La robe de psyché

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La plupart du temps, le vêtement parle d'autre chose que de lui-même. Cet ouvrage s'attache à la fonction symbolique du vêtement, de la mode et il questionne le lien au corps, et s'appuie sur Carl-Gustav Jung. "Le vêtement est une conception de soi qu'on porte sur soi", nous dit Henri Michaux.

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Date de parution 01 février 2015
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EAN13 9782336369600
Langue Français

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Catherine Bronnimann

LA ROBE DE PSYCHÉ
Essai de lien
entre psychanalyse et vêtement

Études psychanalytiques










LA ROBE DE PSYCHÉ


Études Psychanalytiques
Collection dirigée par Alain Brun et Joël Bernat

La collectionEtudes Psychanalytiquesproposer un pas veut
de côté et non de plus, en invitant tous ceux que la praxis
(théorie et pratique) pousse à écrire, ce, «hors chapelle»,
« hors école », dans la psychanalyse.

Dernières parutions

Valérie BLANCO,L’effet divan, 2014.
Frédérique F. BERGER,Symptôme de l’enfant, Enfant
symptôme, 2014.
Soti GRIVA,Crimes en Psychothérapie. A-Voros, 2014.
Jacques PONNIER,Adler avec Freud. Repenser le sexuel,
l’amour et le souci de soi, 2014.
Laurence KAPLAN DREYFUS,: À l’écoute desEncore vivre
récits de la Shoah. La psychanalyse face à l’effacement des
noms, 2014.
Stoïan STOÏANOFF-NENOFF,Freudaines,2014.
Francine Hélène SAMAK,De Freud à Erickson. L’hypnose
revisitée par la psychanalyse,2014.
Christiane ANGLÉS MOUNOUD,Aimer = jouir, l’équation
impossible ?, 2014.
Christophe SOLIOZ,: entre dissidencePsychanalyse engagée
et orthodoxie, 2014.
Mina BOURAS,Elle mange rien,2014.
Vanessa BRASSIER,Le ravage du lien maternel, 2013.
Christian FUCHS,Il n’y a pas de rapport homosexuel, ou de
l’homosexualité comme générique de l’intrusion, 2013.
Thomas GINDELE,Le Moïse de Freud au-delà des religions et
des nations. Déchiffrage d’une énigme, 2013.
Touria MIGNOTTE,La cruauté. Le corps du vide, 2013.
Pierre POISSON,Traitement actuel de la souffrance psychique
et atteinte à la dignité. «Bien n’être» et déshumanisation,
2013.
Gérard GASQUET,Lacanpoètedu réel, 2012.

Catherine Bronnimann














LA ROBE DE PSYCHÉ

Essai de lien entre psychanalyse et vêtement






































































































































































































































































© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-05213-7
EAN : 9782343052137







« Ce ne sont pas les choses elles-mêmes,
mais l’opinion qu’ils se font de ces choses
qui tourmente les hommes. »
Épictète



Psyché: c’est la personnification de l’âme, et aussi
l’intégralité des manifestations conscientes et inconscientes
de la personnalité et de l'intellect humain. Psyché est fille
d’un roi. D’une beauté exceptionnelle, elle excite la jalousie
d’Aphrodite et contrairement à ses deux sœurs elle ne trouve
pas d’époux. Ainsi Aphrodite ordonne à Éros de la faire
tomber en amour, mais c’est lui qui succombe, tout en ne
pouvant pas se faire reconnaître. Ils ne se rencontrent que la
nuit et se séparent à l’aube. Les deux sœurs jalouses
complotent et Éros est brûlé à l’épaule. Après de
nombreuses épreuves imposées par Aphrodite, mais aidée
par Amour, Psyché peut enfin épouser Éros.




Liminaire

Le projetLa Robe de Psychése veut un premier pas dans la
démarche du lien entre psychanalyse et vêtement. Cela
représente également un lien entre mes deux mondes, celui
du vêtement (ex-créatrice de mode, de costumes de théâtre
et de cinéma, et professeure de design et d’un cours de
psychosociologie de la mode et du paraître à la haute école
d’art et de design, Genève), et celui de la psychanalyse. C’est
à travers ce lien que j’ai pu tisser ma vie. Cela étant dit, il
s’agit d’un univers théorique peu défriché et j’ai toujours
pensé qu’un tel lien était riche de sens. J’essaye d’apporter un
autre regard sur le vêtement et la mode qui n’est pas celui
d’une grande partie des médias mais qui se veut une unité
entre être et paraître. Christian Lacroix, créateur, nous le dit
en ces termes : « Inventer un vêtement, c’est avant tout offrir
1
son regard en partage. »
Aujourd’hui tout un chacun s’autorise à analyser le
phénomène mode et à porter des jugements sur ses créateurs
et sur ses consommateurs. Pourtant peu d’analyses sérieuses
sont consacrées à l’étude de son fonctionnement, de son
évolution et de son impact sur l’imaginaire et sur les
comportements de l’individu et de la société en général. S’il y
a peu d’études, c’est certainement par le fait que la mode est
essentiellement un sujet auto-référentiel, mais le philosophe
Marc-Alain Descamps propose: «On peut tout apprendre
dans le vêtement : l’histoire, la géographie, l’art, la politique,
les échanges commerciaux, les langues, les religions, la
littérature, la philosophie et bien entendu la psychologie des
hommes, des femmes, des enfants>…@est évident que» Il
2
je ne m’attacherai pas à toutes les parties citées, mais à celle


1
LACROIX, Christian,? Traits et portraitsQui est là, Paris, Mercure de
France, 2004, p. 6.
2
DESCAMPS, Marc-Alain,Psychosociologie de la mode, Paris, PUF, 1979, p.
19.

de la psychologie, et plus particulièrement de la
psychanalyse.
Cette recherche explore des pistes heuristiques différentes
de manière à présenter un document qui énonce des
hypothèses et des conclusions novatrices. Ma volonté est de
participer à une revalorisation des études qui traitent de la
mode et à leur reconnaissance sur le plan intellectuel. Il m’a
semblé opportun de concevoir mon projet comme un essai
de théorisation faisant appel à plusieurs outils de réflexion.
Dans cette perspective, je me suis référée aux analyses et aux
théories énoncées par différents spécialistes pour élaborer
cette étude. Ainsi, à l’évidence, les réflexions développées
dans ce document ne prétendent pas à l’exhaustivité; elles
esquissent une série d’ouvertures possibles autour de grands
thèmes qui permettent de mieux appréhender l’évolution des
attitudes vestimentaires dans la société de demain.
Enfin s’il est relativement courant que les sciences
humaines telles la sociologie et l’histoire de l’art choisissent
le vêtement, la mode ou le costume comme objet d’étude,
qu’en est-il de la psychanalyse ? Les notions de Moi, d’image
du corps ou d’image d’âme peuvent-elles nous permettre de
mieux cerner les comportements individuels ou collectifs en
matière de vêtement? «La vérité et la force de la théorie
psychanalytique résident dans son potentiel explicatif sur le
plan anthropologique, dans les connaissances
universellement reconnues qu’elles nous apportent sur la
3
nature du psychisme humain. »
Cette étude est donc basée sur trois grands axes de lien
(les fondamentaux) entre psychanalyse et vêtement,
c’est-àdire Sigmund Freud et sa seconde topique, le schéma
corporel et l’image du corps, ainsi que l’abord de la
psychologie analytique de Carl Gustav Jung et son Processus
d’Individuation qui est un processus de transformation.


3
KOELLREUTER, Anna,Mon analyse avec le professeur Freud,Paris,
Aubier, 2010, p. 180.

12

x La première partie tente d’apporter un éclairage sur la
fonction symbolique du vêtement et de la mode, tout
ceci en lien avec la seconde topique de Sigmund Freud
(Voir annexe 1). Il s’agit d’éclairer les composantes
sociales et les composantes personnelles ou psychiques
qui ont pour fonction de tenter de rassembler ou de
distinguer. La partie symbolique se compose de trois
fonctions :la parure/protection, la pudeur et la
séduction ainsi que la fonction composée d’un langage
muet (ce que cela donne à voir).
x La deuxième traite du lien au corps avec une brève
approche historique pour éclairer les théories de schéma
corporel et d’image du corps : Cette partie je l’ai articulée
de la manière à différencier l’avoir et l’être d’un corps.
x La troisième analyse le rôle du vêtement dans la
conception globale de la psychologie analytique de Carl
Gustav Jung (voir Annexe 2), dans l’idée d’une voie de
développement individuel, loin des masques et plus près
du cœur. Ce développement nous amène à entrevoir
l’idée d’estime de soi et d’identité.

Il est vrai que le vêtement parle, la plupart du temps,
d’autre chose que de lui-même: il met en scène des
représentations du monde. «L’habillement est toujours une
présentation de soi, et donc un commentaire sur les autres
avec qui on s’assimile ou se différencie.» L’adoptiond’un
4
vêtement ou d’un style contribue ainsi à la construction
identitaire. Les vêtements font donc partie des objets qui
contribuent à la construction de l’individu, en soi et au sein
des groupes auquel il appartient. Comme le précise le
psychanalyste Serge Tisseron, les vêtements «ne renvoient


4
PITT-RIVERS, Julian, "Le Désordre vestimentaire" Actes des Journées
de rencontre des 2 et 3 mars 1979, inVêtement et Sociétés,No 1, Paris,
Laboratoire du Muséum national d’histoire naturelle: société des
Amis du Musée de l’homme, 1981, p. 59.

13

pas seulement à une identité sociale et aux signes distinctifs
qui y sont attachés, ils renvoient aussi à une histoire
personnelle et aux diverses stratégies mises en place par
5
chacun pour se l’assimiler. »

L’état de l’art
Si nous tentons de rapprocher le vêtement de la
psychanalyse, c’est moins par volonté novatrice que par le
sentiment que tout peut venir de là et que tout y ramène.
La question du lien entre psychanalyse et vêtement a
certes déjà été abordée, mais de façon différente. On le voit
dans l’écrit récent de Catherine Joubert et Sarah Stern , elles
6
sont toutes deux psychiatres et analysent certains
comportements vestimentaires de leurs patients ainsi que de
l’image parentale. Le vêtement vu comme lieu du désir et de
l’intime. Elles partent de leurs expériences en clinique et
détaillent à partir de là certains comportements dits
pathologiques.
La psychanalyste lacanienne Eugénie Lemoine-Luccioni
7
pose un regard analytique, basé sur le phénomène de
castration symbolique ; son écrit n’est pas récent, mais reste
d’actualité. «Le vêtement peut être alors ce qui contient et
donne à croire qu’il y a un contenu. Il est la sphère et
l’ombilic. »
8
Juan Pablo Lucchelli a rédigé sa thèse en 2002 et axe sa
9
démarche et son analyse sur le fétichisme.


5
SLADDEN, C., "Les Adulescents et leurs marques: un langage
commun, une révolution commune?" inRepères Mode 2003. Visages
d’un secteur,Paris, Regard, 2003, pp 76-77.
6
JOUBERT, Catherine, STERN, Sarah,Déshabillez-moi. Psychanalyse des
comportements vestimentaires, Paris, Hachette Littératures, 2005.
7
LEMOINE-LUCCIONI, Eugénie,La Robe. Essai psychanalytique sur le
vêtement, Paris, Seuil, 1983.
8
Ibid., p. 81.
9
LUCCHELLI, Juan Pablo,Un fétichisme sans qualités,Thèse de doctorat,
Paris 8, 2002, non publiée.

14

Quant au psychiatre Gérard Apfeldorfer, dans ses
nombreux écrits et ses conférences, il s’est toujours intéressé
de près ou de loin au vêtement et à son lien au corps. Un
lien à un corps souvent décrié dans le monde contemporain
puisqu’il dirige le groupe GROS (groupe de réflexion sur
l’obésité et le surpoids).
Bien sûr dans d’autres textes j’ai retrouvé des passages qui
nous parlent de vêtements, que ce soit dans un lien
symbolique ou analytique. Je pense évidemment à la
contemporaine de Carl-Gustav Jung, Marie-Louise von
Franz, à la Docteur en philosophie France Borel, au
psychanalyste John Carl Flügel. Dans l’esprit de veille
technologique, je me suis inspirée de bien des auteurs pour
étayer mes propos, de façon plus scientifique, et de penser
aux opportunités de développement.

15








Partie 1 :

La fonction symbolique du vêtement
et de la mode



Dans cette première partie, j’aimerais vous parler de
mode en tant que relation sociale et de lien avec l’individu
lui-même.

Chapitre 1 : Le vêtement lu et le vêtement vu

Le vêtement est lu comme marque d’une image sociale et
il est vu comme un révélateur d’une position individuelle. Ce
sont ces deux paramètres que nous tenterons de définir dans
ce préambule. Nous livrerons quelques réflexions sur la
mode en général car ce signifiant, par trop polysémique peut
créer une confusion des attentes. Ces réflexions clarifieront
les enjeux et pourront amener à une meilleure
compréhension de ce domaine qui touche tout le monde car
tout le monde s’habille, ce qui fait que la mode devient objet
d’expertise et tout un chacun s’autorise à analyser le
phénomène mode et à porter des jugements sur ses créateurs
et ses consommateurs.
D’autre part, un lien direct avec des aspects
psychanalytiques émane de cette réflexion. Dans cette partie
ce lien est directement affilié à la seconde topique de
Sigmund Freud (voir Annexe 3).
La psychosociologie de la mode n’est pas un sujet noble,
elle est considérée comme futile car il est clair «que l’on
parle chiffons» . Peu d’analyses sérieuses sont consacrées à
l’étude du fonctionnement de la mode, de son évolution et
de son impact sur l’imaginaire et le comportement des
individus et de la société. Cependant c’est une
psychosociologie de l’imaginaire, notre relation au vêtement
est également déterminée par la représentation. Comme
nous dit le sociologue André Guindon «La sémiologie
s’avère particulièrement utile pour déchiffrer la gestuelle
vestimentaire, cet ensemble de signes qui, consciemment ou
non, exprime avant tout la singularité propre à chaque esprit
incarné de notre espèce que les liens multiples qui nous
unissent les uns aux autres.Le système vestimentaire est un
système de signes. Tout signe est en effet une entité à deux
faces. Le contenu pour le signifié et le contenant pour le

1
signifiant. »La mode a donc une fonction de figuration
sociale et une fonction d’anticipation. Helmut Lang
(créateur) nous dit: "la mode est toujours un miroir de
processus sociaux." Le vêtir devient une gestuelle
d’appartenance et d’individualisation, de représentation et de
transformation qui cherche à établir un équilibre entre le
désir de conformité et le désir de singularité, entre
l’affirmation du présent et la recherche d’un futur meilleur.

Les composantes sociales
La mode est un phénomène social qui s’organise autour
de trois pôles :
- celui du temps ;
- celui du corps ;
- celui de la politique.
Le temps : celui qui passe.
La mode se conjugue au futur et vit dans ses annonces.
« La question que pose la mode ne se résume point à être
ou ne pas être, car elle participe des deux à la fois, elle se
tient constamment sur la ligne de partage des eaux entre le
passé et l’avenir, et nous dispense alors, aussi longtemps
qu’elle est à son sommet, un fort sentiment comme peu
d’autres phénomènes en sont capables. Sa vocation à être
remplacée ajoute un nouveau charme à ceux qu’elle a
2
déjà. Elle n’est pas, sinon en devenir. »
La mode peut donc être définie comme contraire au
présent. En effet, elle vit dans l’avenir. Coco Chanel nous dit
d’ailleurs :"Le génie, c’est de prévoir. Plus la mode est
éphémère, plus elle est parfaite."
La mode se conjugue effectivement au futur, elle est dans
les effets d’annonce et a une vie extrêmement brève; sa


1
GUINDON, André,L’Habillé et le nu. Pour une éthique du vêtir et du
dénuder.Essai, Ottawa, Les éditions du Cerf, 1998, pp. 22-23.
2
SIMMEL, Georg,La Tragédie de la culture,Éditions Rivages,1988, Paris,
ère
(1 éd.1895), p. 102.

20

noblesse pourrait lui venir de là. Oscar Wilde dans unMari
idéalnous dit déjà: "Rien n’est aussi dangereux que d’être
trop moderne, on risque de se retrouver démodé tout à
coup." Les explorations spatiales et temporelles des créateurs
de mode sont le signal d’une tendance qui s’enracine
profondément dans les formes contemporaines de
sociabilité.
L’emploi du futur dans les journaux de mode est un autre
exemple de l’utilisation du mode temps. Les modes, avant de
se réaliser, vivent dans l’imaginaire des lanceurs de mode,
dans les prévisions des rédactrices. Ce mode du futur
s’inscrit bien dansl’ère du désir.
Le corps
L’histoire de la mode est aussi l’histoire des contraintes et
des libérations, du corps vécu et du corps vu, une zone
d’échange. Cette alternance se vérifie également dans les
périodes historiques de la mode. Paul Poiret a libéré la
femme du corset, puis sont venues d’autres contraintes (la
gaine, la minceur, le jeunisme) et d’autres libérations (la
mini-jupe, le tissu stretch). «Un vêtement sert au sujet à
3
occuper un peu plus de place que son corps n’en occupe. »
On peut imaginer des cercles concentriques qui seraient
des enveloppes successives; des plus intimes et moins
partageables aux plus sociaux qui sont clairement des
enveloppes d’identité. Serge Tisseron aborde le thème de
l’individualisation de manière plus personnelle: «La
dynamique du vêtement du dessus – plus sociable – et du
vêtement de dessous – plus intime – raconte l’histoire des
états émotifs et affectifs de chacun, c’est-à-dire à la fois les
4
liens que nous avons et ceux que nous souhaiterions tisser. »
Nous sommes clairement dans ce que je pourrai appeler le
vêtement révélant.

3
BOREL, France,Le Vêtement incarné. Les Métamorphoses du corps,
Mesnilsur l’Estrée, Calmann-Lévy, 1992, p. 22.
4
TISSERON, Serge,Comment l’esprit vient aux objets, Paris, Aubier, 1999,
p. 30.

21

La mode exprime, elle offre au regard, et elle manifeste
des désirs créés chez l’homme par la vie en société.
Le vêtement devient une seconde peau entre soi et les
autres. Il est une carapace qui protège de l’extérieur et une
sécrétion qui permet d’exprimer l’intérieur, de donner des
signes véridiques ou mensongers. «Derrière une apparente
futilité se dévoilent les mouvements intimes et méconnus de
nos désirs. Le vêtement, cette seconde peau, appartient à la
fois au dedans et au dehors, il protège l’espace intime
comme il ouvre sur l’espace social et relationnel. L’habit est
en position de lisière, d’interface entre le sujet et le monde, il
5
peut masquer le sujet ou, au contraire, le dévoiler. »
Les aspects fonctionnels, symboliques sont inscrits dans
ce qui entoure l’enveloppe corporelle et sont des indicateurs
de :
- l’identité professionnelle ;
- l’appartenance à une tribu ;
- les grandes étapes de la vie ;
- le type de loisirs et de sports ;
- le mode de locomotion.

« Lapersonne joue des rôles, tant à l’intérieur de son
activité professionnelle, qu’au sein de diverses tribus à
laquelle elle participe. Son costume de scène changeant, elle
va, suivant ses goûts (sexuels, culturels, religieux, amicaux)
prendre sa place, chaque jour dans les divers jeux du
6
theatrum mundi »
La politique
La mode en tant que phénomène social relève du
politique, c’est-à-dire de l’être ensemble, du pouvoir, de
l’autorité.


5
JOUBERT, Catherine, STERN, Sarah,Déshabillez-moi. Psychanalyse des
comportements vestimentaires, Paris, Hachette Littératures, 2005, p. 8.
6
LANDRY, Géraldine, "Branding games. Modes, marques, magie", in
Le Sociographe,No 17, IRTS, Languedoc-Roussillon, 2005, P. 43.

22

« La mode naît lorsque le vêtement ne se réduit plus à ses
vertus protectrices, elle est politique dès sa naissance. La
mode n’est possible qu’à partir du moment où il y a une cité,
une vie urbaine, une masse organisée et où l’économie de la
survie cède la place à celle du superflu et du luxe. C’est dans
un contexte urbain que peut émerger la dialectique sociale
fondamentale de la mode:se fondre dans la masse ou
sortir du lot, disparaître ou apparaître, se distinguer, être
7
distingué. »Nous parlons actuellement bien de "tribus" qui
se forment (essentiellement chez les jeunes personnes) selon
les goûts vestimentaires qui révèlent une position sociale
voulue. Dans ces "tribus" existent également des personnes
qui vont simplement suivre les leaders.
« L’imitation délivre l’individu des affres du choix, mais le
signale comme la créature d’un groupe, comme le réceptacle
de contenus sociaux. […] L’imitation répond ainsi dans tous
les phénomènes dont elle est un facteur constitutif, à l’une
des tendances fondamentales de notre être, celle qui pousse
à fonder la singularité dans la généralité, accentuant la
stabilité dans le changement. […] Voilà qui cerne les
conditions d’existence de la mode en tant que phénomène
partout répandu dans l’histoire de notre espèce.Imitation
d’un modèle donné, la mode satisfait un besoin d’appui
social, elle mène l’individu dans la voie suivie par tous. […]
Elle satisfait tout autant le besoin de distinction, la tendance
à la différenciation, à la variété, à la démarcation. Et elle y
parvient par le changement des contenus qui imprime à la
mode d’aujourd’hui sa marque individuelle. […] La mode
n’est donc jamais qu’une forme de vie parmi beaucoup
d’autres qui permet de conjoindre en un même agir
unitaire latendance à l’égalisation sociale et la tendance à la
8
distinction individuelle. »


7
LANG, Abigail, S.,Mode & contre-mode. Une anthologie de Montaigne à Perec,
La Ferté-Macé, Editions du Regard, 2001, p. 15.
8
SIMMEL, Georg,op. cit.,1988, pp. 91 - 92.

23

Les créations de mode ont un rôle de médiation et
peuvent nous dire par quel chemin va notre société. Le
sociologue Frédéric Monneyron pose d’ailleurs sur ce
phénomène un regard radical: «Et si, comme j’en ai fait
l’hypothèse>…@, la création vestimentaire anticipe et, dans
une large mesure, détermine les changements sociaux, en
modifiant les images du corps et, par suite, les
comportements qu’elles suscitent, si elle est, pour reprendre
l’expression d’un président de la République, "metteur en
scène du quotidien", alors le couturier, "cet homme qui a de
l’avenir dans l’esprit," mérite toute l’attention de
9
l’observateur social.» Mêmesi cette position ne recouvre
pas complètement notre point de vue, elle a le mérite de
poser une réflexion valorisante tant pour la mode que pour
la création.

L’être humain s’entoure d’objets et de vêtements qui ont
deux fonctions :
- l’une tournée vers le groupe, qui est donc sociale.
Combien d’individus n’adoptent-ils pas un mode de vie
totalement déterminé par leur profession et en assimilent les
attitudes ainsi que les vêtements. Pensons simplement au
ténor qui est dominé par sa voix et qui le montre tant dans
son quotidien que dans son paraître ;
- l’autre tournée du côté de l’individu, qui devient
subjective, car elle s’approprie une fonction sensorielle (par
le toucher), une fonction affective (j’aime ou je n’aime pas)
et une fonction motrice (qui passe par le corps). Associer et
distinguer, telles sont les deux fonctions de base. «On
pourra visiblement obtenir, en s’opposant à la mode, la
même combinaison obtenue en lui obéissant radicalement.
10
Le sentiment d’individualisation. »


9
MONNEYRON, Frédéric,La Frivolité essentielle. Du vêtement et de la mode,
Paris, PUF, 2001, p. 39.
10
SIMMEL, Georg, op. cit.,1988, p. 107.

24

Les composantes personnelles ou psychiques
Pour introduire la partie personnelle et psychique, nous
pourrions dire que le vêtement, l’objet peut nous parler de
quatre modalités :
- il médiatise l’attention et le soin que nous portons à
notre propre personne le narcissisme y est clairement
abordé ;
- il nous permet de manifester nos émotions ;
- il contribue à installer un mode de pensée ;
- il joue un rôle dans notre relation aux diverses formes
de mémoire.

Mimi, une de mes patientes qui a atteint aujourd’hui la
cinquantaine, ne peut toujours pas porter de chemise ou de
polo à col. Cela lui rappelle des souvenirs douloureux. Sa
mère, en effet, l’obligeait à se vêtir de telle manière pour lui
plaire à elle. Ces vêtements prenaient une connotation
positive de "petite fille modèle" et la faisait reconnaître dans
son village comme telle. «Les histoires liées à l’enfance
illustrent quelques-uns des enjeux à l’œuvre dans les choix
vestimentaires des parents pour leurs enfants. L’habit recèle
dans ses fibres la mémoire des premiers soins maternels.
L’enfant est habillé par sa mère, elle-même engagée dans une
tradition familiale, habitée de rêves, d’envies, de
11
frustrations. »Nous sommes donc clairement dans une
réactivation du Surmoi.
L’être humain peut donc prendre conscience que son
existence psychique est inséparable de son rapport à
l’objetvêtement.
Le vêtement couvre et pare le corps humain. Il est le
signe qui sépare l’homme de l’animal. Il est le caractère
fondateur de la socialisation. La société est identifiée à partir
des habits portés et ceux-ci déterminent les comportements.
« Levêtement informe tout d’abord de l’appartenance au


11
JOUBERT, Catherine, STERN, Sarah,op. cit., 2005, p. 9.

25

genre humain. S’habiller est le propre de l’homme.
Supprimez le voile, il invente les lunettes de soleil.
Supprimez le gant, il se vernit les ongles. Supprimez les
12
poches, il invente le sac. »
Le vêtement devient ainsi un ensemble de signes qui
consciemment ou non exprime la singularité propre à
chacun et qui exprime également les liens qui unissent les
individus, les uns aux autres.

« Levêtement peut signaler, entretenir, entraîner,
amenuiser, occulter approfondir, renouveler, interpréter,
neuf grandes divisions de l’homme. Les informations qu’il
peut ou non délivrer portent sur :
- la division par sexe ;
- la division par âge ;
- la division des positions sociales ;
- la division de l’activité ;
- la division des cultures : des différences évidentes (aires
musulmane, occidentale, indienne), des différences
volontairement acquises et imposées : les juifs ;
- les divisions de lieux et de moments: le moment n’est
pas seulement la situation journalière, saisonnière, mais la
situation de l’instant : jour – nuit ;
- la division des états sanitaires: l’attirail des lépreux
s’annonçant crécelle en mai ;
- la division des mœurs ;
- la division des positions politico-idéologiques et
13
religieuses ».

Il s’ensuit deux mouvements : celui d’assimilation et
celui d’accommodation
Ce sont deux psycho-logiques :
- L’une favorise l’enracinement dans le milieu ;

12
YONNET, Paul,Jeux, modes et masses. 1945-1985.,Paris, Gallimard,
1985, p. 307.
13
YONNET, Paul,Ibid.,1985, p. 308.

26