Agriculture et sécurité alimentaire en Afrique de l'ouest

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Depuis 1960, avec le lourd handicap des effets des politiques agricoles de la colonisation, l'Afrique de l'Ouest n'a pas relevé les défis de la sécurité alimentaire. Elle n'a pas fait le choix stratégique de nourrir d'abord les populations. Ce livre s'interroge sur les raisons de l'état endémique de famine et de malnutrition en Afrique de l'Ouest, sur les politiques publiques et les conditions de son indépendance alimentaire.

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Date de parution 01 juin 2012
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EAN13 9782296492028
Langue Français

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Agriculture et sécurité alimentaire
en Afrique de l’Ouest




Sous la direction de
Pierre KIPRE et G.-M. Aké NGBO




Agriculture et sécurité alimentaire
en Afrique de l’Ouest

Bilan et perspectives






































































































































































































© L’Harmattan, 2012
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-96748-9
EAN : 9782296967489 Sommaire
Avant-propos .................................................................................................................... 7

Les contributions ............................................................................................................ 13

CHAPITRE I
LA PRODUCTION AGRICOLE ET LES DÉFIS DE LA SÉCURITÉ ALIMENTAIRE ................. 15

Crises alimentaires dans l’espace soudano-sahelien
Rôle et impact des politiques agricoles de la colonisation à nos jours ........................... 17
Bouraïma Alpha Gado
Les politiques rizicoles de la Côte d’Ivoire depuis l’indépendance :
bilan et perspectives ....................................................................................................... 27
Tite Ehuitché BEKE
Pluviométrie et production rizicole en Côte d'Ivoire : Bilan et Perspectives..................... 51
Edith Léadaut TOGBA
Les déterminants de la production de riz paddy dans les régions de Tillabéry,
Niamey et Dosso au Niger .............................................................................................. 63
Malam Maman Nafiou, Soumana Boubacar
Les aménagements hydroagricoles dans le département de Katiola.
Situation et perspectives ................................................................................................. 91
Jean Bidi TAPE, Atsé Alexis Bernard N’GUESSAN, Fatoumata KONE
La filière palmier à huile dans l’économie ivoirienne :
le cas du sud-est de la Côte d’Ivoire ............................................................................. 117
DROUBLY Gbizié Michel
Agriculture and Deforestation in Côte d'Ivoire: Assessment and Perspectives ............ 129
Wadjamsse DJEZOU
L’informel dans le secteur minier et son impact sur la sécurité alimentaire
en Côte d’Ivoire. Comment remettre le compteur de l’histoire à zéro ? ....................... 147
Dr Alain TOH
CHAPITRE II
LA COMMERCIALISATION ET LE FINANCEMENT DE LA PRODUCTION AGRICOLE ...... 159
Accord de partenariat économique Union Européenne – C.E.D.E.A.O. :
èImpact de la 5 Bande sur la protection des produits agricoles, agroindustriels
et industriels de l’Afrique de l’Ouest ........................................................................... 161
Ousmane Amadou
Global Food Price Shocks: Implications for Food Security
and Agricultural Price Incentives ................................................................................. 197
Bernadette Dia Kamgnia
La microfinance au service de l’agriculture vivrière en Côte d'Ivoire :
bilan et perspectives ..................................................................................................... 223
Adèle Gboyéré KORE
Quel mode optimal de commercialisation pour nos produits agricoles ? ..................... 239
Benoît B. MALAN
CHAPITRE III
MONDE PAYSAN ET MODERNISATION DE LA SOCIÉTÉ ................................................ 251

Production de farine stabilisée de banane plantain pour la confection
de mets traditionnels ..................................................................................................... 253
Souleymane Coulibaly, N’Goran Kouakou
Les recherches sur l’igname en Côte d’Ivoire : Bilan et Perspectives .......................... 265
Yaya Ouattara, Kouadio Koffi Eric
L’accessibilité des populations rurales aux soins de santé dans le département
d’Abengourou (Côte d’Ivoire) ...................................................................................... 279
Kouadio Akou AKA
Projets, échecs et autonomie paysanne : De la démocratie dans le développement ..... 297
MICHEL GALY



6 Avant-propos
Au cours de la deuxième rencontre organisée dans le cadre de ce premier
cinquantenaire, nous avions choisi de réfléchir sur les conditions économiques
de l’indépendance. Pour la troisième rencontre, dont nous présentons les
résultats dans cet ouvrage, nous avons voulu nous appesantir sur le secteur
agricole ; singulièrement sur la problématique de la sécurité alimentaire depuis
1960. Dans une phrase restée célèbre, le premier Président de Côte d’Ivoire, F.
Houphouët-Boigny, rappelait que « l’homme qui a faim n’est pas un homme
libre ». Ce n’est pas un truisme ; c’est une vérité que démontrent les crises
alimentaires et leurs conséquences géopolitiques surtout en Afrique. Il fallait
comprendre comment nos jeunes États permettent ou non à leurs populations de
bien se nourrir ; pourquoi et comment l’état endémique de famine (ou de
sousalimentation) hypothèque notre indépendance.
Car, les données brutes sont là. La sous-alimentation touchait 31 % de la
population totale de l’Afrique subsaharienne en 1992 et 27 % en 2008. Depuis
1960, l’Afrique de l’Ouest a connu plusieurs crises alimentaires. La plus récente
date de 2006-2008. Même si globalement la production de vivriers a augmenté
dans plusieurs pays depuis 1960, son taux de croissance évolue partout
beaucoup plus lentement que celui de la population. L’extension des terres
destinées à ces produits est peu significative. Ainsi, en Côte d’Ivoire, les terres
arables sont passées de 1,82 million d’ha en 1975 à 2,8 millions d’ha en 2005 ;
au Burkina Faso, on est passé de 2,8 millions d’ha à 4,55 millions d’ha dans la
même période. Les terres irriguées représentaient 1 % du territoire ivoirien en
1997-98 et 0,7 % au Burkina Faso comme au Nigeria. Frappée par l’exode rural
à cause de ses conditions de vie, la population active agricole recule chaque
année : dans les quinze pays de la C.E.D.E.A.O., en 1980, elle représentait
moins de 65 % de la population active totale dans seulement cinq pays ; en
2006, seuls quatre pays se situent à plus de 70 %. Pourtant, le taux de
productivité de cette agriculture ouest-africaine est resté faible ; et les
superficies cultivées par habitant (moins d’un hectare en moyenne en 2005) le
sont avec des techniques généralement anciennes. Il faut donc faire un premier
constat. Nos États n’ont pas réuni jusqu’ici les conditions de leur indépendance
alimentaire.
Le choix de réfléchir sur les rapports de notre agriculture et de la sécurité
alimentaire vise à aller au-delà du simple constat. Il s’agit de nous situer au
cœur des conditions essentielles pour se nourrir par ses propres moyens, en
remettant en cause, éventuellement, les paradigmes du travail agricole dans nos communautés rurales. La dénonciation que l’on trouvera dans certaines
contributions réunies ici ne vise pas seulement les classes dirigeantes (élites
politiques, économiques et sociales). Elle est celle de tous ceux qui, à divers
niveaux, même à celui du citoyen « ordinaire », ont « laissé faire » (ou ont agi)
contre les intérêts à long terme de ces communautés.
Toutefois, il est plus évident pour tous que les classes dirigeantes portent la
plus grande part de responsabilité dans le niveau actuel de notre production
alimentaire ; soit parce qu’elles ont agi sciemment en connaissant la nature des
risques encourus ou en les minimisant, soit parce qu’elles ont accumulé les
dégâts, malgré les contre-performances ou les échecs, en restant dans les mêmes
logiques de développement. Mais le petit paysan, lui, résiste-t-il assez aux
sirènes des cultures pérennes ? Tire-t-il parti des opportunités qu’offrent les
produits vivriers, comme c’est le cas de son homologue d’Asie du Sud-est ?
Que faire avec lui, et non contre lui, pour changer les choses ?
Réfléchir sur le thème « Agriculture et sécurité alimentaire en Afrique de
l’Ouest — Bilan et perspectives » revient à interpeller chaque conscience
citoyenne ; car ici, les décisions politiques comme les initiatives économiques
(privées ou publiques) ont des effets difficilement réversibles. Les
communications présentées dans cet ouvrage nous le prouvent en partant de
divers exemples.
Par son environnement naturel (forêt/savane/montagne; climat subtropical
humide et climat de type sahélien ; littoral marin), par la configuration de ses
établissements humains (hameaux, villages, villes moyennes et mégalopole),
par les effets de certains choix stratégiques dans le développement agricole
comme par exemple la priorité donnée aux produits de rente, la Côte d’Ivoire
rassemble plusieurs caractéristiques de la sous-région. L’organisation de notre
travail au cours du colloque a privilégié les échanges en ateliers. Avec les
compétences venues de divers pays, nous avons constaté la similitude des
problèmes posés partout en Afrique subsaharienne ; nous avons vu aussi les
liaisons évidentes entre toutes ces questions. Les discussions ont mis en lumière
l’urgence de solutions novatrices ou, au moins, l’obligation de fixer de
nouveaux horizons si nous ne voulons pas avoir des catastrophes plus
dramatiques qu’aujourd’hui (famines liées à la péjoration accentuée du climat ;
dégradation des sols, etc.). Plus que probablement dans d’autres domaines,
l’état des lieux incite à une « praxis » qui s’inscrit dans la durée.
Les échanges ont montré que les États de ce cinquantenaire, anciennes
colonies françaises pour l’essentiel, sont partis avec le lourd handicap des effets
des politiques agricoles de la colonisation (Gado A. Boureïma). Les classes
dirigeantes de l’ère postcoloniale en ont accentué tous les effets pervers, prises
qu’elles étaient dans les rets d’une logique du développement fondée sur
l’échange inégal et l’économie de traite. Malgré les avertissements de René
Dumont, toutes les autorités nouvelles ont oublié une vérité première :
l’agriculture sert d’abord à nourrir l’être humain. Les défis de l’indépendance
alimentaire n’ont pas pu être relevés pour cela, la paysannerie continuant de se
8 fier au rythme des saisons (E. L. Togba). Même lorsque des aménagements
(barrages et canaux d’irrigation par exemple) ont été réalisés pour s’affranchir
des saisons (N. Malam Maman et Soumana Boubacar ; J. Tapé Bidi, A.A.
Nguessan et F. Koné), ils ont été mal conduits. Les paysans sont aujourd’hui
livrés à eux-mêmes. L’organisation d’une filière comme celle de l’huile de
palme, à mi-chemin entre la culture de rente et la production vivrière, répond
moins à une logique de sécurité alimentaire qu’à celle de la production d’une
matière première d’exportation (Droubly Gbizié). Le consommateur national et
le producteur local y perdent. Les modes traditionnels de mise en valeur des
terres (W. Djezou) et l’exploitation artisanale de nombreux gisements miniers
(A.Toh) réduisent les possibilités de plus forte production, provoquent la
déforestation et la destruction des sols, donc à terme, des catastrophes
écologiques.
En fait, l’enjeu principal est celui du choix stratégique de nourrir d’abord les
populations grâce à une agriculture compétitive et à forte productivité. On le
voit bien lorsque sont abordés les problèmes de la commercialisation. Poussés
par les théoriciens de l’ouverture tous azimuts des marchés, nos États semblent
se rendre compte que les Accords dits « de partenariat économique » sont un
leurre. Ils y ont beaucoup à perdre au profit des exportations de produits
alimentaires européens par exemple (Ousmane Amadou) ; surtout lorsqu’ils ne
prêtent pas suffisamment attention à la flambée des prix des denrées
alimentaires pour développer leur propre production vivrière et assurer la
sécurité alimentaire des populations, plus vulnérables qu’ailleurs (B. Dia
Kamgnia). Faiblement rétribué (B. B. Malan), mal encadré depuis que les plans
d’ajustement structurel ont été imposés aux États africains à partir des années
1970-80, le producteur africain de denrées alimentaires ne bénéficie d’aucun
appui véritable. Ainsi, lorsque le paysan ivoirien ou malien ou burkinabé veut
vendre sa production sur le marché national, il y est concurrencé par des
importations européennes ou américaines ou asiatiques (pour la viande et le riz
par exemple), souvent subventionnées par les pays d’origine. Or, les institutions
financières internationales (F.M.I., B.I.R.D. et O.M.C. notamment) interdisent
aux États africains d’adopter des mesures qui protègent mieux les productions
nationales. C’est là une injustice pour nos paysans et surtout une grave menace
pour notre indépendance. Au plan financier national, le paysan n’est pas plus
soutenu. Même lorsque certains États semblent promouvoir le microcrédit,
pourtant adaptable aux besoins de financement du paysan, cet instrument de
financement ne sert pas de support à une vraie politique d’autonomie
alimentaire (A. G. Koré).
L’autre défi d’une politique de sécurité et d’autonomie alimentaires par le
biais d’une agriculture compétitive est celui du régime de la propriété de la
terre. Les présentes contributions ne l’abordent pas toujours de front. Or, c’est
un problème essentiel aujourd’hui, surtout lorsque l’exode rural ne fait plus
recette à cause de la faible offre de travail urbain partout en Afrique de l’Ouest.
Le retour au village de chômeurs citadins, souvent des jeunes scolarisés, exige
9 que la question foncière soit clarifiée et que l’accès à la terre soit réglé
convenablement, selon les capacités de chacun. Le régime de droit positif, les
régimes particuliers de chaque communauté régionale, les incertitudes mêmes
des politiques foncières des États s’entrechoquent ici. En Côte d’Ivoire par
exemple, dans le cadre de sa réforme agraire, l’État a opté pour le système de
l’immatriculation des terres au livre foncier, qui confère la qualité de
propriétaire ou bénéficiaire d’une terre. Telle était l’aspiration de la loi n°
98750 du 23 décembre 1998 relative au domaine foncier rural. Pourtant, la
coutume a pris le pas sur le droit positif en divers endroits. Les drames locaux
ne manquent donc pas. Ils sont même une composante de la crise nationale que
nous vivons en Côte d’Ivoire ; d’abord insidieuse, on a bien vu que la crise de
notre monde rural est devenue de plus en plus ouverte et violente depuis les
années 90. D’autres pays d’Afrique de l’Ouest connaissent la même chose, sur
un mode apparemment moins médiatisé.
En effet, si partout on voit que la propriété foncière est essentiellement
masculine, on fait l’impasse sur le jeu des relations de dépendance personnelle
pour certaines catégories sociales ; on ne voit alors que le cas des femmes qui, il
est vrai, dans leur très grande majorité, n’ont pas accès à cette propriété dans de
nombreuses communautés nationales. En fait, il y a aussi des hommes qui, à
cause de leur statut social dans la communauté villageoise, n’ont pas non plus
un libre accès à la terre. Cette question importante traduit une réalité
socioculturelle et socio-économique surannée, mais encore vivace dans nos
communautés. Elle est celle de la survivance du mode d’exploitation des cadets
sociaux (jeunes gens sous la dépendance des parents ; femmes célibataires ou
mariées ; étrangers fraîchement accueillis ; personnes jugées de statut ou
d’origine servile) et des effets que peut provoquer son rejet par une ou plusieurs
de ces catégories. Il nous semble utile d’approfondir ces points, au moins pour
la production vivrière.
Car, pour produire plus ici, il faut avoir un accès libre à la terre. Mais
comment résoudre les contradictions juridiques et socioculturelles qui entravent
cet accès libre en même temps qu’elles traduisent des visions différentes de
l’espace rural, voire de l’espace national ? Au cours des débats, certains ont
proposé que les titres fonciers sur les terres rurales soient distribués largement,
sans discrimination et à des coûts symboliques, pour mettre fin au régime de
confiscation des terres par les États. C’est croire ici que l’État est effectivement
perçu par tous comme propriétaire éminent des terres. D’autres sont partisans
du partage de responsabilités entre l’État et les collectivités locales, celles-ci
étant définies comme propriétaires éminents des terres. C’est là prendre en
compte les réalités socioculturelles de chaque terroir. Mais comment imposer
l’égalité de tous sous l’autorité de l’État en la matière ? Pour un autre courant de
pensée, il faut conserver à l’État son rôle prééminent en matière de droit foncier
pour prévenir la montée et les progrès de l’ethnisme dans nos États encore
fragiles. Là aussi, on voit comment, dans le cas de l’orpaillage (A. Tôh), par
contournement des règles officielles, les populations imposent des règles
10 officieuses d’exploitation de la terre. Ce débat sur le droit foncier dans nos pays,
question essentielle pour l’avenir de l’agriculture africaine et sa modernisation,
reste ouvert.
Car la production agricole, tournée d’abord vers la satisfaction des besoins
alimentaires des populations africaines, doit faire plus qu’une mue. Elle doit
connaître sa « révolution ». À travers les perspectives que dessine chaque
contributeur ici, on en sent la nécessité, voire l’obligation. Les propositions ne
manquent pas ; notamment dans la liaison entre la recherche et l’augmentation
de la productivité agricole. Qu’il s’agisse de l’igname (Yaya Ouattara et
Kouadio Koffi Eric) ou de la banane plantain en Côte d’Ivoire (Souleymane
Coulibaly/ C.N.R.A. et N’Goran Kouakou), les chercheurs disent leur foi dans
les résultats attendus de liens plus systématiques entre le monde rural et celui de
la recherche. Mais l’absence d’une réelle volonté de promotion de la recherche
sur les produits vivriers, avec des programmes nationaux et un financement
spécifique, la logique de rentabilité capitaliste qui prévaut dans les essais de
nouvelle technologie agricole et les difficultés de la vulgarisation efficace sont
autant de freins. Ils ne sont pas insurmontables ; car là sont les solutions aux
problèmes de plus grande productivité agricole, celles de la conservation des
denrées bien souvent périssables, donc les solutions à une meilleure
commercialisation de ces produits pour mieux combattre la paupérisation
continue des paysans (Kouadio Akou Aka). Les investissements dans la
productivité doivent aussi viser la maîtrise de l’eau, la mécanisation et la
promotion d’exploitations rendant possible cette mécanisation. Au cours des
débats, certains ont souhaité que la recherche soit attentive à toutes les
approches réduisant les risques liés au climat et à la déforestation.
Il manque malheureusement ici l’approfondissement de la question des
filières de produits vivriers et celle, riche de promesses, de la promotion
1d’organisations paysannes dans ces secteurs de production. Notre continent a
besoin de bonnes exploitations agricoles pour mieux combattre la faim.
Car, tout cela ne peut pas se faire sans une véritable « démocratisation » de
la relation État/ producteur agricole, technicien/paysan, commerçant/
producteur. La perspective de voir des entreprises multinationales investir le
secteur n’est pas pour rassurer beaucoup ; on le voit déjà dans la filière
cafécacao. Michel Galy dénonce ici, à juste titre, le développement par le haut dont
sont coutumiers les « experts », l’administration, les bailleurs de fonds et les
ONG internationales. De toutes les façons, le monde rural sait y opposer son
mode de résistance. Celui-ci n’est pas le refus du progrès, mais le refus du
mépris et des intérêts éloignés de ses besoins réels. Il impose que soient

1 On a une importante littérature sur cette question : C. Coquery-Vidrovitch (1981), Sociétés
paysannes du Tiers-monde, Paris, Harmattan ; B. Hervieu (1996), Du droit des peuples à se
nourrir eux-mêmes, Paris, Flammarion ; M-R. Mercoiret, J-P. Munoz, J. Minla Mfou’ou, J.
Berthome, J. et P.M. Bosc (2000), Les organisations paysannes et indigènes face aux défis de la
mondialisation, Réseau APM Afrique/Cirad/Ciepac/Riad ; Pierre Kipré (2005), Intégration
régionale et développement rural en Afrique de l’Ouest ; Paris, éditions SIDES-IMA ; etc.
11 rigoureusement fixés et mis en oeuvre des objectifs que les Etats d’Afrique de
l’Ouest se fixent en termes de souveraineté alimentaire autant qu’en termes de
développement agricole et rural durable.
Par ces observations, on voit bien l’écho bénéfique d’une rencontre très
stimulante à Gagnoa, du 22 au 25 juin 2010. Avec tous les contributeurs, que je
me plais à saluer pour leur engagement, j’espère que nous avons ouvert ici un
autre chantier pour les cinquante prochaines années. En 2060, nul ne pourra dire
qu’il ne savait rien de nos errements entre 1960 et 2010 ; tous devront savoir
que nous avons formulé aussi, en 2010, nos espoirs pour le futur de l’agriculture
vivrière dans nos pays.

Professeur Pierre Kipré

Président de la Commission Nationale d’Organisation du
Cinquantenaire de l’Indépendance de la Côte d’Ivoire
(C.N.O.C.I.C.I.)

Abidjan, le 30 septembre 2010










12 Les contributions
I. La production agricole et les défis de la sécurité alimentaire
1. Crises alimentaires dans l’espace soudano-sahélien : Rôle et impact des
politiques agricoles de la colonisation à nos jours (Gado BOUREÏMA ;
Université Abdou Moumouni de Niamey)
2. Les politiques rizicoles de la Côte d’Ivoire depuis l’indépendance : bilan et
perspectives (Tite Ehuitché BEKE ; Université de Cocody, Abidjan)
3. Pluviométrie et production rizicole en Côte d'Ivoire : Bilan et Perspectives.
(Edith Léadaut TOGBA ; Université de Cocody, Abidjan)
4. Déterminants de la production de riz paddy dans les régions de Tillabéry,
Niamey et Dosso au Niger (MALAM MAMAN Nafiou et Soumana
Boubacar ; Université Abdou Moumouni, Niamey)
5. Les aménagements hydroagricoles dans le département de Katiola :
Situation et perspectives (Jean Bidi TAPE, Atsé Alexis Bernard
N’GUESSAN, Fatoumata KONE ; Université de Cocody, Abidjan)
6. La filière « palmier à huile » dans l’économie ivoirienne : le cas du sud-est
de la Côte d’Ivoire (DROUBLY Gbizié Michel ; Université de Cocody,
Abidjan)
7. Agriculture and Deforestation in Côte d'Ivoire: Assessment and
Perspectives (Wadjamsse DJEZOU ; Université de Cocody, Abidjan)
8. L’informel dans le secteur minier et son impact sur la sécurité alimentaire
en Côte d’Ivoire. (Dr Alain TOH ; Université de Cocody, Abidjan)
II. La commercialisation et le financement de la production
agricole
9. L’Accord de partenariat économique entre l’Union Européenne et la
C.E.D.E.A.O. et l’impact de la 5e bande sur la protection des produits de
l’Afrique de l’Ouest (Ousmane Amadou ; Université Abdou Moumouni,
Niamey)
10. Global Food Price Shocks : Implications for Food Security and
Agricultural Price Incentives (Bernadette Dia Kamgnia; University of
Yaounde II)
11. Le micro finance au service de l’agriculture vivrière en Côte d'Ivoire :
bilan et perspectives (Adèle Gboyéré KORE ; Université de Cocody,
Abidjan) 12. Quel mode optimal de commercialisation pour nos produits agricoles ?
(Benoît B. MALAN ; Université de Cocody, Abidjan)
III. Production alimentaire et modernisation de la société
paysanne
13. La production de farine stabilisée de banane plantain : un atout pour les
mets traditionnels (Souleymane Coulibaly/ C.N.R.A. et N’Goran Kouakou/
C.I.R.E.S., Abidjan)
14. Les recherches sur l’igname en Côte d’Ivoire : Bilan et Perspectives (Yaya
Ouattara et Kouadio Koffi Eric ; C.I.R.E.S., Abidjan)
15. L’accessibilité des populations rurales aux soins de santé dans le
département d’Abengourou (par Kouadio Akou AKA ; Université de
Cocody, Abidjan)
16. Projets, échecs et autonomie paysanne : de la démocratie dans le
développement (Michel GALY; Centre d’études sur les conflits,
EHESS/Paris)





14

CHAPITRE I

LA PRODUCTION AGRICOLE ET LES DÉFIS
DE LA SÉCURITÉ ALIMENTAIRE

Crises alimentaires dans l’espace soudano-sahelien

Rôle et impact des politiques agricoles
de la colonisation à nos jours
Bouraïma Alpha Gado
FLSH/Université Abdou Moumouni
Niamey


Dans l’espace soudano-sahélien, la disponibilité des ressources alimentaires
est tributaire des variations climatiques, avec la récurrence de catastrophes
naturelles (inondations, sécheresses, etc.). La région connaît actuellement une
des plus sévères des sécheresses depuis la fin des années 1960. Sans
sousestimer l’impact des autres acteurs, il y a une corrélation entre les années de
sécheresse, le déficit vivrier et les années de crise alimentaire majeure (famine).
• Les premières années d’indépendance ont été caractérisées par des
excédents céréaliers.
• Généralement, de 1960 à 1970, la bande soudano-sahélienne n’a pas
connu de crises alimentaires majeures. Les premiers déficits importants
apparaissent dans les années 1967-1968-1969, au début de la sécheresse.
• À partir des années 1970, à des degrés divers, l’espace ouest-africain a
fait face à des crises alimentaires plus ou moins sévères ; ce sont celles de
1973-73, 1984-85, 2004-2005 et 2010.
Les crises majeures se traduisent par des famines en 1985-86, 1990-91,
1994/95, 1996/97 ; en 2000-2001, on a des crises alimentaires mineures,
souvent à l’échelle locale.
• À partir du début des années 1990 : le tiers de la population de la zone est
en insécurité alimentaire chronique.
• Quelle est la nature véritable de cette insécurité alimentaire ?
• De 1960 à nos jours, quels sont les efforts fournis pour éviter cette
situation ?
• Pourquoi les résultats escomptés n’ont-ils pas été atteints ?

Comme Dominique Gentil (1984), à propos de l’échec programmé des
politiques agricoles de plusieurs pays africains, une des pistes de réflexion, en
guise d’hypothèse de départ, pourrait être la suivante : en Afrique noire, pour le
monde rural, les pouvoirs publics ont rarement pu créer les conditions d’une satisfaction des besoins essentiels de l’immense majorité des populations. . . Si
l’on considère le domaine de la sécurité alimentaire, après 50 ans
d’indépendance, au lieu de promouvoir une sécurité alimentaire durable, ces
politiques et stratégies alimentaires ont au contraire contribué à favoriser la
recrudescence des crises alimentaires et des émeutes de la faim dans plusieurs
pays en Afrique de l’Ouest.
1. Définition de quelques concepts
Depuis l’indépendance, un certain nombre de concepts sont utilisés dans le
cadre de la mise en œuvre des programmes de sécurité alimentaire.
Historiquement, la mise en œuvre de ces concepts correspond à des périodes
plus ou moins précises de l’évolution des politiques et des stratégies de
développement rural. C’est pourquoi, dans le domaine de la sécurité
alimentaire, il est important de connaître la nuance entre un certain nombre de
concepts clés utilisés pour caractériser la situation alimentaire telle qu’elle est
perçue par les politiques et les techniciens. Il s’agit des concepts suivants :
autosuffisance alimentaire, sécurité alimentaire, insécurité alimentaire
(conjoncturelle ou chronique), souveraineté alimentaire, crises alimentaires,
famine.

• La politique d’autosuffisance alimentaire (1973-1984) : C’est une
stratégie adoptée par les chefs d’État africains dans le cadre du plan
d’action de Lagos (1980). Elle exprime la capacité pour un ménage, une
communauté, un pays ou un groupe de pays à satisfaire ses besoins
alimentaires sur la seule base de sa production nationale.
• L’approche « sécurité alimentaire » (1986-2000) : La sécurité
alimentaire est « l’accès de tous à tout moment à suffisamment de
nourriture pour mener une vie saine » (Banque Mondiale, 1986). Avec
les déficits vivriers devenus chroniques, pour assurer la sécurité
alimentaire, les pouvoirs publics ont recours, en cas de nécessité, à des
importations de céréales ; celles, massives, de riz notamment. Mais l’un
des aspects pervers de cette politique est le recours systématique à l’aide
alimentaire au détriment de la production locale. De ce point de vue, la
mise en œuvre du concept de « sécurité alimentaire» a montré également
ses limites si l’on considère, qu’en dépit de cette aide, l’insécurité
alimentaire jadis conjoncturelle est devenue un phénomène chronique.
• L’insécurité alimentaire est la situation dans laquelle les populations
n’ont pas un accès à une nourriture saine, nutritive et en quantité
suffisante, pour faire face aux besoins alimentaires de base.
• L’insécurité alimentaire chronique est celle qui est liée à l’état de
pauvreté structurelle des populationsqui vivent dans un environnement
défavorable ; celui-ci ne leur permet pas d’avoir accès aux ressources
pour satisfaire leurs besoins alimentaires de base.
18 • L’insécurité alimentaire conjoncturelle est liée à des facteurs de risque
beaucoup plus occasionnels et passagers tels que la sécheresse, les
invasions acridiennes, les inondations, les épidémies, etc.
• La crise alimentaire : C’est un contexte de dénuement total des
populations qui ne permet pas de développer des stratégies de survie pour
assurer les besoins alimentaires de base. La crise alimentaire survient
lorsque « les effets de chocs » dépassent les dispositions de prévention et
les capacités d’ajustement des populations face à la pénurie.
• La famine est le dernier stade (la phase ultime) d’une crise alimentaire,
sans possibilité de réponse pour les populations sinistrées.
2. L’héritage colonial
Dès le début siècle, vers 1910, l’administration coloniale, en s’inspirant
d’instances traditionnelles de prévoyance dans les sociétés précoloniales du
Sahel, a institué les greniers de réserve. Ces greniers, que les populations
appelaient « greniers du Commandant », étaient destinés à créer des stocks de
vivres avant les périodes de famine, assez fréquentes pendant la colonisation.
L’administration coloniale, chargée de la surveillance et de la gestion de ces
stocks, obligeait chaque chef de famille à contribuer à la constitution des stocks,
à raison de 100 à 150 kg de grains en moyenne par an. Il était interdit aux
populations d’y toucher sans l’autorisation du Commandant de cercle. En cas de
pénurie, le mil devait en principe être restitué aux populations. Dans la pratique,
les stocks alimentaires servaient davantage au ravitaillement des forces de
sécurité et des agents de l’administration coloniale. Les greniers de réserve
furent ainsi l’une des institutions les plus impopulaires de l’époque. Ils furent
brûlés par les populations dans plusieurs régions, lors de mouvements
insurrectionnels contre les nombreuses prestations obligatoires. Mais ils jetèrent
les bases des Sociétés Indigènes de Prévoyance (S.I.P.). Celles-ci furent, sous la
colonisation, les premières structures pré coopératives en Afrique Occidentale
Française. En Côte d’Ivoire, au Soudan (Mali), en Haute-Volta (Burkina Faso)
et au Niger, elles furent créées au début des années 1930, à la suite d’une grande
invasion acridienne qui dévasta toute la boucle du Niger en 1931-1932 et
provoqua une grande famine. Les S.I.P. devaient « développer l’esprit
d’entraide et de solidarité entre les membres, vulgariser et vendre les produits
agricoles et pastoraux, constituer des réserves et approvisionner les paysans en
semence ; venir au secours des nécessiteux en cas de calamité ».
Ainsi, les greniers de réserve et les sociétés indigènes de prévoyance,
institués pour éviter les crises alimentaires, n’ont-ils pas pu éviter les famines.
Bien au contraire ; à l’époque coloniale, le système d’exploitation despotique
fut accentué. Bien qu’antérieures à l’ère coloniale et malgré leur persistance
après 1960, les famines ont été aggravées par le système coercitif de
l’administration coloniale. Aujourd’hui comme hier, tout système de
19 domination réduit les capacités d’accès aux ressources alimentaires pour les
groupes les plus vulnérables.

Toutes les structures d’intervention de l’État, créées après l’indépendance
pour améliorer les conditions de vie des populations rurales, ont hérité à la fois
du caractère autoritaire et centralisateur de l’administration coloniale. Elles
s’appuient sur l’administration et la chefferie traditionnelle et non sur les
populations elles-mêmes.
3. Les politiques postcoloniales : 1960-2010
Après l’indépendance, dans tous les pays de l’ex A.O.F, les pouvoirs ont
tous placé l’organisation du monde rural au centre de leurs préoccupations
majeures pour garantir une sécurité alimentaire durable. Tous ont affirmé en
faire leur priorité. La perception par les pouvoirs publics de la gestion des
problèmes d’insécurité alimentaire a beaucoup évolué depuis l’indépendance.
L’évolution du contexte écologique, socio-économique et politique, et souvent
sous la pression des institutions internationales, les gouvernements successifs
ont tenté d'appliquer différentes solutions pour faire face à l’insécurité
alimentaire. De l’indépendance à nos jours, on peut distinguer quatre périodes,
subdivisées en deux grandes phases :
3.1. La persistance de l’héritage colonial : 1960- 1972
Au cours de la première décennie postcoloniale, compte tenu des conditions
climatiques relativement favorables, la question alimentaire n’a pas été une
préoccupation majeure des pouvoirs publics. Leur perception de l’insécurité
alimentaire était peu différente de celle du colonisateur ; elle repose sur des
préjugés développés dans la littérature ethnographique attribuant les pénuries
alimentaires à la passivité et à l’imprévoyance des sociétés africaines.
Cette mauvaise appréciation des causes réelles de l’insécurité alimentaire
dans les colonies a conduit à la mise en place d’un certain nombre de structures
de prévention des crises alimentaires. Les grandes orientations stratégiques
étaient :
• l’accroissement de la production des cultures d’exportation, notamment le
café, le cacao, l’arachide et le coton.
• L’absence de politique de développement des cultures vivrières
• La mise en place d’un certain nombre d’unités industrielles et de sociétés
de commercialisation
Cette orientation a très vite montré ses limites avec la grande sécheresse et la
crise alimentaire qui en a résulté au début des années 1970.
20 3.2. La politique d’autosuffisance alimentaire : 1972-1984
La grande sécheresse de 1972-1973 a provoqué une réorientation de la
politique alimentaire ; l’objectif prioritaire fut alors l’autosuffisance alimentaire,
par augmentation de la production céréalière au détriment des cultures de rente.
La politique d’autosuffisance alimentaire fut une politique très volontariste
d’appui au monde rural, pour un « retour » à la production vivrière de masse ;
furent ainsi réalisés, entre autres, de vastes programmes d’aménagement
hydroagricole ou de grands projets d’envergure nationale ou régionale connus
au Niger sous l’appellation de « projets de productivité » :
• La mise en place de projets de développement à grande couverture
régionale ; projets intégrés, projets de productivité (en lieu et place des
projets sectoriels) ;
• la réalisation de nouveaux aménagements hydroagricoles ;
• une politique de soutien aux producteurs ruraux (subventions en intrants,
prix plus favorables, etc.) ;
• une politique nationale de reconstitution du cheptel décimée au cours de
la sécheresse.
3.3. Sécurité alimentaire et plan d'ajustement structurel (PAS) :
19821992
Au lendemain du deuxième grand choc vivrier du début des années 1980, la
politique d’autosuffisance alimentaire a fait place à un autre concept, celui de
sécurité alimentaire.
• Ce nouveau concept se veut plus large, englobant à la fois la production
nationale, les importations commerciales et l’aide alimentaire. Le constat
fait au milieu des années 1980 est amer : la politique agricole pratiquée
est inefficace. On est loin des objectifs visés et les charges récurrentes des
grands projets agricoles sont de plus en plus insupportables pour l’État.
La politique agricole subit le contrecoup du premier programme
d’ajustement structurel du début des années 1980. Car on opte alors pour
une politique de libéralisation marquée par une plus grande
responsabilisation des producteurs ruraux, le désengagement de l’État du
secteur productif et une plus grande participation du secteur privé avec :
la suppression du monopole des Offices céréaliers;
• la libéralisation des prix, la liquidation des établissements publics de
commercialisation et de crédit agricole ;
• la suppression de la subvention sur les intrants et le matériel agricole ;
• l’orientation des projets de développement vers une approche
participative (la multiplication des microréalisations ; l’approche
favorisant la gestion des terroirs, etc.).

21 Le déficit vivrier chronique oblige à recourir, si nécessaire, à des
importations de céréales pour assurer la sécurité alimentaire des populations.
Mais, effet pervers de cette politique, les importations de plus en plus massives
et systématiquesse font au détriment de la production locale. De ce point de vue,
la mise en œuvre du concept de « sécurité alimentaire » a montré également ses
limites si l’on considère qu’en dépit de cette aide, l’insécurité alimentaire jadis
conjoncturelle est devenue un phénomène chronique.
3.4. Les politiques et stratégies alimentaires menées à partir des
conférences nationales (1992)
Le début des années 1990 est marqué par une période d’instabilité politique
et sociale sans précédent (contestations, revendications de la société civile,
rébellions armées, conférence nationale, transition démocratique, conflits
intercommunautaires, etc.). Avec le marasme économique qui s’est installé à
partir de 1990, on enregistra très peu d’investissements visant à améliorer la
sécurité alimentaire des populations. De nouvelles orientations stratégiques en
matière de sécurité alimentaire et les conditions d’amélioration de la sécurité
alimentaire des populations sont alors définies dans plusieurs documents. Ils
mettent l’accent sur la persistance de la sécheresse et la dégradation des
ressources naturelles, sur l’impact de la croissance démographique, sur les
insuffisances d’ordre institutionnel en matière de sécurité alimentaire ; on y
relève l’absence de système d’informations et l’on insiste sur la nécessité de lois
foncières (Code rural) pour sécuriser les opérateurs ruraux. La faible capacité
d’ajustement des ménages ruraux lors des calamités naturelles y est relevée
aussi. Nous nous contentons dans les lignes qui suivent de rappeler, à titre
indicatif, quelques orientations contenues dans les principaux documents de
politiques et stratégies alimentaires publiés depuis 1992.

• Les Principes directeurs d'une politique de développement rural
(PDPDR 1992) :
Les grandes orientations, à partir de la problématique de sécurité alimentaire
dans tous les projets, s’articulent autour de la prise en compte des intérêts de
tous les acteurs ruraux,
• La stratégie opérationnelle de sécurité alimentaire (SOSA, 2000) :
son objectif principal est l'amélioration de manière durable de la sécurité
alimentaire tout en prévenant et en atténuant les crises alimentaires.
• Le programme complet de sécurité alimentaire (PCSA 2000) : il
s’agit d’un programme-cadre de lutte contre l’insécurité alimentaire
élaboré sous l’égide de la FAO.
• La stratégie nationale de sécurité alimentaire (SNA, 2001) : elle
découle du cadre national de stratégie alimentaire adopté par les pays
membres du CILSS. L’objectif à l’horizon2015 est d’assurer à tous, à
tout moment, l’accès aux aliments nécessaires pour mener une vie saine
22 et active en créant les conditions d’une sécurité alimentaire structurelle
durable et en renforçant la capacité de la région en matière de prévention
et de gestion des crises alimentaires.
• La Stratégie de Réduction de la Pauvreté (SRP, 2002) : adoptée par le
Gouvernement du Niger en janvier 2002, cette stratégie prend en compte
l’ampleur de tous les déterminants de la pauvreté. Elle repose sur
l’amélioration des conditions économiques des pauvres à travers des
activités génératrices de revenus susceptibles d’assurer la sécurité
alimentaire. Cette stratégie consacre l’appui au renforcement des
capacités institutionnelles de l’État et de la société civile.
• La Stratégie de Développement Rural (SDR, version2003) :
« L’objectif général assigné à la SDR est de réduire l’incidence de la
pauvreté rurale de 66 pour cent à 52 pour cent à l’horizon2015, en créant
les conditions d’un développement économique et social durable
garantissant la sécurité alimentaire des populations et une gestion durable
des ressources naturelles ». Elle a été conçue pour répondre aux défis
lancés par la stratégie de réduction de la pauvreté (SRP), adoptée en
janvier 2002 et qui a assigné au secteur rural un rôle moteur dans la
croissance économique.

Quel a été l’impact de toutes ces politiques de sécurité alimentaire ? Le
Niger, à partir de 1986 et au moins une année sur trois, connaît un déficit vivrier
plus ou moins important. Depuis le début des années 1990, l’insécurité
alimentaire est devenue chronique.
Conclusion
Comme on le constate, 50 ans après les indépendances, la sécurité
alimentaire des populations reste un défi permanent. La mise en œuvre des
stratégies d’intervention comporte de nombreuses lacunes, notamment dans la
mise en œuvre des politiques, la prévision des risques, la gestion et la
coordination de l’aide octroyée aux populations sinistrées. Toutes ces politiques
ont ainsi montré leurs limites lorsqu’il s’agit de satisfaire les besoins
élémentaires des populations. Pour faire face aux crises conjoncturelles que
provoquent les déficits vivriers, les pouvoirs publics vont mettre des dispositifs
de prévention et de gestion des crises alimentaires qui connaissent des fortunes
diverses selon les États.
Bibliographie et sources utilisées
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de l’Ader » in Au contact Sahara Sahel, revue de géographie alpine (volume II) 1995
pp. 11-20
23 Boumaza N., Participation paysanne et représentation de la notion d’intérêt, in Au
contact Sahara Sahel, revue de géographie alpine (volume II) 1995, pp. 21-30
Chauveau J.P. : « Participation paysanne et populisme bureaucratique », in Les
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Coquery-Vidrovitch C. : Sociétés paysannes du Tiers-monde, Paris Harmattan, 1981,
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Coquery-Vidrovitch C : Afrique noire : permanence et rupture, Paris Payot, 1984.
Conseil National du Développement : Contribution au Symposium Africain sur le
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Conseil National du Développement : L’expérience nigérienne de la Société de
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Dupré G. : Savoir paysan et développement, Paris, Karthala / ORSTOM, 1991.
D’Almeida-Topor H. (éd.) : Les jeunes en Afrique, t. 2 la politique et la ville, Paris,
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Gado B. A et E. Combest : Évaluation des actions de l’UNICEF au Niger, Niamey
1992
JacopJ.- P. et coll. : Les associations paysannes en Afrique, Paris, Karthala, 1994
Mendras H. : Les sociétés paysannes, Paris Gallimard, 1995.
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Sarraut A. : La mise en valeur des colonies, Paris, Payot, 1923.
Banque Mondiale — Niger- Évaluation de la Pauvreté. Un peuple résistant dans un
environnement hostile. Rapport n° 15344-NIR, 28 juin1996.
Boulanger, Michels et De Jaegher : Systèmes d'information pour la sécurité
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Gado B. A. et coll.: Plan national d'urgence du Niger (phase 1) ; Cellule Crise
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Cabinet du Premier Ministre : Stratégie opérationnelle de sécurité alimentaire
(S.O.S.A.)
Cabinet du Premier Minsitre : Cadre stratégique de la politique de prévention et
d’atténuation des crises alimentaires, Niamey, 2004, 36 p.
Cabinet du Premier Minsitre : Le Programme national global de sécurité alimentaire
(PNGSA) 2003 ; 89 pages
24 Cabinet du Premier Minsitre: La Stratégie de Réduction de la Pauvreté (SRP), Niamey,
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Programmecadre. Appui à la Sécurité Alimentaire du Niger ; 2003 ; 26 pages + annexes
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CILSS et coll. : Cadre sahélien harmonisé de suivi permanent de la vulnérabilité ; avril
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Johny Egg et J. Coste: Le mécanisme de coordination/concertation au sein du dispositif
de prévention et de gestion des crises alimentaires au Niger : diagnostic et
recommandations : RESAL ; octobre 2001 ; 39 pages ;



25 Les politiques rizicoles de la Côte d’Ivoire
depuis l’indépendance : bilan et perspectives
Tite Ehuitché BEKE, UFR-SEG,
Université de Cocody, Côte d’Ivoire

Résumé
La Côte d’Ivoire importe 50 % de ses besoins en riz alors qu’elle était
autosuffisante à 80 % environ il y a 30 ans. Le riz est le seul produit vivrier de
base régulièrement peu disponible. Ce constat appelle un examen des politiques
rizicoles suivies depuis 1960. Cette étude a pour objectif de faire le bilan des
politiques suivies depuis l’indépendance et d’examiner les perspectives d’une
relance de la riziculture ivoirienne par les innovations. Après une revue des
politiques rizicoles, l’étude arrive à la conclusion d’un bilan mitigé, la filière
ayant été caractérisée au fil des ans par de fréquentes mutations institutionnelles
et un manque de continuité dans la recherche de l’autosuffisance en riz. Une
analyse économétrique a été menée pour faire des projections de production
rizicole en Côte d’Ivoire. Cette analyse révèle l’importance d’une prise en
compte des innovations rizicoles et des incitations économiques liées à leur
adoption.
Mots Clés
Politique rizicole, Autosuffisance, Perspectives, Innovations, Côte d’Ivoire.
1. Problématique
Avec 66 % de la population active et 38 % du PIB, le secteur agricole
constitue la base de l’économie ivoirienne et sa principale source de croissance
(World Bank, 2007). Les cultures vivrières constituent une composante non
négligeable de l’agriculture ivoirienne tant par la population agricole qu’elles
mobilisent que par les quantités produites et les superficies cultivées. En effet,
le secteur vivrier a fourni une production estimée à 8.000.000 tonnes en 1996 et
occupe 2.300.000 actifs agricoles ; ceux-ci exerçent sur une superficie estimée à
2.120.000 ha. Le secteur représente 13 % du PIB (MINAGRA, 1999).
Dans le sous-secteur céréalier de l’agriculture vivrière, le riz occupe le
premier rang avec plus de 339.000 ha cultivés et une production de 659.000
tonnes (MINAGRA, 2007). La Côte d’Ivoire a pourtant ici un déficit croissant. Aliment de base des citadins, le riz a connu une demande croissante depuis
l’indépendance, à un taux moyen de 6 % ; la production locale augmentant plus
lentement par rapport aux besoins, il a fallu recourir aux importations. La
dépendance de la Côte d’Ivoire vis-à-vis de l’extérieur n’a pas cessé de
s’accentuer, passant de 30 % en 1960 à 68 % en 1983 pour se stabiliser
aujourd’hui à environ 50 % (FAOSTAT, 2007). Il faut ainsi mobiliser plus de
80 milliards de francs CFA par an pour faire face à la demande intérieure
(FAOSTAT, op. cit.). Ce qui accentue l’endettement, fait perdre d’importantes
devises et peut à long terme entraver les politiques de lutte contre la pauvreté et
contre l’insécurité alimentaire (WARDA and REI, 2003).
L’importance économique du riz vient donc de ce que ce produit est un
élément de souveraineté et de stratégie de développement national. Alors que la
plupart des produits vivriers arrivent à répondre à la demande sans mesure
particulière d’incitation et de soutien, le riz est le seul produit vivrier de base
qui pose aujourd’hui problème, bien qu’étroitement contrôlé par la puissance
publique. Il faut donc analyser les politiques suivies depuis 1960 et examiner les
perspectives de relance de la riziculture ivoirienne. Plus spécifiquement, il
s’agit de :
passer en revue les politiques rizicoles en décrivant l’évolution des
tendances de la production et de la consommation de riz ;
évaluer les gains de productivité dus aux innovations rizicoles et faire des
projections sur l’offre future de paddy.
Notre contribution s’organise comme suit : les sections 2 et 3 décrivent et
font le bilan des principales phases de la politique rizicole ivoirienne de 1960 à
la libéralisation. La section 4 montre les tendances de la dynamique de l’offre et
de la demande de riz depuis 1960. La section 5 examine la libéralisation et les
perspectives annoncées. La section 6 expose la méthode d’analyse utilisée pour
évaluer les gains de productivité liés aux innovations rizicoles. La section 7
présente les résultats obtenus.
2. Les politiques rizicoles de la Côte d’Ivoire depuis
l’indépendance
C’est avec les perspectives décennales de 1960-1970 que les véritables bases
de la riziculture ivoirienne postcoloniale ont été définies (Hirsch, 1993).
Toutefois, il est difficile d’identifier le fil conducteur des mesures prises et ainsi
de définir la politique suivie, parce que les institutions en charge de la
riziculture changent fréquemment et les actions volontaristes alternent avec
celles d’un désengagement relatif de la puissance publique.
On peut distinguer cinq (5) phases majeures dans l’évolution de la politique
rizicole depuis l’indépendance.
28 2.1. La période 1960-1970 : début des investissements soutenus dans le
riz irrigué
Au cours de cette période, la part du secteur rizicole dans les investissements
agricoles augmente rapidement, passant de 12 % en 1960 à 47 % en 1966. Cette
part importante des investissements agricoles a pu se maintenir à 40 % jusqu’à
la fin des années 70. Ces investissements massifs étaient essentiellement dirigés
vers l’irrigation dans le nord (à partir de 1963), puis dans le sud (1967).
Au cours de cette période, la S.A.T.M.A.C.I., créée en 1953, était chargée
d’encadrer les opérations de production et de transformation. Elle s’occupait de
la vulgarisation des techniques culturales et des nouvelles variétés mises au
point au début des années 60 (Barthe et coll., 1981).
2.2. La période 1971-1977 : l’âge d’or de la riziculture ivoirienne avec la
SO.DE.RIZ
Le plan quinquennal agricole 1971-1975 accorde une place de choix à la
riziculture ; cette option immédiatement se traduit par la création d’une société
d’État : la SO.DE.RIZ (Société pour le Développement de la Riziculture). Elle
est chargée de la vulgarisation des techniques, s’occupe de l’aménagement
hydroagricole pour le riz irrigué, fait l’encadrement technique, entretient les
infrastructures pour le riz irrigué (Kouamé, 2001). La SO.DE.RIZ est également
chargée d’usiner, d’acheter et de vendre la production de riz sous le contrôle de
la Caisse générale de péréquation des prix.
Elle est ainsi la principale actrice de la production rizicole et agit aussi bien
en amont qu’en aval de la filière. Les actions de la SO.DE.RIZ ont pu faire
baisser les importations de riz à un rythme annuel moyen de 71 % sur la même
période. La valorisation des capacités de production rizicole de la Côte d’Ivoire
jette ainsi les bases de l’autosuffisance en faisant croître significativement
l’offre locale de paddy.
Malheureusement, la SO.DE.RIZ sera victime de son relatif succès. Dès
1976, les problèmes apparaissent. En effet, bien qu’ayant le monopole d’achat
aux producteurs, la société d’État est dans l’incapacité d’acheter tout le riz
paddy des paysans. Une augmentation du prix du riz sur le marché local est
décidée ; elle doit permettre à la société d’équilibrer ses charges d’exploitation.
Mais la mesure n’a pas l’effet escompté. En effet, cette augmentation provoque
une baisse de la consommation et amène à stocker la production de riz usiné.
Pour couvrir ses frais d’usinage, de transport et de livraison, la SO.DE.RIZ
avait besoin d’une subvention d’au moins 52 FCFA par kilogramme, sur la base
du prix de gros fixé à 87 F CFA. Le gouvernement, qui s’était engagé à payer
cette subvention, n’a pas pu le faire en raison de l’insuffisance des recettes de la
Caisse de Stabilisation. Les difficultés financières qui découlent de cet état de
choses s’aggravent avec le refus des banques de continuer de soutenir la
SO.DE.RIZ, qui a déjà une dette cumulée de 26 milliards de FCFA.
29 Finalement, cette société d’État est dissoute en 1977 parce que mise dans
l’incapacité d’approvisionner correctement les circuits de distribution. Avec la
dissolution de la SO.DE.RIZ débute une nouvelle ère, celle du délaissement de
la production locale au profit d’une importation de plus en plus massive.
2.3. La période 1978-1981 : la confusion dans la politique rizicole
ivoirienne
Après la dissolution de la SODERIZ, l’environnement de la riziculture
devint incertain, tant au niveau de la production qu’à celui de la
commercialisation. En effet, la riziculture fut confiée à des sociétés d’État dont
la vocation première était la promotion des cultures de rente traditionnelles
(Café, Cacao, Palmier à huile, Coton, etc.). Ce sont : la C.I.D.T. en zone de
savane, la SATMACI en zone de forêt et la SODEPALM en zone littorale.
Chacune de ces structures s’occupe de la promotion du riz et de l’encadrement
technique dans sa zone d’intervention.
À côté de ces structures régionales de développement, l’État confie la
collecte, l’usinage du paddy et la commercialisation du riz blanc à l’O.C.P.A. ;
et les importations de riz le sont à la Caisse de Péréquation.
La riziculture fut alors totalement délaissée au cours de cette période, la plus
confuse de l’histoire de la politique rizicole ivoirienne. La production de paddy
a chuté pour atteindre son plus bas niveau en 1983.
2.4. La période 1982-1988 : le renoncement à l’autosuffisance en riz
Du fait de la forte baisse des cours mondiaux du riz, l’État opte en 1982 pour
des importations massives et renonce à la politique d’autosuffisance rizicole,
jugée alors plus coûteuse (Phelinas, 1988).
Au cours de cette phase, on privatise la gestion des rizeries, cette politique
s’inscrivant dans le cadre général du désengagement de l’État du secteur
productif, bien que soit alors créée la C.I.D.V. (Compagnie Ivoirienne pour le
Développement des Vivriers) pour remplacer les différentes structures de
vulgarisation. Cette nouvelle création inaugure l’ère de la reprise du
développement rizicole, avec de nouvelles options.
2.5. La période 1988-1995 : de la recherche de l’autosuffisance
alimentaire à la libéralisation
La création de la C.I.D.V. marque la mise en œuvre de la politique
d’autosuffisance alimentaire, qui se substitue à la politique d’autosuffisance en
riz. Elle n’accorde pas explicitement la priorité à la riziculture et à
l’autosuffisance en riz, comme auparavant (Hirsch, op. cit.). À partir surtout de
1991, il s’agit de promouvoir l’ensemble des cultures vivrières et maraîchères.
L’État entreprit, dès 1990, un processus de désengagement devant aboutir à
la libéralisation des prix d’achat du paddy et de vente du riz. L’A.N.A.D.E.R.
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