Les insectes sociaux

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Description

Les insectes représentent environ 12 000 espèces, soit 2 % de l’entomodiversité, mais 75 % de sa masse... et une biomasse considérable sur Terre. Pourtant, ils font partie des animaux les plus méconnus. Parmi eux, on distingue les insectes dits sociaux, qui constituent, sur l’échelle de la socialité, le groupe de degré le plus élevé.


Abeilles, bourdons, guêpes, frelons, fourmis, termites vivent dans des sociétés à l’organisation complexe, et entretiennent des relations avec un grand nombre d’êtres vivants : micro-organismes, champignons, plantes, autres animaux et bien sûr l’homme. Certaines de ces relations sont caractérisées par des interactions inattendues : fourmis et termites hébergeant des champignons, fourmis élevant d’autres insectes, plantes nourrissant et abritant des fourmis qui les défendent des herbivores...


Ces sociétés nous fascinent par leurs performances collectives, la diversité de leurs modes de communication, la flexibilité de leur répartition des fonctions individuelles. Pour communiquer, tous ces insectes usent de phéromones appropriées aux situations d’exploration, de construction, de défense de la colonie, de recherche de nourriture ou de partenaires sexuels, et combinent souvent plusieurs sens pour transmettre des informations à leurs congénères, comme les abeilles dans leur fameuse « danse » associent des vibrations, des signaux visuels et des sons.


Ainsi les insectes sociaux réalisent-ils des actions remarquables : des fourmis chassent des animaux bien plus gros qu’elles, optimisent la rapidité de leur trajet entre le nid et la ressource alimentaire, termites et fourmis élaborent des nids dont l’ingénierie inspire nos propres architectes. Les capacités de coopération et même les comportements altruistes des membres pour la sauvegarde de la colonie fournissent des modèles d’intelligence collective à nos créations robotiques.Les insectes sociaux ne cessent de nous intriguer...

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EAN13 9782759224289
Langue Français

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Les insectes sociaux

Éric Darrouzet
Bruno Corbara

ISBN 978-2-7592-2429-6

© Éditions Quæ, 2016

Éditions Quæ
RD 10
78026 Versailles Cedex, France

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Pour toutes questions, remarques ou suggestions : quae-numerique@quae.fr

Cet ouvrage rédigé à quatre mains est le fruit d’un labeur ayant nécessité, à l’instar des tâches réalisées par les insectes sociaux, coopération et division du travail. Les contributions respectives des deux « ouvriers » impliqués se distribuent comme suit : « La socialité dans le monde des insectes » (ED), « Organisation sociale et origine des sociétés » (BC), « La communication » (ED), « La coopération » (BC), « De remarquables architectes et ingénieurs » (BC & ED), « Interactions avec les micro-organismes et les plantes » (BC), « Interactions avec les animaux » (BC), « Les insectes sociaux et l’homme » (ED).

Avant-propos

Il existe de nombreux ouvrages sur les abeilles, les papillons, les coléoptères, les fourmis… En revanche, les organisations sociales que l’on rencontre chez les insectes n’ont guère été présentées dans la littérature pour le grand public. Sous la forme d’une synthèse très accessible, ce livre vous propose de partir à la découverte du monde multiforme et étonnant des insectes sociaux.

Le qualificatif « sociaux » n’est pas surfait, car ces insectes vivent dans des sociétés, certes très différentes de la nôtre, où des interactions ayant une finalité cohésive et communautaire s’opèrent entre les membres. Ils ont colonisé des milieux très divers du globe, devant sans doute à cette vie en société leur remarquable succès dans les écosystèmes terrestres. Ainsi, dans certaines forêts d’Amérique tropicale, la biomasse des fourmis et des termites dépasse celle, cumulée, de tous les autres animaux ; sur le même continent, les fourmis champignonnistes consomment plus de feuilles que tous les autres herbivores réunis ; quant aux abeilles mellifères, leur rôle fondamental dans la pollinisation de nombreuses plantes à fleurs n’est plus à démontrer.

Capables de modifier leur environnement, tous ces insectes sociaux communiquent entre eux et prennent soin de leur descendance. Certains ont inventé des formes d’agriculture et d’élevage bien avant l’apparition de l’homme sur Terre.

Parmi leurs espèces, nombreuses sont celles qui partagent des caractéristiques communes, d’autres ont des spécificités inattendues. Comment se construit une fourmilière, un nid de guêpes ou une termitière de structure et de taille si spectaculaires qu’on la dénomme « termitière cathédrale » ? Comment ces insectes vivent-ils ensemble dans leurs sociétés ? On parle de véritable coopération et d’altruisme. Quelles relations entretiennent-ils avec les espèces vivantes, microorganismes, champignons, plantes, autres animaux ? Quelles sont celles que l’homme, au cours de son histoire, a établies avec eux ? Enfin, que peut apporter leur étude à nos propres sociétés ? Ce livre en indique quelques pistes, mais les insectes sociaux sont loin d’avoir révélé toutes leurs énigmes...

La socialité dans le monde des insectes

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Jeunes ouvrières du frelon Vespa crabro, prêtes à sortir de leurs alvéoles.

L’apparition et l’évolution de la socialité au sein du règne animal intriguent depuis bien longtemps les biologistes. En effet, le passage d’une vie solitaire à une vie sociale avec d’autres individus est considéré comme l’une des transitions majeures dans l’histoire de la vie sur Terre, au même titre que l’apparition du code génétique (inscrit au cœur de l’ADN) ou de la reproduction sexuée. Actuellement, les espèces dites sociales ont atteint divers degrés de spécialisation et de complexité. Parmi celles-ci se distinguent tout particulièrement l’espèce humaine, mais aussi les autres grands primates, de petits mammifères comme les rats-taupes, et même des crevettes !

Par ailleurs, il existe un autre grand groupe d’espèces qui vivent en sociétés, quelquefois fort complexes, et dont les individus ne peuvent pas vivre isolément. Ignorées et mal connues pour certaines, ou a contrario très proches de l’homme à l’instar de l’abeille mellifère, ces espèces sont parfois inquiétantes et souvent mal aimées : il s’agit des insectes sociaux.

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Chenilles grégaires de Malacosoma neustria (Lépidoptères) vivant dans un nid de soie tissé.

Ce qu’est la socialité chez une espèce animale

Des degrés de socialité bien différents

Toute espèce vivant en groupe est-elle une espèce sociale ? La réponse est non. En effet, un rassemblement de plusieurs individus de la même espèce n’est pas forcément lié à une vie en société. Par exemple, la présence de nombreuses huîtres ou moules accrochées sur un même rocher est la conséquence non pas d’une vie en société, mais de la recherche par chaque individu d’un environnement adéquat à sa survie et à son développement (présence de ressources nutritives, d’un support pour se fixer et résister aux mouvements des vagues, etc.).

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Adultes et larves de gendarmes, ou pyrrhocores (Pyrrhocoris apterus). Ces insectes grégaires se rassemblent pour se reproduire et s’alimenter.

Au cours de l’évolution, la transition entre une forme de vie solitaire et une forme de vie sociale complexe a nécessité différentes étapes de socialité qui se caractérisent par des comportements sociaux de plus en plus complexes. Des paramètres tels que l’attraction entre individus, l’existence de comportements dits parentaux, la coopération entre adultes pour le soin aux jeunes, la spécialisation des tâches et enfin l’existence d’individus spécialisés dans la reproduction permettent de répartir les espèces vivantes selon leur degré de socialité. Six stades de socialité peuvent être ainsi définis : solitaire, grégaire, subsocial, colonial, communal et eusocial.

  • En bas de l’échelle de la socialité se trouvent les animaux dits solitaires. Chaque individu vit seul sans s’occuper de ses congénères, hormis lors de la recherche d’un partenaire sexuel pour la reproduction chez les adultes. En général, après avoir copulé, les deux partenaires se quittent. Dans certaines occasions, de tels animaux se retrouvent en nombre, sans pour autant interagir les uns avec les autres, par exemple pour chercher de la nourriture ou pour s’abreuver. Seule une ressource environnementale les a attirés.

  • Dans le cas des animaux grégaires, stade suivant sur l’échelle de la socialité, des individus de la même espèce peuvent se rassembler à certains moments de leur vie. Cette concentration est liée à des phénomènes d’attraction réciproque. L’environnement n’intervient pas. Les individus eux-mêmes en sont à l’origine, en produisant des phéromones. Ces molécules sont volatiles, c’est-à-dire qu’une fois produites elles sont transportées à distance par voie aérienne. Elles sont ensuite perçues par d’autres individus de la même espèce qui, en réponse, changent de comportement et se rassemblent. Les blattes qui se regroupent dans un abri en constituent l’exemple type.

  • L’étape supérieure est le stade subsocial. À la différence des animaux précédents, les adultes reproducteurs présentent des comportements parentaux. Ils investissent du temps et de l’énergie pour s’occuper des jeunes en développement. Ces comportements permettent d’accroître la survie de leur descendance, comme chez les oiseaux, qui couvent leurs œufs et s’occupent ensuite des oisillons.

  • Au-dessus du stade subsocial se trouve le stade colonial. Dans ce cadre, les individus se rassemblent sur un site de nidification commun. Les parents s’occupent de leur progéniture en ignorant celle de leurs voisins.

  • Chez certaines espèces, les individus peuvent s’occuper non seulement de leur descendance, mais aussi de celle d’autres congénères. On parle cette fois de stade communal. Une coopération des femelles pour le soin aux jeunes se met en place, sans spécialisation des tâches.

  • Enfin, le stade ultime de la socialité est représenté par les animaux dits eusociaux – les biologistes parlent de « vraie socialité » ou d’« eusocialité ».

L’eusocialité, le stade ultime de la socialité

Les animaux dits eusociaux sont caractérisés par trois critères bien précis. Tout d’abord par la division du travail, avec en particulier l’existence d’un nombre réduit d’individus (parfois un seul !) assurant la reproduction. Le deuxième critère est l’entraide, la coopération entre les individus pour s’occuper des jeunes. Le dernier critère est le chevauchement de plusieurs générations au sein du groupe.

Par simplification de langage et conformément à l’usage, nous appellerons désormais « insectes sociaux » les insectes qui correspondent à ces critères.

Chez ces insectes, au sein de la colonie, il y a entre les individus une coopération qui se caractérise par une répartition des tâches. Une caste de « reproducteurs » assume la reproduction, c’est-à-dire de la production de l’ensemble des individus constituant la colonie, alors qu’une caste dite de non-reproducteurs se charge d’élever la descendance des premiers. Ces non-reproducteurs ont « sacrifié » leur production de descendants pour s’occuper de ceux qui leur sont génétiquement proches (leurs frères et sœurs). On parle même de comportement altruiste.

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Pour se nourrir, cette ouvrière de frelon asiatique (Vespa velutina nigrithorax) stimule une larve qui, en retour, sécrète une gouttelette liquide riche en nutriments, que l’ouvrière va lécher.

L’existence de ce comportement altruiste explique aussi différents degrés de l’eusocialité. On parle d’espèces dites « primitivement eusociales » comparativement à d’autres, présentées comme « hautement eusociales ». En effet, cette perte de la capacité reproductive des individus non reproducteurs n’est pas forcément définitive chez les espèces primitivement eusociales. Car les non-reproducteurs possèdent les organes dévolus à la reproduction, même s’ils ne sont pas fonctionnels. Ils ont conservé toutes leurs potentialités de se reproduire, mais elles sont mises en sommeil. Si les reproducteurs étaient amenés à disparaître, des individus non reproducteurs pourraient se mettre à se reproduire et, dans certaines conditions, assurer la survie de la colonie. Par contre, dans le cas des animaux hautement eusociaux, les non-reproducteurs présentant une atrophie partielle ou totale de leurs organes reproducteurs ne pourront pas assurer la reproduction en cas de problème.

La caste des non-reproducteurs est majoritairement constituée d’ouvriers et/ou d’ouvrières. Ces individus assument des travaux généraux comme la recherche de nourriture, les soins prodigués aux jeunes, la collecte de divers matériaux pour élaborer le nid, etc. Chez certaines espèces d’abeilles et de guêpes, les ouvrières se chargent également de la défense de la colonie si le besoin s’en fait sentir, alors que parmi d’autres espèces, comme les termites, les ouvriers peuvent muer et se spécialiser en soldats en acquérant des modifications morphologiques adaptées à la défense de la colonie (mandibules de grande taille, etc.).

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Avec ses grandes mandibules, le soldat termite (Reticulitermes grassei) assume la protection de sa colonie.

Enfin, le troisième paramètre de l’eusocialité est la coexistence de plusieurs générations à un instant donné au sein de la colonie. Les descendants vont aider leurs parents pendant au moins une partie de leur vie.

Qui sont les insectes sociaux ?

Il faut noter que seules quelques milliers d’espèces d’insectes sont sociales parmi les centaines de milliers d’espèces décrites à ce jour. Cette eusocialité ne concerne que certains Dictyoptères (les termites) et Hyménoptères (les abeilles, les fourmis, les guêpes). En effet, dans un même ordre de la classification animale, toutes les espèces ne sont pas forcément sociales. Par exemple, chez les Hyménoptères, toutes les fourmis vivent en sociétés plus ou moins complexes, alors qu’il existe des guêpes et des abeilles dites solitaires. Ces dernières vivent seules et n’établissent pas de sociétés composées de nombreux individus. Toutefois, à la différence des Hyménoptères, tous les termites sont des insectes sociaux.

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