JE SUIS TON PERE - Episode V - La Pire Tête-à-Claques

JE SUIS TON PERE - Episode V - La Pire Tête-à-Claques

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Description

•La série
Tu peux raccrocher le sabrelaser et troquer la Batmobile contre un monospace : ta femme est enceinte.
Quand un geek débute son apprentissage de la paternité, ça donne la série JE SUIS TON PÈRE. Bercé à la science-fiction, au cinéma de Spielberg et Lucas, et visiteur littéraire assidu de la Terre du Milieu, l'homme voit ses repères chamboulés du jour au lendemain. Au fil de la grossesse, sa vie se transforme en un véritable parcours initiatique. Sera-t-il prêt à encaisser le résultat du test de grossesse ? Sera-t-il capable de décrypter les images de l'échographie ? Saura-t-il trancher au moment de choisir entre une poussette à trois roues ou à quatre ? Devra-t-il laisser le lait en poudre s'imposer dans sa vie en lieu et place des pizzas et de la bière ? Autant d'épreuves dont il faudra sortir victorieux...
Et si le véritable super héros dont il rêve depuis qu'il est ado n'était ni Superman ni James Bond ? Et s'il s'agissait tout simplement de lui, le futur père ?
Pendant ces 9 mois étonnants et hilarants racontés en 9 épisodes, vivez la plus belle aventure de la vie passée au filtre d'une multitude d'univers chers à la 'Geek génération'.
Jamais grossesse n'aura été aussi légère !
•Episode V - La Pire Tête-à-claques
(...)"L’homme délaisse sans cérémonie le monstre sacré de la littérature britannique pour tendre son micro en direction d’un individu de haute stature, tout de noir vêtu et cachant sa face sous un énorme casque sombre et brillant. Le costume idéal pour bluffer au poker.
« Seigneur Vador, merci à vous également d’avoir quitté pour quelques heures votre Etoile de la Mort. Vous m’avez dit en coulisses avoir lu tout Tolkien et ne pas comprendre comment un homme aussi cultivé et intelligent pouvait faire de ces personnages effacés des exemples pour des générations entières de lecteurs. Vous dites également avoir eu une enfance difficile. Je me permets de reprendre vos mots. Vous dites dans votre autobiographie Moi Dark, la Force incomprise : "J’étais un petit garçon bien sous tous rapports, blond et propre sur lui, limite premier de la classe mais tellement niais et tête-à-claques qu’il m’a fallu dézinguer la princesse et mère de ma progéniture pour qu’enfin l’on comprenne que je n’étais pas un enfant de chœur." Ce sont des paroles dures. Des événements épouvantables ! »"(...)

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Publié le 19 novembre 2014
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Langue Français
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Je suis ton père-
EPISODE V
Une série proposée par
Alexandre Jarry
© 2014 – Tous droits réservésne production MysteranduM EditionsMentions Lé alesCet ouvra e est roté é ar co ri ht. Tous les droits sont exclusivement réservés à son auteur et aucune artie de cet ouvra e ne eut être re ubliée sous uel ues formes ue ce soit sans le consentement écrit de l’auteur. Vous n’avez aucun des droits de revente ni de diffusion ni d’utilisation de cet ouvra e sans accord préalable de l’auteur. Toute violation de ces termes entraînerait des poursuites à votre égard.CréditsCouverture : photographie, retouches et montage par Alexandre Jarry
Episode VLevel 5 – La pire tête-à-claques« Il se pourrait que Jennifer entre en contact avec sosoifutur. Les conséquences en seraient catastro hi ues ! — Doc, ue voulez-vous dire ? — J'entrevois deux possibilités : primo, se trouver nez à nez avec elle-même plus vieille de 30 ans la traumatiserait et elle tomberait dans les ommes ; secundo, cette rencontre créerait un paradoxe temporel dont l'issue engendrerait une réaction en chaîne qui pourrait déchirer le tissu même du continuum espace-temps, rovoquant la destruction totale de l'Univers. — Oh ! — Hypothèse la plus pessimiste, je te l'accorde : le cataclysme pourrait être plus localisé et a ecter uni uement notre alaxie. — Ah, je suis presque rassuré. »Retour Vers Le Futur II(Dialogues entre Marty MacFly et Doc Emmett Brown)
« Alors, fille ou garçon ? »La question, posée cette fois par l’une de ses collègues, actionne dans la tête de l’homme un tintement puis une résonnance : une onde alpha scintillante et frémissante, caressante et apaisante lui procurant cette sensation de bien-être, d’excitation et de fierté toutes à la fois. Ces quelques mots remettent en mémoire le verdict de la gynécologue survenu deux jours plus tôt et éveillent en lui la machine paternelle restée en dormance pendant près de trois décennies.Il sourit à ce souvenir. En l’absence de réponse à sa question, la curieuse se tenant devant lui émet une hypothèse.« Vous ne savez toujours pas, c’est ça ? »De sa voix irritante, la collègue abonnée aux points d’interrogation vient de déchirer le voile reminiscent de son rêve éveillé. D’un revers de langue rêche, l’homme chasse la salive pâteuse qui commence à envahir sa bouche pour s’efforcer de donner satisfaction au monde de la communication orale. Sans même un regard, il articule un grognement composé d’étranges syllabes, mais néanmoins déchiffrables pour une oreille entraînée.« Mais si, ça y est… On sait. »Il replonge dans son doux songe, tout en se coupant de ses semblables avec un petit plaisir coupable. Un peu comme un ado accroc à sa console se disant qu’il arrêtera sa partie au prochain point de sauvegarde, mais continuant tout de même de s’agripper à ses manettes pendant les quatre heures suivantes…« Ah, je vois… Vous faites partie de ces gens qui ne veulent rien dire ! Vous préférez garder la surprise. Vous avez sans doute raison. Ça se fait beaucoup, de nos jours. »Mais, enfin ! Quelle emmerd…A nouveau arraché à son moment de magie interne, l’homme sort les crocs et coupe court à toutes spéculations d’un aboiement un peu sec.« C’est un garçon. »Le silence s’assoie bruyamment dans la pièce et dégaine le fil et l’aiguille pour coudre fermement entre elles les lèvres de la collègue. Cette dernière fait papillonner ses narines et rehausse légèrement le menton dans une attitude mi outrée, mi indifférente. Elle s’intéresse subitement au pliage des serviettes de bains et se met à les compter également, au fur et à mesure, sans un mot, en remuant simplement les lèvres.Voilà. La paix !
L’homme, satisfait d’avoir cloué le bec à l’indiscrète, peut à son tour tranquillement reprendre sa besogne tout en renvoyant ses pensées flotter sur le petit nuage qu’il s’est ménagé dans un coin de son crâne. Il y rejoint sa femme et son enfant. Son fils !Il se revoit encore s’écrier devant les images nettes de l’échographe, en découvrant le sexe de son enfant. « Oh ! Là ! Regarde, on le voit bien ! Il n’y a pas de doute possible ! »Après avoir simplement interrogé la gynéco, celle-ci leur avait répondu que le fœtus n’était malheureusement pas dans une bonne position pour déterminer ce qu’il y avait entre ses jambes. Devant la mine un peu déçue des parents, elle avait cependant bien voulu repasser la sonde sur le ventre pour vérifier une dernière fois. Et là – Oh ! Miracle ! – le trilili était apparu après plusieurs longues minutes d’un suspense écrasant.C’est un garçon !« Tu n’as pas l’air content. Tu aurais préféré une fille, c’est ça ? Les papas préfèrent toujours avoir une petite fille, c’est normal… »Le nuage magique sur lequel vogue l’esprit de l’homme comme un San-Goku hilare, éclate comme une bulle. La gynéco est sauvagement aspirée dans l’espace-temps avec tout son matos et l’homme, lui, se retrouve brutalement engoncé dans sa blouse de travail, de retour sur la planète Terre... De retour dans la maison de retraite qui l’emploie et qui – il faut bien le dire – se situe bien à quatre ou cinq univers parallèles de celui dans lequel il se voit élever sa progéniture. Une fois de plus encore, ce rembobinage express est dû à la langue inquisitrice de sa formidable collègue. Il inspire profondément et prend sur lui.Des questions sur l’arrivée de son bébé, il entendra d’autres. Et il a bien conscience qu’il ne pourra pas garder jalousement et égoïstement tout son bonheur pour lui. Il devra bien finir par en parler.« Tu plaisantes, j’espère, se révolte-il. Fille ou garçon, quelle importance ? Je vais être papa ! C’est déjà merveilleux en soi, non ? Vraiment, je reconnais que le suspense en lui-même a pu être pénible. Ça, je te l’accorde. Mais je suis heureux comme un hobbit dans un hamac ! C’est vrai que si on m’avait annoncé l’arrivée d’une fille, je me serais roulé par terre de joie. Il se trouve que ce n’est pas le cas pour cette fois. La nature a choisi de pourvoir mon premier enfant d’attributs masculins. Soit ! Impeccable ! Je me roule par terre aussi, figure-toi ! Comment peux-tu oser dire que je n’ai pas l’air content ? Je me vois déjà lui construire des cabanes dans les arbres, lui apprendre à frotter un bout de bois contre le crépis pour l’aiguiser et en faire une épée que redouteront tous les dragons de Westeros, lui apprendre à différencier un orque d’un gobelin, lui interdire de nourrir ses peluches après minuit afin qu’elles ne se transforment pas en Gremlins, lui enseigner le mouvement circulaire à faire du revers de la main pour que, face à une porte automatique, il sente couler en lui tout le pouvoir de la Force et qu’elle s’actionne par télékinésie et… »L’homme s’arrête soudain de parler.Il vient de l’entendre lui-même, sa voix est montée en flèche dans les décibels et son débit de
parole s’est accéléré. La collègue, l’œil vaguement dans le vide semble avoir décroché. Elle hoche lentement la tête, comme emportée et abrutie par le flot de bonheur qu’il vient de déverser dans sa direction. Et, plus que jamais, son décompte des serviettes s’est intensifié. Elle en est à présent aux gants de toilettes et s’apprête à trier les protections hygiéniques par tailles et par couleurs.Le revirement est brutal. L’homme bascule subitement d’un rôle d’opprimé à celui de tortionnaire. Il constate que son entrain ne s’avère pas communicatif. Pire, il devient même une source de souffrance pour l’entourage !C’est à n’y rien comprendre… On cherche à me faire culpabiliser de cacher ma joie et quand enfin je m’exprime, on croirait que ça saoule les gens…Bien décidé à ne pas se cantonner à ce rôle d’enquiquineur saupoudreur de bonheur, il tente une nouvelle approche.« Si tu veux, avance-t-il, j’ai enregistré quelques clichés d’échographies sur mon portable.— C’est vrai ? Fais voir ! »Stratégie gagnante. Sa collègue redevient le boulet et lui, le centre de l’attention…***« Ne me dis pas que tu lui as montré les images du petit !— Ben…— Mais dans les premières, on y aperçoit son petit…— Ah tiens ! C’est marrant que tu me parles de ça, répond l’homme. J’ai justement montré celles-ci, tout particulièrement. Attends, elle n’arrivait pas à croire que je puisse être fier d’avoir un fils ! Tu le vis, ça ?— Comment ça ? Tu lui as dit que tu aurais préféré une fille ?— Mais pas du tout ! Je suis ravi d’avoir un fils ! Tu ne vas pas faire comme elle, enfin ! Pourquoi les femmes s’entêtent-elles à croire que c’est une fille qu’il me faut ? Ce genre de bêtises va suivre le gamin toute sa vie. Pour lui, tout est foutu ! »Afin de parfaitement remettre les choses dans leur contexte, il est important de noter que le portrait de l’homme qui va suivre est tout sauf authentique. Il ne correspond en rien à ce qu’il peut être habituellement dans le quotidien du couple. Non… Ce sont en effet les hormones, et elles seules, qui sont responsables de cette envolée sauvage à l’encontre de son épouse. Oui, oui. Vous avez bien lu… Les hormones.« Tout est perdu ! Ecoute-toi parler, postillonne-t-il. Tu es déjà en train d’en faire un futur traumatisé avec tes sous-entendus. Quel gâchis, mais quel gâchis ! Si jeune et déjà écrasé par
le poids de la vie… Notre fils n’aura aucun avenir ! Comment pourrait-il se construire, après une telle infamie ? C’est tout bonnement impensable ! Et tout ça, pourquoi ? Parce que sa mère lui laissera entendre que son père – son écervelé de père ! – a eu la délicate attention de faire tourner la photo du sexe de son gamin dans tout le service afin que chacun puisse constater à quel point son garçon était bien pourvu. Et tout ça, pourquoi ? Uniquement pour prouver à son monde qu’il ne regrette pas de ne pas avoir eu une fille !— Mais…— Il n’y a pas de ‘mais’ ! Dès qu’il sera assez grand pour le comprendre, il découvrira que les collègues de papa avaient vu ses parties intimes avant même de connaitre son visage… Et il devra vivre avec l’idée que tout le monde se remémore d’abord son entrejambe avant de se souvenir de son prénom !— Je crois que tu vas un peu loin, là.— Quoi ? Moi, je vais un peu loin ? Moi ?! Ce n’est pas de ma faute si je suis obligé de présenter mon fils comme un bel étalon et de me justifier en vantant ses futures prouesses de mâle reproducteur. C’est bien simple : il n’est pas encore né que déjà sa libido est détraquée. »La femme lève un sourcil. Il y a de quoi tiquer. L’homme, pour sa part, grimpe en pression sans réaliser qu’il en devient inquiétant.« Comment réagirais-tu, s’enflamme-t-il, si tu apprenais que la première photo de toi à avoir circulé était une photo de ton bitoniau ? C’est terrible, non ?— Non, pas tant que ça. Je n’ai pas de bitoniau, mon chéri… »Les nerfs bandés comme la corde d’un arc et symétriques à la ligne de tension qui s’est étirée dans la conversation, l’homme continue de grogner.« C’est vrai, quoi, s’agace-t-il. Après tout, à part dire ‘C’est une fille !’ ou ‘C’est un garçon !’, que voit-on vraiment sur une écho ? Rien. Rien du tout ! Ils ont tous la même trombine ! Tous ! Qu’ils soient d’origines asiatiques, africaines ou caucasiennes ! Je te mets au défi de différencier les images d’une petite chinoise de celles de notre fils ! En dehors des organes génitaux, tout le monde n’y voit que du feu. Les gamins ne sont jamais qu’une population de clones tout droit sortis de l’usine à humains. Ils ont tous la même carrosserie. C’est seulement à partir de la naissance qu’on peut les customiser et faire de chacun un être unique. Point. Avant ça, tous les bébés du monde ne sont qu’un immense bataillon de Stormtroopers ; ils sont impossibles à différencier les uns des autres.Si aujourd’hui, j’ai montré les images de mon fils, c’est précisément parce que c’est le mien ! Si ça n’avait pas eu d’importance pour moi, j’aurais tout aussi bien pu coller sous le nez de ma collègue la photo d’une écho à cinq mois trouvée sur Google !— D’accord, c’est beau l’amour d’un papa pour son fiston… Bravo pour ce geste héroïque, je te félicite ! Il me semble néanmoins que tu t’emportes un peu. Or, les hormones sont le privilège exclusif de la femme enceinte. Tu pourrais au moins avoir la décence de te détendre et de me laisser ce rôle, tu ne crois pas ? »
Il est peut-être utile, à ce moment précis, d’éclairer le lecteur sur un point évoqué plus tôt : le pouvoir dévastateur des hormones pendant la grossesse. Nous avons tous à l’esprit l’idée consacrée selon laquelle, durant cette période clef dans la vie d’une femme, toute émotion semble traverser un filtre d’exacerbation. Il n’est cependant pas exclu – ni même rare – de voir un homme se prêter au jeu de la crise hystérique avant de laisser retomber le soufflé. C’est d’ailleurs sur le conseil de son épouse que notre homme reprend ses esprits afin de naviguer en des eaux plus calmes.Elle, en revanche, voit ses yeux virer dangereusement au rouge et de chaudes larmes lui rouler sur les joues. Le contrecoup de leur conversation animée vient de lui flinguer le moral. La bataille qu’ils se sont livrés a visiblement épuisé toutes ses ressources. L’homme, muni d’une boite de mouchoirs, enterre immédiatement la hache de guerre pour redevenir le mari prévenant. Posant sa patte sur l’épaule de la belle avec la douceur d’un Ewok, il met fin aux cris et propose de désamorcer la situation.« Mon ange, dit-il sur un ton nettement plus doux, tu sais qu’on est en train de se lancer dans une guerre des tranchées pour la simple photo d’un gamin qui n’a pas encore atterri dans son berceau ?
— Moui, répond-elle en reniflant. Je sais… Mais c’est toi qui t’es énervé en premier. Et moi, des engueulades stériles comme celle-ci, ça me lessive… Et après, je pleure… Je pleure tout le temps, d’ailleurs, en ce moment. Et pour des bêtises … »Je vois ça !« Tu veux m’en parler ? Tu veux me dire ce qui te contrarie ?— Tes hormones… Elles sont plus violentes que les miennes.— Oui, mais en dehors de ça ?— C’est à cause des volets.— Des volets ?— Oui. Et de l’eau… »L’homme la prend dans ses bras et la serre contre lui. Il cherche son regard puis, d’un écarquillement des yeux digne du plus expressif des pirates des Caraïbes, lui fait comprendre qu’il va avoir besoin d’un peu plus d’explications pour comprendre ce qui chiffonne sa jolie poupée.« Les volets, donc ?— Oui… Ces fichus volets… Ils sont trop loin. Trop durs à attraper. Je n’arrive plus à les fermer.— Tu as atteint la limite de tes bras, c’est ça ?— Non. C’est plutôt mon ventre. Je ne peux plus me pencher en avant sur le rebord de la fenêtre sans risquer d’écraser le bébé.— Forcément… Vu comme ça… Et l’eau ?
— Pareil. J’ai acheté un pack de bouteilles d’eau… Au supermarché, ça allait bien, ils étaient à portée de main. Du chariot jusqu’au coffre, idem. Je n’ai pas eu de souci. Par contre, une fois arrivée ici, j’ai voulu les poser par terre, entre les deux placards, comme d’habitude… Mais c’était une erreur. Parce que maintenant qu’ils y sont… »Elle exécute un mouvement de bascule vers l’avant. Ses doigts, tous bien allongés soient-ils, arrivent péniblement à la hauteur de ses genoux.« J’ai pigé. Maintenant qu’ils y sont, complète son homme, ils y restent. Tu n’as pas pu récupérer de bouteille. Ce n’est pas grave. Pourquoi tu ne m’as pas demandé ? J’aurais pu t’en attraper une et t’éviter ces tracas.— T’étais au boulot.— Oui, mais depuis que je suis rentré, tu ne m’as rien dit.— Je ne suis pas handicapée ! »L’attitude de la femme franchit en une milliseconde le cap écarlate de l’irritabilité. Elle a littéralement aboyé ces quelques mots… Avant de se reprendre, la bouche en u retourné, et de présenter des excuses. Comme si l’homme lui avait proposé de porter l’Anneau Unique pour elle.« Pardon… Je suis tellement fatiguée… Puis j’en ai marre. J’en ai marre de… de…— Marre de quoi ?— De ressembler à une ampoule ! »Pendant que sa femme fond définitivement en larmes, l’homme s’autorise un pas de recul pour détailler les lignes de sa silhouette.« Une ampoule ? Alors là, permets-moi de te dire que je ne suis pas d’accord, mon cœur.— Mais si ! Tu vois bien… Regarde ce ventre !— Non, non. Tu as tout faux. Une ampoule, c’est un bulbe avec un culot. Or toi, tu n’as pas de culot. »L’épouse moquée marque un temps de pause, mimant l’indignation.« Toi, par contre, rétorque-t-elle, tu n’en manques pas ! J’ai donc la forme d’un bulbe, c’est ça ?— Je préfère que l’on soit précis dans les terminologies qu’on emploie, c’est vrai. Mais ne t’inquiète pas, c’est plutôt bien, un bulbe. Ça n’a rien de péjoratif. C’est aussi quelque chose de vivace qui pousse dans la terre, même pendant les saisons les plus rudes et qui représente donc une certaine idée de la force de la vie !— Dis-donc, Monsieur l’intello, c’est bien joli tout ça, mais la pomme de terre est un bulbe, je
crois. Traite-moi donc de patate, je me sens déjà beaucoup mieux !— Perdu ! C’est un tubercule. En revanche, l’oignon est bien un bulbe, lui.— Mais quel flatteur tu fais ! Merci. Mon mari est un véritable poète romantique. Espèce de vaurien, tête-à-claques, le taquine-t-elle. Si tu deviens ce genre de père, je m’attends au pire pour le petit dans le futur ! »A ces mots, l’homme sourit. Il quitte la chambre pour aller fermer les volets de la maison puis revient une bouteille d’eau à la main. Il embrasse tendrement son épouse déjà allongée, puis le ventre habité. Harassé, il quitte ses vêtements et les tracas de la journée pour se glisser à son tour sous les couvertures, avant d’éteindre la lampe de chevet.La main posée sur le ventre de sa femme, ses yeux ne tardent pas à se fermer…***« Bon. Et maintenant ? »L’homme se tient tout près d’une DeLorean customisée en machine à remonter le temps et d’un savant fou. Très fou. Celui-ci lui répond de sa voix la plus électrique et excentrique :« Dans exactement deux minutes, tu vas au coin de la rue, au Café 80.— Le Café 80 ?— Oui. C’est une espèce de bar rétro, mais c’est raté… Tu entres et tu commandes un Pepsi. Voilà 50$. Ensuite, tu attends un type qui s’appelle Griff.— D’accord, Griff.— C’est ça. Il va te demander ta réponse pour ce soir, si tu es sur le coup ou non. Dis-lui que ta réponse est non. Quoi qu’il puisse dire ou quoi qu’il arrive, tu dis non ! Ça ne t’intéresse pas !— D’accord…— Après, tu t’en vas, tu reviens ici et tu m’attends. N’adresse la parole à personne, ne touche à rien, ne fais rien d’autre que ce que j’ai dit. Evite tout contact avec qui que ce soit et essaie de ne pas regarder autour de toi.— Je… J’y comprends rien. Je… Je croyais qu’on était venu ici à cause de mes enfants.— Regarde ce qui arrive à TON FILS ! »Le doc fait apparaitre au milieu de ses grands gestes exubérants un exemplaire du quotidien USA Today. Le journal, dans les gros titres, annonce la décision d’emprisonner Junior, le fils de l’homme. La photo qui accompagne le papier est le portrait craché de l’homme.« Mon fils ? Oh, c’est fou ce qu’il me ressemble ! »