaient
enveloppés deux poignards typiques des Highlands :
²Père ! DesSgian-Dhubs?
AngusKRFKD VLPSOHPHQW OD WrWH DWWHQGDQW TX¶$ODVWDU ILQLVVH VRQ REVHUYDWLRQ /H MHXQH
guerrier fit glisser ses doigts le long du manche admirablement travaillé. Une inscription avait été
minutieusement sculptée entre les entrelacs vikings formant le motif présent:an onoir,a¶
mhisneach, an gaol agus a¶phròis.
² /¶KRQQHXU, le courage,O¶DPRXU HW OD ILHUWp UpFLWD-t-il, à haute voix.
Il leva enfin les yeux vers son chef et accrocha son regard. Celui-ci fit mine de réfléchir un
court instant.
²Les quatre choses que tu ne devras jamais perdre de vue, Alastar. Souviens-toi de cela toute
ta vie et puisse celle-ci être longue, mon fils,MH WH OH VRXKDLWH GX SOXV SURIRQG GH PRQ F°XUdit-il,
visiblement ému.
Après un regard plein de gratitude à son père, Alastar rangea avec précaution les précieux
SRLJQDUGV HQ OHV HQYHORSSDQW GH QRXYHDX GDQV OH OLQJH $QJXV 0DF.LQQRQ O¶REVHUYD IDire.
²Va, je ne voudrais pas te retenir loin de la plage et de tes amis en pareille journée.
Toutefois, veillez à ne pas vous tuer avec les dernières lubies de Connor. Mon neveu semble avoir

15

le diable au corps, rit le chef.
*
* *
Après un bref détour par sa chambre, Alastar rejoignit les quatre autres sur la plage. Seul Urain
lui prêta attentiRQ ORUVTX¶LO DUULYD:
² 7¶HQ IDLV XQH WrWH, Alastar. Un problème avec le chef? demanda-t-il, en venant à sa
rencontre.
Alastar eut un mouvement de recul lorsque son meilleur ami s¶approcha de lui :
²Oui, commença Urain en époussetant ses vêtements. Nous avons organisé une épreuve de
lutte pendant ton absence.-¶DL SHUGX GH SHX IDFH j FH EDORXUG GH 0DJQXV PDLV M¶DXUDLV PD
revanche, crois-moi, et très bientôt !

Alastar lui sRXULW DYDQW GH V¶asseoir par terre. Il posa ses avant-bras sur ses genoux repliés sur
sa poitrine.
²Pourquoi ton père souhaitait-il te voir au fait" GHPDQGD 8UDLQ HQ O¶LPLWDQW
² 2K ULHQ G¶XUJHQW«Il voulait me parler de mon avenir.
Alastar traça une ligne avec la pointe de son pied dans les cailloux. Puis tournant la tête pour
faire face à Urain, il lui raconta sa discussion avec son chef de clan :
²Quand ? l¶interrogea simplement son frère de lait, de toute évidence troublé par un départ,
même lointain, d¶Alastar.
² ¬ OD ILQ GH O¶pWp. Mon père estime que ce sera alors le bon moment. Selon mes frères,
M¶DXUDLV GpMj G SDUWLU, compte tenu de mon âge.
Les deux amis restèrent de longues minutes côte à côte sans rien dire. Leur complicité était
telle que les mots étaient parfois inutiles pour se comprendre. Puis, Alastar reçut un objet en
pleine poitrine, mettant ainsi un terme à ce calme. Après examen, le projectilH V¶DYpUD rWUH OD
chaussure de Connor. Urain et Alastar se regardèrent, un sourire sur les lèvres, et se levèrent
comme un seul homme afin de rendre la monnaie de sa pièce à cet insolent MacGregor.

16

±2±


Fin septembre 1376.

Alastar et son cousin, Dugald,DYDLHQW HPEDUTXp j ERUG G¶XQ GHVbirlinnsdu chef MacKinnon.
Neil, Finlay et une poignée de soldats avaient été chargésG¶DFFRPSDJQHUles deux garçons pour
le voyage quiGHYDLW OHV PHQHU MXVTX¶jleur nouvelle résidence : Duart Castle. Le fief du clan
MacLean était situé au sud-estGH O¶vOH GH 0XOO GDQV OD UpJLRQ GX FRPWp G¶$UJ\OO.
/H ILOV GX ODLUG pFDUTXLOOD OHV \HX[ ORUVTX¶LO YLW VH GHVVLQHU, derrière une épaisse brume,
O¶RPEUH G¶XQH JUDQGH HW LPSRVDQWHbâtisse. Au fur et à mesure de la percée des rayons de soleil,
celle-ci se détachait, irréelle,HQWUH OD PHU HW OHV UHOLHIV GDQV VRQ GRV /¶DSSUHQWL JXHUULHU VH WRXUQD
YHUV VRQ FRXVLQ XQH OXHXU G¶Hxcitation dans le regard.
*
* *
Il était encore tôt ce matin-là, mais le capitaine de la garde des MacLean de Duart avait déjà
englouti un copieux petit déjeuner, commencéO¶HQWUDvQHPHQW DYHF VHV KRPPHV, et même, pris un
EDLQ GDQV O¶HDXglacée de la mer. À présent, Ruppert réajustait sa ceinture à lanières par-dessus
son pourpoint, ses braies en cuir marron et son plaid. Satisfait, le guerrier MacLean était fin prêt à
attaquer cette nouvelle journée.
/H FKkWHDX V¶pWDLWprogressivement réveillé, en même tempsTX¶j O¶H[WpULHXr la brume se
GLVVLSDLW /¶KRPPHtraversa les cuisines, puis le hall et atteignit la cour où les invités du seigneur
des lieux, Lachlan0DF/HDQ O¶DWWHQGDLHQWIl leur fit bon accueil.
²Neil MacKinnon ! Finlay, mon brave ! Comment allez-vous ? les salua Ruppert de sa voix
chaude et grave. Soyez tous les bienvenus à Duart Castle, allié du clan MacKinnon.
²Ruppert ! Nous vous remercions pour votre hospitalité ! déclara Neil.
Ce dernier regarda par-GHVVXV O¶pSDXOH GH 0DF/HDQIl semblait chercKHU TXHOTX¶XQ
²Où est ton chef" &DU OH PLHQ P¶D FKDUJp G¶XQ PHVVDJH j VRQ LQWHQWLRQ
²Il a été prévenu de votre arrivée. Il ne devrait plus tarder. Mais entrez! Toi et tes
compagnons allez pouvoir vous restaurer dans la grande salle, répondit Ruppert en leur
enjoignant,G¶XQ JHVWH GH OD PDLQ,G¶DYDQFHU.
Letànaiste G¶$QJXV saluachaleureusement le guerrier MacLHDQ /¶KRPPH Q¶pWDLW SDV
beaucoup plus âgé que lui.1HLO Q¶avait que onze ans de moins que Ruppert, contre quinze de plus
que son jeune frère.

17

Après avoir échangé quelques paroles avec les représentants MacKinnon, Ruppert se tourna
vers Alastar et Dugald. Il réprima un sourire devant les deux visages un brin trop solennels.
Le chef MacLean pénétra, à son tour, dans la courHW SULW HQ FKDUJH O¶DFFXeil des nouveaux
arrivants. Alastar le reconnut à sa longue chevelure brune retombant en une cascade ondulée sur
de larges épaules /¶KRPPH pWDLW SUHVTXH DXVVL JUDQGque son oncle Ruppert et il se dégageait de
VD SHUVRQQH WRXWH O¶DXWRULWp G¶XQlaird. LachlDQ SRVD VXU $ODVWDU VHV \HX[ G¶XQ EOHX LQWHQVH, avant
de prêter attention à ses compagnons.
Après les présentations et formulesG¶XVDJHs, Neil et Finlay suivirent le chef MacLean afin de
discuter politique, tandis que les autres MacKinnon étaient escortés jusque dans la salle principale
SRXU V¶\ UHVWaurer. Ruppert, demeuré seul avec ses deux recrues, se chargea de les aider à se
familiariser avec leur nouvel environnement.
Alastar emboîta le pas àVRQ RQFOH MXVTX¶DX WHUUDLQ G¶HQWUDvQHPHQWde Duart Castle, où une
SRLJQpH G¶KRPPHVfaisaient étalage de leur savoir-faire dans lePDQLHPHQW GH O¶pSpHRuppert ne
fut pas étonné deFRQVWDWHU OD OXHXU G¶LQWpUrW GDQV OH UHJDUG GHVenfants, face à ces démonstrations
GH IRUFH HW G¶DJLOLWp 6RQ MHXQH QHYHX VHPEODLW K\SQRtisé par le spectacle de ces guerriers faisant
honneur aux leçons chèrement acquises auprès de leur capitaine.
MacLean se pencha en avant et plaça son visage entre celuiGH 'XJDOG HW G¶$ODVWDU:
²Vous voyez ces hommes, mes garçons ? leur chuchota-t-il.
Les deux cousins hochèrent la tête vigoureusement sansTXLWWHU GHV \HX[ O¶DIIURQWHPHQW à
O¶LVVXe encore incertaine.
²Si vous travaillez dur, que vous suivez mon enseignement sans jamais vous plaindre, tout
en faisant preuveG¶ambition, mais aussi, de forceGH FDUDFWqUH HK ELHQ MH YRXV SURPHWV G¶DUULYHU
à faire de vous d¶authentiques Highlanders, tout comme eux.
Sur ces paroles, le petit blondinet à sa droite tourna son regard vers lui et le dévisagea
intensément. Le MacLean le lui rendit et hocha la tête. Un sourire énigmatique sur les lèvres, il
ajouta :

²Peut-être même les meilleurs. Qui sait !
²Je veux apprendre à me servir de celle-là GpFODUD 'XJDOG HQ GpVLJQDQW G¶XQ DLU IDVFLQp XQ
des soldats brandissant une lourde épée se tenant à deux mains.
Ruppert se retint deULUH GHYDQW O¶H[SUHVVLRQ GX YLVDJH GX JDUoRQ:
²Une claymore ! Mon grand, tu vas devoir beaucoup travailler pour la manier correctement.
Il te faudra acquérir la force de Robbie Boyd pour être le meilleur et le plus agile avec !
plaisantat-il.
Dugald ouvrit des yeux bien ronds à la mention du célèbre Robert Boyd, celui qui avait été
surnommé «O¶KRPPH OH SOXV IRUW» du pays, un faroucheSDUWLVDQ GH O¶Écosse libre aux côtés de

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William Wallace,VRQ DPL G¶HQIDQFH
Comme Alastar gardait le silence, son oncle seGpFLGD j O¶LQWHUURJHU DILQ GHfaire plus ample
connaissance avec le fils de sa défuQWH V°XU.
²Et toi, cher neveu, qui voudrais-tu être ?
²Un bon guerrier et un homme dont mon chef de clan pourra être fier, déclara-t-il, sans
hésitation.
MacLean hocha imperceptiblement la tête et invita les deux garçons à le suivre afin de
continuer la visite des lieux.
Après un long moment consacré à discuter avec ses nouveaux protégés, le capitaine de la
JDUGH IXW VDWLVIDLW GH FH TX¶LO DYDLW DSSULV Vur ses deux élèves. Il commençait à mieux cerner la
personnalité de chacun. Il était également heureux de pouvoir passer un peu de temps avec son
QHYHX ¬ ELHQ GHV pJDUGV FH GHUQLHU OXL UDSSHODLW OH JDUoRQ TX¶LO DYDLW pWp MDGLV 2XWUH OH SK\VLTXH
TX¶LOV Dvaient en commun, ainsi que la couleur de cheveux, Alastar lui ressemblait énormément
au même âge.
Enfin, leurs pas les ramenèrent dans le hall du château.
²Allez jeunes gens ! Montez vous préparer pour votre première leçon. Je vous attends dans
la cour. Et ne tardez pas trop, sinon aucun de vous deux ne soupera ce soir !
*
* *
Neil, Finlay et les autres guerriers MacKinnon étaient repartis depuis deux mois.
$SUqV GHV KHXUHV G¶épuisants allers et retours entre la cour et les réserves du château, Alastar et
DXJDOG SHLQDLHQW j OD WkFKH /HV GHX[ FRXVLQV Q¶DYDLHQW HX GH FHVVH GH WUansporter des tonnes de
tourbe, empilées dans des brouettes en bois quelque peu bancales, jusque dans les réserves du
bâtiment afin de les stockerSRXU O¶KLYHU j YHQLU
Exténué et en cROqUH TX¶RQ OXL IDVVH HIIHFWXHU FHV EDVVHV EHVRJQHV $ODVWDU ODLVVD WRPEHU VRQ
chargement par terre et fit part de son mécontentement à son oncle.
² -H Q¶DL SDV IDLW URXWH MXVTX¶j 'XDUW SRXUaccomplir ce genre de tâches !
²Ah non" UpSRQGLW O¶LQWpUHVVp, en croisant les bras sur un torse puissant.
Dugald, qui venait de revenir dans la cour, lâcha le manche de sa brouette surpris par la
véhémence du tonG¶Alastar.
²Vous nous aviez promis de faire de nous des guerriers, des Highlanders ; or,QRXV Q¶DYRQV
pas tenu une épée depuis que nous sommes ici ! Transporter des kilos de tourbe ne fera pas de
nous les meilleurs combattants des Highlands !
Le visage du capitaine MacLeanpWDLW GHPHXUp LPSDVVLEOH WRXW OH ORQJ GH OD SODLQWH G¶$ODVWDU.
Il hocha la tête, prenanW ERQQH QRWH GHV JULHIV GX MHXQH KRPPH HW V¶DSSURFKD GH OXL poury
répondre.

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²Peut-être que porter tout ce poids ne te fera pas devenir Finn MacCumaill, mais il
W¶DSSRUWHUD Oes capacités nécessaires pour y parvenir -¶DL GLW j WRQ FRXVLQ, le jour de son arrivée
ici, que pour manier la claymore il devrait acquérir suffisamment de force et il en va de même
SRXU WRL 8Q ERQ JXHUULHU FH Q¶HVW SDV VLPSOHPHQW XQ KRPPH WHQDQW XQH pSpH HW O¶DJLWDQW GHYDQW
OXL SRXU UHSRXVVHU XQ DVVDLOODQW &¶HVW DYDQW WRXW XQindividu entraîné, possédant la puissance et
O¶DLVDQFHpour combattre avec. Mais pas seulement ! Il lui faut également réfléchir avec sa tête
SRXU VDYRLU TXDQG HW FRPPHQW O¶utiliser (W M¶DL ELHQ O¶LQWHQWLRQ GH W¶HQVHLJQHU WRXW FHOD, cher
neYHX DLQVL TX¶j 'XJald.
Ruppert désigna le secondJDUoRQ G¶XQ EUHI UHJDUG GDQV VD GLUHFWLRQ.
/¶DUULYpH G¶XQH VHUYDQWH DQQRQoDQW OHdînerURPSLW OH VLOHQFH TXL V¶pWDLW LQVWDOOpà la suite des
explications du guerrier expérimenté. Alastar PDO j O¶DLVHvoulut répondre à son oncle, mais
celui-FL O¶LQWHUURPSLW G¶XQ JHVWH GH OD PDLQ
²Remettez-YRXV j O¶RXYUDJe, jeunes gens, ou il ne vous restera plus rien à manger ce soir.
IlsOH UHJDUGqUHQW V¶pORLJQHUsans rien dire avant de poursuivre leur travail. Dugald lança un
rapide coupG¶°LO j VRQ FRXVLQ Hn secouant légèrement la tête. Ce dernier reprit sa charge et fila.
*
* *
Après avoir accompli leur besogne, Alastar et Dugald trouvèrent en cuisine deux assiettes
laissées là à leur intention. Le souper servi dans la grande salle était terminé depuis longtemps
déjà, et il se faisait tard. Les deux jeunes gensV¶DWWDEODLHQW GHYDQW XQ UHSDV ELHQ PpULWp,
ORUVTX¶XQHdes domestiques pénétra dans la pièce :
²Ah ! Vous voilà enfin les garçons. Heureusement que5XSSHUW DYDLW GHPDQGp TX¶RQ YRXV
mette de côté de quoi manger après vos corvées, sans quoi vous seriez montés vous coucher le
ventre vide ! fit-elle, avant de repartir comme elle était entrée.
Les cousins échangèrent un regard lourd de sens avant de dîner en silence. Alastar avait peu
G¶DSSpWLW FDU LO VHQWDLW SRLQGUH OH JRW DPHU GH OD FXOSDELOLWp FHOOH G¶DYRLU PDO MXJp 5XSSHUW
MacLean.

*
* *
Le lendemain, le capitaine de la garde eut la surpriseGH WURXYHU $ODVWDU V¶DIIDLUDQWdans les
pFXULHV j O¶DXEH '¶DSUqV OD TXDQWLWp GH WUDYDLO DEDWWX, le jeune homme devait être réveillé depuis
un moment. En entendant les pas dans son dos, ce dernier se retourna pour faire face au nouvel
arrivant.
²Tu es levé de très bonne heureDXMRXUG¶KXL, commença Ruppert.
² -¶HQ DYDLV EHVRLQ SRXU UpIOpFKLU
Le capitaine opina deOD WrWH FRPSUHQDQW FH TX¶LO YRXODLW GLUH SDU Oj:
² (W DORUV FHOD W¶D-t-il fait du bien ?

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