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Fraternité Matin n°16648 - Du vendredi 19 juin 2020

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Fraternité Matin n°16648 - Du vendredi 19 juin 2020

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Date de parution 19 juin 2020
Langue Français
Poids de l'ouvrage 7 Mo
Série télé ‘‘ Cacao ’’
Assandé Fargass, P. 16 Naky Sy Savané… Vendredi 19 juin 2020 / N° 16 648 www.fratmat.info / FratMat Mobile #129# (orange.ci) Prix: 300 Fcfa • Cedeao : 450 Fcfa • France: 1,70 € PREMIER QUOTIDIEN IVOIRIEN D’INFORMATIONS GÉNÉRALESle retour des cadors Éboulement meurtrier à Anyama
des maisons ensevelies, 13 morts,la voie ferrée coupée PP. 2-3 Le ministre d’État Hamed Bakayoko traduit la compassion du gouvernement aux familles endeuillées Notre reporter raconte le drame.
Coupure de la route de l’Est à Azaguié
La circulation a repris après des travaux d’urgence P. 4
Accès à l’eau potable
L’État décaisse
P. 12
168,2 milliards de F Cfa
pour la région de Gbêkê
PHOTO : SÉBASTIEN KOUASSI Révision de la liste électorale Kobenan Adjoumani(porte-parole duRhdp): ‘‘ Le fusil pour protéger votre candidat, c’est la carte d’électeur ’’ P. 7
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Nation
Éboulement meurtrier à Anyama
Vendredi 19 juin 2020
Une vingtaine de maisons ensevelies, au moins 13 morts
La terre a cédé hier, sous les rails, au quartier Ran d’Anyama, endeuillant de nombreuses familles.
es reportages sur les lieux du drame, ce sont les petites histoires qui sont les plus insoute-leLfacilement. 13 dresse nables. Le bilan, on morts à Anyama.
 Mais qui sont ces per-sonnes ? Quelles sont leurs histoires ? Comment ont-elles passé les dernières heures ? C’est lorsqu’on s’intéresse à ces aspects, que le reporter contient bien souvent difficilement ses larmes…. Quand nous arrivions à Anyama quartier Ran, les forces de l’ordre, appuyées par des agents de la Croix-Rouge et les pompiers civils, sortaient les corps des décombres. L’image de personnes inertes qu’on déterre est insoute-nable. Mais plus encore les pleurs et cris de douleur des familles endeuillées. Comment faire parler des gens dont on comprend la douleur ? Et pourtant, il le faut…
Ces histoires qui font couler des larmes Quand on aborde l’histoire, celle des dernières minutes des victimes, l’émotion nous étreint. Kadhy Diallo, 18 ans, com-merçante, vivait avec ses petits frères au nombre de cinq, sa mère et sa tante. Depuis qu’elle a perdu son père l’année dernière, c’est elle et sa mère qui s’oc-cupent de la petite famille. En vendant au bord de la route. Hier matin, il pleu-
Les maisons situées à côté du chemin de fer ont reçu la motte de terre comme une bombe. La liaison Abidjan-Ouaga par voie ferroviaire est interrompue pour plusieurs jours.(PHOTOS : SÉBASTIEN KOUASSI).
vait et le commerce en bor-dure de route ne pouvait se faire. Cependant, sa mère est sortie tôt pour espérer au moins ramener quelque
chose à la maison. Kady, elle, devait offrir un petit dé-jeuner à ses petits frères.  Elle est donc sortie pour aller acheter du pain. Pain
Ce qui s’est passé es maisons enseve-d’écoulement, les ingé- passage de l’eau de ruis-lies se trouvent dans nieurs des travaux des sellement, accusé de lais-un bas-fond, juste rails ont prévu deux ni- ser passer les eaux sales d’Lun étang. Pour l’élecour.terre, ils ont plan- mur de propice à la culture veaux de protection duvenues d’Anyama ville. du riz ou à l’érectionQui, en plus, inondent leurremblai. Aux abords du vage de poissons aussi. Maisté de la végétation. Pour L’eau ainsi refoulée comme à Abidjan (Anya-stagne, monte et infiltre leéviter l’érosion et à des ma fait partie du grand distances calculées, ils ont remblai dans sa recherche Abidjan), il y a toujours laissé des passages pourde passage. (L’eau n’aime des gens qui vendentl’eau de ruissellement. pas qu’on obstrue sa des terrains inhabitablesNaturellement, ils ne s’at-route.) à d’autres personnestendaient pas que ces en-Attaqué de l’intérieur et qui, elles aussi, aiment droits soient transformés, éprouvé de tous côtés par construire dans des zones des années plus tard, enl’érosion, le bloc de terre à risques, cet endroit dan- habitations. qui fait le support des rails gereux est devenu un Lorsque le phénomène devait forcément céder un quartier. Le pâté de mai- se produit, les humainsjour. Ce jour, c’était hier. sons ensevelies est ados-qui s’installent s’attaquent Terrible bilan. N’imaginons sé à un remblai, une forte aux deux mesures de pro-pas les dégâts si, à l’ins-portion de terre déposée tection. Ils dégagent la vé- tant T, un train venait à là pour construire les rails. gétation, livrant le pan du passer... remblai à l’érosion.B. M. Pour éviter tout risque Ils bouchent ensuite le
qu’elle a eu. Mais qui ne servira à rien. Sous ses yeux, la maison familiale a été ensevelie. Petits frères et tante y sont restés. Kady
n’a pu faire le moindre mouvement et c’est encore sous ses yeux qu’on sort les corps des personnes qu’elle venait à peine de laisser… Elle devrait faire
avec. Mais pour Kady, une autre épreuve l’attend. Sans qu’elle ne sache comment l’aborder : elle devra attendre le retour de sa mère non encore infor-
Elle est allée acheter du pain pour ses petits-frères, à son retour, il n’y avait ni frères, ni maison.
c’est cette jumelle qui l’a fait venir du village. C’est ensemble qu’elles arpen-taient les rues d’Anyama jusqu’à Cocody les II-Pla-teaux, tous les jours, pour
mée… Que devra-t-elle lui dire ? Non, le souci majeur de l’adolescente, sa mère, veuve seulement depuis l’année dernière, supporte-ra-telle tout cela? La pauvre…
à la maison. Hier matin, Mariam est allée juste à la boutique...
vendre des morceaux de pagne. Une activité diffi-cilement rentable quand il pleut. Comme hier matin. Journée fériée donc. Les ‘’ jumelles’’ sont ‘’confinées’’
Vendredi 19 juin 2020
Nation
Donc on a plus de risques. Nous allons continuer la sensibilisation », a-t-il fait savoir, la voix teintée de tristesse.
Hamed Bakayoko :« L’Etat manifeste sa solidarité à la commune et aux familles endeuillées »
Il y avait à cet endroit une vingtaine de maisons. Elles se sont écroulées sur leurs habitants.
e ministre d’État, mi-nistre de la Défense, Hamed Bakayoko, s’est rendu hier sur le yaLma où treize personnes site marécageux à An-ont été englouties suite à un éboulement causé par les pluies diluviennes. De-vant ce drame, le ministre d’État a salué la mémoire de ses concitoyens qui ont péri dans ce glissement de terrain. Il a déclaré que les autorités ivoiriennes expriment leur soutien à Anyama et aux citoyens qui ont perdu la vie dans cet éboulement. « L’État manifeste sa solidarité à la commune et aux familles endeuillées. Nous voulons leur dire que l’État sera à leurs côtés. Cette année, nous avons plus de pluie.
Mariam et sa «jumelle» Quand nous sortons du bas-fond, lieu du drame, nous pensions avoir eu as-sez d’émotions. D’histoires insoutenables. Au pied de la colline qu’il faut escala-der avec une extrême vigi-lance pour ne pas glisser, nous trouvons, littéralement étalée au sol, Mariam Sas-si, 32 ans. Elle pleure à chaudes larmes. Elle vivait là, avec une amie. Celle qu’elle appelle sa jumelle. Elles font tout ensemble et
Il n’avait que quelques frac-tions de secondes. Hélas, ce n’était pas suffisant. Le bloc de terre fonçait à une vitesse terrible. Sous ses yeux aussi, toute sa famille y compris le bébé qu’il attendait, a été ense-velie. La vie de Salif Traoré aujourd’hui ? Est-ce qu’il en a encore une ?
Hamed Bakayoko a fait cette déclaration au sor-tir d’une réunion, à la sous-préfecture d’Anya-ma, avec le ministre de la Sécurité et de la Pro-tection civile, Vagondo Diomandé, le préfet d’Abi-djan, Vincent Toh-Bi, et le maire de la commune, Amidou Sylla. Ces der-niers qui s’étaient rendus un peu plus tôt, dans la matinée, sur le lieu de la tragédie, ont fait le point de la situation et le bilan de ce sinistre
Un éboulement, et le drame «Combien de personnes habitaient sous ces herbes «. La question est d’un officier de police. Nous sommes à Anyama der-rière rails. Entre les rails justement et une zone ma-récageuse, celle située au carrefour du corridor. La question de l’officier, incompréhensible de loin, traduit la lecture difficile de ce qui est nommé dans le langage militaire, le théâtre des opérations. Il y a devant nous, une motte de terre fraîchement détachée de la colline. A droite, une bande de maisons. C’est là qu’ha-bitent les témoins ocu-laires. A gauche, une autre couche de terre recouverte d’herbes. «Où il y a la terre recouverte d’herbes, ce sont des maisons.
KANATE MAMADOU
On vend, loue et achète le danger ! haque fois, Anne administrations, mairies et Ouloto dit ça, quit- directions de la construc-tez les zones, netion et de l’urbanisme, qui C mettez pas vos vies ont vendu ces terrains. en danger. Mais onDans quel état d’esprit dirait que les gens n’entrouvent ces agents- se tendent pas quand on quand il y a des morts sur veut les sauver. Com- des sites à ne pas habiter ment peut-on vivre dans ? un endroit pareil ? » Un Les questions vont aussi des secouristes n’a pu à l’endroit des personnes hier, contenir sa colère. qui ont bâti et mis en lo-Il avait des difficultés àcation ces maisons, en convaincre les personnes fait des mouroirs. Les d’évacuer le site. Leurspropriétaires vivent tran-voisins sont morts, maisquillement dans d’autres ils ne semblaient pas quartiers. pressés de partir. En dernière position, les locataires. Certes, il y a Chaque fois qu’on se re-des problèmes de loge-trouve devant des morts ments à Abidjan mais dans des conditions aussi quand même…On loue atroces, on pense à ceux une maison pour y vivre. qui continuent encore Pas pour mourir. d’habiter des zones dan-B. M. gereuses. On pense à ces
Il voit mourir ses enfants et sa femme enceinte Les yeux de Kady sont aussi pleins de larmes que ceux de Salif Traoré, lui aussi exerçant un petit commerce pour nourrir sa petite famille. Composée de deux enfants et d’une femme enceinte. Il pleuvait le matin mais Salif Traoré a voulu ‘’forcer’’ pour aller écouler au moins un article. A peine a-t-il mis les pieds dehors qu’il a entendu un bruit assourdissant. La terre venait de se détacher et fonçait tout droit sur sa mai-son. Il a bondi, touché à la porte pour alerter les siens.
Elles étaient un peu plus hautes». Ces maisons entièrement ensevelies ont été arra-chées du sol et projetées à une dizaine de mètres. Où, elles aussi, ont écrasé d’autres maisons. Jusqu’à 14h, les services de se-cours de la police, des pompiers, civils et mili-taires de la Croix-Rouge et de l’armée étaient encore à la recherche de personnes ensevelies. 13 corps sor-tis des décombres ont été enlevés par les services funèbres. C’est hier matin, aux en-virons de 9h qu’il y a eu l’éboulement qui a enseveli ces maisons. La voie fer-rée est coupée. Les rails ont perdu le ter-rassement. Désormais suspendus tels des câbles, ils ne permettent plus de circulation de train
BLEDSON MATHIEU
D’énormes moyens de secours ont été déployés.(PHOTOS : SÉBASTIEN KOUASSI).
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