Vibrations

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392 pages
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Lorsque Anna, une jeune scientifique en physique des particules et en physique quantique, et Mik, son ami d’enfance, ingénieur en électronique et en informatique, inventent une machine capable de vibrer à plus de 10 % de la vitesse de la lumière, ils attisent la convoitise d’un riche et puissant industriel.
Aidés d’un professeur d’université, du tuteur d’Anna et de la mère de Mik, poursuivis par une inspectrice d’Interpol et pourchassés par l’industriel et ses hommes de main, ils devront affronter le passé pour sauvegarder leur découverte et trouver le moyen de survivre à leur ennemi.

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Ajouté le 30 septembre 2014
Nombre de lectures 477
Langue Français
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VIBRATIONS
Pierre Floret
© Éditions Hélène Jacob, 2014. CollectionScience-fiction. Tous droits réservés. ISBN : 978-2-37011-168-5
À mon père qui a suivi l’écriture de ce roman pas à pas, Mais qui ne pourra, hélas, voir cette histoire publiée. Merci pour tes réponses, pour tes leçons et pour ton amour, Merci pour tous ces moments qui resteront à jamais gravés dans mon cœur. Ce livre est pour toi, Papa. À ma mère, pour son aide et son dynamisme,
Sans toi, je chercherais encore les fautes d’orthographe du premier chapitre. À mon épouse, Melissa, qui a vu germer l’idée et qui m’a poussé à lui donner corps, À mon frère, ma sœur et mon parrain pour leurs encouragements. À Mireille, pour ses conseils et son soutien.
Chapitre 1 – Le vibrateur
12 avril 2014 Le stylet, qu’une main blanche aux doigts fins maniait nerveusement, courait sur la plaquette tactile de l’ordinateur. À l’écran, posé sur un bureau en chêne clair, les formules mathématiques défilaient rapidement. Enfin, après une dernière équation, la main posa le stylet sur son socle puis vint ramener les cheveux blonds de la jeune femme en arrière. Ceux-ci caressèrent son cou fragile tandis que ses paupières se fermaient un instant. Elles se rouvrirent, dévoilant des yeux verts, fatigués d’avoir trop regardé l’écran luminescent. Après un soupir, un sourire de satisfaction vint éclairer un instant le visage opalin de la jeune femme. Apparemment, ses formules tombaient juste, pour la énième fois. Elle fit légèrement tourner son fauteuil de bureau afin de regarder la pendule : 18 h 28. Elle referma les yeux et se fondit dans son siège. L’obscurité de cette soirée d’avril envahissait déjà les recoins de la bibliothèque et la faible lueur de l’écran ne suffisait pas à éclairer les piles de livres entreposés çà et là sur les étagères, sur deux chaises ou à même le sol. Visiblement, Anna Mandeleiva n’était pas une fée du logis. D’ailleurs, depuis qu’elle était entrée au lycée, son tuteur – un homme rigide et très méticuleux – avait abandonné tout espoir de voir un jour cette pièce rangée à son idée. Dans son dos, quelqu’un frappa soudain à la porte. Toc… Toc… Toc. Toc. Toc… Toc. Toc. — Entre, Mik, annonça la voix douce et lasse d’Anna. Un jeune homme athlétique pénétra dans la bibliothèque. Typé indien, il avait les yeux marron foncé et la peau légèrement bronzée. Ses cheveux noirs en bataille et ses vêtements mal ajustés lui conféraient un aspect négligé. Son intonation seule trahissait son assurance et, pour l’heure, sa curiosité. — Coucou, Anna ! lança-t-il. Qu’il fait sombre ici, ajouta Mik en allumant. — Appelle-moi Professeur, lâcha-t-elle d’un ton calme. Alors ? — Alors… ça marche. Enfin, en théorie. J’ai suivi tes directives. Je l’ai chargé à fond, mais sans le mettre en marche. Et maintenant ?
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Le visage d’Anna, une fois de plus, s’illumina d’un sourire tandis qu’elle faisait pivoter sa chaise pour faire face au jeune homme. Son regard se posa alors sur l’objet que Mik tenait dans ses mains en le lui présentant de manière presque respectueuse. Elle le saisit et commença à l’inspecter, le tournant en tous sens. C’était un bracelet en laiton de dix-sept centimètres de longueur qui épouserait parfaitement l’avant-bras gauche de son porteur. Sur sa partie supérieure, un épais boîtier rectangulaire lui donnait un aspect imposant. En haut à gauche du boîtier, un interrupteur à deux positions semblait attendre qu’on le place sur « ON ». Cet interrupteur était suivi d’une ligne luminescente verte finissant par un symbole de batterie ; jauge sous laquelle une fente courait sur toute la longueur du boîtier, permettant de déplacer une aiguille sur une règle graduée de 8 à 100. Dans sa partie intérieure, le bracelet dévoilait l’extrémité de dizaines de petites billes de céramique sortant du boîtier. Trois attaches réglables devaient se clipser pour maintenir l’engin au bras. — Alors, ça sert à quoi ? questionna Mik. — Hein ? fit Anna sans lever les yeux. — Je te demande à quoi ça sert ! — Ah ! À voyager dans le temps, répondit-elle distraitement après un moment de silence. Elle releva légèrement la tête afin de voir l’expression de Mik. Il était perplexe et cela amusait beaucoup Anna. Elle regarda alors son ami dans les yeux, plissant légèrement les siens, un sourire sur les lèvres. Le jeune homme, incrédule, demanda de nouveau, mais plus calmement cette fois : — Redis-moi à quoi ça sert, Ann… heu… Professeur. — D’accord, c’est bon ! Je t’explique. Tu as fabriqué un vibrateur. Si tu as bien suivi mes instructions, lorsque l’appareil sera mis en marche, les électrodes polariseront les billes dont le cœur est en acier, en faisant passer à l’intérieur un courant continu. Ensuite, les micro-électro-aimants disposés autour des billes leur insuffleront un mouvement très rapide. Ce dernier, transmis aux atomes et molécules en contact avec les billes, les fera vibrer à l’unisson. Tu suis ? — Heu… oui ! hésita Mik. Mais quel rapport avec le voyage dans le temps ? — J’y viens. Ce qu’il faut que tu comprennes, c’est que cette vibration est en fait un mouvement. Lorsqu’un objet vibre, sa structure va et vient entre deux points de l’espace. Le vibrateur va alors entraîner tout ton corps dans ce mouvement. Mik hochait la tête en signe d’approbation. Anna continua :
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— En physique, Einstein nous apprend que plus un corps se déplace vite, plus son temps propre ralentit pour un observateur extérieur. De la même manière, plus une personne se déplace avec vélocité, plus le temps autour d’elle va passer rapidement. Le vibrateur va te permettre d’osciller suffisamment vite pour ralentir ton temps propre. — Soit, dit Mik en haussant les épaules. Pourtant, lorsque je roule en voiture ou quand je voyage en avion, même en allant à vive allure, le temps autour de moi n’accélère pas. À ma connaissance, la seule voiture capable de voyager dans le temps, c’est une DeLorean et moi, je rou… — C’est normal que tu ne voies pas le temps ralentir, coupa Anna qui avait souri à l’allusion. Et pour deux raisons. La première, c’est que tu ne vas pas assez vite en voiture ou même en avion. En théorie, il faudrait se déplacer à 10 % dec, «c» représentant la vitesse de la lumière, pour commencer à ressentir la différence. Et la seconde… — C’est pour ça que le cadran sur le bracelet commence à 8 % ? interrompit Mik. Ça correspond à la fréquence minimale de vibration des billes ? — En effet, répondit Anna. Et comme tu as pu le constater, faire vibrer des billes d’acier à cette vitesse n’est pas une mince affaire. — Tu m’étonnes ! s’exclama Mik. Deux ans que nous cherchons à y parvenir. Et sans parler de l’énergie nécessaire. Heureusement que les nouveaux systèmes de stockage sont plus performants que les batteries disponibles au début de nos études, sinon, le vibrateur ne pourrait fonctionner qu’en le branchant à une centrale nucléaire. — Et pour l’instant, malgré les nouvelles technologies et selon les chiffres que tu m’as transmis, l’appareil ne trémulera pas plus d’une minute à la fréquence de vibration minimale, ponctua Anna en se tournant vers son ordinateur. Elle soupira. Décidément, ce projet était de longue haleine. La quasi-totalité de l’argent que ses parents, pourtant riches, lui avaient légué avait été investie dans ce dessein. Mik interrompit ses pensées : — Tu ne m’as pas donné la seconde raison pour laquelle je ne vois pas le temps ralentir, Professeur. — En effet, dit Anna en quittant des yeux l’écran bleuté pour faire face à Mik. Cette seconde raison, la voici : c’est ton temps propre qui va ralentir alors que le temps autour de toi va accélérer. Les choses vont donc se produire plus vite, de ton point de vue. Toi, tu te contenteras de vieillir plus lentement. Mais le plus incroyable, c’est que tu auras la sensation que tout est normal. Tu auras la sensation de vieillir normalement et il te semblera que c’est le monde autour de toi qui défile plus rapidement.
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Mik semblait dubitatif. Mais déjà, l’envie d’essayer le brûlait. Il prit le bracelet des mains d’Anna et, tout en commençant à l’ajuster sur son bras, il interrogea : — Donc, si je mets le bracelet et que je l’active, je voyage dans le temps ? — Pas tout à fait, rétorqua Anna. La position 10 % correspond en quelque sorte à la limite pour voyager vraiment. En deçà de cette vitesse de vibration, soit à 8 %, tu vas juste vib… Elle s’interrompit. Mik la regarda sans plus oser bouger. Anna semblait perdue dans ses pensées. — Un problème ? s’enquit-il. — Un doute ! répondit-elle évasive. Si tu vibres, ton corps ne devrait plus réfléchir la lumière de la même manière et, de ce fait, tu devrais… Elle hésitait. — Je devrais quoi ? — Je ne sais pas s’il est très prudent d’essayer maintenant. Je n’ai sûrement pas pensé à tout et ce pourrait être… — Pourrait être quoi, Professeur ? insista Mik. Les yeux d’Anna se levèrent sur le visage de son ami et elle répondit lentement : — Tu devrais… disparaître. — Mais c’est génial ! s’écria le jeune homme en bouclant le bracelet à son bras. Allez ! Je l’active. Tu es prête ? Au moment où sa main droite allait actionner le bouton, celle d’Anna vint s’interposer. — Je ne sais pas, Mik. C’est peut-être dangereux. — Allez ! Quoi, Professeur ? Qu’est-ce qui peut être dangereux ? — Je viens de te le dire, je ne sais pas ! Je n’avais pas pensé à l’invisibilité. Peut-être y a-t-il d’autres choses auxquelles je n’ai pas pensé. Des choses plus gênantes… plus risquées. — Mais pour savoir, il faut bien essayer, répondit-il. Et s’il m’arrive quelque chose, tu pourras toujours intervenir. J’ai confiance en toi, Anna, tu le sais. La main de Mik, qui s’était posée sur celle de son amie, la saisit délicatement et ses yeux s’emplirent de tendresse. La jeune femme le regarda un instant sans bouger puis retira ses doigts de l’emprise du jeune homme. Elle sentait le sang marteler ses tempes, ce qui se produisait chaque fois que Mik se montrait trop intime avec elle. Alors, rougissante, elle murmura d’une voix mal assurée tout en baissant les yeux : — S’il te plaît, Mik, quand on travaille, je t’ai déjà dit de m’appeler Professeur. Le jeune homme la regarda fixement. Un sourire timide vint se dessiner sur ses lèvres et,
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sans ajouter un mot, il plaça l’interrupteur du vibrateur sur « ON ». Dans un premier temps, il ne se passa rien. Puis Mik commença à sentir un léger picotement sur la peau en contact avec les billes. Il en fit part à son amie. — C’est normal, dit-elle. Tu dois être en train de faire masse et ton bras absorbe donc une partie de l’électricité libérée par les électrodes. Ne t’inquiète pas, le phénomène devrait s’arrêter lorsque les électro-aimants se mettront en marche. Mik regardait le vibrateur et sentait sa détermination vaciller petit à petit, tandis qu’un bruit faible et sourd commençait à se faire entendre ; le son grave devint de plus en plus aigu sans pour autant augmenter en puissance, jusqu’à devenir inaudible. Mais déjà, il était remplacé par un gémissement humain.
— Mmmhh ! Professeur, mon bras ! Il me fait mal, souffla Mik en serrant les dents. — C’est normal, dit Anna en regardant son ami avec angoisse. Tu commences à vibrer. La douleur devrait passer rapidement. — Soit, répondit-il en parlant de plus en plus fort, mais c’est juste le braaAAAHH ! Cette fois, Mik hurla de douleur. Dans le boîtier, un « clic » venait de tinter et les billes qui vibraient jusqu’alors à une vitesse relativement basse afin de se synchroniser, accélérèrent subitement leur mouvement à la vitesse indiquée par l’aiguille du vibrateur : 8 %. En un instant, l’avant-bras de Mik et l’appareil devinrent translucides. Mais le jeune homme ne s’en rendit pas compte. Seule la douleur l’importait. Il voulut remettre l’interrupteur sur « OFF », mais, dans un réflexe, il retira sa main, une douleur fulgurante au bout des doigts l’empêchant d’atteindre le vibrateur. Ce dernier oscillait si vite qu’il n’était plus possible de le toucher. Anna entreprit à son tour d’intervenir, mais elle crut que sa main allait éclater lorsqu’elle effleura la machine. Pendant que Mik continuait de crier, son bras disparut complètement tandis que, petit à petit, son corps devenait transparent. Le jeune homme recula, s’étira, essayant en vain d’éloigner son bras de lui pour échapper à la douleur qui l’envahissait progressivement, remontant vers son épaule puis se propageant dans sa poitrine. À force de reculer, il buta contre une pile de livres posés par terre et tomba en arrière… mais lentement ; le vibrateur, désormais invisible, semblait le retenir, empêchant le jeune homme de s’effondrer sur le sol. Anna tenta de l’attraper par le bras désormais inexistant, mais ses doigts ne rencontrèrent que le vide. Bientôt, le cri de Mik s’étouffa tandis que sa gorge disparaissait. Lentement, sa tête puis son buste s’effacèrent à leur tour devant Anna, qui tonnait son nom et pleurait tout en essayant d’aider son ami. Mais chaque fois qu’elle tentait de le toucher, soit elle passait au
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travers de son corps invisible, soit elle retirait précipitamment ses mains en criant de douleur. Dans un ultime assaut, lorsqu’elle se risqua à prendre Mik dans ses bras – ou du moins le peu qu’elle en distinguait encore –, la décharge l’éjecta en arrière, la faisant heurter son fauteuil de bureau. Elle s’effondra sur le sol, groggy. Puis, avec effort, elle essaya de se relever et vit les pieds de Mik vibrer encore un instant avant de disparaître, la laissant seule, en sanglots, agenouillée au milieu de la bibliothèque désormais silencieuse. * * *Pour Mik, la douleur avait progressé comme une lame de fond, envahissant inexorablement chaque partie de son corps. Son bras gauche, sur lequel était fixé le vibrateur, avait presque cessé de lui faire mal au moment où il avait disparu. La douleur s’était alors déplacée lentement à mesure que son corps devenait translucide, jusqu’à ce qu’il fût entièrement invisible. À présent, elle était devenue supportable et lui permettait de se concentrer sur ce qui se passait autour de lui. Ou plutôt, il pouvait se concentrer sur ce qui ne se passait pas. Car Mik ne voyait et n’entendait plus rien. Tout était gris. Plus de formes, plus de couleurs, excepté ce gris. Le monde n’était qu’un brouillard opaque et silencieux. Il lui semblait pourtant avoir les yeux ouverts, il lui semblait également ressentir son corps vibrer – sensation assez étrange – et, surtout, il lui semblait qu’il tombait toujours. Il tombait lentement, très lentement, mais sûrement. Il avait plus exactement le sentiment qu’il s’enfonçait dans le vide. L’univers gris dans lequel il baignait s’opacifiait, se densifiait. De surcroît, il avait du mal à respirer. En fait, il y arrivait à peine. Il commença à paniquer. Il étouffait. Tout d’abord, il voulut stopper le vibrateur, mais sans vraiment savoir pourquoi, il s’abstint. Avec effort, il inspira fortement et longuement ; l’air entrant difficilement dans ses poumons. Après quelques secondes, il sentit qu’il avait bel et bien inspiré. Il contrôla la panique qui avait commencé à l’envahir et, après avoir réinspiré au maximum, il réfléchit. Le jeune homme n’était peut-être pas un physicien, mais il était loin d’être idiot. Rapidement, il pensa : Je vais attendre avant d’arrêter le vibrateur. Anna avait raison de se méfier. Je me suis précipité pour le mettre en fonction, réfléchissons bien aux conséquences avant de l’éteindre. Le fait que je ne vois rien est gênant, mais pas handicapant, passons. J’ai mal partout, mais c’est supportable, passons encore. J’ai du mal à respirer, mais j’y parviens, passons toujours. Ce qui m’inquiète, c’est cette sensation de chute. J’étais sur le plancher de la bibliothèque et voilà que je tombe. En admettant que ce soit dû à cette pile de livres que j’ai heurtée, je
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devrais depuis longtemps être couché par terre. Mais je continue de tomber. Anna m’a dit que je vibrerais. Si c’est le cas, j’imagine que je ne repose plus sur le sol de la même manière. Je suis mouvant ou plutôt, c’est le sol qui est devenu mouvant pour moi, comme du sable et donc, je dois être en train de passer au travers. Si c’est bien ça, je devrais attendre d’avoir fini de traverser le plancher pour désactiver le vibrateur. Mik avait mal partout et respirer était déjà une épreuve en soit. De ce fait, il avait du mal à se concentrer sur sa chute qui paraissait affreusement lente dans ce monde uniformément gris et au silence angoissant. Les secondes s’égrenèrent puis la sensation de chute accéléra. Mik eut l’impression qu’il venait de se décoller d’un énorme chewing-gum qui le retenait au plafond. Sa main droite actionna l’interrupteur. En une seconde, son corps cessa de vibrer, retrouvant sa consistance, et le monde autour de lui reprit ses couleurs et ses formes. Il voyait de nouveau. Il put confirmer qu’il était en position de chute, comme il l’avait pensé. Il était presque couché sur le côté droit et, comme il l’avait imaginé, il avait bien traversé le plancher de la bibliothèque. Il se rendit alors compte qu’il était dans la salle à manger du rez-de-chaussée, à un mètre quatre-vingts du sol. Il n’eut pas le temps de se préparer à la chute que, déjà, il s’affalait sur le parquet dans un bruit sourd. Tout son corps tremblait. Il respira à grandes goulées et, sans chercher à se relever, il appela, d’abord dans un souffle, puis de plus en plus fort. * * *Dans la bibliothèque, Anna fixait le plancher en sanglotant. Elle venait de tuer son meilleur ami. En un flot d’images continu, les souvenirs qu’elle avait de Mik défilaient devant ses
yeux embués de larmes. Leur rencontre à l’école primaire lorsque la mère de Mik était arrivée de sa province, après une séparation difficile. Leurs premières années de camaraderie où leurs jeux innocents avaient créé ces liens solides qui les unissaient encore aujourd’hui. Elle se souvint de la manière dont Mik s’était rapproché d’elle encore davantage, au collège, lorsqu’elle avait perdu ses parents dans l’accident de leur avion privé. Comment, après ce drame, ils avaient construit ce monde bien à eux dans lequel personne ne pénétrerait jamais. Car elle s’était juré d’attendre la fin de ses études pour commencer une vie amoureuse avec le seul garçon qui savait la comprendre et la faire rire. Certes, ses études étaient maintenant
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