Que Dieu me pardonne (Chroniques célestes – Livre IV)

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229 pages
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Description

Eleanor ment à toute l’Édénie, pour ne pas détruire les derniers espoirs des guerriers célestes, et prétend pouvoir la sauver.
Les anges attendent d’elle qu’elle annihile les légions démoniaques de Lucifer et qu’elle rende sa sérénité au royaume.
La seule arme dont elle dispose ? Un glaive émoussé caché au fond de son sac.
La jeune humaine, qui semble ne se trouver là que par un malheureux hasard, sera-t-elle capable, pour ses amis, d’empêcher la chute de l’Édénie et d’accomplir une prophétie dont elle n’est même pas l’héroïne ?
Après « Les clés du paradis », « La chute de l’ange » et « Descente aux enfers », découvrez les ultimes aventures d’Eleanor dans « Que Dieu me pardonne », le quatrième et dernier tome de la saga « Chroniques célestes ».

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Date de parution 13 décembre 2018
Nombre de visites sur la page 60
EAN13 9782370116369
Langue Français

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Que Dieu me pardonne
Chroniques célestesLivre IV
Marie-Sophie Kesteman
© Éditions Hélène Jacob, 2018. CollectionFantastique. Tous droits réservés. ISBN : 978-2-37011-637-6
Nous sommes des anges déchus qui nous acharnons à remonter vers notre céleste origine. Christian Charrière
1Notre meilleure option
Allongé par terre depuis une éternité, les yeux clos, Gabriel semblait mort. Eleanor, les poings plantés sur les hanches, échangea un regard avec Oonel. Quand tu accepteras de revenir à la vie, on cherchera une solution, daccord ? finit-elle par lâcher. Larchange ouvrit les paupières et contempla un moment le plafond du poste de commandement. Les bourrasques soulevaient la toile graissée de lédifice de fortune et le faisaient vibrer tout entier. Javais besoin de réfléchir. Le général se redressa sur son séant et jeta un regard fatigué aux deux jeunes gens qui se tenaient face à lui. Il faisait déjà nuit lorsque Eleanor et Oonel avaient rejoint larmée. Les nouvelles quils apportaient des Enfers étaient mauvaises et, avant même de penser à dormir, les deux amis avaient éveillé le prince. À présent, laube pointait à lhorizon. La question que je vais vous poser na aucun intérêt, prévint Gabriel en se frottant nonchalamment les yeux, mais jai besoin que vous y répondiezêtes certains de ce Vous que vous avancez ? Réfléchissez bien. Il se mit debout et sépousseta. Les épais tapis, qui isolaient tant bien que mal la tente du sol, commençaient à simbiber de boue et produisaient dignobles bruits de succion à chacun des pas de larchange. Oonel baissa le regard, comme sil se tenait pour responsable des derniers événements. Il acquiesça dun air sombre. Le prince soupira et leva le visage vers le ciel nocturne quil ne pouvait pas voir, les mains sur la taille. Il ferma les yeux. Cest à se demander où notre malheur sarrêtera.(Il marqua une pause) S’il s’arrête.Au-dehors, le campement était silencieux, mais, compte tenu de la gravité des nouvelles quelle apportait, Eleanor avait insonorisé la tente avant dadresser le moindre mot à son tuteur, ne serait-ce que de banales salutations. Gabriel croisa les mains dans le creux de ses reins et commença à faire les cent pas. LOmbre le suivait du regard, irritée par les bruits visqueux quémettaient les tapis. Lorsquelle interpella à nouveau larchange, son ton était plus tranchant quelle ne laurait voulu. Il ne releva pas lagressivité de sa protégée, trop absorbé par ses pensées.
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Bon, Gabriel, on fait quoi ? Lintéressé simmobilisa le temps dun battement decœur, avant de reprendre ses allers-retours fébriles, comme sil navait pas entendu la question. Qu’est-ce qu’on fait ? répéta-t-il, sans même la regarder. Je nen sais fichtrement rien. On ne dit rien à personne en tout cas. Si jamais la rumeur Non, non, non (il semblait au bord de la crise dhystérie), ça ne doit surtout pas sébruiter ! Toute cette histoire doit rester entre nous. Quelquun passa près du poste de commandement et les trois compagnons se turent, attendant que limportun séloigne. Dès que le silence revint, le prince se tourna vers le sylve et Eleanor. Sous ses yeux commençaient à apparaître des poches teintées de violet.Les archanges aussi ont leurs limites. Même Dieu. Après votre départ, la nouvelle de la désertion et de la mort de Métatron sest répandue comme une traînée de poudre dans les rangs, expliqua Gabriel. Lhumeur des troupes est maussade. (Il leur adressa un regard empli de reproches) Votre défection na pas aidéLes légionnaires commencent à se méfier de moi et du conseil. Ils se mettent à douter de notre capacité à gérer cette guerre. (Il grogna de mécontentement) nous devons absolument garder la trahison dAbrahel secrète, surtout à laube de notre entrée en Plaines sauvages. Ils restèrent un moment silencieux. Dailleurs, reprit-il dun ton las, comme sil savait que ce quil allait dire navait pas la moindre importance, votre « mission » aux EnfersEleanor sourit dun air serein, mais, à lintérieur, elle frissonnait. Sa main se serra par réflexe sur la bandoulière de sa sacoche. Un vrai fiasco, comme tout le reste. Je voulais (elle hésita) profiter de léloignement de larmée infernale pour essayer datteindre Lucifer, maisil y a encore trop de guerriers qui gardent la grande crypte. Larchange ne semblait pas avoir écouté un seul mot de son mensonge. Il avait lesprit ailleurs. Il leva le regard vers eux sans redresser complètement la tête.Ces yeux-là ne
présagent rien de bon,se dit Eleanor. Oonel et toi, reprit son tuteur dune voix adoucie, presque caressante, vous aviez une excellente relation avec lui, nest-ce pas ? Avec Abrahel, je veux direVous vous entendiez bien. La jeune fille grimaça, sentant venir le pire plan qui soit à cinq cents coudées. Le maître dharmonie répondit par laffirmative. Il vous serait possible dentrer en contact avec lui ?
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On na aucune idée doù il se trouve à présent, répliqua Eleanor dun ton catégorique. Il me suffirait denvoyer un murmurant, mais je refuse dencourager cette folieLarchange frotta un instant la barbe naissante qui recouvrait le haut de ses joues. Alentour, les bruits de la nuit sapaisaient peu à peu. Les hiboux et les chouettes paraissaient accablés de fatigue. Faites votre possible pour le retrouver : essayez de lui faire entendre raison et ramenez-le dans nos rangs. La jeune fille darda sur son tuteur un regard scandalisé. Son sang bouillonnait. Tu veux vraiment dun traître comme lui dans ton armée ? Utilisons un démon pour vaincre lautre démon ? (La colère lui donnait envie de rire) Cest ça, ta solution ? Gabriel se laissa tomber sur sa couche de paille et appuya lourdement les bras sur ses cuisses. Chaque jour, il semblait à Eleanor quil vieillissait de dix ans. Il leva sur elle un regard quelle eut beaucoup de mal à soutenir tant ses yeux débordaient de crainte. Au travers du lien dâme qui les unissait, la princesse la ressentait aussi vive que si elle avait été la sienne. Pourtant, elle navait pas peur. Pas cette fois. Ça lest, tant que tu ne me proposes pas de meilleur plan, dit-il en faisant un geste vague de la main, comme sil attendait delle une idée de génie qui réglerait dun coup tous leurs problèmes. Il soutint son regard. Eleanor pensa au vieux glaive émoussé quelle tenait caché dans sa sacoche et ses épaules saffaissèrent. Elle navait pas dautre option à présenter. Aucune susceptible de les aider, tout du moins. On fera au mieux, mais je crains que cette bataille ne soit perdue davance. Il ne reviendra pas. Un sourire dépourvu de joie étira les lèvres de larchange qui fixait le sol sans vraiment le voir. Perdue davance, répéta-t-il pour lui-même. Comme cette guerre. Eleanor posa brièvement la main sur la tête de son tuteur avant de prendre congé. Et pourtant, on est toujours là à se battre. Prince ! appela quelquun depuis lextérieur. Dun geste, Eleanor leva linsonorisation. Sur les ordres de Gabriel, un légionnaire entra, une Ombre sur les talons. Les éclaireurs, Prince. Larchange fronça les sourcils alors que lAndoïe sinclinait. Pourquoi es-tu revenue seule ? demanda-t-il. Où est ton camarade ?
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La trentenaire secoua la tête, lair sombre. Severin a été fait prisonnier à Merrats, déplora-t-elle. Je nai aucune idée du sort que les démons lui ont réservé. Je ne dois ma survie quà une chance insolente. Le visage de larchange se durcit. À nouveau, il nécoutait plus. Les Enfers contrôlent donc bien la cité (Il redressa la tête) Si Severin est encore en vie, nous le sauverons. LOmbre, qui appartenait à la troisième génération, demanda la permission de prendre congé pour se reposer. Lorsquelle quitta la tente, Eleanor se tourna vers son tuteur. Cest quoi, cette histoire déclaireurs ? Gabriel se leva et se pencha sur limmense carte qui couvrait sa table de travail. Il saisit deux pions noirs dans la réserve et les déplaça sur Merrats. Les membres de la Caste quadrillent les terres andoïes alentour à la recherche de l’armée de mon frère. (Il posa le doigt sur la capitale de l’Argol) Et, apparemment, elle se trouve à portée de mon bras.
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2La décision de Habrok
Habrok sapprêtait à exploser, d’un instant à l’autre. Eleanor et Oonel attendaient avec appréhension que léruption se déclenche, mais il leur semblait que ça faisait une ère que lange se tenait immobile au centre du groupe formé par la dix-septième légion. Des plaques rouges irrégulières et de mauvais augure coloraient son visage. Chef ? linterpella Gaël dont la patience nétait pas la plus grande vertu. Eleanor tressaillit lorsque la main de Habrok se dressa en lair en un avertissement silencieux. Le jour était levé depuis longtemps maintenant, et le campement grouillait dactivité. Seule leur légion se tenait raide au beau milieu de toute cette agitation matinale. Eleanor, dit soudain le chef. Oonel. Il articulait si lentement les syllabes que son discours donnait limpression dêtre haché. Je nai aucune idée de ce qui vous est passé par la tête (lombre sentit une sueur glacée couler le long de sa nuque lorsque le regard de lange se posa sur le sylve, puis sur elle), mais
sachez que lunique chose qui mempêche de vous bannir immédiatement de cette légion est la promesse que jai faite au prince lui-même. Rappelez-vous cependant ceci : à la prochaine bavure (il grinça des dents pour se retenir de hurler) aussi infinitésimale soit-elle, je raye définitivement vos noms de la liste des membres de ma troupe, sans retour en arrière possible, serait-ce à la demande du roi en personne. Eleanor avait limpression quun gigantesque étau sétait refermé autour de sa gorge et gênait sa respiration. Oonel était blême. Que se passerait-il sils étaient exclus de leur légion ? Seraient-ils changés de groupe ou pire, seraient-ils renvoyés au Palais, sans plus de cérémonie ? La jeune fille déglutit et se jura dobéir aveuglément à Habrok. Elle navait aucune envie de savoir ce quil adviendrait delle et dOonel si leur chef mettait ses menaces à exécution. Tant que je ne vous autorise pas à nous rejoindre à lentraînement, reprit ce dernier, je ne veux ni voir vos têtes ni même entendre parler de vous. Laissez-moi digérer votre désertion, car, pour linstant, rien que le son de vos noms me donne la nausée. Les deux amis fixaient le sol comme sil constituait une découverte terrifiante. Il existait de ces personnes quon ne pouvait pas regarder en face. Habrok, lorsquil était en colère, était
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lune delles. Et je ne veux plus entendre un seul mot sortir de votre bouche tant que je ne vous ai pas dit être capable de tolérer votre voix. Cest bien clair ? Ils inclinèrent une nouvelle fois le menton. Eleanor aperçut Limon, le chef de la troisième légion, se moquer ouvertement deux. Ça néveilla pas en elle la moindre once de ressentiment. Sa conscience tout entière était obnubilée par les propos de Habrok. Oonel et elle regardèrent leurs camarades séloigner entre les tentes écrues. Seuls Gen, Erwin, Gaël et Po osèrent se retourner et leur adresser un signe dencouragement. Lorsque leurs silhouettes eurent disparu, les deux compagnons restèrent paralysés au beau milieu du campement en effervescence ; les yeux braqués sur la ligne dhorizon imaginaire, constituée dune multitude de toits en tissu pâles. Quelquun bouscula Oonel, les tirant de leur torpeur. Ça aurait pu être pire, non ? demanda-t-il en se frottant lépaule. Eleanor se tourna lentement vers lui, avec une envie folle de le secouer jusquà ce que les yeux lui sortent des orbites. Ça aurait pu être pire ? Alors là (elle fit un grand geste avec les bras), je ne vois pas comment ! Elle fourra les mains dans ses poches et séloigna, la tête basse. Le sylve la suivit sans une hésitation. Le campement avait été établi à la frontière entre le territoire andoïe et la Plaine sacrée, à la sortie de la vallée de Caldare. À lest et à louest sétendait Hen Goedwig, la vieille forêt. Eleanor détourna rapidement le regard ; elle ne gardait aucun bon souvenir de cet endroit. Parfois, il lui arrivait de retourner en rêve sous les sombres canopées, et ces rêves-là finissaient toujours mal. Oonel et Eleanor regagnèrent leurs quartiers en toute hâte, désireux de sextraire de la cohue qui se pressait entre les tentes. Les légionnaires affûtaient leurs lames, réparaient les
accrocs à leur tunique, ramassaient du bois et sentraînaient à lépée. Les deux amis navaient pas leur place parmi eux aujourdhui, et les regards quon leur lançait étaient clairs quant à lopinion des guerriers sur leur désertion temporaire. LOmbre et le sylve regagnèrent le campement de la dix-septième et hissèrent leur tente à la hâte, pour se dissimuler aux yeux de larmée. Bien ! souffla Eleanor en se laissant tomber sur son duvet. On va profiter de notre liberté inattendue pour satisfaire Gabriel en contactant Abrahel. Elle fit apparaître dans sa paume une perle argentée. répéta Oonel, linattendue » ? Une liberté « air ironique. Ils nont aucune idée de la
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raison de notre disparitionAlors tu tétais attendue à quoi, au juste, à une énorme banderole avec « Bon retour parmi nous, merci d’avoir risqué votre vie dans les cachots de la grande crypte ? » écrit dessus ? Eleanor sallongea sur le ventre. Elle aurait aimé expliquer à Habrok et à ses camarades de légion pourquoi elle avait dû partir, mais elle ne pouvait pas en dire un mot, sous peine de fragiliser son terrible secret.Et si jamais la rumeur se met à courir que je ne suis pas lenfant de la prophétieCe nest pas tant ma réputation qui en prendrait un sacré coup, mais bien la crédibilité de Gabriel, ou du moins ce quil lui en reste, par ma fauteÀ côté de cette information, la trahison dAbrahel passerait pour un fait divers. La princesse joua un instant avec la bille qui scintillait entre ses doigts. En ces jours sombres, elle détestait langelot du plus profond de son être et, pourtant, elle mourait dimpatience de le revoir. Lambiguïté de ses sentiments agitait douloureusement les tréfonds de son âme. Bon, tu le lui envoies cemurmurantou pas ? la stimula Oonel. Elle souffla sur la petite sphère qui senvola et disparut au-dehors. Le sylve retira son pull orange vif. Ses cheveux, électrisés, se dressèrent comiquement sur son crâne. Il les aplatit grossièrement avec la main. Quest-ce que tu lui as dit ? Eleanor roula sur le côté pour faire face à son ami. Elle devinait aux étincelles qui pétillaient dans le regard du maître dharmonie quil attendait beaucoup de cette éventuelle entrevue. Lui aussi devait avoir dinnombrables questions à poser à Abrahel et encore bien plus de choses à lui dire. Je lui ai simplement proposé une rencontre. Pour linstant, on ne peut faire quespérer une réponseMais, si tu veux mon avis, il ny en aura aucune. Pourtant, au crépuscule de la même journée, quelque part au milieu des Plaines sauvages, une main souvrit sous la petite sphère argentée et labsorba.
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