NORBERT WIENER LE GOLEM ET LA CYBERNETIQUE

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En créant la cybernétique, Norbert Wiener (1894-1964) ne met pas simplement à jour une nouvelle dimension du réel, l'information, commune aux machines et aux êtres vivants : il place sa découverte sous le signe du Golem, personnage légendaire de la tradition juive, et établit ainsi un "fantastique technologique" où se livre l'essence déstabilisante de notre réalité.

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Date de parution 24 juin 2011
Nombre de visites sur la page 70
EAN13 9782296348165
Langue Français

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Bibliothèquedephilosophiecontemporaine
Collectiondirigéepar Pierre-Antoine Chardel

Éditions du Sandre

57, rueduDocteurBlanche

75016Paris

Michel Faucheux

NORBERTWIENER,
LEGOLEMETLA CYBERNÉTIQUE

ÉLÉMENTSDE FANTASTIQUETECHNOLOGIQUE

Éditions du Sandre

«Si, (comoelgriegoairmaenelCratilo)el nombre es
arquetipodela cosa,en lasletras derosaestálarosa y todo
elNiloen lapalabra Nilo.»

JorgeLuisBorges,«LeGolem »,1958

«Lamachine estl’étrangère; c’estl’étrangère
en laquelle estenfermédel’humain méconnu,
matérialisé,asservi,maisrestantpourtant de
l’humain.»

Gilbert Simondon,Dumoded’existencedesobjets techniques

INTRODUCTION:LESTECHNOLOGIQUES

Les techniques neproduisentpas simplementles instruments
qui transformentnotre vie,modiientleréel,réorganisentla
société,lemouvement decelle-cis’emballant depuislarévolution
industrielle. Ellespourvoientaussidumythe, durécit, du savoir,
quiont une fonctionde médiation.Mais celle-ci n’estpas vecteur
d’acceptationsociale:l’imaginaire n’estpaslàpourintégrer
unetechnique àunesociété. Ilaun rôle detransformation
symbolique : ildonnesensàlatechnique etfaitd’elleun opérateur
symbolique delapensée.
Cette fonctiondelatechnique estl’invisible même, car, dans
latradition occidentale,latechnique, commel’amontréBernard
Stiegler,aétérejetée horsdupérimètredelascienceparunsavoir
grecquiprivilégielacontemplationdesessences. Elle estdevenue
instrumentale,applicationd’unsavoir oud’unesciencepréalables,
ayantpourvocationdetransformer lemonde, cequi faitd’elleun
impensé.Tel estle paradoxecontemporaindelatechnique:elle
bouleverselesexistences,imposesonempreinteaumonde jusqu’à
menacersonécosystème etdemeurelargementimpensée.Penser
latechnique,aucontraire,supposede penser lapartdelogosqui
sedéploie en elle,savoiretparole,science etlangage,qui faitdu
produitdel’agirhumainunecréationmêléed’artefactetderécit,
quicroisel’objetetlesymbolique.Telle estladifférence entre
l’instrumentauquel peut,ponctuellement, recourir l’animaletqui
s’épuisedans unusage immédiatetl’outil,transmisde génération
en génération etportanten luilamémoire, donclerécit, deson
utilisation. Ilconvient,en effet, detoujoursmettre en relation
technique etlangage, cartousdeux sontliés, commel’ontbien mis
enévidenceles travauxd’AndréLeroi-Gourhan:

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(…) on est contraint d’admettre dèsl’originelaréalité d’un langage
différent en nature de celui des animaux, issu delarélexion entreles
deuxmiroirs du geste technique et du symbolismephonique.Cette
hypothèse (…) acquiertla valeurd’une certitude lorsqu’on constate
par la suitele synchronisme étroitqui existe entrel’évolutiondes
techniques et celle dulangage ;plus encore,lorsqu’onvoitàquel
point,sur leplanmêmedel’expressionde la pensée,lamainetla
1
voixrestent solidaires.

Eneffet,le lien entremainet face, c’est-à-dire geste etparole,
déterminel’extériorisationdela technique.« Outil pour lamainet
2
langage pour la face sont lesdeux pôlesd’unmêmedispositif ».
La fabricationde l’outil apparaît ainsicommeune «véritable
conséquenceanatomique,seule issuepourunêtredevenu, dans
3
samainet sadenture, complètementinerme.»Outilset symboles
relèventd’un même équipementcérébral.Unesyntaxedugeste
organiselelienentretechnique etlangage.Voilàpourquoi,ilya
un parallélismeàétablirentrelacomplexitédes techniquesetcelle
dulangage.Pluslesformesd’outils sediversiient,pluslelangage
se complexiie.Ou,pour le direautrement,lacomplexiication
techniques’accompagne dudéveloppementduprocessusde
symbolisation.Ilyalieudepenser lerécitcommelaforme
premièredeceprocessus.
Mais,technique etlangagenedoiventpas seulement être
pensés en parallèle.Lerécit faitpartie intégranteduprocessus
technique.L’extériorisationdelatechnique se faitaussi grâce
àsondéploiementnarratif.Leliendelamatière transformée
endesobjets techniques etdu symbolique formalisé ende
multiplesrécitsdétermineladoublearticulationdelatechnique.
Toute extériorisationconcrètedelatechnique s’articuleàune
extériorisationsymboliquequialaformedurécit.Raconter, c’est
donnersens et,encela,permettreàlatechniquede trouversa
placedansl’ordredelaréalité.Larelationdel’hommeaumonde
qu’organiselatechniquen’estdoncjamaispurementphysique
mais estaussi symbolique.L’Homofaberest unhomosymbolicuset il

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faut penserdemanièreliée cette double articulation qui déinit,
àtraversle processus technique,l’humanité.C’est appréhender
la technique à lafoiscommeunvecteurdetransformationdu
monde etcommeun opérateursymboliquequiproduitdu
mythe,transformelaculture,modiielesconsciences,participe
àl’hominisation.La techniqueapparaît ainsipleinementcomme
l’élémentd’une techno/logie:

L’inscriptionsymboliquedela technique,saprétendue
assignabilité essentielle,gîtdansle faitque, de touscôtés, deslogoi
(politiques,sociaux,esthétiques,théologiques,philosophiques etc.)se
pressent et encerclentla technique,l’insèrentdanslaculture, de telle
sortequenousnerencontrons jamaisla techniquemais seulement
des techno-logies: desdiscoursquiménagentàla technique une
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place et une justiicationsymboliques:unsens.

Oncomprendmieux alorsquel rôlemédiateur peuvent avoir
les techniques:non pas seulementcelui d’établirunerelation
entrel’homme etlanaturepar leurfonctiondetransformation
maiscelui detisserdesrelations symboliquesentrel’homme et
lemonde.Transformer, c’estfabriquerdenouveauxréseaux
symboliquesentrel’homme etlemonde d’unepart, entre
leshommeseux-mêmesd’autrepart.Inventerunetechnique,
produireun objet,utiliserceux-ci, c’estdonc créerunerelation
symbolique,l’interpréter,laraconter, brefdonnerdu sensà
l’action.Toute technologienepeut s’édiier qu’auprixd’une
herméneutiquequi convie àlire dansl’artefactl’empreinte du
symboliquequiunitd’un lieninvisiblel’homme àla technique et
formelamarque d’une humanitéméconnue.

Lemisonéismeorienté contrelesmachinesn’estpas tanthaine
dunouveauquerefusdelaréalité étrangère.Or, cet être étrangerest
encore humainetlaculturecomplète estcequipermetdedécouvrir
l’étrangercomme humain.Demême,lamachine estl’étrangère ;
c’estl’étrangère en laquelle est enfermédel’humain,méconnu,
5
matérialisé,asservi,maisrestantpourtantdel’humain .

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Penser la technique, c’est doncréhabiliterson humanité et
l’appréhendercomme unélément constituant del’homme :
l’homme est, encela,leproduit de son propre artiice,ilest un
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« hommeartiice.» C’estaussilirelesobjets techniquescomme
desiguresdestylequicomposentdesrécits, au sensoù
GillesGastonGrangerdéinitceterme:«lamodalitéd’intégrationde
7
l’individueldans un processusconcretqui est travail».Tout
objetportel’empreinte d’unstyle(àl’exempledupoinçon:
stylusgriffant unesurface) quirenvoieinalementàl’histoire de
l’individu, delasociétéquileproduit.Penser latechnique, c’est,
autrementdit, déchiffrer lesempreintesquel’hommelaissesur
lemondemaisaussisur lesoutils,lesobjetsqu’il produit.C’est
alleràreboursd’unetendancemodernequiconsisteàrefuser
devoirdanslatechniquel’empreintesymboliquedel’homme
pour mieux sedéresponsabiliser, cequi estdéjàune formede
style:«lepartiprisdestéréotypieconstituedéjàunemodalité
stylistique:effacer l’individualitédumatériauplutôtquedela
8
mettre envedette, comme faitl’artiste ».Ceteffacementdes
tracesest unaveu:l’hommecontemporain refusedepensersa
relationàlatechnique etpourcela, commencepardélier lelien
dumythe etdelatechnique.
Pourtant,lerecoursdes techniquesauxmythesestmultiple:il
peutêtreconscientouinconscient,individuel oucollectif,le fait
d’unsavant, d’uningénieur oud’unesociété,maisilsitue, detoute
façon,latechniquedans unenjeudeparolequiraconteledestin
del’homofaber.Latechniqueproduitdoncunensemblederécits
8
quenousavonsnommés«lesTechnologiques»par référenceà
l’entreprisedesMythologiquesélaboréeparClaudeLévi-Strauss.Les
récitsdelatechniquecroisentlesmythes,voires’identiientavec
eux,lesréactualisentetles transformentpourvenircomposer
unevastesymphoniesymbolique.Commenousl’a apprisClaude
Lévi-Strauss, «les séquencesde chaquemythe, etlesmythes
eux-mêmesdansleursrelationsréciproques» doiventêtretraités
« commelespartiesinstrumentalesd’uneœuvremusicale »qui
9
assimile «leurétude à celle d’unesymphonie.»

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Tel est donc, dans cet ouvrage, notrepartipris : afirmer que,
pour parvenir à « exister » la technique estracontée. Le récitest
ce qui fait advenir la technique car ilpossède unrôle essentiel de
médiation,il est, commelerappelait RolandBarthes,multiple,
foisonnantcommela vie:«Innombrables sontlesrécitsdu
monde. (...)Lerécit semoquedelabonne etdelamauvaise
littérature:international,transhistorique,transculturel,lerécit est
10
là commela vie».
Avancer quela technique est faitedemythes, c’est aussi
postulerune anthropologiedurécit.Nouspensons,eneffet,que
lerécit est universel,prenantdes formesmultiplesoudéguisées,
qu’ilsoit affairedelittératureoudeconversation, dephilosophie
oudepolitique, de scienceoude technique.Lerécit traduit une
aptitudedel’être humainàraconterdes histoiresqui simulent et
11
modélisentàl’ininilespossibilitésdel’objetoudel’action pour
mieuxleurdonnerforme et signiication.
Les Technologiquesnesesituentpasdanslaperspective d’une
critique delareprésentation.Ils’agitplutôtd’étendreaudomaine
des sciences(del’ingénieur) letravaildéjàentreprispar les sciences
humaines,lorsqu’ellesont apprisàsepensercomme écriture.En
outre,les Technologiquesne selimitentpasàl’espacedumythe.
Lanarrativité instaure unecontinuité entremythes et techniques
quidonne sapleinedimensionauchampdes Technologiques.
BrunoLatour remarque justement:

Ily a une formidablecontinuitéqueles historiens etlesphilosophes
dela technologie se sont appliquésàfaire apparaîtretoujoursplus
clairement entrelescentralesnucléaires,les systèmesde guidagede
missiles,laconceptiondespuces électroniquesoul’automatisation
desramesdemétroetl’ancienamalgamede société, de symboles et
dematièrequi futl’objetd’étudede générationsd’ethnographes et
d’archéologues,quece fûtdanslesculturesdela NouvelleGuinée, de
12
laVieilleAngleterreoudela Bourgognedu seizièmesiècle.

11

Précisément,la cybernétique nous semble pouvoirillustrer
l’entreprise desTechnologiques dans lamesure oùNorbert
Wiener, sonconcepteur, établit explicitement uneanalogie
entrelamachine cybernétique etlemythe duGolem.Nous
considérerons, eneffet,quelerécit duGolem relève dumythe et
non pas seulement delalégende car, commele souligneAndré
Neher, ilaune fonctionfondatrice d’organisationdes savoirs :

Des cercles concentriques delégendes,les unes contemporaines
duHautRabbiLoeb,lesautres bien postérieuresàsonexistence,se
sontposésautourduRabbi etde sonserviteurautomate, créépar
lui grâceà des incantationsmystiques,jusqu’àenfaire uncouple
qui traverseles siècles.Lalégende s’estramiiée enéchappées
fantaisistesdelascience-iction.Elles’estmutée,toutrécemment
enune disciplinescientiiquerigoureuse,lacybernétique,quiouvre
lesportesàl’universpost-moderne.Ainsi,lalégende duGolema
acquislesdimensionsd’un mythe,aussinourrissantpour l’aventure
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humainequelemythe deFaust.

Silacybernétiqueseplacesouslesigne dumythe, celanous
oblige à interroger nonseulementlasigniicationde cette
référencemaisaussilesensdumythe(alorsmêmeque celui-ci
possèdeplusieurs versionsquinecessentde se travailler les unes
lesautres) pris en réseauavec d’autresmythes, ceuxdelaparole,
delacréatureartiicielle, del’apprenti-sorcier.Cette démarche est
d’autantplusnécessairequelemythe duGolemest un mythe de
connaissance : ilillustrelatentative humaine d’une connaissance
desoi àtraverslaconnaissance deDieupar lareproduction
del’acte divindeCréation,puis, dans saversion moderne et
contemporaine, àtraversl’interrogationsur l’actetechniquepar
lavaleur mythiqueaccordée àlamachine.Lelienétabli entre
mythe etcybernétiquenousobligeaussi à interroger lesformes
etlesensdelamédiation quilielemythe etlatechnique.Le
récit, eneffet, intègrelatechniquedans ununivers symbolique
quipermetdelirelarelationdel’hommeàlatechnique,même

12

si,réciproquement,la techniquemodiielesens dumythe etle
faitévoluer.Dansla cybernétiquepeut selire àlafoislarelation
d’altéritéquiliel’homme etlamachinemais aussileprocessus
d’étrangetéquiles séparetoujoursdavantage etcrée uneffetde
fantastique technologiquecaractéristiquedelamodernité.
Lamédiation, commele termel’indique,implique une
philosophiedelaconnaissancequirepose sur lelien.Elle en
appelleàunepratiquedel’interdisciplinaritéqui,parexemple,
relie technique etrécit,formant ainsil’unedeces «cohérences
aventureuses »que RogerCaillois appelaitde ses vœux.Les
Technologiques invitentàune explorationdes zonesblanchesqui,
dufaitdudécoupagedisciplinaire,se glissentdanslacartographie
du savoir.Pourtant, commel’afirmeWiener, cesont« cesespaces
frontièresquioffrentlesopportunitéslesplusrichespour le
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chercheur qualiié.»(«It is these boundaryregionsof science whichoffer
therichestopportunities tothequaliiedinvestigator»).Etlescientiique
d’ajouter:j’ai «laconviction queleslieuxlesplusopportunsau
développementdesconnaissances sontceuxquiontéténégligés
parcequ’ilsétaientconsidéréscommeunno-man’s landentre
15
plusieursespacesconsacrésdu savoir .»(«I had shared theconviction
that themostfruitfulareasforthe growthofthesciences werethosewhich has
been neglected as ano-man’sland betweenvariousestablishedields.»)
LesTechnologiques sont,eneffet,uneaventuredanslesespaces
peuarpentésdu savoir,unelectured’empreinteset unjeudepiste
quiconduitàexplorer larelationsimal penséedel’homme etde
latechnique, delanarrationetdel’objet technique.

13

1ÈREPARTIE

LEGOLEM,MYTHE ET TECHNIQUE

CHAPITREI

NORBERTWIENERETLEGOLEM

Archéologie d’unelégende
Si elle se veut un programme englobant, unescienzanuovaqui
uniietousles savoirsentransformantradicalementlaiguredu
sujet humain par lamodiicationdeson rapportàlamachine,
lacybernétiquesouffremalgrétoutd’unloudéinitionnel qui
autorisel’actualisationetle développementdumythe.Sonancrage
est,on lesait, essentiellementlarecherchemilitaire àlaquelle
participeNorbertWiener pendantla DeuxièmeGuerreMondiale.
DanslecadreduprojetAAPredictor, celui-cimetaupointavec
d’autreschercheurs undispositif servo-mécaniquede
tirantiaériencapabledeprévoirsurunebaseprobabilistelesmouvements
16
del’ennemi.CommeleremarqueCécileLafontaine,«c’estenfait
unevéritableontologiedel’ennemiquiseproile derrièreleAA
Predictor.Vuàtraversleprismemétalliquedel’aviation militaire,
17
l’ennemiprendles traitsd’undispositifservo-mécanique ».En
effet,ledispositifAAPredictoreffacelaséparationentre homme
etmachine, devenus tousdeuxconstitutifsd’un mêmesystème.
Leterme «cybernétique »auquel recourtWienervientdugrec
kubernesisquirenvoieàl’actionde gouvernerun navire.Ildésigne
uneapprochelogico-mathématiquetraitantdesprocessusde
communicationetdecommandeàpartirdelaquelles’élaboreront
lesfondementsdel’informatique etdel’intelligenceartiicielle.
«Nousavonsdécidé de désigner le champentierdelathéorie du
contrôle etdelacommunication,aussi biendanslesmachinesque
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chezlesêtres vivants souslenomdeCybernétique.»De fait,

17

commel’écritAurelDavid, «le véritable instant cybernétique a été
celuioùles démarchesmentales dupiloteont été si bienconnues
quel’onapules conieràune fusée àtêtepensantelancéeparun
19
canonàradar».
Lacybernétique estleproduitd’une interdisciplinarité :les
recherchesmilitairesfavorisent, eneffet,lesrassemblementsde
scientiiques venusde disciplinesdifférentesetmobilisés autour
d’un projetcommun.Lesconférences Macy,véritablematrice
delacybernétique,quidébutent en mars1946,réunissentdes
ingénieurs, desmathématiciens, desphysiciens, desbiologistes,
desneurologues, despsychologuesoudesanthropologuesqui
s’intéressentaufonctionnementducerveauetauxapplications
desnotionsderétroaction (feedback)etde causalité circulaire
(«le feed-back estlacommande d’unsystème aumoyendela
20
réintroduction, danscesystème, desrésultatsdesonaction»).
Lapremièreconférence Macy s’intituled’ailleurs:«Feedback
Mechanisms and Circular Causal inBiologicaland SocialSystems.»
(« Mécanismesde RétroactionetdeCircularitécausaledansles
SystèmesBiologiqueset Sociaux»).Commelemontrel’historien
SteveJoshuaHeims,lacybernétique estguidéeparun projet
d’uniicationdesconnaissancesquivise à «franchir le golfe
21
séparantles sciencesnaturellesetles sciences
sociales».Celuici estd’ailleursexplicité commetel parHeinz vonFoerster,
Margaret Mead etHansLukas Teuberdansletexte d’introduction
ème
dela9conférence(20-21 mars1952).Dèslapremière
conférence,sur propositiondeGregoryBateson,lelienestfait
entresciences socialeset sciences«dures» etlaproblématique
delacybernétiqueviseàinclureles systèmes sociaux.De fait,
plusieursreprésentantsdes sciences socialesassistentà cette
premièreconférencetelslespsychologues MollieHarrower,
KurtLewin,HeinrichKlüver,LawrenceKubie,l’anthropologue
(etcompagnedeBateson),Margaret Meadoulesociologuedes
médias PaulLazarsfeld.
Lacybernétique étudie,eneffet,la façondontl’information
circule et s’organise, commune auxmachinesetauxêtres vivants,

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ce qui permet de contrôleret gouverner.Gouverner, c’estmaîtriser
la circulationetl’organisationdel’information,penser lamanière
dontl’informationfait système, avec effet derétroaction.

La sociétépeut être comprise seulementàtravers une étude
desmessages etdes facilitésdecommunicationdont elledispose ;
dansledéveloppement futurdecesmessages etdeces facilités
decommunication,lesmessages entrel’homme etlesmachines,
entrelesmachines etl’homme et entrelamachine etlamachine
sont appelésàjouerun rôle sanscessecroissant. (…).Lebutde
lacybernétique estdedévelopperun langage etdes techniquesqui
nouspermettent effectivementdenous attaquerauproblèmedela
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régulationdescommunications engénéral .

De fait,lacybernétique,héritièredelarecherchemilitaire,
viseà concevoirdes techniquescapablesdeprévoir,gouverner,
c’est-à-dired’enrayeraussiledésordre humaindontlaDeuxième
Guerre Mondiale aoffertl’exemple.

LaCybernétique estnéependant une guerre aucoursdelaquelle
le sortdel’humanité avait étémis en questionde toutesles façons.
(…)La toilede fond desouvragesde NorbertWienerest une immense
inquiétude etcomme uneneurasthéniedevantle sortdel’humanité.
(…)Nousdevrionsaccueillir lesmachinesavecespoir.Elles
augmententl’eficacité denotre défense et sontnotreseule chance de
nousmainteniretde gagnerdevitesselesdangersquisepréparent.La
défense delavie exigeune immense dépense depenséeasservie.Seules
lesmachinespeuventdélivrercettepenséeavecl’intensité etlavitesse
nécessaires. (…)Ilarrive untempsoùlasuitedesmouvementsde
penséedansnotrecerveau(…)est siclaireque toutelapenséebascule
danslesmachines, cequi estlapierrede toucheducaractèreasservi et
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delanon-humanitéde sesdémarches.

Ilya,aucœurdelacybernétique,le jeud’unedialectiquedu
maître etde l’esclave, de l’homme etde lamachinequi, désormais,

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