Villes et sociétés urbaines en Amérique coloniale

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Français
278 pages
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La fondation des villes espagnoles outre-Atlantique a permis de dominer l'espace conquis. Instrument de la colonisation, les nouvelles cités ont été les lieux d'installation privilégiés des conquérants et des premiers colons. Fondées sur un modèle exporté de l'Ancien Monde, les nouvelles villes ont cependant connu des changements et ont vu se développer en leur sein une société multiculturelle.

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Date de parution 01 mai 2010
Nombre de lectures 198
EAN13 9782296254817
Langue Français
Poids de l'ouvrage 4 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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S.H.A.C.
SminairedHistoiredelAmriqueColoniale
UniversitdeReims
LHISTORIEN NEST PAS CELUI QUI SAIT.
ILEST CELUI QUI CHERCHE
LucienFebvre
Editeur:BernardGrunberg
Assistantditeur:EricRoulet
Collaborateurs : Josiane Grunberg, Frdric Croizier,Thomas
Moniot,AliciaOiffer-Bomsel.
Mise enpageetmaquette:diteur.
(page 1 de couverture : Diego Muoz Camargo, Descripcinde la ciudad y provincia de
Tlaxcala,SanLuisPotosi,2000, planche n17 :La plaza mayorde Tlaxcala,c1580)
Aucentre:lafontaineetlapicota
Enhaut:les Casas Reales
gauche : lauberge (meson), la prison (carcel), maisons des alcaldes mayores
(casas de losalcaldes mayores), caballerizas et carnicrias
droite etenbas les portales
Publi avecleconcours de
lEquipedAccueil2616
CentredEtudesetdeRechercheenHistoireCulturelle
UniversitdeReimsChampagne-Ardenne
_____________________________________________________
Contact : Bernard Grunberg, Professeur dHistoire Moderne, Universit de Reims,
UFR Lettres & Sc. Humaines, Dpartement dHistoire, 57 rue P. Taittinger, 51096
Reims cedex - France.
Tl. & fax :03 26 91 36 80./ E-mail : bernard.grunberg@univ-reims.frPrsentation
La conqute de l'Amrique par les Espagnols s'est accompagne de
nombreuses fondations de villes.Il est vident que la forme mme de la
conquista et la gestion des premiers temps de la colonisation ont favoris le rle
des villes et leur manation lgale, le cabildo (conseil municipal). La fondation
de villes espagnoles outre-atlantique a permis de dominer, voire doccuper
lespace conquis, de crer des centres disposant de tous les pouvoirs pour grer et
administrer les nouveaux territoires. Instruments de la colonisation, les
nouvellescitsont ttrs rapidementles lieuxprivilgis
delinstallationdesconqurants et des premiers colons, les cellules de base de la socit coloniale qui,
notamment travers les conseils municipaux, ont tent dexercer leur pouvoir
dans le Nouveau Monde. Si les villes existaient dj dans le monde
prcolombien, les nouvelles villes coloniales, gnralement fondes sur un modle
export de lAncien Monde, ont cependant connu des changements, tant dans
leur forme que dans leur composition sociale, et ont vu se dvelopper en leur
seinunesocit multiculturelle,reflet delasocitcoloniale.
Le dossier que nous prsentons ici lance quelques pistes de rflexion sur
un sujet que lon croit bien connu mais qui mriterait dtre approfondi car il
reste encorebeaucoupapprendre.
Nous ouvrons ce thme avec P. Johansson, qui revisite les sources
documentaires retraant la gestation de Mexico-Tenochtitlan pour donner une
nouvelle date de la fondation de la capitale des Aztques. B. Grunberganalyse
les premires fondations urbaines de Nouvelle-Espagne. E. Echivardtente de
discerner le rle exact de lauditeur Juan de Salmern dans la fondation de
Puebla de losAngeles. E. Roulet, travers le testament dune Indienne,
cherche apprhender la place des marchands indiens dans la socit coloniale. F.
Castro Gutirrez montre que les Indiens ont contribu, eux aussi, grandement
au dveloppement des villes. H. Vignauxdtaille lorganisationdes palenques, au
XVIIe sicle, dans la rgion de Cartagena de Indias.Enfin, P. F. Luna claire
certains aspects de lactivit conomique et patrimoniale dun ordre religieiux
LimaauXVIIIesicle.
Dans la seconde partie de louvrage, J. Contel, travers ltude dun procs
pour idoltrie, mne une enqute ethnographique pour mettre jour la
religion indigne, vingt-cinq ans aprs la fin de la conqute. B. Gaillemin tente de
faire le point sur les datations des diffrents lments du corpus des
catchismes testriens. A. Maldavsky analyse et interprte le legs pieux dun
marchand des Andes aux jsuites dans la premire moiti du XVIIe sicle. M.
E. Barralanalyse le rle de lglise catholique en tant que mdiatrice dans leszones rurales de Buenos Aires vers la fin de la priode coloniale. N. Beligand
observe les parcours croiss de lillgitimit et de lesclavage dans la ville de
Tolucaau XVIIe sicle. D. Dehouve s'interroge sur la nature prive ou
publique des cultes indiens en Nouvelle-Espagne. Ces cahiers sachvent avec des
comptes rendus et les rsums en trois langues (franais, espagnol, anglais) de
tous les articles.
Nous ne voudrions point achever cette introduction sans rendre hommage
notre matre, Pierre Chaunu, qui nous a quitts il y a quelques mois et qui
nous devons tant. Avec sa thse sur Sville et lAtlantique et ses deux
remarquables ouvrages dans la collection Nouvelle Clio, Pierre Chaunu a montr
quilexistait encore denombreuxchamps dinvestigations explorersur
lAmrique espagnole. Il a donn lenvie toute une gnration de souvrir sur les
mondes extra-europens, en insistant sur la rigueur mthodologique et sur la
ncessit dune vaste connaissance reposant avant tout sur les sources.
Aujourdhui certains ont, semble-t-il, oubli tout cela. Il est encore temps de revenir
lessentiel et aux fondamentaux du mtier dhistorien. En relisant Conqute et
exploitation des nouveaux mondes, un des remarquables ouvrages du matre
historien, paru en 1969, chacun pourra voir, mme si lhistoire latino-amricaine a
voludepuis quaranteans, combiencelivre reste dactualit.
BernardGrunberg
Professeur dHistoire Moderne
Directeur duSHAC
6VillesetsocitsurbainesenAmriquecoloniale
GestationmythologiqueetfondationdeMexico-Tenochtitlan
1PatrickJOHANSSONK.
La fondation dune nation conjugue gnralement latemporalit
u-topiquedun mythe qui fonde une cosmologie, et un espace-temps rel, point de
dpart dune chronologie.Elleconstitue doncunecharnirecognitiveo sarticule
lidentit profonde de la dite nation. Tel est le cas de la fondation de
MexicoTenochtitlan,si nous considronslesdiffrents textesenespagnoletennahuatl
quienretracentlestapesformatives.
Cette convergence cruciale entre la cosmologie et la chronologie, entre le
mythe etlhistoire est hautement significative dufaitquelle tablitunlien entre
ce qui aurait d tre et ce qui fut, entre la subjectivit irrelle du mythe et
lobjectivit vnementielle des faits. O finit le mythe et o donc commence
lhistoire dans cette naissance dune nation ? La date appartient-elle au premier ou
se situe-t-elle dans la seconde ? Quel est enfin lacte spcifique qui consacre ce
commencement ?
I.Lhistoireetlamythologie.
Les peuples nomades chichimquesvenus du nord et qui se sont installs
autour du lac de Texcoco pendant la priode dite post-classique de lhistoire
prcolombienne ont recompos mythologiquement leur pass afin quil sajuste
aux dterminismes politiques, culturels et religieux du prsent de cette
recomposition.
En ce qui concerne les Mexicas, les pripties relles de leur migration
furent mythologiquement sublimes, dcantes ou transformes pour que
ce qui avait t corresponde ce qui devaitstre pass. Quelle quait pu tre
lorigine des Aztques,leurhistoire devait senracinerdansunpass mythique
lamesure deleur glorieuxprsent.
Il est difficile de distinguer le mythe de lhistoire tant leurs fils sont
inextricablement mls dans les rcits. Le lieu et la date dune fondation occupent
dailleurs gnralement une position cruciale, au carrefour du mythe et de
1 Professeur lInstituto de InvestigacionesHistoricas,Universitde Mexico (UNAM).lhistoire car ils enracinent symboliquement un espace-temps socio-historique
reldans uneatemporalitu-topique.
En ce qui concerne les mythes, les dates et le caractre inchoatif des
crations, il nous semble quil faille considrer non pas des rfrences
chronologiques ponctuelles mais des charnires calendairesarticules sur deux dates,
1dans les contextes cosmogoniques nahuas. Cest ainsi que la cration du feu et
du mouvement spatio-temporel nest pas 2-Acatl (2-Roseau) mais le binme
1-Tochtli / 2-Acatl (1-Lapin / 2-Roseau) qui renvoie indirectement au complexe
eau-feu. Nous verrons plus loin que la dualit religieuse fondatrice des Mexicas
saccompagnait probablement dune dualit chronologique 1-Acatl /2-Tecpatl
(1-Roseau /2-Silex)pour cequiest delafondationdeMexico-Tenochtitlan.
1.Lessourcesdocumentaires.
Nombreuses sont les sources documentaires, verbales ou pictographiques,
en espagnol, en nahuatl ou en images, qui voquent ce que nous avons
convenu dappeler la gestation de Mexico-Tenochtitlan.Si elles se
distinguent parfois en structure de surface, les diffrentes versions montrent
cependant des homologies flagrantes qui rvlent une mme infrastructure
mythologique.
! Les sources verbales les plus importantes en nahuatl sont les suivantes :
Anales de Cuauhtitlan - Anales de Tlatelolco - Cdice Florentino -
CrnicaMexicayotlMemorial breve acercade la fundacinde Colhuacan - Cdice Aubin - Manuscrito 40 -
Manuscrito 85 - Migracinde losMexicanosal pasde Anhuacde Cristbal del
Castillo.
! Les histoires en espagnol de nombreux chroniqueurs ou mtis. Ces Histoires
se reprennent souvent les unes les autres: CrnicaMexicana de Tezozmoc -
Historia de las Indias de Nueva Espaa e islas, de fray Diego Durn - Manuscrito
Tovar - Cdice Ramrez - Relaciones de Chimalpain - Monarqua Indiana de frayJuan
de Torquemada - Historia de los mexicanos por sus pinturas - Obras histricas de
Ixtlilxchitl
! Les sources pictographiquessont galementvaries.Parmi les plus
importantes citons : Codex Boturini - Codex Azcatitlan - Codex Mexicanus- Mapade Sigenza
- Codex Vaticano Ros- Codex Telleriano-Remensis
Les sources manifestent souvent des similitudes, qui sont dues au fait
quelles proviennent dun mme document plus ancien, en nahuatl ou en
espagnol, ou quelles sont une lecture diffrente dun mme document
pictographique. Ces similitudes transtextuelles, au demeurant fort intressantes, ne sont
bien videmment pas considres comme pertinentes pour notre tude. Seules
nous intressent les homologies structurelles (et structurales) inhrentes au
texte-base tabli. Dans cette pluralit de sources, nous avons choisi comme axe
danalyse les versions respectivement verbale et pictographique des Codex
Aubinet Boturini.
1 Pour une tude approfondie du thme, nous renvoyons notre article : JOHANSSON,
Patrick. Puntualidad y dualidad en fechas cosmolgicas indgenas.EstudiosMesoamericanos,
Mexico,sous presse.
82.Laproductionmytho-logiquedusens.
Les Aztques sont bien venus un jour de quelque part mais cette origine
lointaine se perdant dans la nuit des temps, les textes qui la rfrent sont bien
videmment crpusculaires du point de vue historique. Ces textes sont
nanmoins extrmement fonctionnels puisquils produisentun sens qui correspond
des structures profondes qui transcendent lhistoricit anecdotique des faits si
tantest quelonpuisse les reconstituer.
Dans le contexte nbuleux dune cosmogonie, la vrit se trouve dans
des structures qui rendent compte lafois dece queles Mexicas taientetde ce
quils voulaient tre ou avoir t au moment o les mythes taient composs ou
recomposs. Les tapes formativesde Mexico-Tenochtitlansinscrivent donc
dans unegestation narrativedont ilfaudratrouver lestempsforts.
3.Lachronologieindigne.
Dans un Mexique prcolombien o le temps meurt (ou est mis mort)
tous les 52 ans afin dviter une entropie qui entranerait un jour ou lautre le
ralentissement puis la cessation du mouvement vital (ollin)et qui conduirait les
hommes un chaos semblable celui qui avait prcd la cration du monde,
la dure se recycle continuellement dans les fins priodiques ou dans la mort.
La mort en effet avait un caractre gnsique et rgnrateur: elle recyclait le
1temps et les hommes.Lastre du jour lui-mme revenait chaque soir dans le
giron de sa mre, la terre, pour sy rgnrer et rapparatre, chaque matin dans
lafracheur hliaquedun cyclesans cesse renouvel.
Cette cosmologie de la mort et du temps a dtermin une perception sui
generis de la dure et a contribu dfinir une chronologie cyclique que rvlent
les diffrents calendriers et dont lexpression la plus claire se trouvait tre la
mort priodique du temps, tous les 52 ans. Selon les anciens Mexicains le
temps nest pas un axe linaire qui va du pass au futur en passant par le
prsent mais une srie de cycles de 52 ans qui impliquent une certaine manire
de retour au mme (ou du moins au semblable) et qui, ventuellement, se
superposent. Dautre part, les mondes, comme Mexico-Tenochtitlan, ne sont
pas crs dans le temps car la temporalit tant propre chaque monde, elle
nat donc aveclui, elleendevient unattribut essentiel.
Dans le contexte a-temporede la gestation dun peuple et la fondation
dune nation, les dures et les dates ne servent pas encore situer des
vnements dans le cadreduntemps rfrentielmais contribuent fondredes signes
temporels dans le creuset dun rcit. Lorigine, tout comme le moment de la
fcondation dun tre dans le ventre de sa mre, est toujours imprcise. En lui
attribuant un signe encore atemporel mais hautement significatif : 1-Tecpatl,et
un lieu de blancheur imaginaire : Aztlan,on lapprhende symboliquement.
Cette longue gestation faite, dans le cas ici considr, de dambulations
nomades, culmine un jour par la naissance dun peuple, lrection dun temple et
1 JOHANSSON,Patrick. Ritos mortuariosnahuas precolombinos. Puebla, 1998, p.45-50.
9lintronisation dun roi. Comment dater ces faits ? Quel est lattribut essentiel
dune nation quipermette defixer la datede safondation en fonction, bien sr,
des dterminismesdelapensequiluiest propre ?
Cest peut-tre le moment o elle passe de lessentiel lexistentiel, du
mythe lhistoire, et, dans le contexte culturel nahuatl prcolombien, du
nomade au sdentaire. Or, dans la temporalit cyclique indigne, ces
vnements ne se succdent pas, ils se superposent et fontdonc
co-incidersymboliquement les moments et les lieux par des retours au centre dans le temps et
lespace. Quant aux dates, comme nous lavons suggr, il semblerait que
chaque fois quelles renvoient un vnement cosmologiquementsignificatif,
ellessarticulent sur deuxentits calendaires.
Fig.1.LagrottedeChicomoztoc (Historia Tolteca-Chichimeca,folio16r)
102.Lecaractrematricieldelorigine.
Le concept de gestation appliqu aux tapes formatives et la fondation
de Mexico-Tenochtitlanest plus quune simple mtaphore. Il exprimeen faitde
manire sensible lide que se faisaient les anciens Mexicains de leur lointaine
origine et des pripties qui auraient marqu leur histoire jusqu la naissance
de leur nation. La terre fconde par le ciel, lachromatisme dAztlan ou de
Tollan, le passage de lle dAztlan la grotte de Colhuacan, le commencement
de la gestation proprement dite dans la grotte, les tapes nomades durant
lesquelles le dieu tribal Huitzilopochtli prend forme dans lenveloppe
matricielle que constitue le paquet sacr tlateoquimilolli qui contient ses reliques
osseuses, la naissance du dieu solaire Coatepec, qui simpose aux divinits
lunaires, la prfiguration du temple, les rgressions successives qui constituent
un retour au centre gnrateur et rgnrateur, gense dun nouveau cycle dont
laculminationsera lacrationduntat.
Les images ne laissent aucun doute ce sujet. La Chicomoztoc de lHistoria
Tolteca-Chichimeca, au coeur du mont Colhuacan est on ne peut plus matricielle
(fig. 1). Le conduit qui va donner le jour aux peuples encore contenus dans ses
alvoles sera ouvert grce au coup de bton qui percutera lentre de la grotte,
geste lafois fcondateur etmaeutique.
Fig.2.DAztlanColhuacan (Codex Boturini,plancheI)
Dans le contexte pictographique du Codex Boturini (fig. 2), de la blancheur
insulaire dAztlan, les Aztques passent lobscurit caverneuse de
ColhuacanChicomoztoc,o commence leur gestation. Le visage qui sort du bec dun
coli1bri, lui-mme encadr sur trois cts par des branches dacxoyatl , est lembryon
dun dieu, dun templeetdun peuple.
Dans les planches suivantes, le dieu Huitzilopochtli,envelopp dans le
1 Acxoyatl,branches de conifres que les anciens Mexicains dposaient comme offrandes sur
les temples et dans les grottes.
11paquet sacr (fig. 3), est con-form progressivement par les tapes
pictoriconarrativesqui se succdent avant de natre sur le mont Coatepec, Coatl
Ycamac.
Fig. 3. Les vgqococswg,tophores qui portent un dieu, un temple et un
peupleencoreembryonnaires (Codex Boturini,plancheII)
La naissance mythologiquement pr-figurative a lieu dans les planches IV
et V du Codex Boturini (fig. 4 et 5): le dieu a surgi kratophaniquement des
entrailles de sa mre Coatlicue, le temple a t pr-figur et le peuple est n
1onomastiquement ensortant desalarve (azteca)pour devenir mexica ;
3.Lapr-figurationmythographiquedutemple.
Tout comme son homologue verbal, limage a un discours. Celui-ci est fait
de lignes, de couleurs, doppositions grapho-smiologiques, dune syntaxe
compositive qui produisent un sens parfois illisible, irrductible la parole,
mais cognitivementapprhensible (fig. 4 et 5). Rsultat dune fcondation de la
terre par le ciel en 1-Tecpatl (1-Silex) aprs une gestation mythographique,
Huitzilopochtlinat en 2-Acatl,pourvu de la Xiuhcoatl,le serpent de feu. La
structure des images ici analyses dfinit, de manire chronologiquement anticipe
mais mythologiquement fondamentale, ce que sera le Grand Temple de
Mexico-Tenochtitlan,avecTlalocetHuitzilopochtli sonsommet.
4.Lescontextesmythico-historiques.
Les textes ici considrs, quils soient verbaux ou pictographiques,
renvoient des contextes narratifs explicites ou implicites qui contribuent la
production du sens. Le figuier de barbarie (tenochtli) et le trne laiss vacant par
1 JOHANSSON, Patrick. La palabra, la imagen y el manuscrito. Lecturas indgenas de un texto pictrico
del siglo XVI.Mexico,2004, p.149-152.
12Quetzalcoatl (icpalli) doivent tre voqus pour permettre une apprhension
plus juste destapesformativesdelanationmexicaine.
Fig.4.Lapr-figurationmythographiquedutemple
(Codex Boturini,plancheIV)
Fig.5.Ladualitpr-figurativedutemple (Codex Boturini,planche V)
4.1LecursacrifideCopil.
Dans une des variantes de la Peregrinacin contenue dans la
CrnicaMexicayotl, Huitzilopochtli profite du sommeil de sa soeur Malinalxochitl(la lune)
pour labandonner Malinalco. Cet abandon suscite la colre du fils de
Malinalxochitl, Copil, qui dcide de venger laffront fait sa mre. Copil se dirige
1vers Zoquitzincopetit lieu de la boue ,passeparAtlapalco, lieu de leau rougeet
arrive enfin au lieu-dit Iztapaltemoc,o il se montre sous forme dune pierre
polie Iztapaltetl qui est trs probablement une pierre de sacrifice. Cette scne a
1 Crnica Mexicayotl,p.41.
13lieu au cours du sjour Techcatitlan des migrants mexicains et correspond
lpisode de la descente dune pierre de sacrifice, tombe du ciel dans un
mythe toltque : On dit quil plut des pierres sur eux, et quand la pluie de pierres eut
cess, une grande pierre de sacrifice descendit du ciel, l-bas, elle tomba derrire le mont
1Chapultepec.Le glyphe toponymique correspondant au sjour Techcatitlan
des Mexicas, dans le Codex Aubin (fig. 6), rappelle plus une dalle longiligne
quune pierre de sacrifice. Cette iztapaltetl est donc probablement la pierre de
sacrifice, tombe du ciel.
Fig.6.LergnedeTenoch (Codex Aubin,folio17v)
A la mort de Copil, tu par Huitzilopochtli au lieu-dit Tepetzinco sur la
petite montagne, suit une dcapitation et une extraction sacrificielle du cur. La
tte est dpose sur le mont Tepetzinco. Quant au cur, Cuauhtlequetzqui, sur
ordre de Huitzilopochtli, sen saisit pour aller, en courant, le jeter dans leau
entre lesjoncs lendroit o se trouve une pierre trs dure, l mme o
Quetzalcoatl se reposa lorsquil entreprit son voyage Tlillan,Tlapallan.
Cuauhtlequetzqui monta sur la pierre et lana violemment le cur de Copil dans leau
entre les joncs et les roseaux. De cette squence que constitue le sacrifice du
fils de la lune, naquit le figuier debarbarie, axis mundi dun monde en gestation.
4.2LkercnnknoiretrougedeQuetzalcatl.
Le fait que Cuauhtlequetzquisoit mont sur la pierre tepetlatl pour lancer
2dans leau le cur Copil est hautement significatif. Cest sur cette pierre que
Quetzalcoatl sest assis un instant, quil pleura de telle sorte que ses larmes de
3grleperforrent la pierre , et o resta grave lempreinte de ses mains et de ses
1 Quilinpan tequiiauh in tulteca, auh in otequiiauh, atepan oaltemoc ilhuicacpa centetl huei techcatlvnpain
chapoltepecuitlapilco in huetzico, Codexde Florence,III, 10.
2 Le sige royal, cf. CrnicaMexicayotl,p.43-44.
3 Codex de Florence,III, 12.
141fesses, avant quil ne reprenne son chemin vers Tlillan,Tlapallan. Ce lieu prcis
est appel Temacpalcalco lieu des empreintes de paumes dans la pierredans le
mythe correspondant. Ce tepetlatl (tepetate)constitue une vritable charnire
mythologique entrelhistoire toltqueet lhistoire aztque.Licpalli rouge et noir
de Quetzalcoatl, le coeur sacrifi du fils de la lune deviennent le tenochtli, le
figuier debarbarie, symboledusacrificeet axis mundidelafuture nation.
5.Lrectiondu vgpqejvnketlaprisedepouvoirdeTenoch.
Bien que les Codex Boturini et Aubin ne fassent pas une allusion directe
ces deux squences mythologiques, il est probable quelles soient implicites. La
version pictographique du Codex Boturini et la lecture quen fait le Codex Aubin
semblent dater la chute de la pierre de sacrifice Techcatitlan en 1-Tecpatl et
lrectiondu tenochtliaumme endroit en 2-Calli.
Le Codex Aubin situe cette date linstauration du rgne de (ou du)
Tenochtli,cest--dire de Tenoch ou bien du figuier de barbarie. Il convient ici de se
demander si Tenoch est un personnage historique ou la personnalisation du
figuier de barbarie, avec tout ce que cette plante implique du point de vue
mythologique. Tenoch meurt en effet en lanne 1-Acatl (1363) au moment
mme o se produit la rvlation kratophanique de laigle pos sur le tenochtli.
Le rgne du personnage se confond donc avec lespace-temps du figuier de
barbarie. Si notre interprtation est juste, Tenoch serait associ aux lments
lunaires, telluriques, aquatiques et toltques et nullement au destin solaire qui
est celuidelaigle.
Le Codex Mexicanus exprime visuellement larrive des Mexicas au lieu o
pousse le tenochtli prs du lieu, ou au lieu mme, o tomba la pierre de sacrifice
Techcatitlan (fig.7).
Fig.7.Lefiguierdebarbariesanslaigle (Codex Mexicanus,plancheXLIV)
1 Ibidem,chapitre 13.
15La plupart des sources qui concernent lafondationde Mexico-Tenochtitlan
ne semblent pas dissocier temporellement le figuier de barbarie du moment o
laigle sy pose. Il me semble pourtant quil faille considrer dabord lrection
du tenochtli qui jaillit du coeur sacrifi de Copil,puis, aprs un dernier
cheminement initiatique, lapparition kratophanique de laigle sur le dit tenochtli. Cette
con-fusion (dans le meilleur sens du terme) actancielle a entran une
confusion chronologique. En effet, la date 2-Calli (1325), date officielle de la fondation
de Mexico-Tenochtitlan, nous semble correspondre une tape structurante de
la nation mexica,mais ne peut pas tre considre comme fondatrice pour les
raisons que nous exposons plus loin. Elle correspond, selon nous, lrection
duseul tenochtli.
De nombreuses sources situent en lan 1325 (2-Maison) la fondation de
Mexico-Tenochtitlan. Cette date a mme t supposment corrobore par le
1fait quune clipse totale de soleil se serait produite le 13 avril
1325.Larchologue Eduardo MatosMoctezumacrit ce sujet: Faire concider les
commencements de Tenochtitlan avec un phnomne qui reprsente un combat entre le soleil
(Huitzilopochtli)et la lune (Coyolxauhqui) implique une lgitimation de grande importance pour le
2peuple mexica .
Lvnement naturel est sans aucun doute de premire importance mais
son symbolisme religieux peut paratre nfaste si lon suppose que la fondation
de Mexico-Tenochtitlan consacre lavnement du soleil (Huitzilopochtli)et de
son peuple. Or, pendant une clipse, le soleil est littralement mang par la
lune (tonatiuh cualo). Ce phnomne aurait donc ventuellement pu
correspondre symboliquement une tape antrieure, tape durant laquelle la lune, et
tout ce quelle reprsente, manifestait encore son pouvoir. Avec lrection du
tenochtli,en lan 2-Calli commence le dernier cycle de 52 ans, superpos plutt
que conscutif, aux cycles antrieurs et qui les rsume. La premire planche du
Codex Mendoza en donne une vision trs loquente (fig. 6). Le dernier cycle
commence en 2-Calli et termine en 13-Acatl, le veille de lintronisation
dAcamapichtli en 1-Tecpatl.
6. Les 39 ans (13 x 3) du rgne de Tenoch(ou du vgpqejvnk )
Tenochtitlan.
Cest autour du figuier de barbarie rig dans les conditions que nous
venons de voir que va sarticuler la dernire phase de la gestation de
MexicoTenochtitlan.Il nest encore point question daigle qui se pose sur ce qui est un
axis mundi encore incomplet et qui ne peut donc tre considr,
chronologiquement, selonnous, commeunedatedefondation.
A partir de 1-Tecpatl, sous lgide du tenochtli, les Mexicas sinstallent
successivement de manire plus ou moins durable Techcatitlan (4 ans),
Atlacuihuayan (4 ans), Chapultepec (20 ans), Acocolco, Colhuacan et Tizaapan (4
ans), Mexicatzinco (2 ans), Nexticpac(4 ans), Iztacalco (2ans). Apartir de l, ils
1 Lastronome Jess Galindo a calcul que cette clipse aurait commenc 10h 54 et dur 4
minutes 6 secondes. Cf.MATOSMOCTEZUMA,Eduardo. Tenochtitlan.Mexico, 2006, p.41.
2 Ibidem.
16explorent les environs et arrivent une extension deau (tlacocomocco), dans
laquelle Axoloa est submerg (par les tlaloques), o il sentretient avec Tlaloc et
o lui-mme et Cuauhcoatl voient laigle perch sur le figuier de barbarie,
vision qui consacre la fin de leur migration nomade et le dbut de leur vie
sdentaire. Les dernires tapes de la migration dfinissent trs probablement
ce que sera leur territoire du moins dans les premiers temps: un territoire
lacustre dont le centre est situ au point de rencontre des axes Tenayuca(nord)
Colhuacan (sud) et Chapultepec (ouest) lle de Tepetzinco, et plus loin sur la
terre ferme Texcoco (est). Limage que nous donne le Codex Mendoza (fig. 8) de
ces dernires tapes et qui reflte plus gnralement lensemble de la migration,
tend dfinir un espace-temps quadrangulaire, relativement ferm et qui
correspond ceterritoire lacustre.
Fig.8.Lesderniers52ansautourdu vgpqejvnk (Codex Mendoza,folio1r)
177. 3/Cecvn,Zoquipan,limmersiondAxoloa.
Nous ignorons si le temple de Tizaapan avait, comme le temple
correspondant ce que lon a convenu dappeler ltape II du Templo Mayor (et que lon
observe toujours aujourdhui), deux oratoires au sommet. Il est probable quil
nen ait eu quun seul puisque, prcisment, cest limmersion dAxoloa et son
entretien avec Tlaloc qui vont dterminer la dualit divine au sommet de
ldifice dfinitivement consacr. Les pripties de son dification, de sa
conscration outrageante par les gens de Colhuacan,et de sa re-conscration, nous
paraissent cependant tablir une tape formative de premire importance dans
la gestation de la cit. Une fois Tizaapan, les Mexicas, qui ont construit leur
temple de terre, prient Coxcoxtli de bien vouloir le consacrer. Maintenant roi,
1consacrez notre temple de terre avec quelque chose . Lexpression nahuatlque nous
traduisons par consacrer signifie en fait, littralement donner un cur
(tlayollotia). Le temple est une chose inerte jusqu ce quon lui donne un cur,
cest-direjusqu cequelonraliseunsacrificequiluidonne vie.
Coxcoxtli ordonne ses prtres de dposer, de nuit, des cheveux, des
excrments et une espce de hibou (poxaquatl), dont le nom tait utilis en
nahuatl pour signifier bte ou stupide. Au petit matin, les Mexicains se
rendent compte de laffront, enlvent loffrande humiliante et dposent cette
fois sur le temple des branches dacxoyatl (conifre) et des pines. Ils invitent
Coxcoxtli, le roi de Colhuacan, une nouvelle conscration durant laquelle ils
mettent en scne la crmonie du feu nouveau et sacrifient les prisonniers
Xochimilcasquils avaientsecrtement gards pour eux.
Coxcoxtli les expulse, et les Mexicas sont une fois de plus obligs de se
rfugier entre les roseaux et les joncsde cette rgion lacustre. Aprs plusieurs
sjours assez courts en des lieux diffrents, ils arrivent Iztacalco (lieu du four
sel)ou peut-tre Iztaccalco (lieu du temple de la blancheur), endroit o ils laborent
une montagne de papier (amatepetl)et chantent un hymne Titzitzillintzin, le
capitaine Colhuaqui,chant dont le contenu voque, en termes mtaphoriques,
lafin prochaine des gens deColhuacan.
Ils se dirigent ensuite vers Zoquipan (lieu de la boue), o selon le Codex
Aubin,unefemme mexicadonne lejour unenfant,endroit quiseradsormais
connu sous le nom de Temazcaltitlan(lieu du Temazcal,bain de vapeur). Cest
ensuite lexploration au cours de laquelle Cuauhcoatl et Axoloavoient enfin le
prodige plus ou moins annonc: laigle perch sur le tenochtli. De plus, Axoloa
est immerg dans une petite lagune, et sous leau, il sentretient avec Tlaloc, le
matre des lieux qui lui annonce quil partagera dsormais son domaine avec
son fils Huitzilopochtli: Ce sera ici, cest lui qui sera ador / Ainsi nous vivrons
2sur terre tous les deux . Cest donc ce moment crucial que sinstaure la dualit
religieuse Tlaloc / Huitzilopochtli, leau et le feu, la lune et le soleil qui
figureront au sommetde ldifice religieux des Mexicas.Le prodige que reprsente la
vision de laigle perch sur le tenochtli complte sur laxe vertical cette dualit.
En effet, laigle symbolise le soleil et Huitzilopochtli, tandis que le figuier de
1 In axcan,tlatohuanie in totlalmomoz / ma ytlatzin xitechmyollotililica, Codex Aubin,f. 21v.
2 Ca nican yez ca yehuatl ontlaotiz/ Ynictinemizque in tlalticpactonehuan, ibidem,f. 24v-25r.
18barbarie est une incarnation vgtale du fils de la lune Copil,et se trouve, par
extension,dans lorbitesymbolique deTlaloc.
Dautre part, la date 1-Acatl voque probablement le dieu du mme nom :
Ce acatl topiltzin Quetzalcoatl dont le sige icpalli tait situ au lieu mme o fut
lanc le coeur de Copil qui donna naissance au tenochtli. Ce sige devient le
sige de laigle mexica,hritier des Toltques,et nouveau seigneur de
lAnahuac. Cest en cette anne 1-Acatl (1-Roseau) que, selon les sources, meurt
Tenoch.En fait, il semblerait plutt que ce soit la fin du rgne du figuier de
barbarie tenochtli, qui cde la place uneentit religieuse plus complexe :
1Anne 1-Roseau, anne 1363, cest alors que le Popocatepetla commenc fumer, cest
2quand Tenochtzin est mort aprs avoir guid Tenochtitlan pendant trente-neuf ans . Le
feu et la fume du Popocatepetl pourraient avoir t perus comme un signe
qui consacrait la naissance de Mexico-Tenochtitlan et sopposait,
ventuellement, lclipsede1325.
8. 4/Vgercvn:lrectionduTemple.
Le figuier de barbarie, ds lanne 2-Calli (1325), avait dfini lextension
territoriale qui lentourait : Tenochtitlan (autour du figuier de barbarie). Limmersion
dAxoloadans la lagune fournit probablement la seconde partie du binme
toponymique qui devint par la suite la premire: Mexico-Tenochtitlan.En effet,
ces petites lagunes taient appeles mexco [mez-co] (lieu de la lune)parce que
prci3sment lastre nocturne sy refltait.Lune dentre elles, celle qui se trouvait
prs du fameux tenochtli, sintgra au nom propre de la cit:
Mexico4Tenochtitlan . Lepoint deau (mexco) qui entoure le figuier debarbarie (tenochtli),
profondment enracindans lefond boueuxdun lacoudunelagune,
aveclaigle (cuauhtli) juch son sommet, cest limage dAztlan et de Coatepec.Le
figuier de barbarie enracin dans le fond de la lagune et dans le coeur de Copil
tait dj un temple mais ce ntait pas encore le temple car la dualit de
Mexico-Tenochtitlanny tait pas encore instaure. Cest Zoquipan quelle prend
forme et que se dfinit lempire de Tlaloc et de Huitzilopochtli.Ldification
du temple, lanne suivante: 2-Tecpatl (2-Silex), en termes chronologiques, mais
en fait simple partie dun binme calendaire,en termes de symboles, formalise
culturellement dans la pierre ce que les Mexicas avaient lu dans un prodige
1 En espagnol dans letexte.
2 Ce acatlxihuitl,1363 aos, iquac ipanin peuh in Popocatepetlin yepopoca, iquac in mic in Tenochtzin, in
teyacan Tenochtitlan cempohuallon caxtolli ipan nauh xihuitl, CrnicaMexicayotl,p.78.
3 De nos jours les Huastquesappellent mexco,lespuits ou les petites tendues deau (pozos).
4 Nous croyons fermement que lappellation originale tait Mexco et non Mexico, comme elle le
devint par la suite. En effet, il serait curieux que le seul mot de la langue nahuatlqui saccentue
sur lantpnultime syllabe (esdrjula)ft le nom mme de la nation. Dautre part, en supposant
que le nom fut Mexihcco comme on le prtend parfois, le dplacement de laccent sur la
premire syllabe est fort peu probable si nous considrons le mcanismes diachroniques de
lvolution du nahuatl. Un tirement du phonme [sh] de Mezco pourrait, fort bien, au
contraire, avoir gnr la voyelle [i] qui sinsinua entre les deux consonnes sans que laccent ne
se dplace. Ce sifflement du [sh] prolong pourrait mme mtaphoriquement correspondre au
sifflement du serpent dont parle un chant nahuatl. (CantaresMexicanos,f.60v.).
19naturel. Dans ce processus, il ne faut pas oublier le temple de Tizaapan, temple
bafou par les gens de Colhuacan et rhabilit par les Mexicas, qui dtruisent
loffrande sacrilge et re-consacrent le temple en y dposant des pines et des
branches dacxoyatl,et surtout en sacrifiant apparemment ou rellement les
prisonniers xochimilcas quils cachaient, sur des plumes de Quetzal et sur un
bouclier de turquoise, cest--dire sur les insignes des rois mexicains. Le geste
est symbolique car les Mexicas ne seront pas dsormais un peuple soumis
lautorit de Colhuacan.Ils auront leur monde propre, un monde consacr par
lesacrifice dun capitaine gnraldeColhuacan.
Aprs avoir balay autour du figuier de barbarie, ils construisent leur
temple de terre et le consacrent dfinitivement avec le cur de Chichilquahuitl,
le capitaine gnral de Colhuacan : Ils le consacrrent avec le gnral nomm /
Chichilquahuitl, gnral de Colhuacan, lanne / laquelle ils difirent leur temple : /
lan1ne 2-Silex . Nature et culture sunissent en lan 2-Tecpatl (2-Silex) qui
correspond selon le Codex Aubin lanne 1364 du calendrier chrtien et qui
constitue lefondement spatio-temporel deMexico-Tenochtitlan.
9.Lavnementdupremier vncjvqcpk:Acamapichtli.
Tenoch, ou ce quil reprsente, a rgn symboliquement de 2-Maison
(1325) 1-Roseau (1363), cest--dire durant trois fois treize ans. A partir du
prodige et jusqu lintronisation dAcamapichtli,pendant treize ans, le peuple
mexica reste sans guide. Aprs cette priode significative, le pouvoir sdentaire
institutionnalis, cest--dire lEtat, se met en place avec llection
dAcamapichtli(fig. 9) comme premier tlahtoani de Mexico-Tenochtitlan,en 1-Tecpatl
(1376).
Les sources, dsormais supposment historiques, diffrent
considrablement en ce qui concerne lorigine dAcamapichtli.Il serait vain de tenter une
synthse dans le cadre de cet article. Suivant le fil dAriane que propose la
mythologie, nous favorisons celles qui font dAcamapichtli leroi de Colhuacan,
fils et/ousuccesseur deCoxcoxtliselonlessources.
Les Mexicas aprs avoir dlibr allrent trouver Nauhyotl le tlahtoani de
Colhuacan et lui demandrent son fils pour quil devienne leur roi : Et notre
cur le sait, il est (Acamapichtli) le petit fils des gens de Colhuacan, il est les cheveux, les
ongles des seigneurs de Colhuacan.Et nous disons ceci: quil vienne prendre soin de ton eau,
de ta montagne ( de votre/notre nation) qui se trouve entre les joncs, entre les roseaux, et que
2notre fille, Ilancueitl, devienne notre princesse . Les Mexicas devaient senraciner dans
le lignage toltque, tout comme dans leau de la lagune, par lintermdiaire du
Colhuaqui,roi de leurs descendants et qui devint le premier roi de
Mexico-Tenochtitlan.En juchant un peu trop rapidement laigle sur le figuier de barbarie
1 Quiyollotique yn tlacatecatl ynitoca / Chichilquahuitl yn colhuacan tlacateccatl / ynipan xihuitl
ynquitlallique yn tlalmomoz / ome Tecpatlxihuitl, Codex Aubin,f.25r.
2 Auh ca toyollo quimati,caCulhuacaixhuiuhtli caintzonimictiin teteuhctin, intlatoque in Culhuaque,
auh inin ca tiquitohua ma conmopielliquiin Matzin, in motepetzin in Toltzallan, in Acatzallan in Mexico, in
Tenochtitlan, auh inin ma conmochihuilitiuh in tochpontzin in Cihuapilli in Illancueitl, CrnicaMexicayotl,
p.82-83.
20et en attribuant la date 2-Maison (2-Calli) cet vnement, les sources
indignes et espagnoles du XVIe sicle ont nglig des tapes formatives plus
complexes qui nuancent la signification du processus mythico-historique
quelles rfrent.
Fig.9LergnedAcamapichtli (Codex Mendoza,folio 2v)
La naissance de laltepetl Mexico-Tenochtitlan,cest dabord la dlimitation
dun territoire autour dun axe incarn par le figuier de barbarie, encore plac
sous lgide de Tlaloc et des dieux de leau : 2-Calli (1325). Cest ensuite, dans
le dernier contexte spatio-temporel de 52 ans, linstauration de la dualit
religieuse 1-Acatl (1363) et de sa formalisation dans la pierre (2-Tecpatl,1364) qui
runit socialement une population autour dun centre religieux. Cest enfin
linstitutionnalisation du pouvoir politique, en 1-Tecpatl (1376) avec
lintronisation dAcamapichtli comme tlahtoani (qui reprsente le soleil) et ventuellement
1lanominationdupremier Cihuacoatl(reprsentant delalune) .
De toutes ces dates, celles qui consacrent la dualit du culte et le temple:
1 JOHANSSON, Patrick. Tlahtoani y Cihuacoatl. Lo diestro solar y lo siniestro lunar en el
alto mando mexica. Estudios de Cultura Nhuatl,n 28, p.39-75.
211-Acatl / 2-Tecpatl (1363/1364) nous paraissent constituer le fondement
spatiotemporel du monde sdentaire de Mexico-Tenochtitlan. Cest en effet la date
duelle laquelle les Mexicas cessent de se dplacer et se fixent dfinitivement
sur lelieu-mme du prodige.
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22LespremiresvillesespagnolesdeNouvelle-Espagne
1BernardGRUNBERG
A laube de limplantation de lEspagne en Amrique, la fondation dune
ville constitue la premire manifestation de la colonisation. Cest un acte
juridique etpolitique, qui consolide laprise depossession (tomade posesin)et garantit
loccupation du sol (poblacin). La fondation rpond doncune quadruple
volont : implantation du pouvoir politique espagnol, protection des
conquistadores et des colons labri dun centre dfensif, contrle de lconomie dune
rgion plus ou moins vaste, soumission puis intgration du monde indigne
2dans la vie conomique, sociale, culturelle et spirituelle de la nouvelle colonie .
En Nouvelle-Espagne, cesont les conquistadoreseux-mmes quiseront
lorigine de la cration des villes. Pendant la conquista, les Espagnols ne
construisent que deux villes, la premire (Veracruz)pour des raisons politiques, la
seconde (Segurade la Frontera)essentiellement pour son intrt stratgique.
Pour comprendre les origines et les caractres de ces premires villes, nous
nous en tiendrons pour lessentiel au processus de fondation de villes, leur
plan, larpartitiondesterrainsetauxpremires constructions.
1-LapremirevilleespagnoleduMexique:VillaRicadelaVeraCruz.
! Lechoixdusite.
Aprs avoir dbarqu sur la plage de Chalchiuhquayecan (21 ou 22 avril
1519), en face de la petite le de San Juan de Ulua, les Espagnols dressent leur
campement. Ils viennent de sinstaller sur le site de la premire ville espagnole
cre au Mexique. Ils la baptiseront Ville Riche de la Vraie Croix (Villa Rica de
la VeraCruz) pour commmorer le jour de leur arrive, le Vendredi Saint, et en
raison de la richesse du pays. Trs vite, cependant, lemplacement se rvle mal
choisi car malsain et peu pratique. En effet les moustiques rendent la vie trs
difficile, sinonimpossible, etle solsablonneuxinterdit toute vritable
construction. Corts envoie une petite expdition explorer les ctes alentour en qute
dun site plus favorable ; celle-ci dcouvre une petite rade au voisinage de
Quiahuiztlan,un village totonaque fortifi. Lendroit se trouve quelques
kilomtres deCempoalaetaunord deSanJuandeUlua.
En juillet 1519, Corts y ordonne le transfert du campement. La seconde
Veracruz est implante dans une plaine ctire et son port offre un bon abri
aux navires. Il se situe au fond dune petite rade forme par une avance
1 Professeur dHistoire Moderne lUniversit de Reims ;directeur du SHAC.
2 R ecopilacinde leyesde los reynosde las Indias mandadas imprimiry publicarpor la Magestad Catlicadel
Rey Don Carlos III Nuestro Seor[1691], Madrid, 1998, 3 vol., cf. livre IV, titres, 5-7 ; Estudios
sobre la ciudad iberoamericana. Dans RevistadeIndias, tomes XXXII-XXXIV, n 127-138,
1972-1974), Madrid, 1975 ; DOMNGUEZCOMPAY, Francisco. La vida en las pequeas
ciudades hispanoamericanasde la conquista,1494-1549, Madrid, 1978 ; MIRANDA,Jos. Las ideas y las
instituciones politicas mexicanas (1521-1820), Mexico, 1978 ; ZAVALA,Silvio.Las instituciones
juridicas en la conquistade Amrica, Mexico, 1971 ; PORRAS MUOZ,Guillermo. El gobierno de la
ciudad de Mxico en elsigloXVI, Mexico, 1982 ; OTS CAPDEQUI, Jos Mara. Manual de historia
de derecho espaol en las Indias y delderecho propiamente indiano,Buenos Aires, 2 vol., 1943.rocheuse de quelques centaines de mtres, protgeant les navires du vent du
nord, qui souffle violemment dans le golfe du Mexique une partie de lanne.
La ville sera btie en quelques semaines, du moins son centre nvralgique, par
les conquistadores, grce laide des Indiens. Par la suite, Corts fera difier
uneforteresse pour laprotectiondes navires.
Cette ville remplit dsormais les fonctions qui ont prsid sa fondation.
Cest dabord un port important aussi bien dans le domaine militaire que sur le
plan commercial, qui tablit, en outre, un lien entre le Mexique, les les et la
mtropole. La ville constitue galement une base arrire solide, avec ses
entrepts, ses rserves en hommes, en matriel, en vivres et sa forteresse ; elle
permet laccueil des blesss, des malades et larrivedes renforts. Charles Quint
ne sy trompera pas car, le 4 juillet 1523, il concderaVeracruz ses armoiries
pour son rle capital dans la conqute de la Nouvelle Espagne. Et Veracruz
deviendra bien vite le point oblig darrive et de dpart des marchandises
entre lamtropole etleMexiqueetprofitera delessor delacolonie.
1! Unpronunciamientoloriginedelafondation .
Lannonce, le 4 juillet 1519, que le gouverneur de Cuba, Diego Velzquez,
a enfin reu dEspagne lautorisation de fonder une colonie et de commercer
dans les contres rcemment dcouvertes va obliger Corts franchir le
2Rubicon car, la veille du soulvement, le futur chef des conquistadores nest
que lun des armateurs de lexpdition, dans laquelle il a investi des sommes
importantes et dont les buts ont t fixs par avance : dcouverte et
colonisation. Pour raliser ces objectifs, Corts a t investi des fonctions de capitaine
gnral et de dcouvreur, par dlgation des Hironymites, eux-mmes
reprsentants du rgent Cisneros,mais il est aussi le dlgu du gouverneur de Cuba
auMexiquepour unemission bienspcifique.
Cortsna en ralit aucun pouvoir vritable ; il dpend de la bonne
volont de Diego Velzquez, qui peut lui ter toute lautorit quil lui a
dlgue. Cest pourquoi il tait parti de Cuba, plus rapidement que prvu,
chappant de justesse lordre du gouverneur qui lui retirait le commandement de
lexpdition. Tant que la confirmation de la lgalisation par les autorits
mtropolitaines ntait pas parvenue aux Indes, Cortsavait encore une certaine
libert. Mais les nouvelles reues lobligrentfaire son pronunciamiento car
elles avaient djprovoqu des remous et un dbut de rbellion dans les rangs
des Espagnols.
La troupe des conquistadores est divise sur les objectifs de lexpdition :
certains veulent continuer le troc ou la razzia puis rentrer chez eux, dautres
3veulent poursuivre la conqute . Corts profite des divisions de son arme,
1 Il faut cependant noter quil sagit ici de la seconde Veracruz, car on ne peut considrer la
premire comme une ville, dans tous les sens du terme ; elle tait installe dans un site peu
favorable et surtout elle avait plus laforme dun simple campement que dune vraie cit.
2 Sur les circonstances, cf.GRUNBERG, Bernard. Histoire de la conqute du Mexique. Paris, 1995,
p.51 et sv.
3 Sur ce sujet cf. GIMNEZFERNNDEZ, Manuel. Hernn Corts y su revolucin comunera en la
24pour imposer indirectement ses vues. Comme la majorit de ses hommes est
favorable la poursuite de la colonisation, il exhibe les pouvoirs reus de
Diego Velzquez, qui prconisent davantage la recherche de lor que la
colonisation, pour provoquer chez les adversaires de cette politique indignation et
1rbellion.Les partisans de la colonisation, mis ainsi au pied du mur, nont plus
dautre solution que de rompre avec lautorit lgale et suivre les objectifs de
Corts, qui, prudent, ne sest ni dclar, ni engag, mais a suscit dans lesprit
de la plupart de ses hommes ses propres desseins. Cortsne rpond pas
immdiatementla proposition de ses hommes. Il veut montrer ainsi quele
soulvement a t voulu par les conquistadores et quil na fait que se plier leurs
justes revendications. Depuis le pronunciamiento, Corts sest dessaisi des
pouvoirs dlgus par D. Velzquez et a renonc tous les bnfices futurs
que pourrait lui procurer le commerce et au remboursement des grandes
dpenses quil a engages conjointement avec D. Velzquez. Lexpdition nest
plus uneentreprise prive,but essentiellement commercial;elle est dsormais
etsurtout uneentreprise politique.
Cest dans ce contexte quela municipalitde Veracruzest luepar
lassemble des conquistadores et quelle nomme les alcades ordinaires et les officiers
2royaux. Par cet acte, les conquistadores se soustraient au pouvoir du
gouverneur de Cuba et se placent directement sous lautorit de Charles Quint car,
dot de la juridiction ordinaire de la communaut espagnole au Mexique en
substitution de celle du roi absent, Cortsne dpend plus ni de lautorit de
Cuba, ni de celle des Hironymites, ni de celle des membres de la Casa de la
Contratacin. Dsormais lobjectif du chef des conquistadores est atteint, car
avec la fondation de Veracruz, qui a prcd le pronunciamiento, et surtout
llection dune municipalit, il obtient, comme le droit espagnol le permet, les
pleins pouvoirs et ses hommes le nomment capitan general et justicia mayor de
Nouvelle-Espagne.
Pour justifier leur rbellion, Corts et ses hommes ont besoin de
lacceptation royale, qui lgalisera ainsi leur pronunciamiento. Pour faire connatre les
motifs de leur attitude au souverain, ils envoient en mtropole deux
procureurs, Alonso Hernndez de Puertocarrero et Francisco de Montejo, qui
jouissent dappuis influents la cour et qui apporteront Charles Quint toutes
les richesse rcoltes jusqualors. Les prsents des conquistadores vont certes
blouir le monarque mais surtout lui montrer que dsormais il pourrait, si la
conqute tenait ses promesses, financer sa politique europenne avec les
Nueva Espaa,Sville, 1948 ; GRUNBERG, Bernard. LUnivers des conquistadores. Les hommes et leur
conqute dans le Mexique du XVIe sicle.Paris, 1993 et Histoire de la conqute du Mexique, op. cit.
1 On peut cependant sinterroger sur la vracit du document quil montre cette occasion
ses hommes. Nous connaissons les buts fixs par Velzquez; ils nont rien de cette orientation
catgorique quindique la lettre prsente par Corts. Il pourrait donc sagir dun faux, dans
lequel ont t retenues (ou slectionnes) quelques directives, hors de leur contexte et donc
fatalement dnatures. Cette lettre, que Corts gardait en son sein, aurait donc pu tre fabrique
de toutes pices par le chef des conquistadores, dsireux de retourner la majorit de ses
hommes en safaveur.
2 CORTS,Hernan. Cartas de relacin.Mexico, 1976, cf.lettreI, p.20.
25richesses duNouveau Monde. LeConseil des Indes absoutCortsdetoutes les
accusations de trahison et de rbellion et, le 15 octobre 1522, Charles Quint
nomme le chef des conquistadores gouverneur et capitaine gnral de la Nouvelle
Espagne. Ainsi, outre la lgalisation du nouveau pouvoir, le roi dEspagne, qui
ne peut financer les expditions outre-mer, laisseun homme dcid et
entreprenant le soin dorganiser la conqute. Dtenteur de lautorit royale, Corts
est dsormais lematre absolu auMexique.
2-Lanaissancedunecapitalecoloniale:Mexico-Tenochtitlan.
Le 13 aot 1521, Mexico-Tenochtitlan nest plus que ruines ; une odeur
nausabonde, manant de milliers de corps en dcomposition, se dgage de la
capitale. Ayant vaincu lEmpire aztque, aprs un sige de plusieurs mois,
Corts fait rparer les conduites deau de Chapultepec,enlever des rues les
morts pour les enterrer, il demande que les chausses et les ponts soient remis
1 2entat etlesmaisons rebties etilfaitconstruire unarsenal .
En attendant lrection de la nouvelle cit, Corts et ses hommes
sinstallent Coyoacan,dans degrandspalais indignes. Cest lquest choisi le site de
la capitale de la Nouvelle-Espagne. La dcision ne soulve pas lenthousiasme
3car cette construction se fait contre la volont de tous les soldats .
Contrairement lavis de la majorit de ses hommes, qui jugent lemplacement
dangereux (car isol dans la lagune et entour par les Indiens), et prfrent Tacuba,
4Coyoacan ou Texcoco , Cortsdcide de construire la cit sur
lemplacementmme de lancienne capitale aztque : en voyant dtruite cette ville de Mexico, si
5belle, si grande et si clbre dans ce nouveau monde, il nous parut bon de la repeupler . Et
pour bien montrer sa dtermination, il gardela cit un de ses noms indignes,
Tenochtitlan (Temixtitan), qui perdura pendant tout le sicle et mme bien plus
tard.
Le coeur de Mexico sera rserv aux Espagnols ; les indignes stabliront
tout autour, en quatre quartiers : San Juan Moyotlan,Santa MaraCuepopan,
1 DAZ DEL CASTILLO,Bernal. Historia verdaderade la conquistade Nueva Espaa. Madrid,
1982, cf.CLVII, p.415.
2 Il tait destin entreposer ses brigantins, dans la pense quils seraient essentiels la
dfense de lafuture cit ; CF. PASO YTRONCOSO, Francisco del. Epistolario de Nueva Espaa.
Mexico, 16 vol., 1939-1942, [=ENE], cf. tome X, 584 ; Actas de cabildo de la ciudad de Mxico.
Mexico, 1889-1906, 54 vol.[=CAB/MX], cf. 5 octobre 1537. Les brigantins nauront plus
serviret,dslesannestrente,lacitadelle sera laisselabandon
3 La hedificasciondesta cibadad de Mexico que edificocontra voluntadde todos por ser sobre agua e por el
peligro que en ella tienende cada dialos espaolesque en ella moran por cabsa de losindios e por calzadas que
podria ronper e tomar a todoslosxpianos en corral e hazer delloslosque quisyesen pudiendofazeresta cibdad en
Cuyoacan o en Tezcuco que heran lugares convenientes e en tierra firme dondeestoviera mejor que no dondeesta
, Sumario de la residencia tomada a don Fernando Corts gobernadory capitan general de la Nueva Espaa
y a otrosgobernadores y oficialesde la misma.Mexico, 1852,cf.tome I, p.97.
4 Fue requeridoel capitn que poblaseen Tacuba o en Coyoacan o en Tezcocoy nuncaquiso, AGUILAR,
Franciscode. Relacin breve de la conquistade la Nueva Espaa.Mexico, 1977, p.98.
5 Y asimismo viendo que la ciudad de Temixtitan, que era cosa tan nombrada y de que quanto casoy
memoria siempre se ha hecho, parecinosque en ella era bien poblar,, CORTS, op. cit., lettre III, p.193
(trad.franaise :CORTS, Hernn. La conqute du Mexique.Paris, 1982,p.287).
261San SebastianAtzacoalco et San Pablo Zoquiapan . Certains tenteront de
sinstaller hors des limites permises mais, pour prserver la cohabitation paisible
avec les Indiens, la municipalit interdira aux Europens de stablir dans les
2zones indiennes .
Cette division de la ville coloniale, en deux parties distinctes, se retrouve
dans les autres cits de Nouvelle-Espagne. A Puebla, les indignes sont
regroups galement dans quatre quartiers (Santiago, San Pablo, San Sebastian et San
3Francisco) . Le but apparat clairement : il sagit, surtout dans les premiers
temps, de se protger de toute attaque soudaine des Indiens, comme le
confirment la fondation de la forteresse, le maintien des brigantins Mexico, la
fortificationdespremires constructions.
Quatrecinq mois aprs la destruction de Tenochtitlan, Mexico renat
4progressivement, grce au travail de la main-doeuvre indigne . En octobre
1524, la ville compte 30.000 Indiens ; lordre y rgne comme autrefois La ville
prend chaque jour un accroissement considrable, parce que chacun y vit selon ses gots et les
ouvriers des arts mcaniques fort nombreux, charpentiers, maons, potiers, joailliers et autres
5vivent de leur salaire au milieu des Espagnols,mais ces derniers ne reprsentent
gure quun dixime de la population totale. Il convient cependant de nuancer
cette vision optimiste de Corts par celle de Motolinaqui compare cette
construction, qui cota la vie de trs nombreux Indiens, la septime plaie
6dEgypte . De plus, ces Indiens, probablement tous des prisonniers de guerre,
doivent chercher et porter les poutres de bois ou les pierres de taille sur leurs
7paules . Lutilisation du travailindigne pour ldificationdes villes espagnoles
est fondamentale. Mme Puebla,en rgion amie, les Espagnols ont bnfici
8dIndiens de services,pour uneduredesept ans .
1 Au dbut, la partie espagnole tait limite au nord par les actuelles rues Belisario,
Dominguez, Venezuela; lest, par celle de Jsus Mara; au sud, par celle de Jos Mara Izazaga;
louest, par celles de San Juan de Letran,Juan Ruiz de Alarcon, Aquiles Serdan ; cf. PORRAS
MUOZ,Guillermo.El gobierno de la ciudad de Mxico en elsigloXVI. Mexico, 1982, p.20-21.
2 CAB/MX,8 juillet 1528.
3 LPEZDE VILLASEOR, Pedro. Cartillaviejade la nobilisima ciudad de Puebla [=
CARTILLA VIEJA]. Mexico,1961,p.87.
4 CORTS, op. cit.,lettresIII, p.193et IV, p.229 ;AGUILAR, op. cit.,p.98.
5 CORTS, op. cit.,lettreIV, p.229-230(trad.p.430).
6 La sptima plaga fue la edificacinde la gran ciudad de Mxico, en la cual los primerosaosandaba ms
gente que en la edificacindel templo de Jerusaln,porque era tantala gente que andaba en las obras que apenas
poda hombre romperpor algunas calles y calzadas, aunque son muy anchas;y en las obras a unos tomaban las
vigas,otros caan de alto, a otros tomaban debajo los edificiosque deshacan en una parte para hacer en otra,en
especial cuando deshicieronlos templos principales deldemonio. Allmurieron muchos Indios,y tardaron muchos
aos hastalosarrancar de cepa, de los cualessali infinidad de piedra, MOTOLINA, Fray Toribio de.
Historia de losindiosde la Nueva Espaa.Madrid, 1991, cf.I,1,48, p.121.
7 Es la costumbre de esta tierra, no la mejor del mundo, porque losindios hacenlas obras,y a su costobuscan
los materiales,y pagan los pedreros y carpinteros,y si ellos mismosnotraenqu comer, ayunan.Todoslos
materiales traena cuestas; las vigas y piedras grandes traenarrastrandoconsogas y como les faltaba elingenioy
abundabala gente, la piedra o viga que haba menestercien hombres,traanla cuatrocientos, MOTOLINA,
op. cit.,I,1,49, p.121.
8 En 1538, les habitants de Puebla demanderont la prorogation de cet avantage pour quatre
annes supplmentaires, cf. MOTOLINA, op. cit., III,17, 438 et 439, p.380-382. PUGA,Vasco
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