Rapport du Gouvernement au Parlement relatif au bilan et aux orientations de la politique du handicap

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La loi n° 2005-102 du 11 février 2005 pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées, prévoit dans son article 3 que le Gouvernement dépose, sur le bureau des assemblées parlementaires, à l'issue des travaux de la Conférence nationale du handicap, après avoir recueilli l'avis du conseil national consultatif des personnes handicapées (CNCPH), un rapport sur la mise en œuvre de la politique nationale en faveur des personnes handicapées (article L. 114-2-1 du code de l'action sociale et des familles). Tel est l'objet du présent rapport qui fait suite à la première Conférence nationale du handicap qui s'est tenue le 10 juin 2008, conformément aux dispositions prévoyant la tenue de cette conférence tous les trois ans.

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Publié le 01 février 2009
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Rapport du Gouvernement au Parlement relatif au
bilan et aux orientations de la politique du
handicap






















Secrétariat d’Etat chargé de la Solidarité
12 février 2009 2 SOMMAIRE
INTRODUCTION...............................................................................................................................7
LA COMPENSATION DU HANDICAP, ACQUIS ESSENTIEL DE LA LOI DU 11
FEVRIER 2005..................................................................................................................................11
1. LE DROIT A LA COMPENSATION DES CONSEQUENCES DU HANDICAP PAR LA SOLIDARITE
NATIONALE EST DEVENU UNE REALITE.............................................................................................11
1.1. Le droit à compensation conduit à mobiliser une palette de réponses diversifiées.............11
1.1.1. Une nouvelle approche reposant sur la notion de projet de vie.................................11
1.1.2. La PCH, instrument essentiel du droit à compensation.............................................13
1.1.3. Le développement de l’offre en établissement et services, autre facette du droit à
compensation .......................................................................................................................16
1.1.4. La qualité de l’offre de services concourant à la compensation a été améliorée par
les actions de la CNSA et de l’ANESMS ............................................................................21
1.2. Les MDPH mettent en œuvre le droit à la compensation au bénéfice des personnes
handicapées .................................................................................................................................22
1.2.1. Un interlocuteur unique de proximité au service des personnes handicapées...........22
1.2.2. Après une période de transition, leur mise en place est désormais réalisée ..............22
1.2.3. La CNSA a apporté un important appui à la constitution et au développement des
MPDH..................................................................................................................................29
1.3. La CNSA contribue à plusieurs titres à la mise en œuvre du droit à la compensation .......31
1.3.1. Un nouvel acteur original aux missions multiples.....................................................31
1.3.2. Le financement des prestations liées à la compensation ...........................................32
1.3.3. Le pilotage budgétaire et financier des établissements sociaux et médico-sociaux ..32
1.3.4. L’amélioration de l’accès aux solutions de compensation ........................................33
2. LE GOUVERNEMENT SOUHAITE POURSUIVRE LE DEVELOPPEMENT DE LA MISE EN ŒUVRE DU
DROIT A LA COMPENSATION .............................................................................................................34
2.1. Les prestations sont appelées à évoluer ..............................................................................34
2.1.1. La PCH sera ajustée pour mieux couvrir les besoins de compensation des
personnes handicapées.........................................................................................................34
2.1.2. Les principes de convergence et de suppression des barrières d’âge trouveront leur
concrétisation dans le cadre du cinquième risque................................................................36
2.2. La création de places en établissements bénéficiera d’un nouvel élan ...............................39
2.2.1. Le Gouvernement s’est engagé à réaliser un plan pluriannuel de création de places,
marqué par une forte amélioration qualitative.....................................................................39
2.2.2. Le plan tient compte de la nécessité de renforcer l’équité territoriale.......................42
2.2.3. Le plan sera complété par une action particulière en direction des personnes
handicapées accueillies en Belgique....................................................................................43
2.2.4. Cet effort s’appuiera sur les leviers offerts par la création des agences régionales de
santé (ARS)..........................................................................................................................44
2.2.5. Le développement de l’offre s’appuie sur un plan des métiers au service des
personnes âgées et handicapées pour permettre les recrutements indispensables à
l’amélioration de la prise en charge.....................................................................................45
2.3. Un accent particulier est mis sur la compensation de formes spécifiques de handicap......46
2.3.1. Le polyhandicap et les handicaps rares .....................................................................46
2.3.2. Le second plan autisme 2008-2010 ...........................................................................46
2.3.3. Le Plan Handicap visuel 2008-2011..........................................................................48
2.3.4. La poursuite des efforts en faveur du handicap psychique........................................48
2.3.5. L’adaptation des modes d’accompagnement des personnes traumatisées crâniennes49

3 2.4. Les MDPH seront réformées pour leur permettre de remplir l’intégralité de leurs
missions .......................................................................................................................................50
2.4.1. En dépit des importants efforts des équipes et des moyens consacrés, les MDPH
rencontrent encore des difficultés de fonctionnement .........................................................50
2.4.2. Le Gouvernement mène une réflexion sur l’évolution du statut des MDPH.............50
L’ACCES DE TOUS A TOUT, CONDITION DE L’EGALITE DES CHANCES ....................53
1. PILIER ESSENTIEL DE LA LOI DU 11 FEVRIER 2005, L’ACCESSIBILITE A LA CITE A FAIT L’OBJET
DE NOUVEAUX ENGAGEMENTS DU GOUVERNEMENT........................................................................53
1.1. La loi du 11 février 2005 a énoncé des objectifs en matière d’accessibilité .......................53
1.1.1. Le cadre bâti ..............................................................................................................53
1.1.2. Les transports et la voirie ..........................................................................................54
1.1.3. Une mise en œuvre locale s’appuyant sur la participation des acteurs......................54
1.1.4. L’accès à la citoyenneté.............................................................................................55
1.2. Le Gouvernement a cherché à assurer la mise en œuvre de la loi en publiant les textes
d’application et en mobilisant l’administration de l’État en faveur de l’accessibilité................55
1.2.1. La publication des textes d’application permettra une mise en œuvre effective du
principe d’accessibilité ........................................................................................................55
1.2.2. L’administration de l’État est impliquée dans la mise en œuvre opérationnelle des
dispositions en matière d’accessibilité au cadre bâti ...........................................................57
1.2.3. La mise en œuvre de la politique d’accessibilité des transports................................58
1.2.4. La mise en œuvre de la politique d’accessibilité a contribué à permettre l’accès des
personnes handicapées aux activités culturelles ..................................................................59
1.2.5. L’Etat a encouragé le développement des pratiques sportives accessibles aux
personnes handicapées.........................................................................................................61
1.2.6. L’Etat a développé une action en faveur de l’accès aux loisirs des personnes
handicapées..........................................................................................................................62
1.2.7. L’organisation des élections de 2007 a illustré les progrès de la politique d’accès à
la citoyenneté.......................................................................................................................63
1.3. L’accessibilité fait l’objet de nouveaux engagements du Gouvernement............................63
1.3.1. Garantir le respect du calendrier................................................................................63
1.3.2. Le plan de relance annoncé par le Président de la République contribuera à
accélérer les chantiers relatifs à l’accessibilité ....................................................................65
1.3.3. Développer l’expertise et valoriser les bonnes pratiques ..........................................65
1.3.4. Des démarches de normalisation et de certification pour garantir la qualité des
solutions d’accessibilité .......................................................................................................66
1.3.5. De nouvelles mesures pour améliorer l’accès aux technologies de l’information et
la communication.................................................................................................................67
1.3.6. L’accès aux soins courants des personnes handicapées sera amélioré ......................69
2. L’EDUCATION ET LA SCOLARISATION DES ENFANTS ET JEUNES HANDICAPES CONSTITUENT UN
ELEMENT IMPORTANT DE LA POLITIQUE D’ACCESSIBILITE...............................................................70
2.1. La loi du 11 février 2005 a conduit à un nouvel engagement du service public de
l’éducation en faveur de la scolarisation des enfants handicapés ..............................................70
2.1.1. La loi du 11 février 2005 reconnaît l’existence d’un droit à la scolarisation ............70
2.1.2. La loi du 11 février 2005 a conduit à une mobilisation du service public de
l’éducation et de l’enseignement .........................................................................................71
2.1.3. Des dispositifs spécifiques se mettent en place dans l’enseignement supérieur........72
2.2. Cette mobilisation a permis une progression de la scolarisation des enfants et jeunes
handicapés...................................................................................................................................75


4 2.3. Le Gouvernement s’est engagé, dans le cadre de la Conférence nationale du handicap, à
poursuivre ces efforts ..................................................................................................................76
2.3.1. Permettre aux jeunes handicapés de suivre des parcours d’études en milieu
ordinaire dans des conditions adaptées................................................................................76
2.3.2. Prendre en compte les besoins particuliers des jeunes sourds...................................78
2.3.3. Poursuivre le développement des dispositifs collectifs de scolarisation ...................78
2.3.4. Développer l’éducation adaptée et améliorer son articulation avec l’éducation
ordinaire...............................................................................................................................79
L’EMPLOI ET LES RESSOURCES, TROISIEME PILIER DE LA POLITIQUE DU
HANDICAP .......................................................................................................................................81
1. LE CADRE DE LA POLITIQUE EN FAVEUR DE L’EMPLOI ET DE LA FORMATION PROFESSIONNELLE
DES PERSONNES HANDICAPEES A ETE PROFONDEMENT RENOUVELLE PAR LA LOI DE 2005.............81
1.1. Un cadre législatif rénové pour encourager l’emploi .........................................................81
1.1.1. La loi du 11 février 2005 enrichit les dispositifs destinés à encourager l’insertion
professionnelle des travailleurs handicapés.........................................................................81
1.1.2. Un cadre juridique étendu aux fonctions publiques ..................................................83
1.1.3. La formation professionnelle.....................................................................................84
1.1.4. La mise en place d’un mécanisme de retraite anticipée des travailleurs handicapés.85
1.1.5. Les entreprises adaptées ............................................................................................86
1.1.6. Les établissements et services d’aide par le travail (ESAT)......................................87
1.2. L’insertion professionnelle des personnes handicapées fait intervenir de nouveaux
acteurs dans le cadre de relations partenariales rénovées .........................................................89
1.2.1. Les MDPH, nouvel acteur dans le paysage institutionnel de l’emploi des personnes
handicapées..........................................................................................................................89
1.2.2. Un pilotage par l’État rénové ....................................................................................90
1.2.3. De nouvelles orientations pour l’AGEFIPH..............................................................91
1.2.4. La mise en place du FIPHFP .....................................................................................94
1.3. L’emploi des personnes handicapées a progressé mais demeure en deçà des objectifs .....95
2. DANS LE CADRE DU PACTE NATIONAL POUR L’EMPLOI, LE GOUVERNEMENT S’ENGAGE A
ATTEINDRE L’OBJECTIF DE 6% D’EMPLOI DES TRAVAILLEURS HANDICAPES...................................98
2.1. Le Pacte national pour l’emploi des personnes handicapées..............................................98
2.1.1. Les engagements des employeurs et des partenaires sociaux....................................99
2.1.2. La mobilisation du service public de l’emploi ..........................................................99
2.2. Une mobilisation des employeurs publics..........................................................................103
2.2.1. L’État.......................................................................................................................103
2.2.2. La fonction publique territoriale..............................................................................104
2.2.3. La fonction publique hospitalière............................................................................104
3. LA REFORME DE L’AAH DOIT FACILITER L’INSERTION PROFESSIONNELLE DES PERSONNES
HANDICAPEES POUVANT TRAVAILLER ET GARANTIR LEUR NIVEAU DE RESSOURCES, Y COMPRIS
LORSQU’ELLES NE PEUVENT TRAVAILLER......................................................................................105
3.1. La solidarité nationale garantit des ressources minimum pour les personnes handicapées105
3.1.1. L’AAH assure un niveau de vie minimal aux personnes handicapées qui en
bénéficient..........................................................................................................................105
3.1.2. L’AAH n’est toutefois qu’une des prestations garantissant des ressources aux
personnes handicapées.......................................................................................................105
3.1.3. La conception de l’AAH doit évoluer pour prendre en compte l’insertion
professionnelle des personnes handicapées .......................................................................108


5 3.2. L’AAH sera réformée pour mieux orienter vers l’emploi ceux qui peuvent travailler et
garantir le niveau de ressources des personnes handicapées, y compris lorsqu’elles ne le
peuvent pas ................................................................................................................................109
3.2.1. Une meilleure orientation vers l’emploi..................................................................109
3.2.2. L’AAH constitue une allocation spécifique qui doit garantir un niveau de
ressources aux personnes handicapées...............................................................................111
RECHERCHE, PREVENTION ET FORMATION : L’AVENIR DE LA POLITIQUE DU
HANDICAP .....................................................................................................................................117
1. LA LOI DU 11 FEVRIER 2005 INVITE A RENFORCER LA PRISE EN COMPTE DU HANDICAP DANS
LES POLITIQUES DE RECHERCHE, DE PREVENTION ET DE FORMATION DES PROFESSIONNELS ........117
2. LA PRISE EN COMPTE DU HANDICAP PAR LES POLITIQUES DE RECHERCHE, DE PREVENTION ET
DE FORMATION EST EVALUEE PAR L’ONFRIH...............................................................................117
3. LA MISE EN ŒUVRE DE CES ORIENTATIONS EST DECLINEE DANS LE CADRE DES DIFFERENTS
PLANS..............................................................................................................................................118
CONCLUSION................................................................................................................................121
1. UN IMPORTANT TRAVAIL DE PUBLICATION DE TEXTES REGLEMENTAIRES...............................121
2. LA CONCERTATION AVEC LES PERSONNES HANDICAPEES EST ASSUREE PAR LE CNCPH.........122
3. UN EFFORT FINANCIER ACCRU DE LA NATION ..........................................................................123
4. UNE POLITIQUE DU HANDICAP INSCRITE DANS UNE PERSPECTIVE EUROPEENNE ET
INTERNATIONALE............................................................................................................................125
5. SUIVI DE LA MISE EN ŒUVRE DE LA POLITIQUE DU HANDICAP..................................................127
SIGLES UTILISES.........................................................................................................................129
6 Introduction
[1] La loi n° 2005-102 du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la
participation et la citoyenneté des personnes handicapées, prévoit dans son article 3 que le
Gouvernement dépose, sur le bureau des assemblées parlementaires, à l’issue des travaux de la
Conférence nationale du handicap, après avoir recueilli l’avis du conseil national consultatif des
personnes handicapées (CNCPH), un rapport sur la mise en œuvre de la politique nationale en
faveur des personnes handicapées (article L. 114-2-1 du code de l’action sociale et des familles).
[2] Tel est l’objet du présent rapport qui fait suite à la première Conférence nationale du
handicap qui s’est tenue le 10 juin 2008, conformément aux dispositions prévoyant la tenue de cette
conférence tous les trois ans.
[3] Par la loi du 11 février 2005, le législateur a souhaité définir une nouvelle politique du
handicap, trente ans après la loi fondatrice de 1975 (loi n°75-534 du 30 juin 1975 d'orientation en
faveur des personnes handicapées).
[4] Le contenu de cette loi n’était plus adapté aux évolutions du handicap, aux attentes d’une
nouvelle génération, et à la nécessité de changer le regard sur les personnes handicapées porté par
la société.
[5] La prise de conscience de la situation vécue par les familles d'enfants ou d'adultes
handicapés, à l’occasion du débat suscité par l’arrêt « Perruche », a conduit le Parlement à
affirmer, lors du vote de la loi n° 2002-73 du 17 janvier 2002 de modernisation sociale, le droit de
chaque personne handicapée « à la compensation des conséquences de son handicap quels que
soient l'origine et la nature de sa déficience, son âge ou son mode de vie, et à la garantie d'un
minimum de ressources lui permettant de couvrir la totalité des besoins essentiels de la vie
courante » (article L. 114-1 du code de l’action sociale et des familles dans sa version issue de la
loi de modernisation sociale). La loi n°2002-303 du 4 mars 2002 relative aux droits des malades et
à la qualité du système de santé a ensuite précisé que la compensation du handicap relève de la
solidarité nationale.
[6] Il est revenu à la loi du 11 février 2005 de préciser les contours de ce nouveau droit à
compensation, de définir les modalités de sa prise en charge par la solidarité nationale et de
redéfinir une nouvelle politique du handicap, reposant sur quatre piliers :
• une nouvelle définition du handicap : pour la première fois, la loi donne, à l’article L. 114 du
code de l’action sociale et des familles, une définition du handicap, qui dépasse une approche
strictement médicale pour prendre en compte la contribution de l’environnement à la
constitution du handicap : « constitue un handicap, au sens de la présente loi, toute limitation
d'activité ou restriction de participation à la vie en société subie dans son environnement par
une personne en raison d'une altération substantielle, durable ou définitive d'une ou plusieurs
fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques, d'un polyhandicap ou
d'un trouble de santé invalidant ». La loi précise donc, conformément à la définition déjà
adoptée dans le cadre de l’organisation mondiale de la santé (OMS) que le handicap résulte de
l’interaction entre deux réalités : d’une part, les incapacités qu’une personne peut connaître du
fait des déficiences dont elle est porteuse ; d’autre part, l’inadaptation de l’environnement,
c’est-à-dire de la Cité dans toutes ses activités ;
7 • l’accès des personnes handicapées à tous les droits fondamentaux reconnus aux citoyens :
à l’inadaptation de la Cité, qui constitue d’un des deux déterminants du handicap, la loi répond
par l’ « accès de tous à tout ». Elle rénove la notion d’accessibilité en l’étendant à la fois à tous
les types de handicap (physique, mental, sensoriel, psychique, cognitif, polyhandicap et trouble
invalidant de la santé) et à tous les domaines de la vie en société : éducation, emploi,
citoyenneté, liberté de mouvement, culture, soins, loisirs… Les dispositions législatives
précédentes n’énonçaient qu’un droit à la compensation, à la garantie des ressources, et à la
« solidarité nationale ». La loi de 2005 introduit une innovation majeure, en précisant que le
droit à la solidarité nationale se traduit par une obligation d’accessibilité : le nouvel article
L. 114-1 du code de l’action sociale et des familles dispose que « toute personne handicapée a
droit à la solidarité de l’ensemble de la collectivité nationale, qui lui garantit, en vertu de cette
obligation, l’accès aux droits fondamentaux reconnus à tous les citoyens ainsi que le plein
exercice de sa citoyenneté » ;
• le droit à compensation : celle-ci peut revêtir plusieurs formes (aides humaines, techniques,
animalières, aménagements du logement ou du véhicule, protection juridique…), l’ensemble de
ces aspects se traduisant par un plan personnalisé de compensation, adapté aux besoins et à la
situation de chaque personne handicapée. Le droit à compensation est mis en œuvre en milieu
ordinaire, notamment à travers la nouvelle prestation de compensation du handicap (PCH), ou
en établissements et services médico-sociaux, où des places doivent être créées en nombre
suffisant pour couvrir les besoins.
• une nouvelle gouvernance qui associe étroitement les personnes handicapées et leurs
représentants : la loi met en place un nouveau dispositif institutionnel composé de la Caisse
nationale de solidarité pour l’autonomie et des maisons départementales des personnes
handicapées. La CNSA est le « compagnon de route » des MDPH. Elle est le garant de
l’égalité de traitement sur l’ensemble du territoire national réclamée par les organisations
représentatives. Les MDPH correspondent au besoin de proximité et de simplification
exprimé par les personnes handicapées et les familles. C’est ce dispositif institutionnel,
construit de manière pragmatique et qui constitue une forme nouvelle de réseau de solidarité
qui, sous réserve des évolutions et des adaptations nécessaires, est appelé à devenir l’élément
ème
constitutif d’un 5 risque de protection sociale.
[7] Au total, compensation et accessibilité sont les deux éléments complémentaires et
inséparables de la politique du handicap. Ainsi, le handicap ne doit plus constituer une réalité
extraordinaire, mais être intégré dans tous les aspects de la vie quotidienne. Dès lors, l’accessibilité
de l’environnement doit répondre en premier aux situations de handicap : la compensation
individuelle ne doit venir que pour répondre aux besoins résiduels une fois que les mesures
d’accessibilité ont été réalisées. Les personnes handicapées doivent ainsi pouvoir accéder aux
services publics de droit commun, en matière d’emploi, de formation professionnelle, ou de
scolarisation, les dispositifs adaptés ne devant être mobilisés que dans un second temps : autant de
droit commun que possible, autant de spécifique que nécessaire.
[8] Pour contribuer aux réflexions transversales que nécessite la nouvelle politique du handicap,
les ministres en charge de la politique du handicap disposent de la délégation interministérielle aux
personnes handicapées dont l’une des missions est précisément d’animer ces réflexions.
[9] La loi du 11 février 2005 consacre également un important changement conceptuel dans
l’approche des relations entre la collectivité et la personne handicapée, en passant d’une notion de
« prise en charge » à la promotion de l’autonomie et de la dignité de la personne, dont témoigne la
notion fondamentale de projet de vie de la personne.
8 [10] La reconnaissance de la citoyenneté et de la participation des personnes handicapées s’est
traduite non seulement par des politiques publiques visant à leur ouvrir l’accès aux champs de la
vie d’un citoyen ordinaire mais aussi par une large concertation qui a présidé à la préparation de la
loi et qui s’est prolongée dans l’élaboration des textes d’application. Cette reconnaissance est
également à l’origine de réponses conçues comme devant partir du choix de vie de la personne,
choix que les maisons départementales des personnes handicapées (MDPH) ont vocation à mettre
en œuvre.
[11] Enfin, le législateur de 2005 a voulu fixer des garanties de mise en œuvre effective des
dispositions qu’il a votées : si la loi fixe des objectifs ambitieux à la collectivité pour les dix ans
suivant son entrée en vigueur, dans un souci de réalisme, elle prévoit également un calendrier
d’application graduelle, jalonné de plusieurs étapes et de rendez-vous :
• en 2008 : ouverture de la prestation de compensation du handicap aux enfants, effective depuis
le mois d’avril, conformément aux objectifs fixés par la loi ;
• en 2010 : mise en place d’une convergence sans confusion entre la politique de la dépendance
des personnes âgées et la politique en direction des personnes handicapées ;
• en 2015 : accessibilité totale des établissements recevant du public, des espaces ouverts au
public et des transports publics.

[12] La loi de 2005 vise donc à être le point de départ d’une politique du handicap en
amélioration constante. C’est bien la raison pour laquelle le législateur a prévu, tous les trois ans à
er
compter du 1 janvier 2006, la tenue d’une conférence nationale du handicap, organisée par le
Gouvernement, réunissant des associations représentatives, représentants des établissements et
services, départements, organismes de sécurité sociale, organisations syndicales et patronales,
organismes qualifiés. La conférence nationale du handicap a vocation à débattre des orientations et
des moyens de la politique envers les personnes handicapées.
er
[13] Le Gouvernement a souhaité anticiper le rendez-vous, normalement fixé par la loi au 1
janvier 2009, afin de pouvoir fixer le plus tôt possible des orientations pour la durée de la
législature.
[14] À la suite du rapport demandé en mai 2007 au délégué interministériel aux personnes
handicapées, le Gouvernement a installé le 23 octobre 2007 un comité de suivi de l’application de
la loi de 2005, et sept groupes d’appui technique, consacrés au fonctionnement des MDPH, à
l’emploi et aux ressources, aux établissements et services spécialisés, à la compensation, à
l’accessibilité et l’accès aux nouvelles technologies, à la scolarisation, au polyhandicap et aux
handicaps rares. Ces groupes ont activement préparé la Conférence nationale du handicap par leur
travail de diagnostic et de proposition.
[15] La Conférence nationale du handicap a dressé un constat encourageant. L’effort de solidarité
envers les personnes handicapées a fortement progressé, les nouveaux instruments se mettent en
place.
[16] Elle a permis aussi de mettre au jour le chemin qui reste à parcourir et des difficultés
auxquelles il est nécessaire de répondre.
[17] La conférence a été l’occasion pour le Gouvernement de prendre plusieurs engagements,
pour répondre à ces difficultés, pour préciser et garantir les conditions de mise en œuvre de la loi
2005, et engager de nouveaux efforts en faveur de la réalisation des droits à la compensation et à
l’accessibilité.
9 [18] Le présent rapport établit le bilan de l’application de la loi de 2005, et présente les
orientations retenues par le Gouvernement pour l’évolution de la politique du handicap dans les
trois années à venir. Il doit être l’occasion de remobiliser l’ensemble des acteurs du terrain
(services de l’Etat, collectivités locales, entreprises, organisations représentatives et
professionnelles) pour atteindre les objectifs qui ont été fixés par le législateur de 2005 et en faveur
desquels le Gouvernement s’est à nouveau engagé à l’occasion de la Conférence nationale du
handicap.
[19] Les deux premières parties de ce rapport sont consacrées aux deux piliers de la loi de 2005
que constituent la compensation et l’accessibilité. L’emploi, traité dans la loi de 2005 comme un
des éléments de l’accessibilité, constitue un enjeu majeur d’intégration des personnes handicapées
dans la cité, ainsi qu’un outil permettant de garantir, au-delà des dispositifs de compensation, le
niveau de ressources des personnes handicapées : aussi, l’emploi et les ressources des personnes
handicapées font l’objet d’une partie propre de ce rapport. Un chapitre spécifique est enfin
consacré à la recherche, à la prévention et à la formation.
10