Conjuguer la ville

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Cet ouvrage est né d'une réflexion collective d'anthropologues, sociologues et architectes qui souhaitaient confronter leur savoirs respectifs sur la ville pour proposer des outils actualisés favorisant la collaboration entre disciplines. L'ouvrage présente tout d'abord l'état actuel de l'anthropologie urbaine et de l'anthropologie de l'espace, s'intéresse aux méthodes d'enseignement dans des écoles d'architecture, puis propose d'analyser l'espace dans le contexte de la mondialisation et de la mobilité humaine.

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Date de parution 01 septembre 2007
Nombre de lectures 102
EAN13 9782336269481
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Conjuguer la ville_maquetteDEF_05072007.indd 2-3Conjuguer la ville_maquetteDEF_05072007.indd 2-3CONJUGUER LA VILLE
architecture
anthropologie
pédagogie
05/07/2007 14:43:47Espaces interculturels
Collection dirigée par Fa bienne Rio et Em manuel Jov elin
La collecti on «E spaces inter cult ur els »p ublie régulièr ement, depuis sa création en
1989, des ouvr ages consacrés àd es questi ons de la théor ie et de la pr atique de l’
intercultur el. La collection ve ut se fairel ’écho des nouv elles re cher ches ouv er tes dans les
différ ent es sciences sociales sur des terr ains aussi vari és que ceux de l’ éducation,
du dév eloppem ent de l’ enfant, des re lati ons inter eth niques et inter cult ur elles et des
contacts de langue.
Déjà parus :
SAÏDI Hédi, 2007, Mémoiredel’i mmigr ation et histoirec oloniale.
P AIV ANDI Sa eed, 200 6, Re ligion et éducati on en Ir an.
M ULLERM IRZA N., 2005, Ps ychologiec ultur elle d’ une formation d’ adulte.
V ILL ANOVA R. (de) etV ERMÈS G. (sous la dir.d e),2 005, Le métissage inter cultur el.
V ARRO Ga br ielle (sous la dir.d e), 2005, Re gar ds cr oisés sur l’e x-Y ougoslavie.
Z IT TO UN Ta nia, 2004,D onner la vie, choisir un nom.
A KKARI A. etD ASEN P. R., 2004, Pédagogi es et pédagogues du Sud.
COSTA -LASC OUX J.,H ILY M. A. etV ERMÈS G. (sous la dir.d e), 2000, Pl ur alité des cultur es et
dynamiq ues identi tair es. Ho mmage àC armel Ca milleri.
MCA NDREW M. etGAG NON F. (sous la dir.d e), 2000, Re lations ethniques et éducati on
dans les sociétés divi sées (Q uébec, Ir lande du Nord,C atalogne et Be lgique).
VATZ -L AAR OUSSI M., 2001, Le famil ial au cœur de l’ immigr ation. Les str atégies de
cito yenneté des familles immigr antes au Qu ébec et en Fr ance.
P ERREGA UX C., O GAY T.,L EANZA Y. et D ASEN P. (sous la dir.d e), 2001, In tégr ations et
migr ations.R egar ds plurid iscipl inair es.
V ILL ANOVA R. (de),H ILY M. A. etV ARRO G. (sous la dir.d e), 2001, Cons truirel ’i nter cultur el ?
De la notion aux pr atiques.
SABA TIER C.,M ALE WSKA H. etT ANON F. (dirs .), 2002, Id entités, accultur ation et altérité.
SABA TIER C. etD OUVILLE O. (sous la dir.d e), Cu ltur es, inser tions et santé,2 002.
SABA TIER C.,P AL AC IO J.,N AMANE H. etC OLLET TE S. (sous la dir.d e), 2001, Sav oirsete njeux
de l’inter culture l. No uv elles appr oches, nouv elles perspectiv es.
SABA TIER C. etD ASEN P. (sous la dir.d e), 2001, Cu ltur es, dév eloppement en éducation.
Autr es enfants, autr es écoles.
G UILL ON Mi chelle,L EGOUX LucetMAM UNG Em manuel (éds .), 20 03, L’ asile politique
entred eux chaise s. Dr oits de l’homme et gestion des flux migr atoir es.
Conjuguer la ville_maquetteDEF_05072007.indd 4-5sous la direction de Roselyne de Villanova

CONJUGUER LA VILLE
architecture
anthropologie
pédagogie
collection«espaces interculturels »
05/07/2007 14:43:48Sommaire
Ac tualit és de l’ inter disc ipli naire 9
Roselyne de Villanova&Adelina Miranda
1.L’anthropologie urbaine dans quelques pays 25
L’It alie :uné tat des lieux 27
Amalia Signorelli, anthropologue, Naples
Me xico :é tat de la re cher che et pr oblèmes méthodologiq ues 47
Angela Giglia, anthropologue, Mexico
L’ Espagne:e squisse d’ une réflex ion d’ ense mble 65
Danielle Provansal, anthropologue, Barcelone
Te rr ains urbains au Port ugal :lav ille àl ’échelle de l’ ethnogra phie 91
Graça Indias Cordeiro, anthropologue, Lisbonne
Po ur une anthr opolog ie spatiale de la civilisation 111
Marion Segaud, sociologue, Dunkerque
2.Expériences pédagogiques 131
dans le cadre interdisciplinaire
Unee xpér ience de didacti que inter discip linaire in pr ogr ess 133
Amalia Signorelli, anthropologue, Naples,
&Constanza Caniglia, architecte, Naples
Un espace hybr ide de communi cation 149
entreh abitants,arc hitecte et anthr opologue
Blanca Sala Llopart, anthropologue, Barcelone
05/07/2007 14:43:48En trearc hitectureets ocio-anthr opologie, 165
la «M aison-labor atoire»delam édina àM ahdia
Rainier Hoddé, architecte, Paris,
&Agnès Deboulet, sociologue et urbaniste, Paris
Retour sur une expéri ence d’ enseignement 185
àlaf aculté d’ ar chit ecture de Porto
Carolina Leite, sociologue, Paris
3.Notions et outils d’analyse de l’espace 199
en contexte interdisciplinaire
Les cités utopiques ne sont pas des utopies 201
Maïté Clavel, sociologue, Paris
La réhabilitation du pavillonnaire: 217
objet patr imoinial et référ ence ar chitectur ale
Anne Debarre, architecte, Paris
Espace inter médiaireete ntr e-deux. 231
De l’ ar chit ecture àlam étaph orespati ale
RoselynedeVillanova, sociologue, Paris
Cesm igr ationsf éminines qui interr ogent l’ espace domes tique. 247
Mi gr antes d’Euro pe de l’ Est dans la région de Na ples
Adelina Miranda urbaniste et anthropologue, Naples
Du cruetdur ecuit. 261
Les contenus cult ur els des pr ojets d’ ar chit ecture expor tés
Jean-Michel Léger, sociologue, Paris
No tes pour un abr égé de topol ogie humaine 281
Philippe Bonnin, architecte et anthropologue, Pari s
Postface:301
De l’ anthr opol ogie pour l’ ar chit ecture et l’ urbanisme ?
Daniel Pinson, architecte et sociologue, Aix-en-Provence
Résumés 325
Les auteurs 333
Conjuguer la ville_maquetteDEF_05072007.indd 8-9*Actualités de l’interdisciplinaire
Roselyne de Villanova&Adelina Miranda
Seri ons-nous nostalgiques d’ une époque qui conn ut une cer taine syner gie
entrelav ision des ar chitectes et le re gardd es sciences sociales sur la ville
et le logement ?Ouavo ns-nous vér itableme nt quelque chose àp oursuivre
ensemble dans le nouv eau contexte eur opéen d’ har monis ation des ense
igneme nts ?C ette quest ion fut le point de départdel ’atelier de re cher che
dont les résultatssont ici ra ssemblés.N os effor ts se sont por tés sur la
constitutiond ’outils pour l’ ense igne ment et la re cher che sur l’ espace dans un
éclair age inter disc ipli naire, conv oquant l’ ar chit ecture, la soci ologieetl
’anthr opo logie.
Le contexted ans lequel pr end place cet ouvr age,n ouv eau en Fr ance,
est celui d’ une pér iode agitée par les débats et réfor mes de l’ ense igne ment
supér ieur et de l’ ar chit ecture pour lesquels on ir ait ve rs une har moni sati on
eur opée nne.Ilf aut ra ppeler qu ’en Fr ance,àlad iffér ence de la plupartd es
autr es pays,l es écoles d’ ar chit ecture, séparées de l’ univ ersi té, sont plac ées
sous la tutelle du ministèredelaC ulture. De plus,laf or mation technique
n’yap as la place que lui donn ent de nombr eux autr es pays eur opée ns
(Allema gne,Gra nde-Bre tagne,G rèce,I rlande,I talie,P ays-B as,P or tugal)où
*N ous re mer cions Je an-M ichel Léger et Jo ão RibeiroL opes pour leur re lecturea ttent iveet
leurs re mar ques.
9
05/07/2007 14:43:48la prox imité institutio nnelle entrel ieux d’ appr entiss age des ar chit ecteset
1des ingénieurs est for te –enE spagne,l es tr ois pr emièr es années d’ études
sont mêmes commun es entrearc hitectes et ingénieurs (Champy2 001). En
Fr ance,lam ise en place des masters et doctor ats dans les écoles d’ ar chit
ecturep or te àcro irequ’ un ra ppr ochement est àn ouv eau possible entrel es
différ ents sav oirs,e ntrel ’univ ersi té et l’ ense igne ment de l’ ar chit ecture sur
des bases nouv elles par ra pportàc elles qui, àlaf in des années 1960,
présidèr ent àlar éfor me de l’ École des Be aux-A rts.
Ce sont ainsi les difficu ltés typi quement fr ançai ses qui nous ont incit ésà
pr endreu ne telleinitia tivep uis àf airea ppel àn os collègu es ve nues d’It alie,
d’ Espagne, du Port ugal et du Me xique,s aisissant cette occasion pour reve nir
sur des quest ions inter discip linair es qui les préoccupa ient elles aussi.
Retour sur l’histoire des relations
entre architecture et sciencessociales
Ce collect if inter nat ional mené au sein du Réseau socio-économie de
2l’ habitat s’ est constit ué notamm ent autourdec eux qui av aient par tagé
l’ histoirec ommune des ra ppr ochements dir ects et indir ects entrearc
hitectureets cie ncess oc iales.À la fin des anné es 1960 en Fr ance,lacri se du
logement social de masse pr omu par l’ indus tr ialisationdub âtimentava it en effet
mobilisé ar chitect es et sociolo gues pour une analyse cr itique :lar éponse
d’ ur genceaum anque de logeme nts ne suffisaitp as àa ssur er la qualité de la
vie urbai ne.Unp eu plus tar d, ar chitec tes et sociol ogues urbains, incités par
les financementsp ublics de la re cher che allaient,d ans la pr ogr ammationà
3l’ éche lle de quar tiers,etm ême de villes ,s ’interr oger sur la fabr icationd es
tissus urbains.
C’est l’It alie qui appor ta sa réflex ion théor ique àl ’ar chit ecture fr ançaise
et àl ’urban isme,n otamme nt àpro pos de la réno va tion des centr es anciens,
av ec les ouvr ages d’ Aldo Ro ssi, L’ ar chitecturedelav ille (1966), et de Pier
Lu igi Cerv ellat i, Rober to Scannavini et Ca rlo de Angelis, La nouv elle culture
urbaine, Bo logne face às on patri moine (1977 ), tous les deux tr aduits en 1981.
L’ un et l’ autrer estent aujourd ’hui encore des référ ences impor tan tesd ans le
milieu des ar chitect es et urbanis tes fr ançais.
1. Le cursus d’ ar chite cturedel ’I nstitu to Su per ior de En genhar ia de Lisbonne,p our yr
emédier,aj ustem ent mis l’ accents ur la composa nte technique de la for mation.
2. Ce réseau inter nati onal de cher cheurs et pr aticiens des collectivit és locales sur l’ habitat a
été créé en 1991 àl ’initiativeduP lan constr uction et ar chite cturedum inistèredel
’Équipement, des Tr anspor ts et du Logement. Il s’ est constituéenGro upement d’ intérêts cien
tifique (GIS) CNRS en 1999.
3. La politique des villes nouv elles se met en place en 1969.
10 Roselyne de Villanova&Adelina Miranda Actualités de l’interdisciplinaire 11
Conjuguer la ville_maquetteDEF_05072007.indd 10-11L’ émer gencedecem ouv ement d’ idéesenF ra nce suit l’ éclateme nt de
l’ École des Be aux-A rtsenu nités pédagogiques d’ ar chit ecture (1968 ). Po ur
Bern ardH uet, l’ un des fonda teurs de l’Un ité pédagogique n° 8, dev enue plus
tardÉ cole d’ ar chit ecture de Pari s-B elleville,l ’I talie,avecses ar chitect es et
4urbanistes engagés politiq uement, était «lel ieu essentiel d’ une affiliation» .
Po ur le direr apidement, le modèle italien de l’ ar chit ecture se confr ontait à
l’ espaces ocia l, pr oposa it des pr incip es d’ aménag ement, de cons er va tion et
de réno va tion des tissus anciens contr air es aux pr atiques de la tabular asaà
la fr ançaise ;t out cela dev ait av oir des incide nces sur la réfor me des
enseignements poussée par les nouv elles génér ations d’ ar chit ectescontrel ’espr it
«boz art».
Àlad iffér ence de ce qu ’elle est aujo urd’ hui, la réfor me de l’ ar chit ecture
était pr opulsée par l’ élan d’ un mouv ement cultur el plus lar ge d’ échan ge
entred isci plines incluanta ussi la psy chanalyseetlas émio tique ;c elui- ci
s’ appuyait for tement sur la vo lonté de changement polit ique et instit
utionnel ;a ncré dans un pr ofond conflit de génér ationsp résent dans toutes les
sphèr es de la socié té, il puisa it sa for ce dans son inter nationalisme.
«L ’ense igne ment se réno vera av ec l’ apportd es sciences humaines,en
s’ ancr ant dans le réel et sur tout av ec l’ urban isme,qu’ il n’ est plus question
d’ ense ignerp ar allèlementàl ’ar chit ecture, mais av ec l’ ar chit ecture »,
décla5ra it un texte de la Co mmissi on du Gr and Pa lais .D ’ailleurs, en 1964d éjà,
6le Gr and Ma ssier d’ alors,P hilippe Mo lle récla mait la prés ence de soci
ologues,u rbanistes,géogr aphes et économ istes au côté des ar chitectes dans
«lepro jet d’ urban isme de mo ye nne impor tan ce,i mpliquant une étude ».À
quoi il lui fut répondu que l’ idée était «l ouable mais encore faut -il que ces
discipl ines par leurs objecti fs par ti culiers pour ne pas direp ar leur jar gon ne
7cachent pas nos préoccup ations essentie lles » .Def ait, c’ est la géogr aphie
humaine qui était la mieux acceptée.Ene ffet,selon Hu et, l’ ar chit ecte Mi chel
Écochar d, par exemple,« se méfiait des sociolo gues et pensait, comme
beaucoup d’ ar chit ectes, qu ’ils étaient des idéologues –cesur quoi il n’ av ait pas
tout àf ait tor t, d’ ailleur s… –etqu’ ils étaien t, en ce qui conc er ne le logement,
des conc urr ents dir ects des ar chit ectes,aum oins de cette génér ation d’
ar8chitectes,e ngagés,q ui pensaient qu ’ils étaient maîtr es du mode de vie » .
4. Vo ir l’ entr etien réalisé et ra ppor té par Je an-Louis Vi oleau, auteur de Les ar chitec tes et mai 68
(2005 ).
5. Co mmission composée d’ ensei gnants et d’ étudian ts dont les ateliers étaient logés prov
isoir ement au Gr and Pa lais en ra ison de la pénur ie de locaux et qui mena le mouv ement de
contestation.
6. Le Gr and Ma ssier est le Secrétairegénér al de l’ associ ation des élèv es et anciens élèv es de
l’ École des Be aux-Ar ts.
7. Ra ppor té par Je an-Louis Vi oleau (2005 :3 0).
8. En tr etien effec tué par Je an-Louis Vi oleau (2005)en1 986.
10 Roselyne de Villanova&Adelina Miranda Actualités de l’interdisciplinaire 11
05/07/2007 14:43:48C’est dans ces années-là que fut intr oduit un enseignement de sciences
sociales dans le cursus de l’ar chitecture grâce àH enriLefeb vre, philosophe
et soci ologue, fondateur de la chairedesociologie urbaine àl ’univ ersi té de
ParisX-N anterre, et associé aux ateliers de pr ogr amme du Gr and Palais.Il
fut rejoint en 1967par HenriR aymond, qui enseig nait lui aussi la sociologie
urbaine àP ar is Xetqui, invité au Gr and Palais,ar appor té l’étr angeté de sa
rencontreavecles élèv es ar chitectes,les uns et les autr es étant confr ontésà
9l’ignor an ce de leurs sav oirs respectifs .Sibien que les rappr ochements entre
sociologues et ar chitectes se constituèr ent dav antage sur la proximité idé
ologique,for te àcemoment-là, de la contestation des institutions académiques
et pr ofessionnelles.Lamise en place de la réformedans laquelle ils fur ent
tous impliqués tour na défi nitiv ementla page de l’époque «bozart»,du
patr on-ar chitecte for mant ses élèv es,d ’un ens eign ementacadémique
ignorant des réalités sociales et de l’impor tance des beso ins en loge ment social.
En systématisant l’ inno va tion ar chitect ur ale de l’ habitationets on év
aluation par les soci ologu es,leP lan Co nstr uction, fondé en 197 1, mit ceux-ci
dans une positi on délicatedej uges des œuvr es des ar chitect es ;dum oins
est-ce en ces ter mes que bon nombredec es der niers le re ssentir ent.« Je ne
pense pas que les sociologues m’ aidentàf aired es logements, mais ils nous
10aident àp enser », déclar ait récemm ent l’ ar chit ecte Yv es Lion .Onp ourr ait
pr endrep our une coquet ter ie cette re mar queq ui re viendr ait àd ireq ue les
nombr euses études et enquêtes socio-ant hr opologi ques sur les modes de
vie et modes d’ habiter n’ ont pas ser vi aux ar chit ectesp our la conception
des logements –a ur aient-elles seulement ser vi aux émetteurs de cahiers
des char ges ?A ujourd’ hui, l’ apportdelas ociologie et de l’ anthr opol ogie est
acce pté dans l’ ense igne ment de l’ ar chit ecture comme une sor te de
complément académique (à l’ opposé donc des cir cons tanc es de son intr oduc tion
après1 968 ). Qu and àl ’inter ve ntion des sociologu es dans les pr ojets urbains,
elle n’ est toléréep ar les ar chit ectesq ue comme celle d’ exper ts en négoc
iation capab les de dén ouero u, du moins, de compr endrelacri se sociale des
quar tiers de banlieue.
En tret emps,en1 986, le CNRS montr ait son inté rêt pour la coo pér
ation entrel es disc iplin es en cré ant la commi ssion« Ar chi tec ture,
urbanistique,s ociété », tr ansv ersale àl ’ar chit ecture et aux sciences sociales,d ans
laqu elle Bern ardH uet et Chr istian De villers re présenta ient l’ ar chit ecture. Il
ye ut effectiv ementd es pr ogr ammes finan cés dans cette persp ectiveetd es
9. H. Ra ymond, L’Arc hitectur e, les av entur es spatial es de la Raison (1984 ); àl ’apportdela
sociologie s’ ajoutait celui de l’ histoire, av ec la ve nue de l’ histor ien du logements ocial,
Ro ger -H enriG uerr and, qui re joignit Bern ardH uet dans la fondation de l’Un ité
pédagogique n° 8.
10. Répon se d’Yv es Lion àlaq uestion sur le rôle des sociologues auprès des ar chitectes,l ors
d’ une re ncontreàlal ibr air ie Le Mo niteur,enj uin 2006.
12 Roselyne de Villanova&Adelina Miranda Actualités de l’interdisciplinaire 13
Conjuguer la ville_maquetteDEF_05072007.indd 12-13cher cheurs mus par la vo lonté de poursuivre un dialoguesur des bases
scientifi ques cette fois.A insi fut crééen1 994 le rés eau SHS Te st des enseignants
de sciences sociales dans les écoles d’ ar chit ecture animé par André Sa uv age.
Ainsi se tint le colloque «Arc hitect ureetc ultur es »à l’ initiative de Chr istelle
Robin (199 2). Ra ppelons aussi l’ ar ticle de Pa scal Amphoux et Gi lles Ba rbey
(1998) préoccupésp ar les mêmes questions.L es initiativ es dont cell es-ci
donn ent quel ques exem ples,r endir ent visiblelac onfr onta tion entred
isciplines sur l’ espace de la ville,l ’espace habité, l’ espace cons tr uit. D’ ailleurs,
en 199 5, Je an-Charles De paule,r éunis sant les pr incipales publications qui
av aient, de son point de vue,f ait re connaîtrelec hamp «e ncorep our une
lar ge partv ir tuel », considéra it l’ anthr opol ogie de l’ espace comme «l ’objet
complet ar ticulantl es deux objets par tiels qui le constituent, soit appr oches
ar chitectur ales et sciences humaines »(De paule 1995).
Au cœur des débats àcem oment-là, la question de l’ influen ce de l’ ar
chitectures ur le mode de vie n’ est toujoursp as close :e lle oppose une vision
optimiste às on extrême –q ue l’ ar chit ecture ne change ri en, puisque seuls
les pr oblèmes sociaux (chômage,m igr ation, échec scolair e) sont les causes
d’ un «m al habiter ». To ute la réflexion récente sur les ségrégationss patiale
et sociale,etc elle plus discrète qui interr oge,enF ra nce,a u-delà de la mixité
sociale,l es mixités de l’ urbainàt ous les niv eaux (fon ctionne l, typo lo
gique,s ocial, démogr aphique,destat ut et de tenurer ésidentiel le…), devr ait
pour tant susciter dav antage de collab or ations entrel es disciplines pour
penser globalement les inter actions entref or mes et pr atiques sociales.C ar
les sociabilités urbaines ne s’ ar ticulent pas sur le vo isinage résidentiel,q ui
n’ est jamais un moteur en soi des re lati ons,m ais sur des échanges for mels
et inform els, autour d’ activités d’ or drec ommer cial,our elev ant de l’ école,
de la vie assoc iative, etc.
Contexteslocaux et partages des savoirs
Un cer tain nombred ’expér imenta tions dans les pr ojets de réno va tion de
quar tiers et de logements fur ents menées av ec la par ticipation des habitants
impliquant la coopér ation entrel es sav oirs,n otamm ent de l’ ar chit ecture et
des sciences sociales.EnF ra nce,enI talie,auP or tugal,c es for mes d’
interve ntion ont émer gé àq uelques années près,àlam ême époque.
11Au Port ugal, bien av ant le 25 avr il 1974 ,l ’École des Be aux-A rtsdeP or to
av ait une tr aditiondetrava il av ec les populations(Da vid 1976). Ce pendant,
il semble que ce soit le contextedelar év oluti on qui ait vér itablem ent engagé
la coopér ation entrearc hitectes et sociologues àtrave rs l’ expér imenta tion du
11. Da te de la rév olut ion des Œill ets.
12 Roselyne de Villanova&Adelina Miranda Actualités de l’interdisciplinaire 13
05/07/2007 14:43:4812logement social et des coopér ativ es d’ habitatio n. La créa tion du SAAL en
août 1974auP or tugal souslar esponsabilité de Nuno Po rtas,secrétaired ’État
àl ’H abitation et àl ’urbanisme,instauralecadrepour des opér
ationsdeparticipation av ec les associations d’habitants des bido nvilles et zones dégr
adées de différ entes villes.LeS AAL mettait àladisposition des associations
d’habitants des équipes d’ar chitectes,ingénieurs,sociologues,technici ens,
assistantes soci ales,jur istes,agissant en concer tation av ec les municipalités.
C’est ainsi que Alv aroS iza réhabilita un quar tier de Po rto, av ant de réaliserà
Év oralequar tier de Malagueira av ec Nuno Lopes,lemodèle-type offr ant des
va riantes distr ibutiv es en fonctiondelademande des habitants.D es
expériences similair es étaient le fait des coopér ativ es d’habitations en général.
En Fr ance,lap ar ticipation re monte aux années 1970avecl ’appui du Pl an
constr uction, impliqué notamment dans la réalisation de deux opér ations
13phar es,l ’Alma-G areàR oubaix et le Petit Sémi naireà Ma rseille .Lar
edéfinition des rôles et des pouv oirs (ceux de l’ ar chit ecte,dum aître d’ ouvr age et
des collec tivités locales)e st née quand la cr itique sociol ogique por tait celle
du mode de pr oduction des gr ands ensembles.A veclaf in de ces der niers,la
méthode par tic ipatives ’est réor ientée dans la pr oducti on de petiteso pér
ations de réhabil itat ion mené es en conc er ta tion av ec des assoc iations d’
habitants,d ans le cadred it de la démocr atie localeoùl eur rôle variec
onsidé14ra blement d’ un cas àl ’autre .
On aur ait pu penser que les fondations d’ une collabora tion dur able
av aient été établies.OrauP or tugal comme en Fr ance ou en It alie,l es prox
imités socio politiques fir ent illusionsur l’ existen ce d’ une collabora tion
scientifique qui n’ était pas vr aiment l’ enjeu.A ujourd’ hui, les champs disci
plinairesetd ’inter ve ntion par aisse nt éloig nés,etp as seulement en Fr ance,t andis
que par ado xalement on peut constater une plus gr ande prox imité entrel es
sav oirs et les acqu is,etqu’ il existe toujou rs une vo lonté polit ique soutenue
de coopér ation. Dura nt leurs études,l es étudiantsenarc hitect urem ontr ent
une gr ande disponi bilité env ers les échanges entred iscipl ines ;p lus tar d,
c’ est l’ exer cice pr ofes sion nel pr is dans les contra intes des mar chés qui ne
prédispose plus àlac oopér ation entrearc hitectes et sociologues ou anthr
opologues,ceq ue les contenus des enseignements semblent anticip er.
12. SAAL : Serv icio de apoio ambulato rio local (S er vice d’ aide mobile locale).
13. Vo ir les ar ticles de AlbertM ollet,« La par ticipat ion :p our quoi, comment ?» (1982) et de
Ra inier Ho ddé, «M arseille. Le Petit Séminaire»( 1982 ).
14. On ne saur ait bien entendu confondrelap ar tici pation/co ncer tation av ec les enquêtes
préalabl es effectu ées lors d’ un pr ojet de réhabi litation. Po ur plus de précisions,onp eut se
re por ter aux débats sur ces notions dans Hélène Ba cqué, Yv es Sintomer,H enryR ey, Ge stion
de prox imité et démocr atie par ticipative,P ar is,Lad écouv er te,2 005 ou encore Hélène
Bernar d, Paro les d’ acteurs,lap ar ticipat ion des habitants au re nouv ellement urbain àB er lin,
Paris, PUCA Recher ches 2006.
14 Roselyne de Villanova&Adelina Miranda Actualités de l’interdisciplinaire 15
Conjuguer la ville_maquetteDEF_05072007.indd 14-15Au creux de la vague,
un atelier international restreint
C’est un tel contexte qui as uscité la mise en place de notrea telier de
re cher che autour des questions suiv antes :
–Qu’ est-ce qui nous motiveàr éfléchire ncoree nsemble,arc hitect es,
anthr opologues,sociologues,p our penser la ville post-m oder ne et la pr
ogr ammer ?Q uels outils pouv ons-nous par tager pour connaîtrel es
compor temen ts rési dent iels ?Q uelle actualisation et mise en commun de nos
sav oirs pouv ons-no us réalis er ?Qu’ av ons-no us àtra nsmettre dans l’ ense
igneme nt ?
–Qu’ en est-il aujourd’ hui de la mobili sation des différ entesdiscipl
ines pour l’ inter ve ntion urbaine,d ans le contextee ur opéen où la cir culat ion
des connaissances semble s’ êtrea ccélérée grâce aux suppor ts inter net, aux
bases de données et àl ’inter nati onal isation de la comm ande en ar chit
ecture?Etqu’ en est- il dans l’ actuel conte xte mondi al ?
Part out les vill es riva lisent dans l’ élabora tion de pr ojets d’ ar chit ecture
pr estigieux. La course au pr estige dépasse les empr unts év entuels àd es
styles locaux pour se mesur er inter nati onal emen t, dans des for mes compar
ables,ett oujou rs plus visibles de loin, vo irea udacieu ses dans la techniq ue
de constr uction. Cert aines ar chitect ur es s’ inspir ent d’ objets décora tifs qui,
sur dimension nés,d eviennent ar chitect urer évélant dav antage une pr ouesse
techniq ue qu ’une démar che ar chitectura le.Lapra tique ar chitect ur ale est
totalement éloignée des usages laissés aux sav oirs des scienc es social es.N ’y
a-t-il pas en Fr ance alors,unr ecul ve rs l’ autono mie de l’ œuvrec ontrel
’intégr ation dans le contexte histor ico-social qui av ait été l’ un de ses comba ts des
anné es 1960 comme il av ait été celui de l’It alie puis du Port ugal ?C er tains
sociologuesd énonc ent même aujourd’ hui le couplaged ’un tel urban isme
15monume ntal av ec des obje ctifs sécuritair es .D ans d’ autr es pays,lap
réoccupat ion sociale tr av erse continuel lement le souci esthét ique d’ une
partie des ar chi tec tes –a insi en est-il du Br ésil qui connaît un dév eloppem ent
urbain séparé :v ill es-bidonvil les d’ un côté, quar tiers fer més de l’ autre.
En Euro pe,l ’artdec onstr uirenes ’éloi gne- t-il pas àn ouv eau de l’ artde
faireavecl es usages,aveclaf abr ication complexedut issu social ?D ans
maintesopér ations,onenr evient, sinon àla tabula ra sa, du moins àl
’indiffér ence au contexte urba in et soci al, av ec l’ implantationbru tale de pr ojets
dans des quar tie rs aussis ensibles que leur population. Carlapra tique ar
chitectur ale d’ agenceetdec hantierp réfère des espaces vides donc répétit ifs ;
15. Vo ir les tr av aux de Je an-PierreG ar nier,etenp ar ticul ier «Unespace indéfendable,l
’aménagement urbain àl ’heures écur itaire»( 2004 ).
14 Roselyne de Villanova&Adelina Miranda Actualités de l’interdisciplinaire 15
05/07/2007 14:43:49elle re ncontrel es préfér ences des maîtresd ’œuvred ans l’ effectua tion plus
ra pide du chantier et s’ oppose àl ’espace plein décr it par les scienc es
sociales (R aymond 1984).
Fa ce aux opér ations de réno va tion qui accélèr ent la montéed es va leurs
foncièr es dans les villes eur opéen nes,f ace aux décisions et pr océdur es de
démolit ions des gr ands ensemb les,u ne réflexion inter discip linairen ous
as emblé indispensa ble et ur gente,etile st temps que les économist es s’y
joigne nt.
No us av ons débatt u, au long de quatrea nnées,auf il de plusieu rs re
ncontr es.Lec olloque «U rbanisti ca ea ntr opologia urbana. Form azione alla pr
atica dell ’interd iscipli nar ietà », or ganisé par Amalia Si gnor elli et Co nstanza
Ca niglia, av ec Ad elina Mira nda (univ ersitédeN aples,2 3-25m ars 200 4) aé té
l’ occas ion de nous ra ppr ocher dav antage des anthr opolo gues,sociologues,
ar chitect es et ingénieurs italiens.À par tir de l’ expér ien ce locali sée
napolitaine,d iffér entes perspec tiv es d’ étudeso nt per mis de dégag er des points de
confr onta tion auto ur des thèm es de la ville,del ’urban ité, de la par ticipa tion
des habita nts et de la réhabi litati on urbaine. L’ interro gation de départs ur
les inter actions et les collabor ations possibles entrel ’anthr opol ogie urba ine
et l’ urban isme ap er mis une confr onta tion cr itique sur les légiti mités théor
ique et pr atique des domai nes disc iplinaires. Les pr oblèmesp osés par l’
exercice de la démocr atie par ticipativel ors de l’ élabora tion du plan urbain ont
fait appar aîtrelap lur alité des re gar ds por tés par une plur alitéd es sujetssur
le phénomène urbain àl ’éche lle locale et régi onale.C ette re ncontres ’est
égal ement centrée sur l’ enjeu que re présente la collabora tion pédagogique,
documentée par une exposit ion née de la collabor at ion d’ étudian ts en
ingénier ie,a nthr opologie et ar chitectures ur le thème «S ujets et lieux.
Documents d’ un par coursp édagogique ».
Lors de nos re ncontr es,etauf ur et àm esureq ue nos connaissances,
nos questi onnements et nos pr oblémat iques se sont cr oisés,e st appar ue
l’ impor tance de la re définit ion du rôle des espaces et des vill es àl ’intér ieur
des pr ocessusdeg lobalisation. Les études sur la globalisation des mar chés
de pr oduction, distr ibution et consommation soulignent le rôle constitutif
des villes globales et la création d’ une nouv elle géogra phie urbaine
planétaire(Sa ssen 1997 ). Les configur ations et les connexions de ces métr opoles
engendr ent des typologies et réseaux urbains qui ont des conséquen ces
également sur des villes pér iphér iques.Den ombr eux nœuds urbains,q ui
ne sont pas des lieux de concentr ation des ser vices,d ’entr epr ises inter
nationales ou d’ échan ges financ iers,s ont impliqués dans ces mouv ements
d’ inter nati onal isation. Leursm odalit és de par tic ipation posent de
nombr euses questions re lati vesàl ’élabora tion des identités urbaines singulièr es,
des continuit és et des ru ptur es av ec le passé,a insi que des for mes d’
intera ction entred iffér entes cultur es dans le même espace. Cesconfigur ations
16 Roselyne de Villanova&Adelina Miranda Actualités de l’interdisciplinaire 17
Conjuguer la ville_maquetteDEF_05072007.indd 16-17spatiales ra ppellent, en effet, l’ évide nte difficu lté àé clair cir la coex istence de
tend ancesa ppar emm ent contr adictoir es (terr itor ialisat ion-déterr itor
ialisation,u niform isation -div ersi fica tion,h omogénéisa tion-hét ér ogénéisati on,
locali sation-circ ulation) qui accompagnent la globalisat ion économique.
L’ espace public de la ville eur opée nne,v ue dans son év olut ion hist or
ique,r éno vée ou objet d’ une opér ation nouv elle,n ’a pas encore re joint celui
des vill es amér icaines :q ue l’ on fasse référ ence àl eurs étendues
résidentiellesd épour vues de maillageu rb ain comp lexe,ded iv ersité des échelles et
des activités,etd ans cer tains cas,d es popula tions,ouq ue l’ on se réfèreau
centred es mégapol es…
La villee ur opéen ne résis te àlac onstr uction des résid encesf er mées,l
’espace public des quar tiers populair es anci ens ou hist or iques réno vés s’ offre
encoreàl ’expér ien ce de la ville àp ied. En It alie ou en Espag ne,l es gr
andes pla ces des cen tr es histor iques réno vés s’ actualisent et les pr atiques des
autochtones par viennent àa ssimiler celles des tour istes.
En même temps,lat endan ce àlap ér iurbani sation qui se génér alise
nécessite d’ autr es outils d’ analyse que ceux référésàlav ille-c entre. Une
connaissancef ine des pr atiq ues,p référ ences,l ogiqu es des popula tions
permettr ait sans doute,m ieux que la cr itique du modèle amér icain d’ urban
spr awl, d’ or ienter les politi ques publiq ues.
La référ ence comm une,t oujo urs incontour nable,àl ’École de Chicago
et às es dév elop peme nts ultéri eurs,tra duite plus tôt en It alie qu ’en Fr ance,
peut êtreq uelque peu ébr anlée par ce que Mi ke Da vis dénon ce comme un
«d éter minisme biologique »s ubstitué àd es analyses vér itable ment
socio16politi ques .
Da ns le contextedec ir culat ion ra pide des idées et de for te inter
nationalisationd es conc ours comme de la mobili té généra lisée des populations,le
logement re ste toujo urs une quest ion délicateq ui appel le une réflexi on de
la petiteé chelle,e t, comme le dit Fr ançois Laplantine (2001), de l’ infiniment
petit et du quotidi en, de l’ inter stice où l’ ouvr age tantôt s’ ar ticule
modestement àdel ’existan t, tantôt s’ya dosse.
«Ona ttend av ec impatience que la pr atique ar chitectur ale dév eloppe une
foule de sav oir -fairem inuscul es,h ybr ides et complexes,q ui ne sont pour le
moment for mali sés que de mani èree mbr yo nnaire, mais qui réintè gr ent de
mani èrea ctiveets ensible des données techniq ues et des sav oirs scientif iques
av ancés.L es scienc es socialeso ffr ent aujo urd’ hui une palette de méthodes
16. En effet, le mouv ement des migr ations bien connu que décr it Burg ess comme «c
oncentr ation, centr alisati on, ségr égatio n, inv asion et success ion »def or ces biologiqu es qui
alimenter aient leur «é cologie urbaine », est dénoncé par Da vis aux vues que les déter minants
de la mobilité (r ev enus,v aleur foncière, classe et or igine) ne sont pas d’ or dren atur el mais
socio-polit ique (D avis 2006 ;G ar nier 2006).
16 Roselyne de Villanova&Adelina Miranda Actualités de l’interdisciplinaire 17
05/07/2007 14:43:49d’ observ ation des pr atiques et d’ interp rétationder eprésentat ions qui, loin de se
réduirea ux techniq ues tr aditionnel les de la psy cho-sociolog ie des années 196 0,
devient dir ectement opér atoireena mont, au cours ou en av al de l’ activité de pr
ojet. »( AmphouxetB arbey 1998).
Or une telle manièredef aireintér esse peu ceux qui cher chent às igner
une œuvrer emar qu able.P our tant, àc ette échelle se joue la re ncontree ntre
les cult ur es àp lusi eurs niv eaux et la quest ion se pose de l’ univ ersa lité des
modè les dans le contexte actu el de globalisation.
En ce sens,onat oujou rs quelq ue chose àa ppr endredec eux qui font l’
expér ience de plusieurs cultur es d’ habitat dans les temps longs et fabr iquent
17des modèlesh ybr ides mais aussi de ceux qui le font dans les temps cour ts
comme les immigrés.L oin de cher cher àp enser un logement adapté aux
migr ants et àl eur supposée culture, on est appeléào bser verl es empr unts
entrer éper toir es cult ur els différ entsdans les usages et la pr oduction de l’
espace.Cesont, pour ar chitect es et socio-anthr opol ogues,d es moments pr
ivi18légiésder encontreavecl ’inter cult ur alitédec er taines pr atiques .
La dimens ion inter nati onaledel ’équipe ap er mis de faired es détours
successifsp ar les expér iences des autr es pour mieux re lancer la réflexi on
sur le pr oche,enp réciser les contours que peuv ent éclair er ces discipl ines
présentes.
L’ impor tance des référ encesbibliogr aphiq ues re censées et pr
oblématiséesp our chaquep ays met en évid enceunf ait inatte ndu :lapro ximité
entrel angues latines révè le des passagesd ir ects,sans le détour par la langue
anglai se,dep lus en plus référ ence commune dev ant les faibleso ppor tunités
de la tr aduction. Carl es questionnemen ts sur l’ espace urbaind ont les
formes et le dév elop peme nt vari ent d’ un contin ent àl ’autre, ont besoin aussi
de référ ences constit uées dans la confr onta tion aux culturesu rbaines
latines,m ême si l’ influen ce de l’ anthr opol ogie urba ine amér icaine est re
connue et référ encée.
17. Un cer tain nombredetrava ux récents sur l’ Asie du Su d-Est se prêtent par ticulièr ement
bien àceq uestion nement, on ve rran otamm ent Chr istian Pe delahoredeL oddis (2001 ).
18. Ainsi, les immigrés nous re nv oient des questions sur le modèle urbain en génér al lorsqu ’ils
constr uisent leur habita tion ou la tr ansfor ment :p ar exemple les Port ugais av ec la double
cuisine qui ve ut répondrea ux prépar ations culina ir es salissa ntes et aux prépar ations plus
or dinair es faites av ec les éléments intégrés ;ils énoncent ce àq uoi devr ait répondrelac
uisine bien conçue av ec toutes les fonctions.Les alon àlat ur que ou àlam ar ocaineavecl es
div ans nombr eux adossés aux murs nous re nv oient une question sur l’ hospitalité familiale
(réce ption comme héber gementt empor air e) en milieu urbain. Les immigrés montr ent leur
capacité àj ouer de référ ences àp lusieu rs cultur es,m obilisant leur créativitép our plier des
espaces nor més aux pr atiqu es famil iales qui ont bien souv ent un car actèreu niv ersel.
18 Roselyne de Villanova&Adelina Miranda Actualités de l’interdisciplinaire 19
Conjuguer la ville_maquetteDEF_05072007.indd 18-19Un ouvrage en trois parties
Une pr emièrep ar tie présente les domaines plut ôt jeunes de l’ anthr
opologie urba ine en Ca talogne,enI talie,auP or tugal,auM exique, ainsi que
celui de l’ anthr opol ogie de l’ espace en Fr ance.Ceq ui nous semble
indispensable pour appr ocher l’ espace av ec les ar chit ectes et inte rr oger la for me et la
fonctiond es pr oduits ar chite ctur aux, leur ident ifica tion av ec un lieu ou av ec
un contexte dans une pers pectiveglobal isée.
Les contr ibutionsm ettent en perspe ctivelan aissance de l’ anthr
opologieavecses filia tions d’ un pays àl ’autre; le Port ugal en est l’ exemple le
plus fr appant :c onstituée tar div ement, l’ anthr opol ogie urba ine por tugaise
asum êler av ec succèsp lusi eurs tr aditions académiq ues étr angèr es (In dias
Cord eiro).
Les réflexions sur des pays où les sciences sociales se sont dév eloppées
tar div ement par ra pportàlaF ra nce,n otamment àc ause des régimes autor
itair es en place,a lim entent une connaissanceq ui doit êtreh istor icisée.E lles
interro gent différ em ment le passage d’ une anthr opol ogie dans la ville àu ne
anthr op ologie de la villem ais également les bases théor iques de l’ appar eil
conc eptuel utilisé par l’ anthr opol ogie cult ur elle (Si gnor elli). La re mise en
cause de l’ existen ce des cultur es comme entités monoli thiques,isolées et
séparées dans l’ espace et dans le temps appar aît comme un résultat
largement par tagé d’ autant plus que,d ans cer tainsc as,l ’anthr opol ogie s’
affir me àp ar tir d’ un conte xte urbainq ui vo it affl uer les popul ations étr
angèresp ar ti cipant àlacro issance des vill es,c omme c’ est le cas pour l’ Espagne
(Prov ansal ). L’ appar ition sur la scène migr atoiree ur opéenne de l’,
du Port ugal et de l’It alie,tra ditionn ellem ent pays d’ émigr ation, ac ontr ibué
àl ’émer genceden ouv eaux questionnements sur la cultureu rbaine.A insi,
dépassant l’ opposition entrepro ces sus d’ homogé néis ation enge ndrésp ar la
globali sation et vari ations locales,u ne anthr opologie ar chitect ur ale pourr ait
étudier les nouv elles for mes de spat iali té nées de cont extes d’ inter actions
cultur elles plutôt que de cultur es pr opr es localisées (hybr idations,m
étissages,p ar exempl e) (Se gaud ).
Les contr ibutio ns théor iques et les expér iences de collabora tion inter
disciplinaire présentées par les auteu rs montr ent les différ ences que l’ anthr
opologie et la sociologie entr etien nent, selon les pays,avecl ’ar chit ecture, ou
encoreavecl ’ingé nier ie pour le cas italienp résenté ici.
Sa ns doute ces div erses re ncontr es sont-ell es le pr oduit de la place
différ ente qu ’occupent ces discipl ines dans les pays eux-mêm es.Ent ous cas,
elles per mett ent la constr ucti on d’ un nouv eau point de vue sur l’ espace et
sur les lieux urbai ns et pér iurbai ns ;led év eloppeme nt de l’ anthr opol ogie
urba ine en It alie et en Espag ne en est un exem ple.Ler egarda nglo-sa xon
por té par l’ anthr opol ogie de la Méditerr anée av ait pr oduit une image «p
aysanne »dec es pays tandis que la cir culation urbaine est un tr ait fondamental
18 Roselyne de Villanova&Adelina Miranda Actualités de l’interdisciplinaire 19
05/07/2007 14:43:49de la culturem éditerr anéenne (K enny,K er tz er 198 0). Da ns ce contexte, une
anthr opolog ie re gar dant spécifiq uement la villenep eut pas êtrev ue comme
une réflexi on spécial isée.Enm ettant au centredel ’attentionlav ie urbai ne
ainsi que la complexi té cultur elle,l ’anthr opol ogie est par ve nue àr enouv eler
les quest ions sur l’ urbainetl ’espace.Ile st signifi catif qu ’aucuna nthr op
ologue ital ien, espagnol ou por tug ais ne soit allé àlar echer che de la ville
méditerr ané enne, mais qu ’ils aient ouv ertd es quest ions théor iques et
méthodologiques d’ or dregénér al.
La naiss ance et le dév eloppement de l’ anthr opol ogie urba ine ont
néanmoins re ndu l’ inter disc ipli nar ité indisp ensable. Ainsi, les sciences sociales
ont été conduites àr appr ocher des méthodes et des matér iaux que sépar aient
autr efois les domaines disciplinair es:l es appr oches socio-économiq ues
quant itat iv es av ec l’ observ ation dir ecte de l’ ethnolo gie,l ’enquê te micr
osoci ologique de terr ain, le re cueil de récits et l’ analyse de disco urs.S ’y ajoute
l’ ethno- ar chit ecture (Pinson 1988 ;C lément-Cha rpentier et Clément 1990 )
appor tantl ’outil tr av aillé àlaf av eur de la doublef or mati on de leursa uteurs
(ar chite cte-sociol ogue ou ethno logue ), chacu ne des disci plinesa yant
systématiséceq ui lui était pr opre. La perspecti ve inter disci plinaire re ste un
analy seur des tissusu rbains indispensa ble pour la pr ogr ammat ion qui doit
concevo ir quar tiers et vill es nouv ellesd ans le temps réduit, dans l’ anticip
ation et non l’ accomp agneme nt des usages.C ependant, elle re ste bien faibl
ement pr ise en compted ans la pr ogr ammat ion qui ne maîtr ise absol ument
pas cette échel le de la conce ption, àl ’ex cept ion du cas du Me
xique.Lapratique mexic aine de l’ inter disc ipli nar ité se détacheene ffet for tement de nos
expér iences en ce qui concer ne la pr ogr ammation. Si ses thèmes de re
cherche re stent pr oches des études eur opéennes,d ans un contexted iffér ent de
mégapole, en reva nche elle semble moins tr av ersée par les autr es disci
plines des scienc es social es,ser éser va nt pour elle le point de vue de l’ acteur
(Gi glia)a lors qu ’en Euro pe celui-ci émer ge plus souv ent d’ une nébu leuse de
disci plines humainesous ocia les.
Une seconde par tie s’ intér esse àl ’ense igne ment des scien ces socia les
dans les écolesd ’ar chit ecture et présente des expér iences pédagogiques
inter disciplinair es dans plusieurs pays.Y sont décr ites des expér imentati ons
or iginales en matièred ’ense igne ment autour de pr ojets de réhab ilitation.À
Barc elone,onyv oit plus par tic ulièr ement analy sée la conduite d’ une
expéri ence de situation dialogique entreé tudiants-ar chitectes,a nthr opologues
et habita nts sous for me de jeux de rôles(Sa la Ll opart ). ÀP or to,u ne
expéri ence aé té menée entreunc ours d’ anthr opol ogie et un coursded essin
pour le tr av ail sur cer taines notions, tel le seuil et qui pouv ait conduireà
élabor er un lexiq ue commun. Ce tte expér ience apus ensibiliser (enfin !) les
étudiants de pr emièrea nnée àlal itt ér atures cientifique ( Leite).
20 Roselyne de Villanova&Adelina Miranda Actualités de l’interdisciplinaire 21
Conjuguer la ville_maquetteDEF_0507200 7.indd 20-21Àl ’univ ersi té de Na ples,lam ise en place d’ un sémin aireinter discip linaire
per met de réfl échir sur l’«i nsuffi sance disci plinaire» de l’ urban isme et de
l’ anthr opol ogie et, sur tout,sur le «d iscipl inocentr isme »q ui guide et or iente
la réflexionetlapra tique de chaque discipline ;l ’objet commun étant les re
lationse ntre« sujets loca lisés» et «l ieux subje ctivés» (Si gnor elli &C aniglia ).
L’ expér ien ce menée àM adhia (T unisie) sur une maison-labor atoirem et en
exer gue les difficul tés dér ivées de la pr atique plur idiscipl inaire; la constr
uction d’ une situation inter cult ur elle entreé tudiants,e nseignants,h abitants,
ar tisansdub âtiment et hommes politiques suppose des réajustements
permanents (De boulet &H oddé). To utes ces expér imentations,q ui re nv oient
aux différ entscontext es académiq ues nationa ux, ont été au centredud ébat
que l’ on am ené sur la néce ssité d’ élaboreru ne démar che pédagogique
pluri disciplinaire, plur icultur elle et plur ipr ofessio nnelle.
Une tr oisième par tie discute des notio ns,p ro posant des outilsd
’analyse de l’ espace dans unep erspecti ve inter disciplinaireeti nter cultur elle.
L’ un des obje ctifs aé té la néces sité d’ iden tifier les obje ts propresàc haque
champ,s es frontièr es,à travers lam obilitéd es populat ions et l’é vo luti on
des villes.Ene ffet,lec ontexte de globali sation incite àcre user sous son
enveloppe les no ti onsf ines qui perm ettent de foui ller les spécifici tés lo
cales,lap etite échellel iée aux c hangements socio-s patiaux. L’ espa ce urba in
est inte rrogé dans sa quotidienne té, dans sesu sages multip les et différ
enciés,t els le seuil, la front ière,lal imite :a insi en est-il de l’ usage de l’ espace
domestiq ue dans une re lati on interc ultur elle de ser vice qui ébranle l es
catégor ies de l’ intimité,del’es pace pr ivé et public, et pose la sexua tion de
l’ espace( Mi ra nda); ou encoredelar elect uredelan otion d’ espace
intermédiaire entrelam atér ialité de l’ ar chit ecture et sa constr uction sociale qui
établitc et espace par ticu lier de l’ entr e-de ux, résu ltat d’ interactionse ntre
cultur es (Vi llano va ). Ceso utilsd evraient ser vir àl’analyse d’ objets urbai ns
tantôt peu ex pl or és ta ntôt révé lant de nouvelles morphologies.Ils
pourra ient conduireàc elles pare xempl e, que peuvent dess iner les lie ux de pr
atiques ar ti stiq ues urba ine s, comm émo ra ti vesouf estives,ouc elles
éphémère s, des jar dins par tagés qui se glis sent dans les intersti ces d’ un bâtip lus ou
19moins durable .T oujours dans le cha mp de la petiteé chelle,voici l’
identité loc ale pos ée et bou scu lée lor squel’ar chit ecte étranger répo nd àu ne
commande en proposant un ouvrage plus local que ne le ferait l’ homme
«ducru »( Léger ). Ce tte att it udedel’étranger «h yper -corr igé »i ntroduit la
19. Cesl ieux sont constitu és par la mise àd ispositi on tempor airep ar la Vi lle,det err
ains,friches,p ar celles en attente d’ affectation,àu ne associ ation d’ habitants qui souhaite nt yf aire
du jar dinage.U ne thèse est actuellement en cours sur les jar dins par tagésàP ar is.V oir Ju dith
He ckmann (2007 [à par aîtr e]).
20 Roselyne de Villanova&Adelina Miranda Actualités de l’interdisciplinaire 21
05/07/2007 14:43:49questiondud écalaged ans l’ inter prétationdelac ulturearc hitecturale de
l’ autre, et demande que l’ on re considèrelac ir culation des influences
lorsqu ’elles brouil lent les car tes du «t rès lo cal ». En fin la notion de patr imoine
est approchée dans le proces sus de sa fabr icationàt ra ve rs l’ exemple de la
réhab ilitation de l’ habitat pav illonnaired ans son sens social et ar chitect
ural( De barre ).
L’ explor ation de ces quelques notions serau ne incitation, espér ons-le,
àc onstit uer,aveccette perspect ive, un inv entaire ra isonné systématique.
Il pourr ait même s’ agir de constr uireunv ocabulaire topo-ar ch itectur al
des lieux et des espaces qu ’ils tissent entree ux (seuil, limite, passage,l ieu
ouv ertouf er mé, etc .) ;c ela impli quer ait d’ en cons tituer le cadret héor ique
tel que pr oposé ici, celui d’ une topolog ie socia le généra le inspirée de la
science mathématique,c onsidér ant que l’ homme crée l’ espace et l’ habite
(Bo nnin).
La méthode de la socio-anthr opologie n’ est pas tant de re tr ouv er des
unités micr ocosmi ques que des situa tions d’ inter actionsf ines.C omment, en
effet, tr av ailler la dimen sion humained ans les nouv elles échelles des
mégapoles ou bien la place de l’ homme et de son imagina ire? Co mment penser
la conception de l’ espace face aux logiquesd ’une pr oduc tion comman dée
par les nouv elles techno logies,lapro duction en sér ie,etl ’homogé néis ation
des for mes àtrave rs le monde,sans per drel ’échan ge entrec ultur es,sour ce
de re nouv ellem ent, de création ?Ilf aut alors distin guer plusieursn iv eaux de
la cr itique spatia le et socialec omme l’ éclairelad iffér ence entreu topi stes et
cités utopi ques :l es cités utopi ques ne sont pas une cr itique de la société,
elles anticipent tout au plus ses év olutions en concev ant des pr ojets d’
architectureoud ’urban isme,t andis que les utopistescri tiquent l’ or dresocial
exist ant par le re cours àlac onstr uction d’ un espace imagina ire( Clav el).
Les actions menées montr ent comment la démar che inter disciplinaire
est le pr oduit d’ un exer cice de déco nstr ucti on opérép ar le cher cheur qui
élaborel es connaissanc es tout en gar dant les fr ontièr es entred iscipl ines.
L’ exer cice réal isé n’ap as pour but de les suppr imer mais de les tr oubler, de
les tr av erser afin que chacun puisse exer cer sa fonction. La question de l’
inter dis ciplinar ité aé té conduite,n on pas av ec l’ objec tif que les sav oirs fass ent
de chac un qu ’il soit «t out », mais qu ’il connaisse les limit es de sa discipli neà
pr opos d’ objets communss ur le terr ain. La créa tion d’ un espace de dialog ue,
d’ inter comp réhe nsione ntres av oirs différ ents,enr éduisant les écar ts,p
ermet que cir culentl es connaissances entrem ondes cultur els différ ents dont
les fr ontièr es extrêmes sont, d’ un côté, la créa tion de l’ œuvrearc hitectur ale
et, de l’ autre, la pr oduc tion d’ espace socialp ar les habitan ts,l eurs attentes,
vo irel eur créativ ité. L’ éclair age inter disc ipli nairesur l’ urbainm ontrea insi
la compléme ntar ité des sav oirs,etp lus par tic ulièr ement du dialoguee ntre
ar chitect ureeta nthr opologie,a spect d’ autant plus actuel et attendu que
le titredel ’ouvr age réce nt de Fr ançoise Choay (Po ur une anthr opo logie de
22 Roselyne de Villanova&Adelina Miranda Actualités de l’interdisciplinaire 23
Conjuguer la ville_maquet teDEF_05072007.indd 22-23l’espace)r isque de semer la confusion sur l’ iden tité de l’ anthr opol ogie de
l’ espace en tant que disci pline àc ons tituer.
L’ inter disc ipli nar ité appar aît comme un mouv ement constant plus
qu ’une réponse figée où l’ ar chit ecture et l’ ingé nier ie par tagent av ec la
sociologie et l’ anthr opol ogie les mêmespro blèmes dér ivés du tr av ail de terr ain
(lequ el re ste au cœur des préoccupa tions), de l’ éche lle chois ie,del ’observ
ation,del ’inter prétationd es donn ées re cueill ies.D ans un champ ainsi défini,
de nouv elles pistes de re cher che et de coopér ation inter nationale plus lar ges
pourr aient êtrepro posées.
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24 Roselyne de Villanova&Adelina Miranda
Conjuguer la ville_maquetteDEF_05072007.indd 24-251
L’ANTHROPOLOGIE URBAINE
DANS QUELQUES PAYS
italie espagne france
• • •
mexique portugal
• •
05/07/2007 14:43:50Conjuguer la ville_maquetteDEF_05072007.indd 26-27*L’Italie:unétat des lieux
Amalia Signorelli
L’ étude anthr opol ogic o-cu ltur elle des villes apriscorps jusqu ’à s’ imposer
comme nécessairegrâce àd eux changementsf ondament aux qui ont
modifié les bases théor iques de l’ anthr opol ogie cult ur elle pend ant la seco nde
emoit ié du XX siècle.E st appar ue d’ abordu ne cr ise de la concepti on
essentialiste des cultur es (comme entités compactes, cohér entes,d istinct es et
fondament alement stat iques) re mpla cée par une idée de la cult urec omme
pr oduction de sens,des ignifica tions et de va leurs,c omme interprétation
du monde et de la présence humaine dans le monde.Lac ulturee st
désormais conç ue comme une réalité dynamique qui se différ encieetpro duit des
«c ult ur es »d istinct es,n on seulement sur une base ethniqueets ur celle d’ un
isole ment réci pr oque,m ais aussi –ets ur tout –àlas uite d’ une distr ibution
différ ente des opport unités et des re ssour ces àl ’intér ieur de chaque société
et entrel es sociétés,enr aison des ra ppor ts de pouv oir,d es re ncontr es,d es
mélanges et des hybr idations.
En suite est ve nue la cr ise de ce que Ki lani (1990) aa ppelé l’«u niv
ersalisme par ticulari ste »o ccidental, c’ est-à- direlac onception du monde de
l’ élite masculine, blanche,o ccidentale, chrétienne qui, se jugeant
dépositairedev aleurs et de connaissan ces univ ersel lementv alides,s ’est pend ant
*T ra duit par Gi lda Piers anti et Je an-M ichel Léger.
27
05/07/2007 14:43:50des siècles accor dé le dr oit de connaître et de juger sans se connaîtreets ans
se juger.P our ce nouv eau re garda nthr op ologiqueq ui am ûrisur la base de
tell es pr opositi ons,l es définitions tr aditionnel les de l’ objet anthr opol
ogique en des ter mes ex otiq ues ou folk lor iques sont appar ues compro mises
par leur ethnocent ri sme ou par leur essentialisme,t out comme la re cher che
des univ ersels cult ur els est appar ue exposée au ri sque de ce que de Mart ino
appelait le «n atur alisme en ethnologie ».
Naissance et maturation d’une discipline
Ce tte tr ansfor mati on de la char pente théori que de l’ anthr opol ogie aé té
soutenue par d’ autr es tr ansfor ma tions cultur elles àl ’éche lle mondi ale :l es
migr ations et l’ urban isation des campagn es ont re dessiné les différ ences
entrelav illeetlac ampa gne (quand elle ne les ont pas effacées); la
décolonis ation et la globa lisations ont en tr ain de re modeler les str uctur es et les
cult ur es àl ’intér ieur des ancien nes coloni es comme àl ’intér ieur des
anciennes et des nouv ellesp uissances colonial es.
La nouv elle anthr opol ogie issuedet ell es pr opositi ons aé té appel ée de
différ ent es manièr es –a nthr op ologie des sociétés complex es,a nthr opologie
de la complex ité, anthr op ologie des mondes contempor ains,a nthr
de la contempor anéité –s ans que,f inaleme nt, aucune de ces défin itions ne
se révèle pleine ment satisfais ante.L ’anthr opol ogie urba ine se situeàl
’intéri eur du nouv eau domaine de re cher che ainsi défini et s’yc ar actér ise par le
fait d’ assumer une nouv elle prémis se.
Il s’ agit d’ une prémis se qui conc er ne le contexte de la re cher che anthr
opologique urbaine,c ’est-à- direl es vill es,c onsidérées non pas comme une
réalité donnée une fois pour toutes,m ais comme l’ ense mble des pr
ocessus qui, dans toute situation dont l’ analyse fait l’ objet, pr oduis ent, re pr
oduisent, modifient ou détr uisent des réalit és urbaines.Bre f, plut ôt que sur
les vill es elles-m êmes,l ’attentionsep or te sur les pr oces sus d’ urban isation,
de réhab ilitation,ded ésur banis ation, de dér ur alisation,der éurban
et de rér ur alisation. Ce tte appr oche de la réalitéu rbaine est, me
semble-til, la plus adaptée àlas ituation actuelle.Lan otion même de ville est dev
enue incer taine,etm ême éphémèred ans un monde où un vill age de deux
milleh abit ants se cosmopol itise grâce àlap endula ri sation de ses habitants
émigrés àl ’étr anger alors que les habitan ts d’ une mégalop ole de dix-huitou
vingt millions d’ habitan ts peuv ent vivreu ne sor te de «v ill agisat ion »g râce
àl ’expér imenta tion de nouv elles for mes de re lati ons matér iell es et
symboliques.Iln ’est plus possib le de défin ir les villes de manièreu niv oque ni
sur le plan quant itat if ni sur le plan qual itat if. C’est donc av ec cet objet de
re cher che complexe et év asif que,enI talie comme dans les autr es pays,l es
anthr opo logues urb ainsessaient de se mesur er :etc ’est de cette tentative
28 Amalia Signorelli L’Italie:unétat des lieux 29
Conjuguer la ville_maquetteDEF_05072007.indd 28-29de re cher che que j’ essay er ai de re ndrec ompte. L’ histoiredel ’anthr opol ogie
urba ine en It alie est cour te et une bon ne par tie de cetteh istoired oit être
considérée comme une phase prépar atoireoupro pédeuti que.N otred
iscours appar aîtrap lus systématique lorsqu ’il aurapro posé la pér iodisation
suiv ante :
–u ne phase pr opédeutique ou de prépar ation (1950-1980);
–u ne de définition et d’ acquisi tion pr ogr essive d’ une cer taine
visibilitédel ’anthr opol ogie urba ine (1980-1 995) ;
–lap hase actuelle,c ar actér isée par l’ or ganisa tion instit utionn elle et la
systém atisation des conten us scient ifiques.
Lorsqu ’un point de vue nouv eau se dév elop pe dans les scie nces soci ales
pour dési gner des pr oblè mes soci aux et cultur els jusqu ’alors négligés et pr
oposer des modalités d’ inv esti gation inéd ites,ilœ uvregénér alementenc
onnexion étr oite av ec ce qui se passe dans la socié té elle- même :lan aissance
de l’ anthr opol ogie urba ine en It alie ne fait pas ex cep tio n.
1950-198 0
Pu issance coloniale de deuxième ra ng, métr opole d’ un empiret ar
dive ment constit ué, l’It alie n’ap as connudegra ndes écoles d’ études
ethnologiqu es compar ables àl ’école anglaiseoufra nçaise,m ême si, entrela
e efin du XIX et les pr emièr es décennies du XX siècle,e lle n’ap as manqué
de quelques figur es d’ ethnolo gues de niv eau eur opéen(Pu ccini 2005). De
plus gr ande impor tance sont les tr av aux consacrésauf olklorer égional et
local pendant ces années-là, tr av aux solli cités aussi par les différe nces des
us et coutum es,d es tr aditions et des mental ités entrel es régions d’It alie.
Ce sont de tell es différ ences que l’ on av ait cr ues susceptiblesdef aireo
bstacle,àl ’éche lle populaireetn otamm ent paysa nne,àlac onstit ution de
l’ État-nations ouhai té, dési ré et finaleme nt politique ment réaliséen1 861
par l’ élite bour geoi se (Cir ese 1973). En suite,d ur ant les vingt années du
fascisme (1922 -1944 ), l’ ethnolo gie aé té enco ur agée àa ssumer les or ientat ions
ra cistes,t andis qu ’à l’ étude des «tra ditio ns populair es »é tait confiée la tâche
d’ exalter les vert us ancestr ales de la lignée italique.
Néanmo ins,a utour de 195 0, les changementsextr aor dinair es de la société
ital ienne,e xtrêm ement dynamiq ue dans ces années-là, ont de nouv eau
sollicité les cher cheu rs en scie nces soci ales,p ar mi lesq uels des ethn ologues et
des folk lor istes.
Àlaf in des anné es 1940, l’ écon omie italien ne,f onda mentalement rura le,
se tr ansfor me en un système de pr oduction hautement industr ialisé. Ce tte
tr ansfor mati on s’ accompagne d’ un impor tant mouv ement de migr ation des
populatio ns ve rs les vill es ital iennes et ve rs cer tainsp ays eur opéens.D ans
la décenn ie compr ise entrel es re censements de 1951et1 96 1, la popul ation
urbaine s’ accr oît de manièrev er tigine use,c er taines villes vo yant même leur
28 Amalia Signorelli L’Italie:unétat des lieux 29
05/07/2007 14:43:50population doubler.Les ystème urbain italien, le plus ancienetlep lus
consolidé d’Euro pe,e st ainsi boulev ersé par une cr oissance démogr aphiq ue
ex ceptionnelle en ampleur et en vitesse.L es mouv ements de popula tions et
l’ urban isation se cumulentavecl es destr uctions non encorer éparées de la
guerre, pr oduisanta insi une gr avep énur ie de logements, notamm ent dans
les vill es.C ette situa tion explos ivee ngendreu ne saison de lutt es popul air es
qui sont passées àl ’H istoiresous le nom de «l utt es pour le logement »et
qui re présentent un piv ot fondament al dans l’ histoirep olit ique et sociale
de l’ après -guerre.L es par tis de l’ opposi tion –lep ar ti commun iste en tête–
dir igent et or ganisent cette pr otestation populaire, tandisq ue la Démocra tie
chrétienne entame une politique inno va nte de constr uction de logements
populair es av ec le Pl an INA-C asa. Si les tr ansform ations du système urbain
vo nt de pair av ec celles du systèmepro ductif nationa l, la
réalitésociocultur elle du pays n’ est pas en re ste et change elle aussi. Un ensemble de lois
pr omulg uées dans ces années-là vient consolider et instit utionna liser ces
tr ansfor mati ons.Ledro it de vo te actif et passif,q ue la Co nstit ution de 1946
av ait élar gi àt ous les cito ye ns (y compr is aux femmes ), constit ue un élément
effica ce pour modifier de manièrep eu visible, mais dur able,l es re lati ons
entrel es individus,f ondées sur la hiér ar chie et sur l’ autor ité àl ’intér ieur
des famill es comme dans les ra ppor ts sociaux. Le reve nu mo yend es It aliens
augme nte,ceq ui ouvrel ’accès de ces der niersàlas ociété médiati que et à
la consommat ion de masse :àlaf in des années 195 0, on enr egistreleb oom
des véhicul es et des télév iseurs.Len iv eau d’ instr uction mo ye nne s’ élève,
appuyé par une loi de 1962 qui re nd la scolar itégra tuite et obligatoirep our
tous jusqu’àl ’âge de quator ze ans (G insborg1 989 ;L anaro1 99 2).
Fa ce àc es viv es et ra pides tr ansfor mations de la société italienne,l es
tr av aux re lev ant du domai ne anthr opologiq ue gar dent, au moins jusqu ’à la
fin des années 197 0, une or ientati on fondame ntaleme nt «r ur alocentr ique »
(S ignor elli 1996), soute nue non seule ment par la tr aditi on des tr av aux
folklor istes,m ais aussi par la possibili té offer te aux anthr op ologues (dans ces
années-là, tous évidemment d’ or igine et de for mation bour geois es,q uoique
pas nécessair ement urbaines) de se gar antir ainsi une cer taine «d istance »
de leur objet d’ étude,d istan ce que l’ ex otisme de leur objetg ar antiss ait aux
ethnol ogues (G iglia 1989). Les re cher ches sur les paysans offr aient aussi la
possi bilitéd ’utiliser un autrei nstr ument car actér istiquedec ette re cher che,
l’ appr oche holistique.S ans compterq ue les études des communau tés,d ues
sur tout aux cher cheurs anglais et nor d-amér icains ayant tr av aillé en It alie
àp ar tir des anné es 1950 dans le cadred es Me diterr anean St udies (Alb er a,
Bl ok, Br omber ger 2001), se pr oposaientc omme un exemple suggestif, bien
que les anthr opologues italiens ne les acceptassent pas toujours.
Ce pendant, dès la seconde moitiéd es années 195 0, cer tainsé vénemen ts
nouv eaux av aient intr oduit dans l’ ence inte tr anquille des étudess ur les
tr aditio ns populair es quel ques élém ents d’ inno va tion et de réflexion cr
iti30 Amalia Signorelli L’Italie:unétat des lieux 31
Conjuguer la ville_maquetteDEF_05072007.indd 30-31que tellement fondamentaux qu ’ils av aient déchaîné des discussions et des
polémiques ar dentes jusqu ’à prov oquer des tr ansfor mati ons ra dicales et
irrév ersib les.Ile st impor tantd ’y fairebri èv ement référ ence car c’ est dans
ce conte xte-là qu ’il faut cher cher les or igines de l’ anthr opol ogie urba ine en
It alie.E ntre1 948 et 1955, en effe t, la maisond ’éditionE inaudi av ait publié
les œuvr es d’ Antonio Gr amsci, yc ompr is les Ca hiers de prison,d ans lesquels
on re tr ouven on seulement les très célèbr es Ob ser va tions sur le folklore,m ais
aussi toute une sér ie de réflexionsetd ’appr ofond isseme nts de conc epts tels
que «s ens commun », «h égémo nie », «s ubaltern ité », «org anisation de la
culture»,« intellectuel or ganique ». Desc oncepts qui se sont tous révélés
d’ un intér êt fonda mental pour la cons tr uction d’ une théor ie anthr opol
ogique de la culturea yant l’ ambitiondesed ése ngagerduf onctionna lisme
ex otisant de dér iv ation anglo-sax onne.L es thèmes fondament aux de la
pensée de Gr amsci ont for tement solli cité l’ intér êt d’Er nesto de Mart ino,
qui às on tour av ait émis des cr itiques assezv iolentes àp ar tir de ses
positionsdenatureh istori ciste sur ce qu ’il appelait le «n atur alisme »d es écoles
tr aditionnelles de pensée anthr opologique.C ette «s ignifi cation humai ne
des événements»,q ue de Mart ino considér ait comme l’ objet même de sa
re cher che,tro uv ait en Gr amsci –e t, par le biais de Gr amsci en Marx –l es
instr uments conceptuels pour quitter l’ enlisement de l’ idéali sme et de la
conc eption élitiste de la culturea insi que celui du positivi sme et du
fonction nalis me (R auty 1976).
Da ns le mêmet emps de la seco nde moitié des ann ées 1950, l’
anthropolo gie urba ine d’ Amér ique du Nord( notamment celledeF ra nz Bo as et de
ses élèves) était arr ivée en It alie par l’ in ter médi airedeT ullio Te ntor i. Gr âce
aux re cher ches d’ un groupe de jeunesc her cheurs travaillant avec Te ntor i, le
concept boasien de culturef ut mis en conta ct avec cer taines idées de Marx
et de Gramsci. Les réa ctionsdecem élange assezi nhabituel sont ra
pportées parle Mémora ndum sur l’ anthropologie cultur elle (T entori et al. 195 9),
prése nté par le Co ngrès nationald es sciences sociales.C ’est au fond dans
ce Mémor andum que fut élaborée la platefor me théor ique sur laquelle une
anthropologie urbaine digne de ce nom pouvait êtref ondée.L es auteurs du
Mémor andum consi dér aient la culture, objet classiq ue de l’ anthropol ogie,
comme «lav ision du monde et de la vie »c ollect ivement élaborée,etd onc un des niveaux de l’ organisa tion humaineens ociété, présent non
seulement dans les sociét és dites simples (villagesdel’A pennin ou de la
brouss e) mais aussi dans les so ciét és dites comp lexe s, urbanisées,s tratifiées
en classes,l esquel les devenaient ainsi,dem anièrel égitim e, des domaines
de re cher che possibles pour l’ anthropol ogie.Ils ’agissait cer tes d’ une
définition de la cultu re qui s’ appar entaitàc elle de Bo as,m ais sur tout qui re
leva it de lointaines or igines idéalistes et histor icistes às ituer dans le cadre
des «s cie nces de l’ espr it »ded ér ivation dilth eyenne.Enm ême temps,t out
en re fusant le dét er minisme méca nique économiste et en re ve ndiquant
30 Amalia Signorelli L’Italie:unétat des lieux 31
05/07/2007 14:43:50un rôle auton ome et dialectique pour la culturep ar ra pportàlas tr ucture
économiqueets ociale,l es auteu rs du Mémor andum postu laientl’imp
ortance du syst ème productif et des ra ppor ts de producti on propr es àc haque
société.
Ce tte positi on, cer tain ement assezi nédite dans ces années-là, ne
commencera àd onner ses pr emiers fr uits,d ans le cadreder echer ches plus
typiquements oci ologi ques,q ue dans les années 197 0, tandis que les années
1960ava ient vu se dév elopp er plutôt une socio logie urbai ne expér imentant
des méthodologies re lev ant tr aditi onnel lement du domai ne de l’ anthr
opologie –p ar exemple le re cueil des histoiresdev ie et autr es matér iauxa
utobiogr aphiqu es or aux.
Da ns ces mêmes années,c er tains urbani stes italie ns commen cent àp
ercev oir l’ impor tance des sciencess ociales,etenpre mier lieu celle de la
sociologie et de l’ anthr opol ogie,p our ce qui seraa ppelé «leb on gouv er nement
du terr itoire» (Q uar oni 195 6). C’est donc dans les milieuxdelas ociologie et
de l’ urban isme que,d ans les années 196 0, mûr issent d’ impor tantes
initiativeséditor iales qui per mett ro nt de conn aîtrel es classiquesd es tr av aux sur la
ville tr aduits en italien :deW eber àM umfordenp assant par Chombartde
Lauwe, ainsi que Simmel, Thomas et Za niecki, Ly ndt et Wirt h. En 1966, est
tr aduit le célè bre Les En fants de Sanchez d’Os car Lewis ;en1 967, The Ci ty
de Park,B ur gess et Ma ckenzie ;en1 974, La Qu estion urbaine,deM anuel
Ca stells.
Da ns les années 1970a ppar aîtr ont enfin les pr emiers tr av aux re lev ant
clair ement du domaine de l’ anthr opol ogie urba ine.Onp eut yd éfinir au
moins deux or ientations.L es pr emièr es re cher ches empir iques (T entoriet
Gu idicini 1972 ;C allariG alli et Ha rr ison 1974; Ca llariG alli, Ha rr ison et Cu
ppini 1974 ;C allariG alli 1979 ;R anisio,P ro viteraetG iliber ti 1978 ;M azzacane
1978) sont des œuvr es de pionniers qui peuv ent sembler aujourd’ hui datées,
mais qui ont eu le mér ite d’ av oir tout de suitem is àl ’or dreduj our de la
naissante anthr opologie urbaine italienne un év entail de thèmes per tinents et
significatifs :laq uestion du logement urbain, déjà ar ticulée,àc ette époque,
àl ’appar tena nce de genre(Ca llariG alli 1979) et de classe (M azzacane 1978) ;
l’ iden tité urbai ne liée aux tr aditio ns et aux mémoir es loca les àl ’éche lle du
quar tier,a insi que le pr oblème de sa conser va tion (T entorietG uidicini
1972) ;lam orphologie et la dynamique pr opr es àc er tains compor temen ts
et institu ts présents dans les context es urbains,t els que la re ligiosi té
populaire, tr aditi onn ellem ent con sidé rée comme re lev ant de la re cher che
folklori que dans les contextes rura ux (P ro viter a, Ra nisio,G iliber ti 1978).
Uned euxième or ientati on, dont témoignent de manièrepre sque ex
clusivec er tainse ssais de A. Si gnor elli (1971, 1973, 1977),e xplored es
possibilités di ffér entes tout en tâcha nt de définir les pr emiers éléments d’ une
conc eptualisa tion spéci fiqueme nt anthropol ogiq ue de la problématique
urbaine.
32 Amalia Signorelli L’Italie:unétat des lieux 33
Conjuguer la ville_maquetteDEF_05072007.indd 32-33Àlaf in de la décennie,l ’anthr opol ogie urba ine italien ne s’ enr ichit de deux
contr ibutionsi mpor tantes :l es deux anthologies éditées re spectiv em ent par
Arr ighi et Pa sser ini (1976) et par Claudio Stro ppa (1978). La pr emière,
rédigée par un économisteetp ar une histor ienne,p résente aux lecteurs italiens
un choix soigné de textes de ce qui aé té appelée l’ École de Ma nchester.Au
début, cette anthologie est néanmoins lue et utilisée comme une contr
ibution aux re cher ches sur le pr ocessus de moder nisation puisque, dans les
milieuxa nthr op ologiqu es ital iens,p eu nombr eux encoreé taient ceux qui
étaient alors capabl es de saisir la per tine nce et l’ impor tance des pr ocessus
d’ urban isation et des migr ations ve rs les vill es pour l’ étude des contac ts
cultur els et de l’ accultur ation. L’ antholo gie éditéep ar Claudio Stro ppa prés ente
quant àe lle un lar ge choixdet extes :deE isenstadt àW ir th, de Simmel àR
edfield, de Ba landier àM itche ll, de Lévi -S tr auss àR ies mann,eta insidesuite,
démontr ant de cette manièreq ue l’ idée d’ étudierlav ille d’ un point de vue
anthr opol ogique est par tagée par de nombr eux anthropo logues d’ or igine
différ ente.
Ve rs la fin de la décennie par aît aussi en angla is The Br oken Fo untain,
impor ta nte monogr aphie anthr opologique que Thomas Be lmontec
onsacr ait àunq uar tier du sous-pr olétar iat du centreh istor ique de Na ples
(B elmo nte 1979), mais ce tr av ail ne connaît pas une gr ande diffusion par mi
les cher cheurs italie ns.
1980-1995
Ma lgré le détourn ement ve rs les re cher ches menées en It alie par des
cher che urs étr ang ers,l ’intér êt pour l’ anthr opol ogie urba ine gr andit
considér ablement dans les années 1980. La décenn ie s’ ouvreaveclap ublic ation
d’ une nouv elle antholo gie dont le titree st Anthr opo logie urba ine. Pro gr
ammes, re cher ches, str atégies,é ditée par Ce sareP itto. Da ns son intr oduction,
Pitto assume de manièree xpli cite l’ or ientat ion qui av ait déjà commencé à
s’ imposer dans les études urbaines des anthr opologues italiens,c ’est-à- dire
le choix d’ une anthr opol ogie de la ville qui se dév elop per ait àl ’intér ieur d’ un
plus va ste hor iz on d’ anthr opol ogiesdes sociétés complex es.
Da ns les quinzea nnées qui suiv ent, l’ anthr opol ogie urba ine en It alie
acqui ertpro gr essiv ement sa physionom ie en gar dant et en dév elopp ant les
car actèr es aux quels nous ve nons de fairer éfér ence,c ’est-à- direena ssuma nt
le fait urbain comme lieu et contextedepro ductions cult ur elles spécifi ques,
qui ne doiv ent en aucun cas êtreisolées du plus va ste contexte des sociétés
contempor aines, tantôt év oquées comme sociétés complex es tantôt comme
sociétés de masse.
L’ intér êt gr andissantp our les thématiques urbaines est témoigné par leurs
débuts dans les pages des re vues spécial isées :d ans l’ Uomo appar aissent
par exemple un ar ticle de M. C. Rita sur l’ anthr opol ogie urba ine en Fr ance
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