Marie, à la lumière de Naples
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Description

Saint-Denis, 1812. Marie mène une vie heureuse entre les murs de la Légion d’honneur lorsque ses parents la rappellent près d’eux, au royaume de Naples. Au soleil d’Italie, elle découvre les fastes et les fêtes somptueuses d’une cour brillante et en oublie presque son goût pour la peinture… jusqu’à l’arrivée du célèbre peintre Auguste Ingres, accompagné de son jeune et romantique disciple, Léopold de Gallet. Mais, en ce début du XIXe siècle, la peinture peut être un passe-temps pour une jeune fille, certainement pas une passion, encore moins une profession. Emportée par le tumulte de l’Histoire, soumise aux usages de son siècle, Marie parviendra-t-elle à exercer librement son talent ? Et trouvera-t-elle le courage d’imposer sa passion à son entourage ?


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Publié le 12 mai 2015
Nombre de lectures 24
EAN13 9782728921935
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Exrait

Table des matières
Marie, à la lumière de Naples
CHAPITRE I
CHAPITRE II
CHAPITRE III
CHAPITRE IV
CHAPITRE V
CHAPITRE VI
CHAPITRE VII
CHAPITRE VIII
CHAPITRE IX
CHAPITRE X
CHAPITRE XI
CHAPITRE XII
CHAPITRE XIII
CHAPITRE XIV
CHAPITRE XV
CHAPITRE XVI
CHAPITRE XVII
CHAPITRE XVIII
CHAPITRE XIX
CHAPITRE XX
CHAPITRE XXI
ÉPILOGUE
Copyright
Dans la même collection
À Eudes-Olivier, mon agent de l’ombre. Ces Demoiselles sont aussi ses filles.
Madame Victor Desormeaux
À madame la Comtesse du Bouzet, Surintendante de la Maison d’Éducation de la Légion d’honneur, Naples, le 10 novembre 1812
Madame,
Vous avez accueilli il y a deux ans notre fille Marie entre les murs de la Légion d’honneur, cette illustre institution fondée par Sa Majesté Napoléon. Mon époux, le Général Desormeaux, était appelé à servir le Prince Murat dans son royaume de Naples et nous avions jugé préférable de confier à vos soins notre fille aînée, alors âgée de quinze ans. Cette confiance, Madame, n’a point été trompée, elle a augmenté encore, si cela était possible, les sentiments de gratitude que nous portons à Sa Majesté l’Empereur, gratitude dont vous partagez naturellement les fruits.
Aujourd’hui, Marie a dix-sept ans et il est temps pour elle de faire son entrée dans le monde. Sa Majesté Caroline Murat, Reine de Naples, sœur de notre Empereur Napoléon, a manifesté le désir de rencontrer notre fille. Elle tient à ce que sa cour devienne l’une des plus brillantes d’Europe et compte pour cela sur la jeunesse. Nous ne doutons pas que l’excellente éducation reçue entre les murs de la Légion d’honneur aura fait de Marie une demoiselle digne des espérances de Sa Majesté et qu’elle mettra tout son cœur à les combler.
Je me rendrai tantôt à Paris à la demande de la Reine. De là, je viendrai à Saint-Denis chercher Marie pour la mener au royaume de Naples. Afin de ne point la troubler, je vous saurais gré de ne rien lui dire de ce dessein. Je sais à quel point elle est heureuse dans votre école et je préfère qu’elle jouisse en paix de ses derniers jours avec ses amies sans se laisser attendrir par leurs serments d’amitié. Le jour viendra bien assez tôt de leur faire ses adieux.
Adieu, Madame. Je vous ai laissé une enfant, vous me rendez une jeune fille mais je prie pour qu’entre les deux il lui soit resté au cœur le souvenir fidèle de ses parents. Ma visite prochaine le dira.
Veuillez agréer, Madame, l’expression de ma plus vive reconnaissance et de mon inaltérable considération,
Madame Victor Desormeaux
CHAPITRE I
La porte de la classe s’ouvrit et mademoiselle Bernier entra. Aussitôt, une vingtaine d’élèves vêtues d’une même robe noire, ceinte d’un ruban blanc, se levèrent d’un seul élan. Il était rare que les cours soient interrompus à la Légion d’honneur et toute irruption – fût-elle celle d’une surveillante – ne laissait pas d’intriguer les demoiselles.
– Mesdemoiselles, vous pouvez vous asseoir, commanda mademoiselle Bernier.
La surveillante s’avança alors près du bureau de mademoiselle Monet et échangea avec elle quelques mots à voix basse. L’enseignante opina de la tête et chercha du regard l’élève concernée.
– Mademoiselle Desormeaux ! s’exclama-t-elle. Veuillez prendre vos effets et suivre mademoiselle Bernier jusqu’au bureau de madame la Surintendante.
Aussitôt, tous les regards se tournèrent vers Marie. Celle-ci semblait la première surprise de cette convocation. Qu’avait-elle donc pu faire pour être ainsi appelée si promptement chez la Surintendante ? En un instant, elle tenta de se remémorer les événements des dernières semaines… Oh ! Marie n’était pas à proprement parler une élève exemplaire, mais elle n’était pas non plus indisciplinée comme cette tête brûlée de Léonie ! Elle avait bien parfois enfreint le règlement, mais c’était alors sans gravité : des bavardages en étude, quelques fruits dérobés au réfectoire, et cette escapade en haut du clocher, un soir qu’elle voulait peindre les ­couleurs du soleil couchant sur la basilique de Saint-Denis. Cette initiative avait été sanctionnée par quelques repas sur la table de bois, loin de ses camarades, mais rien qui puisse compromettre sa place dans l’institution. Et puis, le tableau ainsi saisi était si beau alors, il exprimait si bien la mélancolie du crépuscule que Marie n’avait pas éprouvé le moindre regret à avoir ainsi transgressé le règlement. Alors, de quoi pouvait-il donc s’agir ?
Elle jeta un coup d’œil vers la place de sa meilleure amie, Héloïse. Mais cette place était vide. Exceptionnellement, Héloïse avait obtenu la permission de se rendre à Paris afin de rendre visite à sa marraine Nancy Régnier. Marie regretta qu’elle fût absente. Si Héloïse avait été là, nul doute que son regard amical lui aurait rendu le courage dont elle avait tant besoin. Peut-être cette présence amie aurait-elle suffi à dissiper le triste pressentiment qui lui rongeait le cœur… Mais Héloïse était absente, et mademoiselle Bernier l’attendait toujours. Alors, soigneusement, Marie rangea sa plume, ferma son plumier, prit sous son bras ses cahiers et quitta son bureau, sous les regards curieux de ses amies. Sur le seuil de la classe, elle se retourna et salua mademoiselle Monet d’une révérence.
– Vous pouvez dire adieu à mademoiselle Monet, déclara la surveillante. Et à vos amies.
Adieu ? Était-ce à dire qu’elle quittait la classe pour toujours ? Marie ne pouvait imaginer une chose pareille. Elle avait dans cette classe beaucoup d’amies. Son caractère facile, sa gaieté naturelle et l’enjouement qu’elle mettait en toute chose lui avaient vite attiré la sympathie de ses camarades, tant et si bien qu’elle s’était vu remettre par deux fois le prix tant convoité de camaraderie !
– Adieu, mademoiselle, balbutia-t-elle faiblement.
– Adieu, Marie, répondit l’enseignante en l’encourageant d’un large sourire.
Mais Marie ne parvenait pas à quitter sa classe des yeux. Elle eût voulu imprimer à jamais dans sa mémoire ces lieux familiers, les visages de ses amies, le sourire de mademoiselle Monet, comme si elle devinait qu’elle ne devait jamais plus les revoir…
– Allons, dit mademoiselle Bernier avec douceur, il faut y aller, on vous attend…
Alors, Marie franchit le seuil et entendit la porte se fermer derrière elle. Elle s’engagea à la suite de la surveillante dans le cloître glacé qui menait au bureau de la Surintendante. On n’entendait plus que le bruit régulier de leurs pas sous les voûtes de pierre. Marie leva les yeux vers le visage de mademoiselle Bernier qui la regardait, un sourire aux lèvres.
– Mademoiselle… murmura Marie, pouvez-vous me dire les raisons de ma convocation chez la Surintendante ?
– Ah mademoiselle ! Vous avez bien de la chance… Madame votre mère est ici qui vous attend pour vous ramener avec elle au royaume de Naples. Elle est dame d’honneur de la Reine Caroline et celle-ci a manifesté l’envie de faire votre connaissance. C’est un grand honneur pour vous…
La terre s’ouvrit sous les pieds de Marie. Sa mère ? Il y avait plus de deux ans qu’elle ne l’avait point vue. Le royaume de Naples ? Mais c’était le bout du monde ! Comment pourrait-elle vivre loin de la Légion d’honneur et de ses amies qu’elle n’avait pas même eu le temps de saluer ? Malgré ses efforts, elle sentit ses yeux se remplir de larmes. Elle s’arrêta net au milieu du cloître, incapable d’aller plus avant. Mademoiselle Bernier lui tendit son mouchoir.
– Allons ! Ne soyez pas chagrine ! dit-elle sur un ton compatissant. Vous ne pouviez pas rester ici pour toujours.
Marie ne répondit pas. Elle essuya ses yeux d’un geste vif. Elle ne pouvait se figurer pareille épreuve. Quitter la Légion d’honneur… Cette échéance, sans doute, était inéluctable… Au reste, quelques-unes de ses amies avaient déjà abandonné les murs de la Maison Napoléon et elles en avaient témoigné une grande satisfaction, parlant alors de véritable « libération », comme Nancy qui s’était mariée l’été dernier… Mais Marie n’était pas de ces demoiselles impatientes de découvrir le monde et ses plaisirs. Les bals, les réceptions, toutes ces mondanités lui étaient indifférentes. Ce qu’elle aimait avec passion, c’était d’abord la peinture. Depuis sa plus tendre enfance, elle avait montré de véritables dispositions pour les arts. À la Légion d’honneur, elle avait enfin pu s’abandonner à sa passion. Elle prenait chaque jour des cours de dessin et consacrait ses heures libres à s’améliorer. Ses talents lui avaient rapidement valu d’être sollicitée par les élèves pour faire leur portrait. Les aînées surtout, que l’on appelait les « Multicos » en raison de leurs ceintures multicolores, lui faisaient réaliser en cachette des médaillons destinés à un prétendant dont elles taisaient le nom par coquetterie. Marie ne refusait jamais leurs commandes payées par un supplément de dessert ou le prêt d’un livre convoité. Au fond, elle n’était jamais plus heureuse qu’un pinceau à la main, dans l’atmosphère gaie et amicale de la Légion d’honneur. Elle ne se sentait pas prête à affronter le monde, loin des murs protecteurs de l’ancienne abbaye, et aurait volontiers cédé sa place à une demoiselle plus pressée qu’elle de quitter les lieux.
Seule la perspective de retrouver sa mère la consolait un peu. Mais Marie la connaissait si peu ! Elle était entrée à la Légion d’honneur avec dans le cœur l’image d’une femme superbe, admirée du tout-Paris, gracieuse mais lointaine, tendre quand elle la voyait, ce qui était rare car madame Desormeaux était fort occupée des mondanités parisiennes qu’exigeait la position de son époux. Quant à son père, il était un de ces héros comme l’Empire en produisait alors. Issu d’une famille de notaires que l’histoire avait toujours maintenus à l’écart du fracas des armes, il s’était révélé à la faveur des guerres napoléoniennes un excellent soldat et un brillant stratège. Ses victoires éclatantes lui avaient rapidement valu les honneurs et les médailles. Général à trente ans, il était de ces hommes que Napoléon avait attachés à lui jusqu’à la mort, prêts à le servir en toutes circonstances, d’une fidélité absolue et capables de tous les dévouements. Marie avait gardé de lui un souvenir vivace qu’elle entretenait en le représentant sous les traits des héros de l’Antiquité, faisant de lui tantôt un nouvel Hercule, tantôt un Alexandre couronné de ­lauriers.
– Bien, nous y voilà ! annonça mademoiselle Bernier en s’arrêtant devant le bureau de la Surintendante. Êtes-vous prête, mademoiselle ?
Marie secoua la tête.
– Non, mademoiselle. Je ne serai jamais prête à quitter un lieu que je connais et que j’aime pour une destination inconnue.
– Allons, allons, il faut être raisonnable. Songez que nombre de vos camarades vous envieraient de quitter ces murs.
« Eh bien, je leur laisse volontiers ma place… » pensa Marie. Elle savait pourtant que la surveillante disait vrai. Nombreuses étaient les élèves qu’un défaut de fortune condamnait à demeurer éternellement à la Légion d’honneur, à commencer par son amie Héloïse. Ces demoiselles ne pouvaient nourrir d’autres ambitions que celle d’embrasser les différentes fonctions que l’institution leur réservait, à condition de demeurer célibataire. Marie savait que ce sort n’était guère enviable et qu’elle aurait eu mauvaise grâce à se plaindre du sien qui lui offrait au moins la liberté de choisir son avenir. Choisir ? Ce n’était pas certain… À dix-sept ans, elle n’ignorait pas qu’elle serait bientôt pressée d’accepter un parti et savait que l’avis de sa mère en cette affaire compterait plus que le sien.
– C’est qu’il y a si longtemps que je n’ai point vu ma mère, j’ignore jusqu’à la façon dont je dois la saluer… expliqua Marie.
– Mais quelle gourde vous faites ! s’exclama mademoiselle Bernier. Vous ferez la révérence et direz simplement : « Madame, je suis bien aise de vous revoir »…
« Madame » ? Marie ne savait peut-être pas ce qu’elle devait dire mais elle était bien certaine de ne jamais appeler sa propre mère « Madame ». Deux ans de pension n’avaient pas suffi pour faire de cette femme une étrangère au point de l’appeler madame ! Marie ne répondit rien mais jugea parfaitement inepte la réponse de mademoiselle Bernier. Sans doute cette demoiselle, condamnée à vivre à la Légion d’honneur, avait elle-même oublié le lien affectif qui vous lie à votre propre mère… Elle lui sembla bien à plaindre, et sa propre position lui apparut soudain plus enviable…
Enfin, on la fit entrer dans le bureau de la Surintendante. Madame du Bouzet l’accueillit avec un grand sourire.
– Eh bien ! Entrez donc, mademoiselle ! Entrez… et venez saluer votre mère.
Marie s’approcha et reconnut la silhouette de sa mère. Celle-ci se retourna et tendit les mains vers sa fille.
– Marie ! Comme vous avez grandi !
Marie aurait voulu répondre à ces paroles en se jetant dans les bras de sa mère mais, outre que le lieu se prêtait mal à des démonstrations d’amour filial, elle n’était pas certaine que madame Desormeaux apprécierait ces manifestations de tendresse.

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