Emergence d'une région

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Français
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Où en sont les régions françaises depuis leur création voici un quart de siècle ? Le cas du Limousin, que l'auteur a présidé pendant 18 ans, montre comment une région peut conduire des politiques originales, mieux adaptées aux particularités de son territoire. Il ne faudrait pas qu'en l'assimilant au département ou en limitant le champ de ses compétences, on empêche la région, partenaire principal de l'Etat et de l'Union européenne, de remplir en France le rôle qui, partout ailleurs, est le sien.

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Date de parution 01 janvier 2010
Nombre de lectures 103
EAN13 9782336262628
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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PourJeanListe des sigles etabréviation s
ADF Association des départe- CCI Chambre de commerce et
ments deFrance d’industrie
ADIMAC Associationpour le déve- CCREConseil des communes et
loppement industriel du régions d’Europe
MassifCentral
CDI Centres de documentation
ADS Alternativepour la dé- et d’information
mocratie et le socialisme CEE Communauté économique
(parti) européenne
AFPAAssociationnationalepour
CERES Centre d’études, delaformationprofessionnelle
recherches et d’éducationdesadultes
socialiste(parti)
AMFAssociation desmaires de
CESR Conseil économique etFrance
social régional
ANER Associationnationale des
CFACentres de formationélus régionaux
d’apprentis
APAMAC Union des chambres de
CFE-CGC Confédération française decommerce demétiers
l’encadrement
-ConfédéAPP Atelierspédagogiques ration générale des cadres
personnalisés (syndicat)
ARDAgence régionale de déve- CGCT Code général des
collectiviloppement tés territoriales
AREAssemblée des régions CGPMEConfédération générale
d’Europe desPetites etMoyennes
EntreprisesARFAssociation des régions de
France CIADT Comitéministériel
d’aménagement et de
développeATCRL Agence technique et cultu- ment du territoire
relle régionale
CIAT Comité interministérielATOS Personnelsadministratifs,
pour l’Aménagement dutechniques,ouvriers et de
Territoireservices
CIEL Centre intermodal
d’échanBFM Bibliothèque francophone ges
multimédia
CJDCentre des jeunes dirigeantsCAEN Conseilacadémique de
l’éducationnationale CNADT Conseilnational
d’aménagement et de développe-CAMBA Chambre d’apprentissage
ment du territoirede lamaçonnerie et du
bétonarmé CNASEA Centrenationalpour
l’aménagement des structures desCARIF Centre d’animation et de
exploitationsagricolesressources de l’information
sur la formation CNER Conseilnational des
économies régionalesCCCA Comité central de
coordination de l’apprentissageCNICentrenational des indé- EBL EnsembleBaroque de
pendants etpaysans Limoges
EMBÉcole desmétiers duCNRS Centrenational de la
bâtimentrecherche scientifque
ENAD Écolenationale d’artCODAB Commission de
développedécoratifment de l’arrondissement
deBellac ENSCI Écolenationale supérieure
de céramique industrielleCODER Commission de
développement économique régionale ENSIL Écolenationale supérieure
d’ingénieurs deLimogesCODESO Comité de développement
duSud-Ouest EPALAÉtablissementpublic de la
Loireetde sesaffuentsCOREF Comité régional de
coordination de l’emploi et de la EPR Établissementpublic
formationprofessionnelle régional
COTER Commission de la cohésion FACLIM Fonds d’art contemporain
territoriale duLimousin
CPLRECongrès despouvoirs FEDER Fonds européen de
dévelocaux et régionaux de loppement régional
l’Europe
FEOGA Fonds européen
d’orientaCPNT Chasse,pêche,nature et tion et de garantieagricole
tradition(parti)
FIF Festival internatiolal des
CPP Centrespermanentsprofes- Francophonies
sionnels
FLEPNA fédération limousine de
CRDL Contrats régionaux de protection de lanature
développement local
FRAC Fonds régional d’art
CREEL Comité régional d’ex- contemporain
pansion économique du
Limousin FSEFonds social européen
CRT Comité régional du tou- GE Génération écologie
risme
GIAT Groupement industriel deCSUUnion chrétienne-sociale en
l’armée de terre(Tulle)Bavière(parti)
GIP Groupement d’intérêtDATAR Délégation à
l’aménapublicgement du territoire et à
l’action régionale HQEHaute qualité
environnementaleDEUST Diplôme d’études
universitaires scientifqueset IGP Identifcation géographique
techniques protégée
DGF Dotation globale de fonc- ILCODInstitut limousin de
coopétionnement ration décentralisée
DOCUP Document unique depro- INRAInstitutnational de la
grammation rechercheagronomique
DORSAL Développement de l’offre INSERM Institutnational de la santé
régionale de services et et de la recherchemédicale
de l’aménagement des
IUT Instituts universitaires detélécommunications en
technologieLimousin
LCRLigue communiste révolu-DVGDivers gauche(parti)
tionnaire(parti)LEI Lieu d’échange d’infor- RENATERRéseaunational de
télémations communicationspour la
technologie l’enseignementLEPLycée d’enseignement
et la rechercheprofessionnel
RPR Rassemblementpour la
LGV p. 308 République
LOTI Loi d’orientation des trans- RTT Réduction du temps de
ports intérieurs travail
MDC Mouvement desCitoyens SAFERSociété d’aménagement
(parti) foncier et d’établissement
ruralMNR Mouvementnational
républicain(parti) SFIOSection française de
l’InternationaleouvrièreMPF Mouvementpour laFrance
(parti) SGARSecrétaires générauxpour
lesaffaires régionalesMRG Mouvement des radicaux
de gauche Sq Sequiturque(et le/la
suivant)NI Non inscrit
SNCF Sociéténationale des
cheNTIC Nouvelles technologies mins de fer français
de l’information et de la
SNI Syndicatnational descommunication
instituteurs
OFIVAL Offcede l’élevage (laitet
SRADT Schémas régionaux d’amé-viandes)
nagement et de
développeOID Opération intégrée de ment du territoire
développement
SRU(loi) Loi relative à la solidarité et
OIE Offceinternationalde au renouvellement urbains
l’Eau
STSSections de techniciens
OIPObservatoire interrégional supérieurs
dupolitique
SUMSociété de l’Usine de la
ONG Organisationnon gouver- Marque(Tulle)
nementale
SYMIVA Syndicatmixte
deVassiPAC Politiqueagricole commune vière
TDF Télédiffusion deFrancePC Parti communiste
TER Transport express régionalPDZRProgramme de
développement des zones rurales
TGVTrain à grande vitesse
PIB Produit intérieur brut
UCCIMAC Union des chambres de
PNR Parcnaturel régional commerce et d’industrie du
MassifCentral
POLT
Paris-Orléans-LimogesUDF Unionpour la démocratieToulouse(projet)
française(parti)
PRDF Plan régional de
développeUDL Unionpour le développe-ment de la formation
ment duLimousin(UDL)
PS Parti socialiste
UIMM Union des
industriesmétallurgiques etminièresRCEA
RouteCentre-Europe-Atlantlique ZIP Zones d’implantation
RDT Réseaux de diffusion tech- numériquesprioritaires
nologiqueAvant-propo s
J’ai eu la chance de vivre de l’intérieur les premièresannées d’une région.J’ai
été élu à la présidence du conseil régional duLimousin en mars1986, quand la
première élection des conseils régionauxau suffrage universela fait des régions
des collectivités territoriales.J’ai cessé d’exercer cesfonctions dix-huitansplus
tard,enmars 2004,autermedemontroisièmemandat.Jen’ignorepas les limites
de cetteexpérience: leLimousin est seulement l’une des vingt-deux régions
métropolitaines, et il faudrait une étude élargie à l’ensemble des régions pour
savoir si son cas est commun ou,au contraire, singulier.Ilm’a semblé pourtant
qu’aumomentoùva sansdoute s’ouvrir undébatdefond sur la réformedenotre
organisation territoriale, l’exemple duLimousin pouvaitapporter des éléments
utilespour uneconnaissanceplusconcrètede la réalitéde l’institution régionale,
etpour une réfexion sur son rôleactueletsonavenir. Telleest,au-delàde la
dimensiond’histoire locale qu’ilcomporte, l’ambitiondecetouvrage.
Il s’agit ici,enpremier lieu,d’un témoignage sur la réalitéd’une
régionfran-
çaise.Larégionestmalconnue.Lesrarestravauxexistantss’intéressentprincipalementauxélectionsrégionales,unthèmefamilierdelasciencepolitique.Ilsnous
apprennentquelescampagnesportentbiendavantagesurlesproblèmesnationau x
oudépartementauxquesurlesquestionsrégionales,etquelarégionestpriseentre
lanation et le département.Ilest vrai que la région, une institution émergente, a
dumalàtrouversaplaceparmi lespouvoirs, installésdepuis longtemps,de l’État
et du département.Maisellene se réduitpasauxélections régionales.Le cas du
Limousin permetde mieux mesurerce qu’elleestaujourd’hui,etd’identifer les
défsqu’elledoitreleverpourêtrereconnue.
En 1986, il n’existait pas d’espace politique régional.L’élection, depuis le
choix des candidats jusqu’au scrutin, en passant par la campagne électorale, se
déroulaitdans lecadredudépartement;onapudire que leconseil régionalétait
seulement le regroupement de délégations départementales.C’est seulement en
2004qu’unedimensionrégionale,encoretimide,estapparue,avecunetêtedeliste
communepour l’ensemble des listes départementales.Le débatélectoralaporté
principalement surdesenjeuxnationauxmême si –on leverraenLimousin– les
thèmes régionaux tiennent uneplace croissanteau fur et àmesure que la régions’installe dans la vie publique locale.Aujourd’hui, un espace politique régional
autonomes’esquisse;ilnes’estpasencoreaffrméetlesprojetsduComitépourla
réformedescollectivitésterritoriales(ditcomitéBalladur),enliantdansl’élection
régionetdépartement,portenteneux sacondamnation.
Iln’existait pas davantage depouvoirpolitique régional.Mais, devenue
collectivitéterritoriale, larégions’estrapidementorganiséecommenouveau lieude
pouvoir,avecsonassembléedélibérante,sonassembléeconsultative,unexécutif
stable, des servicesadministratifs, des ressources.L’évolution de ses effectifs et
de ses budgets illustre sa montée enpuissance malgré le handicap de majorités
politiquesparfoisfragileset laconcurrence institutionnelleavec lesdépartements
ou les villes.Elle est devenue lepartenaireprivilégié de l’État, voire de l’Union
européenne, dans la déclinaison de leurs politiques.C’est ce qui s’est passé en
Limousincommeailleurs.
Il n’existait pas, non plus, de politiques régionales.L’établissement public
régionald’avant1986n’avaitpas lesmoyens juridiques,matérielsouhumainsde
les concevoir et de les conduire.En dix-huitans, enLimousin, j’ai vunaître des
politiquesrégionales.Lesprincipales,partagéesavecl’État–économie,formation,
transports – visentàadapter une politique nationaleaux besoins propres de la
région.D’autresfontparticiper larégion,dansdesdomainestrèsdivers–culture,
tourisme… –à tout un éventailde partenariats.D’autresenfn,engagéesà
l’initiativede la région sur labasede laclausegénéraledecompétences– qu’il serait
fâcheuxdesupprimersansavoirprisletempsderéféchirauxconséquences–ont
pour objectif de satisfaire des besoins propres à chaque région :ainsi, pour le
Limousin, lapolitiqued’accueilet le servicepublic régionaldu hautdébit.
Laréalitérégionalesetrouveaujourd’huidanslamanièredontlarégionexerce
sonpouvoiretdans lespolitiques qu’elleconduit.Jeme suisefforcé,à travers la
situation que jeconnaissais,d’enmontrer la richesseet lacomplexité.
Lesélusrégionauxde1986,puisleurssuccesseurs,onteuàinventer larégion.
Ils ne pouvaient se référer àaucun héritage, et ils connaissaient mal le
système
régionaldesgrandspayseuropéens,audemeurantétrangeràlatraditionadministrative française.Ilsétaientfavorables à uneplusgrande décentralisation : ilsen
attendaientunprogrèsdeladémocratie,unemeilleureréponseauxbesoinslocaux,
une modernisation de la gestion publique.Mais,au-delàde cefond commun
très général, ilsavaient du rôle de la région des visions très différentes, que la
décentralisation leurpermitd’exprimer.LesélusduLimousinavaient,euxaussi,
leurconceptionde larégion, ilm’asembléd’ailleursquesurcepoint lamajorité,
degauche,et sonopposition se rejoignaient largement.
Pour nous, la région n’avait pasà s’affrmercontre l’État, seulcapable pour
longtempsencore– s’ilena lavolonté–degarantir lacohésionnationaleet une
égalité suffsanteentre lescitoyensetentre lesterritoires.Or l’Étatest menacé.
Par l’idéologie libéraledominantequisouhaite,parprincipe,restreindresonrôle.
16Par l’Unioneuropéenne, qui l’adéjàprivéde sa souverainetémonétaireetd’une
partiede sescompétenceséconomiques.Par lecourantd’idéesde«l’Europedes
régions»,portéparquelquesrégionsrichesd’Étatsfédéraux(Bavière,Flandre…),
ou fortement régionalisés (Lombardie,Catalogne…) désireuses d’échapper à
l’autorité de leu rÉtat national etau devoir de solidarité qu’il leur imposeau
proftdes régions les plus faibles.Pour lesélus régionauxduLimousin l’État
devait conserver un rôle prépondérant danstoutes les politiques publiques dont
dépend l’égalitéentre lescitoyens,etnotamment l’éducation–aumoinspour les
diplômes, lesprogrammeset lesenseignants– laprotection sociale, les relations
de travail…Seules lesautres politiques pouvaient, selon nous, faire l’objet de
transfertsdecompétencesau proftd’autoritésdécentralisées.Danscecadre, la
régionétaitprêteà jouer son rôle.
Nouspensions que,pourêtre utile, la région devaitavoir un rôle différent de
celuidescommunesetdesdépartements.Ortouteslesconditionsdelaconcurrence
etdudésordresontréunies:laConstitutionetlaloimettenttouteslescollectivités
territorialessurlemêmeplan,sanshiérarchienitutelle;beaucoupdecompétences
sontpartagéesentreplusieursniveauxd’administration; laclausedecompétence
généralepermetàchacundes’occuperdetout.Larégion,nouvellevenueen1986
dans le paysage institutionnel, devait à tout prix éviter d’entrer en concurrence
avec lesautrespouvoirs locaux.
Pour éviter cepiège,nous sommespartis dupostulat selon lequel, à la
différencedescommunesetdesdépartements, la régionn’étaitpas une institutionde
proximité.Sonmoded’élection rend sesélusmoinsprochesdescitoyens que les
élus municipaux ou cantonaux.Son horizon spatial etterritorial est plus large :
cohésiondesonterritoire,priseenconsidérationdesenjeuxàmoyenetlongterme
plutôt que réponse à des besoins immédiats.On trouverapresque à chaquepage
decet ouvrage les signesdecette spécifcité régionale.C’estdans lecadrede la
région que se déclinent les principales politiques nationales et européennes: la
région estportée davantage vers laprospective, les interventions immatérielles,
le travail en réseau, le partenariatavec le monde socio-économique; elle est la
seuleàdisposerd’unconseiléconomiqueetsocial.Cetteconvictionquelarégion
occupaituneplacesingulièreparmilescollectivitésterritorialesaéténotrefeuille
de route dans l’élaboration denospolitiques régionales.Nous savions quenous
étionsmoins bienplacés que la communepourgérer les services deproximité à
lapopulationou l’occupation des sols, et que le départementpournousoccuper
d’actionsociale,deroutesoud’équipementrural…Notre«cœurdemétier»était
ailleurs.Cettefaçondevoirlerôledelarégionnenouspréparaitguèreàaccueillir
favorablement l’étonnante suggestionducomitéBalladurdefaireélireensemble
les responsablesdes régionsetdesdépartements.
C’estdanscetétatd’espritquelamajoritérégionaleatravaillé,de1986à2004,
àl’émergencedel’institutionrégionaleenLimousin.Notreexpérienceestàlafois
17banale etsingulière : elle s’est déroulée selon les mêmes règles que dans toutes
lesrégionsfrançaises;maischaquerégionasesparticularités,dontelledoittenir
compte.LeLimousina lessiennes.Iln’estplusen2004cequ’ilétaitdix-huitans
plustôt.Ilacertesconservéquelques-unsdestraitsqui,àtraversson histoire,ont
construit sa personnalité.Mais ila été pris, comme lesautresrégions, dans les
grandesmutationsdesdernièresdécennies, qui l’ontchangéet quiontdéterminé
largement lecontenudespolitiques régionales.
Parmi lesconstantesduLimousinontrouve laforcedeson identitérégionale,
soulignée régulièrement par l’Observatoire interrégional dupolitique (OIP) qui
le met,avec laBretagne et l’Alsace, dans les premiers rangs des régions
françaises.Ontrouvesafdélitéàla gauche, quiluiapermisderésisteràl’offensive
conduite parJacquesChirac et sesamis à partir de laCorrèze, et qui explique
l’absenced’alternancepolitiquedepuis un siècleàLimogesetenHaute-Vienne.
LeLimousin, c’estaussi l’image d’une régionoù l’agriculture et lemonde rural
restent trèsprésents,même s’ilsne sontplusdominants; la réalitéd’unedesplus
vieilles régions d’Europe, où 30 % des habitants sont des retraités; d’une des
régionsfrançaisesoù les revenus sont lesplusbas.La réalité,aussi,d’une région
préservée des maladies des grandes concentrations humaines d’aujourd’hui, de
lapollutionà l’insécurité.
Les changements intervenus dans la société française n’ont pas épargné le
Limousin.Sonagriculturene ressemblepas à celle d’il ya vingtans : deux fois
moins d’exploitations, mais plus grandes, la moitié dépassant les cent hectares.
L’industrieaperdu un emploi sur six, et lamoitié des établissements deplus de
cinqcentssalariésontdisparu.L’emploitertiaires’estaccru,maislesservicesau x
entreprisesrestentmoinsdéveloppésqu’ailleurs.Ladépopulationdescampagnes
s’est poursuivie,au proftd’une urbanisation périphériquediffuse.Les grandes
surfaces,trèsnombreuses,mettentlecommercetraditionnelenpéril.Leréseaudes
servicespublicsetdesservicesmarchandss’estrétréci.Commeailleurs l’emploi
précaireaaugmenté; la famille s’est transformée; onaappris à vivreavec son
téléphoneportableet l’internet;onacommencéàprendreconsciencedesenjeux
du développement durable,onaassisté,plus généralement, à l’uniformatisation
des conditions de vie, qui laissepeu deplaceauxparticularismes régionaux.En
vingtans, leLimousina cessé d’être une île…Au cours de ces vingtans, qui
ontcoïncidéavec l’émergencede la région, ila rompuavec quelques-uns de ses
handicaps qu’il ressentaitcommedesfatalités.
Ila rompuavec la fatalité du déclin démographique.Pour la première fois
depuis plus d’un siècle, ila cessé de perdre des habitants.Le point le plus bas
avaitétéatteinten1999.Àpartirde là lesprojectionsde l’Inseeà l’horizon 2030
laissaient craindre une diminution de lapopulation de 7,7%;enfait,entre1999
eet2008, elle s’estaccrue de 3,5 %,plaçant leLimousinau 12rang des régions
efrançaisesetau 5rangpoursonattractivité.C’estuntournantmajeur.Lescauses
decerenouveaudémographiquesontcertainementnombreusesetcomplexes:on
1 8peutcependantpenser que lapolitiqued’accueildenouveaux habitantsconduite
par la régionyacontribué.
LeLimousinacesséd’êtreenclavé.Ilestcertestoujoursà l’écartde lagrande
vitesseferroviaire.Ilcompteenrevancheaujourd’hui253kilomètresd’autoroute :
iln’yenavaitpasunseulen1986.ÀpartirduLimousinonpeutallerparautoroute
àAmsterdam, ouSéville, ouVienne…La routeCentre-Europe-Atlantique est
pratiquementachevéeen voieexpress dans la traversée duLimousin.Le projet
«DORSAL» pour l’internet à haut débit et très haut débit, porté par la région,
met leLimousin à l’abri de la fracture numérique.Le déclin continu des trains
régionauxacesséen 2003,et le trafc recommenceàcroître grâceauchoix fait
par la régiond’expérimenter la régionalisation.
SurleterraindelastratégiedeLisbonne–formation,recherche-innovation–le
Limousinaaméliorésaposition.Leréseaudeslycéesaétéintégralementmaintenu
aunom de la cohésion duterritoire régional.Lenombre des étudiantsa doublé,
passant de 11000 à 22000, comme l’effectif dessections de
technicienssupérieurs;celuidesélèvesdesclassespréparatoiresaaugmentéde75%.Lenombre
deschercheurs, toujours insuffsant,s’est fortementaccru. L’explosionde la vie
culturelle régionale, àpartir desannées quatre-vingt, que la régionafavorisée, a
accompagné ledéveloppementéconomiqueetchangé l’imagede la région.
Aucoursde lamêmepériode,
lavieéconomiqueaconnudesmutationsprofondes.Dans l’agriculture lessignes de qualité nationaux et européens, source
deplus-value, se sontmultipliésdans lesprincipalesproductions(bovins,ovins,
pommes)cependantquelaprofession,aveclesoutiendelarégion,s’organisaitsous
desformessociétairespourproduireetdansdesactionscollectivespourvaloriser
etcommercialisersesproduits;dansl’industrie,aprèsledéclinouladisparitionde
grandesentreprises(RVI,manufacturedeTulle,Philips,Cogema…)oud’activités
traditionnelles,denouveauxdomainesd’activitésesontdéveloppés,parexemple,
avec lespôlesdecompétitivité.
Tel est leLimousin d’aujourd’hui.Ce n’est pas la région qui l’a changé : le
dynamismepropredelasociétéetdesesacteursafaitl’essentiel.Maisl’institution
régionalea joué son rôle dans cette mutation, enaidant leLimousin,à travers
la prospective territoriale, à regarder plus lucidement sonavenir et
enaccompagnant les politiques qui l’ont transformé.La manière dont elle s’est insérée
dans le système de gouvernance duLimousin illustre à la fois sesprogrès et les
résistancesauxquelleselle s’estparfois heurtée,etpermetdemieuxcomprendre
lesdéfs qu’elledoit relever sielleentend s’imposercomme l’échelon territorial
de l’avenir.
19Prémice s
La région n’a été, pendant longtemps, qu’un espaceadministratif.EnLimousin
lesfrontièresdecetespacesontfxéesdepuisprèsd’undemi-siècle:lacréation,
par le décret du2 juin1960, des circonscriptions d’action régionale le sépare de
l’Indre et de laDordogne, et le limiteaux trois départements de laCreuse, de la
Corrèzeetde laHaute-Vienne; l’institutionde l’académiedeLimoges,en1965,
metuntermeàsonéclatemententrelaCreuseetlaCorrèze–jusqu’alorsrattachées
àl’académiedeClermont-Ferrand–etlaHaute-Vienne,quidépendaitdePoitiers.
Ceslimitessontdésormaisadmises,etseuleuneréductiondunombredesrégions,
périodiquementévoquée,pourrait les remettreen question.
Jusqu’en1986,onn’aeude la région qu’unevisionadministrative.Elleétait
l’espacedans lequel l’Étatconduisait sespolitiques,à travers
les«comitésd’expansion»(1954),puisles«régionsdeProgramme»(1956)etles«circonscriptions
d’actionrégionale»(1960),quiconstituaient«[…]desunitésdebasecommunes
1pour l’actionadministrativeet lamiseenvaleur dupays ».C’est dans ce cadre,
pourtant, qu’une conscience régionale va progressivement se développer,
notamment à l’occasion de lapréparation du«Plan régional de développement du
2Limousin » prévu par des décrets de1955 et1959.Ce document nous indique
qu’ila certes été établi par les services de l’État, mais qu’ila fait«
[…]auprès
desorganismesreprésentatifsdesdiversescollectivitésetdesmilieuxprofessionnelset syndicaux l’objetde très largesconsultations quiontété rassembléesdans
desavis duComité régional d’expansion…Et de la conférenceadministrative
régionale».Pourlapremièrefoisuneréfexionaétéengagée,danslecadredela
région,entre l’Étatet lesacteurspublicsetprivés régionaux, sur lesperspectives
demiseenvaleuréconomiqueetd’aménagementduLimousin.C’était lepremier
pas, timide,vers la reconnaissanced’unespacepolitique régionaldans lequel un
1. Décret60516du2 juin1960portant harmonisationdescirconscriptionsadministratives(exposé
desmotifs).
o2.Planrégionaldedéveloppementetd’aménagementduLimousin,éd.Journauxoffciels, n1250,
1964, 381p.f
u
pouvoirrégionalpourraitconcevoiretconduiresesproprespolitiques.Depuis,on
aprogressé.Sansallerauboutduchemin.
1964.Un embryon d’administration régionale
Une série de décrets du 14mars 1967 vaamorcer une institutionnalisation des
intérêtsrégionauxenmettantenplace lespremiersélémentsd’uneadministration
régionale.Il yaura désormais dans chaque région unpréfet de région – qui sera
lepréfet du départementoù se trouve le chef-lieu de la région -; une conférence
administrative régionale – composée despréfets de département et des chefs de
services régionaux de l’État; uneassemblée, la commission de développement
économique régional (CODER).C’est un système de
déconcentrationadministrative,mais laCODERy introduit unembryonde représentation régionale:elle
comprendpourmoitiédesreprésentantsde lavieéconomiqueetsocialedésignés
parlescompagniesconsulaires,lesorganisationsprofessionnellesetlessyndicats,
pour un quartdesmembresdésignéspar lesconseilsgénérauxendehorsde leurs
propres membres,et pour ledernier quartdes personnalités qualifées nommées
parlePremierministre.Parmicespersonnalitésqualifées,enLimousin,setrouvait
unjeuneauditeurà laCourdescomptes,chargédemissionaucabinetduPremier
ministreGeorgesPompidou,quiavaitdesattachescorréziennesetquideviendra,
en1967,députéd’Ussel,JacquesChirac.
LaCODERduLimousinélitàsaprésidence ledéputé-mairesocialiste(SFIO)
3deTulleJeanMontalat,quiprésidaitdepuis1961lecomitérégionald’expansion
économique.Sous son impulsion, laCODERvaêtre le lieude rencontredeceux
deséluspolitiquesetdeschefsd’entreprises qui souhaitent travaillerensemble à
la modernisation économique duLimousin.Ils s’étaient déjà retrouvés dans les
comitésd’expansioncréés,après ledécretdu30 juin1955,dans
lestroisdépartements de la région :enCreuse c’est unélu,AndréChandernagor, qui l’aprésidé
jusqu’en1977;enHaute-Viennec’estun industriel,M.Amblard-Ladurantie,qui
l’avait créé en yassociant dès l’origine des représentants des trois départements
parceque,pensait-il,«certainsproblèmestrouveraientmieuxleursolutionaustade
4régional.»Toutnaturellement,ils’esttransforméencomitérégionald’expansion
etquandJeanMontalat,qui leprésidait,aétééluà laCODERc’estun industriel,
M.JeanCharbonnieras,directeurde
l’usinedepâteàpapierdugroupeAussedatRey–aujourd’huiInternationalPaper– qui luia succédé.
3. Association«Lesamis deJeanMontalat »,JeanMontalat,enfant de Tulle, 1912-1971, éd.
Maugein,Tulle,1988.
e4. Pierre MLo ,«La constitution d’un ordre régional», inLe siècle enLimousin,Éd.Les
Monédières, 2001,p. 234.
22
xx ac
r
o
Cettenouvellegénérationdépasselesclivagespolitiquesélémentairesenassociantresponsablesd’entreprisesetélussocialistes.Venuedestroisdépartementsde
larégion,ellevacontribueràfaireémergerquelques idéesfortessurlapertinence
du cadre régional pour l’action économique : la nécessité de faire deLimoges
une véritable capitale régionale, le caractère stratégique du développement de
l’université,l’importancedudésenclavementduLimousin;cesontdéjàlesthèmes
majeurs des futures politiques régionales.Elle marque très vite sa volonté de
s’émanciperd’unetutelletropsourcilleusedel’État lorsquelaCODERdemande,
enmai1970,quesestravauxsoientmoinsdirigésparl’administrationetrefètent
5davantagesesproprespointsdevue .Mais lecheminvers lareconnaissanced’un
pouvoir régionalestencore longet seméd’embûches.
Pourtant, le discours deLyon du général deGaulle, le 24mars1968, évoque
un équilibre nouveau des pouvoirs dans l’État, dans lequel les régionsauraient
toute leur place :«L’effort multiséculaire de centralisation, qui fut longtemps
nécessairepour réaliser son unité…ne s’imposeplusdésormais.Aucontrairece
sont lesactivités régionales quiapparaissent comme les ressorts de sapuissance
économiquededemain. »
Unprojetdeloiréférendaireprévoit,outreuneréformeprofondeduSénat,que
la région deviendra une collectivité territoriale,avec uneassemblée délibérante
composée d’élus territoriaux et de représentants socioprofessionnels, le préfet
de région exerçant la fonction exécutive à l’image de ce qui se passe dans les
départements.Ilestsoumisàréférendum le27avril1969.Enfait lesélecteursne
seprononcerontpassurlesquestionsduSénatetdelarégion,maissurlemaintien
6ounonaupouvoirdugénéraldeGaulle .Lenon l’emporte:52,41%desvoixen
France.Le général deGaulle démissionne.Son successeur,GeorgesPompidou,
choisitluiaussiLyonpourfxeràlarégion,dansundiscoursdu30octobre1970,
desperspectivesplusmodestes:«Elleestpour lesdépartements ce que sont les
syndicats
intercommunauxpourlescommunes.Ellepermetàl’Étatdedéconcentrer les responsabilités… »
Ladécentralisationn’estplusàl’ordredujour.Onretrouverasouvent,plustard,
ce stopandgoinstitutionneldans lequel touteavancéevers unpouvoirpolitique
régional est stoppée par la résistance complice du département, de l’État et du
Sénat…
5.LeMonde, 26mai1970.
6. Jean L e ,DeGaulle,tomeIII–LeSouverain,éd.duSeuil,1986,p. 748sq.
23
acutu1972.L’établissement public régiona l
SelonGeorgesPompidou,larégionnedoitpasêtreunecollectivitéterritoriale,au
même titre que la commune ou le département.Elle sera donc un
établissement
public,soumisauprincipedespécialitéetnebénéfciantpasdelaclausedecompétencegénérale.Laloidu5 juillet1972vacependantluidonner,pourlapremière
fois,uneexistence juridiqueencréantdanschaquerégionunétablissementpublic
régional(EPR).L’EPRcomportera deuxassemblées.L’unedélibérante,appelée
conseil régional, seracomposéedesparlementairesdechaquedépartementetde
membresélusparlesconseilsgénérauxetlesvillesouagglomérationsdelarégion.
L’autre, consultative,appeléeComité économique et social régional,accueillera
des représentants socioprofessionnels.La loimultiplie lesprécautions: lepréfet
derégionassurelafonctionexécutive; l’EPRnedisposepasdeservicespropreset
doits’enremettreauxservicesdel’État;sesressourcessontstrictementplafonnées.
Ses compétences restent vagues :«Contribuerau développement économique
et socialde la région », parexempleen fnançantdes« équipementscollectifs
d’intérêt régionaldirect. »
Lemode de désignation du conseil régional est, en lui-même, un élément de
faiblesse:sesmembresn’ysiègentqueparcequ’ilsdétiennentunautremandat,si
7bienque lemandatrégionalnesera jamaispoureux leprincipal ;sacomposition
semodifeàchaqueélectionmunicipale,cantonale,législativeousénatoriale,ce
quinefaciliteni laconstitutiond’équipesoudemajoritésstables,ni l’élaboration
depolitiquescohérentes.
Pourtant,malgré toutes lesprécautionsdu législateur,c’est sous le régimede
la loide 1972que l’institutionrégionale va s’affrmerenLimousin,à l’initiative
de sesdeuxpremiersprésidents,AndréChandernagoretLouisLongequeue.
AndréChandernagor (1974-1981): la région vue de laCreus e
AndréChandernagoraprésidéleconseilrégionalduLimousinde1974à1981,date
de sanominationcommeministredéléguéchargédesAffaireseuropéennesdans
legouvernementMauroy.Énarque,membreduConseild’État, ilestéluen1958,
à37ans,députésocialiste(SFIO)de laCreuse.Ilpublieen1967unouvragedans
lequel ildécrit l’effacementduParlement,esquissedesvoiespoursonrenouveau
et,au passage, porte sur le système desCODER un jugement sévère :«Une
7. J’avais été désigné comme membre du conseil régional duLimousin, par un vote du conseil
municipaldeLimoges,alorsque jenedétenaisaucunautremandatélectif.Letribunaladministratif
deLimogesavait validé ma désignation.LeConseil d’État (24 janvier 1977,Serieyx)a jugé que,
ne détenantpasunmandatélectif local, jen’étaispaséligibleau conseil régional.Bonexemple de
cumulobligatoiredesmandats.
24n
façademasquant la répartitionautoritaire des créditspar le gouvernement et ses
8préfets. »Ilappartientàcettegénérationd’élus quipensentavoir un rôleà jouer
dans l’animation de la vie économique, ce qui l’a conduit à présider à partir de
1972leComitéd’expansiondelaCreuse.En1974,lanouvellemajoritédegauche
du conseil régional le porte à sa présidence et, très vite, il s’exprime sur ce que
devraitêtre,àsesyeux,lanouvelle institutionrégionale.Danslepremieréditorial
qu’il signedansLa lettre duLimousin– lepériodique trimestrieldesassemblées
régionales –, sous le titre« trouver sa juste place », il regrette l’absence d’un
exécutifrégionalautonomeetd’unstatutdecollectivité localedémocratiquement
organisé,maisajoute:«Cesverroussauterontunjour.»Ilconsidèreque«larégion
aurait manqué son but si elle devait substituer à la centralisation parisienne une
nouvelle forme de centralisationau niveau régional» : l’élu creusois réfute par
avance unpoidsexcessif de la capitale régionale,et souhaite que lenouvelEPR
soit«[…] lecoordinateurde l’ensembledesactivitéspar lesquelles s’exprime la
9vieprofondede la région ».C’est unefeuillede route qui rested’actualité.
À côté du conseil régional, le comité économique et social cherche saplace.
Son premier président,RogerRoncier (1974-1980), président de la chambre de
commerce et d’industrie deBrive,a la nostalgie de laCODER qui«présentait
aumoins l’avantaged’associerdans unemêmeassemblée leséluspolitiquesaux
10socio-économiques ».Pour lui, le désenclavement de la région était lapriorité
absolue, et il ne voyaitau problème démographique duLimousin qu’une
solution:«[…]fairevenir…Ceuxdenoscompatriotesquiontémigrévers larégion
11parisienneetymènentunevied’enfer .
»Sonsuccesseur,GuyChambon(19801983)estprofesseurdegestionà lafacultédedroitetdes scienceséconomiques.
Spécialistedesquestionsdémographiques,ilaffrmedèssonélectionlanécessité
d’arrêter ledéclindémographiquede larégion,etd’engagerunepolitiquefaisant
12duLimousinuneterred’accueil .Ilinsistesurlerôledel’université«[…]ciment
intellectuel indispensableà la structurationprofonded’unevraie région ».Il
souhaite que l’action de la région, dépassant l’intérêt de chaque département ou de
chaque ville, soit« […] collective, globale,non une juxtaposition deproblèmes
13oud’intérêtsparticuliers ».
C’estsouslaprésidenced’AndréChandernagorque,danscetesprit,l’institution
régionalecommenceàs’affrmer;les«verrous»misenplaceparlaloi,comme
ill’avaitannoncé,sautentprogressivement.En1974,unconfitsévèrel’aopposé
au préfet de région, qui entendait faire respecter strictement l’interdiction faite
8. André CHade ,UnParlement pourquoi faire?,«Idéesactuelles »,Gallimard, 1967,
p.46.
o9. LaLettre duLimousin, n1, juin1975.
o10.LaLettre duLimousin, n18,décembre1979.
o11.LaLettre duLimousin, n1, juin1975.
o12.LaLettre duLimousin, n22,décembre1980.
o13.LaLettre duLimousin, n19,mars1990.
25
rnagoru
f
1 4auxrégionsderecruterdescollaborateurs .Assezvite,descirculairessontvenues
assouplir le dispositif, et un embryon d’administration régionale s’est constitué.
C’estàcemoment-làque,surmarecommandation,AndréChandernagorarecruté
commedirecteurdecabinet,unjeunechargédemissionpourlesmétiersquiarrivait
deGrenoble,et que j’avaisconnuà laConventiondes institutions républicaines :
AlainRodetdevenupar la suitedéputéetmairedeLimoges.
Le conseil régional duLimousin,avec sa majorité degauche,a été souvent
conduit à critiquer la politique des gouvernements.En témoigne sonapproche
e e15critique duVII Plan et duVIII Plan,dans lequel il voit«une planifcationde
16papier », ou ses protestations contre la manière dont leLimousin est traité en
comparaisonavec l’Auvergne, dans leplan «MassifCentral».Mais,au-delà
de
cettefonctiond’opposition,larégionesquissedéjàseschoixdefondpourledéveloppementduLimousin.Elleaccompagnefnancièrementlesgrandesdécisionsde
l’État qui lui semblent importantespour l’avenir,enneménageantpas sonappui
à la jeune université deLimoges,ou en contribuant à la construction de l’École
nationalesupérieuredecéramique industrielle(ENSCI)délocaliséedeSèvres,en
1975.Elle lance un programme routier important,auquel elle consacre presque
lamoitiéde sonbudget,avec uneattentionparticulièreà la
routeCentre-EuropeAtlantique(RCEA)surlaquelleveilleleCreusoisAndréChandernagor.Elleprend
uneséried’initiativespourmettreenvaleur les ressourcesou
lesactivitésemblématiquesduLimousin: les journéesdes industriescéramiques,enoctobre1980,
préfguraientlepôlecéramiqueàvenir;lacréationdelaFondationdel’eau(1976)
annoncelefuturOffceinternationaldel’eau,installéaujourd’huiàLimogeset à
laSouterraine(Creuse).Le soucid’unbonéquilibre régional inspire lapolitique
d’aideauxpetitesvilles–contrepoidsausoutienapportéàlacapitalerégionale–et
lacréation,dans lebudget régional,d’un«Fondsdecorrectiondesdéséquilibres
internes»dontlaCreuse,ledépartementleplusfaibledelarégion,seraleprincipal
bénéfciaire.La nécessité pour leLimousinde regarderau-delàde ses frontières
conduit sesélus régionaux à rencontrer leurs collègues dePoitou-Charentes– la
région d’origine d’AndréChandernagor–et d’Aquitaine : c’estvers l’ouest que
la régionentretientavec sesvoisins les relations lesplus riches.
Pourassocierlescitoyensàcettedémarchedeprisedeconsciencerégionale,le
conseilrégionaletlecomitééconomiqueetsociallesinvitent,dès1976,àrépondre
à un questionnaire sur l’avenirde leur région.Ilestdistribuéà9500exemplaires
parLaLettre duLimousin, et 466 personnes répondent.L’échantillon est certes
17modeste,mais les résultats sont intéressants .Pour les deux tiers(65,20%) des
habitantsayant répondu, la régionLimousin correspond à une véritable unité
14. Pierre MLo , op. cit.,p. 274.
o15. Discoursd’AndréChandernagor,LaLettre duLimousin, n6,décembre1976.
o16. InterventiondeDanielNouaille,LaLettre duLimousin, n22,décembre1980.
o17.LaLettre duLimousin, n5, sept-oct.1976.
26
acéconomique et humaine; ils se déclarent trèsattachés (64 %) ouassezattachés
(27,5%) à leur région.Ils sont lucides, conscients de ses handicaps,mais
sensiblesà l’agrémentd’y vivre.Interrogés sur leuravenir personnel, ils s’affrment
optimistes : à une petite majorité, il est vrai (52,6%) et les très optimistes sont
rares(3,70%).Onpeutpenserentoutcasque l’attachementdesLimousinsà leur
région les renddisponiblespourparticiperà sondéveloppement.
LouisLongequeue (1981-1986): la région vue deLimoge s
Le10mai1981,FrançoisMitterrandestéluPrésidentde laRépublique.Nommé
Premierministre,PierreMauroy constitue un gouvernementoù les fonctions de
ministredéléguéauxAffaireseuropéennes sontconféesàAndréChandernagor.
Lecumuldesfonctionsdeministreetdedéputéétant interditpar laConstitution,
AndréChandernagor cesse le 21 juillet d’appartenir à l’Assemblée nationale et,
du même coup,au conseil régional duLimousin qu’il ne peut plus, de ce fait,
présider.Il écrit :«Cen’estpas sans émotion que je tournerai cette page dema
vieoù…J’aiprésidéà lanaissancede laRégionLimousin,àsespremierspas,au
développement de l’espritrégional…Mon départ va coïncideravec le moment
18où la régionvadeveniradulte . »
LouisLongequeue,sénateur-mairedeLimoges,déjàvice-présidentduconseil
régional, est élu à sa présidence le 21 septembre 1981 : il l’occupera jusqu’aux
premièresélectionsrégionalesausuffrageuniversel,enmars1986,quiferontdela
régionunecollectivitéterritoriale.Àsescôtés,jedeviensl’undesvice-présidents.
En1983,JeanCharbonnieras, quiprésidait jusqu’alors le comité régional
d’expansion,etquientretientavecLouisLongequeued’excellentesrelations,succède
àGuyChambonà laprésidenceduconseiléconomiqueet social.
C’est sous la présidence deLouisLongequeue qu’interviennent, à partir
de
1982,lesgrandesloisdedécentralisation.Illuireviendradelesmettreenapplication.J’avaisdéjàeul’occasiondetravailleraveclui.Ilavaitsouhaitédès1971que
je le rejoigne à lamairie deLimoges :mais,pourmoi,monmétier d’enseignant
comptaitdavantage que lapolitiqueet j’avaisestimé quemesresponsabilitésà la
facultédedroit–dont jedeviendrai ledoyende1972à1977–nem’en laissaient
pas lapossibilité.Àpartir desélectionsmunicipales de1977, j’étais devenu son
adjoint,puis sonpremieradjoint.C’estdecesannéesd’étroitecollaboration que
date lagrandeestime que je luiaiportée.Certesbiendeschosesnous séparaient
dans nosapproches desresponsabilités locales.Il étaitavant tout le maire de
Limoges,etilseméfaitdetoutcequiauraitpulimitersalibertéd’actiondanssa
commune:d’oùsagranderéserveàl’égarddesstructuresintercommunalesetd’un
éventuelpouvoird’agglomération.C’estsansdoutecequil’avaitconduitàlocaliser
o18.LaLettre duLimousin, n24, juillet1981.
27u
f
t
l’aéroport sur le territoire de sa commune, àBellegarde,alors que cen’étaitpas
lemeilleuremplacementpour savocation régionalefuture.Dans lemêmeesprit,
il souhaitait que lenouveau quartierdeBeaubreuil soitdansLimogeset,pource
faire, ilavaitchoiside réaliser unefusionentreLimogeset lapetitecommunede
Beaune-les-Minesquiluiapportaitlesterrainsnécessaires.Iln’appréciaitguèrece
que l’onappelleaujourd’hui la«démocratieparticipative »,comptantdavantage
sursonréseaucomplexederelationspour«sentir»savilleetl’étatd’espritdeses
habitants:jemerappelle lemalquej’aieuàsurmontersesréservespourcréer,en
19juin1977, lepremier journald’informationsmunicipalesdeLimoges .
Au-delàdecesdifférences,nousnousaccordionsenrevanchecomplètementsur
lesperspectivesdedéveloppementduLimousin,etsurlerôledeLimogescomme
capitalerégionaleetgrandevilleduCentre-Ouest.C’estLouisLongequeuequi a
misLimogesenmesurede jouercerôle,àtraversdesactionsdans lesquelles son
ancienadjoint à l’urbanisme, legaullisteGilbertFont,avu«leplusgrand bond
20enavant » de l’histoire de la ville .Limoges lui doit d’être devenue une ville
universitaire:c’est son interventionpersonnelleauprèsdugénéraldeGaulle qui
a permis la création, en 1968, de l’université deLimoges, réalisantainsi«pour
21lapremièrefoisenLimousin lesconditionsd’unevie intellectuellemoderne ».
C’est également à lui que l’on doit la réalisation et la mise en service en 1976
ducentre hospitalier universitaire(CHU),dont l’activité s’étend trèsau-delàdes
limitesde la région.
LaprésidencedeLouisLongequeues’estdérouléedansuncontextepolitique
trèsnouveau.LePrésidentde laRépubliqueétaitFrançoisMitterrandet,de1981
à1986,lagaucheaétémajoritaireàl’Assembléenationale.Leclimatdesrelations
avec le gouvernementavait changé.Le2 décembre 1981, lePremier ministre,
PierreMauroy,participait à une réunion de travailau siège de la région : il était
accompagné par deux de ses ministres,AndréChandernagor etMarcelRigout,
qui, quelques mois plus tôt étaient membres du conseil régional.Il s’agissait de
préparer le voyage enLimousin queFrançoisMitterrandallait effectuer les 3 et
4mai1982.
LesdécisionsannoncéesparlePrésidentdelaRépubliquelorsdecevoyageont
22constituéunepremièreréponseauxattentesdelarégion .Pourledésenclavement
routier, réclamé en vain depuis longtemps, ilannonce la mise à deux fois deux
voies de laRN20 entreVierzon etBrive dans les quinzeans,avec réalisation
de la moitiéde l’itinéraire,dont la totalitédesdéviations urbaines,avant la fn
19. LeLimousin, 15 juin 1977.Dansun éditorial,LouisLongequeue prend soin de préciser que
ce journal«seradistribué gratuitement grâce auxannonceurs qui ontbien voulu lui conferleur
publicité ».Ce journalparaîtaujourd’hui sous le titreVivreàLimoges.
20. Gilbert F ,Limoges : legrand bond enavant,Lavauzelle, 2006,p. 349sq.
21. Pierre MLo , op. cit.,p. 277.
o22.LaLettreduLimousin, n27,juin1982.Onytrouveraletextedudiscoursduprésidentduconseil
régional,et l’intégralitéde la réponseduPrésidentde laRépublique.
28
ac
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eduIX plan(1988) : cen’estpas encore l’autoroute souhaitée,maison s’en
rapproche.Un pôle de recherche technologiqueet céramiqueà vocation nationale
seraconstituéàLimoges,etplusgénéralement,l’Étatsoutiendraledéveloppement
desenseignementsuniversitairesetdelarecherche,quisontlaclédel’innovation
économique.Enfn,aunomdelacohésionrégionale,unprogrammespécifquede
développementestprévuauproftdelaCreuse.Aucoursdesaprésidence,Louis
Longequeue veillera à ce que ces décisions soient effectivementappliquées et,
pour l’essentiel, elles le seront.C’est égalementà lui qu’il reviendra degérer, à
erpartirdu 1juin1983, lepremier transfertdecompétencesdécidépar les loisde
décentralisation; ilportait sur l’apprentissageet laformationprofessionnelledes
jeunes;commevice-président, j’avais reçudélégationde sapartpource secteur,
23et jepeux témoignerde l’importance qu’ilyattachait .
LouisLongequeueavait comprisavant bien d’autres à quel point les destins
deLimogesetduLimousinétaient inséparables.Il savaitvoir loin,etdiscerner à
tempslesgrandsenjeux.Quandj’étaissonpremieradjointàlamairiedeLimoges,
je me souviensavoir travailléavec lui sur les grands projets qu’il formait pour
quelavocationdecapitalerégionaledeLimogess’affrmedefaçonirréversible.
Ila lancé lestravauxdeconstructiond’un hôtelderégionpourquecettevocation
soit matériellement inscrite dans le tissu de sa ville.Ila engagé le processus
de réalisationd’un parcd’activités scientifqueset industrielles (ESTER), d’une
médiathèque,d’uncentreroutier,quesonsuccesseurà lamairieamenésàbienet
quiconsolidentaujourd’hui la fonctionrégionaledeLimoges.Sa réfexionavait
contribué àenrichir le travail deprospective territoriale que j’avaisentrepris dès
24monélectionen1986,oùcesperspectives sontannoncées .
Aveclatransformationdelarégionencollectivitéterritoriale,en1986,allaient
se terminer cesannées d’apprentissage d’une réalité régionale.Quelques
enseignements importantspourlesétapesàvenirs’endégageaient.Leconseilrégional
avaitsusedoterd’unemajoritépolitiquestable,oùélussocialistesetcommunistes
avaientapprisà travailler ensemble.Les relations entre les élus et les
responsables socioprofessionnels s’étaient renforcées.Au-delà des particularismes des
départementsetdesintérêtscatégoriels,uneapprocherégionaledesgrandsenjeu x
du développement duLimousin commençait à s’imposer.Cetacquisallait être
importantpourcontinueràavancervers la reconnaissanced’unespacepolitique
r e erégional (1 partie)l’affrmationd’unpouvoirpolitiquerégional (2partie)et la
emiseenœuvredepolitiques régionales (3partie).
e o23. Robert Svy, « Former les travailleurs du xx siècle », La Lettredu Limousin , n31,
mai1984.
24. Bernard Bbe, Limousin2007,Étudeprospective(tomeI,Rapportgénéral),ÉditionsduLimousin,
1988,p. 343sq.
291.
VERSUNESPACEPOLITIQUERÉGIONAL ?En1986, la régionn’était guère qu’une circonscriptionadministrative de l’État.
Ilexistaitcertes unconseil régional: iln’étaitpas uneassembléepolitique,mais
l’organedegestiond’unétablissementpublicadministratif.Sesmembresn’étaient
pasélusausuffrageuniverseldirect:leurmandatrégionalétaitlié,pourlesdéputés
et sénateurs, à leurmandatnational et,pour lesautres, à leur désignationpar un
conseilgénéraloumunicipal.Sacompositionpouvaitchangeràchaqueélection
nationaleou locale.Iln’existaitpasd’espacepolitique régional.
Ilestvraiqu’iln’estpasfacile,pourunterritoire,dedevenirunespacepolitique.
L’Étatyestparvenu depuis longtemps: ilexiste un débatpolitiquenational, des
partispolitiquesnationaux,desélectionsnationales.Lacommune,leplussouvent,
auneréalitépolitique:c’estsonterritoirequiconstituelacirconscriptionélectorale,
laparticipationauxélectionsmunicipalesestforte,et lesproblèmesmunicipaux
tiennent une grandeplace dans le débat électoral.En revancheni l’Europe,ni le
département,ni la régionn’existentencorecommeespacespolitiques reconnus.
Certes l’UnionEuropéennea sonParlement,éluau suffrage universel direct,
dont lespouvoirs s’accroissentau fldu temps.Mais l’électionà lieudansdes
circonscriptions nationales ou infranationales, si bien que son enjeu n’est pas
ressenticommeeuropéen,etquelesthèmesdepolitiqueeuropéennetiennentmoins
deplace que lespréoccupationsnationalesdans lescampagnesélectorales.
Certes, dans les départements, les conseillers généraux sont élusau suffrage
universel direct, mais dans le cadre d’une circonscription – le canton – qui ne
constitue presque jamais un territoire vécu.L’élection se fait rarement sur des
enjeux départementaux et, plus souvent, sur desproblèmes locaux ou un climat
national.Laprincipaledimensionpolitiquedudépartementtientaufaitqu’ilestle
cadred’organisationdesgrandspartispolitiques:maislescrutinuninominaln’est
pas celui où ilpèse leplus et,paradoxalement, c’est sur les élections régionales
quesoninfuenceestlaplusgrande.
Les mêmes observations s’appliquent à la région.Les membres du conseil
régionalsontélusausuffrageuniverseldirect,maisdanslecadredudépartement :
seulleprésident,depuis2004,estéluàl’échelledelarégion.Ledébatpolitiquefait
peuàpeuuneplaceplusgrandeauxproblèmesrégionaux,mais lefaitqu’onvote
lemême jourdans toutes les régionsdonneauxélections régionales uncaractère
national,et lesenjeux nationaux infuencent largement leurs résultats.Les partis
politiques,déterminantsdans laconstitutiondes
listes,sonttrèsfaiblementstructurésauniveau régionalet,decefait, leursorganisationsdépartementalespèsent
sur lechoixdescandidats; les systèmesd’alliancesentre partis sont infuencés
par lemodèlenational.
Uneévolutionestencoursverslacréationd’unespacepolitiquerégional.Mais,
àpartir des trois élections régionalesauxquelles j’ai participé enLimousin – en
1986,1992et1998–onmesureàquelpointlecheminestsemédediffcultés.
33Chapitre premie r
Les dernièresannées de l’union de la gauch e
1986-199 2
La loi du2 mars 1982 relativeaux droits et libertés des communes, des dépar -
tements et régions disposait qu’ils« s’administrent librement par des conseils
élus », posantainsi le principe de l’élection des conseilsrégionauxau suffrage
universel direct.Sonapplicationavaitété, sur cepoint,plusieursfois différéeet
c’est seulement par une loi du 10 juillet 1985 que les modalités du scrutin ont
étédéfnies.Levoteauraitlieudanslecadredechaquedépartement,etnondans
une circonscription régionale.Il s’agissait d’un scrutin de liste.La répartition
des sièges se ferait à la représentation proportionnelle intégrale à la plus forte
moyenne.Lenombredesiègesàpourvoirdanschaquerégionétaitfxéparlaloi,
àdeuxfois lenombredesparlementairesdudépartement(députéset sénateurs),
augmenté d’un siège pour éviter lessituations de blocage qu’unnombre pair
auraitpuprovoquer.Cessiègesétaientrépartisentre lesdépartementscomposant
la régionà raisond’un siègepardépartement, lesautres siègesétantattribuésau
proratadespopulations respectives.
Dans quelques cas, cependant, l’application de cette règlepouvait se heurter
àdesdiffcultés:laCorse,oùuneloiantérieureavaitprévuunnombredesièges
beaucoupplusélevé; l’outre-mer,dufaitde lasuperpositiond’undépartementet
d’une région, et…LeLimousin.LeLimousin est la moins peuplée desrégions
métropolitainesaprès laCorse,et lenombre de sesparlementaires correspond à
sapopulation : luiappliquer la règle commune revenait à luiattribuer 29 sièges
seulement.Desresponsablespolitiqueslocauxontfaitobserverqu’avecaussipeu
deconseillers régionaux,àpartagerentre troisdépartements– soit seulement six
élus pour laCreuse! – et entre majorité et opposition, le conseil régionalauraitc
n
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dumalà faire faceauxcompétencesqu’onentendaitconferaux régions.Deux
parlementaires–LouisLongequeue,sénateurdelaHaute-Vienne,etJean-Claude
Cassaing,députéde laCorrèze–ontobtenu unedérogationpour leLimousin: il
aurait41siègesdeconseillersrégionaux,au lieudes29prévusà l’origine,soit14
pour laCorrèze,8pour laCreuse,et19pour laHaute-Vienne.
Larègledujeuétantainsifxée,lespremièresélectionsrégionalesonteulieu
le16mars1986, lemême jour que lesélections législatives.Lamanièredont,en
Limousin, lescandidatsontétéchoisiset
lacampagneconduitemontrentclairement qu’iln’existaitpas,alors,d’espacepolitique régional.
di da tu e :
Le po id de dé ee
J’étaisPremier secrétaire de la fédération socialiste de laHaute-Viennependant
toutelapériodedepréparationdeslistesdescandidatsauxélectionsrégionalesde
mars1986. Àcetitre, j’aipusuivreau jour le jour lespéripétiesde laconstitution
de la liste socialiste enHaute-Vienne, qui était la liste duparti leplus important
dans le département leplus important.Sur ce qui sepassait dans les deuxautres
départements,etdans lesautresfamillespolitiques,maconnaissanceétaitmoins
directe.Je retiensde lapériode que,partout, lechoixdescandidats s’estfaitdans
lecadredépartemental,lesprocéduresdesélectionignorantcomplètementlecadre
régional.
Le context e
Lasituationpolitiquenationale,à l’automne1985,étaittrèsdéfavorableà
lagauche:elleavaitperdu lesélectionscantonalesenmars;c’étaitl’époquedel’affaire
Greenpeace; la rivalité entreJospin etFabius pour la conduite de la campagne
s’annonçait;ledéclinduParticommunistesepoursuivait.EnLimousin,letableau
étaitunpeumoinssombre.Certes,onétaitloinduclimatdel’électionprésidentielle
de 1981 où,au second tour,FrançoisMitterrand obtenait 62,2 % des voix en
Haute-Vienne,59,7%enCorrèzeet56,3%enCreuse.Cependant, lesélections
européennesde1984 laissaient sachanceà lagauche: lesvoix réuniesduPS,du
PCet des radicaux degaucheatteignaientencore49%enHaute-Vienne(contre
40,4%à ladroite),44,7%enCorrèze(contre50,3)et41,4%enCreuse(contre
46,2).UnsondageeffectuéenHaute-Vienneàl’initiativeduPSenseptembre1985
indiquait que l’intérêt suscitépar lesfuturesélections régionalesétait supérieur à
celuiportéauxélectionslégislativesprévueslemêmejour,etlesintentionsdevote
361expriméesdonnaient uneassez largeavanceà lagauche .C’estdanscecontexte
que les socialistesontétéamenésàchoisir leurscandidats.
Les candidats socialistes enHaute-Vienne
CommePremier secrétaire, il me revenait de conduire le processus de
constitution de la liste socialiste.J’avais été élu à cettefonction en 1979,à l’issue
du Congrès de Metz au cours duquelles lignes politiques incarnées par
FrançoisMitterrand etMichelRocard s’étaientaffrontées rudement.Sur leplan
national,FrançoisMitterrand,alliéauCERESdeJean-PierreChevènement,l’avait
nettementemporté sur uneminorité réunissantMichelRocardetPierreMauroy.
La situation étaitassez comparable enLimousin.EnHaute-Vienne la motion
présentée parFrançoisMitterrand, dont j’étais l’un des principauxanimateurs
2et queLouisLongequeue, le maire deLimoges, soutenait obtenait à elle seule
la majoritéabsolue.EnCorrèze, la motionMitterrand dépassait également les
50% demême qu’enCreuse l’allianceMitterrand -CERES.Monappartenance
aucourantmajoritaire,et lefaitqu’en1986plusieursmandatsélectifs importants
soientàpourvoir–4 siègesdedéputés, 2 siègesde sénateurs,plusieurs siègesde
conseillerrégionaldontlaprésidencedelarégion–allaitmefaciliter latâche.Les
conditionsétaient réuniespour tenterdemieux répartir les responsabilités,voire
amorcer une limitationducumuldesmandats.
J’avais,dans cette entreprise, l’appui deLouisLongequeue,dont l’autorité
personnelle était indiscutée dans lePS etau-delà.Derrière luipersonne, dans la
3nouvelle génération du personnel politique, ne se détachait nettement .Si l’on
considère qu’AlainRodet était député depuis 1981 et souhaitait le rester, que
1. IPSOS,«LeclimatpolitiqueenHaute-Vienne»(400personnesinterrogéesdu19au21septembre
1985).
2. LouisLongequeue,«Sur lavoiede l’unité retrouvée »,LePopulaire duCentr e, 27mars1979 :
«J’apporte mon soutien sans réserve à la motion présentée parFrançoisMitterrand parce qu’il a
sudonnerdepuis1971 uneforcenouvelleànotreparti…MichelRocard…Sous-estime selonmoi
le rôle que le secteur public, le plan ou l’État devront jouer…Je perçois mal la ligne politique de
PierreMauroy. »
3. SelonlemêmesondageIPSOScitéplushaut,l’imagedesunsetdesautresétait lasuivante(pour
100personnes interrogées) :
Infuence Sens du Infuence
Personnalités Compétent Travailleur Sincèrelocale contact nationale
LouisLongequeue84 74 74 67 51 41
J.-Cl.Peyronnet 59 62 58 47 41 27
AlainRodet 53 48 48 533728
RobertSavy 65 61 61 54 49 39
37Jean-ClaudePeyronnet était depuis1982président du conseil général et que, de
mon côté, j’étais intéressé par la présidence du conseil régional, les indications
decesondagenedéconseillaientpascetterépartitiondesrôles.Encorefallait-ille
faireadmettreparlesdiversessensibilitésduPS.IlestdebontonauPartisocialiste
de se référerauchoixde«labase»etdecélébrer lecaractèredémocratiquede la
désignationdescandidatsauxfonctionsélectives.Enfait, ladémocratie suppose
quelque préparation,et les militants ne sonten généralconviés qu’à ratifer les
conclusionsdecetravailpréalable.C’estcequis’estpasséen1986.Leprocessus
acommencé,le20septembre,parundéjeunerdesprincipauxélusouresponsables
du courant majoritaire, qui ont donné leuraccord de principe à ce
schéma.J’ai
rencontrélesresponsablesdesdiverscourants,quiontindiquéleursattentesetleurs
candidats.PuisleSecrétariatfédéralatenuquatreréunionsdetravailaucoursdesquelles le«casting»seprécisaitprogressivement.Dès lapremièreréunion ilétait
acquis que lesdeux sénateurs sortants,LouisLongequeue,etRobertLaucournet
(courantMauroy)seraientreconduits,qu’AlainRodet(courantMitterrand)serait
têtedelisteauxlégislativesavecennuméro2MarcelMocoeur(courantMauroy),
égalementdéputésortant;que jeseraistêtede listeauxélectionsrégionales,avec
LouisLongequeueennuméro2.À laréunionsuivante ilétaitadmisque jeserais,
en cas de victoire de la gauche, le candidat socialiste à la présidence du conseil
régional, queDanielNouaille, maire d’Aixe-sur-Vienne (courantRocard) serait
vice-président,etquedeuxfemmesfgureraientdanslesdixpremièresplacesdela
liste.Laréunionsuivantefaisaitapparaîtreunediffcultéàproposdessuppléants
de sénateur: tout le mondeétait d’accord pour queJean-ClaudePeyronnet et
moi soyonschoisis…Maischacundenous souhaitantêtre le suppléantdeLouis
Longequeue, ila été sagementadmis de revoir la questionaprès les élections
régionales.Oncontinuaitcependantàprogresserdans laconstitutionde la liste :
eun désaccord persistait sur la 3place, que chaque courant souhaitait pour l’un
des siens; il étaitacquiscependant queMarcelMocoeur fgureraiten position
éligible,mais qu’il renoncerait s’ilétaitélu député– ce quinefutpas le cas.Il a
fallu un ultimedéjeuner, le10octobre,pouraboutirà unaccordpresquegénéral.
LatroisièmeplaceétaitattribuéeàJean-ClaudePeyronnet: ilconsidéraitcomme
indispensable que le président du conseil général de laHaute-Vienne siégeâtau
conseil régional,puisque soncollèguede laCorrèze,Jean-PierreDupont(RPR),
allait y siéger; il était clair que les départements entendaient être présents dans
ela nouvelle institution.À partir de la 4place, on trouvait le leader duCERES,
GérardVincent,puislecandidatducourantRocard,DanielNouaille,puisMarcel
eMocoeur(courantMauroy)etàla 7place,lapremièrefemme,MoniqueCompain.
L’accord des grands élus et desresponsables des courants étant pour l’essentiel
acquis,lasuitedevenaitformelle:approbationdelacommissionexécutivefédérale
par38voixcontre13(pourl’essentieldesmembresdelamotionMauroy),etparun
votedesadhérentsdans lessectionspar826voix(soit77,56%)contre239.Telle
qu’elleétaitconstituée,cette listeétait unpremierpas,certes timide,maisauquel
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