Opération culturelle et pouvoirs urbains

Opération culturelle et pouvoirs urbains

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Ce texte est le récit de la préparation de l'organisation de Marseille-Provence Capitale européenne de la culture 2013. A partir d'une analyse des enjeux de la mobilisation initiale des chefs d'entreprise locaux, des réseaux d'acteurs qui s'en sont saisis et de la gouvernance de MP2013, cet ouvrage propose de questionner les usages politiques des ressources fournies par les grandes opérations culturelles dans la redynamisation des économies urbaines et la recomposition des pouvoirs dans la ville.

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Ajouté le 01 décembre 2014
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EAN13 9782336363325
Langue Français
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Questions contemporaines
Nicolas Maisetti
OPÉRATION CULTURELLEQ ET POUVOIRS URBAINS
QuesQuestions conttions contemporemporainesainesInstrumentalisation économique de la culture
et luttes autour de Marseille-Provence
Capitale européenne de la culture 2013
OPÉRATION CULTURELLE
Ce texte est le récit de la préparation de l’organisation de Marseille- ET POUVOIRS URBAINSProvence Capitale européenne de la culture 2013 (MP 2013). À partir QQQ
d’une analyse des enjeux de la mobilisation initiale des chefs d’entreprise Instrumentalisation économique de la culture
locaux, des réseaux d’acteurs qui s’en sont saisis et de la gouvernance et luttes autour de Marseille-Provence
de MP2013, cet ouvrage propose de questionner les usages politiques Capitale européenne de la culture 2013
des ressources fournies par les grandes opérations culturelles dans
la redynamisation des économies urbaines et la recomposition des
pouvoirs dans les villes.
A n de restituer des logiques conjointes de promotion et de
contestation de ce type de projet, nous décrivons le lien entre sa
conception et des enjeux géo-politiques (la relance de la coopération
euro-méditerranéenne) et territoriaux (la réactivation du projet
métropolitain) sur lesquels l’opération culturelle s’est appuyée. L’éviction
du politique et des opérateurs culturels par les acteurs et les ressources
du marché n’a cependant été ni univoque, ni durable. Les premiers ont
été tentés de s’approprier les dividendes électoraux d’une opération
riche en ressources de légitimation à la veille d’élections municipales.
Une partie des seconds s’est élevée contre ce qui a été perçu comme
une instrumentalisation économique de la culture.
Cette restitution d’une enquête de sociologie politique vise nalement
à comprendre les conditions de légitimation et les luttes autour des
grandes opérations économico-culturelles en milieu urbain.
Nicolas Maisetti est docteur en science politique de l’Université Paris I
PanthéonSorbonne (2012). Sa thèse portait sur l’internationalisation de Marseille. Il est Questions contemporaines
chercheur associé au CHERPA à Sciences Po. Aix-en-Provence.
Série Questions urbaines
ISBN : 978-2-343-04931-1
17 €
Nicolas Maisetti
OPÉRATION CULTURELLE ET POUVOIRS URBAINSOpération culturelle et Pouvoirs urbains
Instrumentalisation économique de la culture
et luttes autour de Marseille-Provence
Capitale européenne de la culture 2013© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-04931-1
EAN : 9782343049311Nicolas Maisetti
Opération culturelle et Pouvoirs urbains
Instrumentalisation économique de la culture
et luttes autour de Marseille-Provence
Capitale européenne de la culture 2013
L’Harmattan Questions contemporaines
Série ‘Questions urbaines’
Dirigée par Bruno Péquignot
La ville est au centre de la vie politique, économique et culturelle de
la modernité. Cette série, dans le cadre de la collection « Questions
Contemporaines » publie des ouvrages qui proposent des réflexions
interdisciplinaires sur la ville.
Dernières parutions
Jean-Pierre LEFEBVRE, Déraison d’État. Déshérence des villes,
2014.
Paul VERMEYLEN, Le temps de la métropole. Agile, créative,
solidaire, durable. Parcours en Europe, 2014.
Jérémy CANO, Mixité sociale et quartier durable : quelles
affinités électives ? Le cas de la caserne de Bonne (Grenoble,
France), 2013.
Fabien VENON, Les Paroisses au défi de la postmodernité.
L’archidiocèse de Montréal, 2013.
Mouna M’HAMMEDI, Habitat de la bourgeoisie marocaine, 2013.
Monique RICHTER, Un projet social pour les quartiers en
renouvellement urbain, Le récit d’une expérience, 2013.Introduction.
L’usage de la culture dans la production des
villes



Le 16 septembre 2008, un jury composé d’experts culturels
français et européens désigne Marseille-Provence Capitale
européenne de la culture pour 2013. « Un équilibre réussi entre
la qualité culturelle, l'engagement politique et le soutien
1économique » assure sa victoire contre ses rivaux bordelais,
lyonnais et toulousains. Cet ouvrage envisage la construction de
ce projet. La candidature sera interrogée comme analyseur de la
production urbaine, que nous définissons comme les processus
matériels de construction d’une ville (édification et rénovation
d’équipements et d’infrastructures) ainsi que les conditions
d’exercice et de transformation des pouvoirs urbains. Plus
précisément, notre ambition sera de comprendre comment des
projets qui combinent régénération des économies locales et
opérations culturelles sont fabriqués et contestés.
Ces enjeux ne sont pas propres au terrain marseillais. Ils
se sont posé dans les expériences passées des Capitales
européennes de la culture, en particulier à Glasgow, Liverpool
2et Istanbul , dans des opérations culturelles adossées à des

1
Ministère de la Culture et de la communication , Marseille, Capitale
européenne de la culture 2013, Communiqué de Presse, 16 septembre
2008. Voir également, Jury de sélection, Désignation de la Capitale
européenne de la culture pour 2013, Rapport de sélection finale,
septembre 2008.
2 Voir respectivement, GARCIA Beatriz, « Deconstructing the City of
Culture: The Long-term Cultural Legacies of Glasgow 1990 », Urban
Studies, 2005, 42 (5-6), pp. 841-868 ; JONES Paul, WILKS-HEEG
Stuart, « Capitalising Culture : Liverpool 2008 », Local Economy,
2004, 19 (4), pp. 341-360 ; et KUYUCY Tuna, ÖZLEM Ünsal, «
‘Urban transformation’ as State-led Property Transfer: An Analysis of
7 projets urbains, comme à Anvers, Bilbao et dans un certain
3nombre de villes britanniques . Nous nous efforcerons de ne pas
négliger « l’esprit des interactions » lorsque nous analyserons
« l’esprit du lieu », c’est-à-dire d’étudier la traduction de
4dynamiques globales dans un contexte spécifique . Le principal
enjeu observé dans ce texte renvoie aux effets politiques et
sociaux de la candidature portée par les élites économiques
locales.
La culture est devenue depuis deux décennies l’horizon
des politiques urbaines visant à rendre les villes « attractives »
et « compétitives ». Elle est un argument de vente des biens et
des services urbains (logement, destination touristique, emploi)
à destination des classes moyennes appelées à remplacer les
classes populaires dans les quartiers historiques. Se référant aux
5travaux de Richard Florida , autant critiqués dans le champ
6académique que célébrés par les élites urbaines, ces dernières

Two cases of Urban Renewal in Istanbul », Urban Studies, 2010, 47
(7), pp. 1479-1499.
3 Voir respectivement MARTINEZ Jose Garcia, « Selling the
AvantGarde: How Antwerp became a Fashion Capital (1990-2002) »,
Urban Studies, 2007, 44 (12), pp. 2449-2464 ; MAC CLANCY, John,
« The museum as a site of contest: the Bilbao Guggenheim », Focal
Journal of Anthropology, 1997, 1(7), pp. 271–278 ; BAILEY Charles,
MILES Steven, STARK Patrick, « Culture-led urban regeneration and
the revitalisation of identities in Newcastle, Gateshead and the North
East of England », International, Journal of Cultural Policy, 2004,
10(10), pp. 47-65.
4
FAURE Alain, « Territoire / Territorialisation », in BOUSSAGUET
Laurie, JACQUOT Sophie, RAVINET Pauline (Éds.), Dictionnaire
des politiques publiques, Paris, Presses de Sciences Po. 2010, pp.
623632.
5
FLORIDA Richard, The Creative Class: And How it’s Transfroming
Work, Leisure, Community and Everyday Life, New York, Basic
Books, 2002 ; FLORIDA Richard, Cities and Creative Class,
Londres, Routledge, 2004.
6
Pour une critique du concept floridien de « créativité » dans les
opérations de régénération urbaine, EVANS Graeme, « Creative
Cities, Creative Spaces and Urban Policy », Urban Studies, 2009, 46
(5-6), pp. 1003-1040 ; PRATT Andy, « Urban Regeneration: from the
Arts ‘Feel Good’ Factor to the Cultural Economy: A case study of
8 s’efforcent d’appliquer les recettes d’une série de prescriptions
prophétiques devant aboutir à l’émergence d’une « ville
créative ». La culture est incorporée par les producteurs du
positionnement de la ville dans la compétition inter-territoriale.
C’est dans ce contexte que se multiplient les initiatives visant à
« vendre la ville » aux investisseurs, aux touristes et à de
nouveaux habitants potentiels correspondant aux cibles floues
que composent les « classes créatives », dotées des propriétés
propres aux fameux (et conformes aux standards de l’expertise
managériale) trois T : « tolérance », « talent », « technologie ».
Ces politiques culturelles de l’attractivité renvoient aux
stratégies territoriales de distinction. L’objectif est de se
démarquer de « concurrents » au sein d’une « compétition des
territoires » pour attirer l’activité économique. Il est aussi de
proposer une présentation de soi valorisante destinée à des
publics-cibles hétérogènes et aux attentes peu compatibles :
touristes, investisseurs, médias, mais aussi populations locales
et clientèles électorales.
À partir de 1985, le Conseil des ministres de la Culture
7de l’Union européenne (UE) attribue le label de « Ville
européenne de la culture » en fonction de critères dont la
formalisation est renforcée à partir de 1992. Une décision du
Parlement et du Conseil européen de 1999 établit un ordre dans
lequel les États-membres accueillent l’événement. Elle précise
par ailleurs les conditions de sélection des villes. Alors qu’une
8seule d’entre elles par an est désignée jusqu’en 2000 , neuf
d’entre elles, dont certaines n’appartiennent pas à un État-

Hoxton, London », Urban Studies, 2009, 46 (5-6), p. 1042 ; et
PONZINI Davide, ROSI Ugo, « Becoming a Creative City: The
Entrepreneurial Mayor, Network Politics and the Promise of an Urban
Renaiissance », Urban studies, 2010, 47 (5), pp. 1037-1057.
7
Sur les labels dans la gouvernance urbaine, voir EPSTEIN Renaud,
« Les trophées de larnance urbaine », Pouvoirs locaux, 2013,
37, pp. 13-18.
8
Athènes (1985), Florence (1986), Amsterdam (1987), Berlin-Ouest
(1988), Paris (1989), Glasgow (1990), Dublin (1991), Madrid (1992),
Anvers (1993), Lisbonne (1994), Luxembourg (1995), Copengague
(1996), Thessalonique (1997), Stockholm (1998), Weimar (1999).
9 9membre, accueillent le label à cette date . En 2001, 2002 et
102004, deux villes sont simultanément désignées . L’évolution
des procédures accompagne l’élargissement du champ d’action
de l’UE dans le domaine de la culture. À partir de la décision du
Parlement européen de 1999, le processus de sélection change
en même temps que le nom du projet. La « Capitale européenne
de la culture » qui remplace la « Ville européenne de la
culture » se restreint aux villes des pays membres. Entre 2005 et
2012, un jury international composé d’experts culturels
désignés à parité par la Commission européenne et
l’Étatmembre concerné désigne la ville hôte. La procédure de
sélection de la Capitale européenne de la culture pour l’année
2013 subit une nouvelle transformation afin de tenir compte de
l’adhésion des pays d’Europe centrale et orientale à l’UE. Les
défenseurs du dossier marseillais ont donc « essuyé les tirs de la
nouvelle procédure », selon les termes d’un membre du comité
de candidature. La nouvelle procédure s’appuie sur les
recommandations d’un rapport commandé par l’UE qui met en
11
évidence le manque d’évaluation des villes Capitales . Ce texte
encourage la compétition nationale et introduit une phase de
suivi entre la désignation et le début de la manifestation. Par
ailleurs, il est demandé aux candidatures de souligner la
dimension européenne des programmations. Les candidats sont
appelés à « mettre en exergue la richesse et la diversité
culturelle en Europe ainsi que les aspects communs des cultures
12européennes » . Dans le cas de Marseille, on verra que ces
deux points (le suivi après la désignation et la contrainte
programmatique) ont eu des effets importants sur la
mobilisation. Enfin, la nouvelle procédure exclut les États-tiers

9
Avignon, Bergen, Bologne, Bruxelles, Helsinki, Cracovie, Prague,
Reykjavik, Saint-Jacques-de-Compostelle.
10
Porto et Rotterdam (2001), Salamanque et Bruges (2002), Lille et
Gênes (2004). En 2003, seule la ville de Graz est désignée.
11
PALMET Robert, European Cities and Capitals of Culture, Study
Prepared for the European Commission, 2004.
12
Ibid.
10 à partir de 2011, Istanbul étant la dernière ville ressortissante
13d’un État non-membre à obtenir le label en 2010 .
14 L’orientation économique et marketing des politiques
culturelles qui accompagne l’évolution du label n’est pas neutre
sur le plan de la composition des pouvoirs urbains, d’une part,
et sur l’expression des critiques, d’autre part. Ces critiques
multiformes ont été exprimées par des artistes, des collectifs
d’habitants ou des chercheurs. Elles reposent sur l’impression
que les ressources locales ne sont pas considérées à leur juste
valeur. Elles expriment une déception face à une mise à l’écart
et une contestation de la normalisation imputées aux projets
supposés mettre au pas une identité, un esprit et une
« culture » qui seraient propres à l’histoire civique du lieu.
Pour comprendre les circuits de l’exportation-importation
des ressources économiques dans le champ des politiques
culturelles, il nous faudra revenir sur la trajectoire du projet et
son articulation avec les contextes locaux, nationaux et
internationaux.
Dans une première partie, nous retracerons les conditions
de l’invention de la candidature. Nous verrons qu’elles sont
liées à de nouvelles formes d’expression des intérêts privés
dans un territoire marqué par la saturation des thèmes du déclin
15et de la concurrence mondiale. Les répertoires d’action
mobilisés par les acteurs privés réunis au sein de la Chambre de
commerce informeront du re-positionnement des élites

13 KUYUCU Tuna, ÖZLEM Ünsal, « ‘Urban transformation’ as
Stateled Property Transfer... » op.cit.
14 Et même « économiciste » au sens de Karl Polanyi qui considère ce
type de raisonnement comme « une équivalence entre l’économie
humaine et sa forme marchande » : POLANYI Karl, « Le sophisme
économiciste », Revue du MAUSS, 2007, 29 (1), pp. 63-79.
15 Un répertoire d’action collective est une notion forgée par Charles
Tilly pour expliquer la variété des modes de mobilisation : grève,
manifestation, pétition, etc. TILLY Charles, La France conteste, de
1600 à nos jours, Paris, Presses de Sciences Po., 1986. Pour une
analyse de l’action collective du côté des élites économiques, voir
ème
OFFERLÉ Michel, « L'action collective patronale en France, XIX -
èmeXXI siècles. Organisation, répertoires et engagements », Vingtième
Siècle. Revue d'histoire, 2012, 114 (2), pp. 82-97.
11 économiques locales qui se font entrepreneurs métropolitains.
Ces observations seront dans un second temps analysées au
regard des successives mises à l’épreuve politique du projet.
Les phénomènes d’appropriation, voire de récupération
politique, ainsi que les ressources investies par les élus
témoigneront de l’impossible mise à distance durable du
politique dans la construction d’une opération de cette
envergure. On tentera d’émettre quelques propositions relatives
à la figure paradoxale du personnel politique local, qui bien que
de « retour en ville », ne revêt pas les traits entrepreneuriaux de
ceux qui sont en capacité de représenter et de défendre un
intérêt collectif.
En quoi la mise en œuvre d’une opération culturelle de
dimension internationale permet de repenser les conditions
contemporaines de production des villes ? Cette question
constituera l’enjeu central de la réflexion.
La candidature de Marseille-Provence à la Capitale
européenne de la culture a mis à l’épreuve le problème de la
coordination de l’action collective dans un espace
politicoinstitutionnel fragmenté. L’hypothèse que nous défendrons est
celle de l’émergence d’une coalition au sein de laquelle
différents groupes sociaux mettent à disposition leurs
ressources alors qu’ils ne partagent ni les intérêts à agir, ni les
représentations qui sous-tendent la production du projet. Bien
connue de l’analyse des politiques publiques, la compétition
16entre coalitions de causes est manifeste dans le cas de la
candidature marseillaise. Si les acteurs économiques locaux ont
dominé le processus décisionnel, les élus locaux et leurs
administrations ont fourni des ressources de légitimation à la
mobilisation tandis que les acteurs culturels, largement
marginalisés, se sont emparés de la candidature pour exprimer
et diffuser une critique de l’exercice du pouvoir urbain. Sur le

16 SABATIER Paul, JENKINS-SMITH Hank (Eds.), Policy Change
and Learning. An Advocacy Coalition Framework, Boulder,
Westview Press, 1993 ; BERGERON Henri, SUREL Yves,
VALLUY Jérôme, « L’Advocacy Coalition Framework. Une
contribution au renouvellement des études de politiques publiques »,
Politix, 1998, 11 (41), pp. 195-223.
12 plan diachronique, une analyse des séquences de la candidature
montrera les secousses qu’elle a subies à la suite de
l’intervention des acteurs politiques qui ont tenté de
s’approprier le projet. Certes rentable lorsqu’elle s’adresse aux
décideurs nationaux ou européens, l’opération a emporté des
effets distincts en fonction des espaces sociaux dans lesquels
elle s’est ancrée et des acteurs auxquels elle s’est adressée.
En premier lieu, l’observation des nouveaux espaces
urbains dédiés aux politiques culturelles montre que la
fermeture des processus décisionnels dominés par les acteurs
économiques a renforcé la tendance à la privatisation de
l’espace public et à l’instrumentalisation marchande et
touristique de la culture. En ce sens, les projets culturels
articulés à la régénération urbaine réduisent considérablement
17les accès démocratiques . Néanmoins, la domination des
acteurs économiques dans la production des politiques urbaines
n’est pas parvenue à neutraliser les conflictualités politiques, ni
à faire taire les critiques artistes et sociales, pour reprendre la
18
distinction de Luc Boltanski et d’Eve Chiapello . Enfin, ce
succès de la candidature auprès du jury européen n’a pas
enclenché un processus d’intégration des intérêts à l’échelle du
territoire marseillais. Au contraire, loin de l’hypothèse de
l’acteur collectif, l’exemple du projet Capitale a manifesté
l’ampleur des recompositions fragmentées du pouvoir urbain.

17
TURNER Robyne, « The Politics of Design and Development in
the Post-modern downtown », Journal of Urban Affairs, 2002, 24 (5),
pp. 533-548.
18 BOLTANSKI Luc, Eve CHIAPPELLO, Le nouvel esprit du
capitalisme, Paris, Editions de Minuit, 2001.
13 1.
Les enjeux multi-scalaires :
pari géopolitique et projet métropolitain



L’opération Marseille-Provence 2013 s’insère dans le triple
contexte de la territorialisation des processus de mondialisation,
des dynamiques d’européanisation des politiques locales et des
reconfigurations de l’échange politique territorial. Ces enjeux
multi-scalaires visibles dans la phase de candidature répondent
aux dynamiques de ré-échelonnement de l’action publique
19urbaine . Ses protagonistes envisagent ces types d’opérations
événementielles comme une contrainte et une ressource du
développement économique. Nous verrons que la candidature
présente deux facettes : géopolitique et métropolitaine.
La mobilisation prend tout d’abord pied dans le contexte
international et diplomatique de la relance de la politique de
coopération euro-méditerranéenne de la France et de l’UE. La
désignation intervient quelques semaines après le lancement de
20
l’Union pour la Méditerranée qui était supposée donner un
nouveau souffle au partenariat entre l’Europe et les pays
riverains de la Méditerranée. Comment les promoteurs de
Marseille-Provence 2013 sont-ils parvenus à présenter leur
projet comme un pari géopolitique ?
En second lieu, l’inscription de l’enjeu métropolitain de
la candidature témoigne du fait que les acteurs économiques ont
imaginé la candidature comme un moyen d’engranger des
recettes économiques à partir de la transformation de l’image
du territoire. Pour les chefs d’entreprise mobilisés, l’échelle

19
BRENNER Neil, « Globalisation as Reterritorialisation : the
Rescaling of Urban Governance in the European Union », Urban
Studies, 1999, 36, pp. 431-451.
20 BAUCHARD Denis, « L’Union pour la Méditerranée : un défi
européen », Politique étrangère, 2008, 1, pp. 51-64.
15 métropolitaine est jugée la plus pertinente pour réaliser les
objectifs matériels et symboliques utilisant la culture dans une
visée économique. Aussi les entrepreneurs initiaux de la
mobilisation ne sont pas des élus municipaux, mais des chefs
d’entreprise d’un territoire au périmètre plus large allant
initialement d’Arles à Toulon, comprenant deux départements
cinq structures de coopération inter-communales et cent trente
communes. À ce titre, on se demandera comment l’opération
Marseille-Provence 2013 a été conçue comme « un projet de
21territoire » .
C’est dans ces perspectives qu’on interrogera la
mobilisation en faveur de la candidature de Marseille-Provence
2013 considérée comme :

- un instrument diplomatique de l’internationalisation du
territoire ;
- un outil de correction de l’image et de renforcement de
l’attractivité internationale de la ville ; et
- un enjeu de la construction d’un pouvoir métropolitain.

1.1 Les enjeux stratégiques internationaux

Avant d’envisager la candidature dans le cadre du projet de
territoire, nous proposons de montrer dans quelle mesure le
label structure des sauts scalaires des cadres de la production de
la ville. La mobilisation pour l’obtention du label illustre les
usages géo-sratégiques des politiques urbaines, résumés ainsi
par un ancien membre de l’Etablissement Public
d’Aménagement urbain et de développement économique

21
Association Marseille-Provence 2013, « Dossier de candidature »,
2008 : « Le rassemblement de ces collectivités autour de la Capitale
européenne de la culture 2013 ne constitue pas un simple montage
institutionnel. La dimension territoriale est au cœur de l’identité du
projet culturel et de sa programmation. (...) Marseille-Provence doit
inventer des formes mettant en scène l’ensemble du territoire, au plus
près de ses habitants. C’est donc bien tout un ‘territoire Capitale’ que
Marseille-Provence 2013 proposera de découvrir aux visiteurs en
2013. ».
16