Gouvernance, territoires et pôles de compétitivité

Gouvernance, territoires et pôles de compétitivité

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Cet ouvrage est un ensemble de textes portant sur la gouvernance, les pôles de compétitivité et le développement. Les auteurs analysent les raisons pour lesquelles le recours aux pôles de compétitivité est devenu aujourd'hui incontournable. Et de montrer que les pôles de compétitivité pourraient, si certaines conditions sont respectées, contribuer à une gestion optimale des déterminants stratégiques de la compétitivité des entreprises.

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Ajouté le 01 janvier 2010
Nombre de lectures 538
EAN13 9782296245655
Langue Français
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Gouvernance, territoires et pôles de compétitivité

Sous la direction de

Mohamed Bousseta et Mohammed Ezznati

Gouvernance, territoires et pôles de compétitivité

© L’Harmattan, 2009 5-7, rue de l’Ecole polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-10793-9 EAN : 9782296107939

SOMMAIRE
INTRODUCTION Mohamed BOUSSETA, et Mohammed EZZNATI ............. 7 MONDIALISATION, GOUVERNANCE ET TERRITOIRES COMPETITIFS Hassan ZAOUAL ................................................................19 L’IMPARTITION DANS LES NOUVEAUX RESEAUX COLLABORATIFS : LE CAS DE L’ENSEIGNEMENT PAR LA RECHERCHE GEODE Michel PLAISENT et Pascal PECQUET ...........................47 CORRUPTION, GOUVERNANCE ET DEVELOPPEMENT Yahya YAHYAOUI et Mohammed EZZNATI..................... 5 6 DETERMINANTS ET CONDITIONS D'AMELIORATION DE LA COMPETITIVITE DES TERRITOIRES : LE CAS DU POLE DE COMPETITIVITE AUVERGNAT « CEREALES VALLEE » Abdallah ALAOUI et Grégoire -Yves BERTHE ................93 COMPETITIVITE ET COMPETENCE DES ENTREPRISES ET DE L’ECONOMIE MAROCAINES : INDICATEURS DE MESURE Saïd OUHADI ....................................................................115
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LE CLUSTER: ECOSYSTEME D'INNOVATION ET INCUBATEUR D'ORGANISATIONS COMPETITIVES, CAS DE LA REGION DE FES BOULEMANE Oumhani EDDELANI.......................................................133 LA POLITIQUE DES RESEAUX D’ENTREPRISES EN FRANCE Jean-Marie ROUILLIER ..................................................169 CLUSTERS ET ORGANISATIONS VIRTUELLES. Taoufik YAHYAOUI..........................................................175 TABLE DES MATIERES..................................................222

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INTRODUCTION
Pr. Mohamed BOUSSETA, Doyen de la faculté des sciences juridiques économiques et sociales Kenitra Pr. Mohammed EZZNATI, Président du comité du programme du colloque Le thème de « la gouvernance des territoires et des pôles de compétitivité » a été interrogé durant ces deux jours dans un contexte de mondialisation / globalisation, mais aussi de régionalisme, de polarisation et d'effritement. Trois constats ont été rappelés: Le premier c'est qu'aucune discipline ne peut plus être a-territoriale ou a-spatiale. Le second stipule que ce qui a fait la réussite de certains pays, c’est « l’ouverture de la géographie locale sur la logique planétaire de l’économie sans frontières »; d'où "l'économie du zèbre" (kenichi Ohmae). Le troisième réaffirme que la grande entreprise n'est plus la seule à guider l’acte de produire. L'entreprise « glocale-flexible » intervient comme principal acteur de la production et du commerce sans frontières. De ces trois constats ont été réitérés les fameux principes du "Small is beautifull", du "penser global agir local" et du passage de l'espace- lieu à l'espace- territoire, à travers les concepts majeurs suivants : - La compétitivité des territoires : Le territoire est une approche de la région et de l'espace qui fut développée après 1980, largement en rupture avec les approches précédentes. C'est un espace- lieu doté de ressources 7

(matières premières, actifs productifs, compétences, relations). Mais c'est surtout un espace vécu dans le temps, doté d'une cohésion sociétale. Il n'y a pas de territoire sans acteurs (économiques, sociaux, institutionnels) qui se le représentent et le construisent. Il s'agit d'unités territoriales de taille réduite, à visage humain. Souvent c'est un bassin d'emplois, caractérisé par la combinaison d'emplois et de compétences. Le territoire est donc beaucoup plus qu'un fragment d'espace neutre et passif, qui contient des ressources. On peut dire que le territoire en tant que tel est un acteur. Sur un territoire se réalise une proximité entre les acteurs : Proximité géographique (distance et voies de communication), proximité économique (relations), proximité institutionnelle (normes, références, comportements). Le territoire est porteur d'externalités spatiales spécifiques, non transférables, qui lui confèrent une compétitivité particulière. La compétitivité des territoires est un concept central des politiques régionales, qui visent à promouvoir ou équilibrer la compétitivité du territoire national. C'est pourtant une notion encore mal définie. On l'emploie souvent dans le sens relatif de comparaison ou d'augmentation de la compétitivité, mais c'est aussi une propriété dont on analyse les causes et les manifestations. Entre entreprises, la compétitivité est en général un jeu à somme nulle, reposant sur le partage d'un marché. Au niveau des nations et des régions c'est différent, c'est "la capacité de produire des biens et des services qui passent le test des marchés internationaux, tout en maintenant des niveaux de revenus élevés et durables" (OCDE). La compétitivité articule le local et le global : elle repose sur des ressources endogènes propres au territoire, mais elle est validée sur tous les marchés, y compris globaux. Le territoire n'est donc aucunement introverti, exclusivement orienté sur lui-même dans des activités protégées (no tradable goods).

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La compétitivité se distingue de l'attractivité des territoires car celle-ci peut être volatile et réversible, si elle repose sur de bas salaires ou des aides publiques. Mais il est intéressant de noter que l'étude des facteurs d'attractivité de certains territoires met en avant, à côté de facteurs pécuniaires incitatifs, des facteurs économiques classiques (taille du marché, accessibilité, qualifications, R&D et innovations) et d'autres facteurs : culture d'entreprises et locale, climat social, qualité de vie, qualité des administrations. Dans une ville zone franche exploitant une maind'oeuvre locale sous-payée et précaire, où le luxe côtoie la misère, il n'y a pas de compétitivité du territoire. Celle-ci se justifie moins par l'évolution du revenu par individu que par sa réussite à allouer l'activité économique et les revenus de manière plus équitable. Deux paradigmes productifs sont à l'origine de la compétitivité du territoire : les cités-régions et l'organisation productive localisée. - Le diagnostic : Il doit servir à identifier l'avantage compétitif potentiel d'une zone. Les actifs sont des facteurs productifs en activité, alors que les ressources sont des facteurs à révéler et à organiser ; on peut dire que les ressources sont latentes, et que les actifs sont des ressources en service. Il faut distinguer les ressources et les actifs génériques et spécifiques. Ils sont génériques quand leur valeur marchande actuelle ou potentielle n'est pas dépendante de leur usage dans un processus de production particulier. Conformément à l'approche de Williamson, un actif est spécifique quand sa valeur dans un usage dans un emploi alternatif est inférieure à sa valeur actuelle, c'est-à-dire que la valeur de l'actif est inséparable de son usage dans un lieu précis. Son déplacement d'un usage à un autre induirait des coûts non récupérables. La différence entre l'actif générique et spécifique est quantitative : c'est le degré de transférabilité (son coût) qui détermine la spécificité de l'actif. Les ressources spécifiques sont seulement virtuelles, mais elles sont essentielles pour la différenciation des territoires. Elles n'existent pas en soi, elles doivent être liées à un projet pour lequel des acteurs vont se réunir en les intériorisant. Elles sont proches de l'atmosphère décrite par Marshall. S'ils sont parfois non transférables, les actifs spécifiques peuvent être reproduits ailleurs. 9

Les ressources spécifiques au contraire ne sont ni transférables ni reproductibles, et sont la base d'une stratégie de développement. Le passage des ressources génériques aux ressources spécifiques est lié à la naissance de l'idée du type de développement qui est prévu, par exemple la promotion du tourisme "intelligent". Une stratégie de développement basée sur des ressources spécifiques va s'appuyer sur des activités à forte valeur ajoutée destinées aux marchés mondiaux et procurera un avantage compétitif à long terme. Le développement de ces avantages compétitifs passe par une différenciation sur le long terme du territoire, qui ne peut reposer que sur des ressources spécifiques fondant des actifs spécifiques. Ces ressources spécifiques apparaissent quand les acteurs combinent leurs stratégies pour résoudre un problème nouveau. Elles sont enracinées dans le territoire et les relations informelles et proviennent d'une longue histoire et d'un apprentissage collectif. Plusieurs stratégies de développement peuvent être élaborées à partir de ce schéma : passage de ressources génériques à des actifs génériques (tourisme balnéaire de masse), passage d'actifs génériques à des actifs spécifiques. -La convergence entre régions : Dérivée de l'économie internationale néoclassique, la théorie de la convergence entre régions montre que la croissance d'un pays s'accompagne d'une convergence du niveau de richesse de ses régions. Les théories dérivées de la diffusion technologique et du commerce arrivent au même résultat, difficile à observer en réalité et conditionné à des hypothèses controversées. La théorie de la convergence régionale est issue des travaux des classiques et des néoclassiques sur la convergence entre nations. Dans l'approche classique, les suiveurs sont avantagés car ils peuvent bénéficier des acquis et des innovations du leader dans la mesure où ils peuvent imiter sa technique. Les principaux arguments néoclassiques reposent sur l'hypothèse de rendements marginaux du capital décroissant. Ceci implique que les pays ayant un capital initial faible croîtront plus rapidement que ceux disposant d’un capital initial déjà important. 10

L’ouverture devant être synonyme de rattrapage, les flux de capitaux cherchant les opportunités de profit les plus grandes se dirigeront vers les pays les plus pauvres. Barro et Sala-I-Martin appliqueront aux régions ces conclusions très controversées. Sur le plan infranational, les facteurs de production seront mobiles. Ce sont les biens qui deviennent relativement immobiles puisque leur transport a un coût. La prédiction centrale de cette approche est qu’en présence d’une mobilité du capital et du travail, de coûts de transport relativement bas et décroissants et d’un accès au marché toujours amélioré, les différences importantes dans les revenus par tête doivent disparaître. En principe, la convergence prédite par le modèle néoclassique devrait être instantanée du fait d’une forte mobilité du capital : les écarts de rendements des fonds investis liés à des stocks de capital inégaux (plus le stock est important, moins son rendement est élevé) se traduiront par d’importants flux d’investissements productifs accélérant la convergence. Mais l’existence de facteurs de production immobiles comme le capital humain ou les infrastructures publiques peuvent ralentir le processus de convergence. La convergence provient du fait que l’imitation est moins coûteuse que l’innovation. Aussi les pays les moins avancés ont tendance à rattraper ceux dans lesquels le processus de découverte est dynamique. Pour autant, il n’est pas sûr que la contagion soit suffisante pour provoquer la convergence si les capacités technologiques nationales sont faibles ou si les structures institutionnelles s’avèrent défaillantes. De plus (dans un modèle de rendements d'échelle constants) la diffusion des technologies et des savoirs va conduire à égaliser le revenu par tête puisque le travail se déplacera vers les zones à hauts revenus et le capital vers les zones à bas revenus. L'approche en terme de commerce explique pareillement que la spécialisation régionale et les échanges vont conduire à l'égalisation du prix des facteurs, indépendamment de leur mobilité. -Les districts industriels marshallien : Le district industriel marshallien explique la performance des entreprises par leur regroupement produisant des économies 11

d'organisation et d'agglomération dans un lieu porteur d'une atmosphère propice à l'apprentissage collectif. Ce modèle sera retrouvé sous une forme diffuse en Italie puis dans le monde entier, où les externalités territoriales apportées par la société locale assurent une compétitivité exceptionnelle aux territoires. En 1890, quand l'anglais Alfred Marshall écrit "Les principes de l'économie", l'idée dominante est que l'efficacité de la production vient de la division du travail et de la croissance au sein de la firme. L'auteur défend alors l'idée que cette efficacité peut être acquise grâce à l'intégration au sein d'une aire géographique donnée, le district industriel, compris comme le regroupement d'entreprises interdépendantes avec un marché de travail spécialisé. La proximité immédiate des entreprises leur permet de s'apporter mutuellement des avantages : travail qualifié, informations sur les nouveaux marchés, apprentissages de nouvelles technologies. Ce sont les effets externes pécuniaires, abaissant les coûts de production, qui sont à l'origine des rendements croissants. Ceux-ci proviennent non seulement des économies d'échelle, mais aussi des économies d'organisation et d'agglomération. L'atmosphère industrielle propre au district à une importante particularité : La proximité géographique facilite les relations de confiance et la réduction des coûts de transaction, conduit à disposer en commun de qualifications et de compétences et permet un échange permanent d'idées et d'expériences. -Les milieux innovateurs : Ils analysent l'entreprise innovatrice comme le produit d'un environnement spécifique et territorialisé capable d'intégrer dans des dynamiques internes des changements venus de l'extérieur. Dans les années 1980, au moment de la révolution électronique, apparaît un renversement des hiérarchies spatiales : pourquoi certains territoires développés entrent- ils en déclin, alors que d'autres, réputés périphériques, connaissent- ils soudain un essor ? Etudiant les débuts de cette révolution aux USA, Philippe Aydalot (Milieux innovateurs en Europe, 1986) remarque que tous les progrès précurseurs de cette technologie apparaissent sur la Côte Est des Etats-Unis, et à l’initiative de grandes entreprises, I.B.M., R.C.A., Burroughs, ATT. Mais les grandes entreprises sont encombrées par leurs propres découvertes et elles vont stériliser le 12

milieu scientifique qu’elles ont créé. Si bien que ce sont les chercheurs qui vont quitter ces entreprises et la région elle-même, pour trouver à plus de 5.000 km de là le milieu propice. Une autre métropole (San Francisco), une autre université (Stanford), un environnement ouvert et un marché du travail non constitué (la zone de Palo Alto-San José) vont permettre le développement de synergies qui étaient paralysées sur la Côte Est. C'est ainsi que naît Silicon Valley en Californie. L'idée des milieux innovateurs vient de la conclusion que l’entreprise innovante ne préexiste pas aux milieux locaux, mais qu’elle est sécrétée par eux. L’hypothèse a donc été faite du rôle déterminant joué par les milieux locaux comme incubateurs de l’innovation, comme prisme à travers lequel passeront les incitations à l’innovation et qui lui donnent sur le terrain son visage. Le passé des territoires, leur organisation, leurs comportements collectifs et le consensus qui les structure sont des composantes majeures de l'innovation. On peut définir le milieu innovateur comme un ensemble territorialisé dans lequel des interactions entre agents économiques se développent par l'apprentissage qu'ils font de transactions génératrices d'externalités spécifiques à l'innovation et par la convergence des apprentissages vers des formes de plus en plus performantes de gestion en commun des ressources. Le milieu innovateur comprend un ensemble spatial, un collectif d'acteurs (entreprises, institutions de recherche et de formation, pouvoirs publics locaux), des éléments matériels (entreprises et infrastructures), immatériels (savoir-faire) et institutionnels (diverses formes de pouvoirs publics locaux ou d'organisations ayant des compétences décisionnelles), une logique d'interaction, une logique d'apprentissage, c'est-à-dire une capacité des acteurs, constituée au cours du temps, à modifier leur comportement en fonction des transformations de leur environnement. Ces coopérations s'effectuent généralement sous la forme de réseaux. L'innovation est un processus d'intégration d'éléments qui favorisent la transformation du système productif territorial. Le milieu innovateur se caractérise par la fusion de dynamiques internes et de changements survenus à l'extérieur. 13

Par rapport au district industriel, cette approche précise comment un territoire est susceptible ou non de construire des ressources qui lui soient spécifiques. La perspective est donc plus dynamique que celle des districts industriels, qui a du mal à expliquer les phénomènes de déclin. -Le système productif local: On peut considérer le SPL comme une forme générique, dont le district industriel et le milieu innovateur sont des formes spécifiques. Il repose sur un jeu d'acteurs réalisant la combinaison de concurrence et de coopération entre des PME installées avec une certaine densité sur un territoire. Ce mélange de marché, d'organisation et de relations informelles permet au SPL d'assurer une forte compétitivité au territoire, compétitivité qui doit sans cesse être reconquise. Le SPL peut se définir comme une configuration de petites et moyennes entreprises regroupées dans un espace de proximité autour d’un métier ou d’une spécialité. Les entreprises entretiennent des relations entre elles et avec le milieu socioculturel d’insertion (familial ou académique par exemple). Ces relations ne sont pas seulement marchandes, elles sont aussi informelles, et produisent des externalités. Le métier ou la spécialité de référence n’exclut donc pas la possibilité d’existence de plusieurs branches d’activité. Développés de manière spontanée, à l’écart des grands schémas d’aménagement du territoire, ils sont très différents des grandes régions industrielles (sidérurgie) ou des pôles industriels récents (technopôles), dont le développement est en principe lié aux ressources naturelles ou à des décisions purement politiques. Le SPL peut être considéré comme une généralisation des formes observées avec le district industriel et le milieu innovateur. Au-delà de cette définition très générale, quelques éléments essentiels permettent de mieux caractériser les SPL. Selon Claude Courlet, les systèmes de PME fortement ancrées dans un territoire font appel au jeu combiné de deux mécanismes de fonctionnement: le marché et la réciprocité. Le marché est le mécanisme nécessaire de régulation de la demande et de l’offre de biens. La réciprocité consiste en un échange de services gratuits. La réciprocité renvoie à la fidélité, à la gratuité et à l’identité. En particulier, le dirigeant 14

d’entreprise, qui s’insère dans un système de réciprocité, doit pouvoir compter sur le maintien dans le temps de son identité visà-vis d’un ensemble plus complexe : le métier, la famille, la communauté, le groupe social. -Le district technologique et les technopôles: La technopole, terme générique, recouvre trois réalités bien distinctes : le district technologique, le parc technologique et le technopôle. Un district technologique est un district industriel à forte intensité en R&D marqué par des relations intenses entre une grande entreprise mère et des PME issues souvent par essaimage. On trouve aussi des formes horizontales de regroupements de PME à haute technologie, qui seront de simples parcs technologiques ou de véritables technopôles selon le degré des synergies et d'effet de district. Certaines organisations productives localisées sont identifiées par leur haut contenu technologique. Cristiano Antonelli insiste sur l'importance des relations de partenariat entre les PME et les grandes firmes au sein de ce qu'il qualifie non plus de district industriel, mais de "district technologique". Cette forme naît souvent de grandes entreprises en restructuration, héritant d'importantes capacités de R&D. La relation avec la grande unité mère ou le bureau d'étude, atténue les coûts d'émergence des petites structures (échange de matériels, partage de locaux), même si les conditions de l'essaimage (spin-off) ne sont pas idéales (l'offre et les débouchés sont limités tout comme le capital). L'importance de la réciprocité, comme forme de relation humaine au sein de la communauté, régule l'apparition du marché, règle les rapports sociaux et permet une diffusion des savoir-faire. L'existence préalable d'atouts n'apparaît plus comme une condition nécessaire de la création de parcs technologiques et de technopôles. Ces concentrations d'entreprises high-tech sont le plus souvent crées ex-nihilo par les pouvoirs publics en association avec quelques partenaires privés qui parrainent l'opération. La proximité d'universités et d'établissements de recherche fournissant les cerveaux semble cependant un prérequis (Cambridge, Stanford, Grenoble, Toulouse, Dresde), complété bien souvent par un environnement naturel et un cadre de vie agréable favorisant 15

l'attraction des chercheurs, très sensibles aux aspects qualitatifs de leur emploi. Parfois la concentration d'entreprises high- tech ne suffit pas à créer les effets de synergie attendus et produit un simple parc technologique. C'est le cas par exemple de la ZIRST de Meylan non loin de Grenoble, où l'on avait pourtant créé des infrastructures dédiées à faciliter les rencontres entre chercheurs (cantine commune, passerelle cyclable sur l'Isère). Dans d'autres cas, la densité des échanges en ressources immatérielles entre entreprises permet l'émergence d'un véritable technopôle. Le territoire devient technopôle non plus en raison d'une ressource préexistante, activité ou marché, mais parce qu'il catalyse ces externalités de connaissance. De nouvelles trajectoires technologiques naissent dans ces milieux devenus innovateurs, qui enrichissent alors leur environnement. Il semble qu'après être demeurée 20 ans un parc technologique, Sophia-Antipolis soit en passe de réussir sa transformation en technopôle, où la dynamique endogène et les synergies locales ont pris le dessus. Cela est le fruit d'une politique volontariste des pouvoirs publics, notamment en implantant sur le site des capacités de recherche. Mais c'est aussi peut-être le résultat de l'évolution du temps. - Les clusters industriels ou niches de compétitivité: Reposant sur les notions de compétitivité et de chaînes de la valeur de Porter, le cluster est un système d'entreprises ancré dans une région dont l'interactivité concourt à assurer la compétitivité mondiale à long terme à une production nationale. Plus lâche mais plus étendu que le SPL, il relie un territoire aux chaînes de la valeur globale. Michael Porter a initié à Harvard une approche systémique de la compétitivité des entreprises, qui repose sur les chaînes de la valeur (il faut comprendre le mot "valeur" comme "investissement" ou "actif"). Porter considère l'organisation de la production manufacturière ou de services comme un système, composé des sous-systèmes que sont les intrants (inputs), le processus de transformation et les produits (outputs). La manière dont les chaînes de la valeur sont constituées et gérées détermine les coûts et affecte les profits. La plupart des organisations se composent de centaines ou même de milliers d'activités consistant 16

à convertir des inputs en des outputs. La chaîne de valeur permet de mettre en évidence les activités-clés de la firme, c’est-à-dire celles qui ont un impact réel en terme de coût ou de différenciation par rapport aux concurrents. Lorsque la chaîne est trop grande, réunir la totalité des activités dans une seule société demande des investissements importants et ne procure pas toujours d'effets d'échelle. L'addition de sociétés spécialisées (sur le principe "une par fonction") donne l'avantage de fractionner les besoins en capitaux dans des unités rentabilisant un seul métier, tantôt avec le reste de la chaîne, tantôt en solo ou dans une autre chaîne. La première raison de créer des clusters est donc de pouvoir offrir une chaîne de valeurs suffisamment longue pour servir le marché de manière compétitive. La compétitivité est définie par le fameux diamant de Porter qui résulte de l'interaction entre les firmes produisant les biens et services caractéristiques du cluster, les collatérales produisant d'autres biens mais pour les mêmes clients que les firmes, les facteurs structurels de l'environnement (institutions, infrastructures, universités) et la demande dont la spécificité permet la spécialisation et la croissance externe. Qu'est-ce qu'un cluster industriel ? Ce concept très à la mode est souvent utilisé mal à propos pour dire SPL, technoparc ou simplement secteur industriel. Le mot anglais "cluster" (traduit parfois par "niche" ou "grappe") vient de l'ancien français "closture" (clôture). L'appartenance à un cluster est d'abord un fait de localisation. La Harvard Business School définit le cluster comme "une concentration géographique de groupes d'entreprises interconnectées, d'universités et d'institutions associées, qui résulte des couplages (linkages) ou des externalités entre industries". Ce sont des secteurs compétitifs du point de vue mondial à moyen et long terme. On peut constater actuellement une tendance à la mise en réseaux inter-clusters. Ce type de rapprochement entre clusters est réalisé à des fins de complémentarité, de visibilité internationale, notamment aux Etats Unis où de nombreux clusters en phase de déclin ou de réorientation recherchent un domaine de spécialisation et des partenariats avec d’autres clusters pour rester compétitifs. 17

D'un point de vue théorique, le cluster combine les propriétés locales des réseaux réguliers et les propriétés globales des réseaux aléatoires La description des "small worlds" part de l'idée qu'une dose conséquente d'interconnexions locales génère une forte connectivité du réseau, tandis que l'existence d'une proportion plus réduite d'interconnexions globales assure une efficacité d'accès en tous points du réseau. Relevant de la même logique, on a ici une forme plus lâche que le SPL et sans doute ancrée moins profondément dans le socle sociétal. Un de ses apports essentiels est qu'elle offre des outils pour articuler la compétitivité d'un territoire aux chaînes de la valeur de l'économie globalisée. Après avoir passé en revue toute cette littérature, il faut dire que les pôles de compétitivité peuvent marquer la naissance d’un nouvel outil de politique économique visant à promouvoir et à développer des facteurs-clés du tissu économique marocain. L’objectif est de renforcer son potentiel et de créer les conditions propices à l’émergence de nouvelles activités dotées d’une visibilité nationale et internationale, en mesure de renforcer la compétitivité de ses entreprises. Le Maroc s’est engagé résolument dans une politique active d’aménagement des territoires et de constructions d’infrastructures pour en favoriser la compétitivité, et afin de contribuer par une croissance durable basée sur l’innovation et le savoir, à la création de richesses et d’emplois. Le colloque de Kenitra qui a réuni des universitaires et des praticiens dans le domaine, était une occasion d’échanges d’expériences sur le rôle et les formes avancées d’organisation des acteurs de développement au niveau régional et national. Il a abordé aussi les fondements de ces outils, les bonnes pratiques internationales ainsi que les réalisations actuelles et en cours dans les pays du Maghreb et en France. Les temps forts de cette manifestation s’articulent autour des points suivants : le management et le pilotage des pôles de compétitivité et les clusters et la compétitivité des territoires.

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MONDIALISATION, GOUVERNANCE ET TERRITOIRES COMPETITIFS1.
Hassan ZAOUAL, Professeur des Universités (économie / aménagement), Directeur du GREL/R2I, Université du Littoral Côte d’Opale, Directeur de la collection Economie plurielle, L’Harmattan. « La signification de l'économie ne repose pas sur la loi naturelle, mais sur un symbolisme particulier. »2

Résumé : Cette contribution est le texte d’une conférence d’ouverture d’un colloque international portant sur le thème : « Gouvernance, territoires et pôles de compétitivité » organisé par l’Université Ibn Tofaïl de Kénitra (Maroc) et l’Association Francophone de Management Electronique, AFME, (2-3 novembre 2007). Elle reprend les principaux concepts convoqués à la table de démonstration par cette rencontre internationale : développement, mondialisation, gouvernance et compétitivité des territoires. La démarche choisie est celle de l’erreur féconde. Ainsi, dans un premier moment, l’auteur tire un ensemble d’enseignements des expériences de développement. Cette déconstruction/reconstruction s’opère à l’aide d’une démarche ouverte sur la diversité des
1 Conférence d’ouverture du colloque international : « Gouvernance, territoires et pôles de compétitivité » organisé par l’Université Ibn Tofaïl de Kénitra (Maroc) et l’Association Francophone de Management Electronique, AFME, (2-3 novembre 2007). Je tiens à remercier les organisateurs de cet événement, particulièrement Monsieur Le Doyen de la Faculté de sciences juridiques, économiques et sociales de Kénitra ainsi que le Professeur Ezznati qui n’ont pas ménagé leurs efforts dans sa réalisation. 2 John W. MURPHY, De l'implosion technique de la réalité et des moyens d'y échapper, Diogène n° 162 Avril-Juin 1993 p. 31.

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pratiques locales. Ce qui lui permet de décrypter les échecs des modèles imposés par le haut et les performances des pratiques informelles dont le caractère enchâssé est incontestable. De ce paradoxe formel/informel, il en déduit un second : plus ça se globalise, plus ça se localise. Dans ce second paradoxe, il met en relief, dans une seconde étape de son exposé, la pertinence de l’échelle de la territorialité dans la réduction de la zone d’incertitude à laquelle se heurtent les acteurs. Il en décode les mécanismes et la subtitlité en mobilisant la théorie du site, une approche à la fois interdisciplinaire et interculturelle. Enfin dans une troisième étape, il tente de décrire les caractéristiques d’un « territoire intelligent ».

Mots-clefs : développement, globalisation gouvernance, territoire, proximité, sentiments d’appartenance, innovation, savoir etc. 20

Introduction
Mes propos sur le thème de cette rencontre consistent tout simplement à baliser le terrain et à donner quelques repères à son sujet. On me demande d’associer trois concepts phares dans la littérature de la recherche contemporaine : Mondialisation, Gouvernance et territoires compétitifs. Comment alors les conjuguer et les inscrire dans ce qui nous préoccupe ici dans cette conférence ? Ainsi, cette prestation orale sera structurée en trois points qui me semblent être au cœur des interrogations de ce colloque international: Dans la première phase de la démonstration proposée, j’essayerai de montrer que la mondialisation ne doit pas nous faire oublier les échecs du développement. En effet, ces échecs doivent être appréhendés comme des « erreurs fécondes » à partir desquelles nous devrions tirer des enseignements en matière de mondialisation afin de ne pas reproduire les mêmes erreurs. Aucun paradigme nouveau ne peut émerger sans une relecture critique des paradigmes du passé. C’est avec cette « pédagogie de l’erreur féconde » que l’on pourrait mieux décrypter l’irruption des territoires et la nécessité de les accompagner au plus près des acteurs avec de nouvelles formes de gouvernance adaptées à la grande diversité des terrains. C’est de cette manière que l’on justifiera scientifiquement le second point de cette conférence d’ouverture portant sur la pertinence de l’échelle locale. Cependant, dans ce même ordre d’idées mettant en évidence la complexité et la diversité des « situations de changement », nous mettrons en relief, dans la troisième étape de notre démonstration, la subtilité de la territorialité. Celle-ci ne se laisse, aucunement, saisir comme une simple question d’échelle spatiale. L’espace est toujours habité. La territorialité engage les multiples dimensions des milieux concernés, rendant ainsi toute transition incertaine et indéterminée. Et, c’est là que surgit toute l’importance des « croyances partagées » par les acteurs concernés. Cette réhabilitation de l’identité, pour plus d’efficacité, sonne le glas des conceptions précipitées et exclusivement matérialistes. Ce lien identité/efficacité introduit la prise en compte des dimensions cachées des phénomènes d’économie et de société. C’est ainsi que 21

le problème du sens envahit le domaine rationnel des sciences sociales cloisonnées et demande une recomposition généralisée des savoirs. L’approche transversale en gestation indique la nécessité de mobiliser pour chaque territoire, sa mémoire et ses propres savoirs. Ce n’est qu’à ce prix qu’il est susceptible de devenir un « territoire intelligent » remettant en marche, dans l’ouverture, sa capacité à façonner son propre monde en toute autonomie et créativité. I) Pour une pédagogie de l’erreur féconde 1. Le développement du Sud : un laboratoire pour un nouveau savoir Le savoir en général progresse par accumulation et par relecture critique des paradigmes du passé. C’est avec ce protocole que la globalisation devrait être décryptée à la fois dans sa portée et ses limites. En effet, depuis le début de la décennie 80, le concept de la mondialisation au sens francophone du terme a progressivement et subtilement remplacé celui du développement dans la littérature économique. Or, à y regarder de près, la mondialisation s’apparente à une « sœur jumelle » du développement dans la mesure où elle partage fondamentalement les mêmes valeurs et postulats que le développement. Certes, pendant trois décennies, celui-ci servait de repère national dans les politiques de changement menées par les pays dits en voie de développement. Ce développement fut le théâtre de controverses scientifiques et de divers modèles dans la plupart ont échoué à faire évoluer ces contrées vers un développement réellement indépendant. Aujourd’hui, abstraction des économies dynamiques d’Asie3, on peut considérer raisonnablement que le développement
3 Dans cette recomposition des rapports économique mondiaux, la Chine semble bien placée dans la hiérarchie internationale. Ainsi, selon certaines études prospectives, dans une dizaine d’années, la Chine, de son statut d’ « Atelier du monde », pourrait transiter vers celui de « Laboratoire du monde ». Autrement dit, le monopole de l’innovation et de la créativité dans les critères du capitalisme n’appartiendrait plus ni aux USA ni à l’Europe. Sa présence dans le domaine des technologies militaires lui ouvrirait la voie à une forte capacité à transformer les découvertes militaires en retombées économiques. Cette hypothèse est

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