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La famille, invention humaine ou dessein divin

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Description

Ce qui a fait, au long des siècles passés, le succès de la famille, au point qu’on aurait pu penser qu’il s’agissait d’une réalité immuable qui ne souffrait que quelques déboires, semble s’effriter.
La pression sociale, avec toutes ses contraintes et ses faux semblants a, de tout temps, été un facteur de stabilité de la famille. Les sociétés l’ont bien compris et ont reconnu dans le mariage et la famille une institution à soutenir et à protéger positivement.
Les temps modernes, sous l’influence du christianisme, ont magnifié un autre choix : celui d’un mariage d’amour pleinement consenti et intensément vécu, y compris en ayant donné naissance à des enfants aujourd’hui eux aussi désirés et choisis. Mais une telle union ne risque-t-elle pas, comme on le voit couramment d’être rapidement remise en cause lorsque le cœur n’y est plus ou ne semble plus y être, passagèrement ou durablement.
Il y a là une tension qui perdure à travers les époques : d’une part une institution dominée par les règles de la vie sociale et d’autre part un groupe humain issu du vouloir apparemment libre de deux personnes mues par un amour mutuel. Plus profondément la question s’élargit : La famille est-elle donc une construction de l’esprit, c’est-à-dire une invention culturelle ou n’est-elle pas plutôt une réalité naturelle ? Ou alors, la famille est-elle une création humaine ou le fruit d’un dessein divin ?

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Informations

Publié par
Date de parution 04 mai 2012
Nombre de lectures 0
EAN13 9782312006680
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

La famille,
invention humaine
ou dessein divinSous la direction deVictor Larger et Philippe Despine
La famille,
invention humaine
ou dessein divin
Les éditions du net
70, quai Dion Bouton 92800 Puteaux© Les Éditions du Net, 2012
ISBN : 978-2-312-00668-0Les contributeurs
Berliet Gérard, Prêtre du Diocèse de Dijon, Pastorale des divorcés-remariés.
Bichot Jacques, Économiste spécialiste de la protection sociale, et particulièrement de la
politique familiale et des retraites, Professeur émérite à l’Université Lyon 3.
Blaise-Kopp Françoise, Psychologue clinicienne, Centre Interdisciplinaire d’Éthique,
Université Catholique de Lyon.
Boyance Michel, Docteur en philosophie, Doyen et directeur de l’IPC Paris, Facultés
libres de Philosophie et de Psychologie.
Bonnot Daniel, Diacre du Diocèse de Dijon, responsable local du Centre de Préparation
au Mariage.
Despine Philippe, Docteur en philosophie, Professeur de philosophie en Lycée.
Dion Michèle, Professeur de démographie, Université de Bourgogne, UFR sociologie.
Jacob Pascal, Professeur Agrégé de Philosophie, IPC Paris.
Lamblot Jean, Prêtre du Diocèse de Dijon, Professeur de Théologie au Centre
Universitaire Catholique De Bourgogne.
Larger Victor, Médecin, Docteur en philosophie, délégué épiscopal à la famille du
Diocèse de Dijon.
Raynal (de) Louis, Prêtre du Diocèse de Dijon, Pastorale des Jeunes.
Reniers Dominique, Professeur de psychologie clinique, Laboratoire SHS-CEC – Unité de
Recherche en Psychologie OCeS (Organisation, Clinique et Sujet), Université Catholique de
Lille – Faculté Libre des Lettres et Sciences Humaines.S o m m a i r e
LES CONTRIBUTEURS
SOMMAIRE
INTRODUCTION
LA FAMILLE, QUELLE RÉALITÉ AUJOURD’HUI ?
La famille réduite
La famille élargie
AU RISQUE DE L’ÉCONOMIE HUMAINE, AU SOLEIL DE L’ÉCONOMIE DIVINE, LA FAMILLE
LA FAMILLE, AU RISQUE DES GÉNÉRATIONS
FAMILLE SUE, FAMILLE TUE…
Subversion d’un concept
La compétence et la réponse…
L’auteurité en souffrance…
La famille un point c’est pas tout…
Être parent : ce qui ne va pas sans dire…
Bibliographie
LA FAMILLE PREMIÈRE ÉDUCATRICE : UNE UTOPIE ?
Une définition de la famille
La famille et l’état : la médiation de l’école[12]
La différenciation, fondement de toute société
Au service du bien commun
L’école, lieu de transition
L’école : sanctuaire ou carrefour ?
D’une lettre à l’autre
La place des parents
Une mission en commun
Conclusion
UNE PHILOSOPHIE DE LA FAMILLE,
Introduction
Famille et nature
Famille et morale
L’origine et le fondement de la famille
Conclusion
LA FAMILLE EST-ELLE (ENCORE) NATURELLE ?
Quelles sont les raisons qui peuvent faire penser que la famille ne peut être qualifiée de naturelle
?
Retrouver le sens de la nature ?
Comment dans cette lumière répondre par l’affirmative ?
LA FAMILLE ET LA PERSONNE
Introduction
La Famille Substantielle
La famille comme phénomène culturel
De la famille à la personne
Intimité et famille
La nécessite et la foi
Conclusion
TRANSCENDANCE DE LA FAMILLE ET ANALOGIE TRINITAIRE
Introduction
Recherche anthropologique sur couple et famille
L’analogie avec la relation à dieu
Conclusion
LA FAMILLE, UNE BIBLE EN IMAGE LA FAMILLE, UN SI BEAU MYSTÈRE !
Introduction
Préliminaire : un mystère difficile à déchiffrer
La famille dans le dessein de dieuLe jardin d’eden : gn 1, 27-28.31
Le désert : os 2, 16.21-22
Nazareth : mt 1, 1.16-17
Cana : jn 2, 7-9
Ephese : eph 5, 32
Un faisceau de symboles
Conclusion
UNE HISTOIRE ET EXPÉRIENCE PERSONNELLE DE LA PRÉPARATION AU MARIAGE
Démarrage et évolution de ce service
Quel rôle avons-nous actuellement
auprès des couples ?
Que faisons-nous d’efficace auprès des couples ?
Quelles sont les forces et les faiblesses du cpm actuellement ?
Le nouveau directoire du sacrement du mariage
QUELS APPELS DE DIEU
L’épreuve familiale d’Abram : gn. 16
Les appels de dieu vis-à-vis des conjoints
dans la situation de remariage
Gérard Berliet'
I n t r o d u c t i o n
Victor Larger
En 2011 la Conférence des Évêques de France avait organisé une grande année de la
famille. Un certain nombre d’événements ont eu lieu à cette occasion. C’est dans ce contexte
initial que sont nées les premières universités de la famille.
L’idée fondamentale qui a conduit à la création de ce premier colloque – qui ne sera pas le
dernier sur ce sujet puisque le suivant est annoncé – était d’entreprendre une ré exion
fondamentale sur un objet qui échappe habituellement à la conceptualisation. Il apparaît que,
de nos jours, le discours sur la famille porte essentiellement sur des dimensions
ethnoanthropologique et sociologique. Si la théologie, et notamment la théologie chrétienne,
entretient un discours sur la famille, discours fondé sur la foi et la révélation, la philosophie
moderne, quant à elle, est relativement muette sur cette réalité. On ne peut nier que la famille
soit une réalité tant elle occupe le souci et l’activité des hommes. Malgré tout, les remises en
cause modernes de sa forme traditionnelle font douter de sa nature.
C’est que la famille n’est pas une catégorie philosophique habituelle. Elle n’est pas un
objet conceptuel courant, n’a pas de corps et semble, surtout de nos jours, variable presque à
l’in0ni. Étant tous issus d’une famille, à un degré ou à un autre, chaque homme est totalement
engagé dans une expérience familiale dont il devient dès lors dif0cile de parler autrement
qu’en termes empiriques. Cela explique le recours actuel quasi exclusif aux lois des sciences
humaines pour penser ce groupe humain si particulier. Pourtant, il faut bien le reconnaître, ce
phénomène, cette expérience – cet être ? – qu’est la famille interroge au plus haut point les
hommes de tous les temps.
Il est de fait que la famille est très fortement en question aujourd’hui. Elle l’est non
seulement par une évolution des mœurs, mais aussi, et, peut-être, surtout, à cause d’une
transformation de la pensée. Il n’y a pas de concept de famille établi de façon aussi claire que
celui de personne, par exemple. Malgré tout l’idée de famille a évolué dans le sens commun
tout au long des siècles. Si la famille était, dans les temps anciens, essentiellement tributaire
de nécessités comme l’échange marchant des femmes, la question de la descendance et de
l’unicité du patrimoine…, c’est au 0l de l’histoire du peuple de la Bible et 0nalement avec
l’ère chrétienne qu’elle se révèle pleinement aux hommes comme un vécu fondamental au
cœur de la vie des hommes. Les derniers chapitres du présent ouvrage en montrent le
développement. La famille est le lieu où nait et s’épanouit l’amour entre les hommes, en
regard de l’amour qu’est Dieu. C’est ici que la force heuristique du christianisme se montre
dans toute sa dimension : lever progressivement un coin du voile sur le réel et permettre ainsi
aux hommes de mieux appréhender une dimension de leur existence.
Une certaine évolution de la pensée sur l’homme et sur la vie en société, a conduit à
remettre en question la famille, ai-je souligné ci-dessus. Celle-ci ne serait pas ce que le
christianisme permet d’en voir. Une nouvelle révélation, issue de l’humanisme des lumières
montrerait que d’autres formes de familles sont possibles et donc … souhaitables. En ce sens,
elle occupe une place pionnière dans le constructivisme moderne qui veut faire de tout ce qui
concerne l’homme la chose unique de la science : les organes, l’embryon, l’homme lui-même,
la famille, la vie sociale… Niant tout réalisme de la famille, l’humanisme comme nouvelle «
religion » voudrait que l’amour conjugal, parental, 0lial et fraternel dévoilé par le
christianisme comme étant le suc, le ciment et le fruit véritable de la vie familiale, soit soumis
au bon vouloir d’hommes avant tout caractérisés par leur liberté, cette liberté voulant dépasser
et soumettre le réel. La famille, dans cette perspective, malgré toute évidence, notamment
lorsqu’on envisage la famille dont on est issu, n’est plus un donné, mais un choix. Sa vie
résulte de choix libres, quelle qu’en soit l’outrance. Le donné qu’est le réel n’a qu’à bien se
tenir faute de quoi on le tordra jusqu’à ce qu’il plie, au moins en apparence. Ainsi donc, exit
la différence des sexes, leur union et leur commune responsabilité familiale ; exit la
responsabilité parentale même, exit le lien charnel. Étonnant viva pour les purs esprits que
nous serions donc !
Toute réaction ayant un vis-à-vis actif, on peut se demander si, malgré les outrances
probablement mortelles de la contestation de la famille, cette objection ne pointe pas un
travers réel de la famille telle qu’on la concevait autrefois. Il est de fait que chaque fois
qu’une réaction nait dans la communauté humaine, face à un comportement collectif ou
individuel, c’est tout le groupe ou l’individu qui paraît être remis en cause et non le'
'
comportement en particulier : le particulier tend à dominer l’ensemble et le général. Il semble
que ce phénomène soit celui qui déstabilise tant la famille aujourd’hui. On lui a trouvé, on lui
trouve encore bien des défauts que chacun peut avoir à souffrir dans sa propre expérience ; on
en conclut que la famille est mauvaise en elle-même. Telle est la pente naturelle d’une pensée
imbue d’elle-même. Mais, une saine ré exion empêche de jeter le bébé en même temps que
l’eau du bain. En effet, ce n’est pas parce que la famille a des torts dans ce qu’elle donne à
penser ou à rejeter qu’elle est un objet fantasmatique ou qu’elle n’existe pas ou encore,
puisqu’elle apparait à la plupart comme nécessaire, au moins à la procréation, c’est-à-dire à la
naissance de l’homme, qu’elle n’est qu’une construction humaine, objet unique des modes ou
des découvertes des sciences humaines. On peut ainsi revenir sur la question du pater
familias, du poids de la lignée etc. sans nécessairement attaquer la famille en ce qu’elle est le
milieu naturel de l’amour humain sous toutes ses formes.
La 0nalité des Universités de la Famille est d’explorer non la manière de remettre
globalement en doute la famille, puisque cette démarche se révèle soumise à un jugement a
priori fondé sur un choix antérieur quelque peu subversif parce que très présomptueux, mais
d’accuser réception des remises en question qui lui sont adressées en tant qu’elles sont les
témoins d’une déviation d’un aspect non essentiel de son être. Pro0tant du retournement
parlà opéré, la ré exion ainsi initiée veut mieux comprendre ce qu’est la famille. Distinguant
l’accidentel, on peut espérer mettre en évidence l’essence de la famille. C’est de cette manière
que la première édition des Université de la Famille intitulée La famille, invention humaine ou
dessein divin s’est attachée à explorer la tension entre nature et culture dans la famille. On l’a
compris, il ne s’agissait pas de nier la famille, mais d’en approcher l’essence, non comme un
processus ou comme une structure, mais comme une réalité en quelque sorte consubstantielle
à l’homme, tenant compte de ce que la pensée chrétienne révèle de sagesse et de vérité à son
propos.La famille, quelle réalité aujourd’hui ?
Michèle Dion
Dans certaines circonstances, l’absence, ou la confusion, ou la pauvreté de nos termes
d’appel nous pénalise. Il en va ainsi d’un manque de vocable pour désigner le ou les parents
qui perdent un enfant ; du « beau-père » qui désigne à la fois le père de chacun des époux et
le second époux d’une mère ; des « parents », qui font référence aux père et mère, mais aussi
à l’ensemble de ceux avec lesquels nous avons un ancêtre commun ; de « famille », qui peut
tout à la fois nommer les proches (père, mère et éventuels frères et sœurs) et des ascendants,
descendants et collatéraux. À cela s’ajoute aujourd’hui une utilisation de mots privés de leur
sens d’origine : « célibataire » qui a perdu son sens strict et qui s’applique à une personne
vivant seule quel que soit son état matrimonial ; « conjoint » qui va pour tous, qu’il y ait eu
ou non mariage ; etc.
Pour pallier le manque de netteté qui entoure le mot « famille » on la quali, era tantôt de
réduite (père, mère, frères et sœurs, auxquels on ajoutera parfois les grands-parents), tantôt
d’élargie (les proches et tous les autres).Quel que soit le quali, catif retenu, la famille a connu
de profondes évolutions, en particulier depuis la , n de la Première Guerre mondiale,
eévolutions qui se sont encore modi, ées, renforcées, depuis le dernier quart du xx siècle.
D’ailleurs, plutôt que d’évolution il conviendrait de parler de juxtapositions. En effet,
aujourd’hui vivent côte à côte des familles, pour certaines identiques à celles du début du
siècle dernier, pour d’autres en rupture complète avec la dé, nition traditionnelle du mot
famille. Ainsi, on pourrait presque dire que tout et son contraire peuvent se « dissimuler »
sous le terme de famille. Cette complexité s’est encore accentuée du fait de l’allongement de
ela durée de vie : si au xviii siècle une personne âgée de 20 ans avait déjà mis en terre en
moyenne huit de ses proches (père, mère, frères, sœurs, grands-parents), aujourd’hui, il n’est
pas rare de voir cohabiter quatre, voire cinq générations. Ce qui bien sûr a donné un nouveau
sens à la famille élargie. C’est à travers le prisme des phénomènes démographiques
(fécondité, nuptialité, mortalité) et de leur évolution, que nous apprécierons la réalité de la
famille aujourd’hui.