138 pages
Français

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Déportations en héritage

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Description

Ecrire, témoigner de l'expérience criminelle la plus impensable est devenu un impératif, non pour comprendre, mais pour lui survivre et s'en libérer. Les témoignages se sont inscrits comme possibles expressions de l'indicible, pour que perdurent les données de l'histoire. Dans cette perspective, ils deviennent des gestes politiques, des actes de résistance. Il faut se remettre à penser, à transmettre, pour que la parole de l'humanité reste vivante et ne soit plus jamais réduite au silence.

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Informations

Publié par
Date de parution 15 février 2015
Nombre de lectures 13
EAN13 9782336370064
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Revue française de phénoménologie et de psychanalyse

Sous la direction de Daniel Beaune

DÉPORTATIONS
EN HÉRITAGE

Actes de la journée d’études et de recherches
sous la haute présidence de Mme Marie-José Chombart de Lauwe










Déportations en héritage

















































































































































































© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-05086-7
EAN : 9782343050867

Revue française
de phénoménologie et de psychanalyse

Sous la direction de Daniel Beaune






Déportations en héritage

Actes de la journée d’études et de recherches
sous la haute présidence de
Mme Marie-José Chombart de Lauwe





2014































































Revue française
de phénoménologie et de psychanalyse

Cofondateur et directeur de la revue : Daniel Beaune.
Cofondatrice et rédactrice en chef de la revue : Rosa Caron.

Comité de lecture: Daniel Beaune, Rosa Caron, Odile Louage
Paul Roos, Danielle Delmaire.
Comité de rédaction : Nathalie Carton, Antoine Jaulin, Chimène
Ntsame, Dominique Tonnoir.


Éditorial

La référence aux concepts issus de la phénoménologie et de la

psychopathologie, leur application clinique à la compréhension

de la souffrance psychologique sont au cœur des préoccupations

de la Revue française de Phénoménologie et de Psychanalyse.
L’objectif de cette revue est de publier des articles originaux, des
mémoires, des témoignages et des essais centrés sur l’expression
des manifestations essentielles de l’homme et de son destin en
s’adossant à la méthode freudienne d’associations libres, de

transfert et d’inconscient libéré de son corpus théorique et en

poursuivant le projet Jaspérien de comprendre sans expliquer la
subjectivité et la souffrance humaine.

Daniel Beaune





Sommaire

Daniel Beaune :Introduction ........................................... 7
Paul Ross :Déportations de France : les arrestations, la
répression et les internements en France........................... 9
Odile Louage :L’émergence de la mémoire des
déportations ..................................................................... 33
Danielle Delmaire :Témoignages des rescapés de la Shoah.
L’écoute d’une historienne .............................................. 57
Rosa Caron :Au-delà du traumatisme, comment
surmonter l’insurmontable............................................... 71
Thamy Ayouch :La déportation pour motif
d’homosexualité : du déni de la mémoire à la perlaboration
de l’Histoire..................................................................... 89
Lili Leignel Rosenberg: Témoignage ..........................117


Introduction
Professeur Daniel Beaune, PU en psychopathologie,
Lille 3/CRPMS Paris Diderot

Le degré d’abomination atteint dans les camps nazis
continue, encore aujourd’hui, non seulement d’infiltrer la
souffrance psychique, et nous le voyons chaque jour dans
nos consultations, mais aussi la société dans son ensemble,
y compris dans ses productions artistiques et littéraires.
Ce recueil réunit les conférences d’historiens, de
psychologues, de philosophes, d’artistes, et de rescapés
autour de l’héritage laissé par les camps de déportation et
d’extermination.
Face aux enfants de rescapés des déportations à la mémoire
interdite, face au vide de la transmission générationnelle,
pour que les effets du traumatisme ne se développent pas
au-delà de la troisième génération, la parole doit encore et
toujours circuler.
– Dans le champ de la psychologie avec des témoignages et
une réflexion sur les traumatismes extrêmes.
– Dansle champ du politique avec une analyse des effets
des déportations de répression et de persécution, sur le lien
social.
– Etdans le champ de l’art avec la présentation d’œuvres
portant la marque de cette souffrance encore souvent
indicible de notre humanité.
L’ensemble de ces travaux se situe bien au-delà d’un simple
travail de réflexion, à l’heure où les derniers témoins
disparaissent, il est urgent d’appréhender les conséquences
psychiques des déportations et de dévoiler les effets encore

7

brûlants de cette période terrible de notre histoire pour y
opposer notre force de vie.

8

Déportations de France : les arrestations, la répression
et les internements en France qui ont organisé
la déportation entre 1940 et 1945
Paul Roos, Association Les Amis FMD délégation territoriale du
Nord. Président (H)

Résumé
Les déportations de France lors de la Seconde Guerre
mondiale sont le résultat de dispositifs politique, administratif et
économique, dont la compréhension s’avère indispensable
et la transmission nécessaire. En s’appropriant le pouvoir
judiciaire de l’armée allemande, les autorités politiques du
Reich purent renforcer l’incarcération et l’internement.
Progressivement, le mécanisme répressif s’intensifia pour
aboutir à une déportation à grande échelle. Bien qu’elle
concernât une diversité d’«indésirables »,elle recouvrait
une épuration ethnique décidée et organisée. L’instauration
du «statut des Juifs» entraîna le regroupement
systématique des personnes appréhendées, justifié par une simple
décision administrative d’internement.
Le régime nazi, relayé par l’État français de Vichy, a mis en
place un dispositif radical et persécuteur contre un prétendu
« fléau juif ». Il fallut attendre plus de trois années pour que
se révèle aux yeux du monde la réalité de l’extermination
industrielle et bureaucratique planifiée par les responsables
nazis. La mécanique concentrationnaire, appuyée par une
bureaucratie d’une redoutable efficacité, a pleinement joué
son rôle destructeur en permettant les massacres de masse.
La solution finale de la question juive s’est appliquée
méthodiquement et fut réalisée par des moyens modernes et
industriels. Le rôle et l’avenir de la transmission de cette
histoire douloureuse et tragique nous concernent tous. La
vigilance et la mémoire actionnent en effet une composante

9

essentielle de la vie sociale, économique, politique et
culturelle de la société.

Abstract
Deportations from France during the Second World War
were the result of political, administrative and economic
devices, whose understanding and transmission are
essential and necessary.
By appropriating the judiciary of the German army, the
political authorities of the Reich could increase
incarceration and internment. Gradually, the mechanism of
repression intensified to lead to large-scale deportation.
Although it involved a wide variety of serious “constraints”,
it covered a determined and organized ethnic cleansing. The
introduction of the “status of the Jews” led to the systematic
gathering of persons apprehended, supported by a simple
administrative decision of internment. The Nazi regime,
backed by the French government of Vichy, established a
radical and persecutor device against a suposed “Evil Jew”.
The reality of the industrial and bureaucratic extermination
planned by the Nazi leaders was revealed to the world more
than three years. The concentration mechanics, supported
by an extremely effective bureaucracy, has fully played its
destructive role by allowing the mass killings. The Final
Solution of the Jewish question was systematically applied
and was carried out by modern and industrial means. The
role and future of the transmission of this painful and tragic
history affect us all. Indeed, alertness and memory operate
an essential component of the social, economic, political
and cultural life of society.

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Je propose de livrer ici des «souvenirs éveillés», qui,
encore aujourd’hui s’entrechoquent: ceux du petit garçon
que j’étais dans les années 1940-1945 et ceux de l’adulte
que je suis devenu qui se rappelle l’époque déjà lointaine de
la France, son pays, occupée par les forces allemandes.
Mon propos se divise en trois parties :
– Jerappellerai dans un premier temps les modalités du
système répressif instauré dans le pays, à la fois par
l’occupant et par le gouvernement de Vichy. Tous deux sont
à l’origine des «internements administratifs» dans un
premier temps, puis des déportations de répression qui ont
conduit immanquablement les déportés vers les camps de
concentration et vers la mort.
– Dans un second temps, j’évoquerai la manière dont a été
planifiée la persécution des Juifs en France et comment
s’est élaborée la « solution finale pour la question juive ».
– J’aborderai également ces quelques phrases.

« Avril1945 :c’était le moment de la
libération pour des millions d’hommes et de
femmes, la fin d’un cauchemar qu’on ne
peut imaginer lorsqu’on ne l’a pas vécu, la
fin d’un régime – le système hitlérien – qui
avait été capable d’organiser et de planifier
aussi méthodiquement tant d’horreurs et de
crimes. La leçon qui reste toujours
d’actualité, c’est qu’il importe d’empêcher
que renaisse le monstre et que puisse se
renouveler un tel massacre: en avoir
conscience et chercher à éliminer les causes
potentielles de ces crimes, c’est déjà agir. »

11

Ces propos sont ceux d’un déporté, Gilbert Grancoin
(déporté KLB-77982), extraits d’une dédicace adressée à sa
nièce dans l’ouvrage intitulé :La Déportation.

Modalités du système répressif
La Mémoire se tient en lisière de l’Histoire ; il est pertinent
de ne jamais l’assimiler ni de la confondre avec l’Histoire.
Mais surtout, n’oublions jamais que la Vigilance est avec la
Mémoire l’autre béquille indispensable à
l’accomplissement de la formation citoyenne des générations.
La Mémoire et la Vigilance actionnent une composante
essentielle dans la vie sociale, économique, politique et
culturelle de la société. «C’est l’homme qui contribue à
faire l’histoire, mais il ne sait pas l’histoire qu’il fait. D’où
l’impérieuse nécessité d’une constante vigilance à
l’encontre de tout ce qui peut attenter aux valeurs de dignité
humaine que nous défendons ». (Raymond ARON).
Les ennemis de la France n’étaient plus l’Angleterre et son
empire, ni les communistes, ni les socialistes ou les
syndicalistes, ni même les francs-maçons, mais, désormais,
les ennemis étaient les Juifs et les résistants. Le conflit
s’était mondialisé, la chasse aux « opposants » s’intensifiait
et les troupes d’occupation multipliaient les actes de
représailles. Les camps sous contrôle de la SS n’étaient,
dans les premiers temps, qu’une menace théorique lointaine
et ne concernaient que les seuls « opposants allemands ».
En Allemagne, les détenus civils allemands écartés de la
société, étaient considérés comme des ennemis du Reich.
Ils étaient enfermés dans des « camps de redressement » ou
dans des «camps d’éducation au travail». Ils étaient les
« indésirables »du régime, les premières victimes de
l’idéologie nazie.

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