Les espaces du travail

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Français
238 pages
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En éclairant la théorie par des exemples concrets rencontrés durant son activité professionnelle, l'auteur montre comment l'espace en lui-même et les pratiques spatiales associées peuvent être révélateurs des tensions et des enjeux qui traversent toute entreprise. A partir de situations vécues, il révèle l'importance des spécificités du fonctionnement collectif et étudie leurs effets sur la santé au travail.

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Date de parution 01 avril 2017
Nombre de lectures 9
EAN13 9782140034077
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Philippe Salignac

Les espaces du travail

& SOCIÉTÉ
SCIENCES

Prévention et santé au travail









Les espaces du travail



Sciences et Société
fondée par Alain Fuchs et Dominique Desjeux
et dirigée par Bruno Péquignot


Déjà parus

Gérard ALLAN,Points de vue thermodynamiques sur notre quotidien,
Société et thermodynamique, 2016.
Xavier MOREAU,Vieillissement et vulnérabilité, Comment rendre moins
difficile le retour de la vulnérabilité, 2016.
Jacques JAFFELIN,Où va la civilisation ? Ethique pour un monde humain
réconcilié avec ce dont il est issu, 2015.
Anne CHATEAU et Odile PIQUEREZ,Le syndrome d’Angelman. Parcours
de vie des adultes, 2015.
Anne CHATEAU,Le syndrome d’Angelman. Regard sur une maladie
neurogénétique rare, 2013.
Laurence BRIOIS VILMONT,L’imagerie médicale. La fabrique d’un
nouveau malade imaginaire, 2013.
Olivier NKULU KABAMBA,L’assistance médicalisée pour mourir. Les
soignants face à l’humanisation de la mort, 2013.
Jean-Pierre BENEZECH,Une éthique pour le malade. Pour dépasser les
concepts d’autonomie et de vulnérabilité, 2013.
Suzy COLLIN-ZAHN et Christiane VILAIN,Quelle est notre place dans
l’univers ? Dialogues sur la cosmologie moderne, 2012.
Blanchard MAKANGA,Nature, technosciences et rationalité. Le triptyque
du bon sens, 2012.
Béatrice GRANDORDY,Charles Darwin et « l’évolution » dans les arts
plastiques de 1859-1914,2012.
Ali RECHAM,De la dialyse à la greffe. De l’hybridité immunologique à
l’hybridité sociale, 2012.
Simon BYL,La médecine à l’époque hellénistique et romaine. Gallien. La
survie d’Hippocrate et des autres médecins de l’Antiquité, 2011.
Simon BYL,De la médecine magique et religieuse à la médecine
rationnelle. Hippocrate, 2011.
Raymond MICOULAUT,Le Temps, L’Espace, La Lumière,2011.
S. CRAIPEAU, G. DUBEY, P. MUSSO, B. PAULRÉ,La connaissance
dans les sociétés techniciennes, 2009.
François LAROSE et Alain JAILLET,Le numérique dans l’enseignement et
la formation. Analyses, traces et usages, 2009.

Philippe SALIGNAC







Les espaces du travail




Prévention et santé au travail










































© L’Harmattan, 2017
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

www.harmattan.com

ISBN : 978-2-343-11469-9
EAN : 9782343114699











A Danielle avec deux L,
pour mieux voler et éclairer la route.

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Sommaire


Introduction..................................................................................................... 9

I. Généralités théoriques ...............................................................................19
II. Partie espaces de travail ...........................................................................35
A. Typologie des espaces ...........................................................................35
B. Pratiques spatiales..................................................................................89
III L’espace du travail et ses risques........................................................... 183
Conclusion .................................................................................................. 219
Bibliographie .............................................................................................. 223

Table des matières.......................................................................................227

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Introduction


«Nous façonnons des édifices qui à leur tour nous façonnent»
(W Churchill)

Lors de l’inauguration de la chambre des communes britannique, c’est
l’argument que Winston Churchill avait avancé pour en défendre la
reconstruction sous sa forme originale à la fois austère et peu pratique. Il y
voyait là probablement le symbole du système parlementaire britannique
aussi bien que les marques d’une certaine trempe de caractère, le reflet
symbolique de l’opiniâtreté qui avait permis de vaincre l’ennemi pendant la
guerre.
Dans la tradition hippocratique, l’environnement physique avec ses
composantes géographiques et climatiques est un élément principal qui
détermine des types physiques humains adaptés à chaque milieu et qui joue
un rôle majeur dans l'apparition des maladies. Pour l'historien anglais
Toynbee, la civilisation progresse en fonction d'un processus dialectique
continu qui balance entre des défis et les réponses qui y ont été apportées,
chaque réponse étant elle-même porteuse des défis ultérieurs. Par sa
comparaison classique entre le béotien et l'athénien, il a su montrer que les
caractéristiques du milieu naturel pouvaient jouer un rôle majeur dans les
orientations prises par une société à ses débuts, c'est ce qu'il a appelé ''le
stimulant des terres ingrates''l'amène à postuler la proposition selon qui
laquelle «Le stimulant de la civilisation croit en fonction de l'hostilité du
milieu »
Il n'y a pas d'espace vide et l'espace existe au minimum comme un
contenant défini par son contenu, un espace vu comme un cadre où on
déploie ses activités mais il ne s'agit pas d'un réceptacle passif. L'espace se
définit par ce qu'il contient mais il n'existe pas seulement que par ce qu'il
contient. Loin de n'être que le support de l'activité humaine, il apparaît
comme un des éléments clés de son organisation. L’individu n’est pas une
cire molle sur laquelle l’environnement vient marquer l’empreinte de ses
différents éléments visuels, olfactifs auditifs, cénesthésiques ou autre. Le
cerveau n’est pas non plus une photocopieuse qui restitue une image à
l’identique. Il utilise un ensemble de dispositifs sensoriels et cognitifs afin
d’élaborer de manière partiale et partielle une représentation de l’espace en
adéquation avec ses objectifs. C’est avec l’ensemble de son corps et de son

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cerveau que l’homme reconstruit son univers. Il n’y a pas d’espace neutre
que nous pourrions occuper en toute indifférence.
L’espace n’est pas seulement une donnée physique brute dénuée de toute
signification mais il implique nécessairement un mode de représentation
intrapsychique fortement prégnant pour l’individu.
Depuis longtemps les études de psychosociologie mettent l'accent sur
l'importance des liens qui sont tissés entre l'individu et son environnement.
Il n'y a pas d'espace neutre mais pas davantage d'homme isolé et
suspendu en dehors d'un environnement quelconque, on ne peut séparer
l'homme de son milieu et ils entretiennent une relation multifactorielle qui
repose sur la convergence d'un ensemble de facteurs aussi bien physiques
que purement psychosociologiques et qui finissent par édifier un espace à
chaque fois spécifique de son contexte ; c'est le lieu des loisirs ou du travail,
le centre-ville où on rejoint les amis; espace public ou espace privé, il s'agit
toujours d'un espace qui fait sens pour l’individu mais qui reste socialement
construit.
Il n’est donc pas étonnant de constater, avec Hall, l’importance des
facteurs culturels qui vont moduler l’utilisation des différentes capacités
sensorielles de chacun. Par ses travaux sur ''la proxémie'', il a montré
comment l’individu structure son territoire en suivant sa stratégie
personnelle mais aussi en fonction de facteurs sociaux. On pourrait en
admirer un exemple paradoxal dans le spectacle étonnant offert par des
vacanciers presque nus qui tolèrent de s’entasser sur des plages encombrées
où chacun s’accommode de réduire son espace à la surface d’une serviette de
bain. La puissance de l’attachement à cet espace ridicule et la force qui les
pousse à personnaliser cette appropriation du terrain sont bien manifestes
dans les accidents occasionnés par les vidanges brusques des baïnes sur les
côtes landaises. Emporté vers le large, le nageur panique et s’épuise à
vouloir absolument lutter contre le courant violent pour rejoindre sa serviette
alors qu’il suffirait qu’il nage de travers ou même se laisse simplement
flotter pour retrouver la plage à quelques centaines de mètres plus loin.
L’environnement détermine aussi en partie le comportement. Chacun se
bâtit un espace dans lequel il puisse se reconnaître, mais en retour, cet espace
influence et façonne les attitudes. On se souvient de la sympathie témoignée
par Claude. Lévi-Strauss envers les Bororos dont les villages présentaient
une disposition caractéristique avec des maisons en cercles concentriques
centrés par la maison des hommes du village. Cette implantation étant
indispensable pour le bon déroulement de leurs coutumes et leurs rites
sociaux, C. L. Strauss rappelle comment les missionnaires salésiens pour les
convertir plus facilement les avaient déménagés dans des villages dont les
maisons étaient implantées différemment en rangées parallèles ce qui avait
entraîné la perte de leur système social et religieux.
Dans une approche complémentaire, on pourrait aussi s'inspirer de la
vision poétique portée par Gracq pour qui l'environnement global, le héros et

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la trame de l’histoire sont intiment liés par une complicité étroite qui les
enlace en un ensemble harmonieux. L'espace y joue un rôle important avec
un paysage en partenaire de l'intrigue et annonciateur du dénouement, un
espace où tout fait signe et nourrit un univers éloquent pour l’initié qui en
détient les codes.
L'espace devient ainsi le support d'un langage qu’il convient de traduire.
Un exemple nous en est facilement fourni par les nombreuses émissions dont
la télévision est si friande et qui donnent lieu à des palabres plus ou moins
intéressantes entre plusieurs personnes rassemblées autour d’un animateur, le
terme autour restant d’ailleurs impropre car le plus souvent cet animateur se
place en position asymétrique par rapport au groupe pour bien affirmer sa
situation privilégiée et son pouvoir. Suivant la décoration et la disposition
des intervenants, il est amusant de deviner à quel type d’émission on a
affaire et si les débats risquent d’être contradictoires ou purement
consensuels. L’existence du mobilier et sa disposition sont très révélatrices
d’une signification plus ou moins implicite. Il est possible de différencier
deux types d’émissions suivant l’existence ou non d’une table entre les
participants. La taille et la forme de cette table jouent un des rôles principaux
avec l’ampleur du décor. Le siège en apparaît aussi un des éléments clés, la
présence d’un divan sur lequel on se serre les uns contre les autres comme à
la maison trahit immédiatement le copinage. On peut être certain qu’il va
s’agir d’une émission conviviale. C’est l’entretien de salon entre gens du
même monde où chacun sera bien gentil et empressé de renvoyer un
ascenseur de politesse obséquieuse à son voisin ; si, en plus il y a de quoi se
restaurer sur la table, on peut être certain de ''druckeriser'' les échanges.
L'importance du rôle joué par la distance entre les participants apparaît
nettement dans une émission comme ''La grande librairie'' avec un espace
libre important qui soulage le plateau des éléments affectifs mobilisés
artificiellement par le rapprochement. On dégage alors les intervenants du
poids d'une proximité arbitraire pour mieux laisser circuler les idées. Les
caractéristiques physiques de la table et, surtout, la disposition symétrique ou
non des intervenants peuvent aussi traduire une volonté de mise à distance et
de séparation, pouvoir agresser et se défendre sans grand risque. Dans
certains entretiens l’animateur et son interlocuteur se retrouvent à égalité en
face à face ou parfois même côte à côte ce qui modifie profondément la
tonalité des échanges, à courte distance assis sur des sièges identiques, il
s’agit propablement d’une tentative loyale d’obtenir des informations
intéressantes et utiles.
Parfois au contraire la forme et la mise en scène prédominent nettement
sur le fond. C’est ainsi, que, pour se donner un certain crédit et s’attribuer
des qualités que leur vocabulaire indigent ne laisserait pas supposer, certains
vont même jusqu’à interposer l’équivalent d’un bureau de professeur entre
eux et leurs invités. Dans ce genre d’émission, on en viendrait presque à

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postuler l’existence d’une corrélation inverse entre le fond et la forme, plus
le contenant est brillant et racoleur, plus le contenu risque d’être pauvre.
Évidemment, la distance à laquelle est placé l’invité garde aussi une
signification majeure soit comme signe du respect dû, en considération de la
puissance qui lui est attribuée, soit en regard de l’autorité que l’animateur
s’est octroyée.
Alors que l’on s’attendait au maintien d’une distance importante comme
on peut le constater lors des entretiens formatés auxquels est habitué le
spectateur, on se souviendra du scandale provoqué par la rupture des
distances conventionnelles lorsqu’un présentateur avait osé poser une fesse
irrévérencieuse sur le bureau du président de la République.

En janvier 69, alors qu'elles succédaient pourtant à plusieurs années de
tractations secrètes, les négociations de la conférence de Paris pour mettre
fin à l’intervention américaine au Vietnam devaient achopper sur la forme de
la table, avant de retrouver l’intérêt de la mythique table ronde qui permettait
de mettre tous les intervenants sur le même pied d'égalité.
On assiste régulièrement à des négociations âpres et prolongées pour
définir la manière dont va être organisée la retransmission télévisée des
entretiens politiques durant les campagnes électorales. Malgré tout, le lien
n’apparaît pas aussi simple entre l’environnement et d'éventuelles
répercussions comportementales, les déterminants spatiaux et leur impact
supposé sont l'objet d'une grande incertitude.
Même concernant l'école, un espace où les éléments apparaissent plutôt
limités et faciles à contrôler, et où on peut supposer qu’il sera aisé
d’examiner quelles dispositions de la classe sont susceptibles d'influencer les
élèves pour favoriser leur apprentissage, il persiste toujours une grande
marge d'incertitude pour comprendre comment l'organisation physique de
l’espace détermine le comportement des individus. De la diffusion des
espaces dits enrichis susceptibles de favoriser le développement
psychomoteur et l’épanouissement des enfants en maternelle, jusqu’à
l’enseignement individualisé basé sur les aires ouvertes et la flexibilité,
Derouet-Besson revient sur les innovations spatiales des années 70 qui
étaient censées induire une réforme des pratiques pédagogiques

« L’idéeque la disposition d’un lieu exerce une influence directe sur
ses usagers prédominait et la généralisation d’espaces innovants
devait entraîner la modernisation des pratiques pédagogiques ».

Pourtant, les innovations architecturales ne permettent pas de dégager un
lien simple entre l’organisation de l’espace et les possibilités pédagogiques,
d’autant plus que les pratiques réelles associées à cet espace sont souvent
dévoyées et différentes de celles prévues lors de la conception des lieux. Les
dispositions architecturales apparaissent moins prégnantes et difficiles à
dissocier de l'influence des techniques pédagogiques, et ce sans s'intéresser à

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un éventuel effet indirect de type Hawthorne (P 188) induit par les
expérimentations. Densité d'occupation, disposition des tables et des
fenêtres, espace ouvert ou fermé, Derouet-Besson regroupe une multitude
d'études dans son ouvrage « les murs de l'école ».

Il faut bien reconnaître qu'au final, si l’organisation spatiale influence le
déroulement de la classe, on en tire surtout une grande perplexité devant
l’indétermination résiduelle quant à l'impact respectif des différents
éléments. Les répercussions s’avèrent plutôt disparates et, en tous les cas,
bien inférieures à celles qu’on peut attribuer aux qualités pédagogiques et
aux comportements des enseignants.
Les entreprises résistent rarement à la tentation de mettre en place les
éléments supposés propices au conditionnement. Cela les incite à utiliser de
manière rationnelle et, soi-disant, scientifique tous les éléments de
l’environnement qu'elles connaissent comme susceptibles de favoriser le
contrôle des conduites. Pourtant, concernant les lieux de travail, on met en
évidence une multiplicité de facteurs susceptibles d’intervenir et leur
complexité est telle qu’on est bien en peine d’augurer avec précision de leurs
effets réels sur le comportement des opérateurs. Il semble impossible de
modéliser intégralement l’ensemble des données susceptibles d’intervenir et
de pondérer leurs influences respectives. De plus il apparaît bien aléatoire
également d’anticiper les représentations individuelles ou collectives qui
vont être élaborées en réponse à cet environnement.
Maclouf reprend un ensemble d’études à propos des aménagements des
bureaux et de leurs effets observés sur les employés. On constate des
résultats très variés et souvent discordants. Il intervient tellement de facteurs
autres que ceux relatifs à la disposition spatiale proprement dite que les
effets observés sont parfois opposés à ceux attendus. La nature même de
l’activité, le sens qu’on peut donner à son travail, la fluidité avec laquelle
circulent les informations, la souplesse des relations hiérarchiques ou le type
de liens plus ou moins conviviaux entre collègues jouent sur la satisfaction et
le comportement un rôle au moins aussi important que l’implantation des
postes de travail.

On sait qu’en dessous d’un certain seuil, plus la surface disponible par
personne diminue, plus on augmente le niveau de contrainte et plus on
favorise l’apparition d’un stress pathologique accompagné de perturbations
diverses.

Une entreprise disposant de moyens importants avait aménagé des
nouveaux bureaux pour un service en pleine extension.
Lors de l’analyse du projet, la simple vue du plan permettait tout de
suite de cerner la problématique de la configuration qui avait
2
pourtant été retenue. Le bureau du chef s’étendait sur plus de 20 m

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coincé entre deux salles plus grandes mais où s’entassaient 6 à 8
2
personnes disposant de moins de 8 mchacune, soit une surface très
inférieure aux recommandations les moins exigeantes.
Comme il s’agissait d’effectuer un travail intensif sur ordinateur, avec
parfois même deux écrans par employée, l’entreprise se plaçait dès le
départ dans une situation critique.
Étonnamment, lors d’une enquête d’opinion passée dans le cadre
d’une étude générale sur les conditions de travail dans les bureaux de
l'entreprise, on avait mis en évidence une satisfaction réelle de
l’ensemble du personnel concerné qui contrastait avec leur
environnement professionnel médiocre. On pouvait constater qu’une
excellente cohésion du groupe avec une qualité relationnelle certaine
autour d’un jeune chef charismatique et séducteur permettait à une
population essentiellement féminine d’oublier les désagréments de sa
mauvaise installation. Par contre, les plaintes s’étaient vite
accumulées dès que ce chef avait été muté vers d’autres fonctions et
remplacé par un responsable au style différent.

L’homme est un être social qui a besoin, en permanence, d’échanger et
entretenir des relations avec ses semblables. On sait que l’expression de nos
émotions repose sur une capacité physiologique naturelle car elle est liée à
une technique de communication non verbale instinctive. Colère ou surprise,
joie ou tristesse sont reliées à des manifestations à la fois somatiques et
psychiques et entraînent des gestes et des attitudes du corps révélatrices. Au
même titre que les autres éléments de cette faculté d’expression primitive,
l’investissement affectif qui accompagne l’appropriation de l’espace se
traduit aussi par différents modes d’occupations et de pratiques spatiales. Se
met ainsi en place toute une stratégie d’acteur qu’on va pouvoir déployer
avec plus ou moins de finesse. C’est finalement l’ensemble de la gestuelle et
du mouvement extériorisé, la manière dont on bouge et se déplace, le style et
l'efficacité dont on fait preuve pour occuper l’espace qui va faire sens et
permettre à chacun de s’exprimer de façon implicite. L’amimie du dépressif
profond n’en apparaît que plus tragique.
Entraîné par un effondrement affectif, le visage affaissé et dénué
d’expression, il a rompu toute tentative de communication et son corps
l’accompagne dans un mouvement de désinvestissement spatial.

Je me souviens d’une jeune femme dont le mari était en train de
mourir d’un cancer. Au fur et à mesure que l’état de santé de son
conjoint se dégradait, elle se consumait de tristesse, et c’était un
déchirement de la voir déambuler dans les couloirs de plus en plus
diaphane et transparente. Chaque matin, encore plus ratatinée que la
veille, elle semblait avoir perdu quelques centimètres, fondue de
quelques kilos. Amaigrie et rétractée sur le désespoir, son corps
l’accompagnait dans un mouvement de retrait du monde, s’effacer et

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disparaître en même temps que l’homme auquel elle était tant
attachée. S’il n’y avait eu des enfants jeunes, ils seraient
probablement partis tous les deux en même temps. Un beau matin, au
pied du lit du défunt, on aurait retrouvé le petit tas des vêtements de
l’épouse baignant dans une mare de larmes.
Pour que la stratégie déployée par la pratique spatiale soit un
moyen d’expression efficace, encore faut- il que le contexte le
permette et ne pas être confronté à une situation sans issue.

Jeune lycéen je participais aux activités d’une association qui visitait
régulièrement les personnes âgées d’une maison de retraite. La
bâtisse cubique à trois étages était parfaitement ordinaire mais elle
était régie par une organisation aussi efficace qu'inhumaine et pour
des raisons de commodités discutables toute personne dont l’état de
santé se dégradait changeait de chambre à chaque fois puis
descendait d’un étage si bien que le rez-de-chaussée apparaissait
comme l’antichambre de la morgue. Retrouvant la coutume de
certaines maisons du Dahomey (P H Chombart de Lauwe) où le rez de
chaussée était réservé aux morts et où les vieillards allaient s'installer
quand ils sentaient leur fin proche, le plan de la maison projetait ainsi
les ombres d’un chemin mortuaire.
De chambre en chambre, de niveau en niveau chaque pensionnaire
pouvait ainsi suivre en direct les étapes de son parcours létal ainsi que
celles de son voisin d’infortune.

Il paraissait bien difficile de vivre sereinement dans un tel lieu,
comment s’approprier un espace dans lequel chaque déplacement
physique était la marque d’une défaite et d’une régression, le retour
vers la terre au sens propre aussi bien que figuré ?
Même dans les éléments les plus anodins du quotidien on peut retrouver
des détails éloquents qui permettent de comprendre les intentions de
l’occupant.
Lors des consultations du samedi destinées à des travailleurs
handicapés, je dispose pour mon seul usage d’une très grande salle
d’attente puisqu’elle est prévue pour 5 cabinets médicaux. La
stratégie utilisée par les personnes pour occuper la pièce et choisir
une place est souvent révélatrice d’une certaine disposition d’esprit.
La plupart se regroupent à proximité de mon bureau et discutent en
attendant leur tour. Certains s’assoient dans l’obscurité juste à côté
de la porte d’entrée, soit il s’agit d’anxieux freinés par la crainte d'un
imprévu toujours possible qui préfèrent s’arrêter à proximité de la
sortie, on ne sait jamais, il faut être prêt à se précipiter dehors, soit il
s’agit d’un dépressif ou d’un cardiaque qui de fatigue s’est écroulé

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sur le premier siège à sa portée ; le timide attend tapi à l’écart dans
l’ombre du couloir, le paresseux avachi reste affalé profondément dans
son fauteuil, les jambes allongées et les chaussures bien en avant pour
mieux faire admirer ses nu-pieds de vacances prolongées; on
appréciera l’histrion qui a allumé la lumière à l’autre extrémité de la
pièce, afin de se mettre un peu en évidence.
Il faut faire attention à l’impatient qui refuse de s’asseoir et fait les
cent pas devant votre porte mais, celui dont il faut surtout se méfier
c’est celui qui campe juste en face de votre bureau et qui adopte une
position contradictoire avec son statut de malade supposé, penché en
avant les jambes repliées sous la chaise, il est prêt à vous sauter à la
gorge pour réclamer son dû.

Évidemment chacun structure ou essaie, au moins, d'organiser un milieu
ambiant qui lui soit personnel, c’est-à-dire un lieu qui puisse induire une
représentation mentale adaptée à ses attentes. On bâtit physiquement et
mentalement autour de soi un environnement dans lequel on guette son
propre reflet. On voudrait l'affranchir suffisamment pour y déployer une
stratégie identitaire ou y vivre un épanouissement minimum mais, en retour
aussi, cet espace trouble l’image qu'il renvoie, il influence nos attitudes et
module nos comportements.
Dans la relation, on devrait dire plutôt dans les relations diverses, que
l'individu entretient avec lui, les éléments apparaissent de nature très variée
mais toujours caractérisés par un jeu d’influences réciproques.
L'environnement impacte le comportement de l'homme et celui-ci réagit à
son tour sur ces déterminants extérieurs.
A l’heure où on promeut un univers de flexibilité et de mobilité
permanente favorisé par les nouvelles techniques de l’information qui
permettraient d’envisager un bouleversement total des méthodes de travail,
on vante les mérites d’un travail délocalisé et la fin d’un système classique
de production industrielle. Pourtant celui-ci survit tant bien que mal et il
reste encore beaucoup d’ouvriers ou d’artisans fixés à leur machine.
On en voudra pour preuve les résultats de l’enquête nationale SUMER
effectuée régulièrement en milieu professionnel pour étudier l’évolution des
conditions de travail. La dernière révélait une relative stabilisation des
risques professionnels. Pour l’ensemble des salariés, l’intensité du travail
reste notable avec au moins une contrainte physique importante pour 40%
d’entre eux, 20 % sont exposés à un bruit >85dba, 35 % en contact avec au
moins un produit chimique et 10 % avec au moins un produit cancérogène.
Si on rappelle en outre que 20 % des salariés effectuent régulièrement du
travail de nuit reconnu comme cancérogène et qu’environ 8% des cancers
ont une origine professionnelle on pourra relativiser la priorité accordée par
les journalistes aux start-up et à ''l’ubérisation'' d’une société essentiellement
urbaine.

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Même pour les activités administratives faciles à décentraliser,
l’indépendant solitaire et seul responsable de ses actions ne représente
sûrement qu’une minorité des personnes concernées. Les liens s’avèrent
parfois plus distants et plus souples qu'autrefois avec un mode de relation
différent mais il semble bien que le regroupement professionnel d'individus
œuvrant ensemble dans des locaux commun s'impose encore pour
longtemps. Ainsi l'espace, en lui-même, et a fortiori celui du travail peut être
perçu comme un élément intéressant car souvent éloquent et révélateur des
enjeux qui s'y entrecroisent.
C'est pourquoi, concernant l’optimisation de la prévention en milieu de
travail, il semble pertinent de privilégier une approche particulière qui est
celle offerte par l'analyse des espaces et des pratiques associées. Cet angle
d’attaque s’avère assez efficace pour saisir certains points fondamentaux du
fonctionnement réel de l’entreprise et comprendre comment les différents
éléments de la situation professionnelle sont visibles à travers leurs
manifestations spatiales. On retrouve souvent un hiatus entre les objectifs de
la direction et la stratégie inattendue dont font preuve les opérateurs pour y
répondre par une pratique originale différente de celle espérée. En se référant
principalement à des cas concrets rencontrés dans les entreprises, ce texte
voudrait apporter un certain éclairage sur le dialogue plus ou moins
conflictuel entre les calculs des uns et les actions des autres.

Le texte se compose de trois parties principales :

- La première partie théorique présente succinctement quelques éléments
d’usage habituel en ergonomie, psychologie et psychosociologie utilisés en
médecine du travail. Ces principes de base sont utiles pour mieux
comprendre la problématique dans son ensemble.
Je les complète en proposant l'idée de carte opérative qu'on peut définir
comme la dimension opérative de la carte mentale, cette notion me paraît
particulièrement efficace pour rendre compte des changements que l'on peut
constater lorsque les personnes concernées font évoluer leur stratégie
spatiale en fonction de leurs limitations physiques, surtout lorsqu'elles
doivent parcourir une distance importante durant leur travail.
- La deuxième partie se focalise directement sur l'espace du travail sous
ses deux aspects
Les différents types d'espace qu'on peut différencier et en quoi ils sont
susceptibles de révéler certaines caractéristiques du mode de fonctionnement
de l’entreprise.
Les réponses comportementales manifestées par l’opérateur et comment
elles traduisent souvent un souci d’appropriation qui l’amène à dévoyer
l’utilisation des lieux pour mieux s'y reconnaître.
- La troisième partie concerne la prévention et les difficultés qu’elle
rencontre. A partir de situations vécues, elle montre comment les spécificités

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du fonctionnement collectif notamment celles en
représentations sociales sont susceptibles d'opposer
opiniâtres à toute démarche préventive.

18

lien avec les
des résistances



I. Généralités théoriques


Nous postulons l’existence d’une carte opérative qui traduirait la
dimension instrumentale de la carte mentale. Évidemment toute carte
mentale est dotée d’une propriété fonctionnelle. Toutefois nous pensons qu’il
existe en plus une dimension opérative particulière qui s’impose de manière
spécifique lorsqu’il s’agit de se déplacer sur un grand périmètre ou lorsque
l’opérateur doit faire face à des problèmes de santé qui l’obligent à mobiliser
une grande capacité d’adaptation et déployer une stratégie particulièrement
originale.
Rappelons au préalable quelques éléments de base concernant la
cognition des espaces

1. Représentation de l’espace

A part celui des abstractions mathématiques, l'espace en lui-même
n'existe pas. L'espace n'est pas une entité indépendante de ses différentes
représentations, figurations, constructions élaborées par chacun. Ce n’est pas
un contenant désincarné, absolument pur et détaché de toute représentation,
mais un espace indiciblement lié aux objets qui l'habitent et aux personnes
qui le traversent. Des expériences menées chez les aveugles de naissance ou
les non-voyants plus tardifs révèlent que le traitement des informations
spatiales est directement dépendant des expériences visuelles précoces. Dans
sa relation avec l'espace environnant, même s'il s’agit d’une activité mentale
qui sollicite la collaboration de tous les sens, la vision est plus prégnante que
les autres activités sensorielles et la représentation spatiale reste fortement
médiatisée par l’imagerie mentale.

1-A. Représentation et image mentale
La notion de représentation fait surtout référence à deux approches
complémentaires. La première se focalise sur l'objet qui est représenté et
ramené à la conscience de manière plus ou moins explicite et infidèle, la
deuxième signification reprend l'acception de l'expression (de reddere)
de ''rendre présent'' et s'intéresse auprocessus lui-même qui construit l'objet
de la représentation. Il apparaît également pertinent de considérer le sens
diplomatique par lequel on se focalise sur la notion de substitution et d'action
par procuration avec un représentant qui agit en lieu et place d'une autre
personne.

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Dans un cas on se focalise sur l’idée d’un double plus ou moins fidèle
dans l’autre on s’intéresse à l’action attachée au processus représentationnel.
On sait que la composante motrice éventuellement mobilisée dans
l’élaboration de la représentation peut jouer un rôle très important aussi bien
chez l’enfant que chez l’adulte. Entre la perception et la représentation, on
constate un phénomène d'influences réciproques. La représentation est
directement dépendante des données fournies par la perception, mais la
perception est un phénomène actif dont l’activité est aussi déterminée par les
a priori issus du contenu des représentations. Quoi qu'il en soit, avec le
concept de représentation, entre une éventuelle réalité objective et son reflet
mental, on est confronté à deux phénomènes de nature totalement différente,
on admet l'idée d'une césure ontologique entre l'objet extérieur et l'objet de la
connaissance.
Pour élaborer la représentation, le cerveau traite les informations et les
encode sous une forme adaptée cognitive linguistique ou imagée afin de les
réutiliser ultérieurement La représentation permet donc de montrer, figurer,
rendre présent, faire apparaître d'une manière symbolique l'image d'une
chose en dehors de sa perception.
De nombreuses études nous montrent que la structure de l’image mentale
correspond assez fidèlement à celle de l'objet représenté et qu’elle en garde
les caractéristiques physiques principales. Concernant sa caractéristique
cognitive, on admet qu’elle est dotée d’un principe d'équivalence spatiale et
qu’elle conserve les propriétés de l'espace extérieur de référence. L’image
mentale est isotopique de l'espace perçu et le cerveau peut manipuler la
représentation mentale comme l'individu le ferait physiquement dans la
réalité, elle préserve ainsi de manière plutôt correcte les relations spatiales
entre les objets en respectant notamment les angles et les distances.
L’activité d’imagerie peut être en relation avec une stimulation
perceptive, ou au contraire en être totalement indépendante. Il existe des
parentés entre les propriétés des images et les caractéristiques de la
perception visuelle. Pour le cerveau peu importe que l'image vienne des yeux
ou directement de l'activité mentale associée à l’imagerie, il existe une
affinité structurale et les mécanismes neuronaux sollicités sont les mêmes
dans les deux cas ainsi que les zones cérébrales stimulées. On constate
également une similitude fonctionnelle et les effets produits par le fruit de la
perception sont proches de ceux engendrés par l’imagerie mentale détachée
de toute perception. La simulation de l’action active les mêmes circuits
neuronaux que l’action elle-même et cette propriété vient renforcer le bien
fondé des entraînements sportifs basés sur la visualisation mentale et la
constatation empirique que, dans les pratiques sportives, la visualisation et la
répétition mentale du geste en augmentent l'efficacité lors de la pratique
réelle.
La faculté d’imagerie représente une des caractéristiques importantes du
fonctionnement cognitif avec des allers-retours entre activité sensorielle et

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anticipation qui amènent à organiser la perception de l'espace en fonction des
objectifs fixés.
L'espace perçu est déjà influencé par les limites physiologiques de la
perception et les facteurs d’erreurs liés à cette activité mais, de plus, durant
le déroulement du processus représentationnel, l'activité d’imagerie va
déformer, grossir certains éléments pour mieux négliger les autres.
Cette image n’est pas seulement une restitution qui permettrait de
visualiser l'objet en dehors de toute perception mais elle correspond à un
processus d’élaboration mentale complexe. Elle ne cherche pas conserver
l’aspect iconique mais plutôt à réorganiser les informations perçues dans un
but mémoriel aussi bien que fonctionnel. Il ne s’agit pas tant d’édifier une
reproduction exacte ou précise de la réalité que d'en restituer une image qui
soit pertinente et dotée de sens pour la personne. L’image est donc le résultat
d'une élaboration cognitive focalisée sur un objectif précis qui déforme,
enrichit certains items, en appauvrit d'autres en fonction des buts poursuivis
par l'opérateur. La congruence entre l'image et ses objectifs doit être la plus
serrée possible et, au final, c’est tout un ensemble de facteurs divers qui
viennent apporter leur teinte personnelle à l’image mentale pour en
augmenter l’efficacité. La représentation enrichit le contenu de la perception
en l'associant à des éléments d’autres horizons qui vont dépasser la
perspective purement cognitive et en la combinant avec un ensemble de
facteurs aussi bien intellectuels qu’affectifs qui jouent un rôle structurant
dans les relations que l'homme tisse avec son environnement. L’espace perçu
est ainsi mis en relation avec un ensemble d'éléments personnels et
socioculturels dépendants de l’histoire individuelle et collective de telle sorte
que chaque espace se voit revêtu d'une signification et d'un ensemble de
valeurs associées et propres à chacun ou spécifiques du groupe de référence.
En différenciant deux types principaux : le philobate et l'ocnophile, Balint
décrit deux modes essentiels de relation avec les objets. Pour lui, une
orientation mentale primitive amènerait l'individu à se focaliser plutôt sur les
objets ou plutôt sur les espaces libres entre ceux-ci, et il est bien évident que
cette attitude de base pourrait jouer un rôle déterminant dans la manière dont
chacun structure ses représentations de l'espace. L'harmonie ineffable de
l'amour primaire serait rompue par l'émergence d'objets indépendants et pour
lutter contre l'angoisse produite par l'irruption de cette réalité, le nourrisson
recréerait un monde où les objets bienveillants seraient dotés de vertus
positives ou, au contraire, il chercherait à retrouver le monde indifférencié
d'avant l'apparition de l'objet. L'ocnophile supporterait mal la frustration
engendrée par l'absence, alors que pour le philobate l'espace et le temps de
l'absence seraient perçus comme annonciateurs de la prochaine satisfaction.
L'ocnophile s'accroche aux objets alors que le philobate s'intéresse surtout
à l'espace libre entre les objets. L'un se sécurise dans la possession l'autre
reste fasciné par le vide qui les enveloppe. L'un serait plutôt intéressé par un
univers proche où domine les éléments tactiles l'autre attiré par les grands

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espaces couverts par le champ visuel. D'un côté l'amateur des frissons
éprouvés sur les manèges de fête foraine de l'autre le collectionneur qui
admire ses dernières acquisitions penché sur le vieux bureau qu'il entretient
avec amour. Le bavard qui se sécurise en remplissant l'espace de son
babillage s'oppose au taiseux pour qui tout ce qui est dicible est vain. L'un
voyage pour atteindre un but l'autre uniquement pour le plaisir éprouvé par
le déplacement.
Dans un registre complémentaire, l’activité d’imagerie offre un outil
cognitif, une forme de modélisation mentale qui permet de regrouper de
manière synthétique un certain nombre d’éléments utiles pour la
connaissance dans un domaine particulier. On peut ainsi effectuer des
simulations, transformer les données ou les relations qui les relient et
visualiser des solutions. Ceci lui confère une fonction instrumentale car
l’image peut être manipulée et modifiée au gré des désirs de l'individu aussi
bien dans une optique fonctionnelle (image opérative) que purement
fantaisiste et artistique.

1-B. Carte mentale
La mémorisation des informations liées au déplacement et à son contexte
spatial est à l'origine d'une représentation interne définie comme carte
mentale. En tant que représentation cette carte correspond à un modèle
cognitif de l'environnement et elle regroupe les éléments retenus comme les
plus pertinents par la personne. Pour optimiser son sens de l'orientation, il
paraît fondamental de savoir différencier les repères utiles croisés durant le
parcours et les mémoriser pour mieux baliser et retrouver son chemin.
Cette notion de carte mentale repose donc sur les mécanismes neuronaux
nécessaires à la mémorisation spatiale, le traitement visio-spatial sollicitant
surtout l’hémisphère droit. Elle implique aussi un véritable remaniement de
certaines zones cérébrales, comme l'attestent les examens pratiqués sur les
chauffeurs de taxis londoniens qui ont révélé l’importance de l'apprentissage
dans le développement du sens de l’orientation et dans les modifications
anatomiques qui l'accompagnent, notamment en produisant une hypertrophie
de certaines parties de l'hippocampe. Cette zone cérébrale s'est ainsi vue
dotée d'un rôle clé dans la mémorisation des lieux et l'hippocampe
participerait également aux processus de mémorisation épisodique en
fournissant le contexte spatial des événements mémorisés.
Il existerait aussi d'autres circuits en lien avec les objectifs du
déplacement, les directions à emprunter ou le quadrillage de l'espace. Le
cerveau utiliserait notamment un système neuronal spécifique dit de ''cellules
de grilles '' pour tracer les éléments d'une carte de son environnement en la
disposant sur un système de repérage de type quadrillage. Chaque cellule de
la grille étant activée en fonction de la position dans l’espace permettrait
d'optimiser la localisation spatiale.

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