La vie en Ariège au XIXe siècle

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Créée de toutes pièces à l’époque révolutionnaire, l’Ariège du XIXe siècle est diverse et pleine de contrastes : pays de plaine et de montagne, d’agriculture de survie et d’industries, de vallées enclavées et d’un grand axe transpyrénéen.

La vie quotidienne des Ariégeois est donc autant celle du paysan de la montagne « remontant » sans cesse la terre de ses terrasses et transportant fumier ou moisson à dos d’homme, du berger transhumant passant l’été dans les orrys d’altitude, que du métayer de la plaine ouvert aux progrès techniques, celle du mineur et du forgeur des hautes vallées comme celle de l’ouvrier des usines de Pamiers ou des tisserands du pays d’Olmes, celle du marchand urbain autant que celle du colporteur et du montreur d’ours…

C’est aussi la vie d’un peuple de la frontière, familier du passage d’outre monts et de la rencontre de ceux qui viennent d’ailleurs, du bandit redouté comme du réfugié accueilli.

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Date de parution 31 janvier 2013
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EAN13 9782350683492
Langue Français

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La vie au quotidien
Collection dirigée par Jean-François Soulet
La vie en Ariège au e XIX siècle
Claudine Pailhès
Dans la même collection :
e e La vie dans les Pyrénées du XVI au XVIII siècle, Jean-François Soulet
En Rouergue avant 1914, Roger Béteille
La vie au Pays Basque sous le second Empire, Marie-France Chauvirey
e La vie à Bordeaux, au XVIII siècle, Paul Butel, Jean-Pierre Poussou
e La vie dans les provinces du Sud-Ouest au XVII siècle, Yves-Marie Bercé
La vie dans les Landes au temps des bergers et des Loups, Jean-Pierre Lescarret
La vie en Espagne au moyen âge, Béatrice Leroy
La vie en Touraine au temps de Balzac, Michel Laure ncin
La vie dans les Tranchées, Rémy Cazals, André Loez
Illustration de couverture :Vue généralde d’Ax-les-Thermes.
AD Ariège 7Fi 2.1
Cliché Archives départementales de l’Ariège.
ISBN :978-2-35068-349-2
© Cairn
www.editions-cairn.fr/
Avant-propos
e Traiter de la vie en Ariège au XIX siècle n’est pas aussi simple qu’il pourrait y par aître. Il faut composer avec des limites administratives cert es évidentes - un département - mais combien artificielles, avec des limites temporelles difficiles à fixer, entre plénitude d’une civilisation traditionnelle et ruptures définitives , avec des sources très inégales, découlant de la diversité des regards.
Une Ariège ? des Arièges ?
e Créée de toutes pièces à l’époque révolutionnaire, l’Ariège du XIX siècle est une entité toute nouvelle :les pays qui la composent n’ont pas d’histoire commune, ils ont du mal à s’accepter les uns les autres, surtout ceux qui n’o nt pas le chef-lieu, ils sont séparés par une frontière millénaire qui court en plein milieu du département et qui se traduit dans la langue - on parle gascon à l’ouest, languedocien à l’est - et dans des pratiques juridiques, communautaires et familiales différente s.
Cette Ariège nouvelle est diverse et pleine de contrastes :pays de plaine et de montagne, d’agriculture de survie et de grandes industries, d e vallées enclavées et d’un grand axe transpyrénéen.
La vie quotidienne des Ariégeois est donc autant ce lle du paysan de la montagne « remontant » sans cesse la terre de ses terrasses et transportant fumier ou moisson à dos d’homme, du berger transhumant passant l’été da ns les orris d’altitude, que du métayer de la plaine ouvert aux progrès techniques, celle du mineur et du forgeur des hautes vallées comme celle de l’ouvrier des usines de Pamiers ou des tisserands du pays d’Olmes, celle du marchand urbain ou du hobere au de la plaine autant que celle du colporteur et du montreur d’ours. C’est la vie de v illages immobiles, murés dans une routine millénaire et dans un refus du monde extéri eur, et c’est la vie d’un peuple de la frontière, familier du passage d’outre monts et de la rencontre de l’étranger…
« L’Ariège d’autrefois » ?
Quel est cet autrefois ? À quand le situer ? Avant la guerre de 1914 ? Toutes les ruptures étaient alors déjà consommées depuis longtemps. Ava nt le chemin de fer et l’école laïque et obligatoire ? Sans doute. Mais y a-t-il e u, juste avant, un temps immobile sur lequel on pourrait s’attarder à décrire la « civili sation ariégeoise » d’avant les temps modernes, des modes de vie inchangés depuis des siè cles ? Certainement pas. Cette
Ariège sur le point de basculer vers la « modernité » est déjà l’Ariège des migrants et des émigrants, des révoltes forestières et des cantonne ments, de la maladie de la pomme de terre et du déclin industriel.
Il faut bien pourtant faire un arrêt sur image. Alo rs nous avons choisi le milieu du siècle, au temps du maximum de population, au temps où le m arteau des forges résonne dans les vallées, où les caravanes de mulets franchissen t quotidiennement les ports, où les hommes partent travailler au loin mais reviennent e ncore, tandis que femmes et enfants se penchent sur la terre ou plient sous la hotte de fumier, au temps où les Espagnols viennent en nombre sur les foires ariégeoises, au t emps où les montreurs d’ours n’ont pas encore traversé l’Atlantique… Au temps aussi où l’étranger arrive, curiste ou touriste, et envie la beauté calme des terroirs et la vie « n aturelle » des paysans, mais où l’enfant du pays songe aux villes bruissantes et aux terres lointaines.
Le déséquilibre des sources.
Les sources d’archives sont nombreuses, des remarqu ables enquêtes sur le travail ou l’agriculture, sur les subsistances ou l’émigration aux règlements d’hygiène publique ou de police des auberges et cafés en passant par les dossiers d’assistance aux victimes de la misère, du choléra et des catastrophes nature lles ou d’encouragement aux cultures e nouvelles et à la sélection du bétail. Mais la cara ctéristique du XIX siècle est l’existence d’une extraordinaire « littérature de description » , ces récits de voyageurs, ces souvenirs de jeunesse ou d’âge mûr, ces études « statistiques » d’administrateurs, d’érudits locaux ou d’auteurs de « guides », ces rapports et ces réf lexions de ceux que leur fonction amène au cœur des populations, le médecin, l’instit uteur, le curé…, qui, loin de l’aridité juridique ou mathématique du document administratif , apportent la vie, la saveur, la parole et la couleur. Tous textes qui sont sans dou te moins « convenus » que ceux des Pyrénées centrales car l’Ariège reste à l’écart des grands circuits pyrénéistes, thermaux et touristiques. Nous avons abondamment utilisé ces écrits, ceux de la période considérée, mais aussi de plus anciens (depuis 1800 ) ou de plus récents (jusque vers 1900) parce que les comportements et les pratiques décrits au début ou dénoncés comme archaïques à la fin étaient bien sûr ceux aus si du milieu du siècle. La remarque vaut pour les premières photographies qui, dans les dernières décennies, révèlent les costumes et les habitats les plus traditionnels, do nc les plus anciens, ceux qui attirent l’œil des réalisateurs… et de leurs clients.
Dans cette littérature comme dans ce patrimoine ico nographique, la montagne est sur-représentée. C’est elle et ses habitants qui attire nt le regard. Elle est impressionnante, elle est belle, elle est dangereuse, avec ses loups , ses ours et ses aigles, avec ses tempêtes et ses avalanches. Ses habitants portent u n costume à nul autre pareil, et qui varie de vallée en vallée, ils ont des rites ailleu rs inconnus, ils racontent des histoires extraordinaires, ils suscitent chez les uns des cél ébrations lyriques de sagesse et de bonheur simple et vertueux, chez les autres des tab leaux horrifiés d’archaïsmes et de misères. Magnifié ou repoussant, le montagnard est étrange et « exotique » ; c’est lui
qu’on va voir, c’est lui qui est « remarquable », c ’est lui qu’on décrit à ses lecteurs ou à ses correspondants. Les bourgs, sauf Ax sans doute, parce que ville thermale, n’attirent ni l’œil du voyageur, ni la curiosité de l’administ rateur local, pas plus d’ailleurs que les terres de la plaine et des coteaux. La vie y est ju gée là plus « ordinaire ». Dardenne déjà le disait en 1802 :« Je ne parlerai que du peuple d e nos campagnes parce que les mœurs, les caractères et les usages des habitants d e nos petites villes sont à peu près les mêmes que chez les peuples des grandes cités, à quelques nuances près (…) Les bourgeois, par leur commerce et leur liaison avec l es étrangers effacent les traits caractéristiques du pays ».
C’est pourquoi on connaît infiniment mieux l’orri q ue la maison de ville…
CHAPITRE 1. NATURE ET HÉRITAGES
Dire que l’environnement naturel est une composante essentielle de la vie d’un peuple est une évidence. Et l’évidence est absolue en zone de montagne. L’altitude, la pente, l’exposition, le climat, la faune sauvage, l’exiguï té du terroir cultivable constituent un univers hostile ; pour s’y adapter et donc survivre , les hommes ont développé là une civilisation forcément originale. Cette organisatio n millénaire a longtemps modelé l’histoire pyrénéenne mais elle a dû plier aussi de vant la loi des régimes d’État. Les e Ariégeois du XIX siècle sont les héritiers de cette géographie et d e cette histoire imbriquées et s’ils gèrent leurs estives comme le f aisaient sans doute leurs ancêtres d’avant l’histoire, ils sont obligés de prendre en compte que la Révolution de 1789 a bouleversé le régime de la propriété et, par là, de s droits d’usage…
LA GÉOGRAPHIE
L’Ariège est au cœur des Pyrénées et les trois quar ts du département appartiennent au domaine montagnard. Les paysages se développent en zones successives du sud au nord, de la haute chaîne frontalière à la plaine to ulousaine.
La haute chaîne, ou zone axiale, possède les plus h auts sommets :le Pic d’Estats, dans le massif du Montcalm, atteint 3 143 m, le pic de S errère, le Maubermé, le Mont Valier dépassent les 2 800 m ; le point culminant des Pyré nées, le Pic d’Aneto, n’est pas très loin, il domine le Val d’Aran du haut de ses 3 404 m. Cette haute chaîne, compacte, est à peine échancrée par des « ports » toujours élevés ; il y en a une quarantaine au niveau de l’Ariège, beaucoup à plus de 2 500 mètres. Les p orts de Puymorens, le plus bas (1 900 m), et de Salau (2 050 m) sont les grandes v oies transfrontalières du pays de Foix et du Couserans.
Plus au nord, des chaînons parallèles, moins élevés , séparés entre eux et d’avec la haute chaîne par les vallées étroites des rivières pyrénéennes :ce sont les massifs nord-pyrénéens, de Tabe ou de Saint-Barthélémy (2 368 m) , de l’Arize (1 715 m), des Trois-Seigneurs (2 199 m), de Bouirex (1 873 m).
Au-dessous, les Prépyrénées sont une succession de crêtes et de sillons parallèles et étroits, d’une altitude inférieure à 1 000 m, le pl us au nord étant le Plantaurel. Le piémont enfin, le bas pays, est un vallonnement de collines , traversées par les rivières de l’Arize et de la Lèze à l’ouest, de l’Hers à l’est ; au mil ieu, la large vallée de l’Ariège, rejointe par celle de l’Hers, constitue la plaine de Pamiers et annonce la plaine toulousaine.
Ensoleillées et lumineuses, les Pyrénées ne sont pa s des montagnes très froides. Mais elles arrêtent les vents venus de la mer ou de l’oc éan et l’humidité y est abondante. Ce sont les précipitations qui, sous forme de neige, r endent les hivers difficiles. La neige tombe souvent beaucoup mais, en raison de la relati ve douceur des températures, elle ne « tient » pas. C’est surtout sous l’effet du ven t que, sous forme de congères, elle fait obstacle à la circulation. Le maximum de précipitat ions se situant au printemps, les chutes sont tardives et les cols sont longtemps fer més :le Puymorens par exemple, l’est en moyenne 210 jours par an. Il pleut plus à l’oues t, sur le Couserans atlantique, qu’à l’est, sur le pays de Foix déjà méditerranéen, et b eaucoup plus au sud qu’au nord :si la montagne est un château d’eau, la plaine souffre so uvent de sécheresses estivales.
Partout dans la montagne ariégeoise, trois étages d e végétation se succèdent. En bas, dans les vallées, le terroir cultivable, limité par la pente, par l’exposition et par l’altitude ; au-dessus, la forêt de hêtres, parfois mêlés de sap ins, entrecoupée de prairies humides, puis une forêt supérieure de pins à crochet, plus c laire, émaillée de larges terrains de pacage ; tout en haut, les pâturages de haute altit ude, où ne poussent que des plantes naines. Dans les Prépyrénées, les versants nord son t couverts de taillis de chênes et de châtaigniers ; sur les soulanes du pays de Foix, l’ influence méditerranéenne amène garrigue et chênes verts. Cultures et élevage coexi stent là, comme sur les coteaux septentrionaux ; la plaine, elle, est toute entière cultivée.
La nature ne fournit pas qu’un terroir agricole. El le offre un abondant réseau hydrographique susceptible de fournir la puissance motrice des moulins et des usines et, surtout, d’immenses ressources minières :pendant de s siècles, la mine du Rancié, en vallée de Vicdessos, a alimenté en fer toutes les P yrénées tandis que plâtrières, ardoisières, carrières de marbre, de jais ou de pie rres à faux constituaient l’activité d’appoint de bien des paysans.
Ces zones géographiques si proches en distance mais si différentes ont bien sûr engendré des activités humaines et des modes de vie eux aussi très différents. C’est pourquoi on a dit l’Ariège diverse et pleine de con trastes. Malgré cela, indéniablement, le département a un trait dominant, et ce trait est la montagne.
La montagne occupe l’espace ariégeois. Certains viv ent à l’intérieur, au creux de ses vallées, d’autres vivent à ses pieds, dans les coll ines des Prépyrénées ; pour les hommes de la plaine et de ses villes, elle est l’ho rizon immuable.
L’HÉRITAGE MILLÉNAIRE
e « L’Ariège traditionnelle », « l’Ariège d’autrefois », cette Ariège du XIX siècle qui nous occupe ici est une Ariège multiséculaire, voire mil lénaire. L’origine de l’habitat, dans sa répartition comme dans sa forme, l’organisation de la vie pastorale se perdent dans la nuit des temps et ce qui constitue la spécificité d es pays ariégeois, l’activité industrielle et une intense vie de frontière, remonte au moins a u Moyen Age. L’adaptation aux conditions naturelles, l’équilibre dans l’exploitat ion des ressources, les atouts tirés d’une
position géopolitique originale ont façonné une civ ilisation qui a atteint son plein e épanouissement à la fin de l’Ancien Régime mais qui , au milieu du XIX siècle, révèle ses fragilités.
L’occupation du sol
C’est la montagne qui a été le plus anciennement oc cupée par l’homme ; les Prépyrénées puis la plaine furent lentement conquis es par les paysans médiévaux sous l’impulsion des monastères. La quasi totalité des v illages existait donc au milieu du Moyen Age. La suite est une longue et patiente conq uête, sous une pression démographique permanente, des terroirs les plus élo ignés et les plus ingrats. À l’époque du Second Empire, on était arrivé à une occupation entière de la montagne, difficile à imaginer aujourd’hui.
Cette chronologie d’occupation de l’espace est esse ntielle à la compréhension du paysage et de l’habitat. Les zones de colonisation ancienne sont les bassins glaciaires, les grandes vallées aux immenses domaines pastoraux de la haute Ariège et du Castillonnais. L’habitat y est très groupé, c’est l e pays des villages. Le reste de la montagne (le bassin du haut Salat, les vallées de M assat et de Saurat et les vallées latérales branchées sur les grandes vallées qui ent aillent la montagne), les Prépyrénées et le piémont, d’un relief plus difficile, conquis par petits groupes, îlot par îlot, ne furent e occupés qu’aux temps médiévaux et modernes, voire a u XIX siècle, quand la population fut à son maximum, c’est-à-dire en un temps où les structures communautaires s’étaient relâchées ou même n’existaient plus. Là, l’habitat est très dispersé, souvent en hameaux de quelques maisons ; il est même des communes (All ières, Saint-Bauzeil, Bénaix…) qui n’ont pas de village.
C’est dans la zone de villages, évidemment, que les pratiques communautaires sont les plus développées, là qu’elles constituent l’organis ation la plus originale :organisation des estives, « assolements réglés » des cultures avec v aine pâture et droits de passage…
Entre le relief, l’habitat et l’organisation du ter roir agricole et du terroir pastoral, il y a une « combinaison si intime qu’il serait vain de cherch er à en dégager l’élément directeur » (M. Chevalier).
Le régime seigneurial et les droits d’usage
Les petits pays pyrénéens avaient une identité très forte, héritée sans doute des peuples d’avant l’histoire isolés dans leurs vallées. Les h ommes de la montagne surmontaient la difficulté du milieu par une organisation communaut aire, une organisation que les comtes et seigneurs qui établirent leur autorité dès les p remiers temps du Moyen Age ne purent ignorer et, généralement, confirmèrent. À cela s’aj outèrent des raisons politiques qui, au e XIII siècle surtout, firent que les comtes accordèrent de nombreux privilèges à des communautés dont ils voulaient s’assurer la fidélit é. Le corpus médiéval resta en vigueur
jique des communautés avait uneusqu’à la fin de l’Ancien Régime. Si le sort jurid diversité héritée de leur histoire propre, c’est da ns le haut pays que les privilèges étaient les plus larges. Les montagnes et forêts étaient to ujours propriété seigneuriale, mais souvent leur gestion avait été déléguée aux communa utés d’habitants et toujours, de toutes façons, les habitants y avaient des droits d ’usage, parfois fort larges :chasse, pêche, coupe de bois de chauffage et de bâtisse et surtout pacage. Ces droits concédés au Moyen-Age avaient été partout complétés d’accord s multiples entre communautés et entre vallées qui élargissaient les droits d’un vil lage à d’autres domaines pastoraux, lui ouvrant des altitudes et des expositions différente s selon les saisons, en un réseau extrêmement enchevêtré d’indivisions. En montagne, tout cela était condition de survie.
Les activités humaines
À la campagne, les cultures et l’élevage de proximi té fournissaient ce qui était nécessaire à l’alimentation et à l’habillement. On mangeait es sentiellement des céréales (seigle, e sarrasin, avoine) et, à partir du XVIII siècle, du maïs et des pommes de terre, le tout sous forme de bouillies ; la consommation de viande était exceptionnelle, se résumant au porc salé, à une poule quand on était malade et, à l’occasion, au gibier que procurait le droit de chasse. Le pain était un luxe des jours de fête. En montagne, le grand élevage était la principale ressource financière, tant des seigneurs propriétaires, qui louaient les pacages, que des paysans qui prenaient le bétail ét ranger en gasailhe durant la saison d’estive. C’est en plaine seulement que les culture s pouvaient être sources de revenus.
La caractéristique des pays ariégeois, et surtout e n montagne, était que le monde rural n’était pas qu’agricole ; depuis des siècles, il ét ait aussi le cadre des activités industrielles. Le haut pays fournissait en abondanc e la mine, le bois et l’eau qui faisait tourner forges et moulins. Les forges firent le ren om du haut pays de Foix ; c’est là que le procédé dit « à la catalane » atteignit son plus ha ut point de perfectionnement et, au e XVIII siècle, les forgeurs fuxéens étaient appelés dans toutes les Pyrénées françaises et espagnoles. La plupart des forges appartenaient aux seigneurs propriétaires des montagnes et des forêts d’où venait le charbon néce ssaire à leur fonctionnement. Une forge faisait vivre une centaine de familles, celle s des forgeurs mais aussi des mineurs, des charbonniers, des voituriers et muletiers qui t ransportaient le minerai à l’aller et les lingots de fer au retour. Les forges produisaient l e fer brut et il y avait peu d’industries de transformation sur place ; seuls les « martinets » de la région de Foix produisaient des instruments aratoires et surtout la clouterie dont la Barguillère se fit une spécialité. Les ouvriers des forges et des martinets comme ceux des briqueteries, des scieries ou les mineurs restaient des paysans qui ne se rendaient à la mine ou à l’atelier que quand s’arrêtaient les travaux de la terre. La moyenne mo ntagne, avec ses eaux et ses carrières, était le domaine de plus petites industr ies, celles de la brique, de la terre cuite, du verre, du papier ou du peigne, et celui d’une in dustrie textile particulièrement développée en pays d’Olmes et dans le bas Couserans . Là aussi, l’activité était en grande partie rurale ; les paysans et surtout leurs femmes et leurs enfants travaillaient à