La politique audiovisuelle extérieure de la France : rapport au ministre des affaires étrangères

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Après un panorama du paysage audiovisuel mondial, bilan de l'action audiovisuelle extérieure de la France (action des opérateurs publics spécialisés, des diffuseurs publics nationaux et des opérateurs privés) qui fait apparaître une certaine dispersion des moyens, une orientation trop exclusivement francophone et une inadaptation des moyens budgétaires.& Puis, présentation de dix orientations pour l'action audiovisuelle extérieure (élargissement des cibles, diversification du contenu des programmes, création d'une chaine de télévision française internationale, recentrage de CFI...) et de onze propositions pour la mise en place de la politique audiovisuelle extérieure de la France (renforcement du CAEF, loi de programme pluriannuelle, création d'une Agence audiovisuelle internationale, création de deux holdings, France International Télévision et France International Radio, transformation de TV5 en TV5 Francophonie, suppression de la SOFIRAD...).

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Publié le 01 décembre 1996
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Langue Français
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RemerciementsReemcreiemtns
Pour respecter la mission que m’a confiée le ministre des Affaires étrangères, ce rapport a été rédigé en trois mois. Je tiens à exprimer ma profonde gratitude à MM. Jean Rouilly et Jean-Marc Virieux pour l’aide efficace et le remarquable concours qu’ils ont bien voulu m’apporter tout au long de l’élaboration de ce rapport. Mes remerciements vont aussi à : – M. Stanislas Lefebvre de Laboulaye, conseiller des Affaires étrangères, Directeur de l’action audiovisuelle extérieure.; – MmeMarie-Christine Saragosse, administrateur civil, sous-directeur à la Direction de l’action audiovisuelle extérieure.; – M. Laurent Burin des Roziers.; – et aux collaborateurs de cette Direction. Ils vont également à MmeMartine Biéri pour son travail de dactylographie.
Remerciements
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Dans le droit fil des recommandations des rapports de M. Michel Péricard (1987) et de M. Alain Decaux (1989), les initiatives de l’État ont été nombreuses, depuis la création du CAEF, en 1989, qui conduisent à ce résultat : fin 1995, les ondes et les images françaises sont reçues partout dans le monde, ou presque, même si leur impact, difficile à évaluer, est inégal : heureux dans certaines régions du monde, comme l’Europe, la Méditerranée et l’Afrique.; insuffisant, voire insatisfaisant, en Asie, en Amérique latine et en Amérique du Nord.
Les deux rapports auxquels la politique audiovisuelle de la France doit ce nouvel élan ont accrédité cette idée, que nul désormais ne conteste : l’action audiovisuelle de la France, hors de l’Hexagone, est un aspect important, voire primordial, de notre politique étrangère. C’est de son efficacité que dépendront, pour l’essentiel, la place et le prestige de la France dans le monde.
La présence des ondes et des images françaises, au-delà de ses frontières, confère à la France, objectivement et subjectivement, son statut de puissance mondiale. Cette présence constitue, en d’autres termes, à la fois l’indispensable appui et le signe symbolique de la place que la France entend occuper dans le monde, parmi les puissances mondiales, du rayonnement dont elle peut tirer parti, et qu’elle peut assurément escompter, en dépit de la nouvelle donne internationale, ou plutôt grâce à elle.
Pourquoi parler alors, en 1995, à propos de notre action audiovisuelle extérieure, d’une relative «.incohérence.», d’une absence de «.lisibilité.» ou de «.visibilité.de la politique conduite dans ce domaine» par le ministère des Affaires étrangères.? De ce «.bricolage.» auquel il faudrait mettre un terme par la détermination d’une «.stratégie.» plus globale, plus attentive aux effets conjoints de l’évolution des techniques et du nouvel état du monde.?
Non pas, sans doute, par le besoin de rappeler les enjeux de cette politique, ni les pouvoirs accrus des géants de l’audiovisuel et de l’informatique. Ni par la tentation de céder aux vertiges de la table rase,
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devant les prouesses de la technique et les promesses de ses devins. Mais plutôt par le souci de mieux considérer les évolutions du paysage audiovisuel mondial, d’y évaluer de façon moins incertaine les atouts et les handicaps de la France, de lui permettre enfin de ne pas défendre ses positions et ses prises de position dans le monde, demain, avec les armes d’hier ou d’avant hier.
La France n’a pas d’autre choix : face aux menées des géants internationaux ou mondiaux de la communication, elle doit tout entrepren-dre, sans gaspillages et avec pragmatisme, avec une détermination bien arrêtée et sans négliger aucun concours, pour être, partout dans le monde, mieux écoutée et plus souvent regardée.
L’enjeu est d’une importance primordiale. Il ne concerne rien moins que l’avenir de la France dans le monde, dans cette volonté qui la distingue, aux yeux des autres plus qu’aux siens, d’être une «.nation littéraire.puissante peut être, et surtout trop consciente de ce» : trop qu’elle doit à ses artistes, à ses écrivains et à ses philosophes, pour être une nation comme les autres.; suffisamment convertie en tout cas, quoique tardivement, aux vertus de l’échange et de la société ouverte, pour ne plus prétendre être la seule terre d’élection pour les arts et les lettres, la République universelle des esprits.
Cet enjeu est désigné par une inquiétude, tantôt inavouée, tantôt ostentatoire : cette inquiétude ne concerne rien d’autre que la crainte de nos concitoyens de ne plus être, demain, identiques à eux-mêmes, ou de ne plus se sentir chez eux, là où pourtant ils sont nés, pour avoir subi le matraquage insidieux ou brutal des médias venus d’ailleurs. Plus la communication se mondialise, plus grand est le besoin de se sentir chez soi quelque part. Plus nombreuses sont ces œ uvres dont la carrière est internationale, –les films ou les feuilletons, les informations d’actualité au même titre que les grands documents –, plus pressant devient, pour chacun, le besoin de défendre ce qui, à ses yeux, risque d’être submergé ou subverti, et dont il se croit, à tort ou à raison, le dépositaire exclusif.
Là réside la seule ambition, que doit servir une volonté déterminée : faire découvrir ou faire mieux connaître la France, à travers ses œ uvres et ses entreprises, sa langue, sa littérature et ses créateurs, sans oublier par conséquent le français ni les Français, et sans négliger jamais la singularité de son message politique. L’ambition, en un sens, se confond avec les moyens de la satisfaire comme avec les fruits de son action : il s’agit toujours de cultiver «.le désir de France.», de le faire naître ou de le nourrir. Les positions économiques et politiques de la France seront d’autant mieux défendues, à l’extérieur, qu’elle y sera plus désirée, plus admirée ou plus aimée.
Ainsi définie, l’ambition de la France pour l’audiovisuel extérieur permet de mieux poser la question des instruments et des modalités de l’action publique : Pour qui.? De quelle façon.? Quels sont, en d’autres termes, les publics qu’il faut s’efforcer d’atteindre, en priorité.atteindre ces publics, avec quels médias? Comment .? Comment
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enfin capter leur attention, comment leur «.plaire.» et les séduire, avec quels programmes.? Pour satisfaire cette ambition de la France d’être ainsi pré-sente, grâce à l’«.audiovisuel.», au-delà de ses frontières, les actions à mener sont diverses, infiniment plus diverses qu’elles ne l’ont jamais été, l’évolution de la technique et le nouvel état du monde favorisent considérablement la multiplicité et la diversité de ces actions.; elles peuvent désormais être plus ajustées que jamais aux différents publics susceptibles d’être atteints ainsi qu’à leurs exigences respectives, toujours plus grandes et plus sélectives, à mesure que les technologies permettent d’y répondre. Les médias, en tant que techniques, ne sont plus les maîtres du jeu : ce sont ses progrès eux-mêmes qui ont rétabli la technique dans son statut de servante. Avec le numérique, l’audiovisuel passe de l’âge du «.prêt-à-porter.» à celui du «.sur mesure.». Les actions audiovisuelles de la France, au-delà de ses frontières, ont tout à gagner à jouer la carte de la multiplicité et de la diversité. Ces actions serviront d’autant mieux l’ambition nationale qu’elles obéiront davantage aux lois de l’offre et de la demande, qu’elles seront plus attentives, si l’on préfère, à l’infinie variété des curiosités, des attentes ou des espoirs, à l’endroit de la France, de ceux qui vivent plus ou moins loin de ses frontières, les Français à l’étranger comme les diverses diasporas de la francophonie, les franco-philes, qu’ils soient modérément ou parfaitement francophones au même titre que les autres, amateurs ou saisonniers de la francophilie. De la présence de la France dans le monde, par ses informa-tions, par ses images, par ses œ uvres, il ne suffit plus, aujourd’hui, de préserver ce qu’il en reste. A jouer quitte, la France perdrait. Il faut doubler la mise. Puissions-nous, dès aujourd’hui, saisir les occasions qui nous sont offertes par l’évolution du monde et par les progrès de la technique. Demain, il sera trop tard.
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Première partie
Les nouveaux défisLes nouveaux défisPremière partie
Le paysage audiovisuel mondial a changé davantage, depuis 1990, qu’il n’avait changé pendant les vingt années qui ont précédé la chute du mur de Berlin et l’essor de la télévision par satellite. Sous l’effet conjugué des nouvelles techniques et de l’évolution du monde, ce paysage, qui n’est plus seulement celui de la radio et de la télévision, changera davantage encore, d’ici à l’an 2000, qu’il ne l’avait fait depuis 1990. La mondialisation, ou mieux, la «.globalisation.» – un dévelop- c’est-à-dire pement international pluri-médias accompagné de l’intégration verticale des différentes activités de la communication, depuis les équipements jusqu’aux contenus – constitue ce défi que la France doit relever : non pas une malédiction, mais une chance.un espoir qui requiert de l’ardeur; et qui ne doit exclure ni l’intelligence des circonstances ni l’habileté, afin d’en tirer le meilleur parti.
Les facteurs d’évolution du paysage audiovisuel mondial
Le monde est entré, depuis quelques années, dans une ère de libéralisation de l’économie avec la suppression progressive de certaines barrières douanières et réglementaires entre les pays, l’essor de l’écono-mie de marché et la privatisation des entreprises de communication.
Même si, à l’issue de la négociation du GATT, l’Union européenne a réussi à faire reconnaître que l’audiovisuel n’est pas un service comme les autres, bénéficiant de règles spécifiques, ce que l’on appelle «.l’exception culturelle.», la tendance lourde est à la déréglemen-tation de tous les secteurs d’activité de la communication.
Cette évolution est rendue inéluctable par les facteurs techni-ques – comme le satellite – qui ne connaissent pas de frontières et par la preuve définitivement administrée, que l’économie de marché, fondée sur la libre entreprise et la concurrence, où le consommateur est roi, est le moins mauvais des systèmes et que tous les dirigismes conduisent à l’inefficacité et à l’étouffement de toutes les libertés.
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Les facteurs techniques La mondialisation de la circulation de l’information et la globalisation des marchés La mondialisation de la communication présente deux aspects complémentaires. La recherche d’abord, par les télévisions – et les banques de données –, à l’image des radios internationales, d’un public dépassant les frontières d’un seul État ou celles d’une zone linguistique. C’est la fin annoncée du repli sur soi, que ce soit pour des groupes ou des nations : l’avènement des réseaux coïncident avec la fin des «.sanc-tuaires.». La conjugaison ensuite du triomphe, partout, de l’économie de marché, avec l’internationalisation de la communication, a pour effet de favoriser l’essor de groupes transnationaux, toujours plus puissants, spécialisés dans la communication. Les batailles, sur ce terrain désormais unifié par la libéralisation de tous les marchés, aussi bien ceux des programmes, que ceux des réseaux et des équipements, sont impitoyables, à la mesure des masses critiques atteintes par ces groupes.L’essor de ces oligopoles désigne clairement les enjeux et détermine les choix qui ne manquent pas de s’imposer aux collectivités nationales et internatio-nales, mais aussi à ceux qui les dirigent. L’interrogation est de taille : comment concilier cette mondialisation de la communication, aujourd’hui irréversible, avec la volonté, spontanée ou déraisonnable, de se protéger de l’extérieur.?
Après la fracture des années 1989-1991, la course à la puissance, sous-tendue par le progrès des technologies et l’internationali-sation des échanges, désigne un nouvel enjeu : la conquête des marchés mondiaux, tant dans le secteur des programmes que dans celui des équipements et des réseaux. Trois acteurs principaux s’affrontent sur le même terrain : l’Amérique du Nord, l’Asie et l’Europe de l’Est.
Dans le domaine de l’audiovisuel, la mondialisation est accélérée par le progrès technologique. maintenant, la télévi- Jusqu’à sion, diffusée par des réseaux hertziens terrestres ou par le câble, et la radio diffusée principalement par ondes longues ou moyennes, pouvaient être contrôlées par les États. Ces dernières années, le développement spectaculaire de la technologie satellitaire a permis d’arroser des conti-nents entiers à partir d’une multitude de satellites de moyenne puissance, avec des coûts de réception qui n’ont fait que diminuer.
Or, ces satellites peuvent être lancés par n’importe quel pays et alimentés par des programmes venant de partout. Le rétrécissement des antennes de réception – celle de Canalsatellite numérique ne dépassera pas 45 cm – conduira à une multiplication des installations, ce qui, à terme, pourrait rendre difficile toute réglementation de celles-ci.
Dans le domaine du câble et du satellite et, plus particulière-ment en matière de réception directe par satellite, un élément majeur est intervenu en 1994, avec le lancement de Direct-TV aux États Unis, filiale du groupe Hughes, lui même filiale de General Motors. Direct-TV propose environ 150 chaînes : plus de 60.% de ses abonnés habitent des régions
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Première partie