Adieu et confiture

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Oh douce nuit,
Ce petit essai réaliste mais pas triste, trouvera t-il une place en marge de vos parutions.
Toujours plein de vérité et de sincérité, il redonnera un élan de vie à ceux qui sont sur le point de la quitter, en tout cas, nous cela nous a fait du bien.

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Ajouté le 10 août 2014
Nombre de lectures 383
Langue Français
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LA CONFITURE ET L'ADIEU D'UN PETIT FILS
LOUPZEN
Communiquer sur la mort d'un être cher n'est pas chose facile. Exposer ses sentiments sur le net m'est difficile Mais lorsqu'il s'agit de l'adieu à sa propre mère, tout se complique.
Pourtant, des années après cette disparition, il me reste un souvenir incroyable de ce jour où la la personnalité des « ayants droits » a fait toute la différence.
L'absence est là, palpable, cruelle, mais comment pourrais-je changer le cours normal des choses, qui suis-je pour interdire aux lois de la nature de stopper l'inéluctable érosion des corps ? Les réactions à ce juste cheminement sont différentes chez les gens confrontés tôt ou tard à cette fin d'existence de la matière. Le deuil engendre la tristesse de ne plus côtoyer cette personne à là quelle, nous nous étions ''habitués''. Pour la majorité des familles que j'ai rencontré le point commun sont la tristesse et le regret. Vais-je vous choquer en parlant d'égoïsme ? Et si ce départ était une délivrance pour la personne qui nous a quitté ?
J'ai été élevé dans cette croyance qu'il existe un « meilleur ailleurs ». Je n'ai jamais gobé les sornettes de paradis dans les étoiles, même entouré de 1000 vierges et d'autres falsifications mentales étudiées pour servir les intérêts bien terrestres de gourous à « la kon » Je crois... Basta et c'est ainsi.
Ma mère est donc partie un soir de.... Hébergée depuis quelques mois dans une unité spécialisée à la préparation de déplacements effectués dans le but personnel d'aller voir là-haut ce que Dieu nous dérobe. Elle voulait faire le tour du globe, vagabonder en pays inconnu et ne pas s'acquitter du prix du billet de retour pour ce voyage dont nul n'est encore revenu. La veille de son départ, elle déclarait aux femmes en blouses blanches « le moment est venu, c'est pour cette nuit le grand voyage ». Étonnant non ?
Atteinte de diabète sévère ( je me suis toujours demandé s'il existait une forme de diabète comique ) il lui était pénible de se piquer plusieurs fois par jour afin d'obtenir la permission de succomber à son pécher mignon, le sucre. C'est tout en douceur et le sourire aux lèvres qu'elle mis fin à son parcours terrestre.
Le jour de l'accompagnement de sa dépouille terrestre, dans une modeste église de campagne en Auvergne,'il fallait faire bonne figure pour la communauté réunie, mais sachant aussi que son âme était radieuse, resplendissante de joie et de bonheur et déjà tournée vers l'ultime aventure de sa nouvelle vie.
Elle avait bien raison de nous laisser gérer nos petits arrangements de petits bonhommes et bonnes femmes de chaire, déclarant que tante machine avait bien vieilli, que l'oncle truc avait pris du poids, que cousin bidule était mal rasé et que la pétasse blonde peroxydée avait bien du mal à faire semblant d'avoir de la peine... Ainsi va le monde des humains...
Je me souviens d'anciennes amies de la défunte qui sentaient que leur départ ne ferait aucun doute, elles avaient de la peine mais surtout peur. Quant à nous, nous étions partagés entre le besoin de nous retrouver entre nous et celui de faire plaisir aux autres en montrant notre légitime tristesse.
Notre clan est composé de gens qui vivent en dehors des règles de vie et de bienséance établies par les pisses froids et qui se faisant tentent désespérément de nous faire vivre suivant leur mode de vie... Les pauvres !
La mise en terre devait se faire rapidement dans ce cimetière où l'attendait son mari, se serait juste une formalité, puis mon frère Alain, nous recevrait dans sa maison grande ouverte à limage de son cœur.
Il connaissait bien les us et coutumes de la famille, peu de temps avant, un cochon avait été préparé en vue de quelques sérieuses agapes et bien soit, pas de brouet spartiate, mais une copieuse libation clôturerait cette cérémonie.
Je vous conterais que la majeure partie de la famille était présente, se régalant des plats préparés par les femmes, chacun de nous s'entretenait en petit comité, formant des attroupements, des clans. Le vin excellent que mes frères servaient, déliait les langues, faisant tomber les barrières et les souvenirs de petits riens qui par le passé avaient freiné nos envies de nous rencontrer... C'est promis, nous nous reverrons un jour mes frères.
Ma louve, toujours attentive au moindre signe de ma part, s'assurait que tout allait bien, que l'émotion n'envahissait par de trop le cœur de son homme de mari, à chaque passage prés de moi, elle me frôlait et me serrait la main qui ne tenait pas un verre de vin
Ma fille Sarah avait prononcé quelques paroles avec grande difficulté à l'église, qui aurait pu lui en faire la remontrance ? Quant à notre fil Pierre... Tiens, je vais vous en parler de celui-là ! Mais auparavant quelques précisions seront utiles pour planter le décor... Jugez-en par vous-mêmes.
Ce cimetière était niché au pied d'un haut lieu de l'histoire des Gaules. Le plateau de Gergovie avait connu la victoire de Vercingétorix, un chef Arverne qui avait défait les légions romaines de ce bon vieux Jules. Pour sûr, nous avions trempé dans cette histoire et par le passé, mes frères et moi-même avions participé à des fouilles archéologiques.
Des guerriers gaulois avaient été découverts dans leurs sépultures, debout, les armes à la main, parés de leurs plus beaux habits, ornés de bijoux et accompagnés de leurs fidèles animaux, chiens et chevaux. C'est un rite funéraire celte, très en vogue pour l'époque et qui nous surprend toujours.
Je fais appel à vos souvenirs et à votre imagination. Curieux ces rites funéraires consistant à placer dans la tombe les « acteurs matériels » de l'environnement du partant.
Il continuerait donc à vivre sur un autre niveau et pour qu'il soit bien durant le grand voyage, il serait accompagné de tels ou tels objets ou vêtements. Ce qui va à l'encontre de la croyance Judéo-chrétienne qui nous apprend que nous sommes nés de la poussière et que nous retournerons dans la poussière...Voila pourquoi je ne passe jamais l'aspirateur at home.
Nous étions un dernier quartier sorte de garde prétorienne face aux moments de l'adieu, mon épouse, ma sœur, mes frères et belles-sœurs, certains de mes neveux et nièces et mes deux enfants.
Depuis un laps de temps, je voyais bien que Pierre se tortillait sur place. Ce grand garçon aux allures d'armoire normande dissimulait un « quelque chose » sous son blouson.
Brusquement se dirigeant vers le fossoyeur, il dégagea sa main de dessous du vêtement. Je restais comme figé sur place, surpris par cette attitude et la rapidité d'exécution.
Quelle estocade allait-il porter à ce brave homme ? Vendetta ou règlement de comptes ?
Pierre tendit à l'homme interloqué un pot de confitures. Il avait promis à sa grand-mère de déposer ce précieux cadeau pour l'accompagner lors de son grand départ.
Peu de personnes présentes à cet instant furent témoins directes de cette action. Le visage de Pierre trahissait le fond de ses pensées : si tu ne fais pas ce que je dis, tu vas aller dans le trou ! Aucune dérobade, aucun refus n'était permis de la part de l'employé des Pompes funèbres.
Le sucre avait emporté ma mère « ad pâtres », elle emporterait le sucre six pieds sous terre ce serait sa vengeance !
Il prit le pot de confitures, le plaça sur le cercueil et tout doucement, manœuvrant la poulie permettant la descente, il me cherchait du regard comme pour s'excuser de cet événement et demander mon accord.
Un large sourire barrait mon visage, des sensations inexplicables de bien être m'envahirent.
La fierté d'avoir un garçon comme Pierre, la vue inexplicable et inexpliquée de ma mère qui rigolait et l'air ahuri des témoins de ce dépôt de confiture me firent monter des larmes de joie, songeant alors aux découvreurs de tombes qui dans des siècles, trouveront dans cette tombe gauloise un pot de confitures......
Ainsi va la vie, dans ce petit village d’irréductibles gaulois.